LE PESTEL
Dans ses Repues franches^ Villon dit en parlant du Lymousin :
S'en vînt à une hostellerie, Bire de la Mortellerie, Où pend l'enseigne dn Pbstbl, A bon logis et bon hostel.
Ce mot pestel, usuel jusqu'au seizième siècle, avait bien des significations au moyen-âge : pieu^ massue, pine de serrure
heurtoir de parte^ etc., mais, en général, il avait, comme le latin pisiillum dont il dérive, la signification de pilon de mortier ; nous avons vu, dans une pièce ancienne, l'indication i^ung mortier de euyvre à (avec) ui%g Pestel de fer^ et dana VBsbatemenl du mariage des quatre fils Hémon, l'enseigne du Peteil est accolée à celle du Mobtieb.
Le Mobtieb d'Ob n'a pas disparu ; les droguistes d'autrefois préféraient cette enseigne à toute autre. L'hôtellerie dn Mobtieb Saint-Josse existait à Paris au quinzième siècle, et la vieille Genève offrait celle des Tbois Mobtiebs.
Une enseigne du quatorzième siècle portait : au Pillon, et plus tard on trouve:
aux Tbois Piloks. Nous ne savons si ce mot est toujours un synonyme de pestel.
Dans certains cas, il était employé pour hondey bouchon, objets aussi aptes à figurer sur l'enseigne d'un cabaret que le Robinet d'Ob, le Tibe-Bouchok, le Tate- YiN d'Abgent, I'Ektomnoib d'Ob et les Tbois Entonkoibs , ce fameux cabaret dont un bon guide de 1635 nous dit:
c Entrez-y, vous y serez reçu avec toute la franchise que vous puissiez souhaiter, vous êtes assuré d'y goûter d'un vin de Beaune qui vous charmera tous les sens. »
Ajoutons que, dans certaines contrées,, le mot piUon ou pUon se dit d'une pointe de montagne, d'un de ces pics plus ou moins aigus, qu'ailleurs on appelle des-
pitons. Pilon est anssi an sjonyme de pUieTy colonne ; le saint Pilon, près de Saint-Mazimin, en Provence, est une colonne supportant un groupe de sculpture qui représente le Ravissement de sainte Magdeleine.
Le mot pilier avait autrefois le sens de pileur. Un garçon de laboratoire, pilant des drogues, servait d'enseigne aux apothicaires. Ce pileur était habillé de vertj symbole de l'espérance. On voit encore, à Sillé-le-6uillaume, une enseigne de ce genre, c'est une sculpture en bois, datant du seizième siècle, et sous laquelle on lit : Ay Pilieb Vbbd. Les caricaturistes du temps contrefirent l'enseigne, représentant la Mort, pilant des drogues pharmaceutiques, avec l'épigraphe : ce garçon ne se trompe jamais.
L'enseigne du Pilieb Yebb se voyait aussi à Lyouj au seizième siècle. Elle était devant la boutique de René, habile apothicaire, dont la science fut vantée par Nostradamus. Ce nom rappelle le fa- . meux maître René, parfumeur, dont les pommes de senteur, les sachets, les fraises et les gants parfumés, portant la mort avec eux, jouèrent un si grand rôle à la cour des derniers Valois. Peut-être était-ce le même personnage. Quoi qu'il en soit, les biographes anciens et modernes du prophète de Salon, prenant le Pirée pour un nom d'homme, ont commlB une plaisante bévue en faisant de
l'adresse de René, au Pilier verdj le nouveau nom propre René Hépilierverd.
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