‹ Histoire des enseignes d'hôtelleries: d'auberges et de cabaretsChapitre 31 sur 112 · LE CHAUDRON · texte numérisé non relu

LE CHAUDRON

IsE Ghaudebok et la Chaudièbb sont deux enseignes du Moyen-ftge. Ces ustensiles , qui nous paraissent assez vulgaires aujourd'hui, étaient beaucoup plus populaires autrefois. Dans les contes des longues veillées d'hiver, dans les récits des voyageurs et des trouvères, revenait souvent la mention de ces immenses chaudières dans lesquelles, lors des festins donnés au peuple par les empereurs et les rois , on faisait cuire des bœufs entiers, puis venaient la terrible chaudière oii, dans l'huile bouillante, on précipitait les faux monnayeurs ; les chaudières de l'enfer si souvent représentées au front des églises avec les détails les plus sai-

sissants ; le chaudron, peut-être plus redouté encore, oii les sorciers faisaient cuire les herbes pour préparer des compositions coupables, destinées à enkerber bêtes et gens. On ne parlait de ce dernier vase qu'en tremblant ; l'avoir touché était un crime. La Loi Salique imposait une amende de soixante-deux sous d'or, somme énorme, à celui qui accusait un homme d'être strioparte, c'est-à-dire porteur du chaudron au lieu où les sorcières font leurs enchantements.

Ces objets étaient d'autant plus populaires qu'on les voyait souvent : les chaudières sculptées au portail des églises existent toujours ; dans le butin conquis à Morat se trouvait une chaudière d'une merveilleuse grandeur, qui fut longtemps conservée, et le musée d'Avenches possède encore un chaudron de magicien entouré de longues inscriptions.

La Chaudièbb et la Qbilloibe sont les enseignes parlées de cabarets remarquablement bien exposés à l'action du soleil ; le Fottb, le FotJBinBAn et le Bô- TUJiON sont de véritables enseignes écrites ; ce dernier mot se rapporte souvent au souvenir d'un incendie : Lausanne a enoore sa rue du Rôtillok comme Genève a sa rue de la Rôtissebie.

LE GHEBCHE^MIDL

Si la monographie de l'amatear de Vheure qu^U esty espèce de monomane dont la vie s'ëcoole subordonnée à l'exactitude de la minute présente, n'a pas encore été tracée, l'enseigne, le proverbe et l'épi* gramme en ont du moins posé les premiers jalons. Boileau a dit de Targas :

Sans cesse autour de six pendules, De deux montres, de trois cadrans, Lnbin depuis trente et quatre ans Occupe ses soins ridicules.

Mais à ce métier, s'il tous plaît, A-t-U acquis quelque science ?

Sans doute, et c'est l'homme de France Qui sait le mieux l'heure qu'il est.

L'enseigne du Ohbbche Midi à Paris, si célèbre, dit Sauvai, qu'elle a été gravée et mise en tête des almanachs tant de fois qu'on ne voyait autre chose, représentait un cadran entouré de gens qui, dans les postures les plus diverses et avec la plus grande attention, y cherchaient l'heure, à peu près comme on voit dans les villes douées d'une méridienne les lieva^pédoUers et autres amateurs de l'art des Berthoud épier l'instant où le point lumineux leur donnera le midi vrai.

Ils cherchent, ils cherchent si bien que le vulgaire, toqjours porté à ridiculiser ce qu'il ne saurait comprendre, dit qu'ils cherchent midi à quatorze heures ; généralisant cette expressioUi on en est venu

à dire de tout individu par trop minutieux et pointilleux que c'est un chercheur de midi à quatorze heures^ mais est-ce l'en« seigne qui a donné lieu au proverbe ? Il est difficile de le croire, car il y a bien longtemps que l'homme qui comptait les lentiUes de son potage a été mis en scène par les fabulistes, mais ne cherchons pas midi à quatorze heures au sujet de cette antériorité relative, et puisque le cadran s'offre à nos yeux, rappelons cette bonne inscription de l'horloge d'un restaurateur:

Que j'aille bien ou mal, U ne l'importe pas, Puisqu'id toute heure est l'heure des repas.

C'est sans doute quelque pensée analogue qui donna naissance à la Bonnb BtBTTRA, enseigne d'une vieille hôtellerie genevoise.

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