LE FAUCON
Dans toute l'Europe, on trouve des Faucon , des Tbois Faucons , des Faucons d'Ob et enseignes analogues où le faucon, ce beau type de la chasse au vol, de la volerie comme on disait autrefois , est représenté de différentes manières.
On comprendra cette diversité si l'on se souvient combien les fauconniers reconnaissaient de variétés dans cet oiseau ,
variétés compliquées de celles qui naissaient de l'âge et des aptitudes: quelle différence de forme aussi entre le faucon nu et le faucon: équipé pour la chasse, la tête couronnée d'un chaperon sommé d'une houppe de plumes et portant aux jambes les sonnettes et les vervettes armoriées !
Les enseignes du Chapebon Rouge , des Six Gbilletb et des Moufles, sorte de gants pour tenir Toiseau de proie sur le poings sont des souvenirs de la vieille chasse au vol.
Nul animal domestique n'a joui d'une faveur comparable à celle du faucon pendant les siècles du moyen-âge. Cet oiseau, si complètement oublié aujourd'hui, était cher à la noblesse qui considérait le droit de le posséder comme une prérogative importante. Non-seulement à la chasse , mais encore en visite , dans les pèlerinages et même à l'église, pendant l'office divin , seigneurs et grandes dames portaient sur le poing l'oiseau favori
Dans son Histoire de la civilisation , M. Roux dit même que les ecclésiastiques voulurent partager avec les chevaliers l'honneur de porter le faucon ; que souvent ils l'avaient avec eux dans l'église le posant sur le bord de la chaise ou sur le coin de l'autel.
L'admiration pour le faucon fut poussée à ce point qu'à une certaine époque,
les grandes dames rognaient leurs ongles en pointe afin d'obtenir au bout de leurs
doigts de rose un crc .et ressemblant plus ou moins à la gritfe de l'oiseau favori.
Le faucon était tellement con'^idéré que certaines lois qui permettaient au noble fait prisonnier de donner pour sa rançon tout son or et jusqu'à deux-cents de ses esclaves , ne Tautoi isaient pas à recouvrer sa liberté en donnant son faucon.
Dérober un faucon était un crime puni de la même peine que le meurtre d'un serf.
Un personnage d'Auxerre fit crucifier un malheureux qui avait détourné un de ses faucons dressé pour la chasse. Déjà chez les Francs, cet oiseau était si estimé que la loi Ripuaire en fixe la valeur à douze sous d'or, c'est-à-dire au double de celle du cheval.
Généralement parlant, il n'y avait que les meilleures auberges , que les hôtelleries possédant un personnel capable de recevoir les plus grands seigneurs avec le train qui les accompagnait, qui prirent le faucon pour enseigne. De nos jours encore , en Suisse et ailleurs , de forts beaux et bons hôtels , dont rétablissement remonte à des époques plus on moins anciennes, ont conservé la vieille enseigne du Faucon.
Quelques animaux carnassiers et rapaces sont représentés sur certaines enseignes : le GoBBEAU , ce véritable hôtelier du prophète Elle dans les déserts de la
Judée, est assez fréquent. L'hôtellerie da GoBBEAU à Zurich prit son enseigne du fait que les corbeaux privés de saint Meinrad, y avaient, à l'exemple des grues d'Ibicus, fait découvrir les assasins de leur maître. Suivant les chroniqueurs d'Eisiedeln ce fait remonte à l'an 881.
L'enseigne de la GobnbuiLe n'est pas rare. Dans le Midi de la France, cet oiseau figure sous le nom de GbahiLB ou Gbatb; le dictionnaire de l'Académie veut Gbolle. '
A Grenoble , ce terme sert à dénommer une fort belle promenade construite par les ordres de M. de Saint-André et qui devait porter son nom , mais la fortune en disposa autrement ; laissons raconter les faits au spirituel auteur de XRermite en province : c Les travaux de la promenade commencés , les habitants de la ville s'y rendaient en foule; un spéculateur s'avisa d'y établir une guinguette , laquelle avait pour enseigne une corneille avec cette inscription : à la Graille. La guinguette fut achalandée, et tous les buveurs ne tardèrent pas à se donner rendez-vous à la Oraille ; bientôt le cours en prit le nom : on avait commencé par dire, allons boire à la Graille^ et on finit par répéter : Allons promener à la Graille. Cependant M. de Saint-André voyait chaque jour avec un sombre chagrin le triomphe d'un oiseau plus connu par ses présages que par ses usurpations. Il fit abattre l'enseigne ; mais le
dThotktj.kriks, d'aubbbgks et de cabarets
nom de la GraiUe ae Uranba point a?ec l'effigie de Toisean et i^yalnt sur le non da noble fondateur. Les magistrats prirent fait et cause pour leor confrère ; la gnerre fat déclarée aox corbeaux, par les gens de jnstice, et sontemie de part et d'antre avec beaucoup de viracité et loquacité. Plusieurs arrêtés du parieproscrivirent la GraiUe. Les actes fs où le lieu et le nom de la ChraiOe rouvaient relatés furent déclarés nuls; lieuse fut faite aux notaires d'écrire lamais ces mots : Fait et passé à la OraiUe. Vaine défense ; après plusieurs campagnes, où furent livrés, à coups de becs de vigoureux combats, les corbeaux demeurèrent vainqueurs ; la GraiUe reste en possession de la promenade ; son nom seul y domine , et si l'on se rappelle encore quelquefois de celui de Saint-André, c'est pour rire de la mésaventure de ce noble président , qui était de plus intendant du Dauphiné. »
La plupart des enseignes précédentes s'expliquent d'elles-mêmes ; on comprend aussi la présence du LâoPAnD , dont la forme élégante et la robe marquetée faisaient bien en peinture , mais nous ne saurions trop comment interpréter celles du Loup, du Loup Cxbvieb, de la Robe Ds Loup, du Benaed, du R^vat^ti b'Ob, du Renabd Rouas , du Renaed Noib , du Tbou du Renasd , de la Fosse aux Lions et de la Fosse aux Oues.
Et la Hâbahos, ce petit oiseau sot et cruel, pourquoi le rencontre-t-on en plusieurs lieux sur les enseignes d'hôtelleries?
Le Chat , le Chat Bulkc , le Chat Nom , le Chat Bossu et le Chat Botté sont des enseignes beaucoup plus employées qu'on ne le croirait au premier coup d'œil. L'enseigne : Aux quatee Chats Gbiokaks , offre autant de représentants de la race féline qui s'entr'égratignent avec la fureur et la rage naturelle aux animaux qui ont pour coutume habituelle de faire la patte douce.