‹ Histoire des environs de Dieppe comprenant les cantons de Longueville, deChapitre 6 sur 10 · SO BOURG DE BACQUEVILLE · texte numérisé non relu

SO BOURG DE BACQUEVILLE

la nef et des chapelles latérales. Quant aux habitalions particulières» le dommage fat plas considé- Me. Il est vrai de dire, cependant, que ce nouvel incendie fui loin d'égaler le premier ; mais , si le dernier laissa dans les esprits un souvenir moms douloureux, il n'en est pas moins vrai aussi que ce ne fut qu*après plus de dix années de peines et de sacrifices inouïs , que les victimes de cette double catastrophe commencèrent à sortir de la situation fâcheuse où elles étaient plongées.

Aujourd'hui , le bourg de Bacqueville est rayoonant de jeunesse et de vie. De nouvelles et importantes constructions s*y élèvent de jour en jour. Le commerce , Tagriculture et l'industrie y apportent en commun leurs bimifaits, et tout fait espérer à ses habitants un avenir de prospérité et de bonheur.

On remarque à Bacqueville Féglise paroissiale , Thôtel de la mairie et les nouvelles halles. Ces der« nières constructions ne se sont élevées que depuis peu d'années. Quaot à l'église , nous ne croyons pouvoir mieux faire que de publier ici la description, si pittoresque et si originale, qu'en a donnée, il y a déjà plus d'un siècle, le spirituel et satirique abbé N... :

S*ëlcve à BacqueyiUe un temple magmfique :

Entrent dans son entour et le grais et la briqiie ; Lu nef ^ large au milieu ^ a , de chaque c^to ,

WOIIRG DE BACQIÎF.VILLF» M

Autels où quelque saint se trouve respecté.

Le chœur est clair et long , et sa largeur est grande ;

Un autel , à grands frais élevé , lui commande :

GVst un corinthien , d'an habile sculpteur ;

II est fait en portique, et plait par sa hauteur.

Un pavillon , au bas , contient nos saints mystères ,

Polis , bien achevez , ouvrages nécessaires.

Les anciens Martels , seigneurs de ce pays ,

Dans ce temple , à quartier, dorment ensevelis.

Ce qui distingue encor ce £imeux édifice ,

C*est de son haut clocher l'admirable artifice :

On le voit , d'un côté , bossu , contreventé l ;

De l'autre , il est tout droit; et, ceci concerté.

En le voyant de loin , on jugeroit qu'il penche ,

Comme un boiteux qui marche en inclinant la hanches.

Le mercredi de chaque semaioe , il se tient à Bacqueville un très-fort marché aux grains. II s'y tient aussi quatre foires par an , savoir : le 2^ mercredi de février, le 2® mercredi de mai (dîle de la Troterie) , le 2® mardi de juillet {deua? jours), et, enfin, le 12 novembre. Deux de ces foires ne sont que peu suivies , mais les deux autres sont assez considérables. Le principal commerce de celles-ci consiste en grains , bestiaux , toiles et merceries.

Le bourg de Bacqueville et ses environs fabriquaient autrefois beaucoup de serges et de toiles à

< Pexcé de grandes fenêtres abritées , connues sous le nom de cmUrevents*

2 On remarque, dans le chœur de l'église de Bacqueville , une assez jolie châsse , ornée de dorures et de pierreries , dans laquelle est renfermée la tête de saint Crescent , martyr. Cette châsse se voyait autrefois dans l'église des Carmélites de Dieppe. C'était le pape Benoit XIV qui leur avait fait don de cette relique en 17/i6.

$2 BODRG DE BACQUÊVILLE.

matelas, ainsi qae des coulils. Ce dernier genre de fabrique est encore suivi dans quelques communes du canton. A?anl Vincendie de 1719 • Bacqiie\iUe possédait aussi une clouterie, qui parait avoir été assez importante. Cette clouterie n'a jamais été rétablie depuis.

La population actuelle de Bacqueville est de 2,485 habitanis.

Canton i^e iSacc^nmiU.

Ce canton renferme 25 communes, et 17,507 habitants.

Saa?ïe-Saint-Just. Située sur la rivière de Saâne, à 5 lieues 1/2 (sud-ouest) de Dieppe, et 1 lieue 3/4 (sud-ouesî) lie Bacqueville, ceiie commune, formée des deux anciennes paroisses de Saint-Just-rsur- Saâne et de Saàne-le-Bourg*, se trouve sur Tantique voie de Bacqueville à Doudeville. Tonte cette contrée est fort i iche en antiquités gauloises et romaines. Les bords de la vallée de la Saâne sont semés de briques, de tuiles et de médailles. On y a découvert, sur plusieurs points, un grand nombre de tomlieatix en pierre ou en plâtre, ayant forme d'auge. Presqi^e toutes les crêtes des collines voisines , depuis la n^er jusqu'à Varvannes, sont couronnées de fossés ou de

CANTON DE BACQUEVILLÏ. S3

retranchements, dont l'orîgine est entièrement in- Goonue. Gueures, Avreme^nil, le Gonrel, Saiot- Ooen, Bi ville, Saâne-le-Bourg et AuzouyiUe présentent des traces de ces anciens relrancbemenSs. Quelques-uns sont des moHes ou tombeiles, destinées visiblement à correspondre avec d'autres mottes situées sur Saint^Laurent , Bénesville, Ylequcmare- Prétot, Doudeville, etc. , etc.*. — Saâne-Ie-Bourg doit son nom à la rivière qui Varrose, et son surnom nous prouve que cette commune a été autrefois beaucoup plus importante qu elle ne l'est aujourd'hui. Vers la Gn du XI^ siècle, un seigneur, nommé Gilbert» dout la femme voulut se rendre religieuse dans Tabbaye de Saint-Âmand de Rouen , donna à ce sujet, à ce monastère, les églises de Lamberville, Saiot-Ouen-le-Mauger , Herbouvi^le , Saàne-le- Bourg, etc. , etc. , avec tous les droits, dîmes et revenus qui s'y trouvaient attachés. Le pape Célestin III ccMofirma toutes ces donations par une bulle

t Sur Thiëdeville , commune yoisiue de Saâne-Saint-Jiist , un (*bouleiiient de ten^ain survenu à la suite de la fonte des neiges , durant Piiivei de 1829-1830 , amena la découverte de plusieurs objets antiques , qui malheureusement on): été dispersés et détruits , et notamraenl dNme immense quantité d'ossements humains. Un témoin occulaire de cette découverte nous a affirmé que la masse de ces ossements eût pu facilement remplir quinze bannêavo! ou tombereaux de campagne. « A Thiédeville , sur la Saâue , dit aussi notre savant confrère M. Emmanuel Gaillard, le$ tuiles abondent : et à tel point, qu'il s^y fait un commerce de ciment aux dépens de ces restes romains. »

84 CAWTON DE BACQUEVILLE.

de Tan 11*93. Il est juste , cependant, de dire qu'originairement le bourg de Saftne n*était qu'un simple hameau de la paroisse d'Herbouville ; ce hameau avait une chapelle dédiée à saint Salkis, Après la cession que leur avait faite le sire Gilbert, les religieuses de Saint-Amand établirent dans ce même village nn prieuré de leur ordre (bénédictines) , et la vieille chapelle de Saint'Saëns quitta son ancien nom pour prendre celui de la Sainte^Vierge » que l'abbaye de Saint*Amand avait choisie pour patrone. Ce prieuré subsista long-temps comme dépendance de la paroisse d'Herbouville^; mais, vers Tan 1240, à la suite d'un démembrement de cette paroisse, la population du village de Saâne s'étant considérablement accrue, ce village fut à son tour érigé en paroisse avec titre de bénéfice , et son église servit tout-à-la fois aux habitants du lieu et aux religieuses. Cet état de choses dura jusqu'en 1337, époque où la prieure NicoUe de Saint-Laurent» voulant laisser libre le reste de l'église pour le peuple, fit construire, sur l'un des côtés de cette même église, une vaste chapelle où les religieuses chantèrent leurs offices. Cette

< C'est à tort que , dans quelques titres et ayeaz, on a place sur Saint-Just le monastère des daines religieuses dont nous parlons. Cet établissement n*a jamais été sur Saint-JuSt, et, s*il est vrai que l'on ' ait trouvé en cette dernière paroisse des restes considërablt>s de constructions antiques, il n'est pas moins vrai que , sous \v rapport du prieuré, elle a été confondue avec celle du bourg de Saàne.

CANTON D£ AACQUEVILLE. 95

chapelle fut dédiée sons rinvocation de sainte Calhe-fine » ce qui fit que par la suite le nom de cette sainte fut celui que porta le prieuré de Saâne. La chapelle dont nous parlons fut déclarée titulaire par le pape en 1362; mais. Tannée suivante, il intervint un jugement qui annula celte déclaration. Bientôt, cependant, les religieuses de Saâne accomplirent toutes les formalités légales, et un nouveau bref du Saint-Siège fut promulgué en leur faveur. Ruiné à la suite des guerres , le prieuré de Sainte-Catherine de Saâne n'existe plus depuis long-temps^. — Saint- Just, aujourd'hui réuni à Saâne-Ie-Bourg , était une paroisse fort ancienne. Cest sur cette paroisse que se trouvait le noble et antique fief de 5aân«, qui donnait à ses possesseurs le droit de nommer non-seulement les curés de Saint-Just, mais encore ceux de Reuville, de Bonnetot et de Tocqueville-du-Petit-

i Cependant , ce prieure était toujours en titre daas l'abbaje cte Saint-Amj»Ml de Bouen. Suivant un aveu du \% juin 1674 , cette abbaye jouissait encore, à cette époque, de tou» biens , droits et revenus attachés à cet établissement, à l'éj^ise puroissiale, au fief sei^ j|;Deurial et à la chapelle dont nous venons de parler. Seulement , l'abbesse de Saint-Amand avait soin d'entretenir au bourg de Saâne un chapelain et deux sœurs converses ; mais, à partir de d676 , on supprima ces trois bénéfices, et l'on se contenta, pour la (orme, de nommer une prieure qui , tout en résidant dans l'abbaye de Saint- Amand , n'en recueillait pas moins les énormes dîmes du bourg de Saâne. Depuis 1676 , il n'y eut donc plus dans ce dernier endroit ni religieuses , ni bâtiments réguliers ; ces derniers , qui étaient encore assez importants , tombèrent faute de réparations ou furent démolis eu partie*

Pitiiti-gî^M^MiaaaaMÉiiMa

H6 CINTON DE BACQUEYILLÊ

Caux^ . C'était Guillaume de Saâne » seigneur de ce fief, ei uadf de Saiut-Just , qui avait établi à Parts fe Collège des Trésoriers. Il y fonda » an mois de no* vemlire 1268, vingt-quatre bourses pour de» écoliers originaires du pays de Caux. Douze de c^ écoliers devaient être étudiante en théologie, et las douze autres étudiant les arts ou les sciences Nons ignorons l'époque de la mort de cet homme géné^ reux. Tune des lomiéresdeson siècle 2-— La popu*-

1 Colart de SaAne , sei^^^ui* de SaÎDt-Just , disputa loug-tempf «nx archevêques de Rouen le droit de nommer les cuHt de Gonnetot et de Tocquerille-da-Petit-CdMX. Cftie querelle avait défi été soulevée plusieurs fois par Roger de Roncberolles en 1207, par Gaultier «le Laistre en iZSS, par Guillaume de BertreviUe en 1313 , par les héritiers de Marguerite de {x>ngue>len 13i5,elc.,ctc. Tous avaient été obligés de renoncer à leurs prétentions. Colart de Saàne continua seul le procéi» , et , quoique dés 1351 , il eût été contraint d'abandonner le patronage de Gonuetot, que Jean Martel de Longueil , sire de Lanquetot , vint à son tour réclamer, il n'en persista pas moins , au sujet du patronage et des dîmes de Tocqueville , alors fort considérables , à, lutter de toutes ses forces contre la puissance colossale des archevêques de Rouen. Son procès durait encore en 1384 ; mais ni lui ni set saccesseors , durant plus de troia cents ans, ne purent parvenir à le gagner entièrement. Le patronage de TocqueviUe fut déclai*é al teroutif entre les parties , comme nous le prouve un aveu de Pan 1669; mais, depuis cette dernière époque, les seigneurs de Saâne-Saint-Just finirent par l'emporter, et, jusqu'à la révolution, ce furent eux seuls qui uommèi*enl les curés de TocqueviUe. ^

3 Voici ce que dit, au'«aTet de GaiBaume de Saâne, le père Françoi4.PommerajreJdans son IJUtoirê dês Archevesquê de B&ven, page 4S5 :

« Environ deux mois après la ^mort d'Odo R^ut , le chapitre s'estaat assemblé le 9 septembre de l'an 1275, eleut pour archeut'sque Guillaume fie Sauna, trésorier de Roiien ; mais parcequ'il

la4ion actaelle de Sftftne-Saiot-Just est de 211 habitants.

Brachy, sur la rivière de Saâne, à 4 Keues (sudouest) de Dieppe, et 1 lieue 1/4 (nord-ouest) de Bacqueville , doit tirer son no(n de la langue celtique^; ce nom signifie un pont, un gué, un passage, si toutefois il n'est pas formé du mot Bray, boue , fange, limon. D*aiHrès un accord du 25 juin 1210, c'était aux chanoines de la cathédrale de Rouen que les sires de Brachy-sur-Saâne , qui étaient en même temps seigneurs de Mannevilie-la-GoupU , devaient présenter les sujets destinés à la cure de ces deux

se trouva qu'il auoit postedë en naesme temps^ outre la trésorerie , plusieurs auli'es digoitcz sans dispeuce , le pape Grégoire X luy conseilla de reocDcer à rélection qu'on auoit faiie de sa personne. A quoy ce chanoine deTera par nn moHf d'obe'ssance ei do vertu , car il a laissé de belles marques de piété , et H eut soin d'eX(»ier par des fondations fort vliles au public, et par d'an ires œuvres de charité, la fanie qu'il anoit commise eu tenant ainsi plusieurs bénéfices. Sa Sainteté permit au chapitre de choisT vn autre pasteur ; ce qu'il fit le Inndy d'aprrs le troisième dimanche de caresme de l'an 1!275. Les suffrages de prt^s des deux tiers du chapitre Tiirent pour raessire Guillaume de Flauacour..; »

I Brachy, en eflet , doit remonter à une. époque assez reculée. La trailition place une ville romaine entre celte comriiune et Greu^ ville. Cette ville, que les habitants appellent Bosvée ou Beauvaisy s'éiendait , disent-ils , depuis Brachy jusqu'à la Ctoia; de Beauvais^ sur Greuville. On nous a également affirmé qu'il avait été recueiUi entre ces deux points beaucoup de fragments detuilesetdepoteries^ ainsi que des meules antiques , rondes , fort bombées , assez petites et percées d'un trou.

J» CANTON DE EACQUEVlLtE.

paroisses , dont c<es mêmes ehanoÎDes possédaient le^ deux tiers des dîmes. Ce* mode de nomination était

précisément le même qne celui qui était suivi pour

les curés de Luneray . On voit , en eiïet » qu'en 1267, le sire de Brachy choisissait , pour desservir cette paroisse» iin prêtre» qu'il présentait d'abord au chapitre métropolitain , lequel le présentait à ion tour à Tarchevêque de Rouen , qui seul alors lui con-

^ferait la dignité curiale. Cinquante ans aprés^, c'étai^t les Martels de Bacqueville qui posséda^nt la seigneurie deVrachy. En 1534, pendant la minorité du jeune Martel de Bacqueville', ce ^^t'Phîlippe, roi de -Navarre, auquel appartenaient le9

-comtés d*Évreux, 4' Angoulême, de Mortain et de Longueville', qui nomma le curé de la paroisse de Brachy. Guillaume Crespin , baron de Dangu , ayant épousé Agnès dé Trié, veuve de Guillaume Martel de Bacquevrlle , devint aitasi seigneur et patron de Sanct^Martin de Braeschy. Dans une lettre écrite par lui au sujet de la nomination d'un curé de cette paroisse, il dit que le patronage appartenait à Martel de BaeqMviUe , la présentahon au chapitre de Rouen , c( la collation à Varchevéque. — Brachy était anciennemementlecheMieud'un doyenné rural, qui comprenait cinquante-une paroisses des environs , parmi lesquelles on remarque celles du Bourg-Dun , de Fontaine-le-DuD , de Hautot-sur-Dieppe^ Longueil,

CAIfTON DE BA.CQUEVIIXE. S9

Luneray, Offranvittet etc. — Qif voit encore, dans les bois éeBrachy, appartenant à lk|. de Crèveeœur, les dernière traces de l'antique manoir des sires de Brachy. La maison du fermier de cette, propriété est égalemjpnt digne d'attention. — A Brachy, dans rbôtelède la mairie , il existe un^ bibliothèque popolaire, /ondée par souscription.. Cette bibliothèque est compulsée d'environ si^ cents volumes, moitié catbo* liques et nK>itié protestsults. La populatioii de Brachy est.de 291 habitants^.

LuNË^Y, ^ 3 lieues 3/4 (sud-ouest) de, Dieppe » et 2 lie^ifês (nord-ouest) de BacqueviHe , est appelé en latin, àif^ les registres de l'ârc^véché de Rouen, ^^ de Tan 14&1 , Ijune Régis : mais, dit le bénédictin Duplessis, la terminaison rai doit être traduite enlatin far %acum, ou peut*étre par fédum.Quantà nous, notre opinion est que Luneray tire son nom d'un de ces retranchements antiques de forme circulaire , que Içs Romains no»imaient Luna ou Lxinœ , et qui étaient généralement désignés, dans le moyen-âge, sous la dénomination de Tours de pressoir. Les dépar-

4 Saint'Onen-sur-Brachy, dans la vallëe de la Saâne , avait , dès 1449, nne éffïst qui , du temps de Gaultier de Goutances , archevêque de Rouen , fut doimt^e , ainsi que celle de Greurille , par Audoulde Brachy, à Tabbaye dé rile-Biea. Suivant une déclaration du 4«r novémlM-e 1484^ e¥lait encore, à cettte dpoque, le monastcre dont nous parlons qui nommait les curés et touchait les groisei dîroe^ de .la paroisse de Saint-Ouen.

Goo^k

J CAXrON DK BACQUE VILLE.

Boicnts de la Somme, de la Seine-Inférieare , de Eure et lootes les coairées Tolsioes de la mer, sont our ainsi dire semés de ces enceintes circulaires, [ont l'origine appartient incontestablement à Tépo* |ue gallo-romaine. Le retranchement de Luneray, le forme absolument semblable à celle dont nous tarions, existait encore il y a quelques années ^. C'est peu de distance de ce retranchement, au hameau de lonchay, à Test et à un quart de lieue environ de église catholique de Luneray, que Ton trouva, il ^a huit ou neuf ans, sur la propriété d*un sieur Gifàrd : lo, un vase en verre , de forme parfaitement arrée, rempli d'ossements humains en parlie biûlés it concassés : ce bocal était renfermé dans un autre l^rand vase de lerre ; 2o, plusieurs petits vases de erre et de verre , de différentes formes , grandeurs ft couleurs; 3<^, une figurine en terre cuite, repré-* entant une Latone , tenant deux enfanîs entre ses iras; 4^, plusieurs médailles antique^, dont une de llaxdiûs; et 5o, enfin , de nombreux fragments de iriques, de tuiles et de poteries romaines. La plu-

1 G'ëtaii probablcmeDl avec le camp de Luneray que corresponbieui les fameuses moUej d'Avppêgtn'd, situées, au nombre de trois. Dire Auppegard et Colmesnil. Noël , dans ses Esseiv sur /> dépar^ emeri âù la Seine-b.férieHre , pense que les mottes d'Aappeçard (OÎvcnt être de k/fep normands, buttes de terre fort élevées qui se ronvaient à Fextrémité des châteaux forts. Nœl ajoute que l'on oit encore beaucoup de ces keepen Angleterre , à Hedingham (comté i*Essex) , à Waldcn , etc. , etc. ; quelques-uns sont creux.

pari de ces objets ont été déposés à la bibliothèque pnb^ 'que de Dieppe. Du poini où ils ont été exhumés, on découyre parfaitement » sur la surface du sol , Taneienne trace de l'enceinte riirculaire dont nous avons parlé plus haut. Ces antiquités ne sont pas les seules que Von ait recueillies sur Luneray. Suivant les renseignements qu'à bien voulu nous transmettre M. Daniel Lardans, maire de cette commune, un nommé Jean Hoinville y avait découvert, au mois d'octobre 1827, au nord-est de l'église, !<>, plusieurs hachettes celtiques en sifex; 2®, des ornes funéraires en verre, dont une , du plus grand modèle , offrait 14 ponces de hauteur sur 8 de largeur; 3^, quelques ornements e( garnitures en bronze , etc. , etc.* . — Dans le XIII* gîèele , réglWparoissiale de Luneray, dédiée à mirU Rémi, relevait de l'abbaye de Tirom, comme ancienne dépendance du prieuré de Crâville-la-Rocquefort. Un acte de Van 1267 nous aprend que c'était d'abord le seigneur de Luneray qui choisissait les curés de cette paroisse ; il présentait ensuite le candidat à l'abbé de Tirom, qui, en sa qualité de chef du prieuré de Cràville , le présentait h son

1 Bans la plaine qui sV^encl entre Luneray et h Gaillarde, il existe, notaromen! sur cette dernière commune , plusieurs puits fort pro* fopds ilont l'euLÎsience a UAsaé de mystérieux souvenirs ; on prt^tend qu'ils renferment des trésors, que les fées viennent y danser durant la nuit , etc.

