‹ Histoire des environs de Bruxelles, ou description historique des localités qui formaient autrefois l'ammanie de cette villeChapitre 15 sur 43 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

LAEEEN. NEDER-0 VEIl-IIE E MBREK.

Origines de L.veken. — La nature ot l'art semblent s'être disputé le soin d'embellir les lieux où s'élève la résidence d'été des souverains de la Belgique. L'homme les a transformés, mais ne leur a donné ni ces riantes prairies, ni ces coteaux coupés de ravins et de vallons, ni ce plateau du liant duquel on plane sur une grande partie delà vallée de In Senne, sur les hauteurs qui la tardent à l'est, sur une ville tout entière. Partout le sol y est fertile, la végétation puissante ; de plus, la terre y recèle des richesses que l'on a, il est vrai, presque épuisées : ces carrières dont les pierres ont été utilisées pour la construction de tant d'édifices. Un séjour où l'on trouve réunis tant d'avantages et tant d'agréments a dû être de bonne heure habité et cultivé ; aussi des vestiges de villas romaines s'y rencontrent-ils, d'une manière évidente, en plusieurs endroits. Dans les derniers siècles, une grande voie de navigation contribua à animer et à orner la vallée, et, aux environs, on a bâti un grand nombre de maisons de plaisance, entourées de jardins dessinés avec goût. Au sommet d'une des plus belles pelouses que l'on puisse voir, entre deux massifs d'arbres qui l'encadrent de la manière la plus gracieuse, on admire le palais royal de Laekcn, dont remplacement porte, de temps immémorial, le nom, pour ainsi dire prophétique, de Scliooneiiberg ou Beaumont. A quelques pas de celte somptueuse de-

IIISTOIUE

meure, au milieu d'un cimclière peuplé de souvenirs, une église, d'apparence modeste, mais offrant, dans quelques-unes de ses parties, un modèle de style gothique primaire, nous rappelle le moyen Age. Déjà célèbre» par les légendes qui se rattachent à sa fondation, par la vénération que le peuple lui porte, par les dons que lui ont fait plusieurs souverains et gouverneurs généraux de la Belgique, elle a été loul récemment illustrée par les obsèques d'une reine bien-aiméc, dont elle conserve la dépouille terrestre, en attendant qu'on ait élevé, pour la recevoir, un temple digne du Roi, de la nation, et de l'art belge

Des découvertes récentes attestent que, il y a environ 1300 ans. le territoire de Laekcn était couvert d'habitations. Vu jeune et savant archéologue, notre ami M. Louis Galesloot, y a trouvé des traces de constructions dans quatre localités différentes*. Au sud-ouest de l'église, le Xeckersdael, dont le nom rappelle les Xeckers ou lutins de la mythologie germanique, et les environs du Valmolen lui ont offert des débris de tuiles ; près du Valmolcn il a recueilli, en outre, le quart environ d'un moulin a bras, fait de pierre meulière. Des vestiges plus importants occupent le versant oriental du Stuyvenbcrg {la montagne des Sont?), U l'ouest du Wellenberg (Wallenbcrg , la montagne des Wallons ou des Gaulois?)*, à l'extrémité de l'avenue Sainte-Anne, et, un terrain formant un triangle, au lieu dit Alsemberg, près du moulin à vent d'Over-Hcem-

« Laeken [Laça. 1080 ; Lace. 1099 : Lachu». 1 1 17; Laeken, 1 157 ; La, um. 1169; l.ake. 1221 ; /.u/.oi. Gui r.iuxs, 1154. 1229. 1:113. 1321 ; Laeken, La ni. en), commune du canton do Molonbeck, a trois quarts de lieue au N. de Bruxelles

Territoire. En 18*6. la commune comprenait 882 hectares, dont 299 h. cultives en cerea fat, :t7 h. cultives en plantes industrielles, 107 h. cultives en racines et fourrages, 50 h. de prairies, 9 h. de vergers. 7 h. de jardins potagers. 90 h. do jardins d'agrément, 3 b. de bois. La verge linéaire avait II» 1/3 pieds de Bruxelles.

.VoMtar d habitation*: En 1135, , . .; en H80. . . .: en 1325, 127. dont 2 a deux tours; en I68G. . . .; en 1772. 174; en 1846. 797. dont 32 inhabitées.

Imputation : En I78b\ 1.060 habitants: en 1 au Vlll.979; au 31 décembre 1831. 1,806; au 15 novembre 1846, 4,019. formant 837 ménages ; 368 enfants recevaient l'instruction el 327 personnes les secours tic la bienfaisance.

Industrie: 2 moulins à eau. I distilleries, I fabrique dccémse. 1 de colle-îortcct de savon. 1 fonderie de fer. 1 imprimerie do colon. 1 fabrique do papiers peints, I fabrique de pro- (buts chimiques. I teinturerie el fabrique de tapis, 2 rubriques de vernis.

Dépendance». Voir le texte.

Les registres de l'étal civil commencent en .... Les archives de la commune possèdent un allas, levé en 181 1 .

L*n grand nombre d'om rages donnent des détails historiques sur Laeken. comme nous niions plus loin occasion de lo dire.

* Mrmoncs de I Académie royale de Itehjinur. t. XV, I" pallie, p 611, cl l. XVI, 1" parlie, p. 344. —Ilulletin* de I Académie, t. XVIII. ir 2. — Nous avons aussi utilise un mémoire manuscrit de M. linisLoor. intitule : Le Urabant vus h domination tin Romains, Ct qui abonde en détails nouveaux et pleins d intérêt.

5 II v avait a Laeken un :hcwni da \\ al fait* riri lirla M'altntifyh. Ârit tl* lun

beck el de l'ancien chemin de Malines, qui allait de Molenbeek vers Vilvorde. On doit se rappeler qu'une voie romaine sillonne les hauteurs audelà de Laeken; elle s'y divise en plusieurs rameaux, dont l'un se dirige vers Grimbcrghe,un deuxième vers Vilvorde;un troisième, qui forme la séparation de Laeken et d'Over-Heembcek, semble avoir servi à relier jadis Everc el ses alentours aux groupes des maisons qui se trouvaient à Laeken. Sur le Wcllenberg, le soc du laboureur a mis au jour des pierres blanches équarries, de grandes tuiles à rebord, des tuiles courbes, du ciment antique. Ces restes n'appartiennent pas a de simples métairies, mais à une demeure opulente, probablement bâtie par un Gallo-Romain que la beauté du site avait attiré. Des fouilles ont, en effet, amené la découverlc de peintures murales, dont nous empruntons la description à une notice de M. Galesloot.

