CHAPITRE II
vilvorde.
Histoire de Vilvorde. — A mi-chemin de Bruxelles ù Malincs, au confluent de la Senne et de la Woluwe, se trouve la jolie ville de Vilvorde, qui sert en quelque sorte de point de jonction entre l'ancien pays de Grimberghe et les villages disséminés autour des bois de Perck et du plateau du Loo. Ses annales abondent en faits curieux, son histoire religieuse commence dès l'époque même de la conversion des Francs de la Belgique au christianisme, et son histoire civile nous offre, dès son début, une des plus anciennes chartes de liberté du Brabant; ses fortifications, dont on détruit en ce moment les derniers vestiges, soutinrent plus d'un siège, et son château, aujourd'hui remplacé par une prison, fut, pendant près de quatre siècles, la plus redoutable prison d'état du pays'.
I Vilvorde (Fi//ur<fo.779.844 ; F il fort. 9 VJ. 1 15V : Filirfurt. 972; Filfurt. 11W; Filfordia, \\9i;Filforden, 1Î39. 1.185,1 426; Fi//orrf, 1245; Filrorde. 1252.1254; Filrordi». 1562: Yileorl, 1-265; Fif/bn/r. 1294-, Viltotrden, 1410; Viltorden. Ul.'i: Vilvoirden, I6V1. eir.;. \illo de l'arrondissement de Bruxelles, et chef-lieu de canton, à 2 lieues an N. de Bruxelles.
Territoire .- En 1686, Vilvorde comprenait 1.242 honnicrs.dont 30 bonniers compris dans la ville, 855 b. de terres, 30V b. de prairies, 72 b. de bois, 7 b. d'étangs. Le revenu imposable s'élevait à 19.425 florins. En 1846. sur une étendue de 1.850 hectares, on y trouvait : 709 h. cultivés en céréales. 53 h. cultivés en plantes industrielles. 329 h. cultivés en racines et fourrages. 147 h. do prairies. Il h. do vergers. 55 h. de jardins potagers. 1 h. de pépinières. 19 h. de jardins d'agrément. 68 h. do bois. 3 h. de terrains essartés. 2 h. de jachères. La verge linéaire avait 18 1/3 pieds de Bruxelles.
Nombr* d habitations ■. En 1 435.721 ; en 1480. 167 ; en 1525, 327. dont 6 à 2 foyers ; ou 394. y compris Couincxloo. Houlhem, Peuthy. Borght ; en 1686; 160 maisons. 12hôtels etenâteaux. 5 brasseries. 1 1 auberges, 55 boutiques cl ateliers, 9 couvents et hôpitaux ; en 1846, 1 ,094 maisons, dont 51 inhabitées.
Population En 1786. 2,332 habitants; en l'an Vlll. 2,682; au 31 décembre 1831.5.087; au 15 novembre 1846. 6,379, formant 1 ,1 44 ménages , 7:16 enfants recevaient l'instruction et 364 [personnes les secours de la bienfaisance.
Industrie rt dépendant e* : Voir plus loin, /«uni m.
Les registres de I état civil commencent, pour les uaissiinces. en 1574 : pour les mariages, en 1603; pour les décès, en 1626.
Nous avons trouvé de nombreux documents sur Vilvorde aux archive* duKovaume.au
La ville de Vilvorde occupe le centre d'un territoire qui s'élend, en diagonale, du sud-ouest au nord-est; dans la première direction, ce territoire forme une longue bande de terrain, très-élevée et qui se prolonge jusqu'aux hauteurs de Laeken, entre la Slrombeek ou Ilellebeek, dont les eaux la séparent de Grimberghe, et Heembeek.Vers le nord-est, il consiste en un plateau borné au nord par les prairies d'Eppeghem, à l'est par les champs de PeuIhy.La première de ces parties porte le nom de Coninxloo (les hauteurs ou les bois du Roi) ; elle est sillonnée par un grand chemin qui quitte au nord de Laeken la voie romaine d'Assche à Elewyt : l'ancien chemin d'Assche à Vilvorde, jadis appelé l'Ancienne voie '. Il débouche sur la digue du canal, près de la porte de Flandre, traverse Vilvorde, passe sur la Senne, en amont de l'embouchure de la Woluwc dans celle rivière , et court ensuite vers le nord dans la direction d'Eppeghem ; sous le nom de ffelle slraet ou rue d'Enfer, il coupe les prairies dites de Nerenbroek ou Neerbroeck, les Prairies inférieures.
Là, près des eaux de la Senne, qui coulent encaissées entre des rives plantées de saules, de frênes cl de hêtres, on voyait autrefois un monticule, de forme circulaire. Il y a 60 ou "0 ans, sur la foi d'une tradition qui y plaçait, dans l'intérieur, un trésor caché par les Sarrasins, on y fil des fouilles auxquelles on employa, m'a-t-on dit, près de "200 ouvriers ; le monticule fut ouvert, mais on n'y découvrit que deux caveaux de pierre, dont l'un était de dimension plus petite que l'autre; ces caveaux contenaient-ils quelque antiquité, c'est ce que l'on n'a jamais su; on parla seulement de quelques débris d'armures qui s'y seraient trouvés. Lorsque je visitai ces lieux pour la première fois, le 1 2 juillet 1846, on ne voyait plus en cet endroit qu'un mouvement de terrain ayant environ 500 pieds de tour, et qui, du côté de l'ouest, allait se confondre avec le champ qui le séparait de la Senne; au sud coulait un rivelet, à l'est serpentait un
greffe du tribunal de première instance et a la bibliothèque de Bourgogne; en outre, les archives mêmes do Vilvorde et celles de l'hôpital, que l'administration communale et la commission des hospices nous ont ouvertes avec le plus grand empressement, ont considérablement contribué a enrichir notre travail. Remercions aussi M. Piron. ancien commissaire de police a Vilvorde, des noies qu'il nous a communiquées. Ce qui a été imprimé sur cette ville se réduit à quelques données eparses dans Granate. Va* GtsTri-, Lt: Rot, le Guide fidèle. qui ne font le plus souvent que se répéter. L'ouvrage intitulé Notre-Dame de Consolation, à Viltorde, Par Edouard Tkrwecore*. de la Société de Jésus, est très-riche en renseignements concernant les établissements religieux delà ville, mais s'occupe peu de l'histoire civile; il en a paru tout récemment une traduction flamande, sous le litre de 0. L. Y Ttn Troost, te Yilroorden, of Korte ne»chiedenîs tan het kl ont 1er en mn hel beeld, onder dien naem bektnd (Te llruuel, J. Vanderey lt. 1853, in-l3).Ce travail, du en partie au frère de l'auteur de l'ouvrage français, M. Henri Terwecoren. ancien vicaire de l'église S.iinl-Picrre h Louxain. qui est mortle > septembre est beaucoup moins riche en détails historiques et s élcnd davantage sur les miracles opero ,i Ïen-Trnost. ' Juxta teteram rfelR dit un a- te de l'année 1308.
chemin sur lequel la partie la plus élevée du tumulus, haute encore de 2 à 3 mètres, jetait l'ombre de quelque saules et d'un buisson d'aubépine; au coin du chemin étaient accumulées des pierres blanches et grisâtres, ninsi que des débris de tuiles et de briques romaines. L'origine antique du monticule ne saurait être méconnue; mais, ce qu'il présente de curieux, c'est que, sous le nom de \edelaer ou Neltelaer, corrompu depuis en celui de NeiUtUieren berghou de Nolelaerenberg 1 , il a joué un rôle très-important pendant la guerre de Grimberghe. Les continuateurs de De Klerk, suivi en cela par tous les historiens, ont cru que Nedelaer se trouvait près de Slrombeek; mais, outre que dans ce village on ne trouve aucune trace d'un nom pareil, uu passage du poème de la guerre de Grimberghe est positif, et sa concordance avec l'existence du tumulus est un argument sans réplique ».
A l'exception de quelques débris trouvés par M. Galesloot près de la Woluwe, en amont de la ville, le territoire de Vilvorde ne présente pas d'autres traces du séjour des Romains ; il est probable que cette localité n'avait, dans le principe, aucune importance, et, sans doute, elle dut ses commencements à quelques habitants d'Elewyt, qui, chassés de leurs demeures pendant les invasions des Barbares, se seront retranchés entre la Senne et la w olu \\e. Sous les rois francs, l'histoire de$ alentours commence à se dégager des ténèbres qui l'enveloppaient. Heembeek apparaît existante, saint Landri y laisse des traces de son passage, le souvenir des rois se conserve dans les noms de Coninxloo et de l oninxbemde, ce dernier donné h une prairie, eulre Vilvorde et Maciielen; les abbayes de Saint- Vaast, de Soignies, de Nivelles, d inde, acquièrent, la première, Heembeek; la seconde, Haeren ; la troisième, Maciielen; la quatrième, Dieghem; Vilvorde même, qui dut nécessairement s'accroître, à cause du commerce que Bruxelles faisait dès lors par eau, et dont elle était un des entrepôts obligés, fut assignée à uu monastère que la glorieuse famille des Pépins établit dans la forteresse de Chàteauneuf {Novum Castellum) ou Chèvremont, bâtie au sommet d une moutague escarpée, à quelque distance a l'est de Liège.
La légende de sainte A mal berge, dont le texte est malheureusement peu ancien, nous dit que ce fut à Vilvorde que celte sainte se réfugia, pour .m' soustraire aux poursuites de Charlemagne. Un matin, dit le légendaire, Amalberge, qui habitait avec une amie, commanda
i litt Sertnbrotk, achter dtn Xuttltrtn Urch. dit un acti' do I «n IGWi. * Dt Km.., lui-mi^mo place Nt'dlacr près d«> Vilvorde;
Ntdlatr al in dtn gronl,
f)al M Yilrorrden *lont.
Hrahmticht YrrUrn,\. IV, V. .'T7 ot 13V.
à son hôtesse d'aller lui cueillir du cresson. C'était avec cette herbe et un morceau de pain qu'elle déjeunait. La servante obéît ; mais lorsqu'elle arriva près de la rivière, un poisson d'une grosseur prodigieuse (il semblant de se jeter sur elle. Elle s'épouvanta, cl ses cris attirèrent la sainte. Celle-ci, au lieu de s'effrayer, lui dit : « Appelez un valet t et retournez à la rivière; c'est un poisson envoyé de Dieu pour notre c réfectoire. » On le prit en effet sans peine, et Amalberge en remercia l'auteur de toutes choses
Remarquons ici que Vilvorde signifie probablement : les gués ou les ruisseaux nombreux, de /?/, qui parait identique au flamand moderne veel, elfurte, vorde, voorde, que l'on traduit tantôt par gué, tantôt par courant d'eau *.
La première mention authentiquedeVilvordese place vers l'année 700. Parmi les domaines que Pépin de Herstal donna à l'église de Sainte-Marie à Châtcauneuf (Xovum Castelium) figure le village de Vilvorde , en Brabant. Le glorieux arrière-pelit-lils de Pépin, Charlemagne, el le petitfils de ce dernier, l'empereur Lothaire Ier, approuvèrent cette donation, celui-là par un diplôme daté de Herstal, le 5 mai 779; celui-ci, par un acte daté du H septembre 844. Un siècle plus tard, le 18 avril 947, l'em pereur Olhon Ier déclara abandonner, en toute propriété (in proprium) plusieurs églises, et,enlre autres, celle construite dans le village de Vilvorde (alteramscilicet ecclesiam, in villa Fil fort constructam) , avec les dîmes el toutes leurs autres dépendances, aux religieux de Chèvremonl *.
Lorsque ce dernier monastère, avec ses serfs, ses maisons, ses terres cultivées et incultes, ses prés, ses pâtures, ses bois, ses vignes, ses eaux, ses moulins, ses biens meubles, ses prétentions, ses revenus, eut été réuni au patrimoine de l'église d'Aix-la-Chapelle (diplôme de l'empereur Othon, du 1er août 972), Vilvorde subit le même sort *. Suivant un ancien document, qui parait dater de la fin du dixième siècle, les frères d'Aix, c'està-dire les chanoines de la collégiale d'Aix-la-Chapelle, levaient dans cette localité un cens de 5 livres 10 sous, qui se payait le jour de la Saint-Martin, et 50 sous provenant du marché &. En l'année 1122, l'évéque Burchard déclara que l'église de Vilvorde serait dorénavant exemple de personnat r-.
* Le ihroh de Villcnficne, Mélange* historiques et littéraires, p. 176.
* Tenw».coiun, 1. c. p. 83 et suivantes.
* Optra dipl., t. K pp. 337,496, 504. - Lacomict, Vrkundentjwh fur die gtschichte des Sirderrlutns, t. I". pp. 1, 26 et 55.
* Opéra dipl., t. Il, p. 972.
s Qnx, I. c, codex, p. 30.
■ Opéra dipl., 1. 1", p. 523. — LtcoxBLET, I. c. , p. 290.
Les guerres qui ravagèrent les bords du Rhin vers le milieu du treizième siècle appauvrirent singulièrement les églises d'Aix-la-Chapelle et de ses environs; aussi aliénèrent-elles alors, pour la plupart, une grande partie des biens qu'elles devaient à la munificence de la dynastie carlovingienne. L'abbaye de la Cambre avait , depuis quelques années, acquis de grandes possessions à Vilvorde; le doyen Garsilius et les chanoines d'Aix lui cédèrent, moyennant un cens de 55 marcs de Cologne, de 1 2 sous chacun, tout ce qu'ils possédaient à Vilvorde ou dans le ressort de son église (swe in ftalronatu ejusdem ecclesiœ), en biens, offrandes, dîmes, cens, cens de tète, terres, habitations, etc. (lundi avant la Saint-André 4243), cession qui fut acceptée par les religieuses de la Cambre (lundi avant la Saint-Nicolas 4245), et approuvée : par l'évéquede Cambrai et par le roi des Romains, Guillaume, en 1250; par les papes Innocent IV et Alexandre IV, respectivement le 28 mars 4246 et en 4 259; par Pierre, cardinal de Saint-George au Voile-d'or, le ti novembre 4254, et par l'évéque de Liège, Henri de Gueldre, le 4" février 4 263. L'acte contient cette clause remarquable : ■ l'abbaye doit conserver aux personnes habitant les biens du chapitre les droits qu'elles avaient antérieurement, et, si elle n'observe pas celte clause, on pourra s'en plaindre aux chanoines
Le chapitre d'Aix ne laissait pas Vilvorde dans la situation où il l'avait trouvée. Le village ou plutôt le hameau que lui avaient légué les Carlovingiens, était devenu une ville peuplée et richement dotée de franchises. G ré ce à la distance qui le séparait deses maîtres, il reconnaissait l'autorité des ducs de Brabant,qui en disposaient, à ce qu'il semble, d'une manière absolue.PendanllaguerredeGriroberghe,rundecesprînces,GodefroidIU, bâtit sur le Notelaeren-Berg ou, comme le disent les chroniques, à Ncdelaer,une forteresse qui fut prise et brûlée, en 4460, en môme temps que Vilvorde, par les redoutables Berthout*. Ce fut sans doute pour indemniser les habitants de leurs pertes que le fils de Godefroid, Henri Ier, donna à Vilvorde, en 4 4 92, une charte qui est l'un des plus anciens monuments de la législation des communes en Brabant. Bien que l'expression dont se sert le duc : « nous avons concédé cette liberté à nos bourgeois de « Vilvorde, » n'ait rien de déterminé , il semble cependant qu'avant 4 192 il n'y avait dans cette ville aucune institution libre. Les immunités qu'elle obtint alors doivent lui avoir fait une position toute nouvelle. Voici ce qu'ordonne Henri Ier :
« Quiconque devient bourgeois de Vilvorde ne peut être cité en jus-
» Opéra dtpl , t. K p. 581, rt t. III. p. 112. - Cartulatre Je la Camlre f" Jti2. « Vnyn plus haut, pp 123. 161 et 169. T. Il
nisToiu
lice, el jugé que dans cette ville et devant les échevins de cette ville, à moins que son procès ne ressorte à une juridiction autre que la nôtre, (allusion aux droits de l'Empire et de l'Église.) •
< Quiconque apporte à Vilvorde des marchandises, ne peut être jugé, et ses marchandises saisies, que par les échevins. A ceux-ci appartient aussi la juridiction sur les débiteurs qui se réfugient sur le territoire de la franchise (infra septalibertatis). *
t Tout individu qui vient à Vilvorde et qui y prête serment de fidélité à nous et à la ville, devient immédiatement notre protégé, et notre protection s'étend sur ce qui lui appartient. Après un an et un jour de séjour, tout bourgeois peut quitter la ville et vendre ce qu'il possède, sans devoir en demander la permission à nous ou » nos officiers. >
« Nous exemptons les bourgeois de toute expédition militaire au delà de la Meuse, de la Dendre, d'Anvers el de Nivelles, et de toute exaction, sauf dans les cas suivants : lorsque nous créerons chevalier notre fils, lorsque nous marierons nos enfants, lorsque nous suivrons l'empereur au delà des Alpes; dans ces cas, et, si, ce qu'à Dieu ne plaise, nous tombions en captivité, il ne nous sera accordé qu'un modique secours (metliocris succurtus), dont les échevins feront la répartition. »
« Aucune œuvre servile (corvée, redevance, etc.) ne pèsera sur les bourgeois; ils ne nous payeront que l'ancien cens sur les champs, qui nous est dû à juste titre, et le nouveau cens de liberté, payable par chaque habitation (de singulis cttrtibus). »
« Nous donnons à tous ceux qui habitent ou qui habiteront l'alleu de Vilvorde, en toute liberté et en totalité, el avec le droit de les employer comme ils le jugeront convenable, le lac appelé vulgairement Mersch, et tous les marais s'étendant depuis l'alleu désire Godefroid de Scoten h Perck jusqu'aux champs cultivés de Machclen et de Melsbroeck. Les habitants du territoire de Vilvorde, non compris dans l'alleu (c'est-à-dire les sujets d'autres seigneurs), n'ont dans ces biens d'autre droit que celui d'y faire pâturer leurs bestiaux, à la condition de ne causer aucun dommage aux bourgeois. >
« Notre maire ou officier doit distribuer gratuitement les dons de tourbe qui se font tous les ans. •
Albert, comte de Dasbourg; Arnoul de Diest, Gérard de Grimberghe el son frère Arnoul, Daniel de Crainhem, René de Ruysbroeck et son frère Guillaume, le châtelain de Bruxelles, Arnoul de Wesemael, Alard . de Rape, Gosuin de Saventhem et le maire Henri de Sterrebeke furent présents lorsque le duc scella celte charte'.
• RiTstfis, Tt»phte$ dt Brabant, t I", p. 1!'»0, et prouves, p. W>.
Depuis celle époque mémorable, la ville de Vilvorde intervint dans plusieurs transactions de la plus haute importance. Elle scella, en 4261, un traité d'alliance avec la ville de Bruxelles; en 1312, la charte de Corlenberg; en 13îi5, l'acte par lequel les villes brabançonnes se promirent mutuellement de défendre l'intégrité du duché; en -1372, la seconde charte de Cortenberg; le 8 septembre 1378, la nouvelle organisation donnée à la commune de Louvain; le jour de la Conversion de saint Paul, en 1382-1383, la paix, qui fut alors accordée à cette malheureuse cité; en 1415, l'acte d'union des trois États de Brabant; en 1422, le nouveau règlement organique que ces Étals donnèrent au duché, etc. Jadis ses députés assislaient fréquemment aux assemblées des Étals; mais, dans la suite, ils ne s'y rendirent plus. Lorsque, le 26 septembre 1555, Charles- Quint, désirant céder « ses chers pays de par deçà (zyn genaden landen van hencaerts overe), et, en particulier, le Brabant, à son fils Philippe, convoqua les États Généraux; les échevins, conseillers, receveurs et autres bourgeois et habitants de Vilvorde chargèrent du soin de les représenter à cette assemblée messire Thierri de Bourgogne dit de Herlaer, maire, ou, s'il ne pouvait s'y rendre, son lieutenant; l'cchevin Jean de Candriessche le vieux, le receveur Jean Vandenzande et le clerc juré ou secrétaire Guillaume Wyts (12 octobre).
Le treizième siècle fut évidemment, pour Vilvorde, l'époque de l'apogée de sa splendeur. Il s'y établit alors une gildedela draperie, un béguinage, un hôpital; la population s'accrut et s'enrichit à la faveur de la paix; ses rapports avec ses puissants voisins, les seigneurs de Grimberghe, furent déterminés en 129-2; enfin, on promulgua successivement plusieurs statuts de police que l'on réunit, pour en former une espèce de code,en l'année 1300, ainsi que nous le verrons plus loin. Les ducs séjournaient souvent dans cette ville; ils y fixèrent la résidence d'un maire et d'un receveur de leur domaine, dont l'autorité s'étendait sur un grand nombre de communes. Suivant toute apparence, les premiers d'entre eux y firent frapper les mailles d'argent sur lesquelles on a représenté un édifice à peu près semblable à celui qui figure sur le sceau communal; deux donjons, dit M. Piot1, soutiennent l'édifice, sur les mailles comme sur le sceau ; au-dessus du toit se trouve une fleur, qui est reproduite sur les mailles, et, afin que rien n'y manque, le graveur de la maille a eu soin de faire figurer, entre les angles du toit et les donjons, les deux fleurs qui se trouvent placées à côté de l'édifice du sceau. Ces pièces de monnaie, ajoute l'auteur que nous venons de citer, ont toujours été trou-
• De limitation de* sceaux des communes »ur in monnaies des province* mr'ridionule* dt* Pa>j\-llai et du pay» de Liéae, p 39 (Kruxclles. 1 H*«>j .
vées avec celles de Henri III, duc de Brabant, avec lesquelles elles ont une ressemblance frappante.
Au quatorzième siècle, Vilvorde, à cause de sa position intermédiaire à Bruxelles, Malines et Louvain, servit souvent de place d'armes à nos souverains. Jean II, après l'échec que ses troupes essuyèrentau siège de Malinés, en 1302, y plaça une garnison pour observer celte ville. En 130G, lors de la lutte entre les plébéiens et les patriciens de Bruxelles, le même prince y réunit une nombreuse chevalerie; menacée de voir ses communications avec les cités voisines interrompues, la commune bruxelloise prit les armes et s'avança jusque dans les prairies de Vilvorde; là, elle attaqua avec fureur les hommes d'armes de Jean II. Le cheval du duc fut tué, et lui-même renversé; mais, s'ètanl promptement relevé, il se précipita, avec ses guerriers bardésde fer, sur ses sujets révoltés, qui ne purent soutenir le choc et qui furent mis en déroute. Soixante et dix d'entre eux périrent dans ce combat (1ermai 1306), dont le succès anéantit, dans les villes du Brabant, l'influence des plébéiens '. Selon toute apparence, il se livra au sud de Vilvorde, entre la Senne et la Woluwe, près de laquelle se trouve un endroit appelé Slrythem(le tien du combat).
Sous le règne de Jean III, le Brabant fut visité par le roi d'Angleterre, Edouard III, qui, à la téle d'une armée redoutable, débarqua en Belgique, avec l'espoir d'attirer dans son alliance les princes de cette contrée, et de conquérir, avec leur aide, le royaume de France, qu'il regardait comme son héritage.
En 1339, « le roi anglais, dit Froissarl, fit faire ses pourvéances en « Angleterre, et ses gens d'armes appareiller et passer par deçà la mer, - sitôt que la Saint-Jean fut passée, et se alla tenir lui-même à Vilvort;
• et foisoit ses gens, ainsi comme ils passoient et qu'ils venoient, prendre
• hôtel en la ville de Vilvort ; et quant la ville fut pleine, il les foisoit
• loger contre val les prés, selon la rivière , en tentes et en très (ou pa- « villons). Et là se logèrentet demeurèrent de la Mngdeleinc jusques h la « Notre-Dame en septembre, et attendant de semaine en semaine la ve-
• nue des autres seigneurs, et par espécial celle du duede Brabant, après
• qui tous les autres s'nltcndoient. »
Et plus loin, le même auteur ajoute : « Le roi Edouard s>journoit k . Vilvort à grands frais, ce pouvoit chacun savoir, et perdoil son temps, ' dont il lui ennuyoit moult et ne le pouvoit amender. Il soutenoit tous < les jours soubs ses frais bien seize cents armures de fer, toute fleur de « bonnes gens d'armes, tous venus d'outre-mer, et dix mille archers, « sans les autres poursuivans a ce appartenans. »
> llnloirt Jtliru.rrllry I I". p RV
La collection de Rymcr contient plusieurs actes signés à Vilvorde par le roi d'Angleterre, les 2 et 12 août 1539. Edouard III se rendit ensuite à Malines ; puis, ayant réussi , à grand'peine, à décider les princes belges à prendre les armes pour la défense de sa cause, il alla tenter en France une invasion qui n'eut que de faibles résultats. L'année suivante, après avoir gagné la bataille navale de l'Écluse, en se rendant une seconde fois de ses états en Belgique, il convoqua à Vilvorde une grande assemblée. Cette réunion marque une époque importante de l'histoire belge; on y voit les députés des villes de la Flandre, duBrabant,du Hainaut, inspirés par le géuie du célèbre Jacques d'Artevelde, resserrer les liens d'amitié qui les unissaient déjà depuis longtemps, et préparer ainsi la création de la monarchie des ducs de Bourgogne. Avant que Philippe le Bon eût concentré dans ses maius les domaines de nos familles ducales et comtales, leurs sujets avaient déjà contracté d'étroites liaisons, et attachaient le même prix aux institutions communales, qui protégeaient leurs droits tout en faisant leur grandeur. Ici encore le récit de Froissart mérite d'être reproduit :
« A ce parlement qui fut à Vilvort furent tous ces seigneurs ci-après « nommés : premièrement le roi Edouard d'Angleterre, le duc Jean de « Brabant, le comte de Hainaut, messire Jeau de Hainaut, son oncle; le c duc de Guéries (ou de Gueldre), le marquis de Juliers, le marquis de « Blankebourg (ou de Brandenbourg), le marquis de Misse et d'Eurient
< (de Misnie et d'Oslerland), le comte de Mous (ou de Berg), messire lio- « bert d'Artois, le sire de Fauquemont, messire Guillaume de Duvort « (ou de Duvenvoorde, chambellan et trésorier du comte de Hainaut),
• le comte de Namur, Jaquemart d'Artevelde, et grand'foison d'autres « seigneurs, et de toutes les bonnes villes de Flandre, de Brabant et de « Hainaut, trois ou quatre vaillans bourgeois de chacune par manière de
< conseil. Là furent parlementés et conseillés plusieurs avis et statuts € entre les seigneurs et leurs pays, c'est à savoir : Flandre, Hainaut et « Brabant, qu'ils seraient de ce jour en avans aidans et confortans l'un « l'autre en tous cas et en tous affaires; et s'allièrent par certaines con-
• venances,quc,si l'un des trois pays avoit à faire contre qui que ce fût, « les deux autres le dévoient aider, et s'il avenoit qu'ils fussent en dis- « cord ni en guerre au temps à venir les deux ensemble, le tiers y de- « voit mettre bon accord, et s'il n'étoit fort pour ce faire, il s'en devoit « retraire au roi d'Angleterre, en qui main (c'est-à-dire : en la main de
• qui,) ces convenances et alliances étoient dites et jurées à tenir fermes ■ et estahlcs; qui, comme ressort les devoit apaiser ; et furent plusieurs « statuts là jurés, écrits et scellés, qui depuis se tinrent trop mal. Mais, « toutes fois, par confirmation d'amour et d'unité, ils ordonnèrent à faire
« forger une monnaie coursablc dedans les dits trois pays, que on appe- « loit compagnons ou alliés. »
« Sur la Gn du parlement, il fut dit et arrêté et regardé pour le meilc leur que, environ la Magdetaine, le roi anglois s'émouveroit et vien- « droit mettre le siège devant la cité de Tournay, et là y dévoient être « tous les seigneurs dessus nommés, avec leur mandement de chevaliers « et d'écuyers, et le pouvoir des bonnes villes «. »
Le mauvais vouloir de quelques princes, et des dissentiments qui s'élevèrent au sein des bourgeoisies brabançonnes, entravèrent les progrès des alliés; le siège de Tournai fut entrepris, et ensuite levé. Bientôt on conclut une trêve elle roi d'Angleterre repassa la mer. Jean III se rapprocha insensiblement du roi de France; puis, après la mort de Jacques d'Arlevclde,il aida à replacer la Flandre sous la domination de Louis de Maie. Sa seconde fille, Marguerite, épousa ce prince à Vilvorde, en juin 1547, en même temps que la troisième, Marie, s'alliait au duc de Gueldrc4. L'alliance anglo-belge fut ainsi ruinée dans la même ville où elle s'était constituée, sept années auparavant.
Après la bataille de Schcut,le comte de Berg,qui avait combattu dans les rangs des vaincus, se retira en bon ordre à Vilvorde, en emmenant quelques prisonniers ; mais, tel était l'accablement des Brabançons, qu'aucune de leurs villes, sauf Bois-le-Duc, ne résista a l'armée victorieuse. Vilvorde, entre autres, « après avoir eu particulièrement à souffrir de « celte guerre, » reconnut Louis de M.ile pour son seigneur. Ses députes allèrent trouver ce prince « dans sa tente, devant Bruxelles, » le 19 août 1556. Là, en présence de ses parents, de ses alliés, de ses conseillers, des délégués de ses villes cl de son pays de Flandre, de ses chevaliers et écuyers, le comte s'engagea à lui confirmer la possession de ses chartes, privilèges, franchises, usages et revenus; il promit qu'il protégerait Vilvorde et ses bourgeois à l'égal de ses cités de Gand, Bruges, Ypres, et de leurs habitants. 11 déclara qu'il restituerait les otages qui luiavaientété livrés, aussitôt que la commune lui aurait remis une charte attestant sa soumission, et que, dans les huit jours, il lui donnerait une charte scellée de son sceau, et qu'il ferait munir des sceaux des villes de Gand, Bruges et Ypres, et du Franc de Bruges. Dans ce premier acte, auquel n'était appeudu que le sceau secret du comte, à défaut de l'autre, Louis de Maie s'intitule seigneur de Bruxelles. Dans la charte elle-même, qui porte la date du 22, et qui fut expédiée à Maiines, il s'intitule seigneur de Louvain, Bruxelles, Maiines. Le même jour, les échevins, le
' Vo>07 Fnoiss/kKD, Chratniurs t. I -', pp 70 et 109 de IcdiL Buchon. I l>e Ihimn.
conseil etlous les bourgeois de Vilvorde l'avaient solennellement reconnu pour leur seigneur Leur sujétion ne fut pas de longue durée; l'audace d'Éverard T'Serclaes et le soulèvement de Bruxelles firent perdre le Brabant à Louis de Maie, et Vilvorde, redevenue une place d'armes de ses ennemis, vit ses environs dévastes. Ce fut dans cette ville que se conclurent, le 28 juin 1357, les arrangements relatifs à la cession de la ville d'Anvers à la comtesse de Flandre, cession qui avait été stipulée par le traité d'Ath, et, en 1565, les conseillers du duc de Brabant et du comté de Flandre y signèrent un accord au sujet des limites respectives des deux pays, de la ville d'Anvers et des privilèges de Malines *.
La guerre avait fait sentir la nécessité d'améliorer les fortifications des villes brabançonnes. Le 10 juillet 1357, Wenccslas et Jeanne autorisèrent les magistrats de Vilvorde à garnir leurs remparts de murailles, déportes et de tours (tornele); à construire des ponts au-dessus des écluses, et à établir, dans la rivière ousur ses bords, des pilots, des haies et des maçonneries. Le droit de percevoir, dans leur localité et à son profit, le tiers des amendes, et celui de nommer tous les ans, A la Saint- Jean, au milieu de l'été, les valets de la gilde de la draperie, furent accordés aux échevins, et de plus on défendit de sceller du sceau de Vilvorde des draps faits ailleurs que dans la c paroisse et l'alleu de cette ville 3. » Le même jour, en indemnité des frais et des dégâts que Vilvorde avait eus à supporter pendant la guerre, et pour remercier les habitants de leur fidélité,une seconde charte ducale permitaux échevins d'augmenter ou de diminuer le taux des accises, « du consentement de l'assemblée des bonnes gens;» de modifier, de même, le taux du maelgett (ou taxe de moulure) du blé; de créer des rentes viagères jusqu'à concurrence de 50 livres de vieux gros par an, etc. Les deux premières concessions n'étaient accordées que pour un terme de vingt-cinq ans.
On peut assurer, sans crainte de se tromper, que Vilvorde était déjà, à la fin du douzième siècle, entourée de murs. La qualification d'oppidum qu'elle reçoit dans sa charte de franchise le prouve suffisamment; mais, en 1357, on donna sans doute à son enceinte son étendue actuelle. Alors furent construites les vingt-cinq tours qui existaient du temps de Gramaye *, et les quatre portes dites de Louvain, des Vaches (de Koypoorte)
' lirabamtcht Yettten, t 11, pp. 490, 491, 498. — Jctrs de Saist-Ge.iois, Inventaire des chartes de Flandre, p. 489.
» Brabanlsche Yeeslen, I. c. pp. 548 et 603 5 Ibidem . p. 55»l.
« Une de ce» tours, située prés delà porte de Malines, vers l'est, s'appelait ta Tour 'drue, dm Blauutn toren
ou de Bruxelles, de Flandre et de Matines. Dix-huit ans après, le duc Wenceslas ût commencer la construction d'un château qui devait à la fois servir de prison d'état et tenir en respect les puissantes cités de Bruxelles et de Louvain. Cette dernièreétait alors livrée à d'interminables dissensions. Ses magistrats invitèrent leurs confrères de Vilvorde, ainsi que ceux de plusieurs autres villes; à se joindre à eux afin de forcer les patriciens louvanistes à respecter la tranquillité publi que, mais leurs efforts furent inutiles. Plusieurs de ces patriciens, et, dans le nombre, un De Calster et Louis Criecksteen, se fixèrent a Vilvorde, d'où ils portèrent le ravage dans les possessions des plébéiens; en 4382, la ville de Louvain défendit, mais inutilement, aux habitants de Vilvorde, de donner asile à De Calster, contre qui elle venait de prononcer une sentence d'exil. Lorsque le parti populaire eut été vaincu à Louvain, ses débris songèrent à s'emparer de Vilvorde, pour s'en faire un point d'appui; mais leur projet fut découvert, et, au mois de mars 1383-1384, on pendit un bourgeois qui devait leur ouvrir une porte, pendant la nuit «. A leur retour du pays de Liège, où ils étaient allés chercher des vivres, en 4582, les Gantois passèrent par Vilvorde *.
Entre-temps, on avait déterminé, d'une manière plus précise, quelques points relatifs à l'administration de la justice. On imposa au serviteurdu maire l'obligation de jurer, en présence de deux échevins, qu'il maintiendrait dans leurs droits, envers et contre tous, l'Église, c'est-à-dire leclergé, le duc, la ville, les veuves et les orphelins, et qu'il ferait rendre justice, a un chacun, sans retard, à la première réquisition de deux échevins. L'amman de Bruxelles, à la requête d'un bourgeois ou d'une bourgeoise, devait arrêter celui qui lui était désigne, et, si le plaignant souffrait quelque perte par suite de sa négligence, il était tenu de l'en indemniser (charte du 22 mars 4372) 3. Lorsque le premier châtelain ou vicomte duchâleau de Vilvorde, Costin de Ranst, fut nommé, les échevins et quelques bonnes gensse rendirentà Bruxelleset demandèrent au duc Wenceslas que celofiicicreùt à jurer qu'aussi longtemps qu'il seraiten fonctions, il ferait observer la charte accordée à la ville par le duc et par sa femme, cequifut, en effet, effectué le 49 octobre 4380. En 4381,pardes lettres données la veille de l'Annonciation, 24 mars, les habitants de Vilvorde reconnurent qu'ils étaient obligés de travailler, lorsqu'ils en seraient requis, aux fortifications du château d'Anvers. A la même époque, les
! p'™*9, An»a'f» oppid, LoMMflufe, p,, 32, 33. - Chronique manutcrUu d, Lovxain 1 raoïssARD, livre U.c. 149.
3 Seltcta pro tnruh 1300.
habitants s'étant plaints qu'ils ne pourraient payer leur cole dans l'aide à moins qu'on ne leur accordât la faculté de s'imposer de la manière qu'ils jugeraient la moins onéreuse pour eux, la duchesse Jeanne leur permit de leverdes accises à leur gré, et de constituerde nouvelles rcntesviagères, jusqu'à concurrence de 25 livres de vieux gros (9 octobre 1591). La premièredeces faveurs leur fut depuis confirmée, à plusieurs reprises, particulièrement le 3 octobre 1464, par une charte de Philippe le Bon, datée du château d'Hesdin, et le dernier août 1492, par le roi Ma xi mi lien.
La duchesse Jeanne vint a Vilvorde le 10 juillet 1391 ; la dépense que son séjour occasionna s'éleva à 650 livres ou 42 moutons ». Sous le règne de Jean III et de Wenceslas, époux de Jeanne, la monnayerie de Vilvorde avait repris de l'activité; on y frappa des pièces d'or et d'argent appelées moutons, parce qu'elles offraient, d'un côté, l'agneau, représentation symbolique du Christ. De 1363 à 1371, la monnayerie de Brabant fut établie à Vilvorde; on y frappa, de 1367 à 1371 , des doubles moutons. En 1364 et 1365, il s'y fabriqua, disent tes Comptes des monnaies, peu de pièces d'or, à cause de la grande activité de l'atelier monétaire que le comte de Flandre avait établi à Matines. A la même époque, celui de Rummen produisit tant de pièces d'argent, que le duc et la duchesse de Brabant n'en firent que peu ou point fabriquer. Plus tard, la duchesse Jeanne autorisa les villes à monnayer elles-mêmes, à la condition qu'elles lui payeraient une indemnité annuelle ». En 1392 Jeanne, voulant user de nouveau de ce droit que, pendant plusieurs années, elle avait cédé a Philippe le Uardi, duc de Bourgogne et comte de Flandre, résolut de faire fabriquer de la monnaie à Vilvorde. Parses ordres, GisberlVanderbiessen, deTongres, y forgea des pièces d'argent, des doubles grosdeS eslerlings, des simples gros, des demi-gros, mais il ne fabriqua pas, paraît-il, des pièces d'or. La monnayerie fut en activité du 25 juin 1 392 au 22 juillet 1593, qu'on la transféra à Louvain, les villes de Louvain et de Bruxelles prétendant, qu'en vertu d'un privilège du duc Jean 1er, on ne pouvait établir que dans leur sein des ateliers monétaires3. Celui de Vilvorde occupait une maison louée à Jean Vandenhaesdonc pour ceut florins du Rhin; on dépensa 41 livres en travaux de menuiserie, de maçonnerie, de toiture, etc., pour l'appropriation de celte habitation, et, quand le receveur de Brabant la visita pour la première fois, les ouvriers reçurent une gratification de 9 sous 9 deniers de gros *. Une charte datée de Uois-le-Duc, le 23 jan-
« Compte de Walter Van Lyert, maire Je VUrorde. aux Archive s du Royaume * M. Piot, dans la Hrcutde ta numitmalU/ue belye, S* série, t. Il, p. 418. s Voyez RcTfctNS, qui place à tort, selon toute apparence, ces événements en 1.»%. « M. Piot, Nolict »ur le* monnniet de Jeanne, iuckitM de Brabant. daiif la Hnu* de la numîimatique belge, t. Il, pp. ti3 Ol suiv. T II.