^'i CANTON DE BACQUEVILLE

laurà larchevéque de Rouen, lequel lui conférait alors les pouvoirs définitifs. Outre l'église Sainl- Remy, nous trouvons, en 1317, sur Luneray, une chapelle dite de 5attU-iVtcob«, dotée de riches revenus. Cette chapelle» dont les sires de Luneray nommaient les desservants, a ^uflîeursfobété détruite dans les guerres des Anglais, du Protestantisme et de la Ligue. Dans les derniers temps , elle avait été remplacée par un simple oratoire , qui existait encore it y a peu d'années sur la propriété de MM. de Radîolle. — Lors de la naissance du Protestantisme , Luneray fut , en Normandie , le premier point où germa cette secte impie et haineuse, née de Tégoisme, de l'orgueil et de l'ambition , qui couvrît de tant sang et de ruines l'Allemagne , FAngleterre et la France^ . Comme les nouveaux prédicateurs n'aimaient pas la surveillance des grandes villes , telles que Rouen , Dieppe . etc. , c'était par les campagnes qu'ils commençaient ordinairement leur prétendue mhsion

1 Avant rinvasion du Protestantisme , Dieppe était une des plus savantes , des plus industrieuses , des plus riches et des plus heureuses villes de Prance. Ses vaisseaux sillonnaient les mers, son commerce éUiit immense. Mais , quand le Protestantisme parut, la pins horrible anarchie s'empara de cette cite ; ses habitants s'entretrahirent, s'entrepillérent, s'entr<:g<M-gérent ; deux cents années de troubles , de divisions et de calamités de toute espèce , vini«nt peser sur cette cité , dont les destins s'étaient d'abord annoncés si brillants ; depuis lors, eUe n'a jamais pu se relever.

Lea campâmes voisines ne furent pas plus heureuses : partout imc poignée de factieux, faible et imperceptible minorité, outrageait

évangélique. Aussi ce fut à Luneray , et non à Dieppe , que Calvin envoya ces colporteurs et ces portefaix 9 qui * comme on le sait , furent , dans tou(e cette contrée, les premiers apôtres de la nouvelle école. — En 1558 , il y avait à Luneray un prêche» qui parait avoir été assez considérable. Fermé en 1685, il fut complètement démoli en 1690: le terrain qu'il occupait fut donné à l'hôpital du Polet de Dieppe» et» jusqu'en 1700» les Protestants de Luneray furent privés de temple. Aujourd'hui , l'église dissidente de Luneray, en y comprenant les annexes de Gruchet-Saint-Simon» Bracby Lammerville , le Thil » Avremesnil , etc. » etc. » est d'environ deux mille personnes. — Luneray et les environs fabriquent beaucoup de tissus de coton et quelques toiles de lin. Il se tient en ce bourg un marché tous les dimanches. La population de Luneray » auquel on a réuni l'ancienne paroisse de Canteleu» est de l»742habitants^

rimmense majorité catholique, qui long-temps dëTora m silence tous ces affron ts faits à son dogme , à son culte , à sa morale ; partout des troupes de brigands , enrégimentés au nom de Luther et de Calvin , égorgeaient les femmes, les enfants, les vieillards ; partout on incendiait les églises et les monastères, les fermes et les châteaux, les forêts et toutes les récoltes ; partout on volait les vases sacréii , souillait les tombeaux , brisait les statues des saints et les autels de Bieo. Les dégâts et les vols , commis à différentes reprises , par les Protestants, dans la ville et Farrondissemcnt de Dieppe seulement, s'élèveraient aujourd'hui à prc's de soixnnte-cinq millions de francs. 1 Canteleu est appelé, Sur les anciens titres, Saini-Pierré de

PiniTi^prl \m

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Atremesnil, à 3 tieues 1/2 (snd-ovest) de Dieppe , el 2 lieues 3/1 ( aord-ouest ) de Bacqueville, se (rouve au cenlrc d'une belle et riche plaiue, à une disiance égale (3/4 de lieues) des vallées du Dun et de la Saâne. Cette comnuine • que quelques actes appellent SainU-Aubin d'Entre^ menili Evremesnil, etc., est redevable de son nom à Evrard , qui , sous la première race de nos rois 9 fonda Tabbaye du Bourg-Dun, api)e)ée Evrard-Église. Suivant M. de Valoîs , Nodcc de la Gaule ( article Caleli ) , une charte du XP s'^ècle désignait encore cet endroit sous le nom de Ebrardi Mansionile; cent cinquante ans après, c'était toujours Evard'Mêml, et ce n'est guère que depuis le commencement duXV® siècle , que ce nom primitif a été altéré. Cette commune ne se trouvant qu'à (rois quarU de lieue environ du Bourg-Dun , il est, Irès-probable qu'elle fut originairement une dé-« pendance de cet antique monastère. En effet , en 1236, il y avaU encore trois curés à Avremesnil : c'étaient alors les seigneurs d'Avremesnil et dé Liutot qui nommaient le premier de ces curés; l'archevêque de Rouen nommait le second; la

Chanlelotip-sur-Brachy, Suivant dilfërents actes des aniiôes 14|9 , 4578 , 1603 , 1740, etc. , c'<^taic aux niouies du prieuré de Longueville qu'appartenaient, de temps immémorial, l'église, le patronage, les dimes et le fief seigneurial «le Canteleu.

CANTON PE BACQUEVIIXE. 95

nomîfiatîon du Iroîsîënie appartenaU coBjoiatement aux seigoeurs de la MoUe et à ceux du Fief-au- Bieton ^. Eu 1331, Jehao d'Yvelot , sire d'Yvetot, et Jehan le Breton , chacun de son c6(é , prétendaient que Véglise d*Avremesnil avait été dotée par leurs aïeux et fondée sur leurs propres fiefs : c'est pourquoi ils disputèrent à Tarchevëque de Rouen le patronage de la deuxième cure de celte Taste paroisse; là lutte se prolongea jusqu'en 1365, époque oà une sentence du bailli de Gaux donna gaii^ de cau-^e au prélat, — L'église actuelle d'Âvremesnil date dn XVl*^ siècle, excepté la tour de son clocher , qui est un des plus précieux nio-* numenlsque nous ait transmis rarchitecturé romane (du X® siècle au XV)* Ce clocher, flanqué d'une légère et sveile tourelle, est entouré d'une charmante ceinture d'arcades à pltia-cintre , formant des ogives par leurs entrelacements. Peu de constructions de cette époque présentent un type aussi original , aussi élégant , aussi gracieux. — La population d'Âvremesnil est de 1,478 habitants.

* Suivant tîiffërenis actes des annexes 1548, 4654 et 4673 , le fef-au-Bieloii , le fief cîe la Moite, le fief de Lintot et le fief de Mojuimorency se trouvaieot tous quatre 5ur Avremesail. C'était à celui de MontmpreDcy qu'était al taché le titre de seigneur de cette paroisse. Un aveu dn iO août 16S6 , mentionne une cinquième terre noble située en la même commune ; c'était un huitième de fief, qui avait nom la Gaillarde : il releyait des seigneurs de Gtxlcryille.

Diyilizyd tty

96 CAT^TON DE lACQUEVILLE.

GuBUEBS. à 3 lieues ( sod-ouest) de Dieppe , et 1 lieue 3/4 ( nord ) de Bacque^ille , se trouve dms une délicieuse vallée , au confluent des rivières de Vienne et de la Saâne. Cette commune » appelée autrefois Sainl^Pierre de Guerrti « est d*origine fort ancienne. Son église fut donnée, vers Tan 1180 , au prieuré de la Madeleine de Bouen par un seigneur nommé Greoffroi. Il paratt que ce prieuré aliéna bientôt tout ce qu'il possédait à Gueures. En effet , une bulle du pape Honorius III , donnée en 1223, en faveur de Tabbaje de Bondeville* qui , à cette époque , n'avait pas encore adopté la règle de Citeaux , nous apprend que c'était à ce monastère qu'appartenait alors le patronage de l'église dont nous parlons. L'abbaye de Bondeville jouissait encore des dimes de cette paroisse à l'époque de la révolution. Il y avait aussi à Gueures, sur le 6ef seigneurial de Rocquigny, une chapelle dite de Saint-Nteolas , que Raoul Sochon de Rocquigny avait fait construire , et qu'il avait dotée de dix livres de rente en 14S3 ; cette chapelle est aujourd'hui en ruines. — On remarque, à Gueures, la belle papeterie mécanique de H. Huiler. Il y a aussi en cette commune un dépôt royal d'étalons. — La population de Gueures est de 617 habitants ^

i A environ une demi-lieua de Gucurea , en remontant la valiéc 4e la Saàuc , au midi , on trouve , sur le Gourel , dû nombreuies

^ CANTON DE BACQUEVHXK. »7

Lahmbrville, sur la rivière de Vienoe, à 4 lieues (sud-$ud-ouest)de Dieppe, et 1/2 lieue (nord) de Bacqueville » est appelé, dans une charte du XIII* siècle, la Saînte-Vierfe de Laenmerville.CéidAi une antique châtellenîe apparlenamt à la maison il*Estooteville. Robert d'Estouleville, châtelain de Lammerville et d'Auzebosc (près Yvetot), ép usa une nohle dame nommée Marie de Sainte- Beuve. Marie d'Estouteville , sa fille , dame de Lammerville , porta cette dernière terre dans Tantiqae maison de la Heaze , par son mariage avec Jehan de la Heuze, seigneur de Batlleul-sur-Eaalnct d*Ëcotigny ^ , etc., etc. La terre de Lammerville , confisquée d*abord par les Anglais , avait été complètement dévastée par ces insulaires. La vieille

traces de rctraneheraents antiques , fossés , barrages en terre , etc. On y a recueilli quelques tuiles à rebords vi des médailles ro^ inaines. — Le Gourel était originairement un hameau de Bracliy. Dans le XIII^ siècle , on réunit à ce hameau quelquet portions de terrains que l'on détacha de la commune de Luneray, et on érigea le tout en paroisse , sous le titre de SainU'Rêmy du GourH, C'était aux seigneurs de cette paroisse qu'appartenaiile droit d'en nommer les curés. A l'époque de Toccupation anglaise , il existait , sur le Gourel , un antique manoir féodal , dant la cour duquel te trouvait, en 1476 , une chapelle connue sous le nom de Saini- Louis de Beaudùux, Bans la suite, cette chapelle, qui avait été, à son origine, dotée de riches revenus, prit le nom de Sainte^ Catherine. Elle n'existait plus en 4716 ; ses biens avaient été en partie vendus et en partie domiés à l'église paroissiale.

I Les terres d'Ecotigny et de Bailleul-sur-Eaulne étaient passées, vers 1386 , dans la maison de la Heuze , par le mariage de Mahaud de Bailleul , fille de Pi«»rre de Baillcul et de Muhaud d'Estouteville,

-Di§itf-2egl- by A

9» CVNTON DE BACQIIEVILLE.

forteresse dont on voit encore aujourd'hui des vestiges , et qu'entouraient de toutes parts les eaux de k rivière de Vieniié , fut en partie brûlée à cette époque. Après le départ de no£( ennemis d'outre-mer , <m se hâta de faire à cette forteresse toutes les réparations et augmentations que les guerres continuelles de <^s temps déplaraUes rendaient nécessnres; mais, en 1472, Charles-le- Téméraire , duc de Bourgogne , étant venu l'assiéger , le chlUeau fut pris et , pour ainsi dire , détroit de fond en comUe. Il offrait une enceinfe assez vaste. Une communauté de dames religieuses que l'histoire ne nomme point , mais qui étaient du voûinage, était venue chercher, dans les hautes et épaisses murailles du ehasld de Lammerville, un refuge contrôla brutalité des gens de guerre qui, parcourant alors la campagne de toutes parts, commettaient les plus horribles exoès, viols, déprédations et incendies. Au moment de la prise du château, les infortunées religieuses» rassemblées dans une vaste chambre , assez près du toit , périrent toutes, ou presque toutes , englouties dans les

avec Jehan de la Hcuze , «ire de Quevilly. Cette dame , suivant le père Anselme , tome VII , page 757, portait pour armes une croix ancrée, cantonnée de petites croix potencées. Ce sont incontestablement ces mêmes armes qui existent encore sur un vitrail de IVglise de Bailleul-sur-Eaulne , et qui ont si singulièrement embarrassé plusieurs antiquaires.

flaoïmes qui dévoraient Tédifice : c'était le duc de Bourgogne lui-même qui avait ordonné Tincendie ^ .

— Jehan de la Heuze ,, are de Lammerville, mourut en 1484. Adrien de la Heuze, son fib, baron d'Écotigny» sire de Lammerville , de Bailleul-sor- Eaulne, du Mesnil-Mauger» de Sainte-Beuve, etc. , mourut à son tour^ vers 1 509 , sans laisser d*en«* fantSr Quelque années après, la terre deLammerville était devenue propriété iies Martels de Bacqueville*

— L'église paroissiale de Lammerville, quoique assez bien construite» n'offre rien d'intéressant , si ce n'est toutefois quelques restes d'architecture que la tradition du pays attribue t on ne sait pourquoi» à une ancienne abbaye. *- Outre celle église dont le patronage, suivant un aveu de 1677, appartenait au prieuré des Deux-Amants près Pontde-l' Arche , il y avait encore , à Lammerville : l<^,Une maladrerie ou hospice pour les lépreux, connue sous le nom de Saint-LeiinSaini''GiUe$ ; 2^ , une chapelle de Sainte-James , fondée ou au

1 Dans une espèce de marais , conim sotis le nom de Cour du Moulin f on voit encore les restes de l'antique château de lammerville : ce sont de longs pieds de murailles , d'énormes pans de murs , des fondements de tourelles , etc. A peu de distance de ces débris , et dans la même cour , on remarque un curieux souterrain , voûté et solidement maçonné , servant aujourd'hui de cave an propriétaire de cette métairie. Ce souterrain paratt peu ancien ; mais il est trés-probabie qu'il en aura remplacé un autre , lequel de« ait incontestablement faire partie du château fort.

100 CANTON DE BACWKVrLLE.

moins restaurée par les Anglais; et 5^, une axàfe ehapelie, dédiée à saint J^an-BapUste et à saint Charles^ Borromée. Cette dernière , biâe dans l'enceinte du manoir des Mesnils , était encore en titre en 1672 et 1684. Le patronage de la chapelle Saînt-James appartenait, en 1704, au prieuré de Saînt-Lô de Rouen , qui en jouissait encore en 1738. Cette chapelle , que les hahitants du pays appellent aussi Sainte-'Gemme , a cessé -d'exister; mais l'ancienne assemblée ' qui , de temps immémorial , s'y tenait le deuxième dimanche de mai , subsiste toujours , et chaque année cette fête se renouvelle pour les villageois. — Quant à la maladrerie de Saint-Leu , elle renfermait encore des lépreux durant le XVI* siècle : c'étaient les sires de Bacqueville qui nommaient les desservants de cet antiqge hôpital , dont Torigine devait remonter aux premières années du XII* siècle. — La population actuelle de Lammerville est de 941 habitants.

^outj^V^fftarmilU.

Snvé dans une plaine fort agréable » à peu de distance de la belle yallée qu'arrosent les eaux de la rivière de Scie , le bourg d'0flran\ille se trouye à 1 lieue 1/2 (sud-sud-ouest) de Dieppe , et 12 lieues 1/2 (nord) de Rouen.

Dans le XII® siècle , on appelait ce lieu Wulfranville , en latin Vulfranni villa. Les titres des âges postérieurs disent successivement Oulfranville , Ouffrenville, Offrainville, et enfin OffranviUe.

Originairement , la seigneurie d'Offranville faisait partie de Tantique baronnie de Berneval» qui , dès le VIII® siècle, appartenait à l'abbaye royale de Saint-Denis près Paris. Ce monastère en ayast été dépouillé par les conquêtes des bommes du Nord dans le IX* siècle, Bollon , premier duc de Normandie » la lui restitua immédiatement, après son baptême 9 en Tan 912. Dans le XIIP siècle , les moines de Saint-^Denis jouissaient encore de la terre de Berneval , où ils avaient

établi un prieuré de leur ordre , avec titre de Pré^ râlé. Quelques années après * Guillaume de Calletot acquit par échange la baronnie de Berneval, en cédant à Tabbaye royale de Saint-Denis les belles terres de Montmélian et d'Aubervilliers près Paris.

Son Gis 9 Robert de Calletot , chevalier , seigneor de Berneval-en-Caox et des trois uilles de Saint" Denis en la forest de Lions * épousa une fille de Guillaume de Houdenc. Il en eut Jeanne de Calletot, qui porta la baronnie de Bemeval et plusieurs autres terres dans la maison de Montmorency, par son mariage avec Jean P' de Montmorency, sire d*Ecouen, de DamyiHe , d'Argentan, etc.

Charles de Montmorency , leur fils , grandchambellan , pannetier et maréchal de France , seigneur d*Ecouen , de Damville , d^Argentan , de Bemeval, de Vitry , de Chaumont, etc., etc., laissa de Jehanne de Boucy, sa seconde femme, Marguerite de Montmorency, qui fut dame d^Offran ville et de Bemeval *.

