L'HOMME SAUVAGE
JLe Moyen-âge aimait à voir sur ses enseignes les images d'objets étranges , de
HISTOIRE DBS ENSEIGNES
choses extraordinaires; ce n'était pas tant par naïveté que pour mieux attirer les chalands : nous avons déjà yn , en parlant de certaines enseignes vivantes , qu'on sacrifiait beaucoup pour faire graver son adresse commerciale dans la mémoire populaire. Les moins habiles changeaient la couleur ordinaire d'un objet : de Ift le Lion Noib, rAioLB d'Ob, le Cheyal Roxtoe etc. d'autres prenaient des animaux peu connus et sur lesquels on donnait des détails incroyables. L'AuTBucHB, qui se nourrit de pierres, de fer et de verre cassé; le Pobc-Épio j qui lance ses aiguilles d'une manière aussi sûre que l'archer le plus expérimenté ; le Phînix , qui renaît de ses cendres ; le Basilic , ce monstre né d'un œuf de coq et qui pétrifie du regard ; la Baleine qui engloutit les plus gros navires avec tout leur équipage; puis , le Chameau , le Dbomadaiee , le Qbipfon, la Salamandbe. le Centaube, la Chimèbe , la Licobne , cette ennemie née de tous les poissons et qui jouait un si grand rôle dans la poésie légendaire ; l'ËiiâPHANT qu'on se figurait aussi gros qu'une montagne et la Gibape dont le col était aussi allongé et aussi haut que les aiguilles des cathédrales. Au moment de la Restauration, ce dernier animal eut un succès fou comme siyet d'enseigne grâce à une parodie. Lors de la rentrée du roi , M. Beugnot avait dit :
c II b'7 a rien de changé en France , il n'y a qu'un Français de phis. » Vers le mAme temps une girafe magnifique fut amenée i Paris et on frappa une médaille satirique représentant le quadrupède avec l'inscription : c II n'y rien de changé en France, il n'y a qu'une béte de plus. > Dès lors tout fut à la giraftj l'engouement ne cessa qu'en 1880.
Le 8zNaB| que les croyances populaires faisaient considérer comme un homme déchu et maudit, se voyait souvent sur l'enseigne qui efire les Smess, le SmaB Vbbi* et le Sieob d'Ob. Le GttAET, nous l'avons vu, s'offrait sous des formes très-variées.
La race nègre, cette postérité réprouvée de Cham, a donné aux enseignes le MoBE, le Petit Mobe, le Sabbasin, les Tbois Mobbs et le Tête Noibe ou Tête Sabbasine.
lïl^oablions pas I'Ohiie a beuy Testes c qui voit devant et derrière > , espèce de Janus qu'au quinzième siècle, Paris offrait aux flâneurs de la rue Saint- Martin.
Mais en nombre, aucune des figures précédentes n'égalait le Sauvage ou I'Ommb Saulyaige, comme nous lisons dans un document du quinzième siècle.
L'HoHiiE Sauvage sert encore d'enseigne à bien des hôtelleries qui sont loin d'être placées au dernier rang. Massue
en main, leur longue chevelure pour tout vêtement, le sauvage et la sauvagesse
étaient des figures fort aimées : enseignes et tenants d'armoiries les répétaient à Tenvi ; pas une fête, pas un carousel où des troupes de sauvages ne jouassent les plus brillants rôles. On sait ce qp'il en coûta à quelques seigneurs de la cour de Charles YI pour s'être, pendant le carnaval de 1392, travestis en hommes sauvages.
Couverts d'habits enduits de poix et garnis d'étoupes, une torche imprudemment approchée communiqua le feu à leurs costumes et les fit périr, d'autant plus facilement que, pour le rôle qu'ils devaient remplir, ces malheureux étaient enchaînés les uns aux autres. Ce terrible ballet des Ardents, qui a jeté une sombre lueur sur tout le règne de Charles VI^ resta longtemps gravé dans la mémoire populaire.