« L'un de ces fragments, le. seul qui ait gardé quelques traces de des- « sin, représente des feuilles coloriées, les unes en rouge, les autres eu « rose, sur un fondblanc. Malheureusement, ces deux premières couleurs

• se trouvent presque effacées, taudis que le contour el le fond des

• feuilles, d'une teinle noirâtre, sont restés. Si j'osais hasarder ici une « explication sur la r'isparition de ces couleurs, j'en attribuerais la « cause à leur application en détrempe. Le noir, au contraire, doit avoir « été enduit sur le plaire mouillé, ou à fresque. L'emploi de la seconde

• de ces méthodes, si remarquable par la conservation des peintures, a « seule pu, me scmble-t-il, défendre contre l'action du temps cl de . l'humidité ces échantillons de l'art antique dans nos provinces. La cou- « leur dominante des autres fragments qui, sans doute, faisait le fond

• de l'ornementation des appartements, est le rouge ou plutôt le rose, « mais, celle fois, conservé dans sa fraîcheur primitive. Quelques-uns « cepeudant sont peints en blanc el rehaussés par une ligne rouge; d'au-

• 1res sont mi-partis de ces deux couleurs. Le ciment (testa conlusa),suv

• lequel ces peintures ont été appliquées, est fail, sinon avec tout le

• soin, du moins de la manière prescrite par Vilruve pour celte espèce « de matériaux «

Le même savant ajoute ensuite :

« Des débris d'un autre genre de décoration, non moins usité chez

• les Romains que les peintures murales pour reinbellisscmenl de leurs « maisons, se trouvaient aussi parmi les décombres de celles-ci. Je veux

• parler de ces carreaux ou plaques en verre, qu'ils enchâssaient dans » les murs des salles, et qui, avec les tableltes de marbre, de cristal de

• roche el de pierres transparentes, en formaient uu des plus beaux « ornements. Il est vrai que, chez les riches de l'Italie, ce verre était

SIC lirSTOIRE

- pcinl en médaillon. Celui que j'ai trouvé à Laeken ne brille guère par •« sa beauté; il a une teinle désagréable, outre qu'il se trouve rempli de « bulles d'air. L'une de ses surfaces est entièrement terne, et les par- « celles de ciment qui y sont adhérantes prouvent s\ l'évidence qu'il a été « inséré dans quelque muraille. Les constructions romaines qui s'éle- « vaient à Assche cl a Elewyt étaient pareillement ornées de ces pln-

• ques eu verre. Elles ont aussi été découvertes dans les ruines de la « rilla de Fouron-le-Comte, près de Liège, comme on peut s'en assurer

• au Musée royal d'antiquités. »

« Le pavement de notre habitation mérite à son tour que nous nous y « arrêtions quelques instants. Des fragments en ont été transportés chez « moi, et j'ai eu l'occasion de le voir encore en place, au moyen d'une « pelile excavation que je fis pratiquer dans le sol. Ce ciment repose sur « une couche de grès (stutumen)-, il est formé d'un mélange de chaux et « de tuileaux concassés, de huit mètres d'épaisseur. Sur cette couche se « Irouve une seconde couche fort mince, de chaux et de tuiles broyées. « Celle-ci a reçu un poli que le temps n'a pu détruire, et une teinte « bleuâtre, produite par le mélange de quelque autre corps à la chaux.

• Ce genre de pavement, comme on sait, est encore en usage en Italie, « où il est connu sous le nom de smalto. Il produit un bel effet, et rem- ■ place parfaitement la mosaïque, qu'il semble imiter, ou le marbre, « dont il possède la solidité. Enfin, pour n'omettre aucun détail sur « cette curieuse habitation, qui certainement a exigé, pour son achève- « vement, le concours de tous les artistes de la contrée, je signalerai, « en dernier lieu, une autre espèce de pavement, à la fois plus délicat

• et plus beau que le précédent, quoiqu'il soit formé des mômes maté- « riaux. C'était sans doute celui de la principale chambre de l'édifice.. .•

L'habitation près d'Iïeembeek a dû être construite comme la précédente, sauf qu'au lieu d'un pavement en smalto, elle en avait un fait de carreaux de terre cuite; ses murs étaient également ornés de peintures cl de plaques de verre. Les peintures consistaient en morceaux de ciment, coloriés en rose, en vert, ou rayés de blanc et de jaune. Ils ont été envoyés par M. Galeslool à l'Académie royale de Bruxelles avec des tessons de verre, dont l'un représente, parait-il, Hercule dans l'état d'ivresse. En fouillant le sol en cet endroit, on a découvert des fondements considérables et des morceaux de plâtrage coloriés. Celle habitation, ainsi que la précédente, a été détruite par le feu, comme l'attestent les cendres de bois et les pierres calcinées, trouvées dans leurs ruines. Paimi les antiquités qui ontété recueillies à Laeken, citons, entre autres, une espèce de cuiller d'un genre original et d'un travail très-délicat.

C'est on deçà du Wellcnberg que s'csl formé le village de Laeken, mire deux vallées remplies d'étangs 1 : celle de la Dvootbeeky ri volet qui prend sa source près du village de Kockelberg, cl celle de la Ponlbeek ou Dilbeek; ces deux ruisseaux se jetaient autrefois dans la Senne; mais, depuis la construction du canal de Willebroeck, ils se perdent dans la Petite-Senne, dérivation qui longe la digue occidentale de ce canal. Suivant toute apparence, le mot Laeken dérive de luch, qui, en ancien allemand, signifie ruisseau, lac, eau de toule espèce, cl qui est identique au latin lucus et nu gaélique loch.

