CHARLES-QUINT <1S14-1Ï
moins craintil, prescrivit de convoquer de nouveau les (itats pour les eidiorter à secourir les chrétiens contre les Turcs. Marguerite intervint à son tour et obtint de l'empereur quil renoncerait à ce projet.
Les états généraux furent toutofoijs i a[ipel($sàMalînes, im mois de mars 1528, et à Lnix* l'année suiv.uitc, vil mars et en juin. Grâce aux detnarcli(?s pcisonneiles de la régente , cotle derniéi e assemblée accorda une nouvelle aide à l'occasion du mariage de Charles-Quint, de la naissance de son fils aîné et du prochain couronnement de 1 empereur à Bologne comme roi de Lombardie. Marguerite jio se dissinuda point que ce vote mettait l(» comble aux immt,*ns('s sacriliccs cpii avaicni t-U', par son entremise, exigés des Pays-Bas. Aussi, le 2\ octobre, conjura-t-elle Fempereur de s en contenter. 11 est impossible, lui mandait-elle, que ces provinces s'imposent davantage pour votre service, à moins de vouloir leur totale ruine et leur perte.
L'assemblée de 1529, à lai^uelle Marguerite d'Autriche avait présidé, vint clore, pour ainsi dire, la carrière de cette femme éminente. L'illustie régente des Pays-Bas mourut à Malines, le V novembre 1530.
Nous retrouvons Charles-Quint, le 2 mars 1531, au milieu des représentants des Pays-Bas, qu*il a convoqués dans la grande salle du palais, à Bruxelles. Jean (Jarondelet, chef du coii.sLii privé, rappelle aux mandataires des prov inces les laits impoi tanis qui ont marqué le régne de leur souverain depuis son éloignement eu 1522. 11 annonce ensuite la communication de deux projets d'édits sur lesquels lempereur désire avoir
l'avis (les élats : l'un concernait les iiioiiiiaifs ; l'antre aggravait encore les rigoureuses dispositions du plueard publié contre les hérésies on 1529. La réunion générale ayant été dissoute, Charles-Quint ou ses mandataires s*àdres8érent à chaque députation en particulier pour réclamer \aide nécessaire au gouvernement et à la défense du pays. Les représentants des provinces, avant de se séparer, otfiirent à leur prince une tapissei ie labriquée à Bruxelles et reprcsciitant la bataille de Pavie (1).
Les états généraux furent de nouveau convoqués à
(i) Jean Carondclct, que nous venons de voir dans tes états généraux de 1331, était un personnage dont le rôle ne Ait pas médiocre.
u Messire Jean Carondolol, bourguignon, docteur en droils, fils de Mcssire Jean soignrnr de t^hampvans, grand chancelier de Hourgogne, el de dame Marguerite de Ciiassey, avait été reçu, dès Tan liUi, conseiller ecclésiastique au conseil d*£lat des archiducs Maxlnnlien d*Aulriche et de son fils Pliilippé le Bel. Ce même prince le nomma, à l^éreetion du grand conseil ^ Malines, le 'H janvier 1505 (1504, N. S.), pour troisième conseiUcr ecc]ési;i'-iique et maître aux requêtes ordinaires en ce nouveau i)arlemonL II qnittn retto char^îc V:\\\ ir>n8, en faveur de son frère Ferry Caroiidclel, ayant été éimqué (ai»peié) au conseil privé. Ce grand homme posséda aussi plusieurs dignités ecclésiastiques : en 1493, il fut élu doyen de Téglise méIropoHtaine de Besançon ; en irjlO, prévôt de Saint-Donat, nni^^os et, en rcftn qualii(\ chancelier héréditaire de Flandre; en 15-20, il (levinl, par iiominalioii du pape Léon X et de l'empereur Charles-Quint, archevêque de Palcrme* m Sicile, et fhl sacré aux Pays-Bas, sans avoir jamais résidé ni même vu son église, où il établit un vicaire général et un suffragant. Il était encore abbé commendataire de Moat-Benoît (en nourgojînc), prévôt de Sainlc-Walburge, h Fumes, et de Saint-Piut, à Seclin, chanoine d'Aadcrlecht, etc. 11 mourut à Malines le 7 février 1544, âgé de 75 uns, d*où son corps fut transporté à Bruges en l'église de SaintrAonat, pour y être enterré sous un magnifique mausolée, quil 8*étaU fait construire dès son vivant. » ffistaîre (inédite) du grand Conseil de S. M. (Bibliothèque de Bourgogne).
f:HARLES-QUINT (ISlI-looTi). 61
Bruxelles pour le 1*"^ juillet. Charles-Qumi voulait installer la princesse qui allait remplacer, comme régente des Pays-Bas, Tillustre Marguerite d*Âutriche. Il avait fait choix de sa sœur Marie d*Autriche» veuve de
Louis lî, roi de Hongrie et de l)oh<^me. Née à Bruxelles le }') septembre 1505, elle avail alors vin<rf-six ans. Plus lermc et non moins intelligente et habile que Marguerite d'Autriche, la veuve du roi de Hongrie devait, pendant vingt-cinq années, diriger d*une main viiûie le grand et laborieux gouvernement des Pays-Bas.