IIISTOKIK
vicr 1408-1409, accorda à Vanderbiessen et à André Thomas, de Malines, l'autorisation de forger à Vilvorde des monnaies d'or et d'argent. Le 28 juin 1417, on se remit à l'œuvre, dans celte ville, dans une maison appartenant a Jean Vandenhorickc, et louée 10 livres 12 sous 6 deniers de gros; on travailla jusqu'au 15 septembre, on recommença le 7 décembre, et enfin la monnayerie fut fermée, le 24 du même mois. JeanMichiels était alors maître de la monnaie; il devait fournir les frais de bouche aux officiers suivants, qui recevaient en outre : Henri Drogenbosch, waradin, 100 iorren par an ; Henri de Bilandc, essayeur, et Henri Van Velpe, graveur (ygersnyder), 2 livres de vieux gros chacun '. Dans une lettre échevinale du 19 mai 1604, il est fait mention d'un héritage ruiné appelé de Munte, la Monnaie, et situé en face d'une pâture alors convertie en blanchisserie et confinant, d'un côté, au ruisseau le Vtiet, et, de l'antre côté, aux remparts; il était borné de deux côtés par la voie publique, d'un troisième côté, par la Woluwe, et, du quatrième côté, par un enclos où avait existé une maison, à l'endroit dit in 't Wermoesbroeck.
Le duc Antoine de Bourgogne, petit-neveu de Jeanne, s'étanl brouillé avec les Bruxellois, fil fortifier Vilvorde et son château, dont il confia la défense aux frères De Ranst •'. En 1412, ce même prince en étant venu une seconde fois à une rupture ouverte avec ses principales communes, les États du duché se réunirent à Vilvorde et parvinrent â rétablir l'union dans le pays ».
Sous le règne de Jean IV, la ville de Vilvorde fut le théâtre de plusieurs événements importants : Jean IV y conclut, le 16 juillet 1419, un traité par lequel il se réconcilia avec la ville de Bruxelles, et lui accorda de nouveaux privilèges; le 20 septembre 1420, les nobles du Brabanl el les députés des villes s'y réunirent en une assemblée où devait se rendre aussi le duc; mais, prévoyant qu'on s'y plaindrait de son administration, il prit le parti d'aller armer la noblesse rhénane contre ses sujets; ceux-ci, avertis de sa fuite, confièrent le pouvoir à son frère Philippe, comte de Saint-Pol (1* octobre) *. Nous ne savons si la révolution communale de Bruxelles, de 1421 , eut quelque retentissement à Vilvorde. En celte année, le maire, Walter Craenbout, s'étant refusé à mettre en liberté un bourgeois de Bruxelles, malgré les réclamations des échevins de celle cilé, fut condamné à se rendre en pèlerinage à Milan, ou à payer une amende de 10 sous de vieux gros.
• Compte de Mwhielt, aux Archives du Rojaume.
1 D'après un document manuscrit que j'ai trouvé aux A rchirrs du Royaume, ce différend commença le il juin HOC. — Voyez les IfraLuntsche Yeitten, t. Il, c 108, et YHittoirt de Rruxellet, l 1«, p. 183.
* Hittoirt de Rruxellet, I. c. p. 188 » />/«</#>«. p 197 et 291.
Le 18 juin 1424, Jean IV donna plus d'extension aux immunités de Vilvorde. Il lui permit de faire construire une prison ■ bonne, solide et sure, » où cependant nul ne pouvait être incarcéré s'il n'avait été, d'abord, emprisonné pendant quatre jours dans la vroente du duc ; on y enfermait les débiteurs qui ne pouvaient donner caution à leurs créanciers. Pour l'entretien de celte prison, la ville fut autorisée à préleverlous les jours un tiers d'un vieux gros tournois sur les revenus du domaine. D'après la même charte, le maire, les échevins, les sergents {vorsteren) de la ville, les doyens, les huit, les jurés et les valets de la gilde, les receveurs, le coertneester, devaient habiter à l'intérieur des remparts, et les échevins que le duc nommait tous les ans devaient jurer de ne conférer aucun emploi qu'à des Vilvordiens. Le tiers des amendes fut confirmé a la ville, sauf toutefois les banduynen, les amendes pour crimes emportant la peine do mort ou la mutilation, et les amendes du droit forestier.
C'est à Vilvorde que se tint l'assemblée des États dans laquelle Philippe de Saint-Pol, en succédant à son frère, jura sa Joyeuse Entrée, le 23 mai 1427. Les 20 et 21 juin de l'année suivante, ce prince, accompagné de messire Jacques de Bourbon et du sire de Coucy, logea encore dans cette ville, « où les banerès (les bannerets ou nobles) et des conc seillers de Brabant étaient mandés pour y être et n'y furent point; » le 22, quelques conseillers dînèrent avec le prince. Une grave contestation s'étaitalorsélevée entre les villes de Bruxelles et de Lierre, au sujet de privilèges accordés à celle-ci, au préjudice des droits de la première, qui resserra alors ses ancieunes alliances avec Anvers et Louvain, et obtint bientôt la confirmation de ses prérogatives Le passage cité plus haut témoigne de l'adhésion de la noblesse et de la magistrature à la cause de la plus importante commune du duché. Philippe, dont le court règne parait avoir été très-orageux et rempli d'incidents désagréables pour lui, logea encore à Vilvorde, et, celte fois, avec sa cour, à l'auberge le Faucon, en septembre, le 1er, du 3 au 45 et du 25 au 29 ; sa dépense journalière s'élevait, non compris les provisions de bouche fournies par le domaine, à environ 30 livres par jour; le 4, elle monta à 48 livres; le 21 juin, elle avait dépassé 69 livres *.
On peut juger combien était grande autrefois la prospérité de Vilvorde, par ce fait qu'elle payait, dans les aides, une cote égale à celle de Lierre, soit 4 ,000 vieux écus; mais, dès les premières années du quinzième siècle, celle charge excédait ses ressources. En 1416, elle avait un arriéré
' Uittoindt Bruxelle», I. r , 229 » Archivé» de /.» chambre Je* rompit*.
HISTOIM
considérable, dont la plus grande partie provenait de sommes dues pour sa part dans les aides consenties à Antoine de Bourgogne; le 7 avril 141 5-1 41 G, elle fut autorisée à créer des rentes viagères, mais seulement jusqu'à concurrence de 8 livres de vieux gros *. En 1 427, lorsqu'une grande aide fut levée, Vilvorde, suivant l'ancienne proportion des cotes, aurait dû payer 1,3S0 couronnes; mais, usant d'une faculté qu'avaient revendiquée la ville deLouvain et d'autres localités moins considérables, quise prétendaient lésées par la répartition alors adoptée, elledéclara vouloir payer le zweergelt (de ztueren, jurer, l'argent du serment, sans doute parce que l'impôt se basait sur les déclarations des contribuables) ou centième denier de l'avoir des habitants; la taxe, levée de cette manière, produisit 540 couronnes, ce qui permet d'apprécier approximativement le total de la fortune des Vilvordiens d'alors Un autre fléau pesait sur les finances de la commune, dont les ressources diminuèrent considérablement par suite d'une épidémie qui ravagea Vilvorde. Le service de la dette, qui se composait de rentes viagères, exigeait des sommes énormes ; la ville se vit dans l'impossibilité de payer les créanciers, et bientôt les habitants, menacés d'être arrêtés comme solidaires des emprunts faits par leur communauté, n'osèrent plus sortir des murs, ce qui causa à leur industrie et à leur commerce un tort extrême. Enfin, après de nombreuses assemblées, et grâce à l'appui et au conseil du duc et des magistrats de Louvain et de Bruxelles, un accord fut conclu ; les pensions viagères lurent abolies, et remplacées par des rentes perpétuelles d'un intérêt moindre, de sorte que, au lieu d'une rente de 24 sous de gros, par an, à laquelle un créancier avait droit pendant sa vie, il en recevait une de 10 sous par an, payable non-seulement à lui, mais à ses héritiers (litre de rente en date du 1er janvier 1 427).
Ces réformes n'eurent qu'un faible résultat : en 1436, en considération de la grande mortalité qui régnait alors à Vrilvorde, la cote de celte ville, dans les deux aides accordées, l'une à Philippe le Bon, l'autre à la duchesse, fut réduite de 311) 1;2 philippus à 250; en 1458, la plupart des habitants moururent de la peste, cl la pauvreté des survivants devint telle, qu'elle les plaça dans l'impossibilité absolue de payer les impôts; l'année suivante, on leur accorda une nouvelle remise de 40 philippus ; enfin, une enquête ayant constaté l'état déplorable de la ville, des lettres patentes du 12 août 1440 fixèrent sa cote, qui montait alors à 386 philippus par an, à 216 philippus seulement. La paix profonde dont le pays jouissait ne remédia pas à ce triste étal de choses. En 1468, la
> Litre* noin, n" 2. F 103 v,
1 Remarquons que, dans le- centième denier demande du temps du dur d'Alhe. la cote de Vilvorde ne s'elcva qu'a 5i3 livres 13 sous tf dénier*
décadence de Vilvorde est exposée avec détail, dans le préambule de I edit de Charles le Téméraire, qui organisa un nouveau mode de service de navigation sur la Senne. « Cette ville, y est-il dit, comptait jadis parmi « ses habitants de grands marchands qui travaillaient et vendaient la € laine, les pierres, etc., et procuraient ainsi du travail aux gens de « métier et aux pauvres ; actuellement tombée et appauvrie, par suite < de la diminution du produit des accises, la commune ne peut suppor « ter ses charges, ni payer ce qu'elle doit en rentes héréditaires et via- « gères. Depuis quelques années une grande mortalité a, d'un côté, « anéanti les ressources de la ville, de l'autre, augmenté ses dépenses, « en sorte que ses habitants sont emprisonnés au dehors pour les dettes « communales, ce qui les détermine à émigrer. > Le remède qui fut adopté et dont nous reparlerons plus loin *,cn exposant l'histoire du métier des bateliers de Vilvorde, ne produisit que de médiocres résultats. En 4475, Vilvorde ne paya rien , dans les aides de Brahanl, à cause de l'extrême pauvreté de sa population et, en 1480, on diminua encore su cote, « à cause de sa pauvreté et de sa détresse. >
Son histoire, à cette époque, n'est pas riche en épisodes; en 1431, quelques Malinois y ayant fortement troublé l'ordre public (hen zeer zassetn maede)y le maire les fil arrêter ; un de leurs compatriotes, nommé Jean Geerls, étant accouru à leur secours et ayant essayé de les délivrer, le maire lit fermer les portes de la ville et appela les habitants aux armes. Geerts se soumit et promit de comparaître en jusliceà la première sommation. Une vérité ou enquête ayant été ouverte à Bruxelles par les magistrats de celte ville, les échevins de Vilvorde reçurent ordre de prononcer contre le coupable la peine pécuniaire la plus forte , soit 60 réaux. Après la mort du duc Charles le Téméraire, Vilvorde devint le théâtre de scènes de désordres qui furent en grande partie provoquées par le procès alors existant entre deux corporations, les Béguines et les Carmélites; ces dernières, à qui Charles avait donné le Béguinage dit aV Ten-Troost, avaient rencontré, paraît-il, peu de sympathie dans la population, mais elles étaient soutenues par l'autorité souveraine.
Continuation de l'histoire de Vilvorde. — Ainsi que nous venousde l'exposer, la situation de la ville étail déplorable sous tous les rapports,
• Voyez plus loin % IV
lorsqu'un événement funeste vint lui porter un coup dont elle ne se releva jamais. Nous voulons parler de son saccagement en 1489. Les dissensions civiles, sans cesse renaissantes, qui désolèrent à cette époque notre pays, obligèrent à plusieurs reprises Maxiinilien d'Autriche à faire occuper Vilvorde par ses troupes. Pendant sa première guerre contre les Flamands, il y envoya une garnison; le 28 avril 1485, on paya 86 livres 12 sous 6 deniers de gros à Éverard de Haze, archerde l'archiduc, à qui la garde de Vilvorde avait été confiée. En 1488, des troupes y logèrenlchez les habitants et contractèrent de fortes dettes, dont le receveur général des finances, Louis Quarré, leur promit le payement, par lettres datées du 5 septembre 1488;ce ne fut cependant que le 14 février 1496-1497 qu'ils reçurent un premier remboursement, s'élevant à 278 livres ; il leur était encore dû alors 92 livres. Lorsque le Brabant presque entier se souleva contre Maximilien, Vilvorde, probablement par nécessité plutôt que de plein gré, resta fidèle à ce prince. Il la récompensa deson dévouement, en accordant à la commune remise de tout ce qu'elle devait, pour payement de renies, aux ennemis du roi et de son fils, et pour avances à la ville de Bruxelles ; on exempta en même temps l'hôpital, pour un terme de deux années, de toutes corvées envers le souverain (octrois des 29 octobre, 4 et 18 novembre 1488). A la nouvelle de l'entrée de Philippe de Clèves daii3 Bruxelles, Corneille de Berghes se rendit avec 100 hommes d'armes à Vilvorde, que les troupes allemandes avaient occupée la veille, et où elles pillèrent plusieurs maisons cl enlevèrent des chevaux. Le roi lui-même les suivit bientôt, avec une armée où l'on comptait 12,000 cavaliers, suivant une relation sans doute exagérée. Au mois de janvier de l'année suivante, une assemblée des Étals Généraux se tint à Vilvorde, en présence du duc Albert de Saxe, lieulenanl général du roi , afin de réconcilier les deux parties belligérantes, mais cette tentative n'eut aucun succès
La ville de Vilvorde dut bientôt regretter, plus que toute autre ville belge, la reprise des hostilités. Le jour de la prise d'Ysschepar les troupes de Maximilien, les Bruxellois apprirent que celles-ci venaient d'être renforcées par la garnison de Vilvorde, et que les milices malinoises, venues pour remplacer cette dernière, faisaient « grande chère ensemble t de boire et de manger, laissaut les gens de la ville en nonchalloir; » ils résolurent de profiter de leur négligence. Une forte troupe, dans laquelle on remarquait quelques capitaines français, arriva devaut
1 M. G»»:u»i>d, Des A ne ml, i «s nationales de la Behjiifue, dons la Revue de Bruxelles, uoxembre - Le mC'tuc, Lettre à MM. les questeur» de la Chambre de» représentants, ett p 37.
Vilvorde, enlre trois et quatre heures du matin. Elle n'éprouva aucune résistance, et les Malinois, € qui reposoient leur sang doucement, furent « resveillez durement; » ceux qui échappèrent au massacre se réfugièrent dans le château. Les vainqueurs livrèrent Vilvorde au pillage et h l'incendie, et, quelques jours après, ils la quittèrent, traînant avec eux un grand nombre de prisonniers et un immense butin, « chargiet sups « Peau, sus chariots et suschevaulx » Des témoignages irrécusables attestent l'étendue de ce désastre, qui porta à Vilvorde un coup terrible. Ainsi que nous l'apprend une charte du roi Maximilien, l'hôtel de ville, la boucherie, la halle aux draps, toutes les maisons qui entouraient le marché, enlin les trois quarts de la ville, furent brûlés, après avoir été complètement saccagés; la plupart des habitants furent ruinés, et il fallut momentanément exempter la ville, les maîtres d'église, les maîtres des pauvres, les maîtres de l'hôpital, les tireurs à l'arc, etc., de payer les cens dus au domaine, qui perdit ainsi un revenu annuel de oOO florins environ.
Lorsque le Brabant rentra dans la soumission, Maximilien s'empressa d'accorder i Vil vordedes privilèges de nature à rehausser son importance. Dans une charte, il reconnaît que celte ville avait souvent été la résidence des ducs de Brabant, elquc, plus d'une fois, ceux-ci en étaient partis pour aller punir leurs sujets mutinés et désobéissants. L'institution d'un métier des bateliers et la reprise, par le domaine, du bâtiment servant de poids public, de boucherie et de halle, n'avaient pas grande importance; mais une autre stipulation , d'une toute autre portée, soustrayait Vilvorde à la juridiction de la ville de Bruxelles, attribuait à ses échevins la haute justice dans toute son étendue, et déclarait que dorénavant les sept bancs situés dans la mairie de Vilvorde (Erps, Tervueren, Duysbourg, Leefdael,Overyssche,Saventhem elHuldenberg),ne pourraient plus aller chercher leur sens (hode) que chez ses.échevins; ceux-ci, à leur tour, devaient prendre pour supérieurs, non plus les échevins de Bruxelles, mais le conseil de Brabant (charte datée de Bruxelles, le 20 juillet 1489, et confirmée par Philippe le Beau, le 9 octobre H9i).
La commune voulut aussi devenir, pendant huit ans, le siège de la chancellerie et de la chambre des comptes; mais, bien que Maximilien luieùt promis cette faveurpour un terme de cinq années, il ne lui tint pas parole. Vilvordeavait aussisollicitéuneexemption d'impôts pendant douze ans, et l'autorisation de lever 5 sous par last sur chaque bateau naviguant sur la Senne et venant de l'amont; la perception de celle dernière laxe,
' Mounet, Chronique/. — Tninm tn -- Dt Wail. - PoRTCI HmiDIII, I. III, C. H. — Hiftoirt de bruxetUt, I. c. p. 310.
va* uiSTOinc
réduite ù 2 sous, fui autorisée sur les bateaux appartenant aux habitants de Louvain, de Bruxelles, de Nivelles et des autres localités qui s'étaient révoltées contre le roi; quant à l'exemption, elle ne lui fut accordée que pour trois ans. Unesecondecharte, également du 20 juillet 1489, danslaquelle « es dernières concessions étaient contenues, n'ayant pas été convenablement vérifiée et expédiée, sans doute à cause delaclause relative au séjour ctà la translation de la résidence de la cbancellerie et de la chambre des comptes, le receveur des aides lit quelque difficulté pour laisser jouir la ville de l'exemption triennale dont il y était question ; celle-ci fut confirmée par un mandement du roi, daté du 21 novembre 1491. Le 7 mars 1403-1494, on donna aux habitants quittance de 2,500 1/2 andriengutticii, qu'ils devaient poursix termes de leur cote dans l'aide de 2 andriesgulden par foyer, consentie en 1491 ; et, le 2 juiu suivant, ils obtinrent la remise de la moitié de leur part dans les aides ordinaires, pour une nouvelle période de quatre années; cette moitié s'élevait annuellement à i!) livres.
Le 51 août 1492, Maximilieu accorda encore d'autres faveurs àVilvorde, dans le but surtout d'améliorer l'étal et l'administration des finances de [a commune. Cette charte, qui fut confirmée par l'archiduc Philippe, en 1494, contient plusieurs dispositions curieuses. Dorénavant, les accises de la bière, du vin, de la viande et du pain ne seraient plus affermées, mais seulement celle du rouwenblouck (de l'enclos aux étoffes brutes), du verwenblouck (de l'enclos pour la teinture), et autres semblables. Les magistrats avaient autrefois perçu, à leur profit, une partie ou même le tolal du produit des accises, au grand préjudice de leur ville; aussi leur défendit-on de se mêler, eux ou leur clerc ou secrétaire, de la recette et de l'emploi des revenus de la ville, qui, ainsi que le payement des rentes et autres charges communales, furent exclusivement attribués aux deux receveurs, aidés par leur clerc particulier. Ces deux receveurs reçurentordrede garder lesdeniers de la v ille dans un coffre, dont chacun d'eux auraituneclef,etdcrendrecomptede leur gestion, tous les mois, à des commissaires nommés à cet effet, par le souverain, à la SaintrJean-Baptiste. Depuis 10, 12 et mémelG ans, des particuliers avaient pris à ferme divers impôts et n'en avaient jamais rendu compte et même n'en avaient jamais rien payé; pour faire rentrer ces arriérés, Maximilien ordonna que tous ceux qui, depuis 14 ans, avaient eu la perception de deniers appartenant à la commune, ou, s'ilsélaient morts, leurs héritiers, eussent à rendre compte, à payer ce qu'ils pourraient devoir, et à fournir caution pour les sommes dont il leur serait impossible d'opérer le versement immédiat. Pour diminuer les charges de la population, on déclara que les traitements et les indemnités pour habits des magistrats et officiers de la
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ville seraient rédoits, et, afin d'aviser à ee que le souverain reçût sa part dans les amendes judiciaires, ordre fut donné au maire de joindre h ses comptes annuels la copie de toute nouvelle ordonnance qui serait publiée à Vitvorde. Dans le but d'assurer une plus prompte expédition des procès, on astreignit les ce devins et leur clerc à siéger dorénavant tous les lundis et mercredis, savoir : à partir de 8 heures, du mars au dernier août, et le restant de l'année, à partir de 9 heures; ceux qui se trouveraient en retard de plus d'une heure payeraient un sou à leurs collègues, qui le consommeraient en commun. « El comme, dit la charte, il y a dans « notre ville peu d'hommes instruits ou de clercs, mais presque tous « laïques, particulièrement ceux qui sont appelés aux fonctions de la € magistrature, nous voulons que dorénavant les lettres échevinales « soient rédigées, non plus en latin, mais en bon plat allemand, afin « que nos magistrats les comprennent ' . » Le terme pour la levée du lastgelt fut prolongé de trois années, avpc stipulation expresse que le produit en serait distribué à ceux qui feraient bâtir et couvrir en tuiles des maisons à Vilvorde. Cet acte important fut publié, puis une copie en fut exposée, sur une planche, aux regards du public, dans l'intérieur de l'bôlel de ville.
Le 2 février 1492-1493, la population de Louvain courut aux armes, à la nouvelle que les soldats allemands licenciés par Albert de Saxe, et qui s'étaient réunis à Vilvorde, se dirigeaient contre elle, mais ce ne fut qu'une fausse alarme; les Allemands marchèrent vers Acrschot ». Les événements de l'année 1489 avaient eu, on le conçoit, une influence funeste sur l'état financier des villes du Brabanl ; elles s'en ressentirent longtemps. Les mesures de rigueur auxquelles les créanciers se portaient contre leurs bourgeois entravant considérablement le commerce , des mesures protectrices furent prises en faveur de celui-ci, qui ne peut vivre sans la sécurité. Ainsi, le 26 août 1496, un octroi accorda un saufconduit, pour le terme de trois années consécutives, à ceux qui assisteraient k Vommeganck ou féle communale de Vilvorde; on ne pouvait les arrêter pour dettes, ni les six jours précédents, ni les six suivants. Le 10 octobre 1495, le lastgelt fut encore prolongé de dix années, terme que l'on continua encore, pour dix années, à deux reprises : le 22 février 1499- 1500,et le9 mars 1 Kl 4-1 515, et pour six années, le 28novembrel524, le 10 mars 1529-1530, le 10 décembre 1535, le 23 février 1542-1543, le
• Item owmtdtt dat in onmr toiruide lUult luttel geletrden luyden oft clercken ryn ende mettldeel Utcke, bexundere aile die toi onu icelhoudert aldatr gem>men uxtrden. wtllen iry dat men roirtaen aile teepene brieten maken Ml in pM&tl platttn duytschrn, dat die M0M onw irethouderen tertlaen zullen moghen ende nyet meer in latynen.
• Dirons. Annale» oppidi Loeanienti», I. VIII. p. 66.
! I mars 1549-1850, le -7 septembre 1555, clic 4mars I5G0-4561 ». En 1495, il avail été augmenté d'une taxe sur les propriétés situées dans le ressort de Vilvorde , et contribuant à proportion de leur importance (te schote en te lole) dans les impositions; les fiefs étaient exemptés de cette taxe, qui ne fut plus comprise dans l'octroi de 1499.
Sa situation entre Bruxelles, Louvain et Malines ne permettait guère a Vilvorde d'autre industrie que la vente aux voyageurs allant d'une de ces \illes à l'autre; la fabrication de la draperie y était anéantie; ses autres sources de richesses, à l'exception du commerce des pierres, se réduisaient à peu de chose ; sa dette communale allait toujours croissant, lorsque, à la Saint-Jean de l'année 1511, un incendie, dont on ne put découvrir la cause, y détruisit trente-trois maisons, soit environ le quart de la ville. Sommés de payer leur part dans les impôts, les habitants alléguèrent leur extrême pauvreté, en déclarant que, si l'on ne venait pas à leur secours, ils devraient abandonner leur patrie. La chambre des comptes leur accorda la remise des deux tiers de leur cote dans l'aide, pendant six ans; mais à la condition qu'ils en emploieraient le montant à reconstruire ou à réparer les remparts, les portes, les écluses et les autres défenses de la ville, et qu'ils justifieraient de cet emploi à la chambre (lettres patentes datées d'Anvers, le 20 juillet 1 51 1). Ou les exempta encore de payer : le 27 juillet 1534, la moitié de leur cote, cote qui s'élevait annuellement à G47 livres; le .*> juillet 1537, le quart de leur cote; le I" septembre 1540, la moitié de leur cote dans l'aide de 1 ,200,000 livres accordée celte année; le 4 décembre 4543, la moitié de leur cote dans l aide de 500,000 livres; le 7 mars 1549-4550, pour le terme de six ans, 550 florins carolus par an. On mit pour condition à celte dernière faveur, qu'elle serait annulée , si un nouveau recensement des foyers (herteUinghe) se faisait pendant les six années. D'après les considérants de l'exemption obtenue en 155", Vilvorde était alors peu fournie de gens de métier et de riches bourgeois ; la moitié de la population y vivait des revenus de la table des pauvres; les finances communales avaient k payer par an de 900 à 1,000 florins de rentes ; enfin, la ville déclinait de plus en plus. Comme les habitants étaient fréquemment arrêtés par des créanciers de la commune, habitant au dehors, Charles-Quint autorisa la ville à rembourser les rentes qu'elle leur devait, et à les remplacer par d'autres renies constituées en faveur de bourgeois. En outre, un grand nombre de maisons en ruine ou d'emplacements vagues restant inhabités, parce qu'ils étaient surchargés d'hypothèques, le même empereur les abandonna au premier occupant, à la condition d'y bâtir, et de
1 M (uciunn, Mémoire «ur lanciennt législation dttnetmi*, p. 47.
rembourser, au denier vingt, les charges, autres que les cens fonciers, dont ces maisons ou ces emplacements seraient grevés (17 février 1521).
Vers Tannée 1 550, une nouvelle contestation s'éleva entre les villes de Bruxelles et de Vilvorde, au sujet du canal de Willebroeck, que la première faisait alors construire. Les Vitvordiens ayant compris que celte nouvelle voie de communication anéantirait entièrement la navigation sur la Senne, et les privilèges qui y étaient attachés en leur faveur, ils s'opposèrent énergiquement à la continuation des travaux. Leduc Wenceslas, par un diplôme en date du 1" juin 1 375, leur avait prorais que la rivière ne serait jamais détournée de son ancien lit et qu'on n'y lèverait aucun péage; cette clause, ils l'opposèrent aux Bruxellois, lorsque, au mois de juillet 1555, des commissaires furent nommés pour tâcher d'amener un arrangement amiable entre les parties. Par ses propositions d'arrangement, en date du 27 du même mois, la ville de Bruxelles déclara que son intention n'était pas de détourner le cours de la Senne de manière qu'elle ne fût plus navigable; qu'au contraire, elle disposerait les choses de telle sorte que la rivière continuât d'être navigable comme auparavant. A cet effet, elle offrit de faire construire, à ses frais, une écluse en aval de Vilvorde, a l'endroit nommé Dlydenkeer; de creuser en cet endroit une branche de jonction d'environ 17 verges de longueur, entre la Senne et le canal, que l'on maintiendrait constamment tous deux h la même profondeur, en soutenant l'eau dans le canal au moyen de la première cet use inférieure.
Plus tard, les Bruxellois, qui voulaient à tout prix mettre fin à cette opposition, proposèrent d établir, « 5 l'endroitqu'ils jugeraient préférable, « une écluse à sas à trois branches (een sas mn drye spuyen), permet- « tant de passer de la Senne dans le nouveau canal, et de tenir les eaux < dans ce dernier à une hauteur telle que, lors de l'ouverture de l'écluse, « il entrerait plus d'eau du canal dans la Senne que de la Senne dans le « canal (4 août 1555).» Ces offres, quelque raisonnables qu'elles fussent, ayant encore été repoussèes par les Vilvordiens, la reine Marie, gouvernante générale des Pays-Bas, autorisa les habitants de Bruxelles h continuer le creusement du canal et à faire construire les écluses et retenues d'eau « mentionnées, » à la condition de ne pas « divertir » l'eau de la Senne (10 octobre 1555). Les chroniqueurs du siècle dernier disent que Vilvorde ayant refusé de laisser placer une écluse dans son enceinte, les Bruxellois conduisirent le canal à travers des prairies qu'ils achetèrent à l'hôpital de Vilvorde et à la commanderie de Pitzenbourg. Celle assertion n'est pas exacte, car il n'a pu entrer dans la pensée des magistrats municipaux de la capitale de faire traverser au canal une ville entourée
de murs, où la navigation aurait été facilement entravée. Mais, dans le principe, on voulait que le canal coupât la Serine, au sud de Vilvorde, et qu'il se dirigeât vers Bruxelles au travers des prairies dites aujourd'hui de JMonplaièir'f ce tracé fut abandonné en 155b*. La première écluse du canal fut placée au sud-ouest du château de Vilvorde, où il se forma, sous le nom de la Fontaine ou les Trois- Fontaines, un hameau dont nous aurons occasion de parler.
Lorsque le canal eut été ouvert, les Vîlvordiens, furent vivement frappés des avantages que cette voie de communication présentait, et demandèrent qu'un quai pour le déchargement des marchandises y fût établi, près de la porte de Flandre. De là une nouvelle querelle, qui ne fut assoupie que par une décision du duc d'Albe, en date du 16 octobre 1571. La ville de Bruxelles désigna, entre le pont situé vis-à-vis de la porte de Flandre et le château, un emplacement pour le déchargement du bois et des pierres, où les deux villes percevaient le leggelt, qu'elles se partageaient par moitié, à l'imitation de ce qui se faisait auparavant suites bords de la Senne, au Ham. Les habitantsde Vilvorde furent autorisés à transporter par le canal toute espèce de marchandises, mais à la condition de payer les droits d'écluse, et à charge de ne pas revendre ces marchandises en gros.
Il y eut anciennement à la porte de Flandre un • ouvrage avec portes » (een werck mette vfagelen)-, c'était, sans doute, une retenue pratiquée afin d'arrêter au besoin les eaux de la dérivation (leybeke), qui avait été creusée au-dehors et autour de la ville, vers l'ouest. Bruxelles promit, le 31 août 1558, d'indemniser Vilvorde des torts que pourrait lui causer cet ouvrage, et, le 11 avril 1572, les deux villes résolurent, de commun accord, d'ouvrir, aux frais de la première, < la seconde ouver- • ture du pont situé devant la porte de Flandre, » afin de remédier à l'ensablement qui s'était manifesté dans la Sentie et les Uybeken, depuis quelques années. Tout récemment, on a élargi la dérivation dont nous parlons ici, afin de déverser, hors de Vilvorde, lors des inondations, une plus grande partie des eaux de la Senne.
Pendant ces débats, un incendiese manifesta à Vilvorde, le 1 0 août i 557, au soir, dans l'habitation d'un particulier qui essayait de faire des bombes (vierclot en) ; ce sinistre coûta la vie à trois ou quatre personnes. La môme année, un splendide concours de rhétoriciens vint encore animer la ville, qui bientôt devait s étioler pendaut nos funestes guerres de religion. En 1566, on y préluda à celles-ci par une scène de violence sur laquelle nous n'avons que peu de détails. Le 15 août, pendant que la Flandre et le Brabant étaient en proie aux ravages des calvinistes, nouveaux iconoclastes, 500 d'entre eux, après un prêche à
Sempst, se portèrent sur Vilvorde, où un de leurs ministres venait d'être enfermé. Ayant vainement attaqué le château, ils menacèrent la ville d'incendie et obtinrent ainsi la liberté du captif. Suivant une autre relation, ce ministre, en retournant k Bruxelles après avoir prêché à Sempst devant 1,500 personnes, fut retenu dans une hôtellerie de Vilvorde et délivré le 16 par une quinzaine d'hommes bien armés «. Les jours suivants, les calvinistes sollicitèrent en vain du magistrat de Bruxelles l'autorisation dese réunir aux Trois-Fontaincs ; ils s'étaient jadis rassemblés, mais, a ce qu'il semble, « à la desrobée et en cachette, > dans une prairie voisine de Vilvorde.
Lorsque Don Juan d'Autriche, après avoir été reçu dans nos provinces en qualité de gouverneur général, eut dévoilé ses projets en s'emparant de la citadelle de Namur, les Êlats Généraux firent occuper militairement la ville et le château de Vilvorde. La nouvelle de la perle de la bataille de Gembloux s'était à peine répandue dans le pays, qu'un détachement espagnol parut devant Vilvorde (14 février 1578); mais le seigneur deGlymes, qui y commandait la garnison, composée de six compagnies wallonnes et françaises, était un vaillant capitaine ; parquelques sorties vigoureuses, il força les ennemis a se retirer. La même année, la peste sévit avec fureur à Vilvorde, d'où l'on transporta à Bruxelles un grand nombre de malades. Les fortifications de celte ville furent augmentées *, cl le magistrat essaya d'y faire revivre l'industrie, en engageant quatre drapiers de Du (Tel : Antoine Vandeubrande, Adrien Mominaert, Corneille Crels et Pierre Van Denier, à venir s'y fixer. Il leur promit, à chacun, une gratification de 100 florins du Rhin et, par an, pour payer le loyer de leur habitation, 10 florins; ils devaient être exempts de loger des soldats, exempts de monter la garde, sauf en cas d'absolue nécessité, et exempts de payer l'accise des bières qu'ils consommeraient chez eux. Un pleyte ou un autre bateau serait mis à leur disposition pour le transport de leurs meubles, et, chaque fois qu'ils mettraienten activité un métier, une somme delOO florins leur serait allouée ; par contre, ils s'engageaient à habiter constamment Vilvorde pendant quatre ans, el à enseigner l'art de la draperie à tous ceux qui se présenteraient pour l'apprendre [-2-2 décembre 1578).
Pendant l'année 1570, les métiers de Bruxelles insistèrent à plusieurs reprises sur la uécessilè de continuer les travaux aux fortifications de Vilvorde; ils exigèrent aussi qu'on fit sortir de cette ville les Allemands
I AlMOMI W* urtKS, Commencement* des troubles de religion, dans le Trésor national, année 18VÎ, t. IV, p 55.
* Le ÎV juillet, l'archiduc Matthias autorisa à prendre dans la foret de Soigne, pour ces travail», le bois croisant sur M bonniers
qui y étaient en garnison et qu'on les remplaçât par des paysans des alentours; le château, suivant eux, ne devait être confié qu'aux bourgeois; mais, à mesure que les dissentiments s'accrurent entre les catholiques et les calvinistes, ce dernier parti, qui dominait de plus en plus à Bruxelles, se défia davantage de la majeure partie de la population, restée fidèle à la foi de ses pères. Le gouverneur de Louvain, Philippe de Recourt, baron de Licques, essaya de corrompre la garnison, dont le chef, le capitaine Jean Pilhyn, refusa de répondre à ses lettres et les envoya à Anvers au prince d'Orange (24 juillet) '. Les 29 et 50 août suivants, les trois membres de Bruxelles autorisèrent le gouverneur de cette ville, Olivier Vandentympel, à envoyer au capitaine Michel, alors gouverneur de Vilvorde, quatre pièces de campagne, provenant de l'arsenal de la commune.
En 1580, une partie des magistrats de Vilvorde étaient emprisonnés, lorsque leurs confrères reçurent une convocation pour l'assemblée des Étals Généraux qui devait s'ouvrir à Anvers, le 15 avril; les échevins, receveurs et conseillers restants, de concert avec les doyens des serments et les jurés des métiers, choisirent pour députés les échevins messire Henri de Dougelberghe et Adam Quyshoudt et le conseiller Barlhéiemi VanCoelpulte(l I avril 1580); le secrétaire communal étant aussi prisonnier, ce fut l'échevin Pierre Vanderschueren qui remplit alorsses fonctions. Peu de jours après, le 10, eut lieu le premier prêche calviniste; le ministre qui y porta la parole s'appelait maître David Arundel*. Vers cette époque, se trama une conspiration ayant pour but de livrer la ville aux Espagnols: la garnison, qui se composait d'Ecossais, se souleva, parce que la solde ne leur était pas payée (mars 1581) , mais cette sédition fut sévèrement réprimée. Jean Cuby, Anglais, qui en était sans doute le chef, fut arrêté , puis condamné par le magistral de Bruxelles, le 0 mai 1581, à êlreécartelé, ce qui fut exécuté sur le grand marché ; on exposa, sur les remparts de Bruxelles, deux quartiers du corps de ce malheureux, et, sur ceux de Vilvorde, les deux autres quartiers et la tête5.
L'arrivée du duc d'Anjou, François d'Aleuçon, prince de France, que les États Généraux avaient reconnu en qualité de duc de Brabanl, fut pour la Belgique le signal de nouvelles commotions. «Ayant appris que la loi fou le magistrat) de Vilvorde avait été changée par des commissaires, non nommés par lui, mais à l'intervention de quelques députés de la ville de Bruxelles, ce qui ne se faisait pas, dit-il, sous ses prédécesseurs, > ledtic déclara, dans une lettre du 4 juillet 1582, vouloir la changer de nouveau ;
• Azcveoo, Cronykt ran Mevhelcn. — Bol,
* De PoTTtu.
