LES BORDS DU RUPEL
RUYSBROECk. — WILLEBROECK. — TII1SSELT. — ULAESVELT. — IIEVNDONCk. — WABLIIEM. — WAVRE-SAINTE-CATHERINE.
Le Rcpel. — LeRupel, comme l'a fait observer un savant ingénieur', est moins une rivière qu'une sorte de chenal creusé par l'action du courant ascendant et descendant de la marée. Cette action ne pourrait cesser sans que le Rupel fût réduit au cinquième au plus de ses dimensions actuelles ; ce qui le prouve, c'est qu'immédiatement en aval du confluent de la Dyle et de la Nèlhe, la section du lit de la rivière n'est que de 110 mètres carrés à marée basse, tandis qu'elle est de 450 mètres carrés, à quelque distance en amont de l'embouchure du Rupel dans l'Escaut, ci cependant, dans l'intervalle, le premier de ces cours d'eau ne reçoit aucun affluent de quelque importance.
Le Rupel commence à la jonction de la Nèlhe et de la Dyle, près de Rumpst. La Nèthe se forme, à Lierre, de la Grande et de la Petite Nèthe, qui arrosent la Campine; quant à la Dyle, elle arrive grossie des eaux du Démer, qui prend sa source non loin de Hasselt, et de la Senne, qui commence dans le Hainaut; de la sorte, le Rupel sert de déversoir à presque toutes les eaux de la Belgique centrale. Ses affluents étant tous navigables, il a constamment servi à un mouvement commercial considérable, alimenté surtout par le cabotage entre Lierre, Louvain, Bruxelles, Malines, Boom, Anvers et la Flandre, et qui a nécessité la construction de deux grands canaux : celui de Bruxelles à Willebrocck et celui de Louvain au Sennegat ou embouchure de la Senne. Des travaux de cana-
» Delpairk, Mémoire sur l amélioration du Rupel (Annales des Travaux publics, t. III, p. 65). — Voyez aussi un travail de M. l ingt'nieur en chef Kummer ; Polders du Bas-Escaut en Belgique (même recueil, t. Il, pp. 1 et suivantes;
lisalion ont été exécutés dans les deux Nèthes, et, depuis quelques années, le gouvernement a commencé à améliorer le lit du Rupel.
Le lit du Rupel et de ses affluents est contenu entre des digues construites, dans l'origine, le long des bords que les eaux atteignaient aux marées ordinaires. Ces ouvrages, sauf quelques conlournements construits par suite de ruptures, ont toujours occupé le même emplacement; au pied des digues, on remarque des allumions plus ou moins larges, dont la plupart, lorsqu'elles en valaient la peine, ont été entourées par des diguettes formant, en quelque sorte, une ligne de défense; en quelques endroits même, on a établi une troisième ligne de digues devant la deuxième. Généralement, la rive méridionale du Rupel est basse; tandis qu'au nord, le sol s'élève davantage au-dessus du niveau des eaux. La largeur du Rupel varie entre 200 et 500 mètres; sa profondeur est très-grande; sous le gouvernement français, des vaisseaux de haut-bord y ont stationné.
Sur presque tout son cours, qui a environ 2 i;2 lieues de long, le Rupel, au douzième siècle, baignait les domaines des Berthout, qui tenaient ainsi, en quelque sorte, les clefs du commerce du Brabant entre leurs mains. Lorsque le riche patrimoine de cette famille commença à se démembrer, le territoire qui s'étend aux deux côtés de la rivière, depuis l'endroit où elle reçoit l'Eyckevliet jusqu'à l'embouchure de la Dyle, devint une seigneurie particulière sous le nom de terre de Rumpst, et, à l'est de la Dyle, une partie du village de Duffel, Waelhem et Wavre- Sainte-Catherine formèrent un autre fief qui prit le nom de pays de Duffel.
Ruysbroeck Le village de Ruysbroeck (de broeck, marais, et rwys-
» Ruysbroeck {Ruistchebruec, 1 177; Rutchebrvc, 1 179 ; Rutchebroc, 1231 ; Ruschebroec, 1J80; Ruscebroec, 128V; Ruytbrotck, 1435; Ruisbrocc, 1491), commune du canton de Ma Unes sud, a 5 12 1. auN.-ljV-N.O. de Bruxelles, à 3 1. à l'O.-N.-O. de Malincs.
