‹ Histoire des environs de Dieppe comprenant les cantons de Longueville, deChapitre 5 sur 10 · BOURG DE BACQUEVILLE. H · texte numérisé non relu

BOURG DE BACQUEVILLE. H

avant la révolution , par celle qui exiife encore de nos jours , et que desservent actuellement les vicaires de Bacqueville. C'est également sur Pierreville, que se trouvaient autrefois les fourches patibulaires de la haute justice de la baronnie de Bacqueville i.

Le fief du Tilleul, situé au hameau du même nom, possédait également, et dès 1509 , une chapelle dite de Saini- Aubin. Comme le Tilleul , suivant un aveu du 19 octobre 1700 , était un quart de fief de Haubert, dont la motte ou chef-mois, située sur Bacqueville, avait originairement appartenu aux Martels, le patronage de cette chapelle était alternatif entr^ les propriétaires du Tilleul et ]es sires de Bacqueville, qui plaidèrent long-temps à ce sujet , comme on le voit par différents actes des années 1577, 1600 et 1608. Il y a peu d'antiées, la terre du Tilleul appartenait au frère de ce fameux Le Pelletier de Saint-Fargeau qui, après avoir voté la mort du malheureux Louis XVI, fut tué au Palais-Royal, par le garde du corps Philippe-Nicolas de Paris.

Charles Martel , P^ du nom , devenu seigneur de Bacqueville par la mort de son frère atné, fut colonel du régiment d'Infanterie-Bacqueville , gouverneur du Havre, etc. Marié d'abord, en 1523, à Louise de Balzac, fille de Pierre de Balzac d'En-

* Picrrcvillc doit incontestablement son nom à une voie romaine <hmt on retrouve les traces, parfaitement conservées, sur ce hameau.

n BOURG DE BACQUEVILLE.

iragues et d'Anne Mate! de Grâville» il épousa, en secondes noces, Marie d'Yaucourt, fille de Jean d^Yaucourt et de Marie d'Âbbe\ille. De son premier mariage , fl eut : l®, Nicolas Martel , dont Tarlicle suit ; 2^» Antoine Martel , seigneur de la Vaupiliiëre, dont nous parlerons par la suite; 3^, Guillaume Martel, aM>é de Saint- Josse-sur-Mer ; et 4®, François Martel, seigneur d'Hermanville , mort sans alliance. Du deuxième lit sortirent : 1®, François Martel , seigneur de Lindebeuf , dont les descendants existaient encore il y a peu d'années ; 2®, Charles Martel, seigneur de Rames, qui épousa Joachime de Rochechouart-de-Jars; 3<>, Charlotte Martel, mariée à Laurent Puchot de Gerponville ; et 4®, enfin, sept autres filles, mariées à différents seigneurs de Saint-Denis-le-Vaast, Blainville, etc. , etc.

Nicolas Martel, seigneur de Bacqueville, épousa Jeanne Sécrélain , dame de Cany , dont il eut Charles Martel, IP du nom. Ait Bee-de-Liévre.

Ce dernier, plus connu sons le nom de Baron de Bcicquevtlle , fut tué à la bataille d'Arqués , en 1589. La terre de Bacqueville retourna alors à Charles 111 Martel , son cousin , fils d'Antoine Martel de la Vaupillière, dont nous ayons parlé plus haut, et de Catherine de la Roche.

A l'époque des guerres du Protestantisme, le sire de Bacqueville embrassa el défendit avec une extrême

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ardeur le parli de la Réforme. La plupart des habitants do bourg, et 9urlout ceux des environs, l'imitèrenl. Cependant, les Bacquevillais proprement dits De (ardèrent pas à rentrer sons le joug de la Téritable religion : mais leur seigneur , n<Hnmé gouverneur de Dieppe en 1563 , ccmtinua de lutter à la tête des Calviniste. Aussi, les malheurs de la Ugue étant bientôt veiuis remplacer les horreurs de la prétendue Réforme , la terre de Bacqueville eut-elle à souffrir tout ce que les guerres civiles peuvent apporter avec elles de calamités. L'église et le bourg de Bacqueville, pillés et en partie saccagés par les Ligueurs en 1589» furent de nouveau rançonnés au mois de février 1591 , par les partisans de Henri IV, presque tous prolestants. L'année suivante , au mois de mai 1592* Fontame-Martel , l'un des proches parents du sire de Bacqueville^ vint à son tour, avec le chevalier d'Aucbes et une troupe asse£ considérable de Li« gueurs, attaquer le château fort qui se trouvait sur les bords de la Vienne* Cependant , ils ne purent parvenir à s'en emparer, mais le bourg de Bacqueville fut pillé de nouveau.