5 Complu Ht l ammannit 4t UruxtU»
DES ENVIRONS DE DRl'XELLES. 435
néanmoins, • apaisé sur la qualité des personnes désignées pour la composer, » il les confirma dans leurs fonctions. Déjà alors, snns doute, il avait le projet d'empiéter sur les droits de nos provinces. Au mois de novembre, les troupes françaises se joignirent aux bourgeois catholiques de Vilvorde, et chassèrent les calvinistesquise retirèrent à Bruxelles. Après la malheureuse entreprise du duc d'Anjou sur Anvers, tentative dans laquellepéritle seigneur deSaysseval,quece prince avait nommé gouverneur de Vilvorde, ce fut là qu'il passa la Senne, le 23 janvier 1583 ; quelques mois après, lors de sa réconciliation avec les États, il leur livra cette ville, ainsi que celle de Termonde. La place de Saysseval fut alors sollicitée par le chevalier Charles de Trcllo, qui était colonel de la garde bourgeoise et trésorier à Bruxelles
En 1584, Alexandre de Parme, devenu maître de presque toute la Flandre, envoya le comte de Mansfeld pour s'emparer des positions situées le long du canal de Willebrocck. Ce dernier endroit, Grimberglie, le fort de la Fontaine (oudesTrois-Fontaines), furent successivement pris, garnison de Vilvorde se rendit, le 7 seplemhre, avec une précipitation telle, qu'elle fit accuser de trahison son commandant *. Voici quelles condilions elle obtint du général espagnol :
« Poinctz et articles accordez de la part de sa Majesté par le comte de Mansfeldl, chevalier de l'ordrcdu Toison d'or, du conseil d'estat du Roy, et mareschal général de son host, et les superinlendcnt, sergeanl-major, capitennes, leurs lieutenans et aul 1res officiers des compaignies estons en garnison des ville et chasteaul de Villevorden, pour la reddition des dites places à sa Majesté. »
« Premièrement, remectront es mains du dict conte au nom de sa dicte Majesté la dicte ville et chasteaul de Villevorden, ensemble toute l'artillerie, munition de guerre et leshaiges, estans audict chasteaul ou ville, apartenans à sa Majesté et snns y faire fraulde ou malice. »
«Que les superinlendcnt, sergeant-major, capitennes avec leurs lieutenans, enseignes, sergeantz, officiers et commungs soldats estans en garnison en la dicte ville et chasteaul, sortiront incontinent avec leurs armes, la mesche estaincle, sans lonuer tambour, et laisseront leurs drapeaulx es mains du dict conte. »
« Leur est permis d'emmener tout le bagaige leur apartenant et, pour celluy des chiefs, leur sera près lé aulcungs chariots, et leur sera donné convoy pour asseurance de leur chemin, jusquesen lieu de leur parly.»
< Le munitionnaire avec sa femme estant en la dicte ville et son mes-
1 Voir, pour les événements qui précèdent, I Hittoirt dt flruj.elltt, pastim. * Vas MkttRES.
IIISTOIIIF.
naige sortira avec les dicts gens de guerre, avec son bagaige el hardes luy aparlenans, et les canonniers aussi. >
t Que dès à présent et à leur sortie, ils ne feront aulcung tort à la bourgeoisie et habitans de la dicte ville et chasteaul, ny à leurs biens. »
« Laisseront tous prisonniers indifféremment, de quelque qualité ils soient. »
< Quant aux bourgeois, se rendront à la miséricorde de sa Majesté, la vye saulve, toulteffois avec obliance de tout le passé, pourveu que doiresenavant, ils vivront catholiquement el se maintrendront comme bons subjccls de sa Majesté doibvent, et le tout s'acomplira de part et d'aultre, sans aulcune fraulde. »
< Faicl au camp royal, le VI de septembre 1584. »
Le 8, les habitants ayant prêté serment de fidélité au roi, le comte de Mansfeld « les reçut en grâce de sa Majesté, en vertu de sa charge et sous « le bon plaisir de Son Altesse » et leur en donna acte, « pour s'en aider « au besoin. » Le prince de Parme approuva, de la manière suivante, ce qu'avait fait son lieutenant :
c Son Alleze se contente que le comte de Mansfelt ayt usé de doulceur « et clémence envers les remonslrans,et cnsuytte de ce, les recoipl en sa « protection cl saulvegarde de sa Majesté, approuvant, aggréant el rali- ■ liant tout ce que le dict comte de Mansfelt leur a concédé, dont leur sera « dépesché acte en forme deue. Faicl à Beveren, le 13 de septem- • bre 1584 '. >
Le retour des royalistes fut signalé par de nouvelles confiscations. Dans le nombre, le receveur du domaine au quartier de Vueren, Vilvorde, etc., saisit quelques biens que maître Jean Bourgeois, échevin de la ville, avait possédés indûment, t pendant ces guerres et troubles; » un décret du 16 janvier 1009 donna ordre de pratiquer cette saisie, par suite de l'absence des héritiers d Elisabeth Van Coninxloo. Bourgeois attaqua successivement le domaine devant plusieurs juridictions : devant la chambre de Ion lieu de Vilvorde, qui le déclara non recevable dans sa demande; devant celle de Bruxelles, où il succomba aussi ; devant le conseil de Brabant, où il eut d'abord le dessous, mais où on lui accorda ensuite un délai pour fournir certaines pièces *.
Le 15 décembre ll>87, une troupe de volontaires pillards (vrybuyters) de Bcrg-op-Zoom prirent Vilvorde par escalade, pillèrent et brûlèrent quelques maisons, et emmenèrent avec eux plusieurs prisonniers s. Le maire, Philippe de Dongelberghe, avait assemblé les bourgeois et, à leur
1 Archive» de l Audttn<e. carton n» 137V. aux Archives du Royaume. « Compte» de» Confiscation», aux Archives du Royaume. sBor, lU'cfetf, I. XXIU, fol. 100.
tête, il attaqua les ennemis près de l'auberge le Faucon, mais il fut repoussé, et plusieurs de ses hommes tués ou pris ; lu i-méme fut fait prisonnier, mais parvint ensuite h s'échapper En 1604, les soldats d'Albert et d'Isabelle, furieux de ce qu'on ne leur payait pas leur solde, brûlèrent les faubourgs de Yilvorde et commirent les mêmes excès dans les villages qui ne leur payèrent pas les contributions qu'ils avaient exigées. En 1622, l'approche d'un parti ennemi fit craindre un instant pour Vilvorde, qui dut alors son salut au seigneur de Perck, Frédéric <le Marselaer . Cinq compagnies d'infanterie écossaise du terce du comte d'Argyle allèrent occuper celte ville; puis, sur l'ordre de l'infante Isabelle, partirent, le 10 décembre, pour les bords de la Dyle, où elles se retranchèrent à Haeght et à Thildonck (déclaration du magistrat de Vilvorde, du 18 janvier 1623). On reconstruisit, à cette époque, les ponts des portes de Flandre, deMalineset de Louvain,et une palissade fut élevée en avant de celle de Bruxelles; le charpentier Hansde Rhodo exécuta ces travaux pour 1,250 florins, conformément à un accord conclu, le 24 mai 1622, avec le trésorier général des Etats de Brabant, Vandencruyce, et le contrôleur de l'artillerie, François Van Zinnicq. En l'année 1635, Vilvorde fut de nouveau menacée.
Cependant, cette ville réparait ses pertes; des lettres d'atermination pour huit années lui avaient été accordées, le 2 décembre 1585, et lui avaient permis de rétablir ses finances. La navigation sur la Senne était réduite a rien ; mais le conseil des finances exempta ses habitants du tonlieu deRumpst, « par provision et jusqu'à disposition ultérieure, sur le * même pied que les autres villes (22 juin 1614). » Dans l'intérêt de l'embellissement de la cité, le magistrat ordonna de rebâtir les maisons encore en ruine et de réparer les entrées de cave restées ouvertes ; ces travaux devaient être faits dans les trois semaines, à moins que les propriétaires ne préférassent vendre (22 juin 1634); le 23 mai 1635, ce délai fut porté à six semaines. Dans les années qui suivirent, Vilvorde vit plusieurs nouvelles congrégations religieuses s'établir dans ses murs.
La guerre, si déloyalement déclarée à l'Espagne par Louis XIV, en 1667, ayant enlevé aux Pays-Bas la ligne de forteresses qui les défendait du côté de la France, on sentit la nécessité d'augmenter les fortifications des villes situées au cœur du pays. On travailla à celles de Vilvorde en 1 670 et années suivantes, et le comte de Monterey les visita au mois de mars 1673; en 1694, elles furent encore rendues plus redoutables. L'année suivante, le 31 mai, l'électeur de Bavière, gouverneur général, tint un conseil de guerre « à la Fontaine, près de Vilvorde »
1 CMf IMRM, Hitloire de iïattrt Damt d$ Contolalion. T. II.
(c'est-à-dire, à T rois-Fontaines), avec le duc de Holstein-Plauën et les généraux hollandais, el y passa la revue de ses régiments de cuirassiers el de dragons, qui arrivaient de ses états par la Gueldre *.
Une requête des magistrats de Vilvorde, tendante â obtenir la remise d'une somme de 1,386 florins que le receveur général des domaines au quartier d'Anvers exigeait pour le nobel-gelt, nous donne une idée de la détresse qui régnait alors dans la ville. Son commerce, y est-il dit, a été anéanti par la construction du canal de Willebroeck, et les habitants sont ruinés par les charges accablantes du logement de la garnison et du payement des impôts. L'exemption de tonlieu à Anvers, pour laquelle on payait le nobel-gelt, était sans importance pour Vilvorde, puisque la ville n'avait ni navigation, ni matelots. Des 800 maisons qu'elle comptait jadis, il n'en restait plus qu'environ 80 « chétiffes, » la plupart habitées par des pauvres et misérables, « desquels il ne faut qu'en avoir cognois- « sance pour en avoir pitié. » La remise Tut accordée, le 7 décembre 1702, comme elle l'avait été déjà trente années auparavant, et avec d'autant plus déraison que les marchands de Vilvorde ne jouissaient plus delà franchise de tonlieu. Quelque temps auparavant, une occasion s'était présentée de vivifier de nouveau Vilvorde. Des juifs de Hollande sollicitèrent à deux reprises, d'abord du temps de l'archiduc Léopold, puis en 1672, la permission de se fixer dans celle ville et de pouvoir librement y exercer leur commerce et y pratiquer leur religion ; ils offraient de payer, pour cette faveur, une taxe énorme, par an, cl un don de cinq millions environ. L'archevêque dcMalines, levéque d'Anvers, les principauxseigneursetles membres des conseils s'opposèrent énergiquement à cette proposition, qui fui en effet rejetée *.
Pendant la guerre entre les couronnes de France cl d'Espagne, d'une part, et les puissances alliées, d'autre part, le 15 juillet 1705, entre 9 et 10 heures du matin, 35 hussards ennemis pénétrèrent inopinément dans Vilvorde par la porte de Louvain; ils traversèrent la ville au grand galop, le sabre dans la bouche, le pistolet au poing, et arrivèrent jusqu'aux auberges le Cerf el £ Empereur', là ils arrêtèrent les coches ou messageries de Matines , ils blessèrent un apothicaire qui voulul opposer quelque résistance, puis ils retournèrent sur leurs pas, avec les messageries. Mais déjà on sonnait le tocsin et on battail le tambour; les bourgeois réunis, en armes, attaquèrent ces audacieux avec tant de vigueur que leur chef fut pris,et que les autres hussards durent, pour se sauver, escalader les remparts, près de la porte de Louvain, puis traverser les fossés
* Relation» véritable», pattim.
» Opéra dipl., t. IV, p. 699 — Foppess. Chronique de Rruxellet. - Brwteluhe antiquiteylen, tas. — V»s Gestel annoté par Gotkhs.
à la nage. Six d'entre eux, qui s'étaient sauvés dans uue direction tout opposée, tombèrent entre les mains des paysans de Grimberghe. Bedinar, pour récompenser ceux-ci , leur donna les équipages et les armes des hussards. Le 1 6 juillet, il ordonna aux habitants de Vilvorde de monter la garde, charge qui fut, le 26, déclarée obligatoire pour tous, même pour les affranchis.
Lorsque la paix d'Utrecht eut rendu quelque repos au pays, l'administration communale s'occupa activement à remettre de Tordre dans ses tinances, qui étaient alors en très-mauvais état. La ville, par suite des circonstances, était considérablement grevée de rentes et devait beaucoup d'arrérages; elle avait obtenu des lettres d'atermination , à charge de payer seulement la moitié des intérêts de ses rentes; mais, la guerre finie, cette faveur allait être retirée. Comme les créanciers se montraient disposés à transiger, elle fut autorisée à lever 4,000 florins de rentes à 4 pour cent, aOn de liquider son arriéré (31 juillet 4719). Plus tard, au moyen de deux nouveaux emprunts de 15,000 florins (décrets du 10 sep- Iembrel727 et du 20 juin 1736), elle remboursa une partie de sa dette, et elle créa d'autres titres portant un intérêt de 5 ou de 4 pour cent. En 1731, elle leva 5,725 florins, au taux de 4 pour cent, afin de rembourser une somme égale, pour laquelle, les 1" décembre 1050, 1er avril 1655 et 5 décembre 1664, elle avait engagé les remparts, qui produisaient environ 300 florins ; enfin, en 1732, elle réduisit à 7 pour cent l'intérêt qu'elle payait annuellement pour ses rentes viagères.
En 1745, le duc de Cumberland, fils du roi d'Angleterre George II et généralissime des troupes alliées, établit à Vilvorde le quartier général de toute son armée, qui campa derrièrele canal de Willebroeck, du 12 juillet à la fin d'octobre. On augmenta considérablement les fortifications de la ville et du château, qui cependant ne firent pas une grande résistance l'année suivante. Pendant le siège de Bruxelles, le marquis de Contades, à la tête d'un régiment de dragons et de quelques compagnies de grenadiers, s étant présenté devant ses murs, la ville se rendit le 2, et le château, le 6; la garnison, qui se composait de 256 soldats hollandais, fut faite prisonnière. Quelque temps après, on eut de nouveau la preuve que l'accès de Vilvorde n'était pas difficile. Le 7 avril, 700 à 800 hommes de la garnison autrichienne de Malines, commandés par le lieutenant-colonel du régiment de Gysruch, y entrèrent par surprise; les Français, au nombre de 500 hommes environ, curent à peine le temps de se retirer danslechâteau. Les Autrichiens leur tuèrent 5 ou 6 hommes, firent30 grassins prisonniers et s'emparèrent de 2 pièces de 12, avec lesquelles ils reparlirent pour Malines, â 8 heures du matin. Un de leurs chefs, le comte deRcchleren, adjudant du prince de Waldcck, reçut à la jambe
une blessure, dont il mourut huit jours après. Le comte de Lowendahl, averti de cette tentative, envoya, à la poursuite des Autrichiens, un détachement de volontaires, qui échangea avec eux quelques décharges de mousqueterie
Depuis celte époque, Vilvorde a constamment joui d'un calme complet. Kn 1776, la démolition de son château, qui fut remplacé par une maison de détention, éloigna pour jamais les dangers qu'un siège pouvait lui faire courir. Vers ce temps, on s'efforça d'y ranimer l'industrie, H en effet plusieurs grandes manufactures s'y établirent. Sous le règne de Joseph II, qui visita cette ville en 1781, en se rendant de Matines à Louvain *, quelques pécheurs hollandais vinrent se fixer dans ses murs et se tirent recevoir dans la bourgeoisie 5. Bientôt survint l'invasion française, qui dépouilla Vilvorde de sa chambre de tonlieu, de ses couvents, de son rang de cheMieu de mairie. Alors fut créé le canton de Vilvorde, qui ne comprit d'abord que les deux llcembeek, Haeren, Dieghem, Machelen, Peuthy et Melsbrœck ; plus tard, en l'an VIII, une justice de paix y fut instituée, et s'étendit sur les mêmes villages, sauf Dieghem ;sur ceux qui formaient alors le canton deSempst,et surBergh, Bueken et Campenhout, qui dépendaient du canton de Campenhout. Sous l'empire, nous citerons seulement l'établissement, sur l'église paroissiale, d'un télégraphe, correspondant avec ceux de Bruxelles et de Malines (1809); du règne du roi Léopold date la construction de la ligne du chemin de fer de Bruxelles à Anvers, qui a transformé Vilvorde en un faubourg de la première de ces villes, dont, en réalité, elle n'est plus éloignée que d'un quart de lieue, niais qui a presque entièrement anéanti les nombreux services de messageries qui animaient jadis ses rues. Son comice agricole et son école d'arboriculture sont aussi des institutions toutes récentes, et qui ont déjà produit d'excellents résultats.
Organisation commiisale de Vilvorde. — Dans les pages qu'on vient de lire, nous avons essayé de retracer rapidement les annales de la ville de Vilvorde; nous avons vu cette localité, d'abord peu connue, grandir sous la protection des ducs de Brabanl, et grâce aux libertés dont elle
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fui dotée. Prospère au treizième siècle, elle atteignit un haut degré de splendeur, en i 339, lorsque le roi Edouard III d'Angleterre y séjourna. Mais la guerre contre la Flandre, en 1350, lui fut funeste, et la décadence de l'industrie drapière précipita sa ruine. Depuis, elle ne vécut que d'une existence languissante, ne se relevant du sac de l'année 1489 que pour décliner de nouveau, par suite des troubles de religion ; ne recouvrant ensuite quelque prospérité que pour lutter contre de nouvelles difficultés, et ne reprenant enfin de la vie que dans les dernières années du gouvernement autrichien.
Le fonctionnaire qui représentait à Vilvorde le souverain portait le nom de maire; la première mention que j'en ai trouvée remonte à l'année 1239. Par un acte passé sur le marché de cette ville (in foro Vilvordiensi) , en présence de Henri de Levedale ou Leefdael, maire de Vilvorde (villieux Filfordienxis) , par-devant Guillaume de Houthem, Godefroid de Mugla ou de Muchelen, Gai vin de Haren, Arnoul Falc, Godescalc le Long et d'autres échevins, Welter, fils de Jean d'Éversberg, donna cinq bonniers de terre boisée, qu'il tenait en fief du duc, à l'abbaye de la Cambre, à charge d'un cens annuel payable in curia Vilfordiensi, dans la maison communale de Vilvorde. Ceque l'on appela depuis la chefmairie de Vilvorde, se composait de dix-sept paroisses : Vilvorde, Tervueren, Duysbourg, Yssche ou Overyssche, Hoylaert, Saventhem, Huldenberg,qui avaient chacune leur banc d'échevins; Leefdael cl Vossem,qui ne formaient ensemble qu'une seule juridiction; Machelen, Dieghem, Erps, Querbs , Nosseghem , Woluwe-Sainl-Étienne, Woluwe-Saint- Lambert et Wesembeek, qui toutes reconnaissaient l'autorité des échevins d'Erps; partout, sauf à Huldeuberg, le souverain y avait la haute justice et y percevait, sinon la totalité, au moins une partie des amendes. Les archives du royaume possèdent la collection complète des comptes des chefs-maïeurs de Vilvorde.à partir de l'année U03, et, de plus, les comptes en rouleaux : de Walter Van Liere, du 4 juillet 1389 au 2 mars 1591, et du 7 juillet 1593 au 29 janvier suivant; de Florent de Stalle, du 25 mars 1596-1597 à la Saint-André 1397; d' Arnoul Van Woclmont, de la Saint-André 1397 au 50 octobre 1598, et du 11 janvier 1400-1401 au 15 septembre 1401 , et de Gilles, (ils d'Arnoul,du 14 septembre 1401 au 25 janvier 1402-1405. En 141 5, le maire Jean Van Coele fut f»it prisonnier au combat d'Azincourt,oùil avait suivi leduc Antoine, et, plus tard, en 1424, il fut blessé au siège de Brainc-le-Comle, ce qui lui valut une indemnité de cent couronnes d'or (déclaration en date du 7 mars 1429-1450). Un de ses successeurs , Henri de Bourgogne, obtint du magistrat une exemption complète d'accises , pour aussi longtemps qu'il habiterait Vilvorde (10 octobre 1565).
Ut
Il existait à Vilvorde deux offices de sergents ou sergenleries {rorsterien, forestariœ); leur institution doit remonter à une époque très-reculée, car, de temps immémorial , ils étaient transformés en Gefs tenus du duché. L'un d'eux, qui fut relevé, en 1377-1378, par Jean, fils de Waller d'Oedenbrugge, et, en 1387-1588, par son fils Walter d'Oyenbrugge, se composait de cinq bonniers de terres situés & Coninxloo, près de la grange à la dlme de l'abbaye de la Cambre ; l'autre consistait en terres, pâtures et héritages, et appartint longtemps aux Longueville(1 500-1 551), puis aux Camdriesch (1551-1642); à ce second fief était annexée la vrttnte ou maison d'arrêt.
L'organisation municipale offrait une grande analogie avec celle de Bruxelles, qui lui servit sans doute de modèle en tout temps. Dans le principe, le maire et les échevins n'étaient assistés que d'un conseil; plus tard, la représentation de la commune se composa de trois membres. Les sept échevins, qui jugeaient au criminel et au civil, et les deux receveurs, qui administraient les finances et dirigeaient les travaux publics, formaient le premier membre, la toi, le magistrat; au siècle dernier, selon Dérivai, c'était le maire et un délégué du chancelier de Brabantqui nommaient tous les ans les bourgmestre, échevins et receveurs. Il n'y avait pas, en réalité, de bourgmestre; on donnait ce nom au premier échevin. Le second membre se composait d'anciens échevins, et le troisième, que l'on désignait, comme à Bruxelles, sous le nom de Nations, des doyens des métiers. £n vertu d'un accord conclu le 7 juillet 1649, par-devant le conseil de Brabant, trois délégués des Nations devaient assister à la reddition des comptes de la ville et des différentes taxes levées au profit de celle-ci, et, par contre, les comptes des gildes et des métiers se rendaient en présence de deux échevins. Le maire, les échevins et le conseil jouissaient primitivement de quelques émoluments pour habits, dont le taux fut réduit, le 7 février 1472-1473 et en 1492 ; mais, le 31 août 1616, on augmenta le salaire qui leur était alloué pour chaque affaire dont ils avaient à s'occuper.
La maison communale actuelle sert a cet usage depuis plusieurs siècles; le bâtiment principal, dont la façade est séparée du marché par une petite cour, est moderne; les parties postérieures sont plus anciennes, mais n'offrent rien d'intéressant. Le poids de la ville, qui s'y trouve, occupait autrefois un autre emplacement, où étaient aussi la boucherie et la halle aux draps, et appartenait au domaiue, qui l'affermait à la commune moyennant 37 livres 6cscalins de gros de Brabant; ce terrain ayant été ravagé par le feu en 1489, la ville désira s'exempter de l'obligation d'y élever de nouvelles constructions, et le domaine le reprit, et y établit la chambre de lonlicu de Vilvorde, créée à celte époque.
Le principal fonctionnaire de l'administration était le clerc juré ou secrétaire. Lorsque messire Augustin Orts fut nommé à ces fonctions , le 3 février 1768, le lieutenant-maire, le bourgmestre, les échevins et les trois députés des Nations lui allouèrent un traitement de 150 florins; de son côté, il promit de s'acquitter de tous les devoirs de sa charge et, particulièrement, de tenir deux registres servant à la transcription : le premier, des lettres échevinales, des règlements, etc., émanant de la ville; le second, des placards du souverain et des ordonnances politiques de la ville. La collection des registres aux adhéritances de Vilvorde a été déposée au greffe du tribunal de première instance, le 15 frimaire an XII ; elle était alors complète et se composait de soixante-trois registres, allant de l'année 1504 au 16 pluviôse an IV (5 février 1796), sauf les années 1749 à 1752, restées en liasses. Parmi les autres archives, on remarque un Privilégie boeck der stad Vilvoirden, registre in-folio, écrit sur parchemin, daté du seizième siècle et qui a été continué au dix-septième; deux Core Itoeck, sur lesquels nous reviendrons plus loin, et une série de chartes originales; la plus ancienne de celles-ci ne remonte qu'à l'année 1557, et on n'en trouve pas non plus d'antérieure, dans le Privilégie boeck.
Au nombre des fonctionnaires dont le maire et le magistrat de Vilvorde recevaient le serment, se trouvaient, au dix-septième siècle, le lieutenant et les serviteurs du maire, le messier (préfère), les portiers de la ville, le receveur de l'hôpital, les maîtres de la charité, les maîtres de fabrique de l'église, les maîtres du Saint-Esprit, les tuteurs des orphelins, les procureurs, le clerc des receveurs, les jurés du jaugeage des bateaux, les mesureurs jurés des grains, l'annotateur des bières (bierschryver), le conducteur des bières (biervuerdere) , le déchargeur de houille (hoylader), les déchargeurs au canal, le facteur à l'écluse des Trois-Fon laines, les accoucheuses jurées, le valet de la draperie. SuivHut le compte de l'année 1764-1765, les receveurs de la ville recevaient alors, par an, 139 florins ; le maître d'école, 50; l'accoucheuse jurée, 32 ;lejaugeur des mesures, 12; le médecin des pauvres, 30; chacun des quatre serviteurs de la ville, 20 ; et le anduyt ou veilleur, 42.
L'ancien sceau communal, gracieuse gravure devant laquelle pâlissent les ignobles cachets de la plupart de nos administrations, offrait la représentation d'un édifie»- de style roman ; une rangée de fenêtres cintrées, divisées par un meneau bilobé, et une porte également cintrée, en décorent la façade, qui est crénelée, flanquée de deux tourelles et surmontée d'un toit élevé. La légende porte : sigill. opidi et scabinorvm vilfordensivm. Au dix-septième siècle, soit quece beau sceau fût perdu ou abîmé, soit qu'on voulût économiser la cire, on en fit graver un second, de petite dimen-
44t HISTOIRE
sion, beaucoup moins artistement exécuté, et portant ces mots : s. magistrats oppidi vilfordien. 1602. Un diplôme du conseil suprême de noblesse, du I ■< septembre 1819, et un arrêté royal du G mai 1859, ont confirmé à la commune ses anciennes armoiries, qui sont: de gueules à une porte de ville d'or, à porte hersée, percée d'embrasures, couverte d'un toit a lucarnes, accostée de deux tourelles girouellées, et flanquée de deux petites bannières.
La vil le n'a guère, aujourd'hui, d'autres ressources qu'un droit d'abatage, qui a été établi en vertu d'un arrêté royal en date du 22 février 1832. Jadis, elle en trouvait de considérables dans la perception des accises, dont les ducs de Brabant lui abandonnèrent le produit. En 1 769, on y percevait : sur chaque aime ou tonne de bière brune ou blanche brassée pour toute personne n'exerçant pas le métier de cabaretier : 30 sous, si c'était de la bière forte; 12 sous, si c'était de la bière moyenne ; G sous, si c'était de la petite bière; 2 florins et 1 sou, si c'était de la bière venant du dehors ; sur chaque tonne de bière vendue au rabaret :
2 florins 9 sous 2 liards, pour la bière brune et forte; 1 florin 7 sous
2 liards, pour la meilleure bière blanche; 5 florins 2 liards, pour la bière brune ou blanche, venant du dehors; sur chaque brassin de bière,
3 florins 10 sous; sur chaque tonne de vin, 5 florins, ou, quand le vin était bu au cabaret, 4 florins 16 sous; sur le brandevin, par tonne,
4 florins 16 sous; par brassin, 12, 8 ou 7 sous, selon que la chaudière était plus ou moins grande; sur chaque livre de tabac, 2 sous; sur les bestiaux vendus chez les bouchers : 30 sous, pour chaque bœuf; 15 sous, pour chaque jeune bœuf; 1 florin, pour chaque vache; 10 sous, pour chaque génisse; 5 sous, pour chaque veau; 6 sous, pour chaque cochon; 3 sous, pour chaque mouton, et 1 sou, pour chaque agneau; sur chaque four de boulanger, 6 liards; sur chaque dépouille de mouton, 1 liard quand le mouton appartenait à un habitant de Vilvorde, et 3 liards quand il appartenait à un étranger. Les boutiquiers payaient : pour chaque cent de fagots qu'ils vendaient, 5 sous ; pour chaque cent livres de fromage de Hollande, 4 sous; pour chaque cent livres de beurre, 6 sous; pour chaque cent de harengs, 1 sou; pour chaque tonne de morue, 10 sous; pour chaque pierre de chandelles ou de suif, 1 sou ; pour chaque livre de fer brut, 1 sou; pour chaque mesure de sel, 1 sou ; pour chaque tonne de eloret ou bellekens bier, 3 florins, et, 10 sous de plus quand on l'exportait; pour chaque gelte ou pot d'huile, 1 sou; pour chaque tonne de vinaigre, 1 florin 4 sous; pour chaque tonne de goudron, 10 sous. Toutes ces petites taxes, dont la perception devait offrir bien des difficultés, produisirent, en 1769,une recette de 5,129 florins, dans laquelle le produit de l'accise de la bière, à lui seul, figure pour 4,508 florins. Quelques années après, elles rapportèrent G, 926 florins, et la ville reçut en outre 1 ,100 florins de ses cens, de la location deses étangs, des herbages des remparts, des écuries qui servaient, f>n temps de guerre, aux chevaux de la garnison; de la part de la ville dans les droits de réception à la bourgeoisie ou dans un métier, et de l'excédant du produit des impôts perçus au profit des États de Brabant (vingtièmes, impôts sur la viande, sur la farine, etc.).
Parmi les dépenses figuraient : les traitements des fonctionnaires de l'administration, les travaux à ses propriétés, etc., pour 4,695 florins; les intérêts des cens irrédimibles, pour 140 florins; ceux des rentes héréditaires, pour 1,907 florins; ceux des rentes viagères, pour 1,098 florins. On supprima, à cette époque, le repas qui se donnait, à la maison de ville, le jour de la naissance du souverain; on réduisit à 25 florins les frais de celui qui avait lieu lors de la reddition des comptes ; la commune ne donna plus de livres en prix aux élèves des Dominicains; le
gouvernement défendit d'intenter des procès, au nom de la ville, a moins t il *«
«l'une autorisation du conseiller de Brabant qui avait renouvelé la loi. et il dérendit aussi de créer des rentes viagères à un taux supérieur à 7 pour cent, et en faveur de personnes ayant moins de 50 ans. Suivant un rapport rédigé dans une séance où se trouvaient le magistral et les députés des nations, le 50 juillet 1778, In dette communale s'élevait alors : en rentes héréditaires à 3 pour cent, à 50,937 florins; en rentes viagères à 7 ou 7 1/2 pour cent, à 21,107 florins '.
Nous voyons, par un acte du 13 octobre 1 563, qu'à cette époque, le droit sur les grains ou droit de louche se prélevait encore au protit du souverain; il fut alors engagé à la ville pour dix-huit années, et moyennant une redevance annuelle de quatre livres de cire et de quatre muids de grains, dont un tiers de froment, un tiers de 3eigle et un tiers d'avoine. A ce propos, nous devons rappeler un accord conclu entre Vilvorde et Grimberghc, le 1" décembre 1564, et statuant que les habitants de l'une de ces localités étaient exempts d'impôts dans l'autre, pour les terres qu'ils y cultivaient.
Coutimes et ISAGES. — Suivant une déclaration des magistrats de Vilvorde, datée de l'année 1546 *, cette ville n'avait pas de coutumes particulières; elle suivait celles de Bruxelles, sauf que, dans certains cas, le taux des salaires des officiers de justice différait. En l'an 1451 , appel ayant été interjeté devant les échevins de Bruxelles d'une sentence de ceux de Vilvorde, ces derniers prétendirent que cela ne devait pas avoir lieu quand leurs jugements étaient rendus à l'unanimité, et, pour appuyer leurs dires, ils citèrent l'article de leur charte où Henri Ier statue que leurs bourgeois ne doivent être attraits en justice qu'à Vilvorde. Ceux de Bruxelles ayant répondu que le tribunal chef de sens pouvait toujours juger en appel (wie hoot hadde, dat hy beroep hadde), les échevins de Vilvorde adressèrent des réclamations au conseil du duc; mais celui-ci, après avoir entendu la partie adverse, les déclara non fondées, et, eu conséquence, les sept échevins se rendirent, le 8 mai, à Bruxelles, où une sentence en appel fut rendue, le 15 5. De temps immémorial, les échevins de Vilvorde, à leur tour, formaient une cour d'appel pour ceux de Capelle-au-Bois cl les cours censales établies à Vilvorde. Leur ressort fui considérablement étendu par une charte du roi Maximilien, qui, d'un côté, leur donua pour juges supérieurs, au lieu des magistrats de Bruxelles, le conseil de Brabant, et, de l'autre, leur attribua le droit de
1 Archiva de la joint* des administration* et tvbêidsi, aux Archives du Royaume.
1 Voyei les Coutumes de limitant, t. 1", p. 30l. - Quelques articles tenant lieu de coutumes Turent envoyés au conseil de Brabant en 1o7l) ou 1571, et, de nouveau, les 29 mars et 1" avril 1607.
* lht Roodt slatuet boeck, aux Archives communales de Bruxelles, f* 1W.
reviser les jugements prononcés par les sept anciens échevi nages de la chef-mairie deVilvorde,échevinages qui, auparavant, allaient en appel à Louvain. Les deux villes lésées par celte décision ne l'acceptèrent qu'à contre-cœur. Avec Louvain, les contestations renaquirent à plusieurs reprises. Un nommé Jean Stillemans s'étanl adressé aux magistrats de cette cité pour obtenir la révision d'une seulence rendue par les échevins d'Overyssche, le 15 septembre 171 8, les magistrats de Vilvorde demandèrent au conseil de Brabaut de faire respecter leurs prérogatives (10 octobre 1718).
Il y avait à Vilvorde un droit particulier aux habitants, droit résultautdes ordonnances municipales qui furent successivement publiées dans celle ville. Les plus anciennes se trouvant éparses dans le Coreboeck primitif de la ville, el renfermant des dispositions ambiguës ou peu précises, elles furent recopiées dans un meilleur ordre par le clerc juré ou secrétaire de la commune, puis lues et solennellement approuvées parle maire, les échevins, le conseil et les autres bourgeois, dans l'assemblée annuelle (jaergedinge) de l'an 1500. On les confirma et on les augmenta, de la même manière, le 12 décembre 1495
En voici les dispositions concernant l'état des personnes et la punition des crimes et des délits :
Un bourgeois perd son droit de bourgeoisie, s'il part de Vilvorde endetté el sans laisser de meubles dans son habitation, et s'il n'a pas prononcé, devant deux échevins, au moins, ou devant ses quatre plus proches voisins, cette formule : Je veux sortir de lu ville {Ick wiiU ewech trecken).
Un bourgeois paye : 10 livres, lorsque, requis par le maire de témoigner, il ne le fait pas; 20 livres, s'il ne veut pas venir témoigner; une demi-livre, lorsque, sommé par le maire ou un de ses valets ou sergents, de l'aider à arrêter un étranger qui veut maltraiter un bourgeois, il ne le fait pas.
Uue disposition assez curieuse défend à un bourgeois de porter un témoignage contraire (vertuygen) à celui d'un bourgeois plus anciennement reçu que lui, quand il s'agit d'un fait arrivé antérieurement à son admission. Un bourgeois ne peut en faire arrêter ou citer en justice un autre, hors de Vilvorde. S'il loge des étrangers qui viennent dans l'intention de nuire à un bourgeois, on le punit d'une amende de 20 sous ou on lui coupe lepouce.LeCore-6oecfc aggraveen quelques cas les pénalités, pour les étrangers, en les augmentant de moitié. Il fixe le droit d'entrée
« Voyez a ci» sujet doux registres : le premier. Intitulé Kuertioeck mn Vitroirden, est écrit sur papier et comprend 1ï3 articles et «ïleuillets; il fait partie des Archives du Royaume; le second se trouve aux Archive» communales do Vilvorde cl n'a pas moins de 305 articles.
dans la bourgeoisie : à3quartauts de vin, quand le demandeur a habité la ville pendant un an et un jour, et à deux geltes de vin au proGt du dur, et un florin du Rhin pour la ville, quand on veut être reçu de suite; il y avait en outre un droit perçu pour les échevins.
L'étranger qui frappe un bourgeois avec des armes émoulues paye une amende d'une demi-livre; sinon, on lui coupe une main. S'il frappe avec une arme non émoulue, il paye 5 sous de vieux gros ou perd le pouce; l'amende est réduite de moitié quand il ne s'est servi que du IhUom. Toute querelle est également punie d'une amende de 5 sous. L'amende est de 12 livres, si l'un des combattants bat l'autre, lui lire les cheveux ou le Trappe du pied; de 16 livres, s'il le fait tomber; de 20, s'il le fait saigner; de 40, s'il le fait tomber et saigner; t-lle est de 40 livres, lorsque, en battant son adversaire, il le frappe avec un bâton, des pierres, un pot ; elle est alors portée à 48 livres, si le battu tombe ; & 60, s'il saigne; à 3 florins du Rhin, s'il saigne et s'il tombe; s'il est blessé ou s'il lui sort des os de la téte, l'amende est de 5 sous de gros; s'il y a perte d'un membre, le coupable subit la loi du talion; s'il a été frappé avec des armes émoulues, l'amende est portée à i 1/2 florin du Rhin, et à 3 florins, s'il y a du sang versé; pour la simple action de tirer le couteau, dans une rixe, on paye un florin du Rhin. Le Coreboeck prononce la même peine contre celui qui en a lancé un autre à l'eau ou qui lui jette de la lie de liqueurs; s'il le couvre de boue ou de terre, l'amende est de 10 livres.
Le bourgeois qui en poursuit un autre, dans le but de lui livrer un combat à outrance (met herten stryde), paye, pour chaque jour qu'il persiste dans son dessein, 24 livres, et chacun de ses complices 16 livres; l'amende est double pour la nuit. Celui qui, dans un cas pareil, pénètre de force dans une maison, paye 10 sous de vieux gros, et son complice, 5 sous ; si l'agression a lieu la nuit, l'amende est portée à une livre, pour le principal coupable; à une demi-livre, pour celui qui l'aide. S'il vous arrive de provoquer votre ennemi et de l'appeler hors de la maison où il se trouve, vous payez 5 sous de vieux gros, ou, lorsque l'argent vous manque, on vous traverse la main d'un couteau. Pour une menace adressée à un bourgeois, l'amende s'élève à 20 livres. Dans ces deux derniers cas, si le délit se commet la nuit, l'amende est double. Celui qui poursuit son ennemi dans les champs, les bois, les chemins écartés, hors des maisons enfin, paye 2 1/2 sous de vieux gros; s'il le blesse, il paye 10 sous, et chacun de ses complices 5; si cela arrive la nuit, il paye une livre, et chacun de ses complices, 10 sous. Celui qui lance des traits paye une livre de vieux gros; celui qui cause involontairement un malheur s'arrange à l'amiable avec le blessé.
A cette époque, où chacun prétendait avoir le droit de venger luimême les offenses faites à lui ou à ses proches, un meurtre, une blessure, causaient souvent des querelles interminables. Dans un cas pareil, il est expressément recommandé aux bourgeois coupables de réclamer une trêve; celui qui n'accomplit pas cette formalité est puni d'une amende de 2 1/2 sous de vieux gros, et, s'il ne la renouvelle pas, au plus tard deux jours avant que sa trêve prenne fin, il paye une livre de vieux gros. Celui qui, après trois sommations, refuse d'accorder une trêve à son adversaire, est condamné à 20 livres d'amende. La trêve conclue, s'il le menace, il paye 5 escalins de vieux gros. Tout individu non complice du fait commis par un de ses parents ou amis a de droit trêve, pendant viugtquatre heures; « ainsi le dit, ajoute le document dont nous nous servons « ici, le traité conclu entre monseigneur et le pays de Brabant. •
Afin de diminuer les chances de querelles, on défend aux bourgeois, sous peine d'une amende d'une demi-livre, etde la confiscation des armes, de porter des armes en ville; il n'y a d'exception que pour ceux qui sont sous le coup d'une vengeance à mort (dootveede), pour ceux qui font ou ont fait partie de l'administration locale, eu qualité d'échevins, de clercs, etc.; ou bien encore, pour ceux à qui le maire a permis de porter des armes. On ne peut porter la cuirasse que pendant le jour, et qu'à la condition de jurer qu'on n'a pas l'intention de blesser quelqu'un. Un article spécial explique que, sous le nom d'armes émoulues (wedersyde wapenen), on comprend les gepynde staeve, les tacken, les cortoysen, les miséricordes, les steecksweerikn (épées à pointe), les traits de toute espèce, les hantaecx, les gysartnen, les spufusen, les boucliers à pointes, que l'on porte sur le bras; les marteaux de plomb, les couteaux larges (breemessen), etc.
