‹ Histoire des enseignes d'hôtelleries: d'auberges et de cabaretsChapitre 95 sur 112 · LE TARU COURONNÉ · texte numérisé non relu

LE TARU COURONNÉ

\2ETTE enseigne d'un petit cabaret de village savoyard mérite d'être sauvée de l'oubli. En patois, on dit Tabe pour terre. De là toute une série de mots :

Tabasse et Tabine, sorte de vases ordinaires; Tabaille : vaisselle de terre; Tabaillon : police de terre; le Tabaillet était, à Genève, un lieu où ces industriels débitaient leurs marchandises.

Le beau français parlé à Paris au seizième siècle donnait le nom de Tabtj à un pot destiné à contenir les fleurs. Nos Tabtjs sont des vases destinés à apporter le vin sur la table ; ces vases rouges au dedans, verts au dehors, rappellent, par

leurs couleurs, et le sang et la grappe, çt les guirlandes de lierre et de pampres chères à Bacchus. Le Tabu méritait aussi bien une place sur l'enseigne que la Bouteille, le Beoc, la Cocasse, le Ceuchon, le Flacon, les Flacons, le Flacon d'Aegent, le Flacon d'Ob et le fameux Pot d'Ëtain, plus répandu et plus célèbre que le Pot de Cuiyre qui parait cependant être plus ancien, car on le voit figurer sur renseigne depuis

Dans nos contrées romandes, le pot d'étain, la channCf comme on l'appelait, était populaire. Elle ne restait pas sur l'enseigne. Toute salle à boire était garnie de ces vases, brillants comme s'ils eussent été d'argent. Il y avait des channes si grandes, qu'elles contenaient plus de cent verres. Leur édifice était contourné en cœur, comme celui de certains vases antiques. Le gland et la feuille de chêne ornaient la charnière du couvercle retentissant.

Dans les exaltations de l'ivresse, les buveurs se battaient quelquefois à coups de channes, mais, ces vases inoffensifs se cabossaient plutôt que de blesser ; ils ne ressemblaient point aux bouteilles de verre modernes, armes contondantes se changeant le plus souvent en armes coupant d'un tranchant horrible, dont les blessures défient parfois toute la science des successeurs d'Hippocrate.

Ne quittons pas le modeste taru sans mentionner la curieuse enseigne du Pot Cassé que prenait l'imprimeur Geofroi Tory, au commencement du seizième siècle. Ce nom fut aussi donné à une rue de Lyon, sous la variante du Tupin Bompu.

Ce mot tupin, très-répandu , et qui, suivant les lieux, se prononce : tepin, lopin ou toupin, parait devoir son origine à une métathèse, bien sensible dans tapette :

petite bouteille, mot formé de potet :

petit pot, par une simple transposition de lettres.

Naguère, tout cabaretier vendant de la bière peignait sur son enseigne un Cbtjchon dont le liquide écumeux, s'échappant en courbes gracieuses, remplissait un ou plusieurs verres ; cette enseigne, qui en valait une autre, tombe en désuétude ; ces verres pleins, avoisinant la cruche, rappellent la chanson grivoise du seizième siècle :

Ne laisse jamais dans ta main Ton verre ni plein ni vide, Ne laisse jamais dans ta main Ton verre ni vide ni plein.

Ces verres pleins rappellent aussi la vieille enseigne de la Rasade, aimée au moyen-âge, époque où l'enseigne mit en relief tous les vases à boire : le Hanap, le Gbanb Godet, le Gobelet, la Coupe, la Coupe d'Aboent, le Vebbe, le Vebbb d'Ob et même le Bobd du Vebbe. N'oublions pas la Coupe d'Ob, c'est encore une enseigne assez répandue; au dix-

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mSTOmE DBS ENSEIGNES

septième sièclei nul savant, arrivant à Vienne, en Dauphiné, ne descendait ailleurs qu'à la Coupe d^or, dont Thôte avait eu le bon esprit de faire un volumineux recueil de toutes les inscriptions antiques de la localité ; c'était un genre de réclame dont notre époque progressive offrirait difficilement un nouvel exemple.

Jusqu'à la fin du siècle dernier, le Vebbe Galant, ou, si Ton aime mieux, le Vebt Galant, car avec ce sujet les peintres jouaient au rébus à qui mieux mieux, comme ils jouaient avec celle du Yainqueub, en figurant vingt cœurs à la file, le Vebbe Galant, disons-nous, était un thème d'enseigne répété et diversifié de mille manières différentes.

Un souvenir aux enseignes du La- CBiMA Chbysti, du Sano des Suisses, de la Mèbe Goutte et de la Goutte d'Ob.

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