‹ Histoire des environs de Bruxelles, ou description historique des localités qui formaient autrefois l'ammanie de cette villeChapitre 33 sur 43 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

PERCE, PEUTHY, ELEWYT.

Peuthy. — Dans les livres précédents, nous avons vu, presque partout, le sol partagé entre les r.hefs de quelques grandes races, qui avaient obtenu leurs domaines, soif, comme les seigneurs d'Assche, d'Aa et de Grimberghe, en qualité d'héritiers de familles illustres dont l'origine se perdait dans la nuit des temps; soit, comme les seigneurs de Gaesbeek, en vertu de partages du duché de Brabant. Le territoire qu'il nous reste à décrire ne nous offrira pas le même spectacle; dauslous les villages, a peu d'exceptions prés, les ducs de la famille de Louvain et leurs successeurs conservèrent longtemps la haute justice et les droits qui y étaient annexés: c'est qu'ici nous pénétrons au centre même de leurs plus anciennes possessions, dans celles qui, groupées autour de l'antique château de Louvain, en formaient, en quelque sorte, les dépendances immédiates.

La contrée qui s'étend à l'est de Vilvorde, vers Wespelaer, entre la Senne et la Dylc, forme un triangle dont le sommet s'arrête au territoire de Malincs et dont la base s'appuie à une suite de bois, qui la sépare des plateaux de Melsbroeck et d'Erps. Le chemin de fer de Bruxelles à Matines en longe le côté occidental, la chaussée et le chemin de fer de Matines à Louvain et le canal de Louvain, le côté oriental. Quelques ruisseaux, au cours paresseux, et dont les rives sont généralement bordées

d'arbres, le sillonnent du sud au nord, avant d'aller rejoindre la Dyle. î. II. »»

BISTOIRB

Ce sont : la Baerebeek, qui sépare Perck de Bergh et d'Elewyt, et la Wesembeek, qui arrose Campenhout et Boort-Meerbeek. Ce canton est généralement peu fertile, et il y a existé un grand nombre de bruyères, qui ont aujourd'hui presque entièrement disparu.

En quittant la station de Vilvorde, après avoir dépassé l'emplacement du célèbre béguinage de Ten-Troost, on aperçoit quelques habitations, groupées autour d'une petite église: c'est le village de Peuthy dont le nom parait venir du mot flamand poet, poof, qui signifie pied d'arbre ou, si l'on veut, arbrisseau. Les habitations qui le composent dépendaient jadis, pour une moitié, de Vilvorde, et, pour l'autre moitié, de la mairie et de l'échevinage de Campenhout ; c'est de celte dernière partie qu'il est question dans le plus ancien Compte de la mairie de Vilvorde, là où on lit : « que Poty se gouverne et sont les amendes jugées selon la t landcharle, non selon les keures de Vilvorde. » Dans l'autre fraction de la paroisse de Peuthy, dans celle qui reconnaissait l'autorité des magistrats de Vilvorde et qui dépend encore de celte ville, se trouvait le béguinage de Ten-Troost, qui fut en partie converti en couvent de Carmélites, en 4468, et détruit 110 ans plus tard; elle s'étendait jusque près de l'église et du château de Peuthy et comprenait, entre autres, une grande ferme voisine de ce dernier *, que Philippe Desmarès légua, le 3 juin 1608, à ses neveux, les enfants de maître Arnoul Baert, maître des requêtes au grand conseil de Malines, et de Jeanne Desmarès, et que ceux-ci vendirent, le 10 juillet 1630, avec 61 bonniers de

» Peuthy {Pulian. 948; Putige, 1 140 environ ; Polta, 1454; Potyn 1265.1*86; Polia, 1310; Polie. 1429; Puety, 1435, 1510; Puelye, 1573; Sint-Mertetu -Peuthy , 1630), commune du canton de Vilvorde. à 2 ]. au N.-1/4-N.-0. de Bruxelles.

