‹ Histoire des enseignes d'hôtelleries: d'auberges et de cabaretsChapitre 36 sur 112 · LE CŒUR DE LA COTE · texte numérisé non relu

LE CŒUR DE LA COTE

IsE Cœub joue un grand rôle dans l'imagerie idéologique. Blasons, devises, enseignes, en reproduisent souvent la figure.

Si le soleil est le cceur du monde, disent les vieux héraldistes, le cceur est le soleil de l'homme comme l'or est le cœur de la terre. Le cc^ur est l'emblème de saint Augustin, de saint Grégoire le Grand et de sainte Catherine de Sienne. On sait que Jacques Cœur, le célèbre et infortuné ar^ gentier ou trésorier de Charles VII, portait pour armoiries des coeurs avec la devise : A CŒT7B8 YAILLANS BIEN IMPOSSIBLE.

Calvin portait un ccbub site la main avec les mots : pbomptè et bincebè ; c'était un souvenir de la soldatesque de son pays natal ; en 1774, la compagnie d'Amiens avait encore pour dicton : La IVandiise née PicardCf le Cœub a la haik.

d'hôtelleries, d*auberges et de cabarets

Les Francs-maconSy s'ils n'abusent le cœur, usent et abusent du Cœub. Leurs enseignes foisonnent de Cordialité, de

CkEUBS 8INOÈBE8, dO CCETTBS PLABCBOYAirrS,

de Gœubs unis, de Cœubs zélés, d'UNioN DES Cœxtbs, de Réunion des Cœttbs et de Tbifle Union des Cœubs. La Loge des CkEUBS UNIS DU Mont-Blanc existait à Bonneville en 1789, et la Parfaite Unité des Cobubs libres se trouvait dans la même ville, en 1791. Mais laissons les retraites ténébreuses où se célébrèrent les mystères d'Hiram, et montons à Thôtellerie. Quelques enseignes nous offrent des Cœurs, elles sont rares. Citons pourtant le Cœur yolant, qui rappelle l'enseigne si bien trouvée de la Fleur de Lis yolante, prise autrefois par Vlntendance des postes françaises; le Cœur couronné, le CosuR d'Or, le Cœur enflammé, le Cœur saignant, le Cœur royal, le Cœur de France et le Cœur bla^c, enseigne anglaise qui touche au Cœur d'Argent.

Pour nous, tout cela ne vaut pas le Cœur de la Côte, enseigne que choisit un cabaretier de Mons, village situé au milieu du riche vignoble vaudois qui s'étage au-dessus de BoUe. Son enseigne était un superlatif auquel il ne croyait pas de rival. Un de ses confrères de Tartegnins voulut lui prouver et lui prouva le contraire en plaçant devant son auberge : Au Rognon de la Côte. Un mot d'eiiplication. Si les anciens ont mis le

siège des passions dans le foie, nos paysans placent celui de la force et de la vie dans les rognons qu'ils considèrent comme la partie la plus noble de l'animal, d'où l'appellation de « rognon du Dauphiné > donné à la plus belle partie du département de l'Isère, et le proverbe savoyard :

Si la Savoie était an mouton, Saint-Pierre en serait le rognon.

Il s'agit ici de la ville de Saint-Pierre, nom auquel les vanités locales en substituaient quelquefois d'autres. Les vieux littérateurs propageaient ces idées en appliquant le nom de rognons aux reins de l'homme, témoin cette paraphrase du Psaume Vil, écrite par Campensis, en 1545 : c En fin finale, les mauvais seront destruicts par leur propre maulvaistie :

mais ô Dieu juste, qui vois pleinement jusques au fond des cœurs et des roignons, tu conformeras le juste. >

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