Pour avoir dit à autrui : Vous mentez, vous êtes un méchant, etc. {Ghy liecht, ghy syt quael), on paye 3 livres; si vous vous êtes servi de l'expression : Vous mentez comme un voleur (Ghy liecht als een dief), l'amende est de 5 escalins de gros de Brabant. On attache au pilori celui qui prèle un faux serment, eton lui perce l'oreille au moyen d'un fer, à moins qu'il ne préfère payer 15 livres. Par suite d'un usage généralement suivi en Belgique au quatorzième et au quinzième siècle, on condamnait souvent les coupables à des pèlerinages que, plus tard, on déclara rachetables pour de l'argent. Ainsi, à Vilvorde, on s'exemptait du pèlerinage de Saint- Jacques en Galice, moyennant 20 couronnes ; de celui de Roquemadour, moyennant 10 couronnes; de celui de Wilsenaken, moyennant 6 couronnes ; de celui de Coblentz, moyennant 5 couronnes ; de celui de Cologne, moyennant 2 couronnes ; de celui d'Aix-la-Chapelle, moyennant 50 sous; de celui de Bois-le-Duc, moyennant 20 sous, etc.
Ou ne peut, ni porter la livrée d'une personne étrangère à la ville, ni former des gildes pour le tir (schutterien) ou des confréries (geselscappe vanSanten en Santinncn), sous peine d'une amende d'une demi-livre. Il est défendu de jouer à certains jeux (dobbelen, quecten, cbeten), après la (loche du soir; de laisser jouer chez soi, la nuit; d'aller jouer hors des portes, sous peine de 15 livres d'amende; le délinquant trop pauvre pour payera l'oreille traversée par un fer. Les mœurs, au moyen âge, étaient généralement très-relâchées ; ce qui le prouve, entre autres, c'est que dans une petite ville comme Vilvorde, il y avait des maisons de débauche 1 . La charte des tisserands nous donne aussi, à ce sujet, des éclaircissements curieux. Ce n'était pas cependant par manque de sévérité de la part de l'autorité, car il n'était pas permis de donner des bals publics *.
Nous avous dit que la vrunte de Vilvorde était annexée à une des sergenleries; là était la prison ducale; la ville, en vertu d'une charte de Tannée 1424, en fit construire une autre, qui occupait le bâtiment formant la porte de Louvain, près de laquelle se trouvait la Pyntoreu (161 2) ou tour de la Torture 5.Ondressaitla potence non loin de là, vers Peulhy, au Galyenlandty et quelquefois, elle s'éleva entre Trois-Fon laines cl Ransbeek, à l'endroit qui porte encore le nom de Galgevelt.
La draperie a Vilvorde. — De même que dans presque toutes les villes belges, â Vilvorde, l'industrie d rapière occupait un très-grand nombre de bras. Une gilde de la draperie {laken guide) y existait déjà en l'année 1357, et il fut alors défendu de sceller du sceau de la ville les draps fabriqués hors de son territoire. Les archives de la gilde et, entre autres, l'ancien (luldenboeck, ayant péri en > 489 , on résolut d'en rédiger un nouveau, d'après quelques documents appartenant à des particuliers, et en recueillant les souvenirs des habitants. Le II novembre 1494, les droits et les règlements de la corporation furent déterminés, de commun accord, par le maire, les échevius, quatre anciens échevins, les doyens cl sept huit de la draperie, les drapiers, les foulons, les tisserands, les peerlsers ou pressiers,par tous ceux, en un mot,qui s'occu-
' Cmnpte du maire, allant du \ juillet 13S'.) au 20 juin 13UO.
8 llennrn Clêet om tint htj mm t«tl hichle m trn hvyi, datr dit liede orerclntchden, i motfMBM. U.j allant du M juillet au 13 $eptembre H01 .
* OU raconte, à Vilvorde, au sujet de celte tour, des choses tres-curicuses et qui paraissent empruntées plutôt a l'histoire de Venise qu'a celle de la Belgique. Les malheureux que l on voulait faire disparaître, y étaient, dit on, tourmentés jusqu'à la mort ; puis leurs restes sanglante disparaissaient dans la Woluwe, au-dessus do laquelle la tour était baUe.
paient de l'industrie des draps, et, le lendemain, on les lut dans un qougedinghe ou assemblée générale '.Tous les ans, à la Saint-Jean, au milieu de Tété, les échevins choisissaient deux valets et deux doyens de la gilde (guldekens); puis ils envoyaient les deux nouveaux valets chercher les deux nouveaux doyens, à qui ils faisaient prêter serment ; ils nommaient enfin les huit jures ou, comme on les appelait, les huit, et ils transmetlaient leurs noms aux doyens, qui leur faisaient prêter serment. Les doyens et les huit reconnaissaient pour tribunal d'appel l'écbevinage; la plus forte peine pécuniaire qu'ils pussent infliger s'élevait a 10 thoren de 20 deniers de gros de Brabant. Il y avait à Vilvorde une raewt, c'est-à-dire un endroit où l'on séchait les draps (de là le nom d'Achter Tîaem, donné aux champs situés au nord-ouest de la porte de Malines), et une pertse ou presse. On payait au maître de la Rame : pour chaque drap entier , 6 plarques ; pour chaque demi-drap, « à la manière nouvelle (van der mtteer draperie») , » et pour chaque drap vert, bleu ou rouge, 4 placques; pour chaque drap gescorsten, 5 placques. 11 fallait payer cette taxe immédiatement ('t gelt altyt op '< laken), sous peine d'être exclu de son métier pendant un an, et condamné à un pèlerinage à Vendôme. En 4578, lorsqu'on engagea des drapiers de Duflel à venir se fixer à Vilvorde, la ville leur promit de faire construire une rame ayant 60 aunes de long.
La gilde avait sous sa surveillance tout ce qui se rapportait à la fabrication et à la vente des étoffes de laine. Celte industrie souffrit beaucoup des longues guerres qui déchirèrent la France au commencement du quinzième siècle, et depuis, on ne parvint plus à lui rendre son ancienne spleudeur. Les ouvriers habitaient surtout, a ce qu'il semble, les faubourgs *, particulièrement vers Peuthy; en ville, les foulons laissèrent leur nom à une petite rue qui est devenue aujourd'hui la rue du Chant-d'Oiseau ».
llexistc,auxarchivescommunalesde Vilvorde, unecharleoriginale trèsintéressante, concernant les tisserands. Ellefut octroyée, le2i>avriH3îl3, par les magistrats, à ceux du métier du tissage (van den weefambachu), en récompense des services qu'ils avaient rendus, et du consentement delà duchesse Jeanne. Celui qui veut devenir maître, y est-il dit, doit entier dans la bourgeoisie, payer un vieil écu d'or, et donner une gelte de vin aux jurés du métier; les personnes étrangères a la corporation ne peuvent faire exécuter de travail que pour elles-mêmes. Lorsqu'on prend un ap-
1 Voyez, aux Archive» do Vilvorde. le registre Der Guidenioetk. qui est signe Wlmu». * Soient m tul.urbano r*$e Upromria et luneonum oflii nta viayno numéro, nunc omnia pe ritrunt. ul tiX lui mtigium rtliquerint. Giuniye.
1 De Votdert $tratle, de gotdertn der Wilte Nonnekent aldaer.
451 HISTOIIIE
prenli â son service, on paye aux jurés un pol-de-vin, et quand l'apprenti devient valet, il donne à la corporation un demi-mouton. L'apprentissage dure quatre années, pendant lesquelles le salaire s'élève successivement à 2, 4, 6 et 8 escalins par jour. Un mailre peut faire entrer son fils dans le métier, sans payer d'autre droit qu'un pot-de-vin pour les jurés, mais pourvu que cet enfant soit né après que le père s'est établi à Vilvorde. Celui qui a travaillé dans un village en qualité de maître tisserand, est admis à exercer celle industrie dans la ville, à la seule condition de payer un vieil écu d'or, mais le condamné au bannissement ne peut pas rentrer dans la corporation, non plus que le membre du métier qui quitte Vilvorde pour aller travailler à la campagne. Si les jurés le croient nécessaire, ils peuvent, de l'avis des doyens de la draperie, suspendre le travail ; celui qui continue, malgré leurs ordres, paye 20 esca lins, et, en outre, on le raye de la liste des bourgeois et de celle des maîtres; seulement il peut encore travailler en qualité de compagnon. Quand un membre de la corporation perd un de ses enfants, il paye, s'il est maître, 8 livres, s'il est valet, 5 livres, et cette taxe sert à couvrir les frais d'un repas commun. Des dispositions particulières veillent au maintien des mœurs parmi les membres du métier : un tisserand ne peui garder chez lui une amie {vriendmne) partageant sa table, son logement; s'il n'observe pas celle défense, il paye un écu d'amende; celui qui va vivre, manger, ou dormir avec des femmes perdues, paye 10 esterlings; à celui qui contracte cette habitude, le métier est interdit. Pour maintenir l'ordre dans la corporation, on choisit tous les ans quatre jurés, qui, après être restés un an en exercice, nomment pour leurs successeurs, de concert avec les doyens et les huit, trois maîtres et un valet ou compagnon. On voit ici une preuve vivante de l'esprit démocratique qui animait nos corporations industrielles au moyen âge : tandis que, plus tard, les fonctions de juré devinrent l'apanage exclusif des maitres, alors on admettait les simples ouvriers au partage de l'autorité; toutes les fractions de la corporation possédaient donc des garanties pour le maintien de leurs droits respectifs. Les amendes étaient partagées par cinquièmes ; les doyens de la gilde en prélevaient deux, les jurés du métier deux, et le valet le dernier cinquième.
L'histoire du métier des foulons offre plusieurs incidents curieux. En 1401-1402, le maire de Vilvorde fit arrêter deux foulons, qui étaient bourgeois de Bruxelles et qui avaient encouru à Lierre une amende s'élèvent à <i0 royaux; les échevins de Bruxelles ayant réclamé leurs concitoyens , le maire fut obligé de payer lui-même les frais de justice, qui s'élevaient à 3 moutons. En 1408, les doyens de la gilde, Michel Vandenhoricke et Jpan Poelke, punirent Hacn Lanchals dit Vanderwolven, pour
un vol de laine qu'il avait commis; le maire les mit eux-mêmes à l'amende, pour avoir, disait-il, empiété sur les prérogatives du prince. Ils prétendirent être dans leur droit et citèrent des cas semblables qui s'étaient présentés antérieurement; puis, ils interdirent tout travail aux tisserands et aux foulons, pour aussi longtemps que le jugement contre Lanchals ne serait pas exécuté. Cependant, l'uni m an leur ayant prouvé que le prince seul ou ses officiers pouvaient connaître des vols, ils demandèrent leur pardon ; ils l'obtinrent, à la condition de payer 8 livres de gros de Flandre ou 48 couronnes 5 sous 5 deniers, et en considération de ce qu'ils avaient offert d'établir, par preuves, qu'ils n'avaient fait que suivre l'exemple de leurs prédécesseurs '.
A quelque temps de là, Henri Blanckaert, foulon d'Àlost, étant venu à Vil vorde dans l'intention de s'y établir, ceux qui y exerçaient déjà le même métier s'y opposèrent, en alléguant qu'il n'était pas franc-foulon; mais il produisit un certificat de la ville d'Alost et fut, en conséquence, déclaré admissible dans le métier, à la condition de payer les droits dus à la corporation. Cependant, les autres foulons persistèrent à refuser de le recevoir parmi eux, et, lorsqu'ils le virent prêt à se mettre à l'œuvre, ils cessèrent tous de travailler. Peu de jours après, un dimanche ou jour de fêle, sept ou huit foulons de Bruxelles et une trentaine d'autres, de Malines, armés de piques, d'arcs, de bâtons, vinrent à Vilvorde, et, joints à leurs confrères de cette ville, demandèrent au valet de la ville d'aller convoquer la loi, c'est-à-dire l'administration locale; celle-ci s'élant assemblée, ils la prièrent de ne pas tolérer la violation des immunités du métier. Tous les foulons dînèrent ensuite ensemble; puis ceux de Malines, en retournant chez eux, passèrent devant la maison de Blanckaert, et l'assaillirent pour y chercher celui-ci, qu'ils auraient maltraité s'il n'avait pris la fuite; ils battirent un autre bourgeois qui avait, sans doute, voulu s'opposer à leurs violences. Cités pour ces faits devant le conseil de Brabant, Chrétien Paeu, Guillaume et Gilles Lobbe, Simon De Scheper et Jean De Moldere, foulons de Vilvorde, furent déclarés avoir gravement méfait contre le duc et contre la ville; chacun d'eux fut condamné à un pèlerinage à Saint-Jacques en Galice, rachelable moyennant 10 florins (10 décembre U53). Le 30 janvier suivant, trois foulons, Guillaume Lobbe, Scheper, et Franc Vandenbrecmbossche s'engagèrent à payer pour eux et leurs confrères 30 florins, ce qui fut accepté 4.
Le commerce des pierres et la navigation. — Nous avons dit que le duc Charles modifia le service de la navigation de la Senne; quelques
1 Compte de l ammannie, de la Saint- Jean à la Noél 1 VOS.
* Regittre det Sentence* pour tes année» 1410 à 1540. fol. 19 (Archives du Royaume), T. 11. *:
nnnées auparavant, le magistrat de Vilvorde avait décidé que les bateaux venant chercher des pierres à Vilvorde ou au Ham, près de l'endroit où se trouve aujourd'hui le moulin Saint-Michel, devraient déposer leur cargaison et en prendre une autre, à tour de rôle; c'est ce que l'on appelait den Tourte; mais quelques personnes • qui ne cherchaient pas le c bien de la ville, > ayant réussi à faire annuler ce règlement, les bons résultats qu'il produisait furent neutralisés, et la ville retomba dans la pauvreté, d'où elle commençait k sortir. C'est ce qui détermina le duc à remettre le Tourte en vigueur, le 16 septembre 1468.
D'après son ordonnance, on doit décharger d'abord la cargaison du bateau qui est arrivé le premier; s'il en vient deux en même temps, l'un de Weerde, l'autre de Bruxelles, les bateliers tirent au sort. Un clerc ou employé particulier enregistre les arrivées et les départs. En cas de contestation au sujet du chargement, le magistrat de Vilvorde en décide, de roncert avec deux ou trois membres du métier des bateliers ; celui à qui leur décision donne tort paye, si c'est un marchand, les frais de l'enquête; si c'est un batelier, 6 florins ridders, et on le relègue à la On de la liste des bateliers inscrits. On ne peut être à la fois marchand de pierres et batelier, soit ostensiblement, soit en se faisant remplacer par ses enfants ou des facteurs. Le batelier qui veut jouir du bénéfice de l'ordonnance doit habiter Vilvorde, avec la plus grande partie de sa famille. Il est permis de décharger, sans égard pour le tour, tout bateau ne transport mit qu'un last et demi au plus, pourvu que sa charge soit composée de pierres. Le taux du transport des pierres est fixé, de la manière suivante, pour les différents ports des Pays-Bas :
En Brabant et dans la seigneurie de Malines : à Malines,Callebeke sous Doever (?), Heffen, Boom, Anvers, Lierre, 8 moulons, quand il s'agit de mauvaises pierres {quaden steen, c'est-à-dire de simples moellons ou de pierres à diguer), et 9 moutons, quand il s'agit de pierres taillées; à Ossendrecht, Woensdrecht, Lillo, lOmoutons ; à Bcrg-op-Zoom, 12 moutons; à Sleenbergen, 7 couronnes bleues; à Bréda, Roozendael, Oudenbossche, 8 couronnes bleues ;àBois-le-Duc,55escalinsdegrosdeBrabant ;
En Flandre: à Tenu onde, 7 escalins de gros de Flandre; à Machoele(?), 40escalins6deniers; à Gand,bencdengate, c'est-à-dire en deçàd'une écluse des anciens remparts, 10 escalins; bovenyate, au delà de cette écluse, un escalin de plus; à Ackerghem, 13 escalins; à Alost, Tcrneuzen, M escalins; à Ten-Noote , 12 escalius; à Axel, Hulst, Biervliet, Coxien, 14 escalins; à L'Écluse, 16 escalins; à Bruges, une livre de gros; à Blanckenberg, 20 escalins; à Damme, 22 escalins; à Nieuport, 26 escalins; à Dunkerque, 28 escalins; à Calais, Gravelines, Saint-Omer, 51 escalins; à Ostende, 42 escalins;
En Hollande, en Zélande, etc. : à Middelbourg, Flessingue, Ziericzée, Vere, 1G escalins; à Goederrée et Brouwershaven, 17 escalins; à Dordrechl, 8 couronnes bleues; à Delft, Gouda, Rotterdam, Schiedam, 20 escalins; à Leyde, 53 escalins; à Amsterdam, 25 escalins; à Ulrecht, 28 escalins ;
Et pour les autres localités, en proportion.
Ces prix ayant été trouvés généralement trop élevés, le duc Charles les réduisit, pour Anvers, à 8 et 9 ; pour Berg-op-Zoom, à 12 ; pour Gand, a 9 et 10 escalins de gros de Brabant, et il autorisa les maire, éclievins et conseil de Vilvorde à opérer des réductions semblables, après avoir entendu ceux qui les réclameraient, ainsi que les bateliers (8 mars 1472- 1473). Les magistrats de Bruxelles paraissent avoir été mécontents de l'institution du tour de Vilvorde; c'est sans doute à leur demande qu'il Tut supprimé le 18 juin 14G9; plus tard, cet usage occasionna un procès entre eux et les bateliers de cette ville. Il fut alors conservé pour les bateaux à moitié chargés; la ville dont nous esquissons l'histoire en acheta le maintien à la nouvelle écluse au Ham, en s'assujettissant à payer une rente annuelle de 10 escalins de gros de Brabant aux bateliers pauvres de Bruxelles. Le batelier venant de l'aval et coupable d'avoir enfreint le règlement pour le tarif devait dorénavant, en guise de peine, stationner pendant un mois au delà de l'écluse de Weerde. Enfin, il fut décrété qu'on ne déposerait des pierres ni à Heffen, ni en aucun endroit voisin de la Senne, de ce côté, mais qu'on enverrait directement les pierres à destination, sur un radeau. Le marchand à qui un bateau était nécessaire, devait s'adresser au clerc, qui lui désignait le bateau inscrit comme libre en léte de la liste. Le conseil de Brabant sanctionna cet accord, le 28 mai 1484, et l'archiduc Philippe l'approuva, le 24 février 1499-1500. A cette dernière époque, le commerce des pierres des environs de Vilvorde devint une affaire capitale, dont s'occupèrent particulièrement quatre députés choisis par cette ville, par Bruxelles, Anvers et Malines : Wesalia, Gort ou Godefroid Roelants, Lodewycx et Leonis, qui, du consentement des bateliers de la première de ces cités, décidèrent en principe, le 1 1 septembre 1499, qu'on diminuerait le salaire des haleurs brabançons et malinois et que le clerc chargé de l'inscription des bateaux à Vilvorde recevrait de chaque marchand un demi-sou. Plus tard Wesalia, celte fois de concert avec Jean Anderlccht, Voccht et Orssele, tenta de remédier à des abus que l'on avait signalés. Tout chaufournier put se fournir de pierres & Vilvorde ou aux environs, mais à condition de faire enregistrer le nom du maître de carrières (steenmeester) qui les lui envoyait, et il lui
' Dés Tannée t V56, un accord avait été conclu, au sujet des haleurs de bateaux, entre les villes de Matines et de Vilvorde. Aztvtoo.
fut permis d'en demander autant de bateaux qu'il lui en fallait. Quant aux localités qui d'ordinaire achetaient elles-mêmes des pierres, comme Auvers, Malines, Lierre, Gand, etc., elles eurent le droit de faire enregistrer un bateau en leur nom, à condition que le patron produisit un certificat constatant qu'il avait fourni sa cargaison à une ville ou à une église. Quand il s'agissait de pierres travaillées, plusieurs personnes pouvaient se réuuir pour en prendre un bateau. Les ordonnances précédentes statuaient que tout batelier ayant navigué vers l'aval pourrait naviguer vers l'amont; celte fois, on lui laissa la faculté de faire deux voyages vers Bruxelles après en avoir fait un vers l'aval (accord conclu à iMalines, le 1 6 juin 1M2). Le 17 mai 1527, on fixa de la manière suivante le tarif du prix a payer aux bateliers qui chargeaient des pierres à chaux, à paver, ou sans valeur (calc&teen, straetsteen en r/uadensteen) . Ce prix s'élevait : à Vilvorde, à 10 escalins de gros ; au Ham, à 10 escalins G deniers, et à Heembeek, à 1 1 escalins 6 deniers. Quand il s'agissait de pierres taillées, le prix montait: pour la première de ces localités, à 11 escalins; pour la seconde, à 11 escalins 6 deniers; pour la troisième, à 12 escalins.
Un métier des Quatre Couronnés, c'est-à-dire des marchands de pierres, des maçons, des tailleurs de pierres et des couvreurs, existait jadis à Vilvorde. La majorité des maîtres qui en faisaient partie, de conort avec quelques valets ou compagnons, réformèrent ses règlements, le 13 novembre 1325; on stipula alors la perception d'une taxe s'élevant, pour chaque maître, à 18 escalins payement, par semaine, et pour chaque compagnon, à 9 escalins, par mois; elle servait à l'entretien de l'autel du métier dans l'église paroissiale. En (088, on réorganisa le mélier, a la demande des bourgeois Henri Verhoeven et Antoine Tyron, qui représentèrent que toutes les maisons se construisaient à Vilvorde par l'intermédiaire d'étrangers. Cependant, afin que son ordonnance ncût pas pour résultat de constituer un monopole au profit de quelques-uns, le magistrat déclara que les membres de la nouvelle corporation devraient travailler convenablement, comme ceux des villes voisines ; que sinon, il serait loisible aux habitants d'employer d'autres maîtres (10 mars 1688).
Florissant tant que la Senne fut navigable, le métier des bateliers ne fil plus que languir lorsque le commerce abandonna cette rivière. D'après des statuts publiés le 8 mars 1711, il fallait, pour être reçu dans cette corporation, être domicilié à Vilvorde et prouver qu'on avait un bateau en propriété. On ne pouvait employer au chargement et au déchargement que des ouvriers jurés, nommés par la ville, et on ne pouvait procéder au déchargement qu'à tour de rôle; le batelier qui avait passé le premier à Willebroeck, était servi le premier. On disait une messe commune le
jour de la Saint-Élienne. Le 2, un autre règlement porta le droit d'entrée dans le métier & 75 florins, afin de réprimer les manœuvres des bateliers de Bruxelles qui, lorsque le tour était supprimé dans cette ville, se faisaient recevoir à Vilvorde, et retournaient à Bruxelles lorsqu'on y recommençait le tour.
Industries divbrses. — Les métiers dont il nous reste à parler n'avaient qu'une importance secondaire. Leur nombre varia à plusieurs reprises. Ainsi , en l'année 4494, les tisserands en lin figuraient , ainsi que les tisserands en laine, les brasseurs, les charpentiers, les graissiers , les bateliers et les boulangers , parmi les grand* métiers , distincts des autres corporations que l'on qualifiait de petits métiers. En 4554, un acte émané des magistrats de Vilvorde constate dans celte ville l'existence de treize métiers : ceux des brasseurs, des bouchers, des charpentiers, des graissiers, des cordonniers, des meuniers, des boulangers, des tailleurs, des forgerons, des jardiniers (cooMove/iim), des paysans {lantluyden), des bateliers et des lui leurs de bateaux (sciptreckers); alors chacune de ces corporations avait à sa tète deux jurés, sauf les deux dernières qui étaient dirigées, celle des bateliers par quatre jurés, celle des haleurs par des doyens et des jurés. Le métier des barbiers ne fut institué qu'en 4688.
Les statuts de tous ces métiers étaient à peu près identiques et nous nous bornerons à en citer les dispositions les plus remarquables. Comme chacun le sait, les anciennes corporations, dont la suppression a été prononcée par les lois françaises, comprenaient trois classes de membres : des apprentis, des compagnons ou valets, ouvriers ayant fini leur temps d'apprentissage, et des maîtres ou artisans travaillant pour leur compte. La durée de l'apprentissage variait : ainsi, chez les barbiers, il durait deux ans; dans le métier des Quatre Couronnés, trois ans. L'admission à la maîtrise ne s'accordait qu'à celui qui jouissait d'une bonne réputation, s'était fait recevoir bourgeois, et avait fait sou apprentissage, soit à Vilvorde, soit dans une ville où l'on admettait les ouvriers ayant fréquenté un atelier a Vilvorde. Quelquefois aussi, on exigeait du candidat la preuve de sa capacité, la confection de ce que l'on appelait un chefd'œuvre.
Pour entrer dans un métier, on payait d'ordinaire deux gelles de vin aux jurés, et, en outre, une taxe qui alla constamment en augmentant. Aux quatorzième et quinzième siècles, elle ne dépassait pas quatre florins du Rhin (ordonnance pour les brasseurs, de l'année 4369; autre pour les merciers, de 4 526, etc.), ou quelquefois 6 florins, lorsque l'aspirant à la maîtrise était étranger. Au dix-septième siècle, l'égoïsme se propage parmi les membres des corporations; chacun cherche à convertir son industrie en
monopole. Les cordonniers, en demandant de nouveaux statuts, déclarent qu'ils sont onze ou douze; ce nombre suffit, disent-ils, à cause de la faiblesse numérique de la population de la ville, et pour qu'ils puissent réaliser quelques bénéfices; dans cebut ils réclament et obtiennent que le droit d'entrée soit porté à 12 florins (ordonnance du 8 novembre 1629). Les mêmes tendances se manifestèrent chez les merciers et graissiers; et, à leur assemblée du jour de la Saint-Nicolas 1 652, plusieurs anciens se plaignirent vivement que le nombre des maîtres se multipliait trop et que, pour cette raison, le commerce allait mal. Le remède proposé fut le môme; on porta le droit d'entrée à 18 florins, plus 6 florins pour la ville (10 décembre 1652). Onze ans après, des plaintes semblables s'étant encore élevées, le taux de ce droit fut fixé à 49 florins, dont 12 pour la ville (10 décembre 1663). En 1665, les charpentiers voulurent l'élever de 20 h 60 florins, mais le magistrat repoussa cette proposition exorbitante, et consentit seulement à ce qu'on taxât dorénavant les nouveaux maîtres à 50 florins, dont 10 (au lieu de 6) pour la ville. Suivant un usage généralement adopté, un des fils, ou quelquefois tous les (ils d'un maître, entraient gratuitement dans la corporation dont leur pére faisait partie ; ils ne donnaient d'autre rétribution que le vin dû aux jurés.
Sauf quelques exceptions , les industries ne pouvaient être exercées que par les personnes admises, en qualité de maîtres, dans un métier. Cependant, la vente de toute espèce de marchandises était libre le mercredi de chaque semaine et pendant les deux kermesses ou fêtes communales; lesmarchands étrangersqui venaient alors vendre des merceries en ville, payaient au métier des merciers 9 deniers de gros de Brabant par an, comme droit de stationnement (staengelt). Les membres d'une corporation devaient tous assister aux assemblées du corps, aux processions solennelles, à la messe qui se célébrait le jour de la féte du saint, patron du métier, aux funérailles de leurs confrères. Chez les boulangers, quand ce dernier cas se présentait, la famille du défunt payait 20 sous, si c'était un homme; 16 sous, si c'était une femme; 8 sous, si c'était un enfant, et tous les membres, sur l'ordre des jurés, étaient obligés d'assister aux obsèques, sous peine d'une amende de 2 sous (ordonnance du 15 janvier 1654).
Chaque corps d'état choisissait, tous les ans, dans son sein, un ou plusieurs jurés (gesuorene) ou doyens (dekens) : les bateliers, les barbiers, le métier des Quatre Couronnés, en élisaient un ; les charpentiers, les cordonniers, les merciers, les boulangers, deux; les brasseurs, quatre, ou, depuis 1633, deux. Toute insulte adressée & ces dignitaires était sévèrement punie; chez les brasseurs, on déclarait le coupable déchu de la
bourgeoisie, jusqu'au temps où on le relevait de sa peine, et où on le reconnaissait pour un bon valet ou compagnon (cnape). Le métier des charpentiers allouait à chacun de ses deux jurés et k son valet juré une gratification annuelle, s'élevant à 20 sous. L'élection des jurés avait lieu, soit à la Saint-Jean, soit vers la Tête du Saint-Sacrement (ou Fête- Dieu); le maire les assermentait ensuite, en présence des échevins. Dans les affaires graves, ils convoquaient une assemblée générale; quelquefois, ils se contentiient de prendre l'avis des anciens, c'est-à-dire de ceux qui avaient été jurés avant eux. C'étaient eux qui augmentaient ou diminuaient, à proportion des besoinsdeleurmétier,letauxdes différentes taxes prélevées sur les membres, telles que la taxe annuelle dite Keersgelt, la taxe hebdomadaire imposée aux apprentis, le droit d'inscription des apprentis (boeck gett ou taxe du registre), que les maîtres payaient chaque fois qu'ils prenaient à leur service un nouvel apprenti, et qui s'élevait, pour les brasseurs, en 15G9, a un écu d'or; en 1653, à 2 florins. Comme à Bruxelles, le même maître ne pouvait pas, d'ordinaire, salarier plus d'un apprenti.
Les Core-boeck de Vilvorde nous fournissent quelques notions intéressantes sur la fabrication et le commerce des boissons. Pour pouvoir débiter des bières de Harlem, de Hambourg, des pays voisins de la mer Baltique (oesterbier), de la bière blanche, de la bière noire, de l'hydromel, il fallait en acheter aux brasseurs; il n'était pas permis de mélanger ces diffcrenles sortes de bières, ni de vendre de la bière de Delfl en même temps que de la bière blanche ou de la bière noire. Uncabarclier ne pouvait avoir plus d'un livrancier,et il était interdit aux brasseurs de vendre de la drécheou du levain (slym) au dehors de la ville. Le prix d'un pot de bière, sauf la bière de la mer Baltique (de VOesterzèe), qui n'était pas tarifée, était fixé à 20 sous payement, et celui du vin du pays, à 6 placques ou 5 sous de vieux gros.
En récompense des services que les brasseurs avaient rendus au duc Wenceslas et à la duchesse Jeanne, et en considération de ceux qu'ils pouvaient leur rendre encore, les maire, échevins et conseil de Vilvorde leur accordèrent, le 12 août 1561), des privilèges qui furent confirmés par l'empereur Charles-Quinl, le 16 décembre 1518, et par le roi Philippe IV, le 16 décembre 1653. Toute personne étrangère au métier qui faisait brasser au moins un brassin, donnait à la corporation 10 escalins, et celle qui faisait fabriquer de la bière, de la liqueur de houblon (hoppe), de l'aie (ael) ou de la dréche, pour la revendre, payait la moitié du keersgelt. La dernière disposition du statut de l'année 1569 autorise le métier à laisser dans Vilvorde, en temps de guerre et lorsque les habitants quittent la ville en armes (en men buyten leeght), quatre de
HISTOIM
ses membres, au choix des jurés. Du temps de Charles -Quint, l'industrie des brasseurs était considérée comme la plus importante de Vilvorde. Le conseil de Brabant déclara alors que tout valet ayant appris l'état dans celte ville, pendant un an, serait de droit regardé, dans toutes les villes, comme un franc-compagnon, et que l'étranger venant s'établir à Vilvorde serait astreint à payer, pour son admission dans le métier, un tiers du droit en sus (16 décembre 1518). En 1635, il fut défendu aux habitants qui n'étaient pas reçus brasseurs, de vendre de la bière, sous peine de 12 florins du Rhin ; aux tappers et laverniers de vendre du vin et de la bière, sous peine de 15 florins du Rhin ; aux brasseurs employés par les précédents de leur fournir aussi des bières pour leur propre consommation, sous peine de 25 florins du Rhin, et enfin il fut interdit de fabriquer ou de vendre de la dréche sans être du métier, sous peine de 12 florins du Rhin. Ceux qui voulaient exercer cette dernière industrie pouvaient se faire recevoir en payant seulement 9 florins du Rhin. Le 28 août 1512, la chambre des comptes de Brabant avait décidé que le fermier du moulin à braie à Vilvorde était tenu de fournir aux brasseurs de celte ville : la braie de coyten, au prix de 15 placques de Brabant, et la braie de petite bière, moyennant 10 placques; ce fermier prétendait recevoir, pour la première, 5 sous 16 mites; pour la seconde, 2 sous. Une sentence du conseil de Brabant, du 26 janvier 1527-1528, interdit aux habitants des hameaux de Iloulhem, Bossche, Peuthy, Streethem, Conincxloo etVoerde, d'aller chercher de la bière hors du territoire de la commune, à cause du tort que cela causait aux accises ou taxes communales.
Vilvorde a possédé une boucherie et un marché au poisson. L'abatage n'était permis dans cette ville que la nuit, avant qu'on ne sonnât les cloches de la messe matinale ou après les cloches du soir (vore die beede clocke van der vroegmissen oft nae de beede cloche van den avonde). On ne pouvait vendre ni un veau âgé de moins de 16 jours, ni une brebis gâtée, sous peine d'une amende de 40 escalins; il était aussi défendu d'acheter de la viande hors de la ville; le contrevenant à celte ordonnance payait 5 sous de vieux gros. Tous les ans on désignait deux bouchers et deux poissonniers, pour veiller à l'exécution des règlements sur ces matières.
Le métier des charpentiers, ébénistes, tonneliers, tourneurs de chaises, charrons, laitiers (lathouders) et scieurs, posséda, sur le marché, une maison aboutissant, par derrière, à la Coestrate, et contiguë à l'habitation dite l'Ange, appartenant à la ville (acte du dernier jour de février 1565). Une ordonnance du 6 février 1603 détermina, d'une manière plus claire que les précédentes, les obligations de ses membres.
Un charpentier étranger pouvait exercer son état dans le territoire de Vilvorde, mais en dehors de la ville, en payant au métier 4 florins carolus pour son admission, et son valet, 12 placques de keersgelt.
Les cordonniers et les graissiers formaient originairement un seul métier, auquel le magistrat donna un règlement le 18 juin 1493; mais le nombre des membres ayant considérablement augmenté, une scission se déclara entre eux, et, après de longues querelles, ceux qui exerçaient les étals de graissier, de mercier, d'épicier, d'apothicaire, de cirier, formèrent une corporation distincte de celle des cordonniers, tanneurs et bourreliers. On ne pouvait vendredi! beurre ou du fromage dcDelft, de Hollande, de Frise, d'Angleterre. d'Irlande, de Flandre, du pays (c'est-à- dire du nrabant), que pour ce qu'il était réellement. La vente était prohibée le dimanche et les jours de fôte,et, ces jours-la, il était interdit, sous peine de 10 livres d'amende, d'ouvrir ses fenêtres, sinon pour y voir (ordonnance du 29 mai 1526, approuvée par le conseil de Rrabant le 10 juin 15*27). Les bourreliers, les cordonniers et les savetiers reçurent également des statuts, le 11 février 1 526-1 527 ; on les modifia le 8 novembre IG29. On stipula alors que l'on pourrait choisir pour doyens deux cordonniers, mais jamais deux savetiers, cl ces fonctions furent interdites à ceux qui n'étaient pas reçus maîtres depuis sixans, ou qui n'avaient pasatteint leur vingt-quatrième année. Les membres entrants, même tous les fils de maîtres, ayant été astreints, en 1 560, à payer 10 sous au profit de Pau. tel du métier, dans l'église paroissiale, jusqu'à l'entier achèvement drs travaux, quelques mécontents refusèrent de se soumettre à cette taxe, dont le magistrat approuva de nouveau la perception, le 20 février 1027. Dans le principe, les tanneurs et corroyeurs étaient compris dans la corporation des cordonniers, mais, postérieurement à l'année 1G26, leur industrie déclina, puis disparut entièrement; elle recommença à fleurir au dix-huitième siècle, et quelques artisans de cette catégorie étant venus demander au magistrat des statuts, ou confirma leur union avec les cordonniers, et on déclara que le magistrat choisirait tous les ans, pour les uns et les autres, trois contrôleurs {ceurmeesters), dont deux parmi les cordonniers et un parmi les tanneurs (20 septembre 1747). On astreignit les maitres à prouver qu'ils avaient fait leur apprentissage, soit à Vilvorde, soit dans une autre ville franche, et à payer pour droit d'entrée : au métier 40 florins, au lieu de "24, et à ta commune 12 florins; les fils de maîtres ne donnaient que le vin (règlements du 19 décembre 1705 et dull avril 1767). En vertu d'un octroi daté du 14 mars 1757, un nommé Duchct établit une manufacture de maroquins et de cuirs de toute espèce, qui prit de grands développements et compta jusqu'à 70 et 80 ouvriers ; dans un rapport du magistrat, du 3 juin 1772, on voit que son existence
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nvnit fait augmenter le produit des accises de 1 ,5711 florins par an. Du temps de l'Empire, la lannerie de De Pauw à Vilvorde était florissante, cl ses produits recherchés, particulièrement en Allemagne.
Les moulins à eau sur la Woluwe sont au nombre de cinq ; tous se trouvent à proximité de l'église paroissiale, trois en amont, deux en aval de la Grande rue des Moulins (Groote Molen straeté). Ceux-ci portent le nom de Smoutmolen (Moulins àbraie), et jadis étaient distingués par la qualification d'Inférieurs (Nedersten-molen). Ils étaient entourés des propriétés des seigneurs de Herlaer,et se divisaient déjà, au quatorzième siècle, en deux parties, formant autant de tenures féodales relevant du duché de Brabant. Othon d'Eppeghem,Othon, son fils; Marguerite d'Oedenbrugge ou Oyenbrugge, sœur de ce second Othon ; Jean d'Oyenbruggc et Jean Van Assche relevèrent successivement le premier ; Marguerite Pipenpoy, femme de Thierri d'Oesterhout (1575-157K), son fils Guillaume d'Oesterhout, Jean Vanden Assche, fils de Henri; Gilles, son fils, le second. On évaluait alors leur produit annuel à 31 muids de seigle. Lorsque la ville de Bruxelles voulut construire une écluse sur la Senne, au Ham, Laurent T'Serclaes dit Violette et Bené Wyflet, qui étaient propriétaires de ces usines, réclamèrent, en prétendant que cela leur porterait préjudice, et en effet ces deux moulins sont peu éloignés du confluent de la Senne et de la Woluwe.
