LE CHEVAL BLANC
Le Cheval n'est pas rare sur les enseignes d'hôtelleries.
On y trouve même le Cheval d'Ae- GENT, le Cheval b'Ob, le Cheval Bouge, le Cheval Vbbt, le Cheval Masin et le Cheval Volant ; mais pourquoi, sur un Cheval Noie ou d'une autre couleur, rencontre- 1- on plus de cent Cheval
Blanq?
On peut répondre de bien des manières.
D'abord^ un cheval peint en blanc est plus visible et de plus loin qu'un cheval aubère, auf errant, bis, cendal, liard, gris, pommelé, pie, Isabelle, bai, fauve, rouan, brun, alezan, balzan ou noir ; cette rai* son doit toujours avoir eu un assez grand poids dans le choix de l'hôtelier.
Mais, est-ce là tout ?
Nous ne le croyons pas.
De tout temps et partout, on a considéré le blanc comme une couleur distinguée, un emblème de la pureté, un symbole divin ; si nous voulions faire des citations, nous n'en finirions pas ; les coursiers de Castor et FoUux, de Proserpine et d'ÂpoUon étaient hhmcs ; dans les proverbes, le corbeau, le pderle et le loup (Zones jouent un grand rôle ; on sait d'ailleurs quels sont les avantages d'avoir les quatre pieds bhmcs. Tout le monde prise le lys et la rose blanche, et à tous les yeux la perle et le diamant perdent leur valeur à la moindre nuance altérant leur blancheur^ — Le coq blanc ne met*il pas le lion en fuite et, devant l'éléphant blanc, les habitants de Siam ne frappent-ils pas leur front dans la poussière I
Dans le Nord, on se rendait le dieu Wodan favorable en lui sacrifiant les plus beaux coursiers blancs ; lorsque, au neuvième siècle, le roi saxon Alfred marcha sur les Danois, envahisseurs de l'Angle-
terre, la bannière au cheval blanc flottai^ encore i la tête de ses escadrons.
Chez les Ro mains, le triomphateur étai conduit au Capitole sur un cheval blanc.
Aux entrées solennelles des prélats et des têtes couronnées, on voit toujours figurer les haquenées blcutches et les grands chevaux blancs.
Dans les pages mystérieuses de l'Apocalypse, la monture de celui qui s'appelle le Fidèle et le Véritable, est-elle autre qu'un coursier blanc ?
Partant, qu'y a-t-il d'étonnant à voir représenter et persister sur les enseignes, éclatante d'une immaculée blancheur, l'image de l'animal autour duquel rayonnaient tant de pensées poétiques, de l'animal qui se relie ou qui se reliait le mieux, car aujourd'hui il faut parler au passé, i l'idée du voyage et surtout i celle du voyageur ?
Ces idées donnèrent naissance aux vieilles enseignes du Càvalieb, de la Selle, de la Bride et des Fkbinb ; des Hettses, bottes que portait le cavalier ; des Epebokb, de la Housse, de I'Etbieb ou EsTsnfiu comme l'on disait autrefois ; du Fbb de Chbyal, du Bat b'Abgent,
du COLLIEB DE ChETAL, du TOUBNE-
Bbide, du Reposoib, de la Passade, de la Rotte, du Chas, du Chabiot, de la YorruBE du Roulieb, du Chariot Rouge, du Chab Dobé, du Chabiot d'Ob, du VoTAGEXTB, du CoGHB RoYAL, des Dnj-
D'HOTELLERIESy D'AUBERGES ET DE CABARETS
0ENCB8> de la Posts, du Mulet , des Trois MuiiSTSy etc.
L'enseigne da Bon Rencontbe (naguère ce mot s'employait au masculin) est ancienne chez nous; Genève possédaity en 1599, celle du Bon Chemin ; en 1622, Bouen nous fournit le Bon Ebpoib ; dans plusieurs villes, nous avons rencontré, avec des dates diverses, le Bon Pbo- TBOTEUB. N'oublions ni le Bon Gonbuc- TEtJB, ni la Bonne Gondxtite, ce terme avec sa valeur propre.
Voici la Fbontièbb, la DÊBsiDiiE, I'âb-
BIV£b DES YOYÀGETTBB, le BlENYENU. A
Thonon, I'Abbtvêb des bons Enfants se trouve ou se trouvait sur la maison dite La Oarde de Dieu^ parce que saint François de Sales, menacé d'être lapidé par les Hérétiques, s'y réfugia le 19 février
Du séjour des souverains Pontifes à Avignon, le souvenir le plus vivant se ' trouve sur les enseignes qui, tout le long du Rhône méridional, nous offrent des MuiiE, non pas la mule que le pape chausse et que les fidèles sont admis à baiser, mais la mule blanche qu'il monte dans les occasions solennelles.
D est peu de villes qui ne possèdent une rue du Cheval Blanc, souvenir d'enseignes le plus souvent effacées de la mémoire des hommes.
Paris offre encore un Cheval Blano, belle sculpture en ronde-bosse, datée de
1618. Le Grand Cheval Blanc de Lyon est une sculpture de la fin du quinzième siècle dont le mérite est encore supérieur.
La même ville offre le Petit Cheval Blano, enseigne formée d'un marbre antique qui remplit peut-être cet office depuis l'origine.
La statue équestre de Henri IV sur le Pont-Neuf, érigée en 1614, abattue pendant la Révolution et relevée par les Bourbons, n'est connue que sous le nom de Cheval de Bbonze. Son image passa sur l'enseigne du cabaret ; nous connaissons quelques hôtels qui portent encore pour titre : au Cheval de Bbonze, expression qui, appliquée à la statue de l'adroit béarnais, donna lieu dans le temps i l'épigramme :
Superbee monTiments, que votre vacûté
Est inutile ponr la gloire
Des grands héros dont la mémoire
Mérite Timmortalité !
Que sert-il qne Paris, an bord de son canal Expose de nos rois ce grand original, Qni sut si bien régner, qni sut si bien combattre P
On ne parle point d'Henri quatre,
On ne parle qne du Cheval.
Nous aimons à croire que les Gaulois nos ancêtres, avant que d'être incorporés à la grande nation, aimaient à s'arrêter dans les cabarets qui avaient le Cheval CoBNU pour enseigne; ce cheval sacré qu'ils imprimaient sur leurs monnaies et figuraient sur leurs armes. Nous croyons nos recherches vaines au sujet de cette image, mais nous pensons l'avoir recon-
HISTOIRE DBS ENSEIGNES
nue dans celle de la Licobnb, toujours
représentée avec le corps d'un cheval, et dont les exemples sont encore assez nombreux sur les enseignes.
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