L'ÉTOILE
I^ Soleil, dont les images se multiplièrent en France sous le règne du grand roi; la Lune et ses différentes phases, surtout celle du CBOissAKTy disposé de toutes les manières, sont des enseignes qui se rencontrent i toutes les époques
et partout. On y figara aussi plusieurs signes du zodiaque comme les Deux Poissons, la Balance, TEobeyissb, le Sagitaibb, etc. L'Abc-bn-gibl et les QuATBE Vektb ne furent point oubliés.
Les Quatre Vents des vieilles enseignes étaient représentés par ces quatre tétea d'anges aux joues gonflées, soufflant de toutes leurs forces et qui décorent les angles des anciennes cartes géographiques ; par quatre de ces chérubins dont le père Le Moine donne, dans ses Peintures morales, la description.
Les Comète ne sont ni moins anciennes, ni moins fréquentes que les images du soleil et du croissant ; mais chez nous, on a oublié leur ancienneté absolue pour concentrer les souvenirs sur le fameux astre de 1811, dont les bénignes influences sont si bien appréciées par les disciples de Bacchus. C'est au-dessous de l'une de ces comité? modernes que nous avons copié ces vers :
Censs* qui dîze qne le vin fai da mal, Cet encor de fier-z-animal !
Quant aux Etoile, enseigne qu'on voit figurer à Genève depuis les premières années du seizième siècle, elles sont bien nombreuses aussi et bien diverses depuis I'Etoile des Maoes, I'Etoile Flamboyante, TEtoile Rouoe, I'Etoile d'Ob, I'Etoile des Mebs, I'Etoile du Léman jusqu'à I'Etoile bu Beboeb, I'Etoile du
Sois et I'Etoilb du Matin, que les anciens hôteliers de la Picardie appelaient I'Etoilb Poinchinbubb. En parlant de cette étoile, qu'on nous permette de citer une énergique expression dont les ouvriers de campagne font usage en parlant de ces rudes journées d'été oii ils travaillent : cTtine Etoile à Tauire ; nous disons aussi : tra/oaiUer d^une Aube à Vautre^ expression qui semble prouver qu'anciennement on ne distinguait pas V aurore du crépusculej l'un et l'autre étant simplement qualifiés d^aube ou blancheur. L'enseigne du Point du Joub représentant Apollon, entrant dans la voûte sombre dont il fait éclater l'enveloppe par l'action de ses^ rayons lumineux, nous remet en mémoire une curieuse expression du moyen-âge qu'on retrouve depuis l'origine de la langue et qui est tombée en désuétude, c'est I'aube CBàvB pour le jour point; cette expression est déjà employée au onzième siècle, dans le Livre des Bois :
c Lendemain Saiil parti l'ost en treis^ e cume I'Albe s'escreva, sur le rei Naas vint sudéement »
Sur certaines enseignes du moyen-ftge, on voit quelquefois, à droite et à gauche du sujet principal, un petit croissant et une étoile ; ces signes indiquaient les hôtelleries qui recevaient et traitaient lee voyageurs aussi bien la nuit que le jour.
En terminant, n'oublions ni la Nouvelle Etoile, enseigne qui semble prou-
fer de la sympathie pour les découvertes astronomiques, ni celle de la Belle Etoilb, qui décora quelque part de bien mauvaises hôtelleries, puisque son nom acquit une célébrité si grande, que l'Académie elle-même enregistra les phrases :
loger y coucher à la belle étoile, comme étant des équivalents de coucher dehors^ coucher en plein air. Nous ne pouvons quitter la belle étoile sans dire un mot de la bonne : être né sous une belle étoile, est une phrase comprise et employée par tout le monde. Plus concis, le vieux langage rendait les quatre derniers mots par ABTBTTO, terme dont le péjoratif était MALABTBuo, employé dans ce vers de Fierabras :
c Jamays vos no veyretz Bafomet ka-
LABTBUC. »
De ce vieux mot, les Genevois firent MALATBU et r Académie malotbu; dans ce cas comme dans bien d'autres, le patois de Genève nous parait préférable au patois parisien des doctes colonnes.
Le mot TBuo, employé dans toute l'Europe et pour lequel on a proposé tant d'étymologies, n'est autre chose, selon nous, qu'un dérivé i*astruc par aphérèse :
avoir le tbuc, du tbxtg, un tbuc, c'est savoir réussir dans ce qu'on fait par une adresse toute personnelle, par un sentiment tout individuel qui a quelque chose de fatidique; comme on les emploie à Genève, ces expressions correspondent
très-bien à : avoir du bonheur ; être né sous une bonne étoile, ressentir Vheureuse influence des astres.
En adoptant l'enseigne de I'Etoile, les fabricants de bougies en stéarine n'ont fait que renouveler les prétentions des chandeliers du treizième siècle qui, lors de l'invention des mèches de coton, annonçaient leur marchandise dans les rues de Paris, en criant :
Chandoile de ooton, chandoile Qui plus art cler que nnle bstoilb.