Lepremier moulin en aval, le Brugmolen (moulin duPont, aujourd'hui Iieneden ou Kleynmolen), appartenait jadis à l'hôpital, qui l'a aliéné, mais qui s'est réservé le droit d'y faire moudre ses grains; en 15H, on le mentionne comme situé vis-à-vis de la brasserie de la ville (Stadtcomme). Le second moulin (Middelste molen, 1694, actuellement Middetmolen) a une roue beaucoup plus petite que celles des usines voisines ; mu seizième siècle, c'était un petit moulin ruiné, à plâtre (palyster moleken), portant le nom de Gommaringen molen , et qui avait jadis servi à la mouture du grain et à la fabrication de l'huile. La chambre des comptes le donna à cens, le 17 février 1356-1557, moyennant une redevance annuelle de 5 muids de seigle, à Gaspar Pennens, qui le transforma en moulin à braie. Depuis, il fut occupé par Jean, fils de Henri Goivaerts, qui l'annexa à une teinturerie en bleu, et qui fut ensuite exempté, par le magistrat, de l'obligation de loger des militaires et de monter la garde (novembre 1633 et 15 février 1635). Plus tard, le moulin fut acheté par un marchand anversois, nommé Jérôme Cock, qui y continua la môme industrie; mais comme il ne produisait pas un revenu en rapport avec le taux de la redevance annuelle dont il était grevé au bénéfice du domaine, laquelle s'élevait à 37 setiers de seigle, 16 deniers de Louvain et un sou, Cock le convertit en papeterie et se soumit à payer, tous les ans,
un sou de plus (octroi du 26 mai 1636). Marie-Anne Valin, veuve de Guillaume Goesin, marchand de papier demeurant à Anvers, le prit à cens, le 3 août 1665, moyennant 72 livres d'Artois, par an. Le 25 mai 1694, la chambre des comptes permît à François Maillard d'ériger, à proximité, un petit moulin à aiguiser (slypmoleken) pour la fabrication des bouteilles de cristal; mais peut-être cet octroi n'eut-il pas de suite. Quant au troisième moulin, le moulin du prévôt Herlaer, comme on disait il y a 500 ans, le Bovenste molen de nos jours, il se nommait le Gansemolen (moulin de l'Oie). Le 7 septembre 1613, il fut donné en location par messire Philippe de Dongelbcrghe, pour 20 ans, et moyennant 125 florins du Rhin, à Henri Goyvaerls, marchand d'Anvers, qui y établit un moulin à teindre en bleu (blauwsel molen). De nos jours, on y a introduit le système anglais. Les bâtiments de ce moulin sont fort anciens et paraissent dater du seizième siècle au plus tard.
La construction des moulins existant sur la Senne ne remonte pas aussi haut. Le beau moulin de M. Houwaert Rey a été bâti en 1802; une force triple dirige ses mouvements; les eaux de la Woluwe y viennent au besoin remplacer celles de la Senne, et les unes et les autres sont en outre suppléées par la vapeur. Le moulin à vent qui occupe remplacement d'une ancienne écluse, à la sortie de la rivière (d'où son nom de Spuymolen), a été d'abord un moulin à scier. Norbert Scoene, négociant de Malines, obtint du souverain l'autorisation d'ériger à Vilvorde une usine de ce genre; comme la compagnie pour la construction et l'exploitation des moulins à scier le bois, eu Flandre, payait tous les ans au souverain une somme de 8,000 florins, on lui imposa l'obligation de contribuer dans cette taxe, à proportion du nombre de moulins qu'il ferait construire et de la quantité de bois qu'il importerait. Le magistrat lui accorda le droit de bourgeoisie, l'exempta de quelques droits de consommation, de garde et de guet, et l'autorisa â choisir le lieu qui lui paraîtrait le plus convenable et à l'acheter à dire d'experts (28 juin 1763). Les deux moulins â vent que l'on voit à l'est de la station du chemin de fer ne datent que de quelques aunées.
Lors du sac de Vilvorde en 1489, les chartes du métier des boulangers {de beckers ambachte) furent brûlées, ce qui obligea les jurés à en réclamer de nouvelles. A cette époque, il fut défendu aux hôteliers de vendre du pain à d'autres qu'à leurs hôtes (ordonnance du magistrat, du 20 août 1499). Des boulangers s'étant plaints que quelques-uns de leurs confrères achetaient la pratique des aubergistes en leur donnant gratuitement le dixième ou le vingtième pain, il fut interdit à toute personne n'étant pas du métier de vendre < du pain brun, blanc ou mélangé, des « mastellen, des cyercoecken, etc., » sauf les jours de marché, à l'occa-
ion desdeux kcrmessesetle jour del'ommeganck de Ten-Troost ; d'autres cuisanl mal leur pain, on décida que, lors de son admission à la maîtrise, tout boulanger serait tenu de se soumettre à un examen cl de préparer trois pains : un pain blanc, un pain de froment cuit dans la cendre, et un pain mélangé (middelbroot, 2U janvier 1613).
Au mépris des statuts donnés, le 21 juin 1538, aux tailleurs, chausseliers, pelletiers et fourreurs, des particuliers s'avisèrent de vendre des bas, du linge, des culottes, des chemises, etc. ; les doyens et les anciens du métier ayant réclamé contre cet abus, et, en outre, représenté que le métier augmentait trop considérablement, à cause du peu d'élévation du droit d'entrée dans la corporation, le maire, le bourgmestre, les échevius, le conseil et le receveur de la ville portèrent ce droit d'entrée à 24 florins du Rhin, plus 6 florins pour la commune, et le droi( d'entrée des apprentis à 2 florins 8 sous (U novembre 1G51) ; plus tard, il fut porté à 50 florins, dont 10 pour la ville (ii février 1701). Dans une ordonnance du 46 décembre 1700, on voit que les fripiers, les chaussetiers, les fourreurs, les pelletiers, ne payaient que la moitié du droit.
On comprenait parmi les forgerons les maréchaux ferrants, les menuisiers {wilwercker*), les poéliers, les éperonniers, les harnacbeurs, les chaudronniers, les armuriers, les potiers d'élain et les couteliers. Mais, comme on le concevra aisément, ces industries n'eurent jamais, à Vilvorde, qu'une faible importance; leurs anciennes archives périrent pendant les troubles du seizième siècle. Les jardiniers et les laboureurs formèrent toujours des corporations nombreuses ; dans le siècle dernier, les laboureurs avaient le droit de nommer trois députés des Nations. Le Core-bocck contient peu de dispositions relatives à l'agriculture et à l'élève du bétail. Il ne permet de glaner (oixsten qu'aux individus ayant plus de GO ans ou moins de 15; l'amende pour les délinquants s'élève à une couronne de France. Le porc mâle (for) que l'on trouve vaguant dans les rues, est déclaré saisissable au profit de la commune.
Par une ordonnance du 5 mai 1088, le magistrat de Vilvordc organisa le métier des barbiers ou chirurgiens, à la demande de quatre maîtres exerçant celle profession : Adam Van Gestele, Frédéric Quislhoudl, Jean De Lcllio cl Jean De Coninck. Tour y èlre admis, il fallait avoir acquis a Vilvordc le droit de bourgeoisie et payer : à la ville, G florins; ù l'église paroissiale, 3 florins; à la table du S mil Esprit, 3 florins; à la corporation, 24 florins; pour le dîner de réception, 3 florins; au doyen en exercice, 2 florins; au dernier doyen, 1 florin. Plusieurs accidents ayant été causés par des ignorants qui se mêlaient d'opérer, on décida que, pour exercer le métier, on devrait avoir fait sou apprentissage dans une drs villes du Drahant où il y avait un franc métier et où Vilvordc af-
franchissait (aUoaer dese stadt i.s vryende), prouver qu'on était suffisamment versé en chirurgie, et faire trois saignées : deux aux bras, une au pied; te jury d'examen se composait du plus ancien docteur résidant à Vilvorde, du doyen en exercice et du doyen sortant. Tous les ans, la corporation faisait célébrer une messe, le jour des saints Côme et Damicn . Comme mesure transitoire, le magistrat la déclara ouverte, pendant le lerme de six semaines, pour tous ceux qui voulurent se présenter; ils n'eurent aucun frais à supporter, cl furent admis à la seule condition de subir un examen.
Depuis cent ans, plusieurs industries se sont implantées à Vilvorde, avec plus ou moins de succès. Vers 1755, l'impératrice Marie-Thérèse autorisa rétablissement, dans cette ville, d'une fabrique de savon dit d'Espagne; mais cette fabrique, à la téte de laquelle était placé un sieur Gillot, ne lit que languir, et, après deux ans d'existence, elle fut transférée à Bruxelles, où elle réussit mieux. En 1778, après l'expiration de l'octroi de la société d'Anvers pour la fabrication du coton, une imprimerie d'indiennes fut fondée à Vilvorde par François Lepper et Pierre Schavye 1 . La fabrique de noir anima Ici autres produitschimiques, que H. Del fosse éleva au hameau de Trois-Fontaines, en 1826, n'a été en activité que quelques années, et la manufacture de glaces de Trois-Fontaines, annoncée pompeusement en «836, comme devant s'établir avec un capital d'un million, est restée à l'état de projet. Le bourgmestre actuel, M. Hanssens-Hap, a, le premier en Belgique, commencé en grand la fabrication et l'impression des étoffes de crin. Ses débuis sont un peu antérieurs à 1850. On mélange maintenant le crin avec l'aloès, et l'étoffe gagne en beauté et en qualité *. La statistique industrielle de Vilvorde comprend, outre ce bel établissement, où l'on fabrique aussi des passementeries, de la toile écrue et du linge damassé : sept moulins à farine, dont quatre mus par l'eau et trois par le vent ; une fabrique pour la conservation des produits alimentaires, établie par M. Audînet, et qui travaille beaucoup pour Bruxelles; trois brasseries, cinq distilleries, une fabrique de fécule de pomme de terre, une de vermicelle, deux huileries, une saunerie, deux fabriques de chandelles, une de tabac, une de produits chimiques, une savonnerie, une corderie, une fonderie dégraisse, une tannerie, une teinturerie, une fabrique d'étoffes de crin, trois blanchisseries, dont deux servant au blanchissage des toiles, une imprimerie, qui a été fondée en 1852, par M. Dcmat.
Le principal commerce de Vilvorde consiste dans la vente des grains, des pierres, des matériaux de construction, des combustibles: il n'est pas
1 M GttiuRD, H ippoTi tur les produits dr l inJuitric htlqr p IM I M DkUVOtXC, Pc I tndwtrit rn Rthjiqnt, 1 I", |> 36 > .
aussi considérable qu'on pourrait l'attendre de la situation de celte ville entre deux grandes voies de communication ; mais, depuis quelques années, il commence à prendre de l'extension. Outre les céréales, on cultive aux environs de Vilvorde le lin, le chanvre, le colza, le pavot; jadis, on y trouvait quelques vignes, hors de la porte de Flandre notamment; mais, déjà en l'année 1530, elles n'existaient plus. Les prairies du hameau de Houthem et celles qui bordent la Woluwe fournissaient en abondance de la tourbe *, dont l'exploitation a cessé. Il y a quelques années, on voyait encore du côté de Peuthy un four à chaux; il est aujourd'hui éteint. Vilvorde renferme actuellement deux pépinières, dont une surlout, celle de M. De Bavay, est remarquablement belle.
Unesociété d'agriculture s'est constituée à Vilvorde, le 1 2 février 1 848, et a été autorisée, le 24 mai suivant, à remplir les fonctions de comiceagricolepour les cantons de Vilvorde etdeWoluwe-Saint-Étienne (ouSaint-Josselen-Noode); déjà, elle a provoqué plusieurs expositions. Le SOavril 1849, à la suite d'une convention conclue avec M. De Bavay, une école pratique d'horticulture et d'arboriculture a été établie dans l'établissement de ce pépiniériste, près de la station du chemin de fer; elle est destinée plus particulièrement aux jeunes gens de la classe inférieure, dans laquelle se recrutent habituellement les jardiniers. M. De Bavay a déjà donné plusieurs cours publics de taille des arbres, qui ont été suivis par un grand nombre d'amateurs, et l'on peut prédire, sans crainte d'être démenti par l'expérience, que celte institution contribuera à répandre dans notre pays les méthodes perfectionnées des contrées voisines et particulièrement de l'Angleterre.
Les archives de l'ancienne collégiale d'Aix-la-Chapelle attestent que Vilvorde possédait déjà un marché vers le dixième siècle. Après le sac de l'année 1489, la ville se fît octroyer une charte qui sanctionnait la tenue de son franc-marché du mercredi (28 juin 1541), et, ce document ayant péri pendant les troubles de religion, elle en obtint une seconde confirmation, le 5 décembre 1624. En l'an IV, il s'y tenait aussi un marché le samedi. Par un arrêté en date du 13 janvier 1829, les États provinciaux du Brabant ont accordé à Vilvorde trois jours de marché par semaine : le lundi, le mercredi et le samedi; en outre, des arrêtés royaux y ont établi un marché aux grains le samedi (29 juillet 1843), et une foire aux chevaux et aux bestiaux le quatrième lundi après le dimanche de Pâques (16 août 1852).
Vilvorde a eu jadis un lombard, c'est-à-dire une maison de prêt tenue par des marchands, ordinairement originaires d'Italie, et surlout de
1 En 1308. on mentionne unum bonarium paludit turbonum, prout jacet ad unum pttiam m lerritorio Filfbrdimii, juxta vimrtum Henrici dicti Eutlatt de Mtltbroerh.
Loinbardie. Le 3 mars 1448-1419, le duc Philippe le Bon permit à Dimanche de Villa, à Pierre et Philippe de Villa et à Nicolas Macet, « de < tenir une table de prêt h Vilvorde, > pendant le terme de 16 ans et h charge de lui payer annuellement 20 florins du Rhin. Des autorisations pour tenir de semblables tables à Bruxelles et à Vilvorde furent encore accordées : à François Billiotti et Antonio Pallio, pour cinq années, le 1G octobre 1585; au premier seul, pour sept années, le 22 avril 1590; à Prospero Brunius, le 21 octobre 4 fil 4, etc. L'établissement des monts de piété entraîna l'abolition des lombards, où le taux du prêt était excessir. Celui de Vilvorde se trouvait d'abord dans la Ridderstraete 1 ; il fut ensuite, paratt-il, transféré dans une rue voisine du Grand Marché, qui s'appelle encore de Lombaerde straete, et où l'on voit une vieille construction en pierres, qui pourrait bien avoir été un ancien temple de l'usure.
Les gildes de tireurs. — L'esprit d'association, qui de tout temps a été vivaccen Belgique, y amena, jusque dans les plus petites localités, la formation de compagnies ayant pour but le maniement de différentes armes de tir, et qui rendirent souvent d'éclatants services h la patrie. Ainsi Vilvorde eut ses gildes d'arbalétriers, d'archers, d'arquebusiers, dont les jardins respectifs étaient situés dans la Ridderstrate 4 , YAchterslrate et au Mierenest.
La grande gilde de l'arbalète n'yant pas encore de statuts, les magistrats lui en donnèrent le 12 décembre 1416. Le jour de l'Ascension, les confrères tiraient l'oiseau, et élisaient ensuite un chef-homme (hoofdman) et deux jurés; ces trois personnes administraient la corporation et jugeaient les querelles qui s'élevaient entre les membres, et où le sang n'avait pas coulé. Le roi, c'est-a-dire le vainqueur du tir, recevait un denier d'or; lorsque le même tireur sortait victorieux du concours a trois reprises successives, on le proclamait empereur et on le gratifiait de deux livres de gros. Deux fois par an, il y avait un concours de tir entre le roi et d'autres confrères, d'une part, le chef-homme et les jurés, d'autre part ; depuis le dimanche après la Saint-George jusqu'au dimanche avant la grande kermesse de la ville, la gilde donnait tous les mois un tir (maenscheut). On ne pouvait défier un étranger, ni engager une lutte d'arbalétriers contre des archers, sans la permission du chef-homme et des jurés, sous peine d'un pèlerinage à Bois-le-Duc, ra-
• Arhter Sinie Claes gasthuis, in de strate daer mtn gatt trr Lomtmerdtn utrl. recht ttgkttl deCatttttraU, 1441. — Teyen de I.ombatrde oter, cornmend» op dtrn zyde ttgr» deCattt- »tratt 1530.
* In de CatleHrate, ieghtn ovtr den hof oter der tcutters tan dtn rotlbrujht, \\\%. - Dans un acte de l an 1563, on placo ce jardin près de la Cattettrate et de la CoeitraU.
HISTOIHE
clielable moyennant une couronne de France; les confrères ne pouvaient parier pour plus d'un gros de Brabanl à la fois; seulement, s'ils étaient avec des étrangers, il était permis de portor son enjeu à un double sou. Tous les ans, le Jour de la Saint-George, lagilde se réunissait dans sa chambre (op ter Schutiera cumere), à l'hôtel de ville, et de là elle se rendait à l'église, pour y entendre la messe. Quand un confrère en exprimait le désir, tous les membres de la gilde se rendaient a la messe, le jour de ses noces, et allaient à l'offrande. De môme tous assis taienl à l'enterrement et au service funèbre d'un confrère ou de l'enfant d'un confrère; mais, par contre, celui-ci devait léguer à la société sa meilleure arbalète ou un prêter, ou, s'il perdait un de ses enfants, donner 2 gel tes de vin. Lors de la grande procession ou ommcgun ci ' . le jour de la Nativité de la Vierge, 24 arbalétriers y paraissaient bien armés et bien équipés (scutterlyck ende eerelyck gecleet). En outre, chaque confrère devait posséder et entretenir en bon état une arbalètect des armes défen sives, dont le chef-homme faisait l'inspection deux fois par an. En cas de besoin, le chef-homme, de concert avec les jurés et les autres confrères, en choisissait douze, pour faire le service militaire, moyennant une paye égale à celle que recevaient les tireurs jurés de In ville de Bruxelles. Lorsqu'il y avait guerre ou trouble en Brabant, personne ne pouvait abandonner la gilde. Celle-ci recevait de la ville un subside annuel d'une livre de vieux gros ou 25 escalins de gros de Brabant. L'admission dans ce corps entraînant des charges assez lourdes, ou introduisit l'usage de le recruter de force. Lorsque le maire et les èchevins étaient requis par les roi, chef-homme et jurés, de leur fournir de nouveaux confrères, ils faisaient un choix parmi les habitants, et ceux qu'ils désignaient devaient prêter serment d'observer les statuts de la gilde; sinon, le valet de la ville marquait la porte de leur demeure d'une croix rouge, qui y restait jusqu'à ce qu'ils eussent accompli cette formalité. Le duc Jean IV, en approuvant ces statuts, le 3 décembre 4419, déclara absoudre d'avance le tireur qui, pendant un tir, commettrait un homicide sans qu'il y eût de sa faute. Le 5 avril 4540, le maire et les èchevins remirent en vigueur le règlement de la gilde, et Charles-Quint l'approuva, le 18 janvier suivant '.
Par un octroi daté du 20 septembre 1451, Philippe le Bon autorisa les archers de Vilvorde à porter des habits dont les manches seraient ornées de broderies avec l'emblème du fusil (wn dm sto/e); il leur permit aussi d'aller armés de longs couteaux, malgré la défense publiée peu de temps auparavant, et il déclara que si l'un d'entre eux, en tirant,
• On conserve a Vilvordo un registre de la gilde des arbalétrier», qui fut donne a ce corps par le capitaine Pierre Tordeur, en 171*.
tuait ou blessait quelqu'un, sans le vouloir, aucune poursuite ne serait exercée contre lui. Line petite gilde de Tare a aussi existé à Vilvorde et des statuts lui furent donnés, le G octobre 4490.
Les tireurs de Vilvorde figurèrent dans la plupart des grands concours du pays, et, particulièrement, à Malines, en 1395 et en 1404; à Tournai, où allèrent sept arbalétriers de Vilvorde, en 1394; à Bruxelles, en 1405, 1505, etc. Ils donnèrent eux-mêmes des tirs en 1442, 1457, etc. La féte de 1442 fut signalée par une rixe violente; la maison où logeaient les tireurs de Waelhem fut assaillie et on tenta d'y mettre le feu. Les magistrats de Bruxelles condamnèrent plusieurs de leurs concitoyens, qui avaient pris part à cette querelle, à se rendre en pèleriuage à Avignon, à Saint-Jacques en Galice ou à Saint-Nicolas toi Oesten in Baren. Le chevalier Nicolas De Swaef, entre autres, reçut l'ordre de se rendre dans la première de ces villes ou de payer 27 florins (24 décembre 1442).
Un tir à la couleuvrine ou à l'arquebuse eut également lieu à Vilvorde en 1547. Seize couleuvriniers étaient aux gages de la ville et recevaient chacun, pour acheter de la poudre et du plomb, une allocation que les échevins et le conseil de la commune augmentèrent de 4 sous, le 1* octobre 1577, en considération du renchérissement de ces objets. Saint- Jacques était le patron de leur confrérie.
La gilde db rhétorique.— Les délasseraentsdc l'esprit n'étaient pas négligés par nos ancêtres. A uneépoqueinconuue,il se forma à Vilvorde une chambre de rhétorique qui prit le nom de la b'leur-d'OrydeGoude-Ûlwm. £1 le adopta pour devise ces mots : niet sonder God, in liefde groeyende {rien sans Dieu, croissant dans l'amitié); son écusson offrait la représentation de ses patronnes: sainte Anne et sainte Elisabeth. Le 22 juin 1558, les échevins et les receveurs lui cédèrent, jusqu'à décision contraire, « pour de notables raisons » et à charge de la convertir en un beau jardin (eenen trejfdycken Uof), une petite cour près de la chambre du conseil, entre le marché, un mur de clôture et les biens de Gaspar Huysmans. Les rhètoriciens ne pouvaient s'y réunir que lorsqu'il n'y aurait pas d'assemblée à l'hôtel de ville, ni y entrer que par une porte pratiquée dans le mur cité plus haut ; cet emplacement était alors abandonné, « et si sale, que c'était une honte pour la ville. » Peu de temps après, la gilde ouvrit un concours où vinrent, le 2 juin 1560, les gildes ou chambres de rhétorique suivantes : la Rose de Louvain, le Livre et la Fleur de blé de Bruxelles, la Pivoine de Malines, la Grappe de raisins (de Wynaaerdrancken) de Berchem, la Petite fleur de fève (d' Boonblœmken) de Neckerspoel,et l'Arbre croissant (den Groeyendem boom) de Lierre. La Rose remporta le prix du prologue et celui du meilleur fou; la Pivoine ceux
de la plus belle entrée, du meilleur jeu et du meilleur triomphe; le t il. m
Livre le second prix de rentrée, le troisième prix du jeu el le premier prix des facéties ou farces accompagnées de chansons; la Fleur de blé le second prix du jeu, la Grappe de raisins le prix du blason. Au moment d'entrer dans une époque de troubles et de calamités , la Belgique semblait se jeter avec frénésie dans les plaisirs; les premières années du règne du sombre Philippe II furent signalées par les concours les plus splendides qu'on eût jamais Vus. De longtemps, disent les chroniqueurs, il n'y avait eu une réunion aussi nombreuse de rhéloriciens, el jamais il n'y en avait eu de semblable à Vilvorde. On ne sesouvenait pas, ajoutaiton, de s'être si bien amusé depuis six siècles. Mais, au milieu des fêtes, de sérieuses questions s'étaient agitées, des railleries avaient stigmatisé les vices et les fautes de nos gouvernants; aussi, lorsque les rhétoricieos d'Anvers demandèrent un octroi pour donner un concours du même genre, ils ne l'obtinrent qu'avec difficulté, ces fêtes, disait-on, donnaient lieu à trop de dépenses '. Les rhéloriciens de Vilvorde concoururent à Anvers en 1561, et à Malines, eiHG20«. Supprimée lors de l'invasion française, leur association se reforma quelques années après et eut une courte époque de splendeur. Aujourd'hui elle subsiste encore et elle a conservé son théâtre, bien qu'elle ne donne plus de représentations. Une partie des archives de la chambre est restée en la possession d'un de ses membres, M. Jean De Crée; malheureusement, nous n'y avons trouvé que des pièces peu importantes : les comptes depuis l'an 1670 environ, el quelques documents concernant le Roi d'Espagnt. (den Coninck van Spangnien), maison située au Marché, vers le Meer, el appartenant aux rhéloriciens, à qui elle servait de lieu de réunion.
Voirie. — Les receveurs communaux de Vilvorde avaient autrefois dans leurs attributions presque tout ce qui concerne aujourd'hui le collège des bourgmestre et échevins, et particulièrement la surveillance de la voirie.
Depuis Pâques jusqu'au premier octobre, aucun chariot chargé de pierres ne pouvait traverser le Meer, à moins que le temps ne fût trop pluvieux pour qu'on pût passer par le Coestrate. Il était également défendu d'abandonner des animaux sur les remparts, el de laisser sans clôture des jardins (eusele) voisins de ceux-ci. Le samedi, chaque habitant, sous peine d'une amende de trois livres, devait faire nettoyer la partie de la rue qui longeait sa propriété et y faire placer en tas, les boues ou les ordures, afin d'en faciliter l'enlèvement. I > mires mesures encore décèlent la crainte
« Die nuutce Chronyckt van Brabnnt, bl. K)8 — Willem, Belgitch Muséum, /•* detl, W. 60. — ScnnnnE, Nederduyuche oeffenmgen, n« 3, 6/. <46. — Pior, Hitlvirt de Louvam. t. I», p. 338.
• L» SEBfu-SAUTâîiDER, Vtmoire «ur la bibliothèque de Bourgogne . p. 198.
que Ton avait des maladies contagieuses. C'était dans l'intérêt de la salubrité publique qu'on ordonnait de brûler la paille de la maison où il y avait eu un décès, et qu'on interdisait de jeter cette paille, ainsi que des animaux morts ou des triperies, dans la Woluwe, de tenir plus de sept porcs, et de laisser des animaux courir sur le marché. On essaya aussi de prévenir les incendies ou de les rendre moins funestes. Celui qui ne faisait pasplâtrer et plafonnersa maison et qui n'y faisait paséteblirdecheminées, quatorze nuits (la nuit remplace ici le jour, suivant l'antique usage des Germains), après en avoir reçu l'ordre du maire et des échevins, payait une amende de 5 sous de gros. Quand vous reconstruisiez un toit, vous étiez tenu de le couvrir de tuiles ou d'ardoises. Le propriétaire d'un bien valant 100 peter.? devait posséder une échelle longue de 20 pieds au moins, et celui dont la propriété ne valait que 50 florins était tenu d'avoir une échelle de 15 pieds de long. Eu outre, chaque petit métier possédait une, et chaque grand métier deux échelles hautes de 36 pieds.
Un ancien registre des cens et des rentes appartenant a la table des pauvres, registre qui date de l'année 1441 et que nous avons retrouvé à la maison communale, mentionne la plupart des rues actuelles : le Ueer, la Ridderstrate ou rue des Chevaliers, la Cattestrate ou rue des Chats, la Hellincstrate, que l'on suppose à tort avoir pris son nom du célèbre Van Helmonl; la Spiegelstrate ou rue du Miroir; la Molestrate ou me des Moulins, la Visscherstrate ou rue des Poissonniers, etc. Le Meer, qui est déjà cité en 1535 et qu'aujourd'hui l'on appelle aussi la rue de Louvuin, parait être identique au lac appelé Mersch ou le Marais, que Henri I" donna à la ville en 1 !92,et dont,sans doute, l'emplacement fut alorscouvertdcconstruclions.ee qu'on nomme aujourd'hui VAchterstrate ou rue de Derrière, et la rue Aeuve,qui en forme en quelque sorte la continuation, semblent avoir porté jadis le nom de Coestrate ou rue de la Vache*. Autrefois la rue de Bruxelles n'était connue que sous la dénomination de Steenwech, la Chaussée, probablement parce qu'elle faisait partie d'une ancienne chaussée romaine; son nom moderne servait à désigner la rue aboutissant à la porte de Bruxelles et que, depuis l'établissement des Carmélites déchaussées, on a baptisée du nom de rue Thérésienne. Le document cité plus haut mentionne encore la Volderiestrate ou Volderstrate {rue de la Foulerie ou des Foulons), probablement ce que l'on surnomma depuis den Vogelensanek ou rue du Chant d'Oiseau ; le Crofnmenelleboghe ou le Coude, aujourd'hui la rue Verte; le Steeghe, endroit dans le voisinage duquel était située, en 1561, la rue conduisant
• La Ctttitrale se trouv.iit prés du marche et pies de la Hcllim stratr, et devait c-tre a peu pie* parallèle au Mrrr.
au jardin des arquebusiers, la rue dite actuellement Kolvenierstrate; 't Wermoesbroeck (le Marais aux herbes potagères), dont la situation nous est inconnue, mais que nous inclinons à placer vers la porte de Bruxelles.
Les principaux chemins situés au dehors de la ville étaient également entretenus avec soin. C'est ce que prouve, entre autres, un accord conclu le 14 octobre 4636. L'administration locale paya alors 450 florins, plus l G florins 10 sous de drinckbier ou pourboire, et promit 100 florins par an au maître paveur Pierre Van Walewyck, qui s'engagea à mettre en bon état et à entretenir pendant neuf années les rues de la ville, la chaussée allant versPcuthy,celIeallantdela porte de Flandre au pont sur h Leybeke, celle allant de la porte de Matines à VOude sponnen; il devait en outre paver le chemin conduisant du pont sur la Leybeke au château. Afin de s'indemniser des dépenses qu'occasionnait l'entretien de la voirie, la ville levait, de temps immémorial, un wechgelt ou péage, consistant en un demisou sur chaque cheval attelé et une oort sur chaque cheval chargé. La perception lui en fut confirmée une dernière fois, le 26 mars 1672.
Ver3 l'est, dans la direction de Peulhy, la ville entretenait une chaussée aboutissant à une écurie dite van den Quaden plus ou de ta Mauvaise Mare, sous Mclsbroeck, en un lieu où les limites de ce village confinent à celles de Vilvorde et de Perck. Du temps de la duchesse Jeanne, le domaine résolut d'en faire construire une jusqu'à Louvain en traversant Melshroeck, Humelghem, Erps, Querbs, Berchsem on Beyssem,Winxel. Le jour de la Saint-André 1581, Item Hollant, receveur du Brabant, céda cette chaussée pour un terme de 52 ans à Walter Vanderbeke; celui-ci devait pendant quatre ans l'entretenir en bon état; puis, les années suivantes, faire construire tous les ans 4 verges de chaussée ; René lui reconnut le droit d'y lever un péage consistanten iescalins sur chaque chariot chargé, chaque cent de moutons ou d'oies, et sur chaque troupe de quatre chevaux chargés, et 2 escalins sur chaque charrette. Tout cosxete ou journalier, habitant dans les sept villages cités ci-dessus, lui donnait en outre un pain par an, et les couvents de Parcq, de Vlierbeek, de Corlenberg et de Parck-les-Dames, un setier de seigle.
Cette chaussée, dont l'origine nous donne l'occasion de citer le plus ancien acte connu d'adjudication de l'entretien d'une route, nous fournit aussi le premier exemple d'établissement d'un service de messageries. Quelques années après la construction du canal de Willcbroeck, lieorge Rinaldi, qui avait pris a ferme les barques publiques allant de Bruxelles à Anvers, résolut d'établir, pour le transport des voyageurs, des chariots ou voitures parlant tous les jours de Louvain pour Vilvorde et vice versa. Son projet étant de nature à faciliter les commu-
DES ENVinOSS DE BRUXELLES.
incitions de la première de ces villes, et devant nécessairement accroître l'importance de la seconde, les échevins et le conseil de Vilvorde, en présence et de l'avis du maire, promirent à Rinaldi, pour le cas où il viendrait habiter parmi eux, de l'exempter de l'accise sur le vin et la bière et du wechgelt, et de lui accorder une gratiûcation annuelle de 20 florins (4*r septembre 4571). Les guerres civiles, selon toute apparence, entraînèrent la suppression de ce service et firent négliger la route*. Cependant l'utilité de cette voie ne tarda pas à être signalée, et, lorsque, en 1714, les États de Brabant obtinrent un octroi pour prolonger la chaussée de Bruxelles à Louvain jusqu'aux frontières du pays de Liège, ils y firent comprendre une autorisation d'établir une route entre Vilvorde et Nosseghem. En 1778, le magistrat de Vilvorde engagea vivement le gouvernement à donner suite a ce projet; il insista sur l'avantage qu'en retireraient les carrières domaniales de Dieghem, et il exprima le vœu que les relations de la ville avec la Flandre fussent facilitées par la construction d'une autre route allant rejoindre, par Grimberghe et VVemmel, celle de Bruxelles à Gand. Ce ne fut que cinquante ans plus tard que ce vœu fut réalisé. En 1826, des fonds ayant été votés par les Etats provinciaux pour l'ouverture de plusieurs nouvelles voies de communication, on commença, en 1828, la chaussée de Vilvorde vers Alost, qui ne fut terminée qu'en 4835, on prolongea jusqu'au delà de Dieghem celle de Schaerbeek, et, vers l'année 1830, on relia ces deux routes en prolongeant dans la direction de Dieghem l'ancien chemin pavé vers Peuthy.
Les communications par terre entre Bruxelles et Vilvorde furent jadis négligées, probablement parce que l'on pouvait se rendre par eau de l'une à l'autre de ces villes; cependant la première parait avoir fait quelques travaux au chemin qui traverse les prairies longeant la Senne: le Postweg ou chemin de Poste. Du moins, elle en était propriétaire, puisqu'elle le releva de la cour féodale de Brabant, le 14 octobre 1552. L'agrément que présentaient autrefois les barques publiques du canal de Willebroeck, puis l'établissement de la belle chaussée de Bruxelles à Malines, le firent tout à fait délaisser. Les religieuses de Ten-Troost obtinrent, le 25 octobre 1597, l'autorisation de rectifier l'alignement du chemin vers Malines, dans un endroit voisin de la léproserie de Vilvorde, où les voituriers ne se faisaient pas scrupule de tracer, à travers champs, deux ou trois chemins parallèles. Plus loin, dans les villages d'Eppeghem, de Sempse et d'Hofstade, ce chemin était empierré depuis une époque très-ancienne , mais ce ne fut qu'en 1698 qu'il recul sa direction et ses
• En 16^8. on parle encore de la StmHctg «fi htrbatnt loopendt tan Ytlvoerden naer Lottn
dimensions actuelles. La chaussée construite alors s'arrêtait au pont du canal près de la porte de Flandre, à Vilvordc. Le 8 mars 1701, les magistrats de Bruxelles autorisèrent ceux de Malines à la prolonger le long des rives du canal jusqu'à l'écluse de Ransbeke ou des Tr i - Fontaines; un accord définitif fut conclu, à ce sujet, le 27 août suivant, entre l'administration du canal et celle de la cité Malinoise. De celle-ci à Trois-Fontaines, on trouve encore de petites bornes portant des écussons aux trois pals, antiques insignes de la métropole ecclésiastique de la Belgique.
La nécessité de mettre la Campine en communication directe avec les parties centrales de la Belgique, et d'améliorer l'état du lit du Démer fit décider, en 1830, le creusement d'un canal de grande dimension et d'une longueur totale de 46,000 mètres, qui aurait coûté 940,000 florins. Suivant le projet présenté aux États provinciaux par l'ingénieur en chef Teichmann, le 1er mai i 828, il devait quitter le Démer à Diest, suivre celte rivière jusqu'à Aerschot, emprunter ensuite son lit, puis celui de la Dyle, atteindre le canal de Louvain à l'écluse de Campenhout, et enfin arriver au canal de Willebroeck à Trois-Fontaines. Les travaux furent adjugés le 24 juin 1830 à M. Édouard de Saint-Mars, de Sainl-Ghislain, qui, d'après le cahier des charges, devait terminer la première section, celle de Vilvordeà Campenhout, pour le 1" mai 1832, et, par contre, jouir du produit de la perception des droits de la navigation, pendant cent ans. Les événements qui survinrent peu de temps après, arrêtèrent l'entreprise; il fut de nouveau question de la réaliser, en 1836, mais bientôt on la laissa tomber dans l'oubli une seconde fois ' .
Les receveurs du domaine et la chambre de tonlieu de Vilvordb. — Les franchises que les ducs de Brabanl accordèrent à Vilvorde eurent pour conséquence inévitable d'accroître dans celte ville l'importance de l'ccheviuage ; mais, comme le souverain se réserva le droil de nommer à ces fonctions, son autorité conserva toujours le même prestige. La commune lui resta dévouée, et, de leur côté, nos princes lui prodiguèrent les marques de prédilection. L'obligation où était la ville, de nourrir une meute de sept ou huit couples de chiens courants, rappelle les visites fréquentes que les ducs rendaient autrefois à sa fidèle population *.
Un receveur du domaine, qui prenait le titre de receveur au quartier
1 Voyez un grand travail do M. l*iMpecleur des ponts et chaussées Vifquain, intitulé : Dr* %-niet nacigablet en Belgique (Bruxelles. Devroye. 184:1), p. 187.
» Édit de Marie de Hongrie, de l'année dans le* Placard, de Bmbant . t. lit. p. :m
de Vuercu et de Vilvorde, percevait les cens et les rentes qui étaient dus au duc de Brabant dans letendue de la mairie de Vilvorde, sauf à Overysschc et à Hoylaerl, qui formaient, avec La Hulpe , une recelte particulière. Celle d'Oversinne ou Overzenne, qui comprenait les mairies d'Asscheet de Capelle-au-Bois et une partie de la mairie de Merchten, lui fut ensuite annexée, mais alors les revenus du domaine étaient, pour la plupart, donnés en engagère. A Vilvorde même, le souverain possédait : des moulins à eau, cinq bancs à la boucherie, la pêche dans la Senne, le droit de louche, sur les grains; celui de gruyte ou droit de fabriquer de la drèche, le droit de balance ou du poids public, le tonlieu. On conserve, aux archives du royaume, les comptes des receveurs du domaine au quartier de Vilvorde, à partir de l'année 1405. L'un de ces officiers, Jean Huenens, obtint du magistrat exemption des accises sur le vin et sur la bière (20 novembre 1567).
Chaquereceveurdudomaineprésidaitd'ordinaire une cour censale composée de tenanciers. Celle qui était dirigée par le receveur de Vilvorde s'intitulait chambre de lonlieu au quartier de Vueren, Vilvorde et La IIulpe;elle reconnaissait lacliambrede tonlieu de Bruxelles pour tribunal d'appel ou cour supérieure Le greffe de Bruxelles reçut, le 15 frimaire an XII, les registres aux adhéritances de la chambre de Vilvorde . pour les années 1600 à 1619,1624, 1647 à 1694, et 1700 à 1792; une autre partie de ses archives, consistant surtout en fardes de procès et en un registre aux adhéritances pour les années 1563 à 158î>, a été récemment déposée aux archives du royaume par l'administration communale. La chambre était présidée par le receveur du domaine, et composée de sept tenanciers jurés; elle était chargée de sauvegarder les droits du souverain, de veiller à ce que les chemins et les tours d'eau fussent entretenus avec soin; elle donnait son avis sur les octrois pour construction de moulins, de ponts, etc.; elle jugeait les contestations qui s'élevaient au sujet des biens tenus à cens du souverain ou de ces cens eux-mêmes; seulement, quand on vendait ou hypothéquait un bien de celle nature, situé à Vilvorde, on devait en passer acte devant les échevins du lieu. La chambrese réunissait tous les quatorze jours ; enlreautres émoluments, elle recevait par an 140 fagots et 14 mesures de bois, en vertu d'une décision de la chambre des comptes, datée du 4 mars 1616. Le local ou elle siégeait el dont le rez-de-chaussée servait de boucherie, se trouvait dans la partie sud-est du grand marché, il a été abattu pour agrandir cette place.