1 Bernètnd 0b tf on^ 8U]^t le bord àt là m6r, k S lkiie8^4 (iudtçst) de Dieppe^ e^ 4 lieues (nord-Bprd-est) d'OfiranTille. C'est me des plus anciennes paroisses de la Normandie. Son nom est forme des mots c6ltk[Ues Whrn ou B0m^ :hai;^iirf jnoatagne , et yal, vallon, Y^Ué^ Cependant, quelques chaçtes des Ville et IX* siècles l'appellent BrittenevalHs, BrïnevalHs, etc.', ce qui indiquerait que, 'dans oette circaBstàiice, le mtit S^ne pwTTmt éti^ un.- ixom dtioiBnie. Dans les siècles, postérieurs, ou a dit alterqatiyement Bamevaif Brunovafy etc. Cette terre, ayant ëtë portée dans ta maison d^Estou-

BOUKG D'OFFRàNVILLE. 103

Marguerite de Montmorency épousa» au mois de janvier 1351, Robert VI d'Ertouleville , sire de Valmont , fils de Robert d'Estoutevilie et de Marguerite de Hautot. C'est par ce mariage que les terres d'Offranville et de Bemeyal passèrent dans

tevIUe par Marguerite de Montmorency, fit partie, en 1534, du duché d'Estouterille , dont elle partagea long-temps toutes les destinéet^EUe Ibrmaîl ancîenvementdetiz paroisses :Benieyal4e-Grand, qui est celui dont nous parlons, et Bemeval-le-Petit, ({ui, depuis plusieurs siècles déjà, n'est plus qu'un hameau. Toutefois, ce hameau est encore célèbre dans toQte la ccentrée par sa chapelle, dite de Stnmt- Nicolas, laquelle est l'objet, chaque année, de nombreux pèlerinages; les jeunes garçons et les jeunes Glles s'y rendent de toutes parts pour prier Dieu de leur aeeoréer mariage seNn leurs désirs. C'était aux barons de Berneval qu'appartenait le droit de nommer les desservants de cette chapelle , ainsi que les deux curés du Grand et du fetit-Berneral , les curés de Saint-Martin-^i-Campagne, les desservants de la chapelle Saint-Cata et de la chapelle Notre-Dame, toutes deux situées sur cette dernière commune, les desservants de la chapelle Smnt'Denis,de Fergemoni sur Gratncourt , ete. , etc ^ C'est de Berneval-le-Petit que partit, en 4402, Berthin, dit de Bamevaly pour accompagner, à la conquête des Canaries, le fameux Jean de Béthencourt. Ce dernier le nomma gouyemcur du fort qu'il avait fait construire dans l'Ile-Lancerote. Les aventuriers qu'ils avaient emmenés avec eux ne tardèrent pas à montrer leur esprit d'insubordination , ce qui ne contribua pas peu à retarder la^ conquête de l'Ile- Fort-Aventure. Obligé de recourir à quelque puissance pour en obtenir des secours , Jean de Béthencourt résolut de s'adresser à Henri III , roi de CasUUe , et , plein de confiance dans le courage et la prudence de Gadifer, gentilhomme gascon, Tun de sies compagnons , confia , en (partant , à cëKii-ci , le gauverarment de l'Ile. Bertin de Bameval fut vivement blessé de cette préférence; les Normands embrassèrent son parti, et les Gascons se déclarèrent pour Gadifer* Cette Aaéstntelligence' faillit faire é^ioùer Pentrc>prise de Béthencourt; mais ce dernier parvint à dompter les obstacles, et le roi de Castille lui confirma la souveraineté des fies Canaries. — La population actuelle de Berneval est ck; 906 habitants.

^0\ BOLAG DOTi^RANVlLLE.

la maison d*Estoate%ille, et fareot réuBÎe» à là ehàtellenie de Hâutot-sor-Dieppe.

Robert YI d'Estoafeville, are de Valmotit « moanitle 22 féTrier 1305^ et la terre d'Offranvilte passa à ses héritier»^

Cependant , au moment de l'occupation anglaise, cette terre fut donnée à Jean II de Pewrel ou Pevrel, dont le père, originaire d'Anglet^re^' avait été contraint de venir chercher en France un asile contre les persécutions dont H était menacé dans son pays natal. Tandis que Guillaume de Pewrel , son frère , resté fidèle à la nouvelle patrie qui avait accueilli et sauvé sa famille » se faisait tuer , en 1440, en défendant les remparts d'Harfleur contre le duc de Sommeçset et le fameux Talbot , et méritait de nouveau , par une si belle mort , le titre glorieux de Père des Cauchois , qu'on lui avait décerné depuis long-temps déjà , Jean II de Pewrel, Tainé, se rangeait sous les drapeaux des^nnemis de la France. Aussi , les semces irn^ portants qu'il avoit rendus au roi d'Angleterre lui valurent-ils les bonnes grâces et les faveurs de ce prince. Ce dernier lui donna , i titre de récom-pense , le 27 juin 144S , les belles terres du Porquet et de Varengeville , dont nos ennemis avai^it dépouillé les malheureux propriétaires i.

* Peu de temps avant cette donation , Jean H de Pewrel , Hrè

BOrRG 'D»OF FRANVHXK. 105

Jean II de Pewrel mourut veraie commencemenl d* octobre de celte même anoée 1448. Il avait épousé Thomasse de Tournebu » fillo de Jehui d^ Toumebo , écuyer« seigneur de Béflaécourt et de Marbeufr II en a;yait eu deux fils : 1^, loan III de Pewrel ^ dont nous parlons ci-après ; et 2^» Guillaume de Pewrel ,, qui » comme le prouyent différewAs Actes concernant la division des biens de Jeban de Toumebu t leur grand-père» partagea» conjointement avec son frère , les terres , fiefs et seigneuries de Bémécourt» Varengeville, Offranville , Hautot , etc. Il parait que ce Guillaume Pewrel ne laissa pas d'enfants; du moins, on ignore sa descendance.

Quant à Jean III de Pewrel , il est qualifié, dans plusieurs titres des années 1448 M 1 449» écu^feTf nre deBémécùwrlf de Varengeville, d'Offranville,deltauiot, e!c. Mddheureusement pour lui, ou fdutôt pour son fils S les conquêtes de Charles VU vinrent bientôt rétablir l'ordre , la tranquillité et le bonheur dam notre pauvre patrie , si long-temps déchirée par tous les fléaux à la fois. Les Inens confisqués sous la

éCOfranvilh , ayant arme pluiieart yaisieaux pour l*Aiif;leterre , ay'ait faiUi përir avêc toute sa fiùtte^ dans un endroit qui est encore connu aujourd'hui sous le nom de Pas ds Psvrel.

I Jean III de PefTrel avait épousé Etiennette Martel , fiUe de N. Mortel , seigneur de Baoqueville et de Sainte-Mai-guerite. De ce mariage était issu Rol>ert de Pewrel, écuyrr, qualifié dans quelques

405 BOURG D'OFÏ-'RANVÏLLE.

domination anglaise forent renèos à leurs légitimes propriétaires, et la maison d'Estouteville rentra en possesrion des terres d'Offranville » Bemeyai » Hantot.ete.tetc.

Toutes ces terres » comme celles de Valmont , Cleaville, Briqaebec» Hambie» Moyon\ Gaeé, le Mesleranlt » les Loges. FauTille » Trie, Bérièonriy te Bec de Mortaigne» la Rochegnyonr etc.» etc. , furent portées en dot , le 9 féyrier 1534, à François de Bourbon , comte de Saint-Pol et de Cbaumont , par Adrienne d'Estouteville , fille unique et seule héritière de Jean UI d'Estouteville « sire de Val*mont. Le contrat de mariage » qui transportait ainsi dans la maison de Bourbon l'immense patrimoine de la famille d'Estouteville > f<^ faomologué au parlement de Paris le 16 avril 1540.

Bientét les fureurs du Protestantisme vinrent plonger la viUe et les environs de Dieppe dans la plus horrible anarchie. Les calheltques et les par*lisans de Luther et de Calvin pillèrent et ineen*-

«ctes 9irê 4^0fnamvUlê^ en CkampdoU9ni\ dé l^^couriietc, Oe Robert de Pewrei ëpousa, en 1456, Rauline de Caux, dame de MonteroUier. Il fut tuë au siège de Gerberoy.

Gomme il avait été obligé de reatituer à la mai^n «l'Estoateville les biens -dont elle. avait ërëd^oaiU^e en iaveor de son grand-pere, ce seigneur est le dernier membre de la fdroille Pewi^l qui ait porté le titre de sire d'OffranviUe. Aucun de ses descendaiits , seigneurs de Bëmëcourt et de MonteroMier , n'osa reprendre le nom de cette -terre.

BOURG D'OFFR\N VILLE. 107

diérent tour-à-tour le pays. La belle terre d*Offranyille fut complètement dévastée à cette époque. L'église paroissiale , que nous voyons aujourd'hui > était alors en construction. Commencée en 1495, sous les auspices de la* maison d'Ëstouteville » cette église , qui aHait être bientôt terminée , fut métamorphosée en une espèce de forteresse* dans la-^ quelle les prétendus réformateurs de la religion du Christ se barricadèrent , après y avoir transporté des armes et des munitions.

Aux horreurs des guerres de religion succédèrent immédiatement celles des guerres de la Ligue. Une troupe de ligueurs pilla et saccagea en partie Tégltse et la paroisse â'Oflran\ille» en 1589. Les Dieppois étant accourus au secours des habitants d'Offranville , les ligueurs, beaucoup plus nombreux, les contraignirent à reculer. Les partisans de Henri lY, presque tons calvinistes, eurent Vimprudence de se retrancher dans une grange, ce Les ligueurs , dit H. Vitet, mirent le feu à la grange , ce qui força les assiégés de sortir en désespérés et de se faire jour à travers l'ennemi. Dans cette lutte acharnée, le capitaine dieppois tomba mort : c'était un gentilhomme protestant nommé Rufosse. » Malgré les services qu'avait rendus à la cause du Roi cet intrépide capitaine , M. de Ghâtes, qui , cependant , possédait un si grand

fOfi 801JRG D'OFFRAWViLLtr.

empire sur les masses, ne put parvenir à vaincre la répugnance des catholiques » et les dépouilles mortelles du brave soldat furent privées des honneurs qu'il avait si bien mérités.

Deux ans après, au mon de mai 1592, au moment oii une autre troupe de ligueurs, sous la conduite de Fontaine- Martel et du chevalier d'Auches* attaquait le chiteau de Bacqueville et ravageait les envircms, on fit sortir de Dieppe quatre compagnies de gens armés , à Teffet de repousser cet affreux brigandage. La troupe royaliste étant arrivée à Offranville , entre huit et neuf heures du soir , le commandant, nommé Fayet, jugea , de l'avis des capitaines, qu'il était bon de faire une halte dans ce village et d'y passer une partie de la nuit, afin de surprendre, le lendemain, les ennemis de» la pointe du jour. Malheureusement, les ligueurs furent instruits de cette arrivée par les nombreux .espions qu'ils entretenaient dans le pays. Fontaine-Martel et le chevalier d'Âuches, liien loin de se laisser surprendre par les royalistes, voulurent au contraire les surprendre euxmêmes. Ils arrivèrent donc à Offranville dans le plus grand silence ^ et sans doute bien guidés , dit Tauteur des mémoires chronologiques sur dieppe , ils kjmberenl d'abord sur la maison oit les officiers s'etoieni rassemblés pour s'amtuer ensemble jusqu'à

BOimC D'OFFBANVlfXt:. 109

llieure du départ. Ceux-ci, qui ne s'allendoiefU pas à cette attaque, furent tués ou faits prisonniers. Aa bruit accasionné par le tumulte , les soldat» royalistes, qui étaient tous logés dans les maisons voisines , en sortirent précipitamment et crièrent : Aux armes 1 Tous obéissent à ce cri , qu*îls répètent de proche en proche , et en un instant la réunion générale est opérée au centre du village. On passe ensuite , pour se mieux défendre , dans un enclos entouré de fossés, et là on attend , pour marcher, ceux des officiers qui auront pu échapper à la mort. Malheureusement , aucun d'eux n'arrive; deux sergents bourgeois, nommés Tun Omont , et Tautre Petibraut se chargent du commandement principal. Deux hommes sont envoyés en toute hâte k Dieppe pour y donner avis de leur triste position; mais bientôt ces deux envoyés rentrent dans Tenclos , et annoncent à leurs compagnons que , ait tous côtés, ils sont cernés par Tennemi. Cette nouvelle n'effraye pas les royalistes : tous jurent de défendre bravement leur vie et leur honneur ; c'étaient presque tous bourgeois de la ville de Dieppe. Pendant ce temps-là , Fontaine-Martel et son co-lieutenant préparaient tout pour attaquer et tailler en pièces les royalistes an point du jour. Dès que l'aurore parut, les soldats de la Ligue voulurent enlever les îoss6«< : mais les royalistes firent

no BOURG D'OFFRANVUXE.

1IB feu si vif et si soalena» que les assaillants fureot contraints de reculer jusqu'au-dessus de la portée de l'arquebuse. Deux heures après, les ligueurs revinrent encore à la charge , mais ils trouvèrent toujours la même résistance. Enfin» voyant la perte considérable qu'ils avaient faite à ces deux assauts , et en craignant une plus grande encore s'ils réité* raient leurs attaques, ils prirent le parti de former un cordon autour de leurs ennemis , afin d'obliger ceux-ci à se rendre faute de vivres. Cependant, les deux chefs ligueurs voulurent , pour la troisième fois, que Ton attaquât les fossés; mais, pour la troisième fois, les royalistes soutinrent vaillamment le choc* Déterminëîrà^aincreou àmourir, il y avait déjà plus d'un quart d'heure que ceux-ci luttaient avec un avantage marqué , lorsque Fontaine- Martel, s*apercevant que les gardes avancées qu'il avait postées du côté de Dieppe étaient obligées de se replier vers lui pour fuir les troupes que cette ville envoyait au secours des royalistes , fit sonner 1^ retraite el disparut. Les ligueurs laissèrent sur le champ de bataille environ 120 morts, sans compter les Uessés. De leur côté , les royalistes perdirent une quarantaine d'hommes , t^ tués que blessés , ^ans parler de leurs officiers et capitaines, qui furent tous massacrés ou faits prisonniers dans la maison dont nous avons parlé plus haut..

^OXrna U^OFFRANVILLE. iii

Au eommencement du XVII* siècle, la seigaeurie d'CUTranville appartenait à un «eur Chauvin, issu d'une ancienne C^usnilte noble de J)ieppe. En 1614 , ce seigneur d^OffranvilIe , homme riche et bienfaisant , fonda au collège de la ville de Dieppe une nouvelle chaire de professeur , qu'il dota de quatre cents livi:^ de renie.

Quarante:^ix ims après , OtTranville , Manéhon»*ville, SauqueviUe^y Anneville-sur-Scie,etc,, etc., fureut réunis en une^eule et même terre» et érigés en xn^rquisat 9 sous le titre de Mannmlle-'Chgrles^

i Sauqueville se trouve à enriron 3/4 de lieue (sud-est) d'Offranviile , sur la rivière de Scie , que Ton y traverse par un pont de pierre. Cette paroisse » aujourd'hui supprimée et réunie à celle de Saint- Aubin, eut ordinairement désignée, dans nos antiques chartes, sous le nom de Notre-Dame de Sa^ê9%Uê^ en latin Sasonis yïlla. Son nom, comme ceux de Sassetot {Sasonis Tecivm), Sanvic {Saaeonis Ficus) y etc. , etc. , prouve que c'est à une colonie de Saxons ( époque du Bas-Empire ) que ce village doit son origine. Cette fKiroIsse possédait nne des plus auciennes collégiales delà Normandie. « 11 y avoit là depuis long-temps , dit le béaédictin Duplessis, deux prébendes fondées , lorsque le seigneur du Ueu, nommé Jourdain de Sauqueville^ en fonda quatre autres pour former on chapitre de six chanoines. L'acte de fondation porte que l'un d'eux sera doien de la collégiale ; un autre, chantre i un troisième, trésorier ; et que les six prébendes s^ont à la présentation du seigneur. .Cet acte fut confirmé par Gautier de Coutances, arclievéque cle Bouen , le 17 janvier i20i. » En 1738 , il n'y avait plus à Sauqueville que cinq chanoines^ y compris le doyen. L'église , qui était en même temps collégiale pt paroissiale , n'existe plus. EÏle était fort belle ; une partie de ses débris gtt maintenant diuu on pré, au bord de la rivière. « Quelques chapiteaux d'un jcdi travail, dit M. Lu<lovic Vitet , des tronçons de colonnes parsemées de longues fleurs de lis , et qui semblent a|>par tenir au HIV^ nède , une

m BOURG lyOFrRAiNiVILLE.

Memil^ par lettres-patentes de Louis XiV, données, an mois de décembre 1660 « en faveur de François-Bonaventure de Manneville'^. Cette terre appartient aujourd'hui à la maison de Mortemar.

L'église paroisdale d'Offranville» dédiée à MirU Ouen, et, ainsi que nous Tavons vu plus haut, commencée en 1495 par les soins de la maison d^Estouteville , mérite d'être visitée Le chœur est tout entier du XV^ siècle; mais la nef, les yitmux et les sculptures appartiennent au XYI^. La nef, divisée en trois avenues , est soutenue , k Tinté-

ou deux clefs de voûte , paît une masse de pierres sans sculptures , Toilà tuut ce qui reste de cette éf;h8e collëgiale, une des plus riches et des plus élégantes de la contrée , qui subsistait encore il y a sept ou huit ans... Cest le propriétaire du plus beau château du voisinage Y c'est un ffêutUhommê,, qui s'est rendu adjudicataire de cette démolition; c'est lui qui a renversé, brisé, dépecé ces saintes voûtes; et pourquoi? Pour s'en construire un moulin ! » — Outre sa collégiale , SauqueviUe |K>ssédait encore , en 1479, un H6tel-Dieu ou h6t>ital destiné aux pauvres malades. La chapelle de cet Hôtel-Dif u était dédiée à saiitt Jean, — Avant d'être réunie an marquisat de ManneviUe-Charles-Mesnil , la terre de Sauqueville faisait partie du duché de Longueviile.-*- On compte aujourd'hui à Sauqueville 349 habitants.

1 C'est en faveur de ce m^e François-Bonaventure de M«nineville , que les terres de Colmesnil, Anppegard , Padeviile , BiviUe et Bouville , furent érigées en comté , sous le titre de Colmesni'^ Mannêville , par lettres-patentes de Louis XIV, datées du lunîs d<; janvier 1668. Lé titre d'érection porte que la maison seigneuriah; de la terre de Colmesnil, sise à Genetuit, sera dorc4iàvanl a].f>eiëe JklannepiUe, et que le nom deOenetuit sera supprimé. Colmesnil iivait i\è8 1477 une chapelle dédiée à saint Pierre , laqudlc , siii« vaut un aveu du 2$ avril 1419, appartenait au prirqrétle Longueviile.

BOUKG lyOFFKABiVILLE. 113

rîeiir, par des piliers fort élégaats, chargés de nombreux écussons , de médaillons , d'ornements divers, etc. Un de ces médaillons représente François I^*^. Le chœur et les deux bras de la croisée otTrent quelques nervures et d'assez jolis pendentifs ou clefs de voûte. Le vûsseau, suivant M. Ludovic Vitet , a environ cent cinquante pieds de long, sur soixante de large. Les contre-allées sxmi spacieuses. Malheureusement , sous le prétexte de TembeUtr , on a presque partout encrassé d'ocre jaune ce charmant vaisseau. L'un des piliers, du côlé septentrional, porte cette ii^cription : DamaiseHe lehâe de Cautecote a done ce pilUer lan m. v'^ xxviii. Une pierre tombale offre la date de 1544, tandis que , sur le pilier du c6té du midi, on lit : 1554. M. I. F. Enfin , le portail , suivant son inscription , a été construit en 1574. Au haut de la muraille du chœur , au-dessus d'une arcade * on remarque une très-grande inscription en lettres gothiques : elle est relative à des obits et fondations pieuses. Il y a peu d'années , cette église possédait encore d'admirables vitraux. On citait surtout ceux de la sacristie* lesquels représentaient : l^t sainte Anne apprenant à lire à la Vierge; 2®, sainte Marguerite; 3®, saint Roch; 4®, toute l'histoire d'Adam et d'Eve y depuis leur création jusqu'à la fuite du paradis terrestre. Ce dernier sujet est , pour ainsi

ftOURO DOFFRANVIIXR.

seal qai ait éckappé aux Vandales tonsurés,

ont succédé aux Vandales de 93 9 comme

avaient succédé aux Vandales protestants.

lux vitraux ont été horriblement mutilés.

panneaux représente le serpent corrupteur

tête • les bras et le torse d'une jeune et

ame. Ce fragment fait vivement regretter

• A peu de distance de là« sur un autel

on aperçoit un saint diacre occupé à lire;

le s'étant cramponné à la tunique dudit

l'endroit du hoê-ventre » Tange-gardien du

après 8*6lre approché tout doucement,

queue du diable , et la serre avec tant de

itre ses dents 9 que celui-ci est obligé de se

er» en faisant une horrible grimace^. A

Bur, l'église d*Offran ville n'offre rien d'in-

it, si ce n'est , toutefois, une tourelle qui ,

sant le coin du mur méridional de la croisée*

scul(Me en relief sur le grès « et en fort

caractères , l'inscription suivante :

a. SETAVT. IRS. ▼4TQTELÎS. 8ÔT. INHYMEt.