LE FARDEL.
L'enseigne du Fabdel se voyait au quinzième siècle à Paris, dans la rue Saint-Denis ; ce mot avait la signification de : fardeau, faix, charge ; on donnait i cette époque le nom de fardelier i un crocheteur ou portefaix. Très-souvent fardel ayait un sens plus large : ce terme désignant parfois une grande réunion de toute sorte d'objets ; c'est le sens qu'il a dans notre enseigne que l'on traduirait maintenant très-bien par Gobne d'Abon- PANCE, par cette image qu'affectionnaient les anciens, bureaux de loterie, ainsi que les marchands de tabac et qui n'a point
encore disparu de l'enseigne contemporaine.
On ne voit presque plus sur les enseignes d'aujourd'hui une foule de pièces secondaires qui figuraient sur celles du moyen-âge : Vêtements, objets de toilette, outils et accessoires de l'industrie, ustensiles de toute espèce depuis le Gbil de la cuisine jusqu'à la Balakce du changeur y avaient leurs représentants.
Le Ghapebon, la Ceintxtbe, les Feb- MAux, les Cinq Dujcants, les Gants, la Jâbbetiêbe, le SouLiEB, la Boubsb, au*
UÔNIÈBE ou EBCABCELLE, la GiBBCIÊBE,
la GiBECiÈBE... d'Ob, le Miboib et les Ciseaux d'Ob appartiennent i la première catégorie ; l'industrie donna la Chabbue, la Hebse d'Ob, la Gbanqe, la Hotte, le Moulin, le Moulin a Vent, la laRouE DU Moulin, le Cbeble et le Foub, ainsi que les Foboes i tondre draps, chiens et moutons.
Le ménage et la cuisine nous ofirent la Pelle, la Hache, le Soufflet, le Tb6piED, le Hayet, croc ou fourchette pour sortir la viande du pot ; les Couteaux, le Couteau Chaud, vieille enseigne genevoise renfermant peut*étre quelque allusion difficile à expliquer aujourd'hui et qui rappelle involontairement le sombre souvenir de la Pierre Chaude sur laquelle on exécutait les criminels dans plusieurs villes ; le Mobtibb et le Pilon, les Tbé- TEAux pour dresser la table, la Chaibe ou chaise, le Chandelieb et les Chandelles, des EcuELLE, des Pot, des Petit Pot, des Pot de Cuivbb, des Vais-
selle d'Etain, des SAUdEB, des GuiliiBb, des Tbois Cuillebs, etc.
Nous parlerons ailleurs des vases i contenir ou à servir le vin, ainsi que des Plat d'Etain, des Plat d'Aboent et des Mabmitb. Préférablement i celles d'autres vases, I'Anse de la marmite figurait sur l'enseigne. En 1472, une maison de Genève est désignée sous le nom de Parvi anse qu'elle devait sans doute à une enseigne de la Petite Anse.
N'oublions pas le Tableau, le livre de dépense de la cuisine : c'était une tablette enduite de cire sur laquelle on écrivait avec le style connu chez les anciens; cette enseigne du Tableau se voyait encore au quinzième siècle ; elle est spécialement nommée et son emploi de tablette i écrire est bien indiqué dans le Mariage des qî4(xtre fUs Hémon^ pièce datant de cette époque et dont la rédaction primitive paraît remonter beaucoup plus haut.
Plusieurs des cabarets dont nous venons de citer les enseignes mériteraient des notions particulières, mais l'espace nous manque pour en parler en détail ; nous nous bornerons à une citation contemporaine touchant les Trois cuilliers ou quiUiers comme on écrivait alors, nous l'extrayons des Visions (ulinirables des Pèlerins du Parnasse, ouvrage publié en 1635:
« Voicy le meilleur morceau et le plus grand cabaret que je vous garde pour la bonne bouche. Croyez-vous que celui des
d'hôtelleries, d'auberges et de cabarets
Tboib QuÙiLiebs de la rue aux Ours soit un des moindres ? Je yous apprends que c'est le meilleur et le plus excellent de tous, et si vous avez opinion que Thoste soit mon compère et que j'^n parle par intérêt, prenez la peine d'y aller souper ce soir avec dix ou douze de vos bons amis, vous serez contraints d'advouer que je suis l'homme le plus véritable de tous ceux qui vivent »
. L'enseigne des Trois CuiUierSy existe encore dans la rue aux Ours, mais, par une de ces mutations que le sujet que nous traitons offre souvent, elle sert aujourd'hui à un ferblantier.
Si renseigne du Fessiâub se retrouve, ce qui est probable, il sera bon de se souvenir qu'au treizième siècle, ce mot avait le même sens que Fabdel, témoins ces vers du Privilège aux Bretons :
Connoisse tu j autre, qni a non don Loquiaus P Enten an aur d'aost, quant il venoit de biaus ; H aler chascnn jor, en forest de charîans, Et porter à son col de gênés grans fessiavs.