Ttrritoirt: En 1686. le village comprenait 197 bonniers. dont 171 de terres, 9 de prairies, 2 d étangs. 6 de bols, 8 de prairies ensemencées ; le revenu imposable s'élevait à 2,319 florins. En 1846, sur une étendue totale de 305 hectares, on y trouvait : 160 h. cultivés en céréales, 3 h. cultivés en plantes industrielles. 62 h. cultivés en racines et fourrages, 13 h. de prairies, 2 h. de vergers, 3 h. de jardins potagers, l h de jardins d agrément, 34 h. de bois. 1 h. do jachères. La verge linéaire avait 18 1/3 pieds de Bruxelles.

Nombre d'habitation»-. En 1435, 14; en 1480, 5; en 1525, voyez Vilvorde; en 1686, 7 chaumières, des fermes, 1 château, 2 brasserie*, 2 auberges; en 1846, 95 maisons, dont 1 inhabitée.

Population: En 1786, 238 habitants; en Tan VIII, 285; au 31 décembre 1831. 424; au 15 novembre 1846, 490, formant 95 ménages ; 87 enfants recevaient Instruction, et 90 personnes les secours do la bienfaisance.

Induttrie: On a ouvert quelques carrières de moellons dans la plaine qui s'étend entre Peuthy et Perck; vers 1662, M.deBaudequin permit d'y établir un four h chaux, qui n'existe plus depuis longtemps.

Dépemiancet: Kleyn-Peuthy.

Les registres de l'état civil commencent en 1616.

* Etn groott hove met huytinge, ryrer ende motte daer atn getiaen onder den eygendom dfr *tadt van Vilroirden, by tinte M trient Peuthy,

terres el de pâtures, à messire Jacques de Castre, seigneur de Castre, Boenheyde, etc., ancien bourgmestre de Matines.

Vers l'année 1624, il y eut quelques contestations entre les échevins de Vilvorde et la dame de Peuthy,au sujet des limites de leur juridiction respective '. Ces querelles paraissent avoir influé sur les relations réciproques des habitants des deux localités, qui se disputaient aussi la propriété de huit bonniers de prairies, que l'on avait transformés en terres cultivées, en 1686. En 1780, ceux de Peuthy chassèrent des prairies dites de Nieuwe bempden et de Peuthy broeck quelques bestiaux appartenant à des habitants de Vilvorde, en alléguant que ces prairies étaient à leur usage exclusif, de même qu'eux ne pouvaient envoyer leur bétail daps les terrains communaux appartenant à Vilvorde; qu'on n'y entrait que le 15 août, tandis qu'on avait aecès aux pâtures de Vilvorde dès le 29 juin. Les Vilvordiens, au contraire, soutenaient que les prairies se trouvaient sur leur territoire; que, seulement, ceux de Peuthy y avaient droit de pâture. Le 15 août, quelques-uns d'entre eux, hommes et femmes, voulurent entrer, avec des bestiaux, dans les prairies contestées; mais aussitôt parurent une vingtaine de paysans de Peuthy, armés de bâtons et de fourches. Un combat se serait engagé, sans l'arrivée d'un officier et de deux soldats de la compagnie du drossard, qui engagèrent les Vilvordiens à se retirer. Cette affaire parait n'avoir pas eu d'autre suite.

Une moitié du village appelé Putian, situé dans le comté de Brabant, identique peut-être à cette partie de Peuthy qui devint, dans la suite, une commune distincte, appartenait, au commencement du dixième siècle, aux parents de saint Wibert. Celui-ci la reçut en partage, et la donna à l'abbaye de Gembloux, dont il fut le fondateur *. Le monastère doit avoir aliéné celte propriété, où, plus tard, les dîmes étaient partagées entre les religieuses de la Cambre, le collège de Viglius à Louvain, le chapitre métropolitain de Cambrai et le curé de la paroisse. Ce dernier, qui était nommé par l'archevêque de Malines, percevait les novales et recevait en outre une compétence de 90 florins. Le chapitre de Sainte-Gudule, à Bruxelles, possédait, à Peuthy, une petite dlrae qui s'étendait aussi sur les hameaux de Nederwoluwe et de Houlhem, à Vilvorde. Le plus ancien curé de Peuthy dont le nom soit connu est Lambert, qui, en 4265, se qualifie de recteur de Peuthy; après les troubles

• De oude tradititn brtnqtn medt dut dm dorpt tan l'euthy in oude tyden tigh teel meerder heeft uytgeitrtckt ait nu, ah oovk dat de juriidiclie van Vilvordtn sigh $00 verre niet en ex- Itndeerde, ah ty tegenwoordigh u doendt, xcant dt ulvt exltndetrdt haer tegenuoordigh M teghen* Je parochialt kenkr mm Peuthy. Ce document confond évidemment la juridiction civile et la juridiction religieuse.