LE. DOTLfi. IHS. LKVR. PAEDOTT. LfcV&5. PBGHBS.

lelques pas du portail , un if monstrueux ,

I peu d'années , on voyait , dans Fëglise de Guerbarilie-lae , une statuette en bois doré , représentant absolument lujet que la statue d'OlfranvUle* Cette statuette se trouve ui au mu5<^e d^aritiquités du département de la Seine-Infé-

BOURG D'OFFRAN VILLE, UH

patriarche de tous les arbres de la contrée » ombrage le cimetière de ses immenses rameaux. Son tronc donne environ !î4 pieds de tour à fleur de terre : c'est le pendant du Chêne-Chapelle d* Allouville.

Suivant un aveu du 25 avril 1419 « c'était aux moines du prieuré de Longueville qu'appartenait le droit de nommer les curés de la paroisse d'Offranville. C^ patronage 9 attaché originairement à la baronnie de Bemeval , puis à la chàtellenie è» Hautpt-sur-Dieppe 9 avait dû être cédé aux moines de Longueville, par les sires d'Estouteville et de Valmontt vers Tan 1391. C'étaient encore ces moines qui recueillaient les dîmes d'Offranville à l'époque de la révolution*.

Il se tient tous les dinmnches, à Offranville, un marché pour l'approvisionnement des choses nécessaires à la vie; mais il ne s'y tient aucune foke.

La population actuelle de ce bourg est de 1 9 638 habitants

i On remarque , sur Offranville , une de ces mottes ou vigies gallo-romaines {htrres) clon^ le pays de Caux est pour ainsi diru semé. Cellc-çi devait correspondre , au nord-est , avec les mottes de Bouteilles et de VEpinay, et , de là , avec le camp de Brac(|uemont ; an nôrd-ouest , avec celle de Haotot , et , de là , avec le catcUier de Varengeville f au sud , enfin , avec les mottes de CoU mesnil , autrement dites 6* Auppegard , lesquelles correspondaient avtc Celles du Gourel ou de Brachy, qui , en rennntaDt la vallés de la Saàne , transmettaient leurs signaux aux mottes de Saint- I>aurent , puis à celles de Bënesville, de Doudeville, d'Héricourl , de Fauvilie-cn-Caux , de Bcrmonville , (;tc.

GûDgk.

Canton ï'iE^mnnUU.

Ce canton renferme 25 communes et 14,574 habitants.

Le Bouro-Dctn. Situé sur la rivière dont il porte le nom , et aussi sur la grande route de Fécamp à Dieppe, ce bourg se trouve à 4 lieues ( sud-ouest ) de cette dernière ville » et à 2 lieues 5/4 (ouest ) d'Oflranville. Le mot Dun ou Don, qui se retrouve si souvent en Russie, en Pologne et en Allemagne, appartient k la langue celtique ou au dialecte teuton. Il signifie un lit profondément creusé par un courant éCeau, et c'est là exactement la description de la vallée du Dun. Le lieu dont nous parlons est fort ancien. Il paraît avoir été autrefois très-considérable. Sous la première racé de nos rois , il y existait une abbaye, fondée par un moine nommé Evrard ou Ebrard , d*où elle fut appelée Evrard- Église (Evrardi Ecclesta). Ce nom se retrouve dans eelni d*Âvremesnil » commune du canton de Bacqueville, limitrophe du Bourg-Dun, laquelle a été successivement appelée Evrard-Ménil , Envre^ mesntl , Evremesntl , Ebfardi Manile, etc. Evrard- Église était un monastère d'hommes , qui | fut détruit dans les invasions des Normands , au IX^ siècle. Cependant, remplacement de cette maison

CANTON D'OFFKAN VILLE. 117

religieuse était encore connu sous la dénomination de V Abbaye en 997 , époque vers laquelle le duc Richard II donna en fief, avec tous leurs biens, re*yenus et dépendances , à Tbistorien Dudoo , chanoine de Saint*Quentin en Vermandois: 1^, Téglise fondée par Evrard , située sur les bords du Dun; et 2^« Téglise d'un ancien bourg situé sur le bord de la mer ^ et appelé Sotteville ( Soiêi Villa ) . Dudon de Saint-Quentin ne se contenta pas de jouir personnellement du revenu » immense alors, de ces deux églises ; il pria le duc de donner le fonds luimême au corps canom'cal dont il faisait partie ; de sorte qu'après sa mort , personne , autre que la collégiale de Saint-Quentin, n'y pourrait rien prétendre. Le prince normand se rendit aux prières de ce prêtre y l'un de nos plus célèbres annalistes de ces âges reculés» et» en 1015, donna aux chanoines de Saint-Quenttn , en toute propriété , et pour en jouir k toujours , de telle manière qu^ils le voudraient ou l'entendraient ^ les églises de la vallée du Dun et de Sotteville , avec tous les droits, terres et métairies qui en dépendaient. L'acte fut passé en présence de Richard II lui-même; de Gonnor, sa mère; de Judith de Bretagne, sa femme; du prince Richard , son fils ( depuis duc de Normandie sous le nom de Richard III ); de Robert, archevêque de Rouen ; des comtes Manger , Guil-

îm C\NTON D'OFFRAINVILLE.

laurne et RaOûl ; de Hugues, évéque y fils ie ttaoui^ de Hugues, évêque de Bayeux; de Hugues, évéque d'Évreux ; de Roger, évéque de Lisieux ; et d'uil auti^ Angues, aussi évéque. Suivatit cette charte # la Chapelle*sur-Diin , paroisse voisine, dépendait aloi^ de f église d*Ëvrafd, et Saint- Nicolas de Veule» relevait de celle de dottevîlle-sur-Mei*. C'est à cau£»e et en souvenir de sa première importance, que Téglise du Boui'g-Dun f^ut long-temps desservie par deux curés. Ces deux portions de cure et les énormes dtmes qui y étaient attachées appartinrent toujours aux chanoiiies de Saint-Quentiii jusqu'à l'époque de la révolution. L'église actuelle du Bourg-Dun est un des plus curieux monuments que possède la Normandie. On y remai'que trois types de construction. Toutefois, la majeure partie de Tédifice ( notamment le c6té du nord ) appartient au style roman du XP siècle ) la lief et quelques autres portions sont du XHI®. La tout du clocher est postérieure de quelques années; mais tout le côté méridional est un des plus adtiiirables inor-^ ceaux du XV® siècle. La légèreté des voûtes # la délicatesse des nervures , le fini des feuillages et des pendentifs, la pureté du style, tout fait, de là chapelle qui se trouve de ce côté , un délicieux modèle du^genre gothique. A Textérieur , ott rémarque, dans le mur de cette même chapelle, Tem-

QAJ^TON D'OFFlkANVlLLS. ii9

plaœnrait d'un tombeau antique* brisé par les Vandales de 93. Le derrière du e hœur mérite également l'attention des antiquaires. L'église 9 en général, est digne au plus degré d'être étudiée par l'ami des arts* Outre cette église , il y avait anciennement sur le Bourg-Dun : 1® , une mala* drerie ou hospice pour les lépreux » dédiée à saint Gilles ^ ; 2^, un hôpital proprement dit , dédié à saint Rémi ; 3®, une chapelle , connue sous le nom de Saint^Jeàn du Dun ; et 4^ , nne autre chapelle dont le nom était la Madeleine de Bellengues ou du BpJlenguet^. Quoique les chanoines de Saint-Quentin eussent conservé le patronage et les dîmes de la paroisse du Bourg-Dun, il n'est pas moins vrai que, dès le commeneement du XIIP siècle» ils avaient aliéné la presque totalité de cette terre ^ dont l'abbaye royale de Saint-Ouen avait fait l'acquisition. En effet, un acte de 1239 nous prouve que ,

t La léproserie de Saint-Gilles du Bourg-Dun dépendait, dans les XVIe et XVIIe siècles, des seigneurs de Ber guettes ou de la ^irguette , fief situé sur la roéme paroisse. Les biens et revenus de cette léproserie lurent donnés , en 1695, par Louis XIV à rb^pital de Grainville-la-Teinturiére.

3 La chapelle de Sainte-Madeleine de Bellengues se trouvait sur le fief seigneurial du même nom; elle était en titre en 1519. VHà^ pital-Général de Bouen ayant acquis ce fief en 171 S , la chapelle , qui , depuis long-temps, tombait en ruines, fut définitivement supprimée par décret de Tarcbevéque de Bouen, daté du 31 mars 1731. Les revenus affectés au service et à Pentretien de cet oratoire furent également réunis à THôpital-Général de Bouen.

150 CANTO« lyOFFKANVlLLE

dès-lorSf c était k cette dernière abbaye qu*appar^ tenait le droit de nommer les administrateurs et desservants de F hôpital Sainl-Remi » dont i^ns venons de parler, et qu*il ne faut pas confondre avec la léproserie de Saint-Gilles. C'était aussi à l'abbaye de Saint-Ouen de Rouen qu*appartenaient la ferme et la chapelle de Saint-Jean du Dnn , que nous venons également de mentionner. Cette chapelle , qui existait encore en 1738 , était le dernier débris d'un antique prieuré que les chanoines de Saint-Quentin , devenus possesseurs du Bourg- Dnn , avaient fait construire sur remplacement de labbaye fondée par Evrard, Ce prieuré avait été ruiné par les gnerres; mais la ferme où il se trouvait n*en conserva pas moins , suivant un aven du 22 avril 1678, le titre de fief eeigneuriat du Baurg-Dun et de BeuzetiUe. Un autre aveu , daté du 15 juillet 1495, nous apprend que c'était à cette ferme qu*élait attaché le droit de nommer les curés de la paroisse de Rouxménil et ceux de Blossevilleen-Caux. — L'ancienne paroisse de Flainville, aujourd'hui supprimée* et réunie au Bourg-Dun, est appelée, dans quelques vieux actes , Fléville, Flaotnville, etc. Ce n'était originairement qu'un trèssimple hameau relevant de Saint-Denis du Val. Dans la suite , les seigneurs du fief de Flainville , riches et puissants , voulurent donner leur nom à

CANTON P»OFFRAXVILLE. 121

(oulc cette contrée. A a mois de janvier 1324, Estout de Gruchet fonda , sous l'invocation de saiîû Julien, une chapelle dans son manoir setgnmrial de FïévUle. C'est cette chapelle, dont les desservants furent presque toujours des moines de Fécamp, qui devint plus tard l'église paroissiale de Flainville. Suivant un aveu du 19 décembre 1 558 , c'était aux héritiers du fondateur qu'appartenait le patronage de cette église. En 1646, les fiefs de Flainville, du Mesle, etc. , avaient été réunis à la seigneurie de Saint-Denis du Val. Tons les ans, le 10 octobre, il se tient à Flainville une foire , dont le principal commerce consiste en bestiaux. — Le Bourg -Dun possède un relais de poste et un bureau de poste aux lettres. On voit, sur cette commune» un des plus beaux troupeaux de moutons à longue laine , de race anglaise , connue sous le nom Leycester. Ce troupeau appartient à M. Bille. — La population actuelle du Bourg-Dun, en j comprenant Flainville» est de 1,100 habitants.

OuviLLE-LA-RiviÉRE , à 1 licue 1/2 (nord-ouest) d'OiTran ville, et 2 lieues 3/4 ( sud-ouest} de Dieppe, sur la grande route de cette ville à Fécamp , se trouve , à peu de distance de la mer, dans la charmante vallée que baignent les eaux réunies de la Saâne et de la Vienne. Cette commune était appelée

It2 CANTON D*OFFRANVlLLË.

antrefoU Sainl^GdUes d'Otmlle sur la mer. Le nom d'Ouville est formé du gaulois Oo » dont on retrouve l'analogue dans O, Eu, Ou^ etc«, lequel dé^ signe une prairie , et du mot romain Villa, métairie , maison de campagne. Suivant une déclaration du â5 avril 1419* c'était aux moines de Longueville qu'appartenaient l'église, les dîmes et le fief sei-^ gneurial de cette paroisse. L'égfise d'Ouville , dont l'origine remonte au XI^ siècle # a été remaniée à différentes époques. Elle n'oflre d'intéressant, sous le rapport de l'art, que sa vieille tour romane* rongée par les siècles. Sa position , au penchant de la colline* sur une pente esôarpée, est assez pittoresque. Les archives de l'archevêché de Rouen nous apprennent qu'en 1344 * un nommé Raoul Lemmne et Jehanne de Guerres ( aujot/^d^hui Gueures) sa femme, avaient fondé dans cette église , à l'autel dédié à saint Louis , une messe qui devait être célébrée chaque jour, à perpétuité , en l'honneur de la sainte Vierge : c'était, si nous en croyons le bénédictin Duplessis * en expiation de la faute quik avaient conwiise de se marier ensemble, quoique Raoul eût tenu Jeanne sur les fonts de bap^ Urne ^ . Ouville-la-Rivière * de même que toutes

t Cette singulière fondation , qui avait été approuvée par l'ar-> tchevéque de Rouen le 11 juin 1344 , fut depuis transférée dans 4VglÎ9e paroissiale de Saint-Nicolas d'Aliermout*

CANTON D'OFtAAN VILLE. iU

les communes des environs de Dieppe, eut beaucoup à souffrir des guerres du Protestaiitisme et de la Ligue. En 1589, le ligueur Dupré, capitaine d'une compagnie de cayaterie, s^étail cantonné à Ouvillë^ la-Rivière. Le commandeur de Chfttes sortit dé Dieppe avec deux cents chevaux pour le déloger; il eut soin en même temps de se faire suivre par ijnatre compagnies, dans la double intention de s'en faire d'abord une réserve , puis de s'en servii* pour aller attaquer la petite ville de Saint- Valery-en-Caux , située de ce même côté. Malheq-» reosemeiit, les ligueurs n^atteiidirent pas l'arrivée des royalistes. L'intrépide de Chfttes, voyant qu'il ne pouvait surpr^idre Dupré, résolut de surprendre SBd moins les habitaiits de Saint-Valery; et» quittant Ûuville-la^Rivière» il marcha droit sur cette place, qu'il emporta d'assaut. — Sur Duville , il y a quelques années , en jetant , dans la prairie , à peu de distance de là grande foute , les fondements d'uii édifice, on trouva quelques médailles romaines extrêmement oxidées , et de nombreux fragments de tuiles à rebords. — On remarque surOuville l'ancien fief noble de Touslesmesnils , et surtout le beau parc et l'élégant castel de M. Delamarre» si souvent visités , dui'ant l'été , par les nombreux promeneurs de la ville de Dieppe. — On a réuni à Ouville-la-Rivière l'antique paroisse de Saint -Denis

n\ CVNTOIf D^OFFRANVILLE.

d'Actoo, doBt le nom, suivant Duplessn, vient de Hague » qai signifie une haie ou un petit bois. Le droit de nommer les cnrés de ce lieu a succeisivement appartenu aux rois de France, en 1259; aux ducs de Longueville , en 1663; au prieuré de Saint-L6 de Rouen, en 1692, lequel possédait aussi alors, en cette paroisse r un fief seigneurial ; et enfin, en 1738, au dotnajne de la Couronne, — La populatron actuelle d'Ouville est de 597 habitants.

LoNGCBiL , sur la rive droite et à peu de dislance de la vallée de la Saâne, se trouve à 2 lieues 3/4 ( sud-ouest) de Dieppe, et 2 lieues ( nord-ouest) d'Oflranvitle. Son nom est traduit en latin par Longue Oculus dans le registre des visites d*Endes Rigault, arche vaque de Rouent cependant,. les plus anciens titres disent Longuolium. En 1051 , Guillaume-le-Bâtard, duc de Normandie, confirma à Tabbaye de Saint-Wandrille la possession de toutes les dimes et d'une certaine partie de la terre de Longueil , avec deux hôtes, etc., lesquels avaient été donnés à cette abbaye par les sires d*Yvetot : m LonguoKo, dit le prince dans sa charte , mansvm uiium et duos hospites , cmn quadam parlicula terre , et omnes. décimas ipsius mile. Quelques années après, l'abbaye dç Saint-Wandrille n'avait plus rien à

CANTON D'OFFRANYILLE. 425

Longueil , soit qu'elle eût vendu ce qu'elle y possédait « soit que les ducs de Normandie lui aient eux-mêmes donné quelque autre domaine en échange. Ce qu'il y a de certain , c'est que , au commencement du XIP siècle, il y avait à Longueil deux portions de cure. Le patronage de la première portion appartenait , en 1 141 , à l'abbaye du Bec près Brionne , comme le prouvent des lettres con6rmatives de Hugues d'Amiens , archevêque de Rouen. Celui de la deuxième portion resta attaché à la châtellenie de Longueil qui, en 1174, faisait partie du domaine ducal. Après la conquête de la Normandie par Philippe-Auguste, cette châtellenie, avec le droit de nommer le» deuxièmes curés de la paroisse de Longueil , fut réunie au domaine royal; mais ce n'est que sous le règne de saint Louis que le patronage de la première portion fut cédé à la Couronne , à titre d*échange , par les moines de l'abbaye du Bec. Peu de temps après, une partie de la terre de Longueil ayant été aliénée par les rois de France, il y eut à Longueil deux fiefs nobles, savoir ; 1^, \sl chàleUenie proprement dite; et 2^, la seigneurie. Cette dernière qui, en 1702* n'était plus qu'au huitième de fief (ayant été plusieurs fois subdivisée ) , donnait originairen^nt à ses possesseurs le droit de nommer les curés de la paroisse de Gonnetot , droit qui fut vivement dis-

IM CANTON lyOFFâANVILLE.

puté en 1315 • par Farcfaerèque de Rouen, aux héritiers de Marguerite de Longueil ^. Neuf ans après , la uignême de Longueil appartenait à Guillaume Martel de Bacqueville, auquel elle avait probablement été apportée en dot par Léonore d'Estouteville, 8a femme, fille de Jean P*" d'En-* totttevilléf sire de Yalmont, baron àe Cleuville, etc. Au mois d'août 1353 , Jehan Martel de Longueil , sire de LanqueCot $ plaidait encore contre Tarchevâque de Rouen , au sujet de la cure de Gonnetot. Enfin , le fief seigneurial de Longueil donna son nom à une noble famille normande , qui a dû s*é(eindre vers le commencement do XYP siècle. Quant à làchàUïknie de Longueil, elle don-* nait, en 1270, à ses possesseurs, le.droitde nommer : l^t les deux curés de cette paroisse; 2^, ceux de la paroisse de Quib^rville-sur-Mer; et 3^, enfin, les titulaires du prieuré de Saint^Nieolas de BlainvtUet situé aussi sur Longueil, au hameau de Griserué* Cette châtellenie étant demeurée , depuis les conquêtes de Philippe-Auguste, réunie au domaine royal comme dépendance du comté de Longnevillef fut donnée» avec ce comté, par Philippe-le-Bel, à Enguerrand de Marigny. Après la mort de cet

t En 1483 , ce fut Je roi qui présenta à Ja cure de Gonnetot ; mais Tarchevéque de Rouen prouva, dit-on , que c'était à lui seul (^l'appartenait c« droit.

CANTON D»OFFKA.NVILLE. itJ

infortuné ministre, en 1315, le comté de Longueville , ainsi que nous l'avons déjà vu ailleurs , passa aux rois de Navarre, comtes d'Évreux, puis» après la mort de Philippe de Navarre , revint au domaine de la Couronne. Charles V le donna ensuite au connétable Bertrand du Guesclin , qui , n'ayant pas laissé d'enfants , légua , par sa mort , toute sa fortune à Olivier du Guesclin , son frère. C'est ce dernier qui nomma , en 1389 , le desservant de la chapelle du prieuré de Griserue*. C'est également lui qui céda aux moines du prieuré de Longueville le patronage et les dîmes de la deuxième cure de Longueil , droits que ces religieux conservèrent toujours jusqu'à l'époque de la révolution. Deux ans après, en 1391, ce même Olivier du Guesclin vendit au roi Charles VI la chàtellenie de Longueil et le comté de Longueville, que Charles VU , en 1443 , donna , à son tour , avecle comté de Mortain,au brave Jean d'Orléans,

4 Les registres de rarcheréché de Rouen , de Tan 1654, domieiit au prieuré de Longueil la qualification de prieuré séculier, ce qui prouve que , dès-lors , il n'y avait plus de religieux dans cet établissement. Le patronage de ce prieure , après avoir été exerce, durant plusieurs siècles, par les comtes de Longueville, fut vivement disputé. à ces derniers par les archevêques de llouen , qui prétendirent que les candidats devaient être nommés tant par eux que par les seigneurs. Il parait pourtant que les prélats ne purent triompher, car,,jen 1738, c'était encore aux possesseurs de la chàtellenie de Longueil qu'appartenait exclusivement ce patronage.