Charles Martel de la Vaupillière prit le titre de baron de Bacqueville. 11 avait cinq sœurs , dont l'une se nommait Calherine , l'autre Adrienne , la troisième Marguerite , la quatrième Charlotte et la cinquième Françoise. Le baron de Bacqueville étant

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mort fou, c'étail à Gatherioe Martel , sa sœur ataée, laquelle avait épousé SamsoB de Saint-Germain, que devait retourner Théritage paternel; mais cette dernière étant morte sans laisser d'enfants , ce furent les quatre dernières sœurs qui reçurent la terre de Bacqueville» que, d'un commun accord , elles donnèrent à Henri Martel de Rames, leur cousin, fils de Charles Martel de Rames et de Joachime de Rochechouard. ,

LeS8 novembre 1618 , le roi Louis XIII , accompagné du duc d'Orléans, son frère, et de plusieurs grands de sa cour, passa par Bacqueville, en se rendant de Rouen à Dieppe. Le sieur de Villers-Oudan , gouverneur de cette dernière ville , vint y chercher le monarque, à la tète de trente jeunes gens vêtus d'un magnifique uniforme.

Henri Martel épousa GatherineGuillebert, dont il n eut pas d'enfants. Il mourut en laissant beaucoup de dettes, et ses créanciers vendirent, le 17 mai 1694, la terre de Bacqueville à Jean-Baptiste Boyvin de Bonnetot , seigneur de Gottévrard, et premier président à la Gour des Gomptes de Normandie. Nous pensons que c'est en faveur de ce riche propriétaire que la baronnie de Bacqueville fut érigée en marq mat par Louis XIV**

1 C'est à tort que quelques auteurs ont dit que la terre de Bacqucvîl!r-îa- Martel avait été érigée en comté par lettres-patentes de

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HOUHG DE BACQIEVILLJB. 7«

Jean-Baptiste Boy vin avait épousé» en 1680, Jeanne-Marie Malet de GrâviUe, dont il eut : !<>, Jean François Boy vin , dont rarticle suit; i^t Marj^ueriterJeapne Boy vin » mariée à Nicolas-Pierre-Camus de Pontcarrét premier président du Parlement de Rouen ; et 3^, Madeleine-Catherine Boy vin, mariée à Étiçnne d*Aligre , xrhevalier , seigneor de la Riviére-Boi^landry, conseiller du roi« et second président du Parlement de Paris.

Jean-François Boyvin, chevalier» marquis de Bacqaeville, seigneur de Bonnetot et de Cottévrardt colonel du régiment d'Infanterie-Bacquevtlle, etc., épousa, en 1714, Pulcherie de Chatillon. Après sa fin tragique , occasionnée par son état de démence ^t les terres de Bacquevillë, Bonnelot et Coltévrard, passèrent à Alexis-MadeleÎQe-Paul Boyvin , son Gis.

Ce dernier étant mort à son tour, au mois de novembre 1796, sans laisser de postérité ,^ la terre de Bacquevillë passa en héritage à W^^ de SulTren , née de Goësbriand , laquelle vendit cette terre à un nommé Moinet, banquier à Paris. Ce dernier revendit Bacquevillë à un sieur Yarnier, agent d'affaires à Rouen , des mains duquel cette terre , considéra- Louis xiv, données, au mois de septembre d 660, en faveur de Jea.i-Louis Faocon de Ris. Ces ëcriTains ont cottfondu Bacquevillë en Canx avec Bacquevillë en Vexin {arrondissement des uindelys)»

* Il mourut presqu'entièrcmcnt consume par les flammes, lors de riucemiifi de son i]i6tcl , à Paris.

nigitiia

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blement Diorcelée, passa successivement à M. Rion, puis aa sieur Ledier» lequel en est encore aujourd^kni propriétaire en partie.

Il y a quelques années , on voyait encore les restes de la féodale résidence des Marlels : huit tourelles et quelques bastions attestaient encore Timportance de ce noble castel , qui fut assiégé inutilement par les Ligueurs au mois de mai 1592. Aujourd'hui, il ne reste plus rien de cet ancien fort » pas même une trace.

Le chftteau actuel a été construit plusieurs années avant la révolution, par M. Boyvin de Bonnetot, marquis de Bacqueville. La chapelle des anciens seigneurs est encore debout en partie ; elle n*oflre rien d'intéressant.

Au commencement du XVIII^ siècle » Bacqueville, plusieurs fois détruit par les guerres des âges précédents, ne présentait, quoique considérablement agrandi, qu'une agglomération de maisonnettes en bois, recouvertes de chaume. Une halle à blé, construction gigantesque d'une époque dépourvue de goût et d'aisance, s'élevait, comme une vaste forêt, au milieu de la grande place. Deux autres petites halles se trouvaient à peu de distance. Comme ces halles étaknt de même nature que la précédente, l'aspect triste et monotone de la place de Barqueville n'était guère interrrompu, durant l'été