Territoire En 1686. le village comprenait 497 bonniers, dont 354 de terres, 130 de prairies. 15 de bois ; le revenu imposable s'élevait à 8,720 florins. En 1846, sur une étendue do 822 hectares, on y trouvait : 277 h. de terrains cullivés en céréales, 39 h. cultivés en plantes industrielles. 05 h. cultivés en racines et fourrages, 1 18 h. de prairies, 10 h. de jardins potagers, î h. de jardins d'agrément, 116 h. de bois, 2 h. de terrains essartés. La vergo linéaire avait 16 1/3 pieds de Bruxelles.
Xombre d habitation» ■. En 1435, 76; en 1480 . 41; en 1526, 49; en 1686, 14 chaumières, 4 brasseries, 4 auberges, 4 boutiques, 1 forge, 1 maison de campagne; en 18V6, 337 maisons.
Population ■. En 1786, 886 habitante ; en l'an VIII ; au 31 décembre 1831, 1,670; au
15 novembre 18V6, 1,707, formant 337 ménages; 202 enfants recevaient l'instruction, et 259 personnes les secours de la bienfaisance.
Industrie -. 2 moulins à vent, 2 brasseries.
Dépendance* : Les hameaux dits Sauvegarde, Reyitegh, Hoogttraete; les fermes de Gantbroeck et de Doornlaer.
Les registres de l'état civil commencent en 1601
T. II
*chen, qui signifie murmurer et,par extension, troubler, agiter '^estun de ceux qui ont eu le plus à souffrir des crues du Rupel. Cette rivière lui sert de limite du côté du nord, et deux de ses affluents, l'Eyckevliel, à l'ouest, et la Zielbeek,qui se forme deJa Wittebeek et de la Zuartebeek, à l'est, la bordent latéralement. Plusieurs rigoles qui vont rejoindre, soit le Rupel, soit rEyckevIiet ou la Zielbeek, arrosent son territoire, dont la majeure partie se compose de prairies ou de marécages; on peut, en réalité, le comparer à un vaste polder défendu de trois côtés par des digues.
La situation de l'église de Ruysbroeck, sur un terrain peu élevé audessus des prairies voisines, permet de supposer que l'endiguement du Rupel, en cet endroit, remonte àune époque très-ancienne. On pourrait même le faire dater de l'époque romaine, si, comme on me l'a affirmé, d'anciennes monnaies ont été trouvées prés de la ferme de Doornlaer, lorsqu'on rebâtit cette ferme, après la rupture des digues voisines, en 1820. Or, a quelques pas de là, se trouve le Ifellegat (Trott d'enfer), où, de temps immémorial, on passe le Rupel sur un ponton. Les difficultés que devaient présenter les abords de cette rivière, en aval de Ruysbroeck, près de son confluent avec l'Escaut, et vers l'amout, où elle se forme de la rencontre des deux Nèthes, de la Dyle et de la Senne, auront sans doute déterminé les conquérants de la Belgique à diriger vers ce point une voie secondaire et à y établir un passage d'eau.
Les plus anciens documents qui témoignent de l'existence du polder de Ruysbroeck ne datent que de 1298 *, et l'histoire de ses malheurs ne commence qu'en i !ii G. Par lettres patentes datées du 7 février de celte année (1517, nouveau style), le roi Charles, depuis empereur sous le nom de Charles-Quint, accorda remise aux habitants du village de leur cote dans toutes les aides, subventions, etc., qui lui seraient votées par les États de Brabant, pendant le terme de trois ans, sauf celles qui seraient accordées pour la défense du pays, à la condition de payer par an 14 livres de 40 gros, llsdevaienlemployer le surplus de leur cote, qui s'élevait à 48 livres, à élargir et à hausser les digues, à améliorer les écluses et vannes {cluyseti ende spoyen), et rendre compte de leurs dépenses. Les biens des ecclésiastiques, acquis dans les quarante dernières années et qui n'avaient pas été amortis, devaient contribuer dans l'impôt, de même que tout individu ayant un bien, une seigneurie, un cens, une rente, parce que c'était un travail d'une utilité commune et essentielle pour la prospérité du village. Le 10 septembre 1520, Ruysbroeck
