‹ Histoire des enseignes d'hôtelleries: d'auberges et de cabaretsChapitre 85 sur 112 · LA ROSE · texte numérisé non relu

LA ROSE

la' Abtichaud , la Tbttffb, la Botte d'Ails et même la Tête de Navet, figarent sur quelques enseignes; on y voit aussi plusieurs fruits : la Poibe, rappelée par TAbbee a Poire ; anciennement, le nom de ce fruit était masculin : le quinzième siècle donne le Peieez, plus tard, on trouve le Poibe d'Ob ; à la fin du dixhuitième siècle Genève avait son club des PontES Secs ; le Coing, si connu par Tenseigne-rébus : Au bon Coing ; le 6BiOTiEB,la Nèfle, laPBiTKE, le Pommieb, les Tbois Pommes, la Pomme avec les variantes Pomme Rouge, Pomme Yebtï, Pomme d'Ob et son joli diminutif Pommelbtte; le Moyen-âge s'était bien gardé d'oublier la Pomme d'Eve, enseigne riche en allusions ; I'Obangeb, l'O-

BAKGE, la GbENADE, lo FlGUIEB, Si CO

n'est la figue, le Raisin est diversifié en Raisin d'Ob, Raisin de Beaujolais, Raisin de Boubgognb, Gbappe, Deux Gbappes de Raisin, Tbois Gbappes DE Raisin, et Gbappe de Canaan, enseignes dont on ne peut parler sans mentionner le Pbessoib d'Ob.

Sauf le Raisin^ la Pomme et V Or ange, qui se montre souvent avec les qualifications d'OBANGE DE MaLTHB, d'OBANGE

d'Ob et d'OBANGE Coubonn£e, les enseignes ci-dessus sont peu communes, même aux époques anciennes.

Les fleurs sont également rares, on rencontre cependant la Fleub, les Tbois Fleubs, la Main Fleubib, c'est-à-dire qui tient un bouquet de fleurs ; la Giao-

7Ii£e, la GlBOFLÂE A QUATBE FeUILLBS,

la Mabguebite, le Tbèfle, indiquant souvent des maisons de jeu; la Coubonnb DE Violettes, la Pensée si souvent employée comme devise avec les mots :

Plus penser que dire\ enfin, la Fleub de Bl£, célèbre enseigne de Bruges, près de laquelle se placent naturellement la Gebbe et la Gebbe d'Ob.

La Fleub est encore aujourd'hui l'enseigne d'un cabaret à Bâle. C'est celui que fréquentait Holbein; c'était pour courir à la Fleur qu'il peignit un jour deux jambes pendantes sous l'échafaud d'une maison |qu'il enluminait et dont le propriétaire ne trouvait pas le grand artiste assez assidu. C'est sur le mur de cette taverne qu'Holbein traça, pour payer ses dettes, un portrait si beau que l'hôte avait peine à servir les nombreux admirateurs de cette œuvre. L'ingrat refusa dès-lors tout crédit à l'artiste qui put s'en venger car, un jour, ses poches pleines d'or, Henri YIII qui venait de l'appeler en Angleterre, avait royalement avancé les frais de voyage, il paya le cabaretier et s'empressa d'effacer la peinture qui faisait la prospérité de l'établissement.

8i les exemples de fleurs que nous ve-

D'HOTELLERIES, D'âUBERGES ET DE CABARETS

nons de donner sont rares, et presque uniques sur les enseignes, il n'en est pas ainsi de la Rose. C'était la fleur préférée des temps anciens. Les Romains déjà célébraient la fête des Roses, au dire des Grecs, cette fleur, d'abord blanche, naquit en même temps que Vénus dont le sang lui donna ses vives couleurs lorsque courant éperdue au secours d'Adonis, des rosiers épineux lui déchirèrent le sein.

Au moyen-âge, la sculpture, l'orfè- Trerie et la broderie ont reproduit cette fleur en abondance.

Le Boman de la Rose est le plus connu de ceux du moyen-âge, époque oii la reine des fleurs fut célébrée, sur tous les tons, dans des milliers de vers. On lit à la fin du Dit de la Rose :

Ci fenist le ditië d*amor

Qui a le seurnon de la flor

Qni plus bêle est sus toutes choses

Ecoutez encore l'auteur Dou capiél à vij flourSf c'est-à-dire de la couronne composée de sept fleurs :

La sisime flors est la Ross, Qui sor toutes flore opose De biauté et de signorie ; Par Tamor de sainte Marie, Qui del core Diu fu honorée, Et est pucèle demorée, Ausi com la Rose est plus bièle, Si est li noDS de la pucèle, Desus tous autres nons valor, Gon li Rose sor toutes flor.

L'époque moderne n'a pas moins célébré la rose. Elle l'a même chantée si sou-

vent que le poète qui veut s'en occuper aigourd'hui rencontre dans son sujet plus d'épines que de charmes.

Symbole religieux, la rose représente Marie, la rose mystique, la véritable rose de Saaron chantée par Salomon.

Emblème de la sagesse, car Esa'ie a dit :

la soUUide fletmra comme tme rose^ cette fleur fut souvent prise comme un signe féodal et politique. Anciennement, les ducs et pairs, qu'ils fussent princes ou Fils de France, étaient tenus ainsi que les rois et les reines de Navarre d'offrir, au printemps de chaque année, des roses au Parlement. C'est une rose d'or que le Saint-Père bénit en Carême pour l'offrir ensuite à une église ou à une tête couronnée. Aux processions de la Fête-Dieu, l'Eglise joint encore les corolles effeuillées des roses aux parfums de l'encens.

Les factions de la Rose blanche et de la Rose rouge ont joué un trop grand rôle en Angleterre depuis le milieu du quinzième siècle pour être jamais oubliées.

Une multitude de proverbes de tout âge se basent sur la rose et l'institution des rosières persiste malgré son ancienneté.

Que de raisons pour faire épanouir ainsi la rose sur les enseignes d'hôtellerie. Elle n'y fait pas défaut. Toutes les contrées offrent des exemples de la Rose, du Rosieb, de la Rose Rouoe, de la Rose Blaj^tohe, du Bouquet de Roses, du Pot de Roses, de la Rose d'Ob, de la NoBiiE Rose. Genève avait ses Rose.

En 1560; l'une de ces hôtelleries était située au Bourg-de-Four. L'autre ^ celle de l'Arcade du Molard, sera toujours mentionnée. Ce fut là, qu'à la fin de juillet 1553, le célèbre médecin Seryet descendit, ce fut là que le 13 août de la même année il fut appréhendé par les sbires de Calvin, le cauteleux picard, qui, le 27 octobre^ lui fit perdre la vie, sur un bûcher dont les brandons fument encore.

Un souvenir plus doux entoure la Ross DES Sept Mokts, loge maçonnique qui brilla à Samoens en 1792, et vécut seulement le temps nécessaire pour que ses membres pussent goûter les douceurs de l'union fraternelle, sans ressentir les épines qui ne manquent jamais de crot* tre sur tous les acacias qui yieillissent.

La ro8e joue d'ailleurs un rôle dans les hauts-grades de la Franc-maçonnerie :

certains rites font usage de tabliers ornés de Trois Roses et la Rose Crucifiée est un des emblèmes des Robe-Cboix, société qui ne ressemble que de nom à celle qui émût l'Allemagne au commencement du dix-septième siècle.

L'enseigne de la Rosebaie est toute moderne. Dans l'esprit de ceux qui s'en servent, ce mot désigne un lieu planté de rosiers, mais suivant les éléments choisis pour son analyse, on pourrait tout aussi bien le traduire par : place humide, abondante en roseaux.

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