L'ancien château de Vilvorde. — Aucun témoignage ne permet de
' Voyez Martinez, Rtrht Domantatl tan Rrabanl. ,
47 f. HISTOIRE
supposer que les premiers ducs de Brabant aient eu a Vilvorde une habitation qui leur appartenait *. Même après que Wenceslas et Jeanne y eurent fait bâtir un château-fort, leurs successeurs logèrent de préférence chez un bourgeois notable. Anciennement, plusieurs fiefs leur devaient des services qui allégeaient les charges de leurs hôtes. Ainsi, en 1374, Guillaume Die Kempeneer, du chef d'un fief consistant en une maison située au Steegeei en un demi-bonnier à Coninxloo, était obligé de livrer des tables à l'hôtel où logeait le duc, et Waller Van Liere, possesseur de six journaux déterre au lieu ditdenPrike, y fournissait des lits. Les sergenteries de la ville formaient également des tenures féodales, et Guillaume Van Bomale, à titre d'une lenurc composée de terres éparpillées en différents endroits, était assujetti à exécuter, soit en personne, soit par substitut, les criminels condamnés à la potence *.
Le triste honneur d'avoir élevé en Brabant une nouvelle prison d'état revient au duc Wenceslas, ce prince faible, prodigue, dont le règne ne présenta qu'une longue suite de guerres malheureuses et d'agitations inutiles. Riche des amendes énormes qu'il avait imposées aux Louvanisles, pour les punir de leurs soulèvements continuels, il voulut s'assurer, à proximité de cet le ville et de Bruxelles, un lieu de refuge assuré *. Le roi de France venait de faire construire, près de Paris, cette odieuse Bastille, dont le peuple salua la destruction avec tant de joie en 1789; Wenceslas, qui se piquait d'imiter en tout les modes de nos voisins du Midi, Wenceslas, prince voluptueux, dépensier, oppresseur, s'empressa de suivre un si bel exemple. En 1375 *, ou, selon d'autres, en 1374 5, il fit élever à Vilvorde une forteresse qui offrait une ressemblance frappante avec la Bastille, comme on peut s'en assurer par le dessin ci-joint. Elle consistait en sept tours formant un carré et reliées entre elles par des corps de logis moins anciens; elle était entourée par un vaste fossé remplid'eau,el necommuniquait avec le dehors que par trois ponts. Comme la Senne la traversait de part en part, et afin que les commandants de la forteresse ne pussent jamais gêner la navigation, Wenceslas promit qu'on ne lèverait pas de péage en cet endroit, que le châtelain serait obligé de faire lever ou baisser l'écluse construite sur la rivière,
i Un acte du duc Jean lll,du4août 13 19. est date: in onten borch van Vilvoirden(Selecta) . maïs, très-piobablement, le mot borch est pris ici dans le sens de bourg, petite ville. — Le même dut- se trouvait encore a Vilvorde le mercredi après la Sainl-Matbieu de la même année. V»» Milris. Charierboeli ran Uolland, Ih dtel, bl. 210.
* En dtt Iren ts uuldigh l ghtricht ran der galghen tedoen te Vilvorde, alto geuierrt i». » BrabanUthe ïeesten. Iiv. VI. c. 45 — Div.ces. Annalt» Lovan., liv. lit. p. 57. — Fon-ens.
Chronique tnanuicrtte de Bruxelles.
« S»!iDE«i'S.v4u/<r, pp. 40 et 41. — Vas GtSTri. 1. 1", p. 130. — Fomus.
* Anntcdota Bruxelltnua. — Div*is, Annale$ Lovan., I. III, p. 27.
à la réquisition dos échevins, ou d'un seul échevin el d'un bourgeois, et que les magistrats communaux auraient toujours accès aux murs séparant la Senne des fossés de la ville (4" juin 4575)
Par un acte du 14 mai 1380, Othon, seigneur de Trazegnies et de Silly, et son frère Ansaulx ou Anselme de Trazegnies, seigneur de Heppignies, transportèrent à la duchesse Jeanne, moyennant 44,000 livres de vieux gros, les héritages qui leur appartenaient à Vilvorde, « pour y fonder le chastel *. » Une rente de 3 livres el le droit de quatrième gerbe sur certains biens furent en outre abandonnés à sire Anseal ou Ansaulx, qui les vendit à Jean, fils de Gosuin de lier toge (relief de 1403-1404); après celui-ci, ces revenus passèrent aux Enghien-Kestergat, puis aux Hinckaert de Lille, et enfin aux Van Steelant de Perck.
Les premières constructions ne furent pas élevées avec tout le soin désirable, car, en 4590, leur état fut l'objet d'une enquête \ Soixante-dix ans après, l'édiOce, faute d'entretien, tombait de vétusté. Le duc Philippe y fit exécuter des travaux considérables, qui coûtèrent 8,480 livres de 40 gros de Flandre, suivant le compte qui fut clos le 27 janvier 4468- 1469. La maçonnerie seule entraîna une dépense de 6,937 livres. Jean Vandenberge, maître des œuvres ou architecte du duc, en Brabant, en
1 Voyez Suidcrus, I. c. — Schates, Hutoire de i architecture en Belgique, t. Il, p 355.
* Inventaire M* 1 de» chartes de brabant, aux Archives du Royaume.
* Item, apudFilfordiam, ad tidendum defectum édification» rattri ibidem. Compte delà recette générale de Brabant, aux Archives du Rovaume
T II. *
fut déclaré adjudicataire, le 8 mars 1459-1460, sous la caution de son fils Guillaume, de Guillaume d'Oyenbrugge, charpentier, et de Gosuin Van Malder, autre charpentier bruxellois, qui demeurait rue des Foulons (ou du Lombard). L'ordonnance, ou pour parler le langage moderne, le cahier de charges des travaux, avait été arrêté par maître Jehan Pinchon, maistre des œuvres du duc à Hesdin, Mahieu De Layens, maislre des œuvres de la ville de Louvain, et Chrétien Van Audcnhoven, mesureur juré du duc; à ces architectes avaient été adjoints maîtres Gherart Le Drut, maistre des œuvres de la ville de Lille, et Jehan Le Marchant, maistre des œuvres du duc à Gorcum, pour juger les contestations qui pouvaient s'élever entre les officiers du prince et Vandenberge. Celui-ci reçul 10 peters de 38 gros de Flandre par verge, en tout 6,937 livres de 40 gros de Flandre, sauf une somme de 342 livres, qui ne fut payée que le 42 août 1485, alors qu'il était très-vieux, aveugle et mis en tutelle comme dépourvu de raison, à ses enfants : maître Jean le jeune, maître ouvrier du roi de France, Guillaume, et Béatrix, femme d'Engelbert Vliege *. Les autres maîtres-ouvriers qui travaillèrent au château de Vilvorde, à cette épeque, furent : Guillaume Van Oyenbroeck ou Oycnbrugge, à qui on paya 400 livres pour la charpente; maître Jean de Helz le jeune, qui reçut 571 livres pour la toiture (14 livres par verge), etc.
' Voici le texte entier de la noto marginale qui nous a fourni ce passage . si curieux pour l'histoire d'une de no» anciennes ramilles d'artistes : On tien VII dach der maenl van «lignait anno Xllll' LXXXV ryn alluer in der cnmeron gecompareert : meester Jan Vandei berge de jonge, meester tctrrman de» ronims rnn Yrtiucryrke, Willem Vandenberghe. weltige sonen. endc dair loo IngelbrcchtVIicge, als man ende momhour vau joufTr. Kalelyneti Vandenberge. wettige dochter mevsters Jans Vandenberge den ouden, onlancs meester werckmau myn* genedigen hceren in zynen land van Brahant. ende hebbon openbairlyc gokenl ende gelcdeu dat zy samentlye hebben onlfaugen in den naine ende lot bebœf des voirseidcn meesteren Jans Vandenberge den ouden. hairs vaders, by redenen dat hy zeer oui. blent ende vau memorien beroeft is, ende mils dien oie by den wcthouderen derstad van Brussel gestelt in mombonen. \an m\nen beer den cancellier van Brahanl heeren Kacrlon DcGrote. ndder, als man ende momboir van vrouwen Margrieten van Bavesrhote. van wegi'n wylen meesteren Henncs Stoop, buers yersten mans, in den name ende als weltieti sono des voirseidcn gccommittccrden wylen meester Jans Stoop. zyns vaders, dio voorscide somme van drie homlert iwee ende veerlich ponden zeven scellingen zesse peunmgen van XL grolen vlamsche tpont, seeldende dair af quitc den voirseideu gccommittcerden wylen meesteren Janneen Henril Stoop, heeren Kaerlen DeGrole. cancelier, vrouwen Margnelen. endoalten anderen des quitancie behoevende, mitsgadcrs oie van al tgbene des die voirsoide mecsier Jan doude, meester Jan die jonge. Willenende Ingel, in den name als voer, len ocsuyue van dien of \an enigen van der wenken verelairt in de>e rekeninge hier voer of oie BlutersilU, •ouden mogen heessthen nu of in toeconunde tyden . in eniger manieren, bekinnende heu al van al wel cuite wetlelyc vcrnuegtit, voldaen en lie'.aell te zync.ende alty t dair atf inné te slane ende warant le zyne tegen eenen yegelycken. Artum in de camere van den voiraeide rekeninge te Brussel . op den XII™ dach van ooxst Xlllt' vivendelachlentic jair Compln det (ruraux esecuti* au cltuieau de Yjlrorde, de H y à IUi7.aux Archives du royaume.
En 1400, Maximilien d'Autriche et le conseil des finances (iront faire au château des réparations et des agrandissements, qui coûtèrent 555 livres 4 sous, somme dont on préleva le montant sur le produit des aides de Urabant. 80 livres de 40 gros de Flandre furent encore dépensées, pour cet objet, en 1502 (acte de décharge du 28 septembre), lorsqu'on construisit la grande tour 1 ; en 1504-1505, cette tour n'étant pas couverte et se trouvant en très-mauvais état, Philippe le Beau assigna une , somme de 500 livres, à prélever sur la recelte du domaine au quartier de Vueren et Vilvorde,pour la réparation de ses châteaux, moulins et autres propriétés bâtie3, dansce quartier. En 1 558, on travailla à rccdifier la Tour des chartes, qui avait été brûlée peu de temps auparavant par la foudre. Maître Louis Van Bodegem, maître-ouvrier des maçonneries du souverain en Brabanl, donna le plan de la nouvelle tour et en dirigea la construction; par deux résolutions, l'une du 15 mars 1538-1539, l'autre du 20 du même mois, la chambre des comptes lui alloua pour ces deux objets 56 florins carolus ou 14 livres de gros. Il fut aidé dans ses travaux par Louis Van Ophem, Jean Van Loven et Simon Strote; et, comme il mourut avant l'achèvement de la tour, ce fut son successeur Pierre Van Wynhoven qui contrôla les dernières fournitures faites par les entrepreneurs, moyennant un salaire payé, moitié par ceux-ci, moitié par le domaine. Lorsqu'on mit les travaux en adjudication, les maçons de Bruxelles furent mandés à Vilvorde et invités à les entreprendre ; leur prix ayant été trouvé trop élevé, ils reçurent 6 carolus comme indemnité de déplacement (18 mars 1558-1539). Le 8 mai suivant, Antoine Vandenputte, de Bruxelles, offrit de rebâtir la tour, moyennant 5 livres 10 escalins de 40 gros de Flandre par verge; suivant un mesurage exécuté par Pierre Van Wynhoven, le 16 janvier 1541-1542, lui et Jean Elens, qui le remplaça, construisirent 170 1/4 verges de murailles et 24 inckelvoeten (pieds isolés?). Van Wynhoven fournit aussi quelques ouvrages en pierre et, entre autres, six embrasures pour artillerie (busgaten), qui lui furent payées 7 florins 4 sous (24 juin 1541). Les briques coûtèrent 9 escalins de gros le mille, le muid de chaux 3 sous de gros. Deux charpentiers de Bruxelles, Walter De Cock et Jean Bauwens, reçurent 200 florins du Rhin ou 50 livres de gros pour la charpente des deux étages de la tour et pour avoir surmonté celle-ci d'un nouveau comble {ketele). La dépense totale s'éleva à la somme de 4,914 florins carolus (dont quatre valaient une livre de gros).
Depuis cette époque on travailla encore à plusieurs reprises, en 1C09, en 1694 et en 1698, au château de Vilvorde, mais sans en altérer nota-
• Saudkiius place l'achèvement de celle tour en 150:1.
blement l'architecture. Le 27 juin 1609, la chambre des comptes permit d'employer 24 chênes pour réparer cette forteresse. Des bastions et une contrescarpe, régnant autour de ses fossés, vinrent augmenter ses moyens de défense. Au dix-huitième siècle, l'entretien en fut très-négligé, et, en 1742, on dut dépenser 40,000 florins pour la rendre habitable. Après la paix d'Aix-la-Chapelle, eu 1751, comme il s'y trouvait une cantine franche, le magistrat prit le château en location, moyennant 140 florins par an, afin de diminuer la fraude des accises. Vers celle époque, plusieurs industriels, entre autres Murray et Norbert Coene, demandèrent, mais sans succès, à pouvoir s'y établir. D'après un état des lieux, daté du 2G mars 1771, le château se composait alors de cinq tours, de cinq demi-tours, d'un grand salon sans toit, de six chambres basses et de six chambres hautes; les murs étaient en bon état, sauf qu'il s'y trouvait quelques brèches. Moyennant 58,000 florins, on pouvait rétablir le loul dans un état convenable.
Chacune des tours de la forteresse avait son surnom. En 1459, on mentionne la Grande tour, la Petite tour, Âionjou, c'est-à-dire Montjoie, qui se trouvait à côté de la précédente, la Tour Centrée ou Poorttorre et la Cockentorrc ou Tour de la cuisine, qui était contiguë à celle dernière. Le 16 mars 1494-1485, Jean de Bourgogne, seigneur de Herlaer, vendit au domaine dix-huit verges de pâtures, situées près de la Kempeneer-torre, près des remparts de la ville et près de la Senne. De temps immémorial, la Tour des chartes servait de dépôt d'archives. Peu de temps après la reddition de Bruxelles, en 1585, le prince de Parme ordonna de transférer dans celte ville les charles du Brabanl; mais, dès le mois de mars 4587, ces précieux documents furent retirés de l'hôtel de la chambre des comptes, à Bruxelles, et envoyés à Vilvorde 1 ; ils revinrent dans la capitale, le 17 mai 1667, et ce fut sans succès que le conseiller Blanche proposa de les transporter de nouveau dans le château bâti par leducWenceslus(19aoûl1683). A l'un des angles de l'édifice se trouvait une chapelle, a laquelle étaient annexés deux bénéfices, celui de Sainl-Anloine el celui de Saint-Sauveur ;;la chapelle, ayant été pillée pendant les guerres de religion, ses rhapellenies cessèrent d'être desservies, et ce ne fut que vers l'année 1644, et à l'instante demande des prisonniers, qu'on y réorganisa la célébration du service divin.
La liste des châtelains de Vilvorde, qui se trouve dans Sanderus, est incomplète. On n'y cite ni Costin de Bansl, nommé eu 1380; ni Guillaume d'Ophem, ni Henri, seigneur de Pervvez, qui fut désigné pour le remplacer, le 24 juin 1406; ni Guillaume de Ransl, Jehan de le Duschc ou
1 Sanderus place telle tianslalioii au 8 janvier 1&87 cl dit. a lorl. ijue les chartes vinrent alors de Nivelles.
Vanderdussen et Jean Zvaef, chevalier, dont les nominations respectives portent les dates du 5 mars 1406-1407, 39 octobre 1407 et 3 décembre 1412; ni Guillaume d'Assche, à qui Jean IV confia ces fonctions, en 1419, et dont nous avons déjà rappelé les infortunes. Le 12 février 1407-1408, quelque temps après sa nomination, Vanderdussen donna un reçu des meubles, canons et munitions qui étaient confiés à sa garde1. Les princes de la maison de Bourgogne affectèrent d'investir de cet emploi des gentilshommes appartenant à la première noblesse : Jean de Luxembourg, qui succéda au sire de Rolselaer (1431); le seigneur de Croy (1440); Jean de Berghes, seigneur de VValhain (1477); Engelbert de Nassau, seigneur de Bréda (1503); Charles de Poupet, seigneur de La Chaulx, chevalier accompli, également propre à la guerre et aux négociations, et qui, de plus, aima et cultiva les lettres (juin 1504); Jean de Berghes, chevalier de la Toison d'or (1508) ; Antoine de Berghes, seigneur de Berg-op-Zoom (1530); Philippe de Lalaing, seigneur de Molemhais (1541). Les châtelains commencent alors a être pris dans la noblesse secondaire. Ce sont : le chevalier Jacques de Brégilles (fi avril 1557), Antoine Van Os, seigneur d'Heembeek (22 novembre 1 567); messire Philippe-René d'Oyenbrugge, drossard de Grimberghe (27 mai 1578); Van Os, de nouveau, en 1583; son fils Charles-Philippe, en (389; Henri de Bronckorsl (1600), qui éternisa son souvenir par plusieurs fondations utiles; Charles-Louis Lecomte, capitaine d'une compagnie d'infanterie allemande (1629), et Charles-Philippe Lecomle (Ifi55). A celte époque,leurs fonctions perdirent toute leur importance. Bornons-nous a rappeler que la place de gouverneurde Vilvorde, vacante par la mort du sieur Le Fret, fut réunie à la chatcllenîe, en 1695, en faveur du capitaine de cavalerie Vandernoot •«
Elle serait longue la liste complète de ceux qui ont expié dans les cachots de Vilvorde leurs erreurs politiques ou religieuses. Ce serait un mélange singulier de noms empruntés à tous les pays et à toutes les opinions. En 1421, Thirrri De Loose et Jean De Wecrt, patriciens bruxellois, y expièrent leur attachement au duc Jean IV. Sous Philippe le Bon, un Philippe l'Kscolatre y fut incarcéré pendant quinze
» Enen tirouketel. enen mclalcncn horon doir mede dat do waihtor blaest onde twee motlalcn scuren (?), item twee mottalen donderbussen in bout gebonden ende tvvelff loodhus- ■M metten drevelcu dairlœ ende noch drie t levu loodhuskeno ende dairtoe -«evon donderbusgeslcllen , ende noch dairloe omirent een hulve slecke loods, item eonen banct»ogc metleu banc eu vier voetbogen al in stucken onde een wandaes, item sou ri tonnon sescuts met vol ende een cleyn tonneken Résout» ende een rleyn louneken met vieipylen, item een tonneken dondercruyts omirent half vol, een tonneken van twclef gellen grole omtirnt half vol sol fers endo een tonneken van X gelten grote half wlsolpeterv Reçu original au* An h du royaume.
» Relations irritables <lu 17 mai 1695
jours el Tut ensuite relâché, après avoir prorois, • par sa foi, son honneur el son serment, » de s'y constituer prisonnier, s'il en était requis par le duc ou par une de ses villes de Louvaiu, de Bruxelles et d'Anvers (acte donné à Vilvorde, le 28 avril 1458) l. En 1459, Jean de Bourgogne, évêque de Cambrai, y envoya le commandant d'Amiens, qu'il avait fait arrêter comme suspect de vouloir livrer cette ville importante au roi de France Quelques années après, on y vit arriver Adolphe d'Egmont, si tristement célèbre pour avoir empoisonné son père, le duc Arnoul de Gueldre, et qui fut depuis conduit à Courtrai, où les Gantois le délivrèrent en 1477 ». Pendant les troubles du règne de Marie et Maximilien, les prisonniers politiques se suivent et se remplacent, suivant que l'un ou l'autre parti écrase ses adversaires. A la mort du duc Charles, presque toutes les villes belges s'insurgent. Tandis que Hugonet et Himbercourt payent de leur téle leur dévouement à un prince abhorré, on arrête à Gand Jean Gros, membre du parlement de Malines; a Mons, Antoine Uanneron, trésorier général; à Bruges, le prévôt de Saint-Donat; tous trois sont conduits h Vilvorde, mais au bout de quelques mois', Maximilien les rend à la liberté *. Après la mort de sa femme, cet archiduc d'Autriche veut briser l'opposition qui se forme contre lui au sein des États de Brabant : Nicolas de Heetvelde, l'un des principaux magistrats de Bruxelles, et George T'Serclaes, secrétaire de celte ville, sont arrêtés et emprisonnés à Vilvorde, où le premier périt par la main du bourreau, le 21 mai 1483.
Bientôt arrivent d'autres captifs: en 1485, après la soumission de Gand, Maximilien fait conduire à Vilvorde Louis de la Gruulhuse, l'un des chefs de la noblesse flamande; quelque temps après, il y fait enfermer Adrien Vilain, seigneur de Rassenghien, autre chef du parti populaire, qui avait été illégalement arrêté à Lille. Mais la Flandre ne tarde pas à s'insurger de nouveau, et, au moment où les hostilités recommencent, le sire de Liedekerke pénètre dans la citadelle de Vilvorde, sous prétexte de la visiter, rencontre son parent, l'entraîne, blesse le gardien qui voulait s'opposer à leur fuite, et conduit Rassenghien à Tournai (1487) 5.
Sous Charles-Quint, apparaissent d'autres personnages : un chevalier de l'ordre de la Toison d'or, don Juan Emmanuel, accusé d'avoir conspiré pour priver de la succession du roi d'Aragon le jeune souverain des
« Inventaire de» charte» de firafanl, cote w 2. aux Archive» du royaume.
3 McVM, lierum fiandric. I. XVI, p. :i73.
* lit Nkjy, Mémoire» sur le» Payt-lius aulne lut m t. 1", p. 8.
» MCOTKMK, Hrnim Auslnar I E, r 3.
» l ient, I. c , l 11, c. 13.
DES ENVIRONS DE DniXELLES.
Pays-Bas, le duc Charles, depuis empereur sntts le nom de Charles- Quint (1513) 1 ; un député frison, Jenco Douma, qui utilisa sa captivité de huit années, et l'employa à écrire une histoire de la guerre de Frise (1525) * ; un Mm Van Langenhaeghe, d'Anvers, qui se disait parent, par bâtardise, de la reine d'Écosse (1550) 5 ; puis des démocrates et des hérétiques. En 153D, deux Gantois, regardés comme ayant été au nombre des chefs du soulèvement de leurs compatriotes, Pierre Huevinck, maréchal, et Louis Jooris, surnommé le capitaine Talkein, furent arrêtés à Bruxelles et conduits à Vilvorde, où on les exécuta », La liste des hérétiques est plus longue. Elle commence, dès les premiers temps du protestantisme, par Guillaume Tindal. S'étant enfui d'Angleterre pour échapper à la vengeance du roi Henri VIII, qui s'était alors posé en champion du catholicisme, Tindal s'était réfugié à Anvers. Arrêté dans cette ville par suite d'informations venues de sa patrie, il fut brûlé vif à Vilvorde, en 4536 < comme ayant de mauvais sentiments sur la sainte foi catholique, » et en même temps que Martin Vyer. On paya 102 livres au lieutenant (sladhouder) du château, Adolphe Van Wesele, pour avoir gardé Tinlalus pendant un an et 135 jours, soit 40 sous par jour. Le procureur général envoya à la même époque à Van Wesele trois autres luthériens : Yserant le Curé, Michel le Charlreulx et maître Corneille le Cordelier °.
Le 6 janvier 1547-1548, on décapita, à Vilvorde, dans l'intérieur du chai. -au, la dame de Bigard et son (ils, accusés d'hérésie. Le 2 janvier 1549-1550, le sire de Fromont, qui était aussi accusé d'adhérer à la doctrine des protestants, fut envoyé de Vilvorde à l'abbé de Liessies, « pour être gardé, jusqu'à ce que l'empereur en eut autrement ordonné, et avec ordre de le traiter honnêtement, et, au surplus, tenir regard sur sa conduite "'.» Du temps de Philippe II, plusieurs exécutions rendirent tristement célèbre le château de Vilvorde. Le 1er juin 1568, le bourgmestre d'Anvers, Antoine Van Stralen, le seigneur de Beckerzeel Casembroot, secrétaire du comte dEgmont, Alphonse de la Loo, secrétaire du comte de Ilorues, et le Frison Bouwena y périrent sur l'échafaud ». Lors de l'abolition de la religion catholique à Bruxelles, en 1581 , les curés de cette ville et le dominicain Ruyskenvelt, accusés d'avoir fomenté une
■ De Kliffi sotRC. Ihttoirt de la Toison d'or.
* Aztvioo.
* POFMM.
« M GicHtiiD. Sur 1rs troubles dtGamien 15W, p. 185, noteî (Mémoires de l'ttodémk t X). s Mtêtogtrdn art* et des a iences, annw 1834, p 527. — M TekWtCORB*. « Comi'le* des ronfisrations, registre n° I9,6G2, ;m* Archives du royaume. ' Archives de l'audience.
* Mentira.
sédition, y furenl envoyés, et on les y retint longtemps en captivité.
Au dix-septiémesiècle, les prisonniers politiques s'y succédèrent moins fréquemment, à cause de l'atonie qui s'empara alors de nos provinces, et parce que le gouvernement préférait garder ses ennemis réels ou supposés dans le château d'Anvers. En 1610, Albert et Isabelle y envoyèrent Henri De Coslcr, de Bruxelles, prêtre inslruitel zélétinais dont l'humeur, dit-on, était bizarre, et le style mordant; il mourut en captivité enJOlx1. Une femme qui, depuis, devintcèlèbre par ses poésies, Antoinette du Ligier de la Garde, femme d'un gentilhomme français dévoué au célèbre prince deCondé, Guillaume de Lafon de Boisguérin, seigneur des Houlières, fut enfermée à Vilvorde, en 1657, pour avoir réclamé, avec trop d'insistance, quelques sommes dues à son mari. Pendant huit mois, elle n'y eut d'autre consolation que la lecture de l'Écriture sainte et des pères de l'Église; selon la tradition, elle aurait eu pour prison un réduit obscur dont une partie existe encore, et dont la lucarne se voit dans la première arche du pont conduisant à la maison de détention. M. de Boisguérin n'ayant pu obtenir sa mise en liberté, s'introduisit avec quelques soldats dans le château, enleva sa femme et rentra avec elle en France, où une amnistie avait été publiée. Les iniquités du genre de celles dont Mme Deshoulièrcs eut â se plaindre, n'étaient pas rares sous l'ancien régime. Un malheureux, accuse d'avoir assassiné le duc de Croy,fut détenu trente-deux ans à Vilvorde, où il demanda à rester, lorsque son- innocence eut été reconnue, grâce aux aveux du vrai coupable*. Vers l'année 1650, il se trouvait dans la forteresse un Français qu'une dame belge faisait retenir prisonnier depuis quatorze années, sans avoir intenté des poursuites judiciaires a sa charge s.
Plus tard, le jardinier Vanderhœveu, de Saint-Josse-ten-Noode, coupable d'avoir excité les Nations de Bruxelles â refuser l'impôt, précéda à Vilvorde (28 avril 1681) les conseillers de Brabant De Man et Franquen, à qui l'on reprochait d'avoir désobéi au prince de Parme (30 août 1681). A ceux-ci succéda bientôt Prado, le favori, le secrétaire de ce prince, un des plus déplorables administrateurs que l'Espagne nous ait envoyés (1682). Vanderhoeven ayant été énergiquement réclamé par ses collègues, les auties doyens des métiers, ne larda pas à être relâché *. Enfin, un des premiers seigneurs du pays, le comte de Mérode-Westerloo, et le prince d'Aquaviva, y furenl emprisonnés, en 1701, par ordre de
i RoavkCT, Bruxelles illustrée, t. II, p 143. • Histoire de Bruxelles, t. Il, p. 4i.
» Dunissis L'EtC OTTKM, Voyage dans les Pays-Bas espagnols {Heruede Bruxelles, octobre 1841 , p. fï).
» Htstmre dr Bruxelles pasiim — Behtiom nntables.
l'électeur de Bavière, en apparence, pour uu manque d'égards envers ce prince, mais en réalité à cause de leur attachement à la maison d'Autriche *.
La maison de correction. — Au nombre des réformes heureuses qui signalèrent . en Belgique, le règnede Marie-Thérèse, on doit signaler celles introduites dans le régime des prisons. La construction de la maison de force de Gand, la première dans laquelle ait été mis en pratique le système de l'isolement cellulaire, est à juste titre considérée comme le type des établissements de ce genre élevés par les Américains du Nord, type qui, généralisé et amélioré par eux, a élé accepté par l'Europe comme une de leurs créations. Mais, avant que les États de Flandre n'eussent donné ce bel exemple de véritable charité, le Brabant avait essayé de marcher dans la même voie. Dès l'année 1766, ses États, en appelant l'attention du gouvernement sur quelques réformes à opérer dans l'administration, firent observer que le vrai moyen d'amener une diminution dans le nombre des malfaiteurs, serait de bâtir, pour la province, une maison de force, où l'on enfermerait tous les criminels et délinquants qui ne seraient pas condamnés à la peine de mort. La menace de l'emprisonnement, disaient-ils, effrayera plus ces malheureux que celle de la fustigation ou du bannissement, et les officiers de justice montreront plus de zèle pour arrêter les malfaiteurs, lorsqu'ils seront plus certains de n'avoir pas à redouter leurs insultes. Le prince Charles de Lorraine, gouverneur général, accueillit avec faveur ce projet, qu'il communiqua à tous les tribunaux de justice. Dans une dépêche, datée du 11 novembre 1771, ce prince annonça que l'impératrice était disposée à céder le château de Vilvorde aux États de Brabant, â la condition d'élever sur son emplacement une maison de correction. Ce corps ayant résolu de se charger de cette dépense, des lettres d'amortissement lui furent dépêchées à Vienne, le 24 juillet 1773, pour l'acquisition du château; il fut en outre autorisé à acquérir les autres terrains qui lui seraient nécessaires, à dépenser pour les travaux de construction 400,000 florins, à recevoir des legs en faveur de la nouvelle prison, à y établir des manufactures, etc. (30 juillet 1775). La direction devait lui être laissée, sauf que le gouvernement concourrait à régler l'administration générale, et la prison, ainsi que ceux qui y habiteraient, seraieni exempts des accises communales.
Plusieurs architectes présentèrent des plans pour le nouvel édifice; Guymard, entre autres, en dessina qui sont magnifiques, et conçus dans des proportions Irès-grandioses, mais on préféra ceux de Dewez, con-
' .Vémitirfê du rotntt. t. \". ji. 181! T II. •
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si t licteur qui était alors à l'apogée de la célébrité 1 . Dewez convint aussi avec les députés des Étals, qu'il se chargerait, moyennant 500 pistoles, de la direction des travaux (8 novembre 1773). On se mit immédiatement à l'œuvre; les matériaux de l'ancien château furent cédés, moyennant 16,300 florins, à Pierre Desoul, qui promit d'achever la démolition du château pour la fin du mois de mai 4774 (7 décembre 4773).
Mais bientôt des plaintes s'élevèrent au sujet de la mauvaise qualité des briques fournies par les entrepreneurs; un nommé Gorgens, à qui les Étals avaient confié le soin de surveiller les constructions, en fit part à leurs députés. Dewez, soit qu'il fût de connivence avec les coupables, soil qu'il ne vit en Gorgens qu'un ennemi, lui interdit d'enirer dans les construclions; vainement les députés lui ordonnèrent-ils «le faire lever celle défense; il fallut que le duc d'Ursel intervint luimême auprès de Dewez. Un mémoire de Gorgens provoqua alors un voyage à Vilvorde de trois délégués des Étals, l'abbé de Sainte-Gerlrude
Loti vain, le comte de Rommerswael et le bourgmestre de Bruxelles (9 décembre 1774); ces délégués se firent accompagner d'experls, qui reconnurent en effet des défauts dans la qualité des matériaux ; pour mieux s'assurer de la solidité de l'édifice, on visita quelques parties des fondements, où l'on ne trouva rien à reprocher, et, le 5 janvier 1775, on allait continuer , lorsqu'un notaire vint y mettre opposition au nom de l'entrepreneur delà maçonnerie, Desoul. De nouveaux experts furent alors choisis , et on soumit leurs noms à Dewez et à Desoul , qui élevèrent • ncore des difficultés; enfin, pour arriver plus promptement à terminer celle affaire, les États résolurent de faire examiner les bâtiments et les matériaux dont ils se composaient par un seul architecte. Dewez récusa Si nions, de Gand, parce qu'il avait eu une contestalion avec lui au sujet de la reconstruction de l'abbaye de Ninove , qu'il avait commencée ei que Simons dirigeait; mais il déclara n'avoir aucun motif à faire valoir contre la nomination de T'Kint, contrôleur des travaux de la ville de Gand. Celui-ci s'acquitta sans délai de ses délicates fonctions et trouva la maison de correction de Vilvorde très-bien bâtie. Gorgens fut aussitôt destitué (16 mars 1775). De nouvelles contestations s'élevèrent bientôt entre les Étals et leur architecte. Le 16 mai 1775, on avait augmenté de 6,000 florins la somme promise à celui-ci pour la direction des travaux, en stipulant qu'en cas de différend entre lui et les Étals, le conseil de Brabanl en serait saisi. L'intervention de ce tribunal ayant été réclamée, Dewez refusa de reconnaître sa juri-
1 Les plaiis do Dewez. de Guymanl et de Pierreux se trouvent aux Archive» du Hoyaumt. — Le second de ces architectes obtint des États pour ses dessins, voyages, vacations, etc. la somme de 800 florins (39 avril 1774) ; le troisième ne reçut rien.
diction, prétendant en être exempt, comme attaché à la cour. Ses prétentions furent condamnées par le gouverneur général lui-même ; mais, à la suite d'une nouvelle visite des constructions, on reconnut, à ce qu'il semble, le peu de fondement des accusations dirigées contre Dewez. Dans leur séance du 8 mai 1778 , les États résolurent de ne pas procéder contre lui •. La maçonnerie, la toiture, etc., de l'édifice étaient terminées depuis deux ans, mais l'édifice ne se trouva prêt à recevoir les détenus, que le 15 février 4779. Ce fut là le dernier travail de Dewez; il cessa d'être employé par le gouvernement et par les États , soit qu'on n'eût plus confiance en lui, soit qu'il ait renoncé volontairement à sa profession d'architecte
Dérivai, qui écrivait quelques années plus tard, semble, dans un passage de son livre, s'être fait l'écho des reproches que l'opinion publique adressait à ce grand artiste. Il critique l'emplacement insalubre du bâtiment, emplacement que Dewez n'a pas choisi ; suivant lui, les cases (ou cellules) sont d'une exiguité que rien ne peut excuser, n'ayant qu'un peu plus de 6 pieds de long sur 4 ; on ne peut, dit-il, s'y tenir debout et l'estrade du prisonnier en occupe la meilleure partie. « Elles sont éclairées, ajoute-t-il, par des meurtrières de 4 à 6 pouces de haut sur 8 ou 9 de large, et par une ouverture à peu près semblable exécutée dans une porte qui donne dans la galerie servant de débouché à 50 ou 60 de ces cases. Cette galerie, beaucoup trop basse, les ateliers, les salles de travail, la chapelle, l'infirmerie, la boulangerie, etc., tout manque également d'harmonie; rien n'est placé où il devrait l'être*. » Ce que l'on peut véritablement reprocher à Dewez, c'est le peu d'ornementation de la prison ; elle forme un quadrilatère régulier percé de plusieurs rangs d'embrasures. Sauf du côté de la porte d'entrée et du pont sur la Senne qui la précède, elle offre l'aspect le plus triste et le plus monotone.
L'intention des Étnts était d'employer utilement le temps des prisonniers, à l'exemple de ce qui se pratiquait à Gand, mais l'intérêt privé parvint â neutraliser leurs bonnes intentions, et ils se bornèrent à introduire, dans la maison de correction, le travail du tissage. Lorsque, en 1775, leurs députés demandèrent de nouveaux fonds pour achever l'édifice, les Nations de Bruxelles refusèrent obstinément d'émettre un vote favorable, parce que les gens des métiers craignaient la concurrence du travail des prisonniers; elles demandèrent que l'on n'exerçât dans la
• Archive» de» Etal» du Hraliant, registres n»» iKtf el suivants.
» Voyez Sciut*.*, Notice tmr larchttrcte Dttoei {Meuaytr dt* StfaMM et dr* Art» de la Belgique, t. l«, p V30j.
s DeniMt, Le voyageur dan» Ut Pay*-Ha* nulnchttn» t. IV. p. ll>8
tU HISTOIRE
prison aucune industrie, sinon de leur consentement, sous peine d'une amende de 100 écus, et que l'on n'y admit aucune personne travaillant à la journée, sauf les domestiques. Mais vainement les fit-on assembler sans relâche, vainement le prince Charles les fit rassurer par le chancelier de Brabant, toutes, sauf deux, restèrent inébranlables, et il fallut que les deux premiers ordres se contentassent d'un concours incomplet du troisième. Ils furent alors autorisés à lever 120,000 florins entroisans (octroi du 23 octobre 1777) *. A l'expiration de ce terme, les prélats, les nobles et les villes de Louvain et d'Anvers votèrent encore un emprunt de 471,428 florins, afin de solder les dépenses de la construction de la prison; à Bruxelles, le premier membre de la commune, c'est-à-dire le magistrat, adopta aussi celte proposition ; mais, cette fois, le large conseil et les Nations émirent tous deux un vole contraire, et ce fut inutilement qu'on les convoqua, à plusieurs reprises, afin de parvenir à vaincre leur opposition ; en 1785, les Nations étaient toujours dans les mêmes sentiments.
Le premier règlement d'ordre intérieur de la prison porte la date du Il février 1779. On devait y renfermer : les condamnés à des peines réputées criminelles, les condamnés pour vols ou dégradations dans les bois ou autres propriétés, les condamnés à des amendes qu'ils ne seraient pas en état de payer, les condamnés pour délits de chasse ou de pèche, les personnes ayant une conduite déréglée, et, enfin, tout mendiant de l'un ou de l'autre sexe qui, étant en état de travailler, refuserait de l'ouvrage. Les détenus solvables devant s'entretenir à leurs frais, les insolvables seuls restaient à la charge de la province. Le chef de la maison pouvait mettre les détenus aux fers, les enfermer dans des cachots particuliers, au pain et à l'eau; les faire lier à un poteau et leur faire administrer 2;> coups de nerf de bœuf. Aujourd'hui, il ne reste plus rien de cette discipline barbare; on se borne à mettre les détenus au cachot; l'usage des fers a été aboli par un arrêté du gouvernement provisoire, en 1830.
