ANGLETERRE
nous devons consacrer un mot à ce vocable et à ses congénères : Gsande Bbe-
TA019E, LONBKES, VlCTOBIA, CtC. C'eSt
un allèchement auquel l'orgueil des touristes d'Albion se laisse encore prendre.
Aussi, que d'ÀNGLETEiiBE en Suisse, des villes aux campagnes et jusqu'à la base des glaciers !
Avant les Angletebbe, le territoire helvétique foisonnait de Fleub de Lys, d'AsMEB et d'Ecu de Fbance, de Roy, de Reine, de Pbinces de Fbance, de Dattphin, de Dauphin Royal , enfin, de Fbange , enseignes qui se sont successivement éteintes , sauf dans le canton de Vand où, depuis la capitale jusqu'au plus petit village, on trouve encore des hôtels de Fbance, persistants témoignages de la reconnaissance populaire pour la Grande- Nation, sans l'appui de laquelle la révolution de 1798 et l'affranchissement du pays auraient été ajournés plus ou moins longtemps.
Les exemples d'aspirations politiques traduites par les enseignes sont beaucoup plus nombreux qu'on ne le croirait au premier coup d'œil.
Au moment de la Restauration, c'était à qui prouverait :
Qne c'est dn Nord que noas vient la lumière.
Dans le langage usuel, ce mot équivalait à Puissances du Nordy à Russie; il était intimement lié au retour des Bourbons, résultat de l'irruption des Alliés en France. A ce moment, surgit l'enseigne du NoBD que tant d'hôtels, de cafés et de cabarets français portent encore. Sans affirmer le fait d'une manière absolue, nous croyons pouvoir établir en principe qu'aucune de ces enseignes n'est antérieure à 1815.
En Belgique, i partir de la révolution de 1830, on vit s'élever, sur toutes les parties du royaume actuel des Suisse, des Tbois Suisses, des Guillaume Tell, etc., manifestations libérales qui, pour la plupart, persistent encore, du moins sur les enseignes.
Dans les années qui précédèrent la Révolution, la France, enthousiasmée à la fois et des institutions politiques de l'Angleterre et des touristes que, presque seule, cette contrée envoyait alors sur le continent, se couvrit d'enseignes célébrant, sur tous les tons, les Troisroyaumes-unis.
Partout on voyait des cafés Anglois, des brasseries Angloises, des Mylobd, des Tbois Mylobds, des Albion, des Abmeb d'Angletebbe, des hôtels Bbi- TANNiQUES ; des Londbes, des Ville, des CouB et des Tous de Londbes; des Gbande-Bbetaone, des Pablement
raSTOIRE DES ENSEIGNES
b'AnGLETEBBE, des PAYUiLON ÂKaLOIS,
des Pbince de Galles^ des Box et des Redœ d'Angletebbb, etc.
De la même époque date rirruption de l'écriture anglaise en France; les enseignes des call {graphes spéciaux étaient conçues dans le même esprit que les précédentes. Les autres industries, participant au mouvement général, prirent la FBÊaATE Angloise, la Botte d'ângle- TEBBEy le Chapeau Anglois, le Magasin Akglois, etc.
Genève eut aussi son hôtel d'ÂNGLE- TEBBE. Il était à Sécheron. Cette position au bord du lac, hors des tracasseries perpétuelles que causait l'habitude de lever les ponts et de fermer les portes de la ville à touteheure et itout propos, fit safortune. Il était encore fréquenté il y a trente ans.
L'empereur Joseph II, dont les voyages fournissent plus d'une anecdote bonne à raconter dans l'histoire des hôtelleries, y logea en 1777.
Un manuscrit de l'époque relate ainsi cette visite si différente de celle des empereurs d'autrefois dans la ville impériale de Genève :
< Joseph II, Empereur, né le 13* mars 1741, Elu Roi des Romains le 27 mars 1764, couronné le 3 avril suivant, empereur le 18 aoust 1765, voyageant sous le nom du comte de Falkenstein, arriva le dimanche 13 juillet 1777, à cinq heures du soir, à Ghécheron, et logea chez le
S' Déjean, aubergiste au dit lieu, pour n'être point obsédé par la foule.