1 H. KnecimcEn suppose que Ruys est un nom propre ; Ruysch, dit-il, est une autro forme, une contraction de Richard.
s M. Kcmxer, |. c , p. H,
obtint encore la remise, pour denx années, de la moitié, et, pour les deux années suivantes, du tiers de sa cote. On mit pour condition à cette seconde faveur que les habitants élèveraient une jetée (hooft ofle iceeringe), en face de celle qui existait à Nicl. Le 27 mars 1524, plusieurs des principaux habitants comparurent en la chambre des comptes et exhibèrent une déclaration authentique, portant que les ouvrages ordonnés avaient été achevés; qu'un compte détaillé avait été soumis, le 25 novembre 1522, au maire et aux échevins. On ne pouvait cependant, était-il dit dans cet acte, donner plus de détails : les deux personnes qui avaient été spécialement chargées de diriger les travaux, le sacristain Henri de Pauw et Gilles Steylaert, n'existaient plus; en outre, le maire, Jean Stevens, avait eu sa maison brûlée en 1522 ; puis, quelque temps après, des inconnus l'avaient assassiné, sur la digue même, l'avaient dépouillé, et ses papiers paraissaient perdus. La veille de la Sainte-Catherine 1546, une grande inondation dévasta Ruysbroeck, Willebroeck, Thisselt, Blaesveld et Heyndonck, dont les habitants obtinrent, par lettres patentes en date du 7 juin 1548, une remise entière de leur cote dans l'aide accordée à l'empereur en Brabant. A la suite de nouvelles inondations, une remise de leur cote dans l'aide, pour un terme de six années, fut accordée aux habitants, en 1548; puis, une seconde fois, le 30 novembre 4555 ; on vendit, a cette époque, quelques biens de la cure, « pour < la réparation des dicques »
Lors du siège d'Anvers par le prince de Parme, tes défenseurs de celte ville avaientdéjà inondé toutes les rives méridionales du Rupcl,en aval de l'Eyckevtiet; ils percèrent alors les digues situées en amont et construisirent un fort à Ruysbroeck, à l'embouchure de l'EyckevIiet. Ce ne fut que plusieurs années après que l'on put s'occuperduréendiguementdu village. Ce travail, qui devait coûter 2,400 florins, selon le devis présenté par le dyckgraef général, Grégoire Del Piano, fut autorisé par octroi du 5 juin \ 587. La terrible tempête du 26 janvier 1682 rompit, de uouveau, la digue de Ruysbroeck; les eaux, en se jetant à l'intérieur du polder, formèrent une vaste crique, en face du village (le grand étang qui existe encore et qui s'appelle Ilellegat wiet); elles dégradèrent la digue au point de mettre en doute la possibilité de l'exécution immédiate du réendiguement, qui fut autorisé par un octroi daté du 20 juin de la même année et prolongé, pour six ans, le 18 janvier!683. La marée extraordinaire du 2 mars 1820 fit encore éprouver à la digue une rupture considérable, au même endroit; l'intérieur du polder fut ravagé par les eaux, toutes les maisons détruites, et la plupart des habitants ruinés. Le 14 mars suivant, la
1 Complet du at .u de ijrn j iiU . passim.
rupture avait une largeur de 75 mètres et une profondeur moyenne de 8 mètres; elle fut immédiatement suivie d'un affouillement considérable qui, avec la crique formée en 1682, forma bientôt un lac de deux hectares de surface et de 10 mètres de profondeur. La célérité que l'on mit à l'exécution des travaux, au commencement du réendiguement, fit craindre des accidents : cependant, le 9 juillet au soir, on parvint à fermer la rupture et, dans les premiers jours de novembre, les travaux furent achevés. Ils ont parfaitement atteint le but auquel ils étaient destinés ; depuis celte époque, les habitants de Ruysbroeck n'ont plus eu de malheurs de celte nature à déplorer
Les seigneurs de Willebroeck furent aussi seigneurs de Ruysbroeck, jusqu'à ce que la famille Helman le vendit, il y a à peu près un siècle, à Charles-Baudouin Lecocq, comte de Humbeek,quiie laissa à sa fille Marie- Louise-Ghislaine (relief du 43 décembre 1770), dont l'héritage a été morcelé. Les Grimberghe paraissent y avoir eu un château : du moins, au mois de mai 1231, l'un deux, Ârnoul de Grimberghe, data de ce village une charte en faveur de l'abbaye d'Afllighem, et l'un de ses parents y fonda une chapellenie, dont Gérard de Grimberghe augmenta la dotation, en abandonnant, à son profit, aux religieux de Grimberghe, une rente de 60 sous que cette abbaye lui devait. Plus lard, en 1280, Alarie de Vianden confirma à l'abbaye de Grimberghe la collation de ce bénéfice *. Ruysbroeck formait, de temps immémorial, un échevinage particulier; le greffe de Malincs en possède les registres aux adhérilances, à partir de l'année 1753.