MiiÊm.

G,Q.Qp le

itfl CANTOM D*OFFRANVILLE.

comte de Dunois* fils bâtard de Louis de France, duc d*0rléaii8. LoQgueil démettra ainsi réuni au comté, puis au duché de LonguevlUe, jusqu'en 1694, date de l'extinction de ce duché. Alors la chitellenie de Longueil , avec le fiefLenfan et tous les droits qui s'y trouvaient attachés , retourna au domaine de la Couronne , et y demeura jusqu'au commencement du XYIIP siècle ^ , époque où le roi > en échange de la terre de Belle-Isie , la céda, avec les terres, fiefs, seigneuries et châtellenies de Gisors, Beaucaire, Yernon, Andely, etc., etc., à Charles-Louis-Auguste Fouquet, comte de Belle- Isle, lieutenant - général , mestre de camp des dragons de France, etc^, etc. — On voit encore aujourd*hui, à l'angle d'un coteau, et à deux cents pas environ (est) de Téglise paroissiale , les restes de l'antique château fort de Longueil. C'est une haute et énorme ruine, de forme carrée , re^e fort délabré d'un donjon , qui devait remonter au moins aux premières années du XP siècle , à en juger par l'épaisseur (de 8 à 10 pieds ) àe ses murs en caillou; par la forme cylindrique du tuyau de Tunique cheminée qui s'y trouve; par la disposition,

i Dans un aveu du 29 juillet 1702 , relatif au fief Lenfan , lequel relevait du roi d cause du duché de LonguêvilU , U est dit que c'est à la Couronne qu'appartient le droit de nommer les premi<T» curt^ de la paroisse de Longueil , et aux moines de Longueville celui de nommer les deuxièmes.

CANTON D'OFFRANVILLE. 4W

enfin , en épi, feuilles de fougère ou arèle de hareng , des tuiles qai composent la paroi, ou , pour parler avec plus de justesse» le fofid de foyer de cette inême cheminée. Le sol où s'élève ce vieux débris est un énorme mamelon , isolé du reste de là colline par une large coupure faite de main d*homme. C*est une enceinte carrée , entourée de tous côtés par un haut et épais rempart de terre , lequel est défendu lui-même par un vaste fossé. — L'église paroissiale de Longueil est également fort remarquable. C^si une belle construction en grès et pierre de taille , o0rant tous les types d'architecture depuis la fin du XIP siècle jusqu'au XVP inclusivement. La tour est romane : tout le côté méridional est ceint d'une corniche rapportée , offrant pour modillons ou corbeau'x des têtes fantastiques, des figures grimaçantes. La chapelle du nord , fort curieuse , est , ainsi que tout le chœur, décorée de magnifiques vitraux peints, parmi lesquels nous avons remarqué une délicieuse image de Saint- Martin. Cette église présente une grande quantité d^armoiries. — La population actuelle de Longueil est de 897 habitants. — C'est dans cette commune de Longueil que naquit, en 1685 , le poète Richer. Ses parents le destinaient au barreau, mais un attrait {dus puissant l'attirait vers la littérature et la poésie. Doué d'une mémoire qui lui rappelait à

GoOQlf

i30 CANTON D'OFF» AN VILLE.

.rinttant les noms » les dates et les faits , il se reDdit à Paris, après avair fait ses études au collège de Dieppe. Là » il se livra tout entier à la culture des ieUres , et publia : i^^ une traduction en vers français des Églogutê de VirfiU, un volume in-12, 1717, réimprimé en 1736 avec une vie de ce poète; 2", une traduction des huit premières HircMes d*Ocide , suivies de quelques autres poésies, in-lS, 1 743 ; 3<^, Sabintu et Epanine , pièce conduite avec art et remplie d'intérêt , représentée pour la première fois le 29 décembre 1743; 4'', Cortolan, tragédie, non représentée, imprimée en 1748; S"" , un Recueil de Fables , in-12 , 1748 , etc. Ses fables sont charmantes : Télégance du style, la variété des images , le naturel des idées , voilà ce que Ton rencontre à chaque page dans ce recueil , qui n'eût pas manqué de faire oublier Lafontaine, si Lafontaine pouvait être oublié. Richer a donné aussi, dans ses œuvres, une description en vers de la vallée de Longueil (de la Saàne) ; cette pièce est remarquable par la vérité de la peinture, la fraîcheur et la grâce des détails. Richermourut à Paris le 12 mars 1748.

Sainte*Mabguerite , sur la rive droite de la Saâne , à peu de distance de la Manche , se trouve à 2 lieues 1/2 (ouest) de Dieppe, et 2 lieues 1/4 (nordouest ) d'Offran ville. L* ancien nom de cette com-

ÇAivTON jD'OFFR AN Ville. m

jûemneeA Caprimmt (le Mont des Chèvres), et cette d^Qomiiiatioii • d'origine toute romaine ^ , prouve • ainsi que les objets antiques qui ont été recueillis sur son sol , dans la vallée de la Saâne et au bord de la mer ( du côté de Quiberville et de Saint* Aulnn), qu'une partie du territoire actuel de Sainte** Marguerite a été occupée , dans les siècles anciens , par une station qui, fondée par les fils de Romulus, devait avoir^ ainsi que eeUe de Bonne-Nouvelleprès Dieppe^ plus de 3/4 de Heue de kmg. En 1820, les marées de l'équtnoxe d'automne découvrirent , à rembou<Àure de laSaAne^ au pied de la cdte de Sainte-Marguerite f plusieurs cercueils dé gypse, renfermant des squelettes humains bien conservés , des fragments de vases en terre sculj^s, des débris d'armes et d'armures, des anneaux * des bracelets , des agrafes, des fibules, etc., etc. Deux ans après, à une certaine distance de cet endroit , et à trois cents toises environ de la falaise , un charretier , labourant sur le monticule ou mamelon qui do* mine la vallée, sentit glisser sa charrue sur un pavé qui se trouviait à un demi-pied à p»i près au^

* Les paysans disent encore aujourd'hui Sainte- Marguerite de Caprimont. Cest aussi ce nom qui est le plus souvent employé dans les chartes du moyen-âge ; quelques titres seulement portent Qm*rremont; le pouilU d'Eudes Rigault, archevêque de Rouen, dit Cav^ mont; les actes des siècles postérieurs disent quelquefois Sancta Martjnreta ad Mare; ce sont lés plus modcrnrS.

m CANTON D'OFFRANVILLE.

dessous do sol; on déblaya la terre, et on rencoBtra une mosaïque , d*un assez bel effet et d*une conservation parfaite. Cette mosaïque est d'une très-vaste étendue. « On Ta sondée à diverses places, distantes de plus de quarante pieds, dit M. Ludovic Vitet , et on Ta toujours retrouvée .. A voir la dimension des cubes , la nature du travail et le style des rosaces et des ornements, on ne peut guère su[qposer que ce pavé ait été exécuté antérieurement au troisième siècle. Même dans leurs colonies les plus éloignées et les plus obscures , les Romains , avant cette époque , eussent donné à un tel ouvrage plus de précision , plus de richesse et plus de goût. » Cette mosaïque c^t trop vaste pour ne pas avoir appartenu à un édifice public , et elle provient indubitablement d'un temple romain.

Quelques antiquaires , à l'exemple de M. Ludovic Vitet, pensentaussi que ce temple ne doit pas remonter au-delà du troisième siècle de notre ère, c'està-dire de rintrodnction du christianisme dans cette contrée, qui , par sa position géographique , a dû recevoir la religion nouvelle beaucoup plus tôt que la portion centrale de la Gaule ; nous ne par* tageons nullement cette opinion , et nous nous empressons même de protester contre elle. Pour construire les temples qu'ils élevaient à leurs dieux, les payens avaient presque toujours soin de choisir

CANTON D'OFFKANVILLÏÏ. éZZ

le sommet des montagnes , les angles des coteaux • le penchant des collines ; or , la situation de cette mosaïque sur une hauteur, au hord de la mer, en face d'un immense horizon , la manière dont le pavé était orienté , les obj^ que l'on a recueillis dans les décombres , et notamment les médailles de Marc-Aurèle et de Lucile, femme de L. Àetius, tout prouve , d'une manière incontestable , que ce tea^>le était payen, et qu'il avait été construit longtemps avant que la sublime religion du Christ fût venue éclairer cette partie de la Secotide Lyonnaise *. — L'église paroissiale de Sainte-Marguerite, dont le patronage et les dîmes, suivant un acte & 1256 , appartenaient aux moines de Tabbaye de SaiRt-Vietor-en-Caux 2, est un des phis curieux monumeitoqui nous soient parvenus du XI® siècle.

i Les couleurs qui dominent dans ki mosaïque de Sainte-Marguerite sont le blanc, le bleu fonce et le rouge pâle. Malheureusement, ce curieux, monument des siècles antiques appartient à un sieur De la Tour, homme riche et noble, propri<îtaire du château de Sainte- Marguerite, qui, après avoir opiniâtrement refusé que Ton déblayât en entier la mosaïque sttuëe au beau milieu d'un champ en labour, et exposée à toutes les injures de la pioche et de la charrue, permet que , chaque année , les charretiers de son fermier en détruisent quelque notaMe portion.

3 Un aveu, du mois de janvier d695, nous apprend que l'abbaye de Saint-Victor possédait aussi, à Quevremont , un fief seigneurial. En 1738 , c'était le seigneur de Sainte-Marguerite lui-même qui nommait les curés de cette paroisse , dont les dimes , du reste , appartinrent toujours aux abbés de Saint- Victor jusqu'à l'époque de a révolution.

BdbyGo OSk.^

154 CANTON D^OFFRANVILLK.

Sa construction date incontestablement de l^épo<(ué ùii les Normands firent la coâ<Jiiéleâe ^Angleterre. Elle a été en partie restaurée , il y a enyiron dix ans i mais , chose extraordinaire par le temps qui Court, les réparateurs ont eu le bon esprit de conserver k l'ancienne architecture tout son caractère primitif, et ils ont religieusement accompli leur mission ; grices leur en soient rendues l... IMheureusement , le portail est nu et insignifiant; mais* quand on entre dans le temple, on trouve, à gauche , quatre belles arcades à fAein-cintre i dont les antiques piliers carrés présentent, sur chaque ùicet un pilastre orné d'une colonne engagée; le profil des arcades laisse voir deux gros tores ou boudins que surmonte , comme une couronne crénelée , un magnifique feston grec. Lesdiapiteaux de ces piliers offrent quelques beaux enlacements de galons et de plantes grasses, dans le style bysantin. Ces quatre grands cintres supportent une galerie aveugle » composée de petites arcades bysan-» tines qui , emblèmes de la Trinké , sont toujours accouplées trois par trois; celle du milieu est un peu plus élevée que les deux autres, elle figure le Père* Éternel. Tout ce cèté nord, comme celui de Touest, appartient donc aux plus belles années du W siècle < Malheureusement , le côté méridional est loin d*être ort rapport avec celle magnifique construction , dont

CANTON D'OFFBANVILLE. lU

la pureté et rélégance rappellent si bien la jolie église abbatiale de Saint-Georges de Boscherrille près Duclair. La portion ma est percée de cinq arcades du XVP siècle, quù dit avec raison M. Ludovic Vitet , font oisez pawore figure viê-^nns de leurs (ànies. Cependant , on remarque» de ce côfé« un fragment de statue du douzième siècle; c'est une sainte Marguerite , patronne de Téglise • foulant aux pieds le dragon tentateur; ce morceau est« pour ainsi dire , noyé dans le mur où on a eu la barbarie de le faire entrer , comme simple pierre de taille » lorsqu'on a rebâti cette partie de l'édifice, dans le XVP siècle. Quant au chœur et à la petite abside qui le termine , il est certain , d'après les profils, la régularité et la simplicité des chapiteaux, qu'ils sont de la fin du XIP siècle ou du commencement du XIIP. Mais , ce qu'il y a surtout d*in* téressant , ou , pour mieux dire , d'infiniment précieux, dans la précieuse église de Sainte-Marguerite, c'est la table du grand autel , dont l'existence est , sinon antérieure à la fondation du temple , du moins contemporaine des premières constructions. «Cet autel, dit M. Ludovic Vitet, a six pieds de longueur sur trois de largeur, et quatre de hauteur. La table est épaisse d'un pied au moins, taillée «n corniche grossière, et soutenue par cinq colonnette*» dont les fûts n ont pas deux fois la hauteur

i$\ CANTON O^OFFRÀN VILLE.

des chapHeaux... » Ces confies et épaisses coloir^ nettes serrées les unes contre les autres, ces lourds chapiteaux » cette table massive qoi , depuis tant de sièdes, sert aux saints mystères, tout fait de ce monument , aujourd'hui si rare » un objet qui suffirait seul pour donner de la célébrité à cette antique église K — La population de Sainte-Marguerite est de 525 habitants. — Entre cette commune et celle de Varengeville , on trouve , sur le sommet de la falaise , le beau phare de T Ailly , construit par là chambre de commerce de Rouen, en 1775. Ce phare n'est pas à feu fixe , mais à éclipse»; sa portée est de dix lieues en mer. Malheureusement, les ingénieurs qui ont présidé à celte construction ont eu la mala-^ dresse de placer la tour à quatre-vingt toises seufe* ment du bord de la falaise. Or, depuis soixante ans, trente ou quarante toises du cap de rAilly ont déjà été mangées par la mer. Les flots et les courants minent sans cesse le sol , qui sans cesse s'écroule , et cette magnifique tour ^ dont la solidité efût pu braver

l On remarque aussi , daos un coin de Té^ise de Sainte-Margue* rite ^ de forts jolis fonts baptismaux du XVI« siècle , ayant une forme octogone. Chaque panneau représente une scène de la passion du Christ^ encadrée dans une petite arcade surbaissée. Le couvercle qui surmonte la cuveUe a la forme d*un pain de sucre ; il est égaflement divise en huit panneaux , dont les sculptures sont originales et franchement exécutées. Ce bâptistaire a beaucoup de res^^em- )>lance avec celui qui se trouve dans l'admirable église de Caudcbcc {j4rrondUsç7ncni d'Vvetot).

CANTON D'OFFBANVIIXf . 437

dix siècles de tempêtes , ne peut maintenant durer que soixante à soixante-dix ans tout a,n plus.

Varengevillë , sur le bord de la mer, à 2 lieues (ouest) de Dieppe» et 2 lieues (nord-nord-ouest) d'Offranvîlle* Originairement « Varengevillë faisait partie de la châtellenie de Valmonl. Robert d'Estouteyille , sire de Yalmont et de Varengevillë # ayant époué, en 1320, Marguerite de Hautot , la seigneurie de Varengevillë , dans le partage de leurs héritiers, fut réunie à la châtellenie de Hautotsur-Dieppe. A l'époque de Toccupation anglaise , les possesseurs de cette châtellenie étant demeurés fidèles au drapeau de la France , Jean II de Pewrel» pour les services imporlans quils avoit rendus au roi d* Angleterre , reçut de ce prince , ainsi que nous l'avons déjà vu ailleurs , le 27 juin 1448 , à titre de don et de récompense, les fiefs, terres et seigneuries du Porquet , de Hautot , de Varengevillë » d'Offranville, etc. Jean III et Guillaume de Pewrel , ses fils , se partagèrent , après sa mort , ces diiïérentes terres , qui , à la suite des victoires de Charles VII , retournèrent toutes à leurs anciens possesseurs. Toutefois , la terre de Varengevillë fut en partie aliénée par la maison d*£stouteville , qui ne se réserva , pour ainsi dire, que le fief seigneurial. Ce fief, comme ceux de Berneval, des Loges,

m CANTON iWFFkAJfVlLU

du Bec de Mortagae • du Bec-aux-Cauchois , de Valmont, de Fauville-en-CauXt de Hautot-sur- Dieppe^, etc.» fit partie du duché d'Estouteville ,

1 Hautot se trouve à environ 1 lieue d/4 (sud-oufst) de Dieppe ^

et i lieue (nord) d*Oifranville , à peu de distance de la rive gauche

de la Scie , et sur la grande route de Dieppe i Fëcamp. Cette pa^

roisse , appelée dans les anciens titres SainUMêw^f de Hautot-tHr-

Mer y fut autrefois fort considérable. Elle renfermait, outre son église

paroissiale , trois chapelles , savoir : i», Notre^Ùame, détruite de*

puis plusieurs siècles ; 2o, SaùU'Gêorgts , située dans l'enceinte de

la forteresse des sires de Hautot ; èt.3«, la chapelle de Pouhiervilley

qui depuis fut érigée en paroisse sous le nom de Saini-Jiemi de

Pourville. Cette dernière existait en 1256. — Les sires de Hautot

étaient de race normande ; ils s'étaient rendus célèbres par leurs

exploits. On les trouve, en 1066, i la con<juéte de l'Angleterre^ et,

en i096, à l'expédition de Jérusalem. Jean de Hautot , Colart de

Httutot, et deux autres membres de cette famille, s'enrôlèrent pour

cette dernière expédition. La branche masculine s'étant éteinte «

ce fut à Marguerite de Hautot, fille unique de Nicolas de Hautot,

que tous les biens de cette noble et antique maison échurrat en

héritage. Marguerite de Hautot^ ajrant épousé^ en 1320 , Robert

d'Estouteville , châtelain de Valmont et de Hambie , lui porta en

dot toutes les terres et seigneuries qu'elle avait reçues de ses pères.

La famille d'Estouteville était riche et puissante , et le castel sei«

gneurial de Hautot , appuyé de bonnes et solides murailles , était

défendu par de larges et profonds fossés remplis d'eau. Aussi , ces

nouveaux châtelains devinrent-ils bientôt la terreur du voisinage.

Dieppe lui-même eut plus d^une fois à trembler .devant leur audace

et leur valeur. Vers le milieu du XIV« siècle , les habitants de cette

ville avaient résolu d'agrandir leur cité. Ils prirent â fief, de Robert

d'Estouteville , châtelain de Hautot , plusieurs terrains situés au

pied du Ment de Canx, « Ils fermèrent la ville de ce côté là, dit le

bénédictin Duplessis ; ils y percèrent une grande rue et y élevèrent

un mur de défense, qu'ils prolongèrent jusqu'à la halle au bled. Ces

fieffés donnèrent lieu à une petite guerre assez animée, mais qui ne

fut pas de longue durée : le sieur de Hotot, qui n'etoit point paie ,

lâcha contre les habitans quelques soldats qu'il tenoit à ses ordres

dans son château de Hotot , au milieu d'un bois* , à une demie

CANTON DH>FJ?TIANV1LLE, éZ9

lorsque ce daché fut érigé , en 1534. L^autre partie de la terre de VarengeTille était passée • dès la Ga du XV^ siècle » à la famille de Longueil , dont les héritiers la vendirent au célèbre Jean Ango » le Médicis nonnand: Né à Diéppet vers 1480, ce liégociant était Gb unique de ce même Ango qui » en i50S , avait envoyé deux vaisseaux à Terre- Keuve pour y tenter rétablissement d'tine colonie ; c'était un homme d'assez pauvre extraction ; mais ses opérations commerciales le firent bientôt riche. Élevé à l^école d'un père habile, Jeaû Ango s'élança rapidement sur ses traces^ et, d'armateur ordinaire, ne tarda pas à devenir le plus riche négociant de

lieue de la ville (mésvrê ancienne) , et qui ne subsiste plus : les Bieppois , harcelez sans relâche par un homme qui ne leur faisoit point de quartier, lut donnèrent enfin une certaine somttie de florins, et tout fut pacifié en 1360. Depuis ce temps-là , leur ville s*est a^andie considérablement , etc. » — La châtellenie de Hautot passa, en 1563, avec le duché d'Estouteville ^ dans la maison de LoDgueville-Orléans. En 4 576, le duc de Longueville permit aux religieux Minimes de la viDe de Dieppe de démolir le vieux château de Hautot pour en employer les matériaux â se construire un cou« tent. Cinquante ans après , en 1626 , les Capucins de la même ville sollicitèrent â leur tour du duc de Longueville, et obtinrent la même permission ) et , quoique les frères Minimes eussent mis l'antique forteresse dans un état complet de destruction , les Capucins , ce-^ pendant , trouvèrent encore assez de matériaux pour suffire à leurs besoins ; c*cst avec ces matériaux qu'ils construisirent d'abord leur maison conventuelle^ puis leur église , en 1630. Aujourd'liui , ces ruines' n'ofiVent plus, au milieu de landes incultes et stériles, qu'une masse informe de cailloux et de ciment, entourées de buissons et d^ bruyères : ce lieu effraie par son aspect sauvage. — La population ait lelle de la commune de Hautot est de 60) habitants.