D'après un rapport fait en 178o, la maison coûtait annuellement 43,506 florins, outre 7 à 8,000 florins que les détenus gagnaient à filer du lin et du colon pour des fabricants. Cette somme comprenait :
1 Voyez do plus grand» détails, .1 10 sujet, dans I lit*t»irrdt llruxrllr*, t. Il.p. 30o. LcnN.i lions alléguaient, pour justifier leur opposition, que, dans le principe, Dewez avait offert de construire la prison moyennant aOO.OOO florins, tandis qu'elle nhsorbait des sommes bien plus considérables. La manière d'opérer des États leur paraissait irrégulière, et elles rorlatnaient le droit de nommer des délègues charges de contrôler les comptes des dépenses faite» pour la maison de correction Consultez, pour ces débats, un manuscrit de la bibliothèque royale, intitulé Gcdnchtmiw atngatndtdt oprtchttn'it en npltouu inge tan fn rorrtetie kuyt M Vtitoordtn, et que nous croyons pouvoir attribuer au rhroniqueur bruxellois fiort\*i.
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(5,000 florins, pour gages du directeur, des gardes, etc., 14,000 florins, pour la nourriture du personnel de l'établissement et des détenus ; 6,000 florins, pour combustibles, médicaments, huile, savon, ustensiles, entretien des bâtiments; 5,000 florins, pour habillements et autres dépenses, etc. Depuis 1779, il avait été incarcéré 270 individus, qui coulaient, en moyenne, 160 florins par an, en comprenant dans celte répartition les intérêts des capitaux absorbés par la construction de l'édifice. Les effets et habillements des prisonniers étaient. tous confectionnés par eux. Ils recevaient, par jour, une livre et demie ou deux livres de pain de seigle et une soupe aux légumes; le dimanche et le jeudi, on ajoutait à leur pitance une demi-livre de viande; la gratification qu'on leur accordait pour leur travail leur permettait d'acheter, tous les jours, un pot de bière
La prison subit, vers la fin de 1795, un changement complet de destination. Les hôpitaux du pays étant encombrés par les malades et les blessés de l'armée autrichienne, il fut décidé qu'une partie de l'édifice serait convertie en hôpital. Comme il fallait des literies, des médicaments, du linge, un appel fut fait aux particuliers par les États de Brabant (20 novembre 1795), et, en moins de quinze jours, tous les objets nécessaires furent réunis, de sorte que les malades purent être reçus dès le 17 février 1794. Cinq mois après, le 10 juillet, les troupes françaises entrèrent dans Vilvorde et s'emparèrent de la prison, où elles placèrent aussitôt leurs malades et leurs blessés. Le 30 septembre suivant, on fit partir pour Bruxelles les nombreux prisonniers qui se trouvaient dans cet établissement, et celui-ci ne fut rendu à sa destination primitive qu'après un terme de quatre années, le 8 frimaire an VII (octobre 1798). Il prit alors la dénomination, qu'il n'a plus peidue depuis, de Maison centrale de détention. Une maladie épidémique y sévit avec fureur pendant les années X, XI et XII; on y compta, en l'an X, 662, en l'an XI, 628, en l'an XII, 556 décès, tandis qu'en l'an IX, il n'y en avait eu que 116.
Lorsque le gouvernement français voulut abolir la mendicité, on fonda, sur tous les points de l'Empire, des asiles où furent admis les mendiants reconnus incapables de pouvoir, par leur travail, subvenir à leurs besoins. Celui de Vilvorde fut ouvert, pour les mendiants de Bruxelles, en vertu d'un arrêté du préfet de la Dyle, Doulcet Pontécoulant, en date du 16 thermidor an IX (4 août 1801). Sur l'ordre de ce fonctionnaire et afin de se procurer les moyens d'entretenir les mendiants, le maire de Bruxelles, Rouppe, convoqua les habitants notables et les engagea à
« Àrchi\es de la ville, cm ton Druulnhuyt.
nommer parmi eux un trésorier des pauvre* et une commission de treize membres, qui seraient chargés, ceux-ci, de surveiller l'emploi des fonds réunis dans ce but, et le premier, de les encaisser et de les délivrer contre mandat. Des quêtes trimestrielles furent organisées (2 vendémiaire an X— 24 septembre 1802) ; elles produisirent, en Tan X, 10,550 francs, et eurent lieu jusqu'en 1811, lorsque le refuge des mendiants fut transféré à l'ancienne abbaye de La Cambre. En l'an XI, les collecteurs avaient demandé, mais en vain, sa translation à Bruxelles, dans l'ancien couvent des Ursulines, où, disaient-ils, il serait plus aisé de le surveiller '.
L'Empire français était rapidement revenu aux plus déplorables errements des siècles passés. La prison dcVilvorde renfermait, en mars 1814, plusieurs victimes de son gouvernement oppresseur. Des individus, au nombre de 25, y étaient détenus illégalement depuis plusieurs années. Les uns,ayantété accusés correctionnellement ou criminellement, avaient été acquittés, mais leur détention était prolongée en suite d'un ordre du préfet; on en retenait d'autres par mesure de haute police , mais sans préciser à leur égard aucun chef d'accusation; enfin, la cause de la réclusion des derniers était totalement inconnue; elle ne consistait qu'en un ordre du préfet, sur le rapport du procureur général près la cour supérieure de justice. Le gouverneur général, avec l'approbation des commissaires des puissances alliées, ordonna de mettre, sans délai, ces prisonniers en liberté.
Le gouvernement des Pays-Bas essaya de rétablir ce qui existait avant 1795 , et tenta quelques réformes utiles. Des commissions administratives furent appelées, dans chaque prison, à seconder les vues bienfaisantes du pouvoir central, et le système de la régie fut substitué au système de l'entreprise. Lorsque, en 1822, on décida que la citadelle d'Anvers serait mise en état de défense, une partie des condamnés aux travaux forcés, qui se trouvaient au bagne établi dans cette forteresse, partirent pour Vilvorde, où ils restèrent jusqu'en 1853 ou 1855, qu'on les transféra à Gand. Ils y signalèrent leur présence d'une manière funeste. Le 25 juin 1825, la seconde chambre du tribunal de première instance de Bruxelles siégea à Vilvorde, à la maison communale, pour juger quelques détenus accusés de rébelliou et de mauvais traitements. Le 29 août! 827, un incendie, qui éclata à deux heures de la nuit, se déclara dans la prison, et consuma les toitures des ailes occidentale et méridionale, le magasin de fils, les dépôts de toile et de lin ; grâce à de prompts secours envoyés
« Recutil dt piiCH conrrrwml létabliitemtni à un aztle de bknfituatu» a Vtlcordt, fitc.. imprime par ordre du prrfel et du maire. Hruxelle». Do Boubera, an IX. in 4» de 16 p»gr*.
de Bruxelles, on parvint à en arrêter les progrès. Il avait été allumé pnr deux détenus, qui furent guillotinés sur la Grand'Place de Vilvorde, le 41 février 1829.
Jusqu'en 48:23, le travail des prisonniers était donne à entreprise; les entrepreneurs recevaient de 32 à 54 centimes par prisonnier et par jour; ils exploitaient à leur bénéfice exclusif les bras des détenus, sans que le gouvernement retirât de ce chef aucune indemnité. Impuissante pour le bien, l'administration l'était également pour empêcher le mal; il y avait impossibilité absolue d'établir aucune classification entre les condamnés; leur travail constituait d'ailleurs une concurrence dangereuse pour les fabricants. Depuis que l'on a supprimé ce funeste étal de choses, on emploie les prisonniers à la confection d'objets destinés aux prisons et a l'armée, ce qui procure à l'état une économie notable.
Depuis 1830, des améliorations notables ont été apportées dans le régime des prisons, en Belgique. De nouvelles maisons centrales ont été érigées, et les anciennes ont été réorganisées, afin de séparer complètement des autres catégories de condamnés les détenus militaires, les femmes, les jeunes délinquants des deux sexes et les condamnés politiques. Celle de Vilvorde a été réservée aux criminels condamnés seulement à la réclusion; on y plaça aussi, en vertu d'un arrêté royal du 9 novembre 1832 , les femmes condamnées aux travaux forcés; mais, depnis 1840, les femmes condamnées correctionnellement et criminellement sont toutes conduites dans la nouvelle prison de Naniur. En 1844 et en 1851, on transféra à Vilvorde certaines catégories de condamnés correctionnellement, en état de récidive, qui se trouvaient auparavant à Saint-Bernard, et, d'autre part , on a établi dans la citadelle de Huy une succursale de la prison de Vilvorde, particulièrement destinée aux coudamnés politiques.
Les cellules de nuit avaient été supprimées; on lésa rétablies, en 1835, après un premier essai fait à Gand ; chaque prisonnier occupe aujourd'hui une cellule séparée. On a, de plus, en 1848, organisé un quartier cellulaire, comprenant 78 cellules, conformément au système d'Auburn, qui a d'abord été mis en pratique aux Klats-Unis; les détenus y vivent complètement isolés, jour et nuit ; mais on ne soumet que les plus coupables, à ce régime sévère. Le classement moral en trois divisions : de puniiion, d'épreuve et de récompense, a été consacré par l'arrêté royal du l« juillet 1849, approuvant le nouveau règlement de la maison. Le régime industriel, sans rien perdre de son activité, est aujourd'hui subordonné aux exigences de la correction et de l'amendement des prisonniers; le régime des cantines a subi une réforme complète (1er mars 1850); l'usage des boissous spiritueuses et du tabac a été strictement prohibé, et le débit limite
aux articles de première nécessité. Actuellement, les gratifications accordées aux prisonniers, en raison de leur habileté et de leur bonne conduite, forment une masse de réserve qui est déposée à la caisse d'épargne, où elle porte intérêt; à sa sortie de prison, le détenu reçoit la somme qui lui est nécessaire pour ses frais de route ; le surplus est transmis, par l'intermédiaire des administrations communales, au comité cantonal de patronage du lieu de sa résidence, qui le distribue au condamné libéré au fur et à mesure de ses besoins. L'interdiction des envois d'argent et de tous autres objets venant de l'extérieur, la suppression des pistoles, l'établissement, dans chaque prison, d'une école dont la fréquentation est obligatoire pour les détenus illettrés jusqu'à l'âge de 40 ans , sont autant d'excellentes mesures, qui témoignent de la sagesse de l'administration et de sa sollicitude pour les malheureux que la justice a frappés. Loin de les flétrir, comme jadis, par des supplices infamants , loin de les laisser croupir dans des cachots privés d'air et de soleil , on s'efforce de leur donner des moyens d'existence et de l'instruction. Malheureusement, il faut bien le dire, les tentatives faites, jusqu'à présent, pour améliorer l'état moral des criminels n'ont pas été couronnées de tout le succès désirable , et les récidives sont toujours nombreuses. En restreindre le nombre, tel est le but principal auquel doivent maintenant tendre l'administration et les commissions de surveillance des prisons. C'est une tâche difficile, mais dont l'accomplissement sera un immense bienfait pour la société.
En 1849, la population moyenne de la prison de Vilvorde a été de 814 détenus, qui, en moyenne, ont coûté 65 centimes par jour, et reçu pour gratification 51 francs par an. La prison peut en contenir 850 environ : 728 dans des cellules de nuit, 78 dans des cellules pour l'isolement complet, et 52 dans des alcôves pour malades, alcôves qui sont entourées d'un treillage de fer. Le nombre des élèves de l'école est ordinairement de près de 550. Le personnel de la prison se compose de 66 employés, dont un directeur, un sous-directeur, plusieurs aumôniers, 12 frères de Notre-Dame de la Miséricorde, particulièrement chargés du soin de l'infirmerie \ etc. Un arrêté royal du 20 novembre 1830 a institué des compagnies sédentaires de fusiliers ou compagnies de vétérans, pour la garde des prisons de force de Cand, de Vilvorde et de Saint-Bernard; aujourd'hui ce service est fait, à Vilvorde, par des vétérans et par un
' La plu» grande partie des détails qui précèdent sont empruntés a l'Expo»' de la situation du royaume pendant la période décennale de 1841 à 1850, 111- partie, page» 449 a 49?, récemment publié par le ministère de l'intérieur. — La Belgique littéraire et induttritlh (t. I". p. 104) contient une description de la maison de correction, signée A. S. D. N. (A. Sornin
DE NlEDERWERTH )
DES ENVIRONS l)E BRUXELLES. 49S
détachement de l'armée, casernes dans une parlie de l'ancien couvent des Carmélites.
L'église de Vilvorde. — Les religieuses de la Cambre ne restèrent pas toujours en possession paisible des biens et des prérogatives qu'elles avaient acquis à Vilvorde, au treizième siècle Après la mort du duc Henri III, plusieurs personnes ayant essayé de les molester, l'évéque ordonna aux doyens de Bruxelles et d'Auderlechl de réprimer ces tentatives (lundi après la Toussaint, 4262). Au quinzième siècle, en vertu de privilégesqu'elle avait obtenusdes souverains pontifes, l'université de Louvain prélendit nommer à un grand nombre de cures; un étudiant, nommé Jean Vanderbruggen, obtint ainsi la cure de Vilvorde; mais l'abbaye de la Cambre en revendiqua la possession, et obtint du souverain des lettres de maintenue. Vanderbruggen s'adressa au conservateur des privilèges de l'université, et, à sa demande, l'official de l'évéché adressa à l'abbesse un moniloire qui la menaçait, si elle persistait dans ses prétentions, de l'excommunication et d'une amende de 40 marcs d'argent. A la requête de la partie adverse, le conseil de Brabant décréta que la cause serait d'abord jugée au possessoire, avant de passer au pétitoire (3 février 1484-1485). Vers le même temps, les maire, échevins et receveurs communaux ayant voulu obliger les percepteurs de la dlmeà porter au marché le grain recueilli par eux, l'official de Cambrai annula leur résolution (13 janvier 1494-1495). D'un autre côté, lorsque les États de Brabant consentirent à la levée de deux andrietgulden par foyer, et déclarèrent que cette taxe serait levée, à proportion de la richesse des propriétaires, sur les biens de toute nature, à l'exception des fiefs et des biens amortis, l'abbaye se refusa à payer sa quote-part ; elle fit faire défense au magistrat de Vilvorde, par l'official de l'évéché, de taxer la valeur de ses propriétés dans cette ville; mais alors déjà il se manifestait, dans le gouvernement, une tendance très-prononcée à méconnaître les exemptions dont les ecclésiastiques prétendaient jouir, et une admonition sévère fut adressée à l'official (décret daté d'Anvers le 50 janvier 14!>3-1494) ».
Après que le pape Innocent IV eut approuvé l'acquisition des biens de Vilvorde par les religieuses de la Cambre, il leur confirma aussi la possession des droits de l'évéque dans celle localité, et les autorisa à appliquer une parlie de leurs revenus à l'entretien de leurs sœurs infirmes, lorsque le recleur de l'église paroissiale serait mort, et à la
• Cartuiane de la Cambre, déjà cité.
T II
condition d'assigner à son successeur une dotation suffisante (23 décembre 1252) *. Suivant une décision de l'autorité diocésaine, cette dotation se composait de la moitié des offrandes et de la dime des chairs, de trois muids de froment, de douze muids de seigle, de six muids d'orge, de six muids d'avoine et de soixante bottes de paille (mai 1 257) i dans la suite, la compétence du cure fut fixée à 800 florins par an. L'église, entre autres branches de revenus, possédait un livre censal qui lui rapportait fi G florins. Un des curés, Paul de Pelzmaerkere, étant devenu doyen de la chrétienté, les échevins, conseillers et receveurs de la ville, t pour des raisons notables qui les décidaient à cela » (nm vierckelycke redenen den teethouderen duer toe porreiide), le gratifièrent, pour le premier repas qu'il donna, de six stoopen de vin, et ils déclarèrent qu'aussi longtemps qu'il serait doyen, le vin et la bière consommés dans les banquets qu'il offrirait à des membres du virariat de l'archevêché ou à des curés du doyenné ne payeraient aucun droit d'accises (4 novembre 1573).
Le corps des chapelains de l'église était nombreux et richement doté. F.n vertu d'un jugement arbitral prononcé par le chanoine Thomas de Malines, le lundi avant le dimanche de Lœtare, en i2')5-12ï>G, et confirmé par l'évê-que Nicolas au mois d'octobre 1264, les chapelains devaient remettre au curé et à la personne toutes les offrandes faites à l'autel, assister aux malines, à la grand'messe et aux vêpres, et, les dimanches et jours de fétc, à toutes les heures canoniques; dire, au besoin, outre les messes de leur rhapellenie, la messe au grand autel ; aider le curé à entendre les confessions et à administrer la communion, engager les mourants à faire un legs à l'église, et remplacer le curé, s'il était malade ou infirme. Quand ce dernier cas se présentait, le qnnrt des offrandes leur était remis, et, si la maladie du curé durait plus de trois mois, ou pourvoyait à son remplacement. En entrant en fonctions, le pasteur de la paroisse prêtait serment de ne pas pressurer les chapelains, et ceux-ci, lors de leur installation, juraient d'observer le présent statut.
Il y avait primitivement dix-neuf bénéficiées; en 1787, on en comptait encore neuf. Les biens des chapellenies de Saint-Pierre, de Saint- Nicolas, de la Plainte de la Vierge, de la Sainte-Croix, étaient affectés à l'entretien de deux vicaires; le possesseur de la cinquième, de celle dite des Ames, devait célébrer la messe cinq fois par semaine, lire la messe le dimanche avant le sermon, et confesser en flamand et en allemand. Les autres étaient celles de Sainte-Barbe, de Sainte-Catherine, de Saint- Nicolas, delà seconde fondation; de Saint-Jacques, de Sainlc-Marie-M ide-
•Opwirf./»/ t lit p 11»
leinc, de Saint-Éloi, de Sainl-George, des Saints-Gilles et Julien, de Saint-Jean-Baptiste, de Sainte-Barbe, de la seconde fondation; des Saints- Corneille cl Antoine, du Saint-Sauveur , du Saint Nom de Jésus, et le cantuaire portant le nom de Onzième messe de la Vierge (missœ undecimœ B. Marias Virginis). Presque tous ces bénéfices étaient à la collation de l'abbesse de la Cambre. Celui de Saint-George dut sa dotation à Edouard, comte de Bar, et à d'autres chevaliers qui occupaient avec lui la ville de Vilvorde (diplôme du duc Jean III , en date de la veille de l'Éxaltation de la Sainte-Croix, en 1354) '. C'était la comtesse de Lannoy, sans doute en qualité de dame de Grimberghe, qui conférait la chapellenie des Saints Corneille et Antoine; celle du Saint-Sauveur reconnaissait pour fondateurs , parait-il, Gosuin, Michel, Jean, Henri, Godefroid, Christophe et Catherine Van Beringhen, frères et sœurs, et était, en 1787, à la collation d'Anloinelte-Régine Wellens, demeurant à l'abbaye de Marquette près de Lille; enfin, Jeanne Smayers fonda, en 1556, le bénéfice du Saint Nom de Jésus, qui était conféré, au dix-huitième siècle, par M. de Romrée. Claire de Mayere institua la dix-neuvième chapellenie, dont la collation appartenait, en 1787, à M"" de la kelhulle, comtesse deRupelmonde, et à Mme Van Ockeren, de Gand. On disait, les dimanches et jours de féte, à onze heures et demie, à l'arrivée de la barque de Bruxelles *, une messe fondée par le châtelain Henri de Bronckhorsl , et toutes les semaines : une messe instituée par le chevalier Jean de Fumai ; le lundi, l'office de la Trinité; le mardi, celui de Sainte-Anne; le jeudi, celui du Saint-Sacrement.
Le 15 février 1568, maître Guillaume de Camdriessche, Ois de Jean, licencié en droit , voulant exécuter les clauses du testament de ses parents, Guillaume de Camdriessche le vieux et Catherine Schelkens, donna plusieurs rentes à l'église de Vilvorde , et lui en légua, entre autres, une de 7 florins du Rhin , à la condition que la fabrique donnerait aux Récollets, aux Dominicains et aux Carmes, de Bruxelles, et aux Augustins, de Louvain ou de Malines, 2 sous pour chaque sermon fait par l'un d'eux; si le prédicateur était docteur ou licencié en théologie, il devait recevoir 4 sous; s'il était lecteur des Récollets, 3 sous. Tous les jeudis, après la messe du Saint-Sacrement, l'église était tenue de distribuer sept pains blancs à autant de pauvres. La nécessité d'augmenter les prêches était alors généralement reconnue : le 26 novembre 1573, le corps des prêtres et chapelains de l'église céda à la fabrique la moitié d'une rente annuelle de 12 florins carolus , pour
« Optra Jipl., t. IV, p. 373.
» Ad médium dico décima, ubt navi* Druxella uppulerii.
faire dire un sermon tous les jours de féte , conformément à la dernière volonté de Jeanne S'Keysers.
Le tarif des droits qui se payaient, pour la sonnerie des services funèbres, fut réglé à Vilvorde par le Core~boeck. On payait : 24 placq lies, pour un grand service, sonné une heure h l'avance, et lorsque le défunt était enterré dans l'église; 12 placques , quand l'ensevelissement avait lieu dans le cimetière; 8 placques , quand on sonnait le service, une demiheure à l'avance; b\ 4 ou 2 placques, quand il s'agissait d'un enfant. Le prix d'un service funèbre , quand la personne recevait la sépulture dans l'église, s'élevait 5 24 placques; quand le mort était porté au cimetière, le taux était plus ou moins élevé, lorsque, eu partant de la maison mortuaire avec le corps, on agitait des sonnettes devant le cercueil.
L'histoire de l'église est stérile en événements. L'évéque d'Anvers, Torrentius, y fut sacré, dil-on, le 10 septembre 1586, par l'archevêque de Matines Hauchin '. Dans la nuit du 22 au 25 juillet 1085, un sacrilège y fut commis; en réparation de ce crime, uue procession solennelle eut lieu le dimanche, 6 août. Le gouverneur général, accompagné de quelques seigneurs de la cour et des ministres, assista à celte cérémonie, qui avait été précédée, par ordre de l'archevêque, de prières publiques et d'un jeûne de trois jours dans tout le diocèse. A cette occasion une confrérie du Saint-Sacrement fut érigée dans l'église (2 août 1685) La Vierge était honorée à Vilvorde sous le nom de Notre-Dame de Bonne Espérauce; sa féte se célébrait, le 2 juillet, par une procession qui était accompagnée des géanls et des autres représentations si aimées de nos aïeux.
L'église de Vilvorde dépendait , dans le principe , de l'évêché de Cambrai et du doyenné de Bruxelles; selon Gramaye, cette ville était la résidence d'un archiprétre, dès le règne du duc Wenceslas. Du temps de Philippe II, elle fut soumise à l'archevêché et au doyenné de Maliues; enfin, depuis quelques années, elle est le chef-lieu nomiual d'un doyenue qui comprend deux cures . celles de Sleenockerzeel et de Woluwe- Saint-Etienne, et vingt succursales, dont deux situées à Vilvorde, l'église de Notre-Dame et celle de Houthem. Bien que Vilvorde ail une église depuis plus de onze cents ans, celle qui existe aujourd'hui n'est pas fort ancienne. Sa nef, qui se compose de quatre travées, est divisée en trois
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»/«/<•«• — Hrlattnn* vèrilnhlt» — On < on.scrve . a l'église d* Vilvorde. uu aiinen registre d'inscription des meml>r.s de la < ..iifrene , orne d armoiries C'est Je seul document de ces archive* qui oITn quelque inleict Un assez grand nonitire de pièces originales. rOBCOHant les chapellemes. si' trouvent aujourd'hui a Uruvellt >. aux .IrrAim tu lioyaume.
parties par des colonnes cylindriques; l'un des transsepts,celuidegauche, est plus considérable que celui de droite. Le chœur se termine par une abside polygonale; à sa gauche se trouve une chapelle derrière Inquelle s'élève une tour carrée, flanquée d'une tourelle ronde servant de cage d'escalier, et surmontée d'un couronnement moderne; du même côté est la sacristie, dont la façade extérieure présente un pignon orné de crochets. A droite du chœur on remarque deux autres chapelles: la voûte de la première supporte une tour octogone, à deux étages, également flanquée d'une tourelle ronde; la >econde, dont une partieserlactuellemeiil de sacristie, avait autrefois une forme allongée, et comprend la partie du temple qui est le mieux ornée à l'extérieur. Le toit y est entouré d'une balustrade inscrivant des quatre feuilles et d'autres moulures de style secondaire, et divisée, d'espace en espace, par des clochetons. Celle construction date, sans doute, du quatorzième siècle ; ailleurs, l'ornementation de l'église a évidemment été renouvelée ou modiOée après les troubles de religion. Le 27 août 1597, les maire et échevins demandèrent au chapitre d'Ail et à l'abbaye de lu Gambie de leur rembourser, sur le produit de la dlme de la paroisse, 584 florins qui avaient été dépensés par la fabrique pour reparer le chœur, la sacristie, la tour, et, en outre, le prix du grand tableau qui avait été acheté pour le maitre-aulel ; il y eut à ce sujet un loug procès que l'abbaye termina en consentant à payer 800 florins du Rhin (8 avril 1604). A celte époque, le second bourgmestre et les trésoriers et receveurs de la ville de Bruxelles, à la demande de leur collègue, sire Henri de Dongelbergbe, premier bourgmestre, cédèrent aux magistrats de Vilvorde, pour élever un portail dans l'église, et à la condition de conserver la mémoire du fait par une inscription , le second étage d'un graud portique (septizonium, acle du 10 juin 1600). Dans le mur terminal du transept droit, au-dessus de la grande feuetre, ou aperçoit uue niche de style renaissance, qui était probablement destinée à recevoir une statue de la Vierge; la partie supérieure du mutterminal du côté oppose présente deux culs-de-lampe reposant sur des tètes sculptées.
Le long des murs latéraux du chœur sont placées de iiiaguiliques stalles faites de bois de chêne; elles onl 15 mètres de loug sur 4 mètres 50 centimètres de haut, et consistent eu deux rangées de bancs adossés à une boiserie; la corniche de celle-ci est soutenue par douze colonne* torses, ornées de sculptures; dans des médaillons placés cuire les colonnes, on voil les bustes des Apôtres. Des détails du plus grand liui décorent celle œuvre artistique : ici, ce sont des anges portant les insli u-
' Cleyn SutrU>oe,:k , f- 109, aux Archives toiutounale» de Bruxelles».
m m h de la Passion; là, des bas-reliefs dont le sujet est emprunté à l'Ancien Testament; plus loin, des (êtes d'esprits saints et de démons. A l'un des angles on lit : anno 1663. Jadis, ces stalles se complétaient au moyen d'autres stalles perpendiculaires aux premières et qui ont été enlevées, il y a 20 ou 30 ans, sous prétexte qu'elles empêchaient de voir le chœur; c'est l'Angleterre qui a profité de cet acte de vandalisme. Les stalles se trouvaient d'abord au prieuré de Groenendael; elles furent vendues, en 4783, après la suppression de ce couvent, et achetées pour l'église à M. Deudon; elles coûtèrent 802 florins, y compris 175 florins pour le transport, 262 florins pour le placement, Gl florins pour le nettoiement, 59 florins payes à un sculpteur pour les approprier. On les a restaurées en 1850.
En l'an XII, on rendit à l'église deVilvorde les tableaux suivante, dont elle avait été dépouillée par le gouvernement républicain : la Délivrante d'un possédé, ta Femme adultère, la Femme qui demande la guérison de son fils, la Samaritaine, ta Résurrection de Lazare, la Madeleine, la Conversion de saint Paul, l'Enfant prodigue, Saint Sébastien, Sainte Catherine aux pieds de la Vierge et de l'enfant Jésus, Saint Jérôme, le Christ mort, sur les genoux de sa mère, f Assomption, le Mariage de la Vierge, Xotre-Seigneur et le centurion, Jésus-Christ appelant à lui saint Mathieu, le Seigneur prêchant à bord d'un navire, la Samaritaine devant le Seigneur, les Quatre Évangélistes, par Maes; les Trois docteurs de l'Église : saint Grégoire, saint Augustin, saint Ambroise; le portrait du cardinal Franckenberg . Les principales toiles que l'on y voit actuellement sont: une Visitation, par Portaels, et Notre-Dame des Sept Douleurs, par Verhaegen. Les vitraux, que les ducs de Bourgogne avaient donnés a l'église, et que les archiducs Albert et Isabelle firent restaurer, n'existent plus.
Les inscriptions remarquables de l'église de Vilvorde ayant été publiées par Le Roy, nous nous bornerons à en rappeler quelques-unes. Contre les murs des transsepts, on a placé, après les avoir fait restaurer avec soin, deux pierres sépulcrales : celle de Charles de Bourgogne et de sa femme, et celle de Philippe de Dongelberghe et de sa femme Quentine Borluut; sur cette dernière, au lieu d'une représentation de personnages, on voit «elle de la mort. Dans une chapelle, à droite, on lit l'épitaphe de Henri de Bronckhorst, châtelain de Vilvorde, mort en 1629, qui, outre la messe de onze heures et demie dont nous avons parlé, fonda, à l'universiiédeDouai, sept bourses pour autant de jeunes gens issus des familles patriciennes de Bruxelles. Près de là, une inscription incnulrée dans le mur nous apprend qu'un chapelain d'Anvers, Adam Van Alaldcre, qui avait été curé de Vilvorde, légua, le 8 décem-
bre 1557, une renie de 18 livres de gros de Brahant, alin d'habiller Ions les ans, tantôt 15 vieillards, tantôt 15 vieilles femmes. D'après un autre document du même genre, un chanoine de Saint-Gèryà Cambrai, Martin Vandenzande, qui avait été en pèlerinage à Jérusalem, cl qui mourut en 1012, fonda une bourse pour les études universitaires en faveur de ses parents ou, à leur défaut, des jeunes gens de Vilvorde.
Les religieuses de la Cambre possédaient jadis un vaste terrain situé au nord de l'église, et dont une parlie est devenue le béguinage et une nuire parlie la cure; une troisième partie, qui forme une grande ferme, et dont l'entrée, située au fond d'une impasse, est ornée d'une petile tour, resta entre les mains des religieuses. On l'appelle encore de Moninck hof (la cour ou ferme des Moines), et, Irôs-probablement, c'était là que les chanoines de Chèvremont ou d'Aix habitaient, lorsqu'ils venaient à Vilvorde. Un différend s'élanl élevé entre l'abbesse de la Cambre et le prêtre Arnoul, au sujet de leurs droits respectifs sur ces biens, le curé d'Uccle, celui de Saint-Nicolas à Bruxelles, et Thomas de Malincs, chanoine de Cambrai, vicaire de l'évêque, furent choisis pour arbitres. Suivant la sentence que ceux-ci portèrent, du consentement du sacristain, Ârnoul dut se bâtir, à ses frais, une grange sur le terrain dépendant de la maison dite du personnal, à l'endroit où existait une petite construction du même genre; le titulaire du personnal renonça au droil de se rendre à l'église, en passant par la cure, et il acquit droil de passage par l'habitation du sacristain, entre la grange de celui-ci et la porte d'entrée de la maison du personnal (samedi après le jour des Cendres, en 1255-I25C).
Il y a a Vilvorde un petit temple de la religion évangélique ou protestante.
Le béguinage de Vilvorde'. — L'histoire du béguinage de Vilvorde, peu curieuse en elle-même, présente de l'intérêt, parce qu'on ne peut en séparer les tentatives faites au dix-septième siècle pour faire
1 Pour la description des couvents de Vilvorde, voyez Le Rot. Le grand ihedire \acri du duché de ISrahnnt, cl Vas GlITCt, t. I". p. 13 . — L histoire du couvent de Ten-Troost a été écrite par le pero Compaicsos, dont l'ouvrage (llistoir? denotlre Damede Contolatinn, Brux. 1648, in-8»).cst mal écrit, pauvrement pense, et fourmille d erreurs dans sa partie ancienne ; ce qui n'a pas empêché qu'on ne l'ait réimprime plusieurs fois, en I abrogeant {Sommait* de i hnlotre de l ancienne image miraculeu»e el renommée de .Votre -/Anne delà Consolation, Bruxelles, Pauwels,l773. in-3i} et en le traduisant (A'orf hrgryp tnn de hittorievan Orne Liere Vroutceran Troott, rvttende M Yilroorden. tlruuel, Pauweis. iD-31). Un ouvrage d'une tout outre valeur, abondant en faits nouveaux et travaille avec som,a paruà Berlinen 18V3. Il est intitule : Die gru-liirhle des vnprung» der belgnrlnn heghinen. L'auteur. M. Hallmann. a puise aux meilleures sources, et principalement aux archives mêmes du couvent de Ten- Troost. Le père Ti rwm;o»ex, que nous avons déjà cité plusieurs fois, a beaucoup puisé à cettesnurce: quant a nous, nous lui avons emprunte presque tout ce qui va suivre.
reconnaître sainte Begge pour la fondatrice de l'institut des Béguines. Dans l'origine, cet établissement occupait, en dehors de la porte de Lotivain, une partie des terrains situés entre la Woluwe et le chemin conduisant à Peuthy; il s'appelait alors le béguinage de Steenvoort 1 , du nom d'un hameau situé un peu plus à l'est et qui a aujourd'hui disparu il portait aussi le nom mystique de Solatium Sanctœ Maria: juxta Filvordey la Consolation de Notre-Dame, près Vilvorde, ou, comme on le disait en flamand, Onse Lieve Vrouwe Ten Troost, Notre-Dame delà Consolation 5.
L'opinion la plus ancienne et qui élait autrefois la plus généralement adoptée, attribuait la fondation de l'ordre des Béguines à Lambert le Bègue, saint prêtre de Liège, qui employa toute sa vie à censurer les mauvaises mœurs du clergé de son temps, et à répandre dans le peuple l'amour des vertus chrétiennes. Gilles d'Orval, qui florissail moins d'un demi-siècle après la mort de Lambert, et qui a dû connaître plusieurs de ses disciples, nous a conservé le récit de ses actions ; « de lui est née, < dit-il positivement, la dénomination de Béguines, qu'adoptèrent les « femmes et les filles qui, à son exemple et d'après ses exhortations, « veulent vivre chastement *. > Il est impossible de méconnaître ici la véritable naissance des béguinages : celles qui y habitent ne sont pas des religieuses, mais des femmes pieuses qui, voulant éviter les dangers du monde, vivent dans la retraite, sans faire des vœux perpétuels, sans renoncer par conséquent à devenir plus lard épouses et mères.
Cependant, dès le quinzième siècle, des chroniques brabançonnes substituèrent à Lambert, sainte Begge, femme du maire du palais Ansegise, et fondatrice du chapitre d'Andenne, qui vivait au septième siècle; les anciennes biographies de celte princesse, qui sont d'ailleurs remplies d'incertitudes, ne disent pas un mot de l'institution dont on lui attribua plus tard la création. Adoptée, mais bientôt répudiée, par Molanus, cette opinion prit faveur à l'époque d'Isabelle. En 1628, elle fut combattue par le père Coens, et faiblement défendue par le chanoine d'An-
I llegginm de Steenrort juxta Vilrort. 1265.
* Hcginœ et cnntenttts lui qui dtalur Ten T motte, situm inter tillam de Vtlcordis et villam de Steenvorde. 13(50- C/irtuIntre de la Cnint re.
» Conrenlui Itcgginarum npu l SofofflMI Reata- .Varia, 1240. — Magiitra et iororitnu domui hospitalis de Solalio Sancta- Marier, 12VV. - Magittra et collegtum Beg inarum hotpitalis de Solatio Sancla- jlariœ ju-rta Ftlmrde, li.iî. Hiii.ionn, 1. c. pp. 66 et suivantes.
* Cujmdam t irrrdoti* riri rcltginsi , qui l.ambertus le Regues, quiabalbuterot.de
S. Chrislophora dicet,atur. a ruju* cognomine muliere* et puella* qua> caste vivert proponunl, béguines gallire cognominantur. quia ipse pnrmium costitatts rerbo et exempt» pradicavtt. Gilles d Or val, c. hi, dans Ciupcauviilk, tinta pantificum Leodiensivm, t. Il, p. 1Î6. — Une bonne biogiaphie de Lamlu rl se trome dans le* lecture» rrlaiitvs u l histoire de* sciences, etc., en Relgiqur. par M. <iot Tiui.S (t IV, p. 8)
DES ENVIRONS DE BRUXELLES. !M)l
vers Sigcr Van Hontsum et le père carme Élie de Sainte-Thérèse, à qui Coens opposa immédiatement une réponse foudroyante. La lutte semblait terminée, lorsque Puteanos produisit trois documents attestant l'existence du béguinage de Vilvorde en 1065, en 1129 et en 1151, par conséquent plus anciens que Lambert le Bègue, qui mourut vers l'an 1185. Déjà Gramaye avait prétendu que, antérieurement à ce saint personnage, les cbanoinesses de Nivelles portaient le nom de béguines, ainsi que l'attestait, suivant lui, une bulle d'un pape Urbain; sa malheureuse allégation loi attira un démenti des chanoinesses : la bulle citée est, en réalilé, datée du 13 juin 1262. La tentative de Puteanus ne lui attira pas les mêmes désagréments, parce qu'il parvint à obtenir de plusieurs ecclésiastiques éminents l'attestation que, dans l'acte de 1065, la date est intacte et la copie conforme à l'original. Sans examiner la valeur de celle déclaration, nous ferons remarquer que, de l'aveu même de ceux qui en exaltent l'importance, comme M. Terwecoren, par exemple, l'opinion des savants, des personnes versées dans la diplomatique, est aujourd'hui défavorable à l'authenticité des trois actes produits. Loin de reconnaître leur prétendue ancienneté, on croit généralement qu'ils ne datent que des années 1565, 1429 et 1451. Entrons à ce sujet dans quelques détails. Voici d'abord la traduction du texle des deux premiers :
« A tous ceux qui verront ce présent écrit, la maîtresse et tout le « couvent de In Consolation de Notre-Dame, près de Vilvorde, connois- « sance de la vérité. Par la teneur des présentes, nous faisons savoir à « vous tous que notre béguinage est obligé de livrer aux Béguines pau- « vres, résidant dans le béguinage, deux muids de seigle, qui devront « être fournis et livrés à perpétuité, le jour de Noël. Celle à qui le soin « spécial du temporel du béguinage est confié, veille à ce que celui qui « doit ce seigle, le fournisse; dételle manière, que quelle qu'elle soit, elle m en disposera , selon le conseil des prêtres du lieu et des maîtresses « principales, selon qu'il leur aura paru en conscience plus avantageux « pour les Béguines pauvres. De manière néanmoins que notre Béguine, « Marguerite, dilc de Walmersele, recevra, sa vie durant, l'usufruit du « seigle en question, et qu'après sa mort ce grain sera employé, comme « il est dit, à l'usage des Béguine pauvres, et, dans la suite, aucun
1 M. Gocthals, n qui l'on ne contestera pas une grande érudition, nos savants académiciens MM. Bock et Marchai. MM. Relhmann cl Pertz, ces infatigables collaborateurs des Monuwirnta Orrmanica, entreprise scientifique qui sera, dans l'avenir, un dos titres de gloire du dix-neuvième siècle, les membres de l'École des Chartes de Pari», sont, a cet égard, d'un avis unanime. M. Terwecoren a encore interrogé d'autres savants: il n'en a pas trouvé qui se soient déclarés pour l'authenticité des diplômes. Vovcr. le, p. G6.
