‹ Histoire des enseignes d'hôtelleries: d'auberges et de cabaretsChapitre 109 sur 112 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

OUS avons fait passer plus de 1 20,000 enseignes sous les yeux de nos lecteurs. Résumons* nous en mettant en rapport, d'une manière générale, l'enseigne d'aujourd'hui avec celle d'autrefois.

Ok a vu l'enseigne des temps anciens spirituelle, intelligente, abondant en enseignements, débordant de dits et de pensées; descendons (le mot a deux sens) à notre époque; qu'y trouverons- -nous ?

La Plage, la Gbaitbe Place, la Rue Longue, le Quai, le Pobt, I'Ayenite, le Cul-db-Sao, enseigne qui n'est pas d'aujourd'hui, mais qu'on embellit au moyen d'un rébus, etc. Si l'hôte est voisin d'un arbre ou d'un filet d'eau, il finira par inventer les enseignes : à la Fontaine^ au Masbonnieb, au Platake ou au Tilleul; mais les CoUer, sachant placer leur monde sous I'Abbicotieb, soit Vàbrù CoHer^ sont aussi rares de notre temps que les Cormier ; Cormier, ce bon caba-

retier-traiteur qui, ayant pris pour enseigne l'arbre dont il portait le nom, fit dire à Saint-Armand :

Paris, où fleurit un Gk>rmier,

Qui des arbres est le premier.

Nous trouverons des points cardinaux, des Leyakt ou des Obient, des Midi et des NoBD ; les couchant sont rares, sur les enseignes du moins ; puis des cafés Geijttbal, là où il n'y a point de centre, des CoHMEBGE daus les lieux retirés ; des BouBSE, là où il n'y a que celle des consommateurs, et des CoNCOBDE, qui n'ont guère de sens que lorsqu'elles se trouvent dans les carrefours où tout au moins divers chemins concordent. Les bords du Léman nous offriront la Mépiteb- VLÀJSÈB et rOcÊAK, enseignes parfaitement ridicules, malgré la beauté peut-être sans pareille de la nappe azurée qui fait le charme de la Suisse française. Nous y trouverons aussi des hôtels des Etean- GEBS et des Voyageubs, comme si les (regnicoles) en avaient de propres dans la localité qu'ils habitent; enfin, des Ukion, des Réunion, des Ahitiê, des Amis, des Renpez-tous des Ahis, des Amis Râu-

NiSy des BoNB Enfants, des Fbèbes Unis, des Fbatesnitê et des Union des Cœurs, enseignes qui parfois ne sont que de tristes antiphrases qui peuvent aller de pair avec les Hebmitaqe, les Ûa- MEAU, les Chaumière et les Maison Rustique dans les quartiers les plus agités des villes populeuses; avec les Jardin, là où le chardon ne voudrait pas même croître ; avec les Bosquet sans verdure, les Verger sans arbres et avec les Pelouse au sol poussiéreux.

A tout cela, nous préférons de beaucoup renseigne parlée, où, dans un milieu qui n'a ni les qualités ni les vices de la classe que Ton qualifie de distinguée, nous trouvons encore une étincelle d'esprit, car presque nulle enseigne écrite moderne n'équivaut à l'énergiqne à propos de la Chaudière, des Cœurs Renversés, de la Communion, du Crot- TON, du Fourreau d'Épêe et de la Lampe Eternelle.

N'oublions pas les Pieds Humides, TÂRAiGNÉE Danseuse, trou célèbre par une exposition permanente des travaux des filles d'Arachné; VOmelette, la Table Boiteuse, la Marmite aux Saucisses, dont nous avons déjà parlé, la Soupe Bâulêe, le Rossignol, les Brunettes, le Coq Rouge, la Lune qui se Couche, toutes enseignes verbales de même que le Casse-Cou, le Mille-Pattes Féroce, la Verîïinb, le Potr Volant, le Pou Blanc et le Pou Couïiosné.

Ce fut devant une taverne de Londres qui portait une dénomination du genre de ces dernières, qu'en 1809, l'aubergiste plaga cet écriteau singulier :

> On promet à tous les messieurs et autres qui entreront ici de les rendre mortivres, pour deux pence (20 centimes).

« n 7 a de la paille fraîche. >

l/ANS nos articles précédents, nous avons préconisé, et nous pensions l'avoir fait avec raisoui nous avons préconisé l'enseigne du moyen-ftge.

Mais est-ce à dire que notre époque, si faible, à la vérité, en certains points concernant la logique, l'esthétique et les beaux-arts, soit dénnée de tout esprit en fait d'enseignes, ou bien, dans la différence qui saute âut yeux entre les deux époques, &V ^'^'^ ^u'un changement dans le cours des idées t^

Ce changement parait évident, quand on voit la foule d'établittsemeiits secondaires qui, plus ou Ihoùm fidèles A r«&dque proverbe : Jl h&n mV» poiM iTEairsEiQNE, outrent, sans penflet seulettett à en créer une ; quand on voit les premiers hôtels «'eQoreer de faire annonee et réclame à Taide seule du nom propre de lieu ou de eelui du prépriétaire. Cependant, l'enseigne n'est point perdue) et dire que les é^batttilïons qu'oa «n Tdt ichte maiiqtMnt toujours et labsohttent d'esprit ou d'à pt6pûs, ce ^serait exagérer.

D'HOTELLERIES, D'AUBCBGBS BT DE CABARETS

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Examinons les titres de l'enseigne nuH derne et nous jugerons. Mais, avant de faire cet examen, à quelle époque placerons-nous la ligne de démarcation entre la vieille enseigne et l'enseigne moderne?