140 CANTON D'OFFBAW VILLE.

f ranee : ses yaisseaax couvrirent les mers, surfouC celles de l'Inde el du Nouveau-Monde;, sa fortune devint énorme, son crédit immense. Malheureusement» son orgueil s'accrut avee ses richesses. Un navire portugais ayant insulté un de ses bâtiments , Ango enrôla huit cents hommes bien déterminés k se battre » les réunit à ses équipages ordinaires, puis les envoya tous, avec une escadre de dix grands vaisseaux , escortés de sept petits bâtiments, ravager les rives du Tage et bloquer Lisbonne. Le roi de Portugal , eflrayé de semblables hostilités en temps de paix , dépêcha deux ambassadeurs à François P' pour lui demander des explications. Le monarque français était alors au château de Chambord. Quand il eut écouté les plaintes des députés portugais , il les renvoya à Dieppe trouver Ango, et s'expliquer avec lui. Ango , qui était en ce moment à Yarengeville» fit dire aux deux ambassadeurs qu'ils pouvaient venir lui parler dans son manoir, et il les y reçut avec toute la magnificence qu'il avait coutume de déployer dans ces sortes d'occasions , en leur déclarant qu*il se trouvait satisfait , et que les hostilités ne seraient pas poussées plus loin. C'est aussi dans ce manoir de Varengeville qu'il avait reçu , en 1552, François P^ et toute sa cour. Le prince fut tellement enchanté de cette réception, qu^il créa Ango vicomte et capitaine commandant 4e la

CANTON DX)FFRANVILLE. i4t

^ ville e! dit château deDieppe, en remplacement dusieur

I de M^uroy, qui venait de mourir. Peu de temps

après , François I®' le chargea de T équipement des navires que Dieppe vit sortir de son port pour aller combattre les Anglais, Un poète du Puy de la Conception chanta Farmateur Ângo :

Ce fust luy seul , luj seul qui fist armer . La grande flotte expresse mise en mer I Pour faire voir à Porgueil d'Angleterre

I Que François esloit roy et sur mer et sur terre.

Une grande partie de ces vaisseaux fut équipée h ses frais, et il prêta d'énormes sommes à TÉlat. Malheureusement , Ango 9 par son orgueil , s'était fait beaucoup d'ennemis. François P^ vint à mourir. Jaloux de sa fortune et dé sa puissance , ces nombreux rivaux l'attaquèrent à -la-* fois. Tout fut employé pour le renverser du piédestal où l'avait élevé son génie. Une fois à bas, on le terrassa, on Técrasa, on l'anéantit, lui qui avait fait la guerre au roi de Portugal , traité de puissance à puissance avec des ambassadeurs , et reçu dans ses foyers François l^^ et tous les grands du royaume !... On voit encore, à Varengéville, les restes de l'ancienne maison de plaisance de ce célèbre négociant. C'est un véritable palais , construit avec tout ce que l'art de la renaissance a pu produire de plus pur , de

i^^ CANTON D'OFFRANVILLE.

plus gracieux f de plus parfait. C*est aojoard'hoi une ferme appartenant à M. Quévremont , banquier à Rouen, et occupée par le sieur Godeby » culti* vateur. Les royales avenues de hêtres, les maj^^ tueux massifs de maronniers , les larges et profonds fossés remplis d'eau, les élégants ponts-leyis, lessTeltes tourelles d'entrées , tout cela a disparu , et rien , à Textérieur , ne laisse supposer la magnificence du dedans ; mais , quand une fois on a franchi la grande porte voûtée , comme l'œil contemple avec délices ces jolies croisées encadrées de festons et d'arabesques; puis, cette galerie k jour si gracieusement portée par ces colonnes élégantes ; puis cette tourelle à six étages , avec les charmantes petites fenêtres qm Téclàirent ^ ; puis aussi ces médaillons si purement eiselés , représentant Ango et sa femme, François P' et Diane de Poitiers; puis, enfin, tous ces délicieux débris de sculpture , ces beaux restes de feuillages , de frontons , d'ornements divers!... Aujourd'hui, des destructions rurales , des étables, des écuries, des monceaux de funûer ont remplacé les tapis de fleurs, les verts gazons, les jets d'eau des jardins; mais on voit encore l'encadrement en pierre et la dtetribiition

* Du haut de cette tourelle, qui s^élève daBS un des ^n^^cs du .manoir, on jouit , sur toute la plaine voisine et sur Toccaii , de points de vue magnifique*.

CANTON D'OFFKANVILLE, t43

des plates-bandes; et un admirable colombier, chefd'œuvre, peut-être unique en son genre, dé la fin du XVP siècle , viendrait largement indemniser Tantiquaire et consoler Tami des arts, si l'ami des arts et l'antiquaire pouvaient être indemnisés et consolés à la vue de tant de grandeur déchue, de tant de trésors profanés. L'intérieur des appartements a été complètement bouleversé par les mains des Vandales; il n'est pas de si minces figures, de si imperceptibles fleurons qui n'aient été brisés ou mutilés. Cependant , on remarque encore , au château de Yarengeville , de f<Nrt jolies cheminées et un bel escalier. Dans un petit ornement, de forme triangulaire , on lit la date de 1544; il y avait alors précisément dix-huit ans que le cél^re armateur avait commencé son manoir. Négociant, grand seigneur , Ango aimait les arts avec passion. Aussi ce fut à Yarengeville qu'il vint , au milieu des persécutions dont on l'accabla, chercher un refuge contre le malheur. C'est dans ce manoir qu'il passa les dernières années de sa vie , sur le bord de cet océan dont ses nombreux vaisseaux avaient tant de fois sillonné les plaines, à la vue de ces murs dieppois où il avait si long-temps répandu le travail et la vie, l'or et le luxe, et quelquefois le bonheur et la gloire. Cependant , comme il était demeuré gouverneur du château de Dieppe, ce fut dans ce

GoQfi le

444 CANTON D'OFFRANVILLB.

deraiercbftteaàqu'ilaUatermiaersesjoursen 1551 >. Après la mort d'Ango, la terre de Varengeville fut divisée en diiïérentes portions , qui passèrent successivement dans plusieurs nobles familles normandes^ La maison de Clercy en possédait la majeure partie à la fin du XVP siècle et au commencement du XVII*. — L'église paroissiale de Varengeville , dédiée k saint Valéry, est remarquable par sa position isolée f sor le bord de la mer , loin de toutes les habitations du village. Cette église, d'origine fort ancienne , comme il est facile de s'en apercevoir par plusieurs fenêtres et autres morceaux qui ont été assez mal rapportés dans les constructions modernes, date en majeure partie du XVP siècle : quelques faibles portions peuvent appartenir au XV^ ; la tour du clocher est du XIV*. On remarque, dans cette église, de jolis fonts baptismaux • portant la date de 1613» et deux charmants piliers» recouverts de fleurons et d'ornements divers. Sur la porte d'entrée qui fait face au midi , on lit l'inscription suivante en lettres gothiques : lam (sic) . mil. vcg. xlviii (1548).

I Ango fut enterré à Saint-Jacques de Dieppe , dans une magnifique chapelle qu*i] avait fait construire lui-même au temps de sa prospérité. Son tombeau était décoré de ses armes; il portait d'argent au lion passant de sable , avec une molette d'éperon. Son eiublème de prédilection était une sphère on globe terrestre , sur^ monté d'une croix , avec cette devise : Spes mea Devs ajvventvUr mea(Dicu a toujours été mon e^^poir depuis ma jeunesse).

CANTON D'OFFRANVILLE. i45

Ce Heu domine une vaste étendue en mer; on y jour! de délicieux points de vue sur les vallons voisins , les plaines et les bruyères. Malheureusement , les innonabrables sources d'eaux vives qui s'écoulent des falaises dans la mer minent conlmuellement ce terrain, et l'instant n'est probablement pas fort éloigné où l'égHse de Varengeville ne sera plus que des débris épars sur la grève. Déjà , depuis longtemps» les murs et une portion du cimetière s'écroulent d'année en année , et le derrière du choeur ne se trouve plus en ce moment qu'à cinq ou six pieds environ des bords du précipite^. — A ceait pas environ ( nord-ouest ) de cet église , on trouve» tout au bord de l'océan» un énorme rempart de terre se dirigeant de l'est à l'ouest. Cette

f Originairement , le droit de nommer les cures de Varengeville appartenait aux châtelains de Vateoont. Ce droit fut donne à l'abbaye dç Conchcs {département de l'Eure) par les anciens sires d'Estouteville , qui gratifièrent en même temps les moines d*un fief situé également à Varengeville , et composé de plusieurs pièces de terre, bois et prés. Suivant un aveu du 8 décembre 1600, ce fiei avait été aliéné ; mais le patronage de la cure appartenait toujours à l'abbaye de Couches, qui jouissait encore des grosses dîmes de Varengeville à l'époque de la révolution.

Outre réglise parobsiale, il y avait anciennement à Varengevillesur-Mer , deux cliapelles , savoir : io, Saint^Jérame , qui était à la nomination des archevêques de Rouen ; elle était encore en titre en §738, et se trouvait au centre même du village de Varengeville ; 2o, Notre-Dame , probablement située dans la cour de l'ancien château ; elle était encore en titre en 1740 : c'étaient les seigneurs de Varengeville qui en nommaient les titulaires.

440 CANTON D'OFFRANVILLE.

motte « i[uî« comme tous les coêêella aaiiques, est géDéralement désignée dans le pays sous le nom de CaieUer ou CasuUier , est le dernier vestige d'un camp gallo-romain qui a été dévoré par les éboulements annuels de la falaise. Ce camp» k peu de distance duquel existaient encore , il y a à peine soixante ans, de nombreuses traces d'anciennes fortifications, était destiné tout à*-Ia-fois à obser-ver l'océan au nord« le vallon de Varengeville et la baie de Dieppe à l'est » la campagne et les plaines au sud, et à l'ouest la vallée de la Saâne : son existence explique la présence de la mosaïque de sainte Marguerite , ainâ que celle de toos.les tombeaux, vases, médailles, etc., etc.» qui 4)nt été rencontrés à l'embouchure de la Saâne , sur Quiberville et sur Saint- Aubin ; cette station devait être fort importante ; c'est incontestablement la station anonyme dont ont parlé quelques géographes, et vers laquelle tendait une voie romaine partant de JuHobona. — Varengeville , par sa position élevée, ses beaux points de vue , les champs cultivés et les sites sauvages qui l'environnent, passe, avec raison, pour être le plus joli village de la Normandie ; malheureusement, ses magnifiques allées plantées (Karbres n'existent plus; tout a été détruit. Cependant , quelques nouvelles plantations ont eu lieu de- ])iiis pc»u d'aimées; maiselles ne feront jamais i>uh)icr

GAWTON D^OfrftAN VILLE. f47

les anciennes» véritablement dignes d'une résidence royale. — Il y a , dans les bruyères de Varenge ville, plusieurs sources d*eaux minérales, dont Texploitation serait fort aisément jointe à celle des bains de mer de Dieppe , si Tefficaçité de ces eaux était coQstatée par la chimie et la médecine. Les curieux viennent surtout visiter la fontaine de Martieu — La population actuelle de Yarengeville est de 1 , 1 32 habitants ^

RouxHKsmL^BouTEiLLES , à 1 lieuo 1/4 (sud) de Dieppe , et 1 lieue ( nord-est ) d'Offranville , est appelé dans les anciens titres Saint-Denis de Raoulmènil, Roumesnil, Roumesnil-sur-Dieppe, etc. «Ce mot, dit le bénédictin Duplessis, vient ou AeRollo , ou de Radulphus. » Suivant un aveu du 15 juill<?t 1495» le patronage de l'église de Rouxmesnil ap-

1 Au sud-est de Varcngcville , dans la vallife de la Scie et sur la grande route de Pieppie à Fc^ainp, on remarque les jolies ruines do l*ancienne église paruissialc d'AppevjUe-Ie-Petit , autrefois Sainl- Jiemi d* App'etille-suT'Diepf.e , Àppéville-Bas de Hùttot , etc. Cetir terre était originairement une dépendance de la châtelleniedeHatitôt. Le. patronage et les dîmes d'Appeville-le-Petit avaient été donnés en 4030, par Goscelin, vicomte d* Arques, à l'abbaye d«' ^aintÇi-Catherine de Rouen. Apres la destruction de cette abbu^c , tous ses biens passèrent aux chartreux de Gaillon {département df. l'Eure) , qui en demeurèrent possesseurs jusqu'à la tin du sireie •.dentier. Appeyille-le*Pelit était im des sièges particuliers <le la haute justice du duché d'Estoutevillc ; c'était-là que se trouvaient les fourches patibulaires de la chàtellenic do llwi(6t ; on y exrcirta

14S CXNTON D'OFFBAN VILLE.

parienait aux seigneurs du Bourg-Dun. — Quant à Tancienne paroisse de Bouteilles , aujourd'hui supprimée et réunie à Rouxmesnil, son nom est formé da nom teutonique Butle ( en latin BuHla), lieu bourbeux» rempli d'eau et de fange. En 1 197, Richard-Cœur-de-Lion ayant fait construire contre les Français la forteresse d'Ândely, si connue sous le nom de Château-Gaillard, Gaultier de Goutances, archevêque de Rouen, auquel appartenait le terrain sur lequel on venait de bâtir, en dépit de ses protestations , ce fort qui devait jouer dans l'histoire de notre province un rôle si glorieux, anathématisa le prince, mit la Normandie en interdit, fit fermer les églises, et porta jusqu^à Rome ses griefs et ses plaintes. Ge fut pour appaiser ce fougueux prélat que Richard-Gœur-de-Lîon , roi d'Angleterre et duc de Normandie, se vit obligé de lut abandonner, en dédommagement, le port et la seigneurie de Dieppe, la ville et la seigneurie de Louvîers, la terre et la forêt d'ÂUermont , la terre et la seigneurie de Bouteilles, les moulins de Rouen, et, enfin, le patronage de tous les l)énéfices qui pouvaient se troirver sur le territoire des Andelys. Les archevêques de Rouen reconnurent bientôt combien le trailé de Gaultier avait été avantageux pour leur siège primatial , et , depuis cette époque , dans toute la Normandie, on prit Thabihide de dire, en parlant

CANTON D^OFFKANVaLÈ. i4t>

d"* un homme qui faîl fort bien son marché et ses afiTaires : cesi un malin , eesl un fin Gautier. C'est aussi 9 en mémoire de cet échange» que Ton \it 8* élever » dans les différents carrefours de la ville de Rouen, des croix de pierre, dont une existe encore, et qui, toutes, furent chargées alors de cette inscrip* tion en vers héroïques, que le poète Guillaume le Breton a intercalés dans sa Philippide :

« Vicisti , Galtere ; lui sunt signa triumphi Uqfipa , I^coveris , Alacris Mons , Batila , niolfa : Ueppa maris portas , Alacris Mons locus amaenus , ViHa Locoveris , rus ButiJa , molta per iirbem : Hactenus haec régis Richartfi jura fuere ^ Hase Rex sanctyit, kmc Papa, tibique que tuere... »

Bientôt les archevêques de Rouen aliénèrent Bouteilles , et le cédèrent à l'abbaye de Saint- Wandrille. Renaud d*Harcourt voulut contester à cette abbaye le droit de nommer les curés de la paroisse de Bouteilles; mais, au mois de janvier 1226 , il «;rut devoir renoncer à ses prétentions. L'église de Bouteilles, dédiée à saint Saëns, et non à saint Jean comme le porte un registre de Tan 1596, n offre d'intéressant que quelques portions romapies de son abside et de 8<« clocher. L'abbaye de Beaubec avait aussi autrefois, à Bouteilles, plusieurs propriétés considérables. C'était à celte abbaye qu'appartenait la terre que l'on nommait alor.s le

isa CAI<ITON D'OFFRANVILLE.

prieuré de BetnesauU , et que l'on appela depuis ta Moinsrie. Vers le milieu du siècle dernier, on voyait encore dans cet endroit quelques restes des anciens bâlimenls; mais, depuis lon^-temps déjà, il n*y existait plus de moines. — En face de Bouteilles, dans la vallée de Dieppe, on trouve une énorme motte, absolument semblable à celle qui, dan^Ia plaine du Vexin , porte le nom de Vieux Château de Gamaches. — La population de Rouxmesnil-Bou^ teilles est de 172 habitants^

Bracquemoxt , sur le bord de la mer , à peu de distance de la grande route de Dieppe à Eu, se trouve à 1 lieue (est) de Dieppe , et 2 lieues (nordest) d'Offran ville. Cette commune est appelée, dans les anciens tîtreà, Notre-^Dctme de Btecliemont; ce nom, dont la signiBcation littérale est le passage de la montagne , a sans doute été donné à cet endroit à eause de la descente du Puy (autre vieux mot qut signifie hauteur) , laquelle est pratiquée à peu de

i Au nord-est de Bouteilles^ après avoir traversé le village d'Etrasi, on rencontre, en remontant dans la j^)lainc, h cofnmane de Grègeaf^ dont le nom, qui a tant d'analogie avec celui de Cregi ou Gregi^ village situe prtS Mcaux , semble , comme les noms de Crécy, Crô- Hlle^ CropifSi Crosdale^ Onoùptnarrêf elCi^elc , f>rovemr de quelqntf rVoi> ou potence romaine, e'iev^e autrefois dans ces parages par \o3 maflres du monde. C'était aux chanoines de la cathédrale de Kouen qii'-appartena'omt jadis l'église < les dimes et le fîi'f seif^iieurial do la paroisse de-Grcges. — La population de cette commune est aujourd'hui de 297 hal>iUui1s.

CANTON D^OFFRANYILLF. 154

distance dans le bord de la falaise. En 1096 » Senaud de Bracquemont suivit à Jérusalem le duc Bobert II (Courte-Heure). Dans leXIV* siècle, le patronage de l'église de Bracquemont appartenait aux chanoines de la cathédrale de Bouen , qui , à Tépoque de la révolution , jouissaient encore des grosses dîmes de cette paroisse. Aujourd'hui la population de Bracquemont est de 641 habitants. — C'est sur cette commune , à environ 3/4 de tieue (nord-est) de la ville de Dieppe, que se trouve, tout au bord de la mer , et sur le sommet d'une immense falaise , les retranchements antiques si connus sous le nom de Cùè de Limes. On leur a donné aussi la dénomination banale de Camp de César. « L'abbé Fontenu , qui avait fait , dit M. Girault de Saint-Fargean , dans son Dictionnoire Géographique des Communes de la Seine-Inférieure , une étude particulière de la castramétation^des anciens ^ pense qu'il existait en ce lieu, non pas un camp , mais bien une ville ou un bourg, qu'on trouve noté sur une ancienne carte de Normandie, sous le nom de Cité d'Olim ^. » Daviti (tome II, page 423), prétend aussi qu'il existait, dans ces parages, une ville antique noinmée Limeê, à laquelle a succédé la yille aetudle de Dieppe.

i Ou Olime^ suivant les Mémoires de rAcadémie des Inscrij lions et Belles- Lettres , tome X*.

Googk^

|5i CANTOIH D'OFFEAIfVUi-Ë.