• Il avoit passé par Fernex où il n'a point vu M' de Voltaire.
• M' Saladin, 1» Sindic et Bmy Rilliet Sindic de garde, allèrent lui faire visite en voiture à sept heures du soir, mais il ne les reçUt pas.
« Le lundi 14* au matin, il vint en ville, suivi et précédé d'un carosse, le sien qui marchoit le second, étoit le plus simple des trois; on y voyoit S. M. I. en habit de drap brun, sans galons, boutons d'acier, bottines, etc. Et trois Seigneurs i sa suitte mis aussi modestement. Elle alla visiter une de nos barques qu'on avoit arrangée, et refusa une partie qu'on lui offrit sur le lac.
i Elle fut voir le cabinet d'histoire naturelle du Professeur De Saussure; ensuite la collection des tableaux du peintre Liotard, dont la Reine de Hongrie, mère de S. M.'I. est maraine d'une de ses filles.
De là, Elle fut à la bibliothèque, s'en retourna à Ghécheron, et partit le mardy 1 5* à cinq heures du matin par la Suisse pour s'en retourner à Vienne.
< Il n'a visité aucun de nos hôpitaux. >
Une relation, imprimée en 1779, ajoute qu'entre autres objets qui fixèrent l'admiration de l'empereur chez M. de Saussure, • quatre tableaux de montagne plurent à ses yeux; ils sont, continue le narrateur, le fruit de l'habile pinceau de M' Bourrit peintre et musicien genevois, déjà connu par sa description des Glacières de Savoye ; quelle satisfaction (c'est toujours le républicain genevois qui parle)?
quelle satisfaction, pour un père, dont une tête Couronnée daigne accueillir les enfants! >
Somme toute, Joseph II se montra
d'hôtelleries, d'auberges et de cabarets
suffisamment maussade chez nous pour justifier le portrait qu'en traça Clavière :
c C'est un homme haut et dur; quelques lumières donnent accès à de bonnes vues de temps à autre^ mais le caractère conserve le dessus. Il parait surtout que rhumeufle gouverne, etc. >
Durant plus d'un demi -siècle, Fhôtel de Sécheron hébergea toutes les célébrités qui visitèrent Genève. L'impératrice Marie -Louise y descendit le 10 juillet 1814. Nous pourrions citer une foule de noms de voyageurs qui n'intéresseraient probablement guère ceux qui nous lisent; mais nous ne voulons pas finir sans rappeler que ce fat dans un salon de l'hôtel d'Angleterre, qu'au mois de juillet 1795, « en face des tours de Saint- Pierre et sous le glaive de la persécution > , les vicaires généraux des diocèses de notre pays, dans une conférence qui ne dura pas moins de cinq jours, élaborèrent les Avis pastoraux promulgués à Turin le 15 août de la même année.
 Chamounix, parait appartenir la gloire, si gloire il y a, d'avoir ouvert, dans les lieux écartés des villes, la série des enseignes de spéculation dont nous venons de parler, en créant, vers 1785 l'hôtel de Londebs et d'Angletebbb; Interlaken, Meyringen et tutti qtuinti n'ont fait que suivre.
Bien des causes ont contribué à dimi-
nuer l'engouement des Anglais pour ce genre d'enseignes qui ne surgissent plus avec autant d'abondance; on en voit même qui changent à vue : i Chamounix , par exemple, un hôtel d'ANaLETESBE s'est transformé en hôtel du Nobd ; celui qui existait à Carouge depuis 1786, est devenu l'hôtel de I'Eubope, et, à Genève, l'hôtel d'AKaLETEBBE a quitté ce vocable en 1864, pour prendre la dénomination d'hôtel Suisse ou Schweizebhof.