T. II. m
H1STOIRR
> homme ne pourra revendiquer une portion de cette redevance. En té- « moignageet confirmation de ce, nous avons fait munir ces lettres du « sceau du béguinage. Donné l'an du Seigneur 1065, au mois de dé- • cembre.
t A tous ceux qui ces présentes lettres verront, Guillaume Wynen et « Jean Conam, échevins de Vilvorde, salut et connaissance de la vérité, « faisons savoir que demoiselle Isabelle, béguine, fille de Liévin, a
■ donné à loyer, de la part de la mense du Saint-Esprit du béguinage, à i Laurent de Brug, pour lin terme de trente ans, qui suivront immédia- « lemenl la date des présentes lettres, un bonnier de terre arable , un
■ peu plus ou moins, situé au Cayebrugge, à l'endroit appelé Loeshove, « pour la somme de quinze deniers de monnaie courante* payable tous c les ans à la Noël. En témoignage nous avons donné ces lettres scellées « de nos sceaux. Donné Tan du Seigneur il 29, le dimanche où l'on « chante cantate. •
Du troisième acte on ne connaît qu'une analyse : il concernait la location faite par les maîtresses et les proviseurs du béguinage, a un Jean Vandersmissen, d'une terre située à Sempst.
Énumcrer toutes les raisons qui accusent les dates données à ces trois pièces, c'est entreprendre une tâche fastidieuse. Disons cependant que le style adopté pour leur rédaction est celui dont les greffiers se servaient aux quatorzième et quinzième siècles; que l'écriture du plus ancien, le seul dont on possède un fac-similé \ diffère, d'une manière absolue, des caractères dont on se servait au onzième siècle; que la manière de dater, avec l'indication du mois, du jour même, est, à elle seule, un motif suffisant de suspicion ; que les mots : de cotmlio presbyterorum fort, signalent l'existence, dans le couvent, d'un clergé considérable, cequi est inconciliable avec l'histoire ecclésiastique en généra I et, plus encore, avec les données authentiques fournies par les archives mêmes du béguinage. Et que dire de la mention de ces noms de famille : de Walmersele, Wynen, Conam *, Vandersmissen? de cet acte passé par-devant deux échevins et scellé par eux, en 1129? de la mention d'une mense du Saint-Esprit en 106$, tandis que les institutions de ce genre ne commencèrent três-cerlainement, que vers l'an 1200? de la locution locare, adoptée en 1131, alorsqu'on ne connaissait que celle de adfirniam dare? Chose étonnante, le troisième acte nous montre le béguinage administré au douzième siècle par un curé, des maîtresses et des proviseurs, tandis que, selon des
» Publié par De Smt, Acta ianclorum Belgii, t. V. p. 09, et reproduit par MM. Hillvanh et Teiiwicoaei».
* Léehevin Jean Conam de 11 37 est probablement I echevin Jean Ooman de deux actes do I anne* U13. IIUUUUW, p. 87.
documents dignes de foi, la cure du béguinage ne date que de l'an 1265 environ, que le couvent n'eut d'abord qu'une et non pas plusieurs maîtresses, et que ce ne fut que Irès-tardivement que des proviseurs, c'est-àdire de3 directeurs laïques, furent désignés pour administrer les biens du couvent, de concert avec le curé et les maîtresses.
Si nous interrogeons l'histoire authentique, elle nous montrera les premières Béguines du Brabant se rassemblant, vers l'an 1207, à Hemixem, à l'endroit où fut depuis l'abbaye de Saint-Bernard. Leur établissement souffrit beaucoup de difficultés, et les villes semblent leur avoir défendu d'habiter dans l'intérieur de leurs murailles, puisque tous les béguinages se trouvaient jadis dans les faubourgs '. En 1294, celui de Vilvorde était encore qualifié d'institution nouvelle (novella ylantatio), et, en effet, selon toute apparence, il ne remonte pas au delà de l'année 1239 environ. Un acte de cette année atteste le fait, à l'appui duquel on peut alléguer une note contenue dans un stockboeck ou registre des biens du couvent, datant de l'année 1427 * , et une tradition qui a longtemps été acceptée sans contestations. Si l'on en croit quelques auteurs ecclésiastiques, ce fut Sophie, fille de sainte Élisabeth de Hongrie, et femme du duc de Brabant Henri II, qui fonda le couvent de Ten- Troost, en 1228, selon Wichmans3; celte princesse établit en ce lieu sept vieilles femmes, auxquelles l'évéque de Dania, Godefroid, aurait substitué des Béguines, lelOnovembre 1440. Sophie, ajoulentles légendaires, devant aller rejoindre son mari, qui assiégeait la ville de Cologne, leur donna une statue miraculeuse qu'elle avait reçue de sa mère, pour les consoler de son absence; de là le nom de Ten- Troost. Que la duchesse ait comblé de bienfaits le couvent, qu'elle l'ait entouré de murs, comme le dit un acte processal de la fin du seizième siècle, cela n'est que très-probable, mais elle ne peut l'avoir fondé en 1228, puisqu'elle ne naquit qu'en 1225,
t Circa nnnum domini 1207, mulieres in kitpartibtu incipittxinl mundum relinquere et vorabantur Reyhiwr, qua> in initits multas habuerunt difficultés. Vêtus chron. Gritnberg. apud Coins et apud Granate [Hiitoria urbit tt prov. Mechlin., 1. Il)) — Pbalcsics, et Mesco. abbé de Werum, cités par M. Goktiials, I. c.
* De gtmeynte mnet betalen dm prochiatn ran Poetye X s. Lorensch.alsoe een brief inhout. in de tcetken rerklaert et hoe de prochiaen ran Polie rorscrete heeft den chyns op't hof roor aile syn recht dat hy hadde in t beghynhofaU dat yertte begotute inljaer MCC endtXXXIX. Balmim, p. 74.
s Gazut, Histoire erclesiattique du Pays-Bas. - GimmaYF.. Hruxella. — JiSTt-LiPSe, Dim Virgo Hallensis, c. 3. — Wichmaîis. p 919. — Sa* de RDI, Chorographia sai-ra Hrabantûe. t. Il, p. 396. — Coipaigmoa. — Il semble que les faux actes de Vilvorde étaient déjà connus en 1606, puisque alors Gramaye regardait le béguinage de cette villa comme le plus ancien du pays et lui donnait plus de cinq siècles d'existence. Quant à Wichmans, désespérant de concilier la fondation par Sophie avec 1 existence de ces actes, il déclare naïvement laisser a d autres le soin d'éclaircir ce* contradictions.
et qu'elle ne vint en Bradant qu'en 1259 au plus tôt (selon M.Terwccorcn. en 4242); ajoutons que le nom de Ten-Troost ou plutôt celui de Solatium Beatœ Mariœ était déjà connu en 1239.
Dés cette époque, il y avait n Steenvoort une multitude de Béguines habitant dans des maisonnettes; leur nombre était tel, et leurs lits si rapprochés les uns des autres, que les infirmes et les malades en étaient incommodées. Des personnes charitables ayant projeté de doter le béguinage d'un hôpital, l'évéque de Cambrai, Guy, leur en accorda la permission, par une charte datée du mois d'octobre 1239, « afin, dit-il, de favo- € riser les commencements de l'établissement fondé près de Vilvorde € et d'établir sur de solides fondements ce qui n'était encore, pour ainsi « dire, que chancelant (in pendulo). »
Les dignitaires de l'église s'empressèrent de combler de faveurs l'association naissante. Le légat Jacques, évéque dePrènesle, et le pape Innocent IV la prirent sous leur protection, le premier, le 5 février 1240; le second, le 10 février 1244. Le légat Hugues accorda des indulgences à ceux qui lui feraient quelque don (1er juin 1252), et le pape Urbain la déclara exemple de tout impôt, subside ou autre charge pesant sur les laïques (25 mai 1262). Les Béguines eurent bientôt une demeure clôturée, et, en effet, dès l'année 1240, elles sont qualifiées de cloîtrées (inclttsœ). Elles s'empressèrent aussi de se faire construire une église somptueuse (de novo opère sumptuoso); comme elles n'avaient pas de ressources suffisantes pour achever celte entreprise, le légat du Saint-Siège accorda trente jours d'indulgences à n uv qui la favoriseraient (9 octobre 1254). Henri de Gueldre, évéque de Liège, se trouvant à Vilvorde, le 6 décembre I2G5, gratifia de vingt jours d'indulgences lespersonues qui aideraient à l'achèvement de l'église, à laquelle il donne le titre plus modeste de chapelle. Quarante jours d'indulgences furent encore accordés par quatorze prélats réunis à Avignon, à ceux qui viendraient y prier (14 février 1555-1554).
Le béguinage, quoique situé sous Vilvorde, était compris dans les limites de la paroisse de Peuthy. Il obtint ensuite un curé ou desservant particulier, dont la première mention date de l'année 1265. En 1292, Elisabeth de Grimberghe dite de tfovd Curid (ou Vandennieuwenhove) y dota de quatre bonniers le bénéfice de la messe des Ames, et, vers 1425, on fonda à l'autel Saint-Antoine une chapellenie de la Vierge. En verlu d'une bulle du pape Hooorius IV, de Tan 1285, et d'un diplôme de l'évéque Guillaume, du 11 novembre 1294, la direction supérieure du
' I l lyilur cujusdam princtpii dUveutum iturptt apud Solatium B*ai<r Maria; prope Vitfbrdti ernerrr facial. BaUHAIII, p. 6*.
couvent appartenait à l'abbé de Sainl-Bernard; suivant quelques notes manuscrites annexées à un ancien inventaire, ce prélat osait de ses pouvoirs d'une, manière inconvenante et exagérée; ils furent néanmoins confirmés par une sentence rendue par le conseil de Brabant contre Antoine Sanclus, doyen du chapitre de Saint-Rombaud (5 février 1443- 1444). Cependant, quelquefois, les ducs souverains nommaient directement un administrateur; c'est ainsi que Philippe le Bon appela à ces fonctions Laurent Violet, le 21 janvier 1444-1 445 '. L'église, la cure, la chapellenie, l'oAice de sacristain, les chanteuses ou élèves, l'infirmerie, la mense du Saint-Esprit (c'est-à-dire les Béguines pauvres), avaient chacun leur dotation particulière.
Lorsque l'institut des Béguines fut condamné et aboli par le pape Clément V, en 1511, les Béguines de Vilvorde partagèrent cette proscription, mais elles continuèrent à porter l'habit de leur ordre, et à observer leurs statuts, ce qui attira sur elles les foudres de l'excommunication. Quelques années plus tard, Jean XXII renouvela la sentence portée par son prédécesseur, en déclarant, toutefois, qu'elle ne s'appliquait pas aux communautés dont le genre de vie n'offrait rien de répréhensibie (15 août 1518). Les Béguines de Vilvorde appartenant à celte catégorie, elles demandèrent pardon de la faute qu'elles avaient commise en désobéissant au pape Clément, et, après celte démarche, elles furent absoutes par le doyen de la chrétienté de Bruxelles *.
Au quinzième siècle, la discipline s'était singulièrement relâchée dans la plupart des couvents de femmes en Belgique. Le légat Nicolas de Cusa, qui parcourut notre pays dans le but de la rétablir, aurait voulu voir les Béguines de Vilvorde adopter la règle de Sainl-Auguslin ; la lettre qu'il adressa dans ce but au curé Arnoul Snoeck, le 4 février 1452-1455, n'eut à ce qu'il semble, aucun résultat. Les sœurs de la communauté montraient peu de déférence pour leur père spirituel; la porte du couvent était ouverte à des heures indues; on permettait, dans l'enclos, des danses, des badinages, des bouffonneries ; sous le toit de l'église, on jouait à la balle, à la boule, au bâton, à l'oie. En 1481, l'évéque Henri de Bergues proscrivit ces divertissements. En outre, il ordonna au curé de rappeler aux Béguines les devoirs de l'obéissance, et il voulut que le curé et les maîtresses se conformassent aux statuts du béguinage de Malincs, pour tout ce qui concernait le spirituel et le temporel (26 juin 1486) s.
1 De là, sans doute, provient l'opinion, tout à fait erronée, que le béguinage de Ten- Troost faisait partie du domaine de* ducs de Krabaut.
» Voyez la commission donnée au doyen, lo 2 » novembre 1319. dans Hilin***, 1. c.» P 80.
* M. TcRWEConen, I. c. p. 153.
Cet affaissement dans la ferveur primitive des filles de Lambert le Bègue fut sans doute la cause principale qui détermina Charles le Téméraire à les dépouiller d'une partie de leurs biens au profit d'une congrégation étrangère. Le Val-des-Trois-Maries ou couvent de Malbeeck, près deLiége, ayant été pillé et brûlélorsdu sac de cette ville, en l'année 1468, les Carmélites qui y habitaient et qui s'étaient réfugiées à Maestrichl obtinrent du duc Charles le béguinage de Peulhy, sa chapelle sous l'invocation de Notre-Dame de la Consolation, et toutes ses dépendances, grâce à l'appui du légal Onofrius et du père Jean Soreth, supérieur général de l'ordre du Monl-Carmel. Les Déguines devaient conserver, libres de toute charge, des bien» dont le revenu s'élevait annuellement à 100 sacs de seigle, 2 sacs de froment et 80 florins; on leur laissait aussi la dotation dite de la mense du Saint-Esprit. D'autre part, on assignait aux Carmélites les biens de l'infirmerie, la ferme, la boulangerie et l'église, mais à la condition d'entretenir constamment sept Béguines vieilles et pauvres, de permettre aux Béguines de cuire leur pain dans leur four, moyennant une redevance modique, et de leur laisser, dans l'église, la libre disposition d'un autel (25 janvier 1468-1 409). Les Carmélites eurent la faculté d'élever un cloître dans une partie de l'enclos, ce qui s'effectua deux ans après. Mais les Carmélites ne se contentèrent pas de cette concession incomplète: elles obtinrent du duc d'autres lettres patentes, qui leur abandonnaient tout le béguinage, où elles entrèrent le 6 février 1469-1470, et où elles furent solennellement installées, le 1 1 du même mois, par Godefroid, évéque de Dania.
Les deux actes du duc Charles provoquèrent de longs débals. Les Carmélites, se trouvant trop resserrées dans une habitation où on ne les reçut que comme des intruses, se séparèrent. Il n'en resta que sept à Ten- Troost. Le 50 avril 1472, elles obtinrent de la cour de Rome une bulle qui supprimait le rectorat du -béguinage, et réunissait ses revenus aux leurs. Mais la mort du duc fut pour elles le signal de longues calamités. Si l'on en croit un acte de l'an 1481, où les événements antérieurs sont d'ailleurs manifestement dénaturés, quelques Béguines, supposant à la suppression de leur communauté, invoquèrent l'assistance des habitants de Vilvorde,dc leurs amis, de leurs proches et de leurs parents, et accablèrent d'avanies les Carmélites. On plaça, sous la porte de leur monastère, une lettre par laquelle on les menaçait d'incendie si elles ne s'entendaient pas avec les Béguines. Quoiqu'il en soit de la véracité de ces assertions, les deux communautés s'adressèrent à l'évéque Jean de Bourgogne, qui chargea des commissaires de faire examiner la question ; ceux-ci, en présence du protonotaire Hanncron, ordonnèrent la nomination d'arbitres, dont la décision fut approuvée par l'évéque, le 6 juil-
let 1477 ». Les Carmélites furent exemptées de l'obligation de cuire le pain des Béguines et d'entretenir sept pauvres Béguines infirmes, mais, d'autre part, on les astreignit à pourvoir les Béguines d'un chapelain, outre leur curé, et à leur donner tous les ans, pour la construction d'une nouvelle infirmerie, la somme de trois livres de gros de Hrabant. L'existence indépendante du béguinage fut particulièrement conGrmée, et les limites des terrains assignés aux deux communautés, légèrement modifiées; les Béguines, entre autres, devaient posséder la partie septentrionale de l'ancien béguinage, depuis la maison des confesseurs ou prêtres, qui était située près du sentier conduisant à Louvain, jusqu'à l'église; le lot des Carmélites touchait à la Woluwe.
Cet accord lie satisfit uullemenl ces religieuses, qui réclamaient le béguinage tout entier. Elles prétendirent que leur confesseur avait agi sans leur consentement. Suivant une enquête qui se fit alors, des personnes malveillantes, évidemment les Carmélites ou leurs partisans, arrachèrent des mains du confesseur précité le diplôme de l'évéquc, ce qui affligea beaucoup cet ecclésiastique. Les Carmélites réclamèrent auprès du conseil de Brabant, mais sans succès; un jugement de ce tribunal sanctionna la convention de l'année 4477 (9 octobre 1480). D'accord avec le supérieur de leur ordre, elles s'adressèrent alors à la cour de Rome, qui confia le soin de faire exécuter la donation du duc Charles (le second diplôme de ce prince), à levéque de Cambrai, Henri de Bergues (5 mai 1481). Ce prélat ordonna, le 2 août suivant, l'exécution de la volonté du souverain pontife, mais le conseil de Brabant défendit de procéder à celte exécution; de plus, il interdit aux religieuses la continualion de toute procédure (C novembre 1487). La môme année, il est vrai, le roi Maximilien ordonna au chancelier du duc de Brabant de surseoir, jusqu'à décision contraire, à l'exécution du jugement rendu contre les religieuses; celles-ci n'en restèrent pas moins privées de la plus grande partie des biens du béguinage. C'est ce qu'attestent deux actes importants. Dans le premier, auquel on ne donna évidemment aucune suite, les Béguines, qui n'élaicnl plus qu'au nombre de neuf, renoncent à tous leurs biens, et déclarent qu'elles ne recevront plus personne dans leur communauté (2 septembre 1553). Lorsqu'on rédigea le second, Ten-Troost avait été brûlé; les Carmélites et les Béguines s'étaient, les unes et les autres, réfugiées à l'intérieurdeVilvorde, où elles se querellaient de nouveau. La direction spirituelle des Béguines fut alors enlevée au confesseur des Carmélites, et donnée au curé de l'église paroissiale; on confirma aux religieuses la possession des biens de la
1 Et non en 1470, comme il e*t dit dans les Optra dipl., I. c , p. G36. Vover Rmummi, p 96.
insToinK
cure, de l'église, de la chapellenie et de l'infirmerie de l'ancien béguinage (17 décembre 15U7) '. Depuis cette époque, l'histoire de ce dernier établissement n'offrit aucun intérêt. Il fut supprimé en 1796. La dernière Béguine, la demoiselle Gotemans, mourut en 18i0, et, quelque temps après, la commission administrative des hospices mit en vente le béguinage; la ville en a acheté une partie pour agrnndir l'école communale; le restant forme un joli carré de bâtiments entourant une grande cour; c'est là que se tient l'école dominicale et que se réunit la société de Saint-Vincent de Paul. La partie des bâtiments qui a vue du côté de l'église paroissiale est éclairée par des fenêtres en style renaissance; on y lit la date de 1622.
Les Carmélites de Tbn-Troost. — C'est aux religieuses carmélites qu'est due l'extension du culte que l'on rend à Vilvorde à l'image de Notre-Dame de la Consolation. A leur demande, l'évéque Robert de Croy érigea la confrérie de ce nom (51 août 1538), que, plus tard, l'archevêque Vanhove annexa à celle du scapulaire, et qui compte encore un grand nombre de membres. La procession solennelle de cette confrérie se célèbre le troisième dimanche après Pâques ; elle eut lieu pour la première fois, en »575. Jusqu'en 1632, les religieuses l'accompagnèrent, tenant un cierge à la main ; alors s'introduisit l'usage de faire porter, par de petits enfants, les emblèmes des mystères de la vie de la Vierge ou les tableaux des miracles obtenus par son intercession. La communauté compta, parmi ses principaux bienfaiteurs, plusieurs membres des familles de Willhem et Boisol. Le chevalier Henri de Wilthem , dit de Beerscl, don na 1,200 florins à sa fille Marie, sixième prieure des Carmélites de Ten-Troost cl qui mourut en 1554, pour reconstruire la chapelle, qui fut achevée par les soins de la septième prieure, Anne Boisot. Philippine Boisot, parente de celle-ci, et veuve de Nicolas Van Arcle, conseiller de la chambre des comptes de Brabant, orna le couvent d'une habitation, dont elle lui abandonna la propriété, le 2 janvier 1570-1571 .
Des temps de calamité survinrent bientôt. Le 12 août 1578, les soldats de la garnison de Vilvorde brûlèrent le couvent, dont l'existence aurait pu faciliter une at laque contre la ville. Les religieuses s'étaient retirées dans le château de Herlaer, où elles habitèrent pendant dix-huit mois, et où Anne Boisot et onze de ses compagnes moururent de chagrin et de misère. Craignant de nouvelles insultes de la part des calvinistes, dont l'influence grandissait constamment, les religieuses se réfugièrent à Malines, chez le chevalier Charles Boisot et sa femme Anne Van Royen;
» Nous croyons avoir présenté avec impartialilé les péripétie» de ce grand débat, qui dura 1*9 ans(l4«8à 1597). et dont l'examen n'est pas facile.- depuis le temps de Compaignon, il a toujours été exposé d une manière favorable aux Carmélites.
l'une d'elles, lu sœur Catherine Vayders, sortit de Vilvorde déguisée en paysanne et portant sur la téte une botte de paille dans laquelle était cachée la statue miraculeuse (17 juillet 1570). Les Carmélites ne furent pas longtemps tranquilles dans leur nouvel asile; Malines, qui s était soumise à la domination espagnole, fut prise et pillée, en 4580, par les garnisons de Bruxelles et de Vilvorde; toutefois, si l'on en croit les légendaires, les vainqueurs, subitement touchés de repentir, ne firent aucun tort à nos religieuses.
Lorsque la ville de Vilvorde eut reconnu de nouveau l'autorité royale, l'archevêque Hauchin obtint du magistrat, pour les Carmélites, la concession d'un hospice où Ton recevait les pèlerins et les voyageurs pauvres, l'hôpital Sa in [-.Nicolas, qui était situé dans la rue dite le Meer; de leur côté, les religieuses renoncèrent à toute prétention sur la somme de 825 florins, que la ville avait retirée de la vente des débris du couvent. Les magistrats se chargèrent de faire entretenir, avec le restant des biens, la fondation de l'hôpital, et de donner six florins ca roi us pour la messe du chapelain, aussi longtemps que l'église serait desservie par un prêtre séculier. Ils exemptèrent les religieuses des accises sur la bière et le vin (12 août 1586). Le 21 octobre suivant, le gouvernement espagnol céda aux Carmélites, afin de lesaider à bâtir une nouvelle chapelle, un terrain vague, ayant appartenu à un nommé Jean VanLaencn,au préjudice duquel il avait été confisqué. Quoique les Carmélites prétendissent avoir dû plusieurs fois leur salut à l'intercession de la statue miraculeuse, elles montrèrent souvent peu de confiance en sa protection; à chaque apparence de danger, à chaque approche d'une troupe ennemie, elles s'empressaient de fuir ; ainsi, elles se réfugièrent : en 1622, en 1667, en 1704, à Bruxelles; en 1635, à Anvers; en 4695, à Malines.
Leur nouvelle chapelle étant très-peu étendue, elles demandèrent, en 1644, de pouvoir en agrandir le chœur; il fut reconstruit l'année suivante, et la rue voisine détournée. Quant à l'église elle-même, ce fut le père Ari, général et visiteur apostolique de l'ordre, qui en posa la première pierre, le 19 mars 1665. Son achèvement date de l'année 1665, et sa consécration, par l'archevêque de Malines, du 6 septembre 1671. Elle existe encore, avec sa tour et sa coupole, telle qu'elle a été édifiée à celle époque. La communauté envoya des colonies : en 1665, à Loti vain ; en 1672, à Boxmeer, dans le Brabaut-Hollandais. Le 5 novembre 1796, elle fut expulsée de sa demeure, dont on transforma une partie en caserne de gendarmerie, puis eu caserne. L'autre partie, avec l'église, fut vendue, le 9 messidor an VU (27 juin 1799), à Henri-Joseph Vandenplas et Nicolas Massiolty, ce dernier agissant comme mandataire de lu communauté des Carmélites, à laquelle la veuve et les héritiers de Vandenplas
T. II
IIIST01UE
cédèrent ensuite leurs droits. Après l'avènement de Bonaparte au consulat, les religieuses rentrèrent dans leur couvent (8 novembre 1802), cl l'église fut rouverte au public (28 décembre 1805). En 1831, la communauté reprit l'habit de l'ordre et l'observance rigoureuse des statuts. Kilo se compose de 23 religieuses et dirige une école *.
Altrbs couvents de Vilvorde. — Les Dominicains de Bruxelles sollicitèrent à plusieurs reprises, de la manière la plus instante, la permission d'établir à Vilvorde un petit couvent ou vicariat, et un collège latin, où l'on instruirait les jeunes gens de la ville et du voisinage jusqu'à la cinquième. Ils demandèrent à la ville, pour cet établissement, un subside annuel de 200 florins du Bhin, que le maire, les é<hevins,le conseil et les receveurs accordèrent, avec le consentement des doyens des métiers; mais les commissaires au changement de la loi (ou du magistrat), en vérifiant les comptes de la commune, refusèrent de sanctionner celte résolution, aussi longtemps que le roi ne l'aurait pas approuvée. Un décret du 4 septembre 1G24 termina ce débat. Les pères Pierre Malphée, qui se fit un nom par ses écrits, et Philippe-René de Busleyden, de la famille des vicomtes de Grimberghe, fondèrent ce couvent, à l'aide des dons qu'ils reçurent de leurs parents. On en posa la première pierre en 1625. En 1086, il devint un prieuré, et, vers ce temps, on le reconstruisit sur de plus grandes proportions. Il était situé dans la Grande rue des Mou-
Des religieuses de Sion ou de Bélhanie, de l'ordre de Saint-Augustin, s'établirent à Vucht, au quinzième siècle; puis, après les troubles de religion, à Bois-le-Duc. Lorsque cette ville eut été conquise par les Hollandais, elles furent quelque temps errantes d'asile en asile. Deux des sœurs et le recteur séjournèrent à Bruxelles, tandis que le reste de la commu. naulé allait occuper une maison qu'elles avaient louée a Vilvorde (4 février 1648). Sept années plus tard, elles se fixèrent à Anvers, mais elles ne purent obtenir l'autorisation de s'établir dans cette ville; elles se résignèrent donc, après cinq ou six ans, à revenir à Vilvorde, où, dés 1649, le magistral et le souverain leur avaient permis de transférer leur couvent. En 1673, elles firent commencer dans cette ville la construction d'une magnifique église, à laquelle on recommença à travailler quarante ans après, et qui fut achevée en 1719 4. En 1670, les religieuses se plaignirent du magistrat, qui leur avait ordonné de loger des soldats, mais le conseil de Brabanl répondit à leurs réclamations par une fin de nonrecevoir (26 mars). Leur couvent est devenu la maison de campagne de la famille d'Aubremé, qui borde la station de Vilvorde, vers l'ouest; les
< Voyo? M. Terwecoreji, I. c.
* Le Rot, I. c — Vin Uestel.
dernières religieuses moururent au béguinage, où elles s'étaient réfugiées.
Eu 1618, les Carmélites déchaussées ou tliérésietines de Louvain fondèrent à Vilvorde un couveut, avec l'autorisation de l'archevêque et du magistrat, dans une ferme située rue de Bruxelles, qu'elles achetèrent aux héritiers Dellafaille, le 19 mars de cette année. Cependant elles ne donnèrent pas immédiatement suite à leur projet. Le conseil de Brabant s'y montra peu favorable, « parce que, disait-il, la prétention des reli- « gieuses contredit l'ordre de Sa Majesté et ses édicts reçus et publiés « en ce pays de Brabant et que d'ailleurs la multitude des cloistres n'est «nullement convenable (28 juillet 1659). » La ville de Vilvorde et l'archevêché (18 septembre et 29 décembre 1659) ayant été d'un avis contraire, les Carmélites firent, au prix de 10,000 florins, l'acquisition d'une maison dite het Blauwselkuys, et qui s'étendait jusqu'à la Woluwe, vers la ferme des héritiers Dellafaille, et jusqu'à la ruelle du Coude (Crommenelleboge straetken). Un octroi royal, approuvant leur établissement, leur fut accordé le 15 septembre 1662 '. En 4657, Isabelle- Marguerite de Mérode, veuve de Balthasar-Philippe Vilain de Gand, prince de Masmines, comte d'Isenghien, fit don , pour cet objet, à la maison-mère de Louvain, d'une somme de 50,100 florins. En 1666, la ville de Vilvorde se trouvant complètement obérée, par suite des charges excessives qu'elle avait à supporter et de la ruine de son industrie, résolut d'emprunter 1,000 florins; pour se les procurer, et après avoir entendu les doyens des métiers, les maire, échevins, conseillers et receveurs accordèrent aux Carmélites, moyennant 800 florins, exemption des accises sur les vins et les bières, et de toutes les autres charges communales, pour le terme de 30 années, à la conditiou que si, à l'expiration de ce terme, les 800 florins n'étaient pas remboursés, les religieuses continueraient à jouir de ces exemptions (* septembre 1666). Les 200 autres florins furent prêtés à intérêt par les Carmélites a la ville, et remboursés le 27 juillet 1691. Joseph II supprima cette communauté religieuse en 1786 ; le 19 janvier de l'année suivante, l'enclos du couvent fut vendu en quatre lots, et les bâtiments démolis ; les Carmélites étaient parties, dès le 10 juin 1784, pour la France, où une princesse de sang royal, Madame Louise, fille de Louis XV, gouvernait une maison du même ordre. Quatre Carmes déchaussés servaient de confesseurs aux Carmélites; ils habitaient une maison dont le magistrat de Bruxelles autorisa l'amortissement, le 16 juin 1755, à la condition que cette petite communauté continuerait à supporter toutes les charges pesant sur les outres habitants. La plus grande partie du côté oriental de la rue Thcré-
« Rtfiitmaus Chnrtfi <it la<l,umUf ./«-«< »mptr*,tr \\\\ M49. A rehirtt du cnmtfl prirt.
sienne était comprise dans le couvent : les religieuses habitaient au nord île la Woluwe; les religieux, au sud, dans les locaux occupés aujourd'hui par M. Michaux, maître de pension.
En vertu d'un octroi dépêché à Madrid, le 4 octobre IG63, le cardinal Philippe-Thomas Howard, fils du comte d'Arundel, religieux de l'ordre •le Saint-Dominique, acheta dlgnace-Alberl Heyens, seigneur de Schailienberghe, une maison située au Meer, afin d'y établir des Dominicaines anglaises, qui habitaient déjà Vilvorde depuis ifiGO. L'administration communale avait consenti à l'érection de cet établissement, ce que le gouvernement fil aussi, par un décret daté du 48 juin 1 G6i . Cependant la nouvelle congrégation ne fit pas un long séjour à Vilvorde; craignant de ne pas y être k l'abri des fureurs de la guerre, elle se fixa a Bruxelles, en iGGi), dans l'ancienne demeure du fameux prévôt Spellekens, à l'extrémité supérieure de la rue des Épingles.
Un chevalier nommé Fulcold fonda, en il 54, l'abbaye de Berne, près dcHeusden, sur les limites du Brabant et de la Hollande; le premier abbé, Évcrard, y conduisit Gérard, qui devint prieur, Onulphe et d'autres prêtres instruits, originaires de Bruxelles ■. Cinq siècles plus lard, cette communauté regagna les lieux où elle avait, en quelque sorte, pris naissance. Après les guerres de religion, les Prémontrés de Berne avaient restauré leur habitation conventuelle; mais, lorsque la trêve de douze ans eut expiré, celle-ci fut de nouveau ravagée, et les religieux se virent dans la nécessité de se réfugier à Bois-le-Duc, où le gouvernement espagnol les autorisa à s'établir (0 juillet 162G). Lorsque cette ville fut tombée au pouvoir des ennemis, la communauté eut ses biens confisqués et fut réduite a vivre de quelques revenus peu importants. Après de longues traverses, l'abbé Léonard Bosch se réfugia à Vilvorde, où il mourut en 1GG8. Le cinquième de ses successeurs, Léonard Maes, rétablit l'abbaye, et, à sa demande, le chapitre de l'ordre invita les supérieurs des autres monastères à lui accorder des secours. Tous les abbés de Berne, depuis Henri Vandaele, mort en 1692, jusqu'à Adrien de Wilh,qui mourut en 1793, ont reçu la sépulture dans l'abbaye deCrimberghe*. Le couvent de Berne se trouvait dans la rue Thérésienne, sur remplacement qu'occupe actuellement le pensionnat de M. Flasschoen. L'abbé et un ou deux religieux résidaient seuls à Vilvorde; leurs compagnons desservaient des cures dans la mairie de Bois-le-Duc. Celte communauté existe encore.
Hospices et hôpitaux. — Les établissements de bienfaisance sont nombreux cl richement dotés dans presque toutes les villes de Belgique.
1 HOCO, Annale* Pr/Ptiumslrat., t. I, p. CCCXXX.
* Idem, I. c , p. CCCXXXV. — M. TERWttoRts, I. c. p. XI.-Goiers, l'an Getttl annoté.
A Vilvorde, le magistral avait la surintendance des établissements de ce genre et en choisissait le clerc on receveur; c'est ainsi que, le 17 janvier 1600, Laurent Nys fut nommé par le maire, les éehevins cl le conseil, receveur de l'église paroissiale, de la table du Saint-Esprit , du béguinage de Steenvoort, de la confrérie de Notre-Dame et des « pau- « vres petits frères et petites sœurs Ttn-Ghoir. • Cet employé veillait à l'exécution des mesures arrêtées par les magistrats ou par les proviseurs de la table des pauvres; il ne pouvait affermer ni terres, ni pâtures, sans le concours de ces derniers. La garde du grain livré par les locataires lui était confire, et c'était lui qui le remettait au meunier, en présence du boulanger de l'administration. Il occupait la maison du Saint-Esprit, où il y avait une chapelle, et jouissait, en outre, d'un traitement s'élevantà 24 florins caroluspar an, plus 4 sous pour se fournir de papier, 4 florins pour dresser ses comptes, et 4 sacs de seigle pour la gestion des recettes consistant en grains (acte du 1er septembre 4568). Les revenus de la table s'élevaient, en 1583, à 1,512 florins, et, en 1818, h 2,992 florins. Entre autres charges que supportait la table des pauvres, nous trouvons une allocation annuelle de 2 florins carolus de 5 escalins, que la ville assigna, le 22 octobre 1560, à Jacquemine Vandervoirt, accoucheuse jurée, pour son fils, en sus de ses gages et émoluments ordinaires.
On n'a plus qu'un souvenir vague de l'endroit où ont existé les hospices des Sept petits frères au Meer {van seven arme bruederkens gestaen op de strate geheeten de Meer, 25 juin 1550) et des six petites sœurs Ten Ghoore{de zes arme zmteren geheeten ten Ghoore, 1567). Ce dernier doit avoir été voisin de l'ancienne Monnaie, vers la Woluwe et le lieu dit Warmoesbroeck ; au siècle dernier, il se trouvait, m'a-t-on assuré, près de la porte de Flandre. Actuellement, le bureau de bienfaisance entretient une dizaine de ménages pauvres, qui sont logés dans une maison de la Hellinckstrate, et 5 vieilles femmes, qui occupent une habitation dans l'ancien béguinage. L'hôpital Saint-Nicolas, dont les locaux furent cédés aux Carmélites de Ten-Troost, en 1586, était ouvert aux voyageurs et pèlerins pauvres passant par la ville; son nouvel emplacement, qui se trouvait au Meer, vis-à-vis des Carmélites, fut amorti par lettres patentes, en date du 5 août 1755. C'est actuellement l'auberge portant pour enseigne Cortryk et que l'on appelle vulgairement het Pelgrims ImySj la maison des Pèlerins.
En Tannée 1258. le mailrc de la commanderie des Joncs, près de Maestrichl, de l'ordre Tculonique, renonça aux droits qu'il possédait,
i Jan VanJcnhortcU in. de Munit ran t Duylichen huse ahrlejcn neren dtr armer hwjt ran dtn Gotrr, 14il .
on ne sait à quel titre, sur l'hôpital des pauvres de Vilvorde *, et, en 126», par un acte passé devant les échevins de cette ville, le frère Marcel, délégué de l'ordre, et la supérieure des relieuses de l'hôpital déterminèrent les limites des biens de leurs communautés respectives. La seconde était formée de sœurs hospitalières, qui reçurent des papes plusieurs privilèges, comme l'attestent des bulles d'Innocent IV, en 1253; d'Alexandre IV, en 1257; de Grégoire X, en 1275; de Clément V, en 1511 ; de Jean XXII, en 1317; de Clément VI, en 4350. L'an 1317, les ravages de la guerre, de la peste, de la famine, et l'encombrement des malades avaient tellement épuisé les ressources de l'établissement, que les religieuses qui survécurent a leurs compagnes tombées victimes du fléau, durent avoir recours aux aumônes pour subsister, t La charité « chrétienne, dit M.Terwccoren, les mît à même, huit ans après, de ré- « tablir l'hôpital dans son état primitif.» .
En 1357, lors de la construction des nouvelles fortifications, le magistral utilisa quelques terrains appartenant à l'hôpital, entre la porte de Flandre et recluse (du SpuymoUn), et, vers le même temps, il exigea que les sœurs payassent les accises du vin et de la bière, ainsi que celle de la Inine, lors de la tonte des moutons de leur ferme. Delà naquirent deux graves contestations, dont le chancelier de Brabant, Gosuin Vanderryt, et l'amman, sire Jean d'Enghien dit deKestergat, furent enfin constitués arbitres. Us portèrent leur sentence le 18 février 1453-1434, dans la chambre du conseil du duc, et celui-ci l'approuva, le môme jour. La berge intérieure du rempart {den binnensten vestbergh), entre la porte de Flandre et l'écluse du Spuymolen, et In ruelle qui y conduisait, dont l'hôpital n'avait joui que par grâce, h ce que disait la ville, lui furent laissées, mais à la condition de ne pouvoir en modifier l'état, et à charge de payer un ridder d'or à la commune, qui conserverait le droit de s'en servir, en temps de guerre. Les magistrats avaient fait abattre et avaient utilisé le réservoir {dat beghinsel en dat hool) de la source dite Incostoorre, située au dehors de la porte de Flandre et qui fournissait de l'eau A l'hôpital ; ils furent condamnés à payer à celui-ci une indemnité de 20 peters et à tolérer le passage des conduits de cette source par les remparts. Enfin, la questiou de l'accise fut aussi résolue dans uu sens favorable aux religieuses.
Les guerres, les révolutions, et plus encore les pestes, en 142G, 1427, 1468, 1409, 1470, 1559, 1573, 1574 et 1575, en encoinbrunl de malades l'hôpital , lui occasionnèrent des dépenses excessives. En 1579, les sœurs durent s'enfuir à Cologne , où elles testèrent jusqu'en 1586. Quatre d'entre elles y moururent; les trots autres trouvèrent à
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