1/ m; lise de Laeken. — L'agglomération de maisons qui se forma a quelque distance en aval du confluent de la Senne et de la Ponlbeek posséda une église dès une époque très-reculée. Telle était l'opinion vulgaire, il y a déjà quatre siècles : on attribuait alors la consécration de cette église au pape Léon 111, qui l'aurait bénite lorsqu'il vint dans notre pays avec l'empereur Cliarlemagne, en 805 ou 804 *. Une autre opinion entoure son origine de circonstances extraordinaires. Suivant ce que raconte Gillcmans 5, des troupes d'Occidentaux envabircnl un jour les rives de la Senne, cl y portèrent le massacre et la dévastation. Les chevaliers et le peuple du Hrabant ayant pris les armes pour défendre leur patrie, un combat terrible s'engagea entre eux et les envahisseurs. Il coûta la vie à un noble, issu d'une race illustre, mais plus célèbre encore par ses actions el ses vertus. Ses parents et ses amis pleurèrent sa mort, et l'ensevelirent honorablement a Laeken, où ses deux sœurs élevèrent une chapelle sur son tombeau, dans leur patrimoine.

On assimile d'ordinaire ce combat à celui qui fut livré par le roi Louis de Germanie aux Normands, au commencement de l'année 8M) (870 ancien si) le); mais rien n'appuie cette assertion; elle estinconciliablc avec les détails suivants, qui sont empruntés aux annalistes contemporains :

Louis de Germanie, après une invasion en France, où il conclut la paix avec les lils de Louis le Uégue près de l'Oise el de Saint-Quentin, rentra dans ses états. En chemin, il rencontre tout à coup une troupe nombreuse de Normands qui revenaient d'une expédition et retournaient vers leur flolle avec un butin immense. Aussitôt il les attaque, leur tue beaucoup de inonde et les met en fuite. Les Normands se réfugient dans la ferme royale de Tumiomum ou Thimium. Leur perte totale

• Jadis ces étangs élaicnt ci» bien plus grand nombre qu'aujourd'hui : ainsi, on K»ï7, on parle de * bonniers d'anciens étants, situes au Hmkmdael et olors livres a la culture. » A Tmyho. — UiUoire de Itruxelir*. t. I", p. S et 9.

» lnripil prvloijus in hintorinm funJalwnh mltakt bmtv .Uariir in I.ikrn.juxla liruxellam. ex prima parte Soralit Saiwlnrum. manuscrit de la Hibliollicque royale. - WVnnos. lirabantiu Variant* , t. 11. p. 309. Moiams. Aurtarium ad Natal* SS. lirlnii , <lie 13 'ipnli».

r,48 UlSTUinF.

paraissail certaine, lorsqu'un fils naturel du roi, nommé Hugues, s'élant imprudemment jeté au milieu d'eux, tomba frappé d'un coup mortel par Godcfroid, l'un des chefs des ennemis; ceux-ci l'cntrainent avec eux dans la ferme, où il meurt bientôt après. A la nouvelle de l'enlèvement de son fils chéri, le roi, qui le croyait encore vivant, fait cesser le combat, dans l'espoir d'obtenir sa mise en liberté. Il s'établit, pour la nuit, dans le voisinage, attendant le lendemain avec impatience. Mais tes Normands, profitant du répit qu'on leur accordait, allumèrent un grand feu pour brûler leurs morts, et partirent en hâte pour regagner leur flotte. Le jour venu, on trouva le jeune Hugues ; le roi, que sa mort plongea dans la plus vive affliction, ne s'occupa plus des Barbares, et fit transporter le corps du jeune guerrier dans l'abbaye de Lorsch, en Bavière

Ce Tumiomum ou Thimium (appelé, dans d'autres manuscrits de Réginon, Thimnim, Thimuin, Thurium, Tltimum, Timtm), n'est pas, comme on l'a prétendu, la petite ville de Thuin près de la Sambrc *, ni Thun-l'Évèquc, sur l'Escaut, non loin de Valencicnncs; c'est le village de Thiméon, situé dans les environs de Charlcroi, à proximité de la voie romaine qui conduit de Bavai à Tongres, et que le roi de Germanie dut suivre de préférence pour ramener son armée du pays voisin de Saint- Quentin dans ses états.

Dans leur empressement d'expliquer le passage de Gillemans, quelques auteurs commirent de singulières erreurs. Elles furent soigneusement transmises a la postérité par des inscriptions que l'on plaça en différents endroits de l'église de Laekcn, et dont le style était aussi lourd que prétentieux. En voici une, entre autres :

■ Dans l'année 8î).'i, l'empereur Arnoul, roy de la Bavière, aïant défait cent mille Normans près de Louvain, Hugo, duc de l'Almagne et de Loraine, combat avec eux près de Bruxelles, pour la plus importante a flaire de la foy, cl sous leur défaite mourut glorieusement.

« Ses sœurs viennent en grande diligence faire les obsèques à leur 'frère, cl préparent cette chapelle, mosolée plus prélieux à la vérité que celui que l'anliquitè superstitieuse a construit à Achillcs, tué devant Troycs. (Stiiabo, Geogr., liv. XV.) »

Plus bas, on lisait : A.\xo I7;>7.

Ailleurs, ce faux Hugues recevait le nom bizarre, et pour moi inexplicable, de Dux ATEnxi.*:.

Bientôt des miracles illustrèrent l'église de Laekcn; on mentionne,

I A a nu h* Yrdatlini apu<l Pmuz. Monument* (if rmanhr. S-riptortim t. I , p. :»IS.— Ru t misis Citron icon apud tuait., p. Wi). Di.rriM., Hhtairr i/r* rrpe.ittim* maritime* ,lt* \ormanJ*. I. I", p. 1fiî>.

1 l.im i r. Mémoire* 'lr VAraâfmit </r* întcripKon», t. XXIV, p «"»*.» V .