L'autel de Ruysbroeck {altare de Ruisschebruec) fut donné aux religieuses de Nieuwenrhode par l'évôque de Cambrai Alard, en 1177, et, après la dispersion de cette communauté, devint une propriété de l'abbaye de Grimberghe. Les dîmes appartenaient, pour un tiers, au curé, pour les deux autres tiers, au seigneur, sauf qu'au hameau de Pullaer, la plusgrande partie des terres étaient exemples de cette charge; ce qu'on nommait Schoutnans thiende s'y levait sur 60 bonniers, au profit des religieux de Grimberghe, pour un tiers, et des sœurs de Tabor, à Maliues, pour les deux autres tiers. Au siècle dernier, le vicaire recevait de la commune 200 florins, a charge dédire une messe matinale (vroegmisse), les dimanches et jours de féte, et alternativement à l'église et dans la clnpelle Sainte-Catherine. Celle-ci, qui se trouve à mi-chemin du village et de Willebroeck, est de construction peu ancienne, et n'offre rien de remarquable ; le bénéfice que l'on y avait fondé et dont le possesseur
• Simm, I rM pp. 31.33, 49 et 84.
» Voyez Dm», Annatts Pntmontirattnw, t I, p. DCXVI.
devait dire deux messes par semaine, était, de temps immémorial, annexé à la cure. Quant à l'église de Ruysbroeek, elle est dédié à la Vierge, et ses paroissiens vénèrent sainte Catherine pour seconde patronne. Comme elle avait besoin de réparations, on commença h la reconstruire, en 1784; l'abbaye de Grimberghe intervint dans la dépense pour un sixième, soit i,700 florins. Aussi longtemps que les travaux durèrent, on célébra la messe sous la tour et dans la chapelle Sainte-Catherine. Le nouveau temple fut consacré par l'archevêque de Malines, le 4 septembre 1786.
La tour seule, qui est construite de pierre et qui a deux ouvertures cintrées sur chacune de ses faces, est ancienne; le chœur et les trois nefs sont modernes; la porte d'entrée est protégée par un porche à fronton triangulaire et soutenu par quatre colonnes. On y voit quelques sculptures provenant du couvent des Façons, à Anvers. En 1432, les villes brabançonnes, en querelle avec Malines, défendirent d'y conduire du grain et, alin que cet ordre ne fût pas éludé, elles firent garder tous les passages. Les Malinois, ainsi bloqués, ne se laissèrent pas aller au découragement. Ils équipèrent une flotille, qui combattit et mil en fuite les bateaux nnversois stationnant dans le Rupel ; puis, le 4 décembre, quelquesuns de leurs magistrats, à la tète d'archers et de piquiers, attaquèrent à ('improviste un détachement bruxellois, qui occupait Ruysbroeek. Ils emportèrent le village et le cimetière, mais les Bruxellois se retirèrent dans l'église, où ils se défendirent avec opiniâtreté, et ils précipitèrent sur les assaillants les battants des cloches, qui en écrasèrent un grand nombre. La nuit interrompit le combat et força les Malinoisà la retraite. A la nouvelle de ces événements, l'official de Cambrai mit l'église en interdit, parce qu'il y avait eu effusion de sang, et il excommunia les Malinois ; mais un chanoine de Saint-Rombaud, René Van Exboom, se rendit a Rome et obtint du pape la grâce de ses compatriotes
Ruysbroeek ne comptait, en i 570, que 265, et,-en 1 599, que 1 70 communiants; ce nombre s'était élevé à 500 environ, en 1742; à 524, en 1702; à 600, en 4769. En 1762, il y avait en outre 300 enfants. Aujourd'hui, le village est beaucoup plus peuplé; malheureusement, depuis 1840, on y signale un accroissement considérable dans le nombre des pauvres. Il se tient, à Ruysbroeek, un marché tous les lundis, et, en vertu d'un arrêté ministériel, du 23 octobre 1829, une foire aux chevaux, les mardis après les dimanches qui suivent le 24 juin et le 25 novembre. La commune, avec une persévérance digne d'éloges, a successivement amélioré ses communications dans toutes les directions; en 1840, grâce au concours
1 Voyez GtHl4tt«Tan, ÂddUÏOtU cl tvrrfrtioiw à la notice Je M. Qœhatd sur Ut archiva dtHalinti. t. III. p 91.