Le 6 juillet, Charles-Quint lui-même^ présenta la nouvelle régente aux étals g('»néraux réunis dans la grande salle du palais de Rnixelles, et l'assemblée remercia 1<» souverain du choix qu'il avait fait. Le 7 octobie, les états généraux furent réunis une troisième fois en la présence de Charles-Quint. Jean Carondelet leur donna lecture de la commission de la reine Marie comme gouvernante des Pays-Bas et Heuienante de Tempereur. Il fïit aussi donne communication aux états des ordonnances qui modifiaient prolondémeni et i)eri<H ii(^nnaient 1 oiganisation du gouvernement en instituant les trois conseils collatéraux ; le conseil d'État , auquel était attribuée la connaissance des afïitiies principales, de guerre et de paix; le conseil privé, qui restait chargé particulièrement de la haute surveillance de Tadministration de la justice, et le eonseU des finances.
Charles-Quint pronuilgua également, sous la date du 7 octobre, rédil répressil' des hérésies. Cet édit, qui avait reçu rassentimeut des états généraux, confii^mait d'abord les terribles pénalités comminées par le placard
CHAIMIUE yLAllUtMK.
(lu 'Z-k oclobi o 1529 contre ceux qui donneraient lieu à une accusation d'hérësie en imprimant, lisant ou gardant les ouvrages de Martin Luther et des autres ap/>très de la réforme; contre ceux aussi qui mutileraient
ou (h'figincr.iionl les roprésoiii.iiions d'ol)jols sacros. L<*s coujKil'lcs pour la juciiiicic t'ois (lovaient otre misa mort par i'opée, et les récidivistes par le leu; les femmes seraient enterrées vives. Aux flîspositions antérieures, le placard du 7 octobre 1581 ajouta la défense absolue d écrire et d*in)primer, ou de faire écrire et imprimer aucun nouveau livre, sans avoir obtenu des lettres de permission et, en outre, l'autorisation de Vnrdi/mire, s'il s'agissait de in.itières ecclésiasi i<|nes, sous jxmuc f^f'^tremis au pilori et marqué d'un fer thaud sous f(»i nio de croix, si profondément qu'on ne pourrait plus en effacer Tempreinte, ou bien d*avoir un œil crevé et une miiin -coupée, à la discrétion du juge, qui devait faire exécuter la sentence sans délai et sans miséricorde.
Cet édit exécrable avait été pronml^iué de l'avis de tous les conseils, avec le consentement des états gén(''raux, même avec la participation des députés (l<'s états (I). Telles étaient alors les idées dominantes. Plus tard, les partisans de la toléi ance dans les Pays-Bas surent gré à Charles-Quint d'avoir consulté les états généraux. Les représentants du pays, mieux éclairés sur les droits de la conscience, ne pouvaient-ils pas changer, anéantir même le fuimaHi placard de 1531^
U) Voir J. Uoppcrus, Ilecueil et mcmurial dcn Iruublcs des Pays-Ban^ ckap. IX, j SI, et une loUre du cardinal de GrauvcUe & Philippe II, du 10 mars 1S66, citée dans la Correspondance de Philippe II, t. il, p. LII.
CIlAliLEîj-gUiM (lol4-i:wuj. tî5
Le parti national ne cessa donc, sous l^hilippe il, de réclamer aussi le concours et lappui des états généraux; mais on verra comment le fils de Charles-Quint accueillit ce vœu légitime.
Marie de Hongrie, ayaut 6tô. investie du «iouveiiienient df^s l*ays-Bas, n'avait point tarde ;i iiiontrer s.i vigilance et son énergie. Kn 1534, elle convo«[ua pour la première fois les états généraux. U s'agissait de se précautionner contre les armées françaises qui se for* maient en Champagne et en Picardie.
Le 12 juillet, les députés des provinces se réunirent à Malines, où la régente était venue assister à la féte des arquebusiers. L'oi'gane du gouveruciia iit dit aux états qu'il fallait si» préparer à soutenir la guerre, pour le cas où le j)ays serait attaqué. Il rappela que les Pays-Bas avaient maintenant le boiiiieur d'être réunis sous un seul souverain et de posséder des privilèges dont les autres peuples étaient privés. Il fallait défendre ces libertés précieuses eontre Fétranger, ear l'empereur ne songeait point à l<*s détruire. Il fallait aussi que les (livci st-s pioviin <s, s'uin'ssant, pussent se protéger niutuclloment contre les attaques des princes voisins. En recommandant un peu plus tard aux états particuliers Tunion quelle avait fait proposer aux états généraux, Marie de Hongrie fit remarquer que cette union serait la sauvegarde des Pays-Bas. Les princes voisins n'oseraient plus défier séparément l'une des provinces. Par cette fédération puissnnte, les frontières du pays seiaient elllcacenient protégées contre des ennemis qui se préparaient à la guerre. Du reste.
la rétjeute avait eu soin de demