LA GRIVE
On dît qne la grive Piqoe le raisin ; Moi, qui ne sais pas grive, Je le piqne bien.
Pabtout où l'on vendange, se répète cette rime , qu'un cabaretier transcrivit sous son enseigne de la Gstve, modifiant le dernier vers, et le remplaçant par :
J'aime le bon vin.
A tort ou à raison, la grive passe pour aimer le jus de la treille , d'où le proverbe : saoïXl comme une grive.
Le prince des naturalistes assure gravement que la mauviette ou grive de vigne n'arrive en Bourgogne qu'au moment de la pleine maturité des raisins ;
qu'elle s'enivre à manger les grains et se laisse prendre alors à tous les pièges.
L'iyresse produite par l'abus dn raisin mûr n'est pas trop facile à comprendre ; par le vin c'est autre chose , plus d'un petit pied , du moineau jusqu'à la poule , s'y laisse prendre ; l'anecdote suivante :
racontée par Buffon est très-probable y c M. Linnaens, dit-il, parle d'une litorne (variété de la grive), qui ayant été élevée chez un Marchand de vin , se rendit si familière qu'elle couroit sur la table et alloit boire du vin dans les verres ; elle en but tant qu'elle devint chauve , mais ayant été enfermée pendant un an dans une cage , sans boire de vin , elle reprit ses plumes.
Bien avant Linnée, la grive était prise comme type proverbial de l'ivresse.
En Dauphiné , entre Romans et Saint- Marcellins, on voit l'enseigne de la Bonne Obive; l'esprit de rivalité inspira à l'aubergiste que l'on rencontre un peu pus loin une enseigne analogue comme pensée , au Bognon de la Côte dont nous avons parlé dans un article précédent. S'inspirant d'un proverbe bien
connu, il fit écrire au-dessous de son ^oiseau :
a la bonne grive l'autre n'est qu'un BŒRLE.