LE COQ
Is'ensei0nb du Coq remonte au moins à l'époque gallo-romaine. D'après une inscription antique, Fros leva à Narbonne une hôtellerie sous cette enseigne qui devait être chère aux Gaulois. Les chrétiens ne durent pas moins l'agréer : elle leur
HISTOIRE DBS ENSEIGNES
rappelait le coq de saint Pierre et la pieuse légende suivant laquelle, par son chanty le coq avait, le premier, annoncé la naissance du Sauveur du monde.
Le Coq aAULOis, emblème qui, bien loin d'être gaulois, ne remonte, comme symbole de la France, qu'à la seconde moitié du dix-septième siècle, est employé comme enseigne dans quelques localités.
Le Coq d'Inpb est plus ancien ; Tintroduction de ce gallinacé en Europe datant des premières années du seiiième siècle.
Avant lui, l'outarde parait pour le plus gros et le meilleur des oiseaux de table ; aussi, rencontre-t-on de vieilles enseignes oiL rOiTTASDB d'Ob est entourée de toutes sortes d'autres oiseaux, avec l'inscription:
JB VAUX MIBUX.
Le Paon et le Faisan, honneur des f estins d'apparat, étaient aussi souvent représentés que l'outarde; l'enseigne ne négligeait d'ailleurs aucun des volatiles chers aux gourmets : on y trouve le Canard, le Grand Canard, I'Oie, le Chapon, le Pigeon ou CouiiOicB, la Perdrix, le Moineau et même I'Ortolan.
Beaucoup d'autres oiseaux prirent place sur l'enseigne ; Vaigle, Vautruchej la eigogne, le corbeau^ le faucon^ etc., dont nous parlerons en temps et lieu ; mentionnons seulement en passant l'enseigne des Trois Tabins, qui existait à Paris au milieu du dix-septième siècle, comme on
le voit dans ces vers du Paria hmieaquef imprimé en 1652 :
Belle, j'attende votre réponee ; Je loge auprès monsieiir le nonoe, lV>at vis-à-vis M. Tborins, A l'enseigne des Trois Takibs.
Le tarin est une espèce de serin, originaire de Russie et qui passe l'autonme en France.
Le Coq blabdi, montrant le fier volatUe campé sur la tête du roi des forêts, enseigne fréquente ft Lyon, et que naguère encore on voyait près de Genève, concorde avec la croyance du Moyen-Age qui estimait que des choses qu'il pouvait craindre, le lion, ne redoutait rien plus que les éclats de la voix du coq et le battement de ses ailes. Nos modernes peintres d'enseignes, représentant le Coq hardij oublient seulement que pour que le coq soit craint du lion, il faut que son plumage soit d'une éblouissante blancheur ; c'était l'opinion de Pline, répétée par Brunetto Latini qui, parlant du lion, dit : « Et ja soit chou k'il est redoutés de tous les animaux, ne porquant il crient le Blanc Cok. > Ce que redisent Philippe de Thaun et Guillaume, le clerc de Normandie:
Li Lenns Bijjic Coc oient.
De char le cri ki en vent.
Si mervelle dont oe U vent Qne de Bumc Gok grant pour Ja qn*il poisse, ne TaUendra.
d'hotellehies, d'auberges et de cabarets
Nous ne désespérons pas de retrouver le Coq Blano sur quelque enseigne d'hôtellerie ignorée ; signalons en attendant le Coq d'Ob qui n'est pas commun ; le Coq csxsTÀJSTTy enseigne de tôle suspendue de manière à ce qu'au moindre vent, l'image grinçant sur ses gonds, le battant pftt dire : le coq chante ; enfin le Goq- Hébok, qui a laissé son nom à une rue de Paris et qui ne parait être autre que le Coq de Bbutèbb, oiseau aussi peu abondant aujourd'hui qu'autrefois.
En 1300, une maison de Paris portait le. nom de Cocatbix, ce basilic qui pond des œuis d'où éclosent des vipères; l'enseigne fut d'abord celle d'un lupanar, elle était bien trouvée, puisque le moyen-âge avait synonyfié cocatrix ou coquatris avec meretrix.
Nous ne savons si le Goq-si-Gbxje, ce coq haut monté comme la grue, fut jamais représenté sur l'enseigne ; mais s'il ne le fut pas, il est néanmoins resté dans la tradition de la langue parlée, car, lorsqu'un enfant, par trop curieux, demande ce qui cuit dans la marmite, la maman lui répond : des Goqs-si-Gbues et des poires Merlin. Pour l'édification de nos lecteurs, ces poires, baptisées du oom du fameux enchanteur, sont des fruits analogues à ceux que, dans ses jardins de délices, Mahomet réserve à ses disciples.