LES MILLE COLONNES
liETTB enseigne si célèbre et si répétée en France et ailleurs, date du règne de Napoléon 1^* L'impression produite par les travaux de la Commission d'Egypte, la vue de ces immenses colonnades, de l'existence deiïquelles on n'avait eu jusqu'alors qu'un sentiment douteux, réagit jusque sur la décoration des cafés qui rivalisèrent à qui aurait le plus de colonnes — l'enseigne ou la dénomination des Mille Colonnes fut créé, ainsi que
celle plus abordable des Colonnes ; de la même époque date l'enseigne des Ca- BiATiBEs, on sait que les cariatides sont des espèces de colonnes sculptées en forme de figures de femmes.
Par antiphrase, plus d'un cabaret borgne reçut le nom de café des mille colonnes : il nous souvient d'avoir vu à Oenève, un souterrain profond, ne recevant de jour que par la porte et qui servait, peu avant 1830, de cabaret à des maçons qui; facétieusement, lui donnèrent ce nom. Pareille pensée a dirigé le choix de l'enseigne du Bois be Bolgonaz.
Ces dénominations satiriques, souvent pleines d'à propos dans leur ironie et qui sont parfois semées de quelques grains de gros sel, constituent ce que nous appelons l'enseigne parlée ; pas une ville qui n'en offre des exemples; à celles que nous avons eu l'occasion de mentionner, ajoutons les suivantes.
Le FouESEAu d'Épêe était un estaminet fort long et si étroit que les buveurs ne pouvaient se placer que d'un seul côté des tables qu'il contenait.
Le Bon Puits est renommé par l'excellence de son vin, il en est de même de la CoiocuNioN, cabaret genevois qui reçut cette dénomination de ce qu'il s'approvisionnait autrefois des mêmes crus qui étaient employés pour les besoins du culte protestant. La Communion est un vieux cabaret. Naguère ses fenêtres
mSTOmB DES ENSEIGNES
étaient encore titrées de petits carreaux à six pans entremêlés de médaillons peints ; Fun de ces derniers figure trois colonnes d'argent, se détachant sur un fond rouge ; on lit tout autour : église DU dieu vivant, appui et colonne DE vÉRrrÉ. Un mot d'explication est nécessaire Nous avons bien dit que dans certain argot, la taverne se nomme Féglise où Von sonne avec les verres, mais la présence de cette peinture et de cette inscription dans le cabaret de la rue des Corps-Saints était due i un cas fortuit.
En 1774, on ôta les vitraux qui se trouvaient encore dans le temple voisin de Saint-Gervais, le cabaretier les acheta et sans plus de malice en fit enchâsser quelques-uns dans ses fenêtres. Voilà toute l'histoire de ce médaillon. D'ailleurs, comme nous voyons aujourd'hui des vitraux peints dans les églises ou en voyait autrefois dans tous les cabarets.
Les Etats souverains tenaient à honneur et à profit de faire enchâsser leurs armoiries, peintes sur verre, dans les fenêtres des hôtelleries. Les Registres du Conseil de Genève, au dix-septième siècle, mentionnent beaucoup de cadeaux de ce genre faits psr la Seigneurie; ainsi, en 1620, elle envoie la Clef et Vaigle au logis de la Œef à Berne et, en 1640, elle fait semblable don à l'auberge de la Couronne^ dans la même ville.
L'enseigne parlée de la Sacsistie, qui se retrouve i Genève et à Carouge, peut-
être rapprochée de celle de la Communion.
La GoniLLB attx GrehouiuiBS est une enseigne parlée qui n'est pas rare dans les quartiers en construction; i Augsbourg, la Mabb attx Gbbkoxtillbs était une véritable enseigne écrite.
Le Sao ds Chasboh est fréquenté par les employés i ce combustible.
Le Tbapon, le Pm qoh et la Tsaquettb sont des enseignes parlées de lieux où la police fit plus d'une capture.
Quelques buveurs attablés dans un établissement nouvellement ouvert, lui cherchaient un nom, l'un d'eux, levant les yeux au ciel, compta les solives du pfaifond et trouva ainsi l'enseigne des Okzb PouTEBs ET DEMI. Nous pourrions citer beaucoup d'autres ense:gnes parlées, mais cet échantillon suffit