HIST(X11E DES ENSEIGNES
leB armes de la maison de Montmoreney et des familles avec lesquelles elle avait fait des alliances.
Tontes les maisons royales de Pancienne France avaient une galerie des cerfs, décorée de représentations diverses de ces gracieux quadrupèdes; de tableaux contenant le résultat annuel des chasses, les noms des chiens les plus célèbres, etc.
La tête de cerf était l'élément ordinaire de la décoration des écuries princières : celle du chftteau de Rambouillet n'offrait pas moins de deux cent quatre de ces têtes, sculptées avec le plus grand soin , coloriées et portant des bois naturels.
Ce sont aussi des bois naturels qui, depuis le commencement du seizième siècle, décorent la cour du château de Villeneuve en Auvergne. Sous l'un deux, malheureusement trop détérioré pour que Ton puisse vérifier ses quarante andouillers, on lit encore :
Qnyantreraicydedaïui, Si taste tons les vins de oeans Se doit bien garder d'estre pris An retourner à cet hnjB; Car il aura dessas son front Telles oomes que cenles-cy sont Aies yeoir oest grand menrelle, On n'en yist oncqnes les parellea.
' Ancores enssent esté Pins estranges de la moyiié, Si on Tenst pris en sa saison Et à sa droite venaison; Mais il fost pris comme vous dy Devant Pasques le Samedy.
Et fust mis sur ceste porte Ponr Festrangeté qu'il porte ; Car, qui ses cornes luy contera Plus de quarante il y trouvera.
En Allemagne, plus encore qu'en France, on aimait les cornes; laissons parler Misson qui écrivait en 1687 : i Je ne sçauTois vous dire quelle amitié particulière ont les habitans de Nuremberg pour les cornes, mais toutes leurs mai* sons en sont pleines; elles y sont partout en ornement, au rang des tableaux et autres choses curieuses. On voit souvent dans la plus belle chambre, une teste de cerf, ou de bœuf, avec une magnifique pure de cornes : le tout pendu au plancher comme un lustre : sans autre raison que celle de Tomement > •
Tavernier dit que dans le chftteau d'Augustenbourg en Saxe, qu'il visita en 1630, on voyait • une sale qui n'a pour tout ornement de haut en bas qu'une infinité de cornes de toutes sortes d'animaux appliquées contre le mur; on y remarque, ajoute-t-il, une teste de lièvre avec deux petites cornes , qui fut envoyée à l'Electeur pour une grande rareté par le Roy de Danemarc > Le même auteur parle aussi du Eellihminar ou tour de cornes , célèbre trophée de chasse, élevé à Ispahan par Schah-Abas au commencement du dix-septième siècle; cette coutume d'ériger des tours ou pyramides de cornes se retrouve parmi les chasseurs de l'Amérique septentrionale.
La CoBN£ figure sur beaucoup d'enseignes, maïs, nous l'avons déjà dit, c'est le plus souvent un rhyton : une corne à
D'HOTELLERIES, D'AUBEROES ET DE CABARETS
boire qui est représentée. Dans certaines sociétés il était d'usage de faire boire les néopliites dans on vase monté entre les branches d'un bois de cerf , de telle manière qn'arrÎTé au fond de la coupe Fini* tié se trouTait transformé en véritable Actéon. Au conmiencement du dix-huitième siècle, on vit se multiplier des enseignes composées de cornes de toute nature avec la devise : stnt bimilia tvib,
nous pourrions dire encore mais
nous ne voulons conduire nos lecteurs ni dans le Mande des cornue ni jusqu'au parc au Cerf de Louis XV et de ses imitateurs ; mentionnons cependant les enseignes du Grand Gouku et de la Têtb
GOBNUE.
Jusqu'à la fin du siècle dernier, le cerf était aussi abondant sur le Continent quMl Test encore aujourd'hui en Ecosse et dans certains parcs d'Angleterre. La chasse était une véritable affaire. L'aubergiste aimait le chasseur, c'était un h6te assuré, aussi que d'alléchements sur les enseignes. A côté du Cebf on voyait le LiÈvnB, les Tbois Lièvbbs, le Lièvbe d'Ob,... le Chamois y le Chbvbeuil, le Savolibb, la HuBE et TOubs; puis le Pabc, le Chasseub, le Cob de Chasse , le Lêvbibb, le Lévbieb Blanc, la Leybette; enfin la Chasse au Sanglibb et la Chasse Royale.
N'oublions pas saint Hubert, le patron des chasseurs, le Gband Saint-Hubebt,
comme disent les enseignes; on sait que ce Nemrod des temps modernes fat con« verti à la vue de la Croix brillant entre les bois du cerf qu'il courrait ; pareille apparition, si ce n'est pareille aventure, arriva à saint Eustache, à saint Félix de Valois , à saint Jean de Matha et à d'autres. La plupart des enseignes que nous venons de citer tendent à disparaître en
même temps que la chasse; la grande chasse sur terre libre se transforme en légende des temps passés.
Le Cerf blanc joue son rôle dans plusieurs légendes remontant aux premiers siècles du Moyen-âge. C'est une enseigne très-fréquente en Angleterre. Son origine y remonte au règne de Henri VI (1485- 1509). Sir Halleday Wagstaffe, grand veneur de l'époque, raconte une chasse dans laquelle un suberbe cerf blanc nommé Albert fut couru tout le jour sans résultat. Le soir, au moment oii il allait se rendre , le roi lui fit grâce. L'auberge qui servait de halte de chasse changea son enseigne pour celle du fameux Cebf Blanc, qui bientôt se répandit autant en Angleterre que celle du Gband Cebf l'était en France.
La plupart des animaux connus au Moyen-âge étaient désignés par des sobriquets : Brichcmer était celui du Cerf.
Qu'on nous permette à ce sujet une courte digression ^r l'origine d'un nom de rue de Paris, celle qui, au treizième siècle.
porta le nom de Baillehoe ou Baillehno, TU que les passants devaient s'attendre à 7 être hiiés ou appelés d'une manière assez peu convenable. Au quinzième siècle , l'enseigne de l'hôtellerie du Cerf imposa à cette voie le nom de Briehemer, corrompu et transformé en Briie-mieho par la voix populaire ; vinrent enfin les édiles qui sanctionnèrent doublement l'erreur en acceptant le mot et en baptisant une rue aboutissante du nom complémentaire de Taille-pain.