I^'auteor des Mimairts cinronclogi^s mr cetie dernîëre yiUe prétend qae le camp de BracqueiBont fut élevé par Gharlemagne» oa peut-être par Philippe* Auguste. D^autres l'attribuent au fameux Talbot, mrnommé, dit Noël dansaes bssais sua le uépaatemekt BE LASRiBrE-iHFÉRiBURE , It dsof des Anglais. QueK quesautres auteurs, en parlant d'une visite que le roi Louis XIII f accompagné de tous les grands de sa cour , vint faire à la Cité de Limes « au mois de novembre 1617 » prétendent que c'est dims cette circonstance solennelle qu'il fut reconnu et décidé que ces vastes et antiques retranch^nents qui , dans les camgagnes voisines de la commune de Bracque*^ mont , sont encore désignés sons le nom de Cai4 ou Castel\ avaient été établis soit par Jules-César, le vainqueur des Gaules, soit par un de ses lieutenants , qui y fit camper ses légions. Telle fut l'opinion unsL-^ nime de la suite du roi LoubXIII, laquelle se conn posait des duos d'Orléiois » de Mayenne et de Ne^ mours ; de MM. de Rohan, de Vitry , de Luynes, etc. , etc. « S'ilfallait en croire les chroniques manuscrites que j'ai sous les yeux , dit ausslà ce sujet M. Ludovic Yitet , ce serait depuis cette époque , et par respect .pour l'autorité et les lumières.de, ces nobles voya« geur:$, que la coutume se serait établira Dieppe de désigner ce lieu sous le nom de Camp de César, au lieu de l'appeler Cité de Limes, comme on avait fait jus-

CANTOK P*OFFBAN\ÎLLE, IS3

qae-]à. » Enfin , M. P. Feret» dans un carieui mémoire qu'a publié la Société royale des Antiquaires de Normandie dans le recueil de sestravaux (tome ?^) • prétend , après de longues considérations , que la Gîté de Limes est un oppidum gallo-belge; que les butteSf mottes ou tombelles qui se rencontrent dans Timmense enceinte de ce retranchement , sont des tuguriu ou des tumuli; que les fragments de poterie grossière qu'on y a rencontrés sont de la vaisselle gauloise ou belge » etc.» etc. Si» après tant d'opinions, il nous est encore permis d'exprimer la nôtre» nous dirons, à notre tour, que la Cité de Limes n'a jamais été une ville celtiqpe ni un oppidum belge. Les villes ou oppida des Gaulois étaient comme les nôtres : il y existait des maisons , des édifices, des remparts , des portes d'entrée , et ce que l'on appelle la Cité de Limes ne présente que des remparts de gazon : il ne s*y trouve aucunes fondations importantes; il n'y existe aucune masse, ni soit de pierres, soit de briques, qui puisse indiquer quelque construction niable; le peu de matériaux que l'on y a rencontrés ne sont ni celtiques, ni belges , mais romains, et ils ne peuvent même pas être comparés à ceux qui se trouvent journellement dans l'emi^acement des plus simples , des plus chéiives , des plus misérables maisons de fermiers ^. Les objets

* Les ol>jfts trouvcii à CuiulecoU*, à Boi*u€-NouvUlc-«otis-Kcuvillo,

U\ CANTON D'OFFRANVIIXt^.

recneillis dans cette enceinte se rencontrent dans tous les camps antiques dont nos plaines , nos vallées et nos collines sont , pour ainsi dire , couvertes. Les objets découverts à Bracquemont sont des médailles de Constantin et de Constance, son frère , des agrafes et des anneaux de cuivre , des débris d'armes en fer, des coquilles de moules , des défenses de sanglier, des fragments de vases antiques de différentes couleurs, des cendres , des charbons , et quelques ossements d'hommes et d'animaux ; mais , nous le répétons, if n'existe pas un seul retranchement antique de quelque importance , qui n'offre , et quelquefois au centuple , des objets parfaitement analogues ; et , certes, les médailles, les agrafes , les anneaux , les armures et les vases dont nous venons de parler, n'ont jamais appartenu aux grossières et barbares peuplades dont parle M. Féret. Il est vrai qu'il a été recueilli aussi, 4ans la cité de Limes, deux ou trois hachettes en silex, armes antiques des Gaulois ; mais , comme ces hachettes, qui prouvent, d'une manière incontestable, «fue le peuple qui était obligé de s'en servir ignorait complètement la fabrication des métaux , ne peuvent appartenir à la même époque que les agrafes et anneaux de cuivre, les médailles et les armures en

à Aiicourt, à Sainte- Marguerite-sur-Sadne , etc. , etc , sont infiniment plus importants que ceux recueillis à Bracquemont; et, néanmoins , aucun de ces endroits , jusqu'à ce jour, ne parait pas avoir <'l»î ce que Von appelle un Oppidum.

CANTON irOFFRANVlI.Lt. 153

fer, dont nous venons de faire mention, il en résulte tout simplement , que le point où elles ont été rencontrées a pu être visité autrefois par deux ou trois gaulois, qui les y auront perdues ou laissées en mourant; peut-être même y ont-elles été apportées à une rpoque postérieure. Nous ne pensons donc pas que , de la présence de ces hachettes , il soit possible de conclure cpie les gallo-belges aient élevé autrefois, à Bracquemont, une ville ou un oppidum. Si tous les endroits ou il a été recueilli de ces haches en silex avaient été autant à'oppida , les départements de TEure , de l'Orne et du Calvados , et surtout celui de la Manche , où on les recueille parfois par boisseaux , auraient été couverts de villes ou de cités, certes, bien plus importantes que celle de Limes ou de Bracquemont. — Cette enceinte est entourée d'un rempart en terre fort élevé et de fossés profonds et irréguliers; si elle n'est pas due aux Celtes ou aux Belges , elle ne peut appartenir non plus aux Romains proprement dits , puisque , dans leur système de castramétation , ces derniers n'acceptaient que des lignes pures ^ régidièrcs et raisonnèes. La Cité de Limes, comme les camps de Sandouville, du Boude\ille, de Veulette, de la pointe de la Rocque, de Preneuse, de Brionne , du Goulet près Vemon, etc., etc., appartient à une période de transition , à un peuple miiigé, moiltè barbare, moitié civilisé; enfin, à des cirrons-

^ai» CANTON D'OFFRANVIiLK.

tances graves , iv^rivueê^ précipitées. Et , d'après la forme des murs, la situation de l'enceinte, la nature des différents objets qui s*y sont rencontrés, on ne peut douter un instant que ce ne soit un camp galloromain , construit à Tépoque du Bas-Empire , alors que les peuples de la Gaule , au désespoir et abandonnés à eux-mêmes, tentèrent de s'opposer aux invasions sans cesse renaissantes des piratessaxons. Le nom de Casiel que porte la Cité de Limes prouve que ce n*était point une ville, mais une enceinte retranchée, un castettum» an lieu de refuge et de défense. La dénomination de Camp de César prouve également qoe, comme ceux de VarengevUle pour la station de Sainte-Marguerite , ces retranchements furent élevés pour protéger la station de Bonne-Nou* velle, non |)as par le grand Jules lui-même, mais bien d'après tes ordres d'un César quelconque, c'està-dire, d'après ceux, soit de Conslaniin , soit de Constance son frère ^. On sa^t combien ces deux priQces, à l'exemple de Dioclétien et de Maximien,

1 Touf les empereurs romains portaient le titre de César; ei^ quand on dit en France , le chemin du Bot, le bassin du Roi, etc. , on est loin de vouloir exprimer que le chemin ou le bassin dont oa parle ait été établi par CIotîs, fondateur de la monarcbte française^ de même la dénomination banale de camps de César, que portent tous les retranchements antiques dont notre pays est pour ainsi dire hëriité, ne signifie point que ces retranchements aient ëtë ëleyëSK par Jules Cësar lui-même. On les a appelés camps de César, et on a eu raison , puisqu'ils ont ëtë faits d'après les ordres d'un Cësar, c'est ^ dire d'tm empereur romain.

CANTON ï)'OFFBANVILLt. im

se donnèrent de peines pour mettre à eourert les frontières de Vempire, et surtout celles des Gaules, que les barbares envabissaient de tous les côtés à-lafois. C'est aux travaux élevés par Constance sur la rive saxonique , que notre Cotentin est redevable de son nom . Constanttniensis pagus ; il en est de même de la ville de Coutances > appelée autrefois Castra Constantia. C'est également sous cette dernière dénomination qu'étaient connus les nombreux retranchements élevés dans la Suisse par ce prince. Enfin, les camps de la Rocque , du Boodeville et de Sandouville, dont nous parlions il y à quelques instanis, doivent aussi leur existence à Constance, frère de Constantin, puisque, comme tous les autres, ils portaient son nom; Ammien Marcellin , en décrivant le cours de la Seine , dit positivement que ce fleuve , après avoir reçu les eaux de différentes rivières, dont il cite les noms, va se jeter dans la mer auprès des camps de Constance : meantesque prottnus , dit-il , prope castra Constan^tta funduntur in mare. Or, d'après les médailles recueillies dam la Cité de Limes, on ne peut douter que cène soit aussi d'après les ordres de Constance que ce camp aura été élevé ^. La qualification de Cité qu'on lui a imposée

* Dans de Douyelles fouilles exëcatëes en 1827, à la Cîtë de Limes, il a été recueiUi , dans un des prétendus iugvria dëblayës par M. Ferct, deux médailles gauloise», et de là on a conclu virement

iiA CANTOÎH U'OFFHANVILLE

indique que, dans les temp» de guerre ou d*tnya« sion , c'était \h que se réfugiaient les populations d* alentour. La dénomination de Limes , que les Romains donnaient , non-^seulement à Tabornement naturel des frontières , mais encore aux villes • aux places fortes, à toutes les barrières, enfin, qui se trouvaient sur les limites de Tempire f ne pouvait être mieux appliquée qu'aux travaux militaires de Bracquemont, puisque ces derniers se trouvent sur rextrême frontière de la Gaule « tout au bord de la mer : at Romanus, dit Tacite, livre 1^' de ses Annales , agmine propero cœsiam , HmUemque a Tiberio cœplum scindii : caslra in limite local ^ fronlem ae tergmn vaUo, latera concœdibus munilus ^. On le voit,

<jae cfiHait avec luie profonde raison que Ton avait attribue aux gallo-belges la construction de ces retranchements. Quanta nous, il nous semble que c*était tout le contraire qu'on devait en induire. Le caractère des deux médailles est bien réellement de Vépoque gallo-romaine ; mais, en supposant même qu'elles eussent pu être fabriquées par les Gaulois avant la conquête des fils de Romulus^ ilest impossiUe, nous le répétons, que les gaHo-bebçes, qui , d'après ce que dit M. Feret lui même, se servaient de hachettes de caillou à l'époque où on leur attribue la consti'uction de la cité de Limes , aient pu , ignorant la fabrication dot métaux , «'amuser à frapper ou à couler des médailles. Ces deux pièces ont donc été fabriquées à l'époque gallo-romaine, et non à l'époque gallo-belge. 1 Ce fragment des Araiales de Tacite , où l'on trouve réunis les noms do Limes et de Tibère , nous a d'autant plus frappé que , par une singulière concordance, les environs de la ville de Dieppe , semés de débris romains, offrent tout à-hv-fois , sur un petit espace, et la cité de Limes , et le hameau de Tibervillc , et le village de Tibermont , tout cela à quelques pas seulement de l'antique station de Bonne-Nouvelle

CANTON D'ÔFFHANVILLE. n9

ce pâféage de Tacite est formel; le mot Limes j donne bien Tidée d'un camp» puisque c'est dans un retranchement commencé par Tibère que Germanicus vient s'établir : Krmiema Tihtrio cœplum ^cindil , castra in limite locat ; et ce camp « dont le front et les derrières sont soutenus par des remparts en terre, est défendu sur ses deux flancs par des arbres abattus. £n voilà , certes, plus qu'il n en faut pour prouver que la Cité de Limes n'est l'ouvrage ni des Celtes ni des Belges. Des hommes qui étaient forcés de se servir de hachettes en caillou faute de savoir travailler les métaux , devaient élre bien peu habiles pour creuser de vastes fossés et élever d'immenses retranchements , dont quelquesuns, après tant de siècles d'insultes et de ravages , ont encore plus de trente , et quelquefois quarante pieds de hauteur. De tels travaux demandaient » pour leur construction, tous les ustensiles, tous les moyens de transport en usage chez les nations civilisées. Or, comme tous les objets trouvés dans les fouilles de Bracquemont appartiennent, sans exircp^ lion, à l'époque du Bas-Empire, il en résulte clairement que tous ceux-là, se sont trompés, qui ont aflirmé que la Cité de Limes était antérieure à la conquête de la Gaule par les Romains. Si ce camp eAt existé alors, ceux de Sandouville , du Boudeville, de la pointe de la Roque , de Brionnc, ctc,, etc., qui

GoQgk.

t6U CANTON D'OFFAANVILLK.

oflre&t absolument le* même type , le même caractère de coiutraGtîoii f eussent probablement existé aussi. Si ees fortiScatMMOs eiisseniété construites, les indigènes, à TapproelM des troupes de Jules César, eussent-ils abandonné ees remparts élerés pour eux par la main de leurs pères , pour aller, suivant ce que dit César loi-même , se réfugier dans des Heux qui n* étaient fortiâés que par la naCure, c'est-à-dire des montagnes et des marais (palude et loei tMura)? Pourquoi , au lieu de se défendre jusqu'à la mort , dans ces retranchements éleyés en face du foyer domestique , sur ce même sol qui les avait vus naître, et dont l'aspeef ne pouvait que tripler leur courage, s'en allèrent -ils si loin, délaissant leurs femmes» leurs enfants, leurs vieillards, se réunir à une armée qui , n'éprouvant que des revers , finit bientôt par s'abandonner à la clémence du vainqueur?... Il est donc certain , nous le répétons , que les retranchements de la Cité de Limes n'existaient pas encore, et qu'ils appartiennent à une époque de beaucoup postérieure. Les preuves que nous venons de donner nous paraissent irrécusables. — Quant au nom de Limes , qui se retrouve dans celui de Ltmésy^ commune située à peu de distance de la rivière de Sainte- Austreberthe, et, par conséquent, sur les anciennes limites qui séparaient les peuples du pays de Caux (Valefi) d'avec ceux du Vexin (Velocasses), il paraît

CAiMON D'OFFRANVILLK. f6f

qu'à une certaioe époque, noUmment dans tes XIV^ et XV® siècles , il avait fini par rempliacer, mfHnefi- (anément il est yrai^ le nom de Braequemonl. D'un côté, en effet, un appendice placé à la fin de Y Histoire générale de ?foTp%(mide par Gabriel du Moulin, cite (page 22), au milieu d'une foule ,de gentilshommes normands, un sire de Limes ^ lequel portait pour armes un écusson de gueulles à une foice d'argent, accompi»gnée de siai lourieeMX d'or. D'un autre c^té , ddD^ le chceur de Martin-Église, paroisse yoir sine de celle de Bracquemont, op lit , autour d'une grande pierre tumulaire , qui aujourd'hui sert de table au mattreniutel de cette église, que messire Re^ gnault VieU dont elle recpuv|rait les cendres, avait été autrefds curé de Limmes et doien de Envermeus et qu*U tre$pûs$a l'un de grâce mil cgcc lxvi (1466) ^.

Belleville-svb-Meb, à 1 lîeue J/2 (nord-est) de Dieppe, et 3 lieues 1/4 (nord-est) d'Offran ville , est appelé, dans les anciens titres , Notre-Dame de

i Quelques antiquaires , et notamment M. Auguste Le Prévost ^ prétendent que la paroisse de Limes , mentionnée sur la pierre de Regnault Vicl , se trouve en Angleterre et non en Normandie. Nous ignorons s'il existe l>ien réellement une paroisse de ce nom dans la Grande-Bretagne; mais nous ne pouvons nous empêcher dédire que, d'après notre conviction, ce n'est point de ce lieu qu'il s'agit ici. Le nom du défunt , le titre de doyen d'Enrermeu , la proximité de ce bourg et de la p^oisae de Bracquemont avec Martin-Eglise , tout prouve, jusqu'à la dernière évidence^ que l'abbé Viel était bien réellement d'origine Irancaisc; que c'était bien réellement de Brac-

iût CAMON D'OFFRANX ILLE,

BerkviUe iu Flot. L'égalise de cette paroisse appartenait à la célèbre abbaye du Bec , qui s'en fit confirmer la possession, en 1 141 , par Hugues d'Amîenst archevêque de Rouen. La population de BelleviRe est de 299 habitants. — Derchigny, à Test-sud-est de BelleTille , porte, dans quelques actes des XIV®, XV« , XVI* et XVII» siècles, les noms de Sainte Martin de Ereheni, Ersigm/^ Darsipm, Dersigny, etc. En 1258» c'était aux rois de France qu'appartenait le patronage de l'église de cette paroisse , droit qui passa successivement aux seigneurs de Derchîgny même» puis au fief d'Âussy (situé sur Envermed], au fief de Bosc^uillaume , etc. Derchigny est la patrie de notre célèbre De dieu, gonvemeur de la Martinique , auquel on doit l'introduction et la culture du café aux Antilles. M. De Clieu était seigneur de Derchigny. C'est lui qui fit bâtir le château qui existe encore : ce château fut construit avec des pierres que le ministre permit à M. De Clieu d'enlever au château d'Arqués. — Graincourt, situé au sud-ouest de Derchigny , est appelé » dans un titre de 1378 , Saint-Valery de Greencort. Entre Graincourt et Saint-Martin-en-Campagne, il existait une chapelle appelée SaitU-Denis de Vargemont.

qucmoiit qu*it arait été cure, et qtic c^est iadubitableiiieiit en risi tant celle partie de son doyenne , qne le rénéràlAe pasteor sera tombé inalaflc et aura terminé sa carrière dans le vilKigo où il est enleirc.