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que par un rang de maronniers, dont l'épais et vert feuillage procurai! , chaque année , aux habitants voisins de celte même place , une ombre d*une délicieuse fraîcheur » d'un prix inestimable. Malbeusèment, ]e 8 juin 1719» jour de la fête du Saint- Sacrement , un indi\idu s'amusail à tirer des pétards en Vhonneur de la procession, qui défilait en ce moment par les rues et carrefours. Cet homme eut la maladresse de lancer une de ses fusées sur le large manteau de paille qui abritait la halle au hié contre la violence de ces coups de vent dont le bourg de 6acqueville est si souvent la victime. Le pétard s'attache à la paille, le chaume s'allume, le fen gagne la halle aux bouchers, puis la halle aux toiles , et» en quelques instants, l'incendie devient général. Le troisième jour, les cendres fumaient encore. Le vent avait soufflé avec tant d'impétuosité , que des flamèches furent portées, jusqu'à plus de deux lieues de là, dans la plaine. Le désastre fut complet. L'église , située au penchant de la colline ; le grand calvaire, placé au bas du marché ; le poteau ou pilori seigneurial; une grange et une dixaine de maisons, voilà tout ce qui resta d'un bourg dont les destins, depuis plusieurs années, s'annonçaient devoir être plus heureux^.

f Les registres de l'état civil, sous la date du9 juinl7i9(téndeinain de l'incendie ) , nous appi^eraient qu^ deux mères de famille et mie

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Les habitants de Bacqueville , réduits au plus aflreux étal de misère , commençaient à peine à sortir de leur ruine , lorsqu'un nouvel incendie vint les plonger encore une fois dans le malheur et la consternation. Cette fois là » l'église faillit devenir la proie des flammes ; mais, comme les murs de cet

autre femme , non mariée , âgée de 34 ans, trouvèrent la mort dans oette déplorable )ournée« La premicVe était la femme d*un nommé Nicobs Le Prévost , et la seconde celle de Nicolas Héron. La troisième, appelée Marguerite Falue , avait été presqu'entièrement consumée par les flammes.

Les habitants de Bacqueville qui perdirent le plus dans cet incendie , furent les nommés Héron , Catel , Cousin, Auzou , Lambert, Lcjeune, Lemarchant, Lamotte, GoUay, Masse et Michaux.

Un prédicateur nommé N..., qui se trouvait alors à Bacqueville, composa sur ce malheul*eux événement un poème qui , jusqu'à ce jourv est resté inédit , mai» dont on possède encore à Bacqueville plusieurs copies , plus ou moins complètes, plus ou moins altérées, mais toutes fort inexactes. Voici quelques fragraents'de ce poème, fort bizarre du reste : ,

Dm cendres , <^s charbon* et des argiles cuites ; Des murs , débris hideux des démeures detrjuites ; Des meubles entassez , sans foyers ni maisons ; De gros arbres noircis , de longs rangs de tisons ; Un terrain découvert ou n'offrant que ruine , C'est ce que nous voyons du bourg sur la colline.

Les vers suivants , où l'auteur fait la description de l'incendie de Bacquetille , ne nous paraissent pas dépourvus de mérite :

Tout pétille de feu , la paille et les graviers : Quoiqu'éloigné , je sens la chaleur des brasiers..-. • ' Déjà la Halle aux bleds est renversée à terre ; On l'eût dite solide , elle sembloit entière Quand auprès je passai : mais ^ consumé de feux ,

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édifice , solidement constraits en pierre de taille et en grès, présentent une enceinte capable de résister même aux plus terribles atteintes d'un feu violent, on n'eut à déplorer que la destruction d'une grande partie de la toiture et quelques boiseries du bas de

Son tott , en gémissant, 8*écrou1a sons mes yeux... Ayec ses mille bras , la pâle bourgeoisie Veut arrêter du feu la fréquente saillie ; On a recours aux crocs : iU se trouvent si lourds , Qu'on ne peut s'en servir ; la flamme suit son cours... Quelles noires vapeurs ! quels affreux tourbillons ! Quels rochers de fumëc offusquent les maisons ! Quels éclats de lumière au milieu des fumëes ! Quelles langues de feux en spirale allongées ! Partout un rçuge ardent au loin lance ses traits , Disparaît un instant pour mieux briller après..* Comme si Bacqueville étoit fait de salpêtre , On voit , à tous moments , différents feux paraître. Le travers du marché se réduit en tisons ; A chacun des cotez la flamme est .aux maisons. Je recule , et le feu semble vouloir me suivre ; Les logis , qui sont joints , le font toujours revivre. Trois longs rangs de brasiers font un affreux circuit , Et, parmi tant d'horreurs, l'espérance s'enfuit... L'incendie engloutit toute une rue entière : *

Sa furieuse ardeur, faisant tout pétiller, En menaçant le ciel , forme un chaos dans l'air... La grande place , au loin , semble un vaste océan , Dont la flamme à longs flots cache le font béant. . C'est un fort , dont le feu compose les arcades , Dont deux cents totts brulans forment les bairicades ; Lit digne de Satan , fournaise de Vulcain, Dont pour tracer l'horreur je ne rime qu'en vain..'. C'est l'Empire du Feu , c^est Sodome , c'est Troie , C'est Rome sous Néron au feu donnée en proie , C'est , du temps des Romains , Jérusalem en feux ; C'est l'enfer, dont l'image épouvante mes yeux.

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