La Réforme du seizième siècle s'attaque aux enseignes : nous avons vu le Consistoire de Genève aux prises avec les Ange de cabaret; l'Angleterre de Cromwell suivit cette marche ; de l'Ange et de Marie dans la Salutation, elle fit le Soldat et le Citoten et de la Roue de sainte Catherine : le Chat et la RoTTB. L'ordonnance Sartines, de 1761, en causant la destruction d'un nombre considérable de vieilles enseignes, puis, la Révolution de 1789, en faisant la guerre aux insignes religieux et royaux, jusque sur les tableaux appendus devant les auberges et les cabarets, sont des jalons importants; mais, entre les deux époques, entre le seizième et la fin du dix-huitième siècle, on aperçoit que la vieille enseigne était surannée et les gens du bon ton de la Régence (1715-23) préféraient, et on ne saurait vraiment les en blâmer, aux plus spirituels rébus du moyen-âge, les brillants cafés oii trônait, belle, gracieuse, et chargée d'atours, cette dame de comptoir qui inspira â l'abbé de Bernis ce joli madrigal :

La maltresse du cabaret Se dessine sans qa^on la peigne :

Le dieu d*Amoiir est son portrait, La jeune Hébë lui sert d^enseigne; Bacchus, assis sur son tonneau, La prend pour la fille de Tonde :

Môme en ne servant que de Peau, Elle a Tart d*enivrer son monde.

Mais, que le moment du discrédit des vieilles enseignes date du commencement ou de la fin du dix-huitième siècle, qu'il remonte même plus haut, n'attachons pas i cette question une trop grande importance et continuons, ou plutôt corn* menons notre examen contemporain.

Ov aime aujourd'hui la nature, les mon** tagnes ardues, le miroir des eaux, les beaux points de vue ; d'accord avec un goût aussi bien placé, les hôteliers nous donnent, et même à foison, des Alfbb, des Bellalp, des Mont-Blanc, des MoinvRoBS, des Juba, des Mont-Bbillant, des Flobxuont, des Moiïtbiant, des RiCHEMOiTT, des Rhot et des Rhonis, des Chutb du Rhin et des Pebtb du Rhonb, des Lac, des Léman et des Beau-Rivage, des Beau-Site, des Bbau<' S6J0UR, des Bel-Aib, des Bbaubegasd, des Belvéd^e et des Bellevub. Si vous désirez un effet d'ensemble, vous trouverez des Panobama, et si les sombres asiles des Sylvains, si les monts et leurs hôtes vous sourient, voici des Montagne, des piCj des deiU^ des piton^ des Olacieb, des Fobet, des Rocheb, des Chalet, des ArmahiLts, des Bouquetin, des EouBBuiL et des Chamois.

Aux esprits cosmopolites s'offrent, et le plus souvent réunis dans la même lo« calité, des hôtels portant les noms de

tons les pays, de toutes les villes, et, si Fancien continent ne saffit pas, voici les Colonies et le Nouveau Monde, on trouve même le Globe et rUNivBES.

Les cafés Inteenational, de PÂu- EOBE, de la Renaissance, du Pbogbès, du SiÈOLE et du Diz-Nextvièicb Siècle, se présentant à tout amateur des idées avancées comme le Palais Éleotoeal à ceux qui recherchent les émotions politiques, ce qui n'empêchera pas les &mes pacifiques, tranquilles et méditatives de trouver des Rameau d'Olivieb, des So- LiTAiSE, des Philosophe, des Philoso- FHDB et même des Geand Philosophes.

Les artistes, les savants et les littérateurs rencontreront des Beaux-âbts, des Belles-Lettees, des AcadAhie, des MusfiB, des AthAnée, des Gymnase, des

cafés LiTTÊEAIEE, ÀBTISTIQUE et DeAMA-

tique; des Opéea, des Concebt, des Comédie, des Thêatbe, des Vaudeville et de nombreux souvenirs des hommes qui se sont le plus distingués dans les carrières libérales.

Aimez-vous les jeux et les exercices plus ou moins violents ? Voici le Damiee l'EcHiQuiEB, le Jeu de Quilles, le Mail et le Jeu de Paume, le Manâoe et les

COUBSES.

Si les favoris de Plutus et des honneurs ont pour eux les enseignes des Nobles, des Gentilshommes, de la Fob- TUNE, des Ambassadeubs, des Comtes, des Duos, des Pbinoes, des Boi, des

Reine, des Empbeeub, des Imp^ba* tbicb, des TzAB, des Sultan et même des Rois de Jébusalem et des Empe- BBUBB Romains, en revanche, les prolétaires et les travailleurs se voient repré»

sentes par tous les états manuels, par toutes sortes d*outils et d'instruments devenus styets d'enseigne; trop vraie parfois, cette enseigne qui leur montre la Cit£ Ouvbièbe, le Vallon Industbibl et la Pbovidence leur offre aussi le Nèobe Blanc, la Misées et la CHABiri, qui se présentent quelquefois à d'autres sous les titres de Boubse et de TAPia Vebt.

A MA Campagne, est une enseigne qui, pour être illusoire, n'en a pas moins certains charmes pour plus d'un client qui aime les souvenirs que lui rappellent la Vieille Aventube et les espérance»

que semble lui promettre l'enseigne peutêtre décevante de la Nouvelle Aventube.

Ceux qui voyagent et dont la locomotion est l'affaire dominante trouvent une

foule d'enseignes spéciales se rapportant à tous les genres de transport depuis la

Poste aux Anes jusqu'au Chemin de.

Feb, depuis le café des Toubistss jusqu'à celui du Repos.

Pour tous et partout se présentent^ ilîustrées ou non, les enseignes :

ICI demain,

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