CANTON l)H>FI'KAiNVaLE. W»

Ancoubt, à 1 lieue 1/2 (sud-est) de Dieppe, et à 3 lieues (nord-est) d^Offrauville , se trouve sur la rive droite de TEaulne et sur la grande roule d*Envermeu à Dieppe ^. C'est en faisant cette route • il y

t Au siid-sud-ouest d'Ancourt , sur la rive droite de la Béthuno , vti allant rejoindre la vallée d'Arqués , on trouve la commune de Martin-Église, l'une des plus anciennes paroisses de la Normandie. Dès le temps de nos premiers ducs , elle appartenait aux chanoines lie la cathédrale de Rouen. Le fameux archeréque Robert , prince du sang ducal et comte d'Evreux , l'aligna , dit le bénédict'n Duplessis , et la vendit d dês sêcufierif. Dans la suite , cependant , l'archevêque Guillaume Bonne>Ame obtint de GuiUaume-le'CoïKioéraut, roi d'Angleterre, le droit de rentrer en possession de l'église, des dîmes et de la terre de Martin-Église ( Martini Eecfeeia , et non pas Sancti Martini ). Cette terre était alors possédée par Gaultier II Guifiai*d f comte de Longueville, qui refusa de s'en dessaisir. L'affaire fut plaidée à Fécamp , au mois d'avril 1060 , en présence de G uillaume-le- Conquérant lui-même et de la reine Mathilde, sa femme , assistez de plusieurs seigneure et barone. Le due-roi , malgré toute la faveur qu'il accordait à l'archevêque , ne voulut pas être injuste , et il fut convenu qu'après la mort de ceux qui la tenaient en ce moment , la terre de Martin-JÊglise retournerait au chapitre métropolitain. C'est , en effet , ce qui eot lieu ; et, depuis lors jusqu'à la révolution , les chanoines de la calbJdrale de Rouen demeurèrent paisibles possesseurs des diroes et de la seigneiu'ie de Martin-Église. L'église de cetle paroisse* ressemble plutôt à une grange qu'à tm temple divin. Quelques parties de la maçonnerie peuvent être anciennes , mais elles n'ont ni formes ni caractère. Leseul objet digne de remarque est la pierre tumulaire de RegnauH Viel, dont nous avons parlé précédemment (article Bracquement). L'ancien curé de Limmes y est représenté au trait. « Cette figure et les accessoiies qui l'entourent, dit M. Vitet , ne sont pas sans mérite : le trait a de la finesse et de la légèreté. » — C'est à Martin- Église que se trouvait l'armce du duc de Mayenne, lors qu'eut lieu la bataille d'Arqués, le 20 septembre 1589. C'est là que, cinq jours auparavant , ce chef des ligueurs avait eu le projet d'envelopper Henri IV. Après s'être emparé de Gouruay, île Meafchàtel, dt* <;«mâches et de la ville d'Ku, il vint sem-tciutntf le 15 septeiiibi-e; se

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164 C4NTON D'OFFRANVILtE.

a peu d*années , que Ton découvrit , sur Ancourt , à Test-norâ-est de Féglise, à Feutrée d'un petit vallon* et du c6té de Sauchay-le^Bas , une quantité considérable de briques, de tuiles et de poteries romaines : les champs qui avoisinent cette route sont encore aujourd'hui semés de ces débris sur un espace de près de treize acres. Sur l'un des fossés» tout au bord du

poser en face de Dieppe. Il dirisa son armëe en deux corps. La droite, dont il avait le commandement, alla se placer en vue du Follet, et la ||;aaelie, sous les ordres du duc de Nemours, descendit, par Ancourt, jusqu'à Martin-Ëglise; trois jours après, les colonnes du duc de Blayenne Tinrent Vy rejoindre , et c'est là qu'ils attendirent le jour de la bataille. — Aujourd'hot^ on a réuni à Martin-Ëglise l'ancienne paroisse d'Etran , que quelques actes appellent Saint'Pierre d'Esifê'Hmm. Ce nom , dont on retrouve l'analogue dans^ celui d^EirHai ou Oistrê-^tat, est forme des mots teutoniques Oestre ou fFêêtÊf, occident , et Ham , hameau , village ; il signifie donc h hamêMU de l'occident. En 1267, c'était aux archevêques de Rouen qu'appartenait le patronage de l'église d*Etran, mais, depuis 1560, ce droit fut exercé par le roi. L'église d'Etran, assez ancienne , est aujourd'hui complètement démolie. Outre cette église , il y avait autrefois à Etran, sur l'antique hameau de Tibermont, une chapelle dite de Saint-Léonard, Cette chapelle, qui était en titre en 1682, et dépendait des religieuses Bénédictines de la ville de Dieppe , existait encore en 1726. Le nom de Tibermont rappelle celui de JHbervitle, autre village situé également pr<*s Dieppe. Si, à ces deux noms, ou ajoute celui ^ Etran , puis les rem|>arts de ta cité de Limes, puis rimmense quantitéd*ohjets romains qui ont été recueillis à Bonne- NouveHe-sous-NeuviUe , puis, enfin , les fioles, les urnes cinéraire»^ et tous les dëbHs dn cimetière anticpie placé au bord à\\ chemin de Caudecôte (nom qui rappelle si bien aussi ceux de Caudebec et du Mont-Galidus, arrondissement à^Ytetot)^ on pourra soupçonner, avec M. L. yt^t,que c'est sous le régne de Tibère qu'ont eu lieu, •' ? sur cette partie des rivages de l'océan , les premières tentatives de ^-f^ colonisation. — La population actuelle de Martin-Eglise , réqnie 4 *t Etran, est dé 462 habitants.

El

CANTON D'OFFRANVILLE. 4<5Ô

^liemin , ooas avons remarqué beaucoup de cendres et quelques ossements humains. Diverses personnes nous affirment avoir recueiUi, dansées terrains, depuis Un grand nombre d'années» beaucoup de médailles romaines en cuivre» que les habitaatsdu pays nomment vitux^deuxsous , $<m$ à la Vierge, etc. A ces, preuves incontestabtes de l'existence, en cesGeux, d'un établissement romain , nous ajouterons que » a Touest de l'église d'Âncourt, au penchant d'un petit laamelon» en allant du côté de Dieppe, on trouve les restes bien ctmservës d'une voie antique » que les vieillards du pays appellent encore le <A«mtn des Romains. Cette voie » partant de Beauvais par Saint- Omer-en-Chaussée» où die se divisait en deuxbran- . çhes, venait, par Campesux» Formerie» Criquiers , Conteville (dmdaia Villa) , Flamets» Mbrt^nen* sur-Eaulne etl'Épinay» où elle est bordée de débris romains, gagner Fesques, où elle est encore fort r»connaissable; puis Wanchy et Douvr «id , dont les habitants aetuelsl'ont encore vue dans un état parMt de conservation; ensuite Env^meu et Hybouville, où ^* f on a trouvé un grand nomWé d'objets antiques; et, enfin , Bellengreville, Ancourt et Neuville, d'où elle allait aboutir au bord de la met*^ à la station antique qu'a rempiacée la ville actuelle de Dieppe, et dont xm voit encore le^ débrè à U. Chaussée de Boom^ ^Onvetle. Anconrt, dans un titre de Tan 1269 , est

appelé EUncmêrl (Elencuria), ce qui îitdi<}uerait que re nom provient de celoi d'Hélène. Plus tard, on trouve Encwri dans les archives de TaMNiye de Fétamp; les regirtresde rarchevécliédeKouen, année 1455, |iortent ^nruria; plusieurs actes de différentes époques disent Sai^U^Rtmon Saint-Saiumtn d'Aien^ ewrt.Le (mtronage de Téglise paroissiale appartenait à Tabbaye de Péeamp. Cette église est une belle construction àg U Renaissance; on y remarqué sept ma^ gnifiques verrières, de la mémeépocpie, représentant l'arbre de Jessé, saint Martin, la sainte Vierger etc. « Je ne sais |iar quel miracle» dit M. Ludovic Vitet, ces vitraux se sont conservés* 11 faut que (es bandes pro« testantes n'aient pas pénétré dans cette vallée solitaire f ou que quelques prêtres intelligents aient dérobé à leurs yeux ces images^ qu'ils n'eussent pas manqué de briser en mille morceaux.» Sur une de ees vitres , on lit l'inscription suivante : En lan cmc €ên$ et XXII fut faiciê ce$le verrière des deniers des mmsireê ei freresie la Ckmiu. L'auteur de ces beaux vitraux esi un nommé Bardoux • comme on le voit par le manteau de l'un des rois-mages, sur la bor-* dure duquel se trouvent ces mois t Hardolx pavige-^ rius ou parnserius , c'est-à-dire , Bwdôux pttcoiseur (tapissier, décorateur) . On trouve aussi dans Téglise d'Anfourt un charmant bénitier du XVP siècle, anaioguét par son style , h celui de S«int-Remi de

ÇANTOiS D OFFRAiWlI LE. 167

Dieppe , que quelques antiquaires ont honoré à% dissertations si curieuses et de conjectures si bizarres. On remarque également» dans cette église, deux jolis piliers ceints chacun d'aune couronne de eo^ quilles , deux diablotins à l'entrée du chœur, un éctisson d'or à trois bandes de gueules, etc. — Il y avait autrefois, sur Ancourt, un pont de pierre qui paraît avoir donné passage à une yoie venant d'Arqués. On y touchait un péage an commencement du XI® siècle; c'est indubitablement là l'origine d'un fief fort ancien, nommé le Pont-Tranehard. Ce fief donnait à ses possesseurs le droit de nommer les curés de la paroisse de Yibeuf (canton d'YeniUe) . 11 rele- Tait directement du roi, comme le prouve un aveu rendu le 50 juillet 1635, par Adrien de Lintot, qui en était alors seigneur. — La population de , la commune d' Ancourt est de 463 habitants.

Abques. Situé au bord méridional d'une riche et belle vallée » sur la rivière qui porte son nom , et à peu de distance du point de réunion de cette même rivière avec celles de TEaulne et de la Béthune, ce bourg , dont le nom est devenu si célèbre, fut autrefois une ville impiNrtante.

D'après la carte de Peutinger, la voie romaine partant de Corocoiinum (Oudales, ou peut-être le port dp Lheure) el ronduisani à Bononia (Boulogne-

M'A CANTON IHOFFRANVILLF:.

sur-Mer), devait SQtvre la c6le, et passer sur îé terrUoîre où Arques s'est élevé depuis. Eu effet , tout \é bas de la vallée , ed deiaenidaat vers leudroit où se trouve auloùi^d'hui la tille de l)îep|iet devait être alors une baie, ou du moins un vaste marécage, cpie le flux et le reflux de la mer couvr^ent deux fds par jour. Les hautes marées devaient faire de tous ces parage» 4m véritable océitt. Arques était dotié le pacage k plus commode , ou, [M>ur mieux dire i le seul passilge possible. Cet état de choses et l'im^ portance d'une communication sù#e et rapide entré les deux plaines voicnnes forcèrent les Romains de construire, dims la vallée d' Arques , un pont qui i suivant l'usage d'alors , devait être fortifié. A l'extréaaké nord-nord-est de ce pont , de l'autre côté . de la vallée, et sur la rive droite de la rivière, il se Irouvait une chaussée qui, reunie à la voie de Beauvais, allait aboutir^ par Étran, à la station anonyme de Bonne**Nbuvelle-sous-*Neuvillë.

Saivant M. Auguste Le Prévost et te savant Adrien de Valois, ce fut le voisinage dé ce pont qui fil donner aux remparts et à la ville qui , par la suites s*élevèrent dans ces lieux , le dom latiti Arcœ ou Arms^ dont on a fait Arque$ en le ti^aiisportant dans notre langue ^.

1 C'est à tort (^uc le bënëdictin Dupicssis a prétendu que le iiôiii primitif d'Arqués était Hasdans, « Statîoncni naviuin, dit Guillauiiic

CANTOW irOFFRANVILLR. I6tf

Lorsque les FraAcks se furent étatilis dans les îsaules sur les déîiris de la puissance irooiaifae, le t^ays d^s CaleU, îffmi Vâètmaùe avait été la capif aie; fut divisé en deux comtés ou gouveriiemeiits priil- «Hpaux. L*uiie de ces divisions conserva le nom dé Pays de (jaux » et relifënna Fécamp , ColboSc et Harfleur. L'autre reçut le nom de Talou (Talogium , fhlogieuêis Pogfus j ^ » et Âtqnes fut son dief-lîeu; Cette dernière circonsaription, suivant quelquei ^ograpiiest était bonlée à Torient par la Bresle • et ati couchant , smvait Foumier ( Notiiia Orbi$. IHier vi # cap^ 2.) , par là rivière de Sc»^.

A l'époque des invasions des liommes du nord »

îie Jamiëges , apud Hasdans quâe Ai'chas dicitur. » Cette phrase ne de'signe point la ville dont nous parlons ; mais bien le tterritoirc qu'occupent aujourd'hui la ville du Poiitrde4' Arche et le vilUge dei Damps {dép'artet/kent de VEure).

< On a souvent confondu le Talou avec le petit pays de Telle ou Tellau ^ situé dans le Vexin ^ entre TEpte et TAiideUe ; la retieu^ Mauée de ces deux noms a donné lieu, dit M. A. Le Prévost, à d$ fréquentes méprisée et confusions ^ même dans les chartes.

2 Et non pas par la rivière du Ihin^ comme le prétend Dom Tonsftaint Duplessis (tome I^r, page 49). Deux chartes, citées par le p^é Pommeraye à la fin de loti Histoire de l* abbaye de Sainte-Catherine du Ment, et appartenant l'une à Tannëe ^030 (donnée p«« (roscelia, Vitomte d'Arqués) -, et l'autre à l'année 1073 (donnée par llaoul de Yarenne) , ne laissent aucun <K^atfe à ce sujet. En effet , suivant lÀ première de ces deux pièces, AppeviUe prés Dieppe se trouvait dans le Talou, tandis que, suivitutla secôndev OmlbnVilleprès-Bacqiieville, iaitait comme Anglesqueville-tur^Saâiie , Motteville-^es-deux-Clo^ 'chers et Flaroanville-r£sneval,.partiedq pays deCaux s Quatuor 9ih larum Caletensispafi^ ditcette dernière charte, MaiUuiUes seiHf^ Fé'amenmllœ , JmundiviHœ et Jn^HawiUef , ec^Aes^ms,

170 CAMON jyOFFK-ANVIIXK.

«:*étaieai les religieux de Saint-Wandrilleqni possédaient Féglise et les dtraes de la ville d'Arqués. Il est probable que, dans eetle malhenrease période de dévastations et de massacres , cette viHe aura eu à subir de la part des avides barbares de nombreuses visites et de déplorables attaques.

Il paraît , cependant , que la captale du Talou ne tarda pas à réparer les désastres de Tinvi^ion.

En, effet , suivant Frodoard , le roi Louis IV ( d'outre-HU^ ) traversait cette contrée en 944 , livec Arnutf» Herluin et quelques évéqoes de France et de Bourgogne. Arnulf, précédant le roi , rencontra Me troupe de Normands qui étaient en garnison» ou du moins en observation, à Arques. Arnulf les mit en fuite » et parvint ainsi à assurer le passage du monarque français.

D*accord avec le nom Arques, qui • comme nous venons de le voir , signiGe un pont , et un pont fortiGé, ce fragment du vieux chroniqueur prouve que, dés^lorsicetendrmt avait une certaine importance^.

Après celle donnée par Frodoard • la date la plus ancienne où il soit fait mention d'Arqués est 989. Guillaume de JumiégQS rapporte que ce fut en celte

. f Quelques auteurs ont tour-à-toar affirmé , tans aucune vraisemblatice , que le ckâteau d'Arquet avait été ori^naircment fonde ou par Charles Martel, ou par Pépin le Bref, ou par Charlemagne, ou par CarkNBaD. Nous verrou» plus bas que ces différentes versions sont coroplétement détmée$ de vérité. Le bénédictin Duplessi»

CANTON DOIFKAiNVIIXE. f7l

^nnée-là, aa village d*Équiqiieville , non loin de la ville d* Arques (haud procul ab oppido Artariifn, in rillaquœ dicilur Schechevilla) , que le due Richard P**, élant venu à la chasse» connut pour la première fois la belle et célèbre Gonnor, quil aima si ttndtt-^ nient » dit le bon bénédictin » H doni il eut plusieurs enfants.

Enfin t en 1024, le due Richard II donna, en faveur de Tabbaye de Saint-Wandrille , une charte -par laquelle il restituait à cette abbaye le patronage de Téglise d'Arqués, la dtme de celte vHle avec quelques autres droits sur son territmrey et aussi Ions les \&em qui , avant TinviMion des hommes du nord , avaient appartenu à ce célèbre monastère.

Quatre ans après, en Van 1030-1031 , cette restitution fut confirmée par le duc Robert P', sur-' nomnrà le Libéral , qui • dans sa charte, mentionne aussi les églises de Bouteilles et de 3râit-Aubin-4e- Cauf . Parmi les signatures de cet acte , lequel est daté du palais de Fécamp , on remarqœ ceUe de Henri P^^ pq; ^ France, qui , suivant ce que porte ce même titre, ^ait vèou alors chercher un refuge

assure toutefois que , de son temps , il existait encore , sur une des 'portes du château d* Arques^ une pici-re où étaient graT<^ trois chiffres , savoir : un 7, un 4, et enfin un 5, qui avait beaucoup de ressemblance avec un 7 ou un 9.> De là , le naif bénédictin condut que la forteresse d'Arqués a dé être construite soit en 745, soit ey 7491 .

171 CANTON i)*OFFl^ANVll.LË.

ftur la terre normande : hmc temparisj profugus kébe^ hatwr in hae terra ^.

C^est aussi vers cette époque qu*U faut placer \à vëritoble fondation de la vttle de Dieppe pair les hâ» bitenlt d'Arqués, dans un emplaocteent occupé au-»> trefois par une ^irtioki gallo-romaine t laquelle avait été détruite t soit par les flots de iWéaU dakis des jours de tempête» soit ]^ les barbares» pirates saxons Ou antres, qui vinrent si sonvenl ravager ces contrées. Le sol , désolé et sauvage , où s'élève aujour-»' d*hni cette vtllé , si célèbre dMis les annales de la niMtne française, faisait depuis long-temps partie du kerritoire d^ Arques, lorsque » vers les aniràes 1020 let 1025, quelques pécbeurs de ce dernier endroit B'avattoèretitdù ^o5tè de la mev. Peu à peu ils s'y établirent eb |dds grand nombre; la tommoditè de la pècbeet le comûlerce des saliiles avaientï leurs yeux kià attrait assès puissant, pour leur faire transporter leui*s foyers à quelques jmu de Imirs piremiéres demeutes. îiêSÈ% la diarte de Goscelin, dont nous avons )|iarlè plps kaut, ei dé laquelle nous allons bientèl tdonner quel^u^ e^trafits, il est fait meùtiott , non pas des salines d'Arqués, condme Font dit Duplessis

< En .effet , Heori !•' avait été Migé de fiiir devant ses sujets rè- VollÀ contre loi par les intriupet de Constance de Provence , sa m^re, qui, appuyée par Eudes, comte de Champagne, voulait placer la couronne de France sur kt tête de Robert, son second fikttwiV môtre JSotice Historique fur la vilU de Fécamp , paye 200 ).

CANÎON D»OFFB AN VILLE. iJS

et plusieurs autres auteurs, mais bien an fief ie Dt^ppe, du port de Dieppe, des saiines dé Dieppe^. Tout cela prouve que dès Tan 1030, date de la confeo« lion de cette charte, Dieppe, qum|ii'eii aieBtditcer-* tains antiquaires, exis^ibienrëellemeiit, et que, si ce lieu ne jouait alors aucun rôle historique, puisque ce nest qu'en 1188 qu*il fut fortifié, et à la hâte, par Henri II, duc de Normandie, roi d'Angleterre , il n'est pas moins vrai que , eomme havre de pêcheurs, îl avait déjà acquis une certaine importance; Du reste, il est bien certain que c'est nux établissements créés sur le bord de la mer par les habitants d'Arqués , que Dieppe est redevable de son origine. Depiis rétablissement des Normands, le pays de Talou , comme tous les antiques pagi , avait été divisé en petits comtés, dont £u, Aumale, etc.^ étaient devenus les chefs-lieux. Arques lui-même, tout en restant la capitale de son ancien po^â, était devenu le centre d'une de ces circonscriptions particulières; c'est du moins ce que prouvent les vers suivants du poète Rd>erl Wace :

Ceux du comté cPOo , et ceux du Taloois ,

£t ceux du comté d'Arche , ensemble o les Cauchois.

' Le duc Richard II ayant en de son troisième mariage un fils nommé Guillaume, ce dernier, après la

! On voit encore, au hameau de TEpinay prés Dieppe, une mott^^ sur laqurlK', dit-on, l'on faisait sécher \é serautl'cibjs.

in CANTO.N U'OFFRANVILLE.

mort de Robert P' , saraominé le Diable oo le LihènUf Toalot>eontre lesdroiU do jeune fils d' ArleUe, son neyea , ^'emparer du aeeptre ducal. Le jeane prince, i^ait Ton appelmt alors Guillaume le Bâtard, et que Ton surnomma bientôt le Conquérant , crut pouroir arrêter les projets ambitieux de son oncle en accablant celui*ci de ses bienfaits. Après lui avoir donné de vastes et nombreux domaines» il le créa comte du Talou. Toutefo», il laissa la vicomte d*Ar^ qoes à Goscelin , ancien vicomte de Rouen • lequel Tavait reçue à fief de Robert P' ^ dès les premières années du règne de ce prince.

Ce fut ce Goscelin» vicomte d'Arqués, qui, ainsi qae nous l'avons vu ailleurs , fonda, en lOf 0, les abbayes du Mont-Sainte-Catherine et de Saint-* Amand « à Rouen.

Au premier de ces monastères» il donna une terre appelée Canehan • une autre terre nommée Viller ou Yilliers, avec trois moulins» une église et toutes set appartenances; dans la même contrée» au village de Caudecôte » une métairie avec toutes ses dépendances» c'est-à-dire des salines» une terre labourable au bord de la mer, des bois et des pitis; puis, la chapelle du Petit-Appeville » un Oef à Dieppe » et , au port même de Dieppe» cinq salines et cinq mi^ures, fournissant par année cinq milliers de hareng saur. Il V ajouta le poisson pris chaque jour de dinian(*hc

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