» DiplAmp du roi Othon, de l'année 9V8, dans le* Opéra dipl., t. 1", p. |40.

de religion, et encore en 1650, l'église avait pour desservant le curé Je Melsbroeck. Il existait, dans ce temple, une chapellenie des Ames, qui fut ensuite incorporée au pastoral, et une autre en l'honneur de saint Léonard, que l'on vient y invoquer contre différentes maladies. En 1803, l'église fut conservée comme succursale de Vilvorde ; en 1809, le baron de Peuthy et les autres habitants du village assurèrent au curé qui la desservait un traitement de îiOO francs, lequel fut réduit, en 1821, à 240 florins. A partir de 1818, elle eut un conseil de fabrique et, le 28 septembre 182î>, un arrêté royal reconnut son existence comme chapelle. Elle a aujourd'hui rang de succursale.

Dans une requête adressée à l'archevêque, en 1629, les maîtres de la fabrique disent qu'ils ont commencé à rebâtir l'église et que leur entreprise touche à sa fin; ils demandent, afin de pouvoir couvrir d'un toit le nouveau temple, l'autorisation de lever une rente au capital de 600 florins, ce qui leur fut accordé le 21 février. L'édifice élevé è cette époque appartient au style ogival; il a été remanié, en 1718, date marquée sur un des sommiers du plafond. On y voit une chaire fort belle, mais de trop grande dimension pour une nef aussi petite; un tableau représentant saint Martin de Tours, patron du temple; une autre toile, à la manière gothique, retraçant une distribution faite à des pauvres, et, sur l'autel, une belle composilionde David Teniers : la Vierge, l'Enfant Jésus et Saint Joseph, peinte en 1660 et que l'on a estimée valoir 10,000 florins. Sur une pierre de marbre noir, placée à l'intérieur, on lit l'épitaphe d'un parent obscur d'un de ces hommes dont le nom seul rappelle un monde de souvenirs : ci gît — messire henri loi is pierre, — comte

DE BRÉDERODE, — CUAMBBLLAN DE SA MAJESTÉ — IMPÉRIALE ET ROYALE AP0ST0LIQUE,—COLONEL D'iNFANTERIE — AU SERVICE DE LA RÉPUBLIQUE — DES PROVINCES UNIES DES PAYS BAS, — DÉCÉDÉ A BRUXELLES LE 4 MARS 1804,

— et enterré en ce lieu. La famille des barons de Haudequin y a aussi son caveau sépulcral.

De temps immémorial il existait, sur la lisière des bois qui séparent Peulhy de Melsbroeck, et au nord du petit ruisseau qui arrose ces bois et qui passe sous la Woluwe : la Raetbeke, comme l'appellent d'anciens documents (1598), ou Traweel-beek, une grande habitation, ferme ou château, appelée Batenborch Charles Van Laethem, chevalier, seigueur de Court-Saint;£ tienne; Anne Van Laethem, veuve de messire Philippe de Promettes dit Ghilenghien; messire Jean Pels, dyckgrave et receveur de Zevenberghen, en qualité d'époux de Catherine de Provyns; messire Louis de Provyns, licencié en droit; Catherine, fille de messire Fran-

' Curltm de Batenborch , juxi a ttim qun tlur rmu* Perkt. U78. — Htt hoff van Batmbnnh, op ttn Ham. 1616.