DES ENVIRONS DE BRUXELLES. 3i»

entre aulres, la guérison surnaturelle de douze malheureux, qui étaient attaqués d'une maladie appelée le feu des aisselles (ignis gehennalis); un treizième malade, qui les accompagnait, mourut en blasphémant, et fut enterré hors du temple et du cimetière, dans un lieu que Ton nomma depuis die Unselgraf. A peu près dans le même temps, saint Guidon vint remplir les fonctions de sacristain à Laeken, qui n'était alors qu'un hameau \v Ulula) *. Ce fui sans doute vers cette époque qu'on songea h rebâtir la chapelle sur de plus vastes proportions. De nouveaux prodiges se manifestèrent alors. A trois reprises, les ouvriers durent recommencer leurs travaux; trois fois ils trouvèrent renversés les murs qu'ils avaient élevés la veille. Des gardes chargés de découvrir la cause ou l'auteur de ces dégâts, virent la Mère de Dieu, accompagnée de sainte Barbe et de sainte Catherine, descendre du ciel, et, d'un signe, renverser une quatrième fois les fondements de l'église. Elle leur indiqua ensuite la forme et la grandeur que devait avoir le nouveau temple, et ordonna de placer le mailrc-autel, non à l'est, mais au midi ; en témoignage de son apparition, elle leur remit un II I qui traçait le plan de l'édifice. Ce fil, auquel on attribuait la faculté de faciliter les accouchements, est encore conservé à Laeken. Le 29 mai il fut volé par trois déserteurs qui, n'osant

le garder, le cachèrent dans un lieu écarté, entre Assche et Afllighem ; le principal d'entre eux, George Volmaer, surnommé Jean Quaedfaes, ayant été arrêté et mis à la torture, avoua son sacrilège et indiqua l'endroit où se trouvait le fil, qui fut reporté à Laeken en grande cérémonie; quant au coupable, il fut fouetté devant l'église, puis ramené à Bruxelles, où on l'écartela, après lui avoir brûlé la main droite. Quand le temple fut achevé, continue l'ancienne légende, Jésus-Christ descendit du ciel pour le bénir, le jour des Pâques fleuries s.

Quelques auteurs ont singulièrement exagéré l'antiquité de l'église actuelle, en la faisant dater du dixième siècle; elle ne remonte évidemment qu'au treizième. Elle est bâtie en forme de croix latine. Le chœur, dont la construction est d'une élégance remarquable, se compose de deux travées et d'une abside à cinq pans. Les nervures croisées de la voûte s'appuient sur des consoles allongées, sur les côtés desquelles des colonneltes à chapiteau orné de feuilles d'acanthe s'élancent pour recevoir l'archivolte intérieure des fenêtres. A l'extérieur, le soubassement fait saillie sur le nu du mur, auquel il se réunit par des moulures saillantes. Ces moulures suivent périmétriquement les contours des contre-

1 Vtia tanciisiimi Guidonit dans les Acla Sanctorum , mentis itptembri$ tomut IV. — Voyez plus haut, t. 1«. p. 18.

» Cestlà l'opinion traditionnelle, que Wirnmms adopte. Uvsàiis plaçait cette consécration au 13 avril, et Raukcih* au :\'>murs, mais sans premes.

TU. Il

forls qui sont assez saillants et qui montent jusqu'au-dessus d'une petite balustrade en plein. L'extrémité des constructions se termine pyramidalement par une chape relevée, forme prototype des pinacles. Les fenêtres sont en lancettes cl bordées extérieurement de deux tores ou colonnelles,

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surmontées d'un chapiteau à la naissance de l'archivolte. Ces chapiteaux, dont le vase était orné, dans le principe, de feuilles d'acanthe délicatement coupées, sont tous détériorés, à l'exception d'un seul: au-dessus du chapiteau, le tore continue à suivre le périmètre de l'archivolte. Vers le nord du chœur, sur une des faces d'un contre-fort, on aperçoit une petite ligure isolée, tenant un marteau; tout donne lieu de croire que l'architecte du temple s'est représenté dans cette statuette, dont malheureusement un acte de vandalisme a fait disparaître la léle.

Le centre du croisillon supporte une tour carrée, qui est restée inachevée; les arceaux de sa voûte reposent sur des consoles du même genre que celles du chœur, et entre lesquelles se montrent des télés saillantes ; dans la nef, les chapiteaux, au lieu de présenter celte ornemeulalion, sont décorés de feuilles d'olive très- peu développées ; quant aux collatéraux de la nef, ils ont été reconstruits à l'époque de la renaissance, et plusieurs fois restaurés. Un bénitier, également orné de têtes sculptées, y est placé près de l'entrée latérale du temple.

En prolongement du transseptde gauche se trouve un bâtiment long de 00 pieds sur 20 de large, et terminé par une abside qu'éclairent sept fenêtres en ogive. C'est la chapelle Sainte-Barbe, que l'on prétend être l'ancienne église, parce qu'elle est bien orientée, tandis que le chœur fait face au midi, contrairement à l'usage généralement adopté. Cependant, par son architecture, elle appartient à la dernière époque de l'art gothique. Peut-être fut-elle bâtie une première fois en 1438, à l'époque où on donna à l'église des reliques de sainte Barbe 1 . On la reconstruisit au commencement du dix-septième siècle, cemme nous l'apprennent les Comptesdes licentes d'Anvers pourlesannées 1 604-1 606; 985 livres furent alors payées par le trésor, en vertu de lettres patentes des archiducs, en date du 15 mai 160i>, « pour les frais et dépens de la chapelle de « sainte Barbe, ù Laeken. » La sacristie actuelle date de 1686. Le 23 mars de cette année, le marquis de Castanaga, gouverneur général des Pays-Bas, en posa la première pierre, et le prince de La Tour-Taxis la seconde ». Au même endroit avait existé un ermitage, où de pauvres recluses menaient la vie la plus austère

Le chapitre de Nivelles doit avoir possédé des biens à Laeken, qui, très-probablement, était, dans le principe, une annexe de l'église principale de Bruxelles ou de l'église de Jette. La juridiction spirituelle de son curé s'étendait autrefois sur des pâtures dépendant du territoire de Vilvorde, ce qui est assez difficile à expliquer, à cause de la situation intermédiaire des deux villages d'Heembcek4. En 1117, Tévéqucde* Cambrai Burchard donna l'autel de Laeken au chapitre de Nivelles, à la demande des dignitaires de celle communauté, l'abbesse Richeza, le prévôt Alman et la doyenne Lietgarde5. En confirmant cette donation, en

l Sasdebo», Chorographia sacra Drobantia;, t. III, p. 301. — A. Gurheï, Laca, p. 196.

* Hflaltons irritables.

3 Dans le compte de l'abbaye de Grand-Bigard, pour l'année 1501-1302, on voil que les» vluienerssen de Laeken reçurent de ce monastère, un aumône, un sotier de frorucnl.

♦ l'asturam in prochia de Laken, m terriloho opidi Filfordiensis. 1507.

- lu nomine sjucte et individu» Trinitatis, Buivhardus divina miseracioae Cameracvn- Aium episcopus, tam tuturis quam preseutibus in [icrpetuum. Si divinarum scripturarum assercioni cedeodus est, qua diutur : ante mortem benefac. quia non est apud lu feras in"*

H 57, Nicolas, l'un des successeurs dcHurchard, mentionne Ossengem ou Osseghem comme une dépendance de Laekcn, d'où l'on pourrait supposer que le hameau de ce nom a eu jadis un oratoire Nivelles eéda, en 1 170, moyennant un cens de 100 sous de Louvain et sauf réserve des droits de la doyenne Aheldis, l'église de Laeken et le village de Ham à l'abbé d'Afllighem Arnoul et à ses religieux, à qui le chapitre avait déjà abandonné, dès l'année 1189, les dîmes du hameau d'Osseghem. Celle cession fut la source de longues contestations. En 12129, l'abbesse Helcwide, le prévôt Iwain, le doyen et tout le chapitre de Nivelles voulurent la faire annuler, sous prétexte qu'on avait fait figurer dans l'acte, comme témoins, des personnes qui étaient alors absentes; quêtons ceux qui auraient dû prendre part a la transaction n'y étaient pas intervenus, et que la valeur des propriétés cédées avait été portée à un taux trop faible de moitié'. lisse désistèrent enfin de leurs prétentions, à condition que l'abbaye d'Afflighem leur payerait annuellement 8 livres de Louvain, au lieu de 5, sauf seulement les circonstances extraordinaires qui pourraient survenir, telles que les guerres, les incendies, les disettes, les brigandages (14 juin 1229).

En 1174, Févéque Alard termina un différend entre le chapitre de Nivelles et le curé, en allouant à celui-ci, pour sa part, le tiers des dîmes de la paroisse, et, en 4214, Afflighem acquit les dîmes que l'abbaye de

veniro cibum, nobis, quibus pastoralis cura eommissa est, principalius est perpendendum, ne de negligentia scu nimia parcitatc in ocults justi judicis arguamur, nos ergo ronsilio c'ericorum nostrorum, peticioni Richcze venerabilis ibboUsM de Nyvella. prédiras etiam Almannî prepositiseu Litgardis religioso decane intenentui coiidescendentcs, altaro de Lac h us juxta Brusellam. abrasuomni personà, salvis nostris et ministrorum nostrorum debitis, Nyvellcnsi ecclesie Sancto Gertrudis concedimus et canonico ïnstitucionts tenore ut presbiter ibidem eantaturus cura m de manu nostra retipiat et de synodalibus ministris nostris respondeat. Ut autem hec prerato ecclesie in perpetuum conserventur. dnta conservatoribuî pace, prevaricatoribus, quoad rescipierent. anatbcmatis poculum, per manus atquo hujus decreti nostri paginam sigilli nostri impressione informantor. canonien astfpulaciono corroboramus. S. Johannis archidiaconi, S. Rodulfl archidiaconi, S Anselli archidiaconi, S. Erleboldi prepositi, Robert i cantons, Balduini, lladuini. Alboldi, Gorardi, Tregnardi, Goiranni. Hugonis, canonicorum. Actum est hoc anno lncarnati Verbi M'CXVH, indii tione XI. presulatus di Burchardi 11 Ego Wennboldus cancellarius scnpsi et subsigna vi. Carlulain du rhapilrt de Ninllei, «ux Archives du royaume, f» 7.

" Alton de Lachen mm appendicio$uoOuengem. Les témoins de ce second diplôme furent l'évoque de Liège Henri, Éverard . archidiacre de Cambrai ; les chapelains Walter et Jean, le doyen Éverard, le sacristain de l'église Égéric, Ségard, Gérard, Warner. Arnoul, Alexandre, Nicolas,. Étienne, Oaniel, Gerain. Gilbert, Gérélin. Gérard, Henri. chanoines de Nivelles; Walter de Bruxelles, Anselme de Crina [sic), Adam pinguis, et Gérard, curé d'Ophcm (*at trdos de Obktm). Ibidem .

* Allegans contra instrumentum super hiis cunfectum, quod nomiua qunrumdam absentium tamquam presentium inserta fuerant dicto instrumento, et quod non omnes vocati luerint qui fuerant evocandi, et quod ecclesia Nivellensis decepta orat ultra mcdictalem justi pretii. Ibidem.

Parcq possédait à Lncken, en Rengageant à lui payer une redevance annuelle de 7 inuids de seigle et de 5 muids de froment, mesure de Bruxelles. Une contestation s'étanl élevée entre le curé, Jean Cantere, de Bruxelles, et l'abbaye d'Alïlighcm. un chapelain de l'église, Waltcr Vandcndike, fut chargé d'ouvrir une cuquéte. Après avoir, de concert avec les échevins et les anciens du village, entendu, sous la foi du serment (by genvoeren yedew), les dépositions des habitants, il reconnut que le curé devait lever la dlmc des champs situés entre le rimetière et Drootbcek et entre les lieux dits den Moertre et den Borrekene (la Petite Source), au delà du chemin qui conduit de l'église vers les bruyères ; la dîme du champ qui s'étend entre Drootbeekct le chemin allant à Koekelberg, celle de tous les jardins compris dans les champs cités ci-dessus, la moitié dc9 dîmes novales (dont l'autre moitié appartenait à l'aumôneric du couvent), le sixième des dîmes de VOudebroeck (dont les cinq autres sixièmes étaient également prélevés au profit de celle aumôncrie), les petites dîmes, par indivis avec le monastère; le tiers de la dime du lin, dont un second tiers fut adjugé h l'abbaye et le dernier tiers à l aumônerie; on réserva en outre à celle-ci les petites dîmes qui se percevaient à Osseghem, au delà de VHeiselbeke, et toutes les dîmes dont il n'avait pas été fait une mention expresse (mardi avant la Chandeleur, 1312) '. Plus tard, l'abbaye assigna au curé le tiers de la grande dîme et la moitié de la dlmc des chairs.

Les guerres de religion furent fatales à l'église de Laeken, que les calvinistes dévastèrent, le jour de Sainte-Barbe, 4 décembre 1581; après avoir confisque les biens de la cure et de la fabrique, ils convertirent le chœur en un grenier à foin. A cette époque, on cacha le (il miraculeux chez les Béguines de Bruxelles, puis on le transporta au château de Louis Van Hamme, à Laeken. Sous le règne d'Albert et d'Isabelle, l'édifice fut restauré, et l'archevêque de Malines y consacra, les 10 et 17 septembre 1601, les autels de la Vierge, de la Sainte-Trinité, de Sainte-Anne, de Saint-Nicolas, de Saint-Guidon et de Sainte-Barbe. D'anciens bas-reliefs, qui ornaient le jubé et qui retraçaient la légende du temple, avaient été détruits; le curé réunît les notables de l'endroit, et, d'après leurs déclarations, dressa un procès-verbal où l'on enregistra ce qu'on se rappela de ces monuments de l'histoire locale. Pour les remplacer, en quelque sorte, l'archiduc Albert fit exécuter, sur les dessins de Gerlrudc, fille du peintre Olhon Van Vcen, un beau vitrail représentant la Vierge montrant le fil miraculeux à l'infante Isabelle. Malheureusement ce vitrail est a moitié caché par le jubé. Est-ce le

' Stlecta pro tacuh, 1300, ms. de In Bibliothèque royale de Bruxelles.

même que celui qui fuit l'objet des lignes suivantes dans un compte que l'on conserve aux Archives de Lille 1 :

■ (Payé) à "Nicolas Mertens, voiricr à Bruxelles, par lettres patentes « du 20 août IG02, 585 livres 8 sous de gros, pour avoir fairl « et livré 2 verrières, l'une de Notre Dame et ses sept douleurs, et « l'aullrc portant la représentation des personnes de LL. Altesses, et « armoyées de leurs armoiries, par luy faicles en l'église de Notre- • Dame à Laken-lez-Bruxelles, contenant ensemble 404 pieds, à 24 sols < le pied. >

Quelques années après, Antoine Desmarés, maitre tailleur de pierre, s'engagea à achever le doxal ou jubé de pierre de l'église de Laeken, d'après les dessins de Wensel ou Wenceslas Coeberglicr, moyennant 480 livres de 40 gros de Flandre (12 janvier 1008); Coeberglicr avait aussi dessiné, pour le chœur, un projet de stalles, qu'un ébéniste, nommé Jacques Boxhorinrk, prit l'engagement de faire « de bon bnis d'ébène, » sur le modèle des stalles de l'église du Sablon, à Bruxelles ; elles devaient comprendre autant de sièges que possible, et pour chaque siège on payerait 40 florins du Rhin (13 mars 1G08) *. Ce jubé n'existe plus; quant aux stalles actuelles, elles sont moins

Bientôt l'attention générale se porta sur l'église de Laeken, pour laquelle l'infante Isabelle montra une prédilection singulière. En 1023, elle s'y rendit en pèlerinage, accompugnèc des dames de la cour et de plus de 400 Béguines ; les musiciens de sa chapelle chantèrent pendant la grond'messe, et un diner fui ensuite servi dans les prairies avoisinanles. Trois tables y étaient dressées : une pour la princesse et sa cour, une seconde pour les Béguines, une troisième pour les musiciens. Après avoir entendu les vêpres, le cortège revint processionnellemcnt à Bruxelles ». L'infante, de concert avec les nations de Bruxelles, les nobles et les simples particuliers, fit élever de petites chapelles le long de la chaussée de Laeken et sur le chemin qui longeait le canal, vers l'est, depuis les remparts jusqu'au pont de Laeken; elles étaient ornées de représentations figurant les scènes de la Passion, et, au delà du pont, jusqu'au village, des épisodes de la vie de la Vierge. Le 5 août i780, le magistrat de Bruxelles fit encore restaurer celle de ces petites chapelles qui se trouvait au delà et près du pont, à droite, vis-à-vis d'une autre chapelle qui appartenait à l'abbaye de Grimbcrghc.

A quelque distance de l'église, vers le nord, il y a une source dont

• Compl? ilt lu vrrrw yenèralr i(e\ fmnucts, \v 2s)>.

* Architttde l AuJtriHC carton rr KJ7V. aux Archives du royaume (iciDOLrue k Riciei. llntoria i><mrl>r lir<jij>r. p. 18?.

DES ENVIRONS DE BRUXELLES. S3:t

les eaux onl, dit-on, une vertu efiicacc contre la fièvre. Quelques naluralistes la regardent, mais à tort, paraît-il, comme ferrugineuse *. Cette source, que l'on a nommée des Cinq plaies, et qui s'appelait en 1312, à ce qu'il semble, den liorrelceneja Petite Source, est alimentée par quatre puits dont le trop-plein alimente la fontaine qui se trouve devant l'entrée orientale du cimetière. Près d'elle s'élève une petite chapelle de Sainte-Anne, où l'on voyait jadis un tableau qu'un chartreux, Henri Hinckaert, avait fait exécuter en 14ÎM ; il y était représenté tenant un crucifix *. En 1623, Isabelle, a la demande du père récollet André A Solo, fit entourer la source d'un bassin construit do pierres de taille, qui a été restauré en 1841, et l'on y plaça l'inscription suivante : fok-

TKM IIUNC DIVA MATRI ANNA SACRUM, — JAM Dl'Dl'H PEBRICITANTIBI'S SA- LCTARE1I, — NE ULTRA FNGLORIIS PER TERRAS! SERPERET, — SER"* ISADELLA CLARA EUGENIA, — niSPANI ARUM INFANS, — EX DRSIDERIO R. P. ANDRE E A SOTO, ■ — ALVEO ORNAMENTISQl'E DONAVIT, — ANNO 162?).

Entre cette source et la porte principale de l'église, l'infante fit pratiquer, aux frais du trésor, et sur les dessins de l'architecte Francquart, une avenue longue de 2,400 pieds, formée de quatre rangées d'arbres, et qui porta depuis le nom d'avenue du Duc (de Uertoyhs drece). Des commissaires furent nommés, le 8 février 1028, pour acheter les terrains nécessaires, et, entre autres, une partie des dépendances du château de Cocnsborg (qui appartient aujourd'hui à M. le baron de Reynegom), ainsi qu'un héritage et verger, où il y avait eu une maison qui avait été ruinée pendant les troubles. Cet hérilnge se trouvait dans le chemin dit S'Papenberch-straete {le chemin de la Montagne du prêtre), près du bien de Jean Matens et du ruisseau. Henri Laureys, surnomme Laurent Marcel, qui le tenait en fief de In seigneurie de Wemmel, le vendit au domaine moyennant 650 florins du Rhin (14 janvier 1651).

A la même époque, les invasions désastreuses dont notre pays fut le théâtre forcèrent plus d'une fois les habitants de Laeken à transporter la statue de la Vierge à Bruxelles. C'est ce qu'ils firent, par exemple, en 1621, lorsque les Hollandais pénétrèrent jusqu'au cœur du Brabant.

A la demande de l'archevêque Booncn, qui portait une affection toute particulière à l'institut de l'Oratoire, les religieux d'Afllighcm consentirent, Ji l'unanimité des voix, sauf deux ou trois, à céder aux Oraloriens de Bruxelles la cure de Laeken, et les deux chapellenies fondées dans l'église, celles de Saint-Nicolas et de Notre-Dame; ils mirent pour condition à celte cession que la communauté ferait célébrer une messe lors

' De Bihti*. Onjrtogrnphif de$ finiront de Druxelle*. p. 128. — Min*. Histoire Je nru.tttle», t. III, p. 79.

* Dl WlEl, Collnlanea rrrum fnbtrum et erent»um Cartnu<T Itrurelltnn*, t l«, p. I. G.

du décès de choque religieux d'Afflighem (7 mai 1G59). Le chapitre de Saint-Rombaud à Malincs avait donné son consentement dès le H janvier de la même année, et les religieux d'Afflighem, habitant à Wavre, y ajoutèrent le leur, le 1er septembre. L'union de la cure à la maison de l'Oratoire fut décrétée par l'archevêque le 50 mars 1640, approuvée par le conseil de lira ban! le 17 novembre 4642, et sanctionnée par le roi le 22 janvier IG'iO. L'autorisation d'avoir un refuge à Bruxelles fut accordée aux Oratoriens de Laeken, par le magistrat de celle ville, le 2 septembre 1649.

Les Oratoriens, dont l'institut rivalisait alors avec celui des Jésuites, eurent bientôt de longues querelles à soutenir contre ceux-ci. Dans ces temps de foi, la catéchisation, la prédication étaient des armes bien plus puissantes qu'elles ne le sont aujourd'hui; elles furent les véritables causes de l'animosilé avec laquelle les Jésuites, qui s'en étaient d'abord emparés, luttèrent contre un ordre évidemment institué pour combattre leur influence; les cinq fameuses propositions de Jansénins ne furent certainement qu'un prétexte. Un auteur attribue aux débals des Molinistes cl des Jansénistes, qui tourmentèrent l'Europe catholique cl Bruxelles pendant près d'un siècle, les contestations dont la cure de Laeken fut l'objet à plusieurs reprises. Outre le curé, il y avait, dans le principe, à Laeken, un père oralorien ayant le pas sur lui et portant le titre de supérieur. En 1046, les habitants du village se plaignirent de ce supérieur et demandèrent a retenir le curé Jean Blomme, que le prévôt de la maison de Bruxelles destinait à d'autres fonctions; deux ans après, « à l'instigation d'hommes turbulents et ennemis de l'Ordre, » ils présentèrent au conseil de Brabant une requête où ils se plaignaient du même curé et de ses collègues, et leur reprochaient un grand nombre d'abus, et, entre autres, la dilapidation des richesses de l'église; le conseil de Brabant repoussa leurs réclamations (9 mars 1649), et, le 2 octobre 1670, le même tribunal maintint la communauté en possession de la cure; dont l'université de Louvain revendiquait la collation. A la mort du curé Hennin, en 1705, celle-ci donna encore lieu à des contestations ' .

Les pères de l'Oratoire se sont particulièrement occupés de l'histoire de Laeken, qui avait été écrite une première fois par le cure Laurent Van Bcncden Le père Jean-Antoine A Gurnez, né à Stavelot et qui fut

1 Vote/, la Chroniron eon<jrtqalionit Oralorii Dotnini Jttu per procinciam archi-epi$copatu% .VcchlinitniU diffuvt (par le père Pi; un: DkSwert). pp. K», 70, 110, 174.

* Son livre, qui porle pour tîlre : llistorir ran dt KercUt ran Chrt*lu.i geicydt, brelt, drarl, Mtdt marhti'jf u-rrcUtn ran de sorte moeder Godtn Maria, loi lalen. hy Bruutl. parut en 1630 (in 12), el sa tiatluction, en espagnol, en 1635.

longtemps desservant de leglise de Bon-Secours à Bruxelles, où il mourut le 25 octobre 1632, réunit des détails curieux sur cette localité, dans l'ouvrage intitulé : Luca Bruxellense suburbanum, cultu ae prodi- <)iis Deiparœ a Normannorum temporibus, id est, ante omnia Partheniis œdibus et iconibus miraculosis in Belgio loca clttru, celebris, novo studio illustrata, et qui fut imprimé à Bruxelles, chez Godefroid Schocvarts, en 1047 (petit in-4°). Gurnez exécuta ce travail à la demande de ses supérieurs cl à la prière de Sanderus, qui avoue y avoir puisé presque tout ce qu'il dit de Laeken dans sa Chorographia sacra Brabuntiœ; sa dédicace, adressée au protecteur de l'institut des Oratoriens en Belgique, l'archevêque Boonen, est datée du 12 avril 1b47. Le style de Gurnez est malheureusement prétentieux à l'excès, défaut qui se remarque bien plus encore dans une publication imitée de la sienne : Trophée de la religion catholitfue, après la défaite de* infidèles dans les Pays- Bus, par l'empereur Aruulphe, roi de Bavière, Van 893, érigé à la Heine du Ciel par deux vierges, sœurs de Hugue, duc de Germanie et de Lorraine, enseveli au Lacq sous les ruines des Normands. Dédiée à Son Altesse électorale la duchesse de Bavière, princesse royale de Pologne, par maître Quentin Hennin, prêtre de l'Oratoire, pasteur au Lucq, doyen de la chrè.tiennelè (Bruxelles, Judocus Slryckwant, 1694, in-12, avec figure.*). Cet opuscule a été aussi publié en flamand et souvent réimprimé jusqu'en 1791 ; le curé François Plekc en donna, en 1726, une nouvelle édition (Bruxelles, chez Nicolas Stryckwant), dédiée îi l'archiduchesse Marie-Élisabelh. Le père Hennin était de Maubcuge, et mourut le 50 août 1703; son successeur, François Pleke, avait vu le jour à Melcele, dans le pays de Waes; lors des derniers débats occasionnés par le Jansénisme, il se sépara ouvertement de ceux de ses confrères qui restaient attachés à cette doctrine, et qui, peu d'années après, furent forcés de quitter le pays.

La maison de l'Oratoire, à Laeken, avait été fondée pour cinq prêtres : un curé, faisant les fonctions de supérieur; un vicaire, deux chapelains, qui devaient savoir le flamand et le français, afin de pouvoir entendre les confessions dans les deux langues, et un sacristain ; ils recevaient du couvent de Bruxelles, par an, le premier, 1100 florins; les quatre autres, 400 florins chacun; on payait en outre tous les ans 580 florins à deux frères servants et au domestique. A la fin du siècle dernier, le nombre des chapelains était réduit à un. On disait à Laeken une messe de onze heures, fondée par les princes de La Tour, et une messe hebdomadaire de sainte Barbe, instituée, ainsi que vingt-quatre messes en l'honneur de sainte Barbe cl de sainte Catherine, par Marie Fuylers. Une daine de

Saint-Albert donna aux Oratoriens 8,000 florins, à condition qu'ils dir il «

raient h Laeken le petit oflice de la Vierge, et que, .s'ils restaient en défaut de remplir cette obligation, sa famille rentrerait en possession du legs 1 .

La proression de l'église était jadis fort renommée, et d'ordinaire on y voyait les habitants de Jette, de Wemmel, de Strombeck et d'Heembeek. Quelquefois, en temps de sécheresse ou de fortes pluies, l'un de ces villages faisait faire une procession solennelle pendant trois jours consécutifs. En 1GI>2, la sécheresse durant depuis six semaines, l'archevêque de Malines ordonna qu'une procession porterait solennellement la statue de la Vierge de l'église de Sainle-Gudule à Bruxelles jusqu'à celle de Laeken, et qu'il y aurait ensuite des prières publiques pendant trois jours. Le nombre des fidèles qui se trouvèrent à cette cérémonie était si grand que l'archiduc Léopold-Guillaume, gouverneur général, avoua n'avoir jamais vu une procession si bien suivie et si nombreuse; plus de 141,000 personnes, dit-on, y assistèrent. La pluie, selon le père Hennin, commença à tomber dès que la messe fut achevée, le 8 juin; le même prodige, ajoute-t-il, se manifesta le 10 juin 1082, et, en 1087, on vit également cesser, à la suite de semblables prières, des pluies torrentielles.

La mise à exécution de ledit de Joseph II, du 10 mai 1780, qui dé fendait de porter dans les processions les images des saints, provoqua à Laeken des désordres très-graves. Le 13 août 1789, la procession ayant quitté l'église sans être accompagnéede In statue de la Vierge, les paysans se ruèrent dans le temple, enlevèrent la statue du socle sur lequel elle était posée, et allèrent se ranger dans la procession ; mais aussitôt que le curé se fut aperçu de cette manifestation, il retourna à l'église, y déposa le Saint-Sacrement, et laissa ses paroissiens continuer leur promenade religieuse en chantant des litanies; à letir rentrée dans le temple, ils entonnèrent le Te Deutn, et se portèrent ensuite sur la cure, qu'ils auraient saccagée si le curé ne s'était hAlé de fuir *.

L'église de Laeken offre peu d'objets d'art ; on y remarque un Saint Guidon labourant, attribué a Crayer, et une Présentation au Temple. La chaire, qui provient des Dominicains de Bruxelles , y a été placée le 8 octobre 1802. Elle représente un assassin menaçant de son poignard saint Pierre le Dominicain. Quelques fenêtres offrent des débris de vitraux peints; on y distingue encore les armoiries de plusieurs dignitaires ecclésiastiques du Brabant.

Dans le chœur, on voit le monument de M. Bortier, membre de In

1 Chronicon Qratorii, p. 119

* Gwmi. Chronyckt der Gttchiedtn^i „ tiruwl manuscrit Av In Ribliolli.Spi* nt\ak> - (;ér4Rd, tlaptdiuxdt Her<j l II p 2\H

DES ENVIRONS DE URL XELLES. 55U

régence de Bruxelles, mort en 1829. Ce monument est orné de la statue de la Charité, sculptée en marbre blanc par Parmentier. Près de là sont les inscriptions suivantes : 1° d. o. m. — monumentum — famili*

— £GIDII C. DE JONCHE, — EQUTIS AURATI, IN SUPREMO — BRABANTLE CONSIL10 — SENATORIS, — ET CONSILIARH PENSIONARII — DD. STATUUM URAHANTLE, — DEINDE CAMFR.E COMPUTUM — PR.ESIDIS , — KT D. MARIA CORNELI.E JOANN.E — ANTON LE DE ROOVERE , EJI S — UXORIS ; — OBIFT

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