çois de Provyns, et sa sœur Anne, femme de Maximilien Vanderee, lieutenant de la compagnie de lanciers du comte de Boussu, vendirent, lé 20 avril 1598, 'f hoffvan Ratenborch, dont les bâtiments étaient en ruines et dont les dépendances comprenaient encore 50 bonniers, à messire Robert de Moens, seigneur de Zeelhem, maître d'hôtel et secrétaire du prince d'Orange. Moens augmenta l'importance de son acquisition en y annexant la haute, moyenne et basse justice du village, que le conseil de Brabant permit à Antoine de Locquenghien de lui vendre (12 octobre 1601). Cette justice avait déjà été engagée par le domaine, à différentes reprises, et, en dernier lieu, au père d'Antoine, qui était devenu, delà même manière, seigneur de Mclsbroeck. Robert de Moens ne constitua pas d'échevinage particulier pour sa nouvelle seigneurie; le 2 septembre 1600, celui de Melsbroeck était encore autorisé par sa Teuve, Catherine de Baudequin, à y rendre la justice et à y passer des actes. Le domaine désengagea cette juridiction, puis la céda de nouveau, le 19 août 1630, moyennant 400 florins, à Catherine de Baudequin, qui, le 19 juin 1638, ajouta 150 florins à celte somme, et devint enfin propriétaire absolue du village, en augmentant de 2,400 florins les engagères précédentes (28 novembre 1643).

Mme de Zeelhem n'ayant pas laissé d'enfants, ses biens passèrent à son neveu, Philippe de Baudequin, qui épousa, le 14 janvier 1624, Claudine Dennetières, et qui eut pour successeurs : son fils Claude-Eugène, qui acquit la seigneurie de Huldenberg, en 1714; son petit-fils Charles-Philippe-Martin (relief du 2 septembre 1757), créé baron par lettres patentes du 20 mars 1766 (r. du 13 juin 1766), et son arrièrepetit-fils, Idesbald-Aybert-Joseph, seigneur de Huldenberg en avancement d'hoirie (r. du 17 juin 1766), puis baron de Huldenberg (r. du 7 décembre 1771). Le fils de ce dernier, M. Théodore-Marie, baron de Baudequin dePeuthyetdelluldçnberg.habite son château de Huldenberg et a abandonné celui de Peulhy,qui, après avoir été loué à différentes personnes, est aujourd'hui habité par une des célébrités médicales de notre époque, M. le baron Seutin, chirurgien en chef de l'hôpital Saint-Pierre à Bruxelles, actuellement membre du Sénat pour l'arrondissement de celte ville. Les annales de la famillede Baudequin sont, en quelquesorte, résuméesdans les épitaphessuivantes, que l'on voit dansl'églisedePeuthy, à l'entrée du chœur : 1°. sépulture — de la très-noble et ancienne famille — DE BAUDEQUIN, — ORIGINAIRE DU DUCHÉ DE BOURGOIGNE, — ÉTA- BLIE EN FLANDRE ET EN BRABANT — DEPUIS PLUS DE DEUX SIÈCLES. — CY GISSENT CHARLES DE BAUDEQUIN, CRÉE CHEV PAR — PHILIP III EN 1613, GENTILHOMME ORDINAIRE DE SA — CHAMBRE ET LIEUTENANT INTRODUIT DES AMBASSADEURS — A LA COUR DE MADRID, QUI SE ÉTANT RETIRÉ AUX — PAYS-

BAS, ACHETA DU ROI PHILIP IV, EN 4 645, AVEC —SA SOEUR, DAME CATHERINE DE BAUDEQUIN, — DAME DE ZELEM, CETTE SEIGNEURIE DE PEUTHY, — ET Y EST MORT CÉLIBATAIRE LE 27 SEPTEMBRE 1650; — JACQUES DE BAUDEQUIN, ESC, SON NEVEU, — MORT EN CÉLIBAT LE 14 JANVIER 1674 ; — ET Nbbj DE- MOISELLE ALBERT MADELÉNE DE BAUDEQUIN, — MORTE LE 1 8 SEPTEMBRE 1633;

— CLAUDE EUGÈNE DE BAUDEQUIN, — ESC', SEIGNEUR DE PEUTHY, d'HULDEN- BERGH, ETC., — CAPITAINE DE CUIRASSIERS AU SERVICE DE CHARLES II, — ROI D'ESPAGNE, DEPUIS GRAND BAILLI DE V1LVORDE, — MORT LE 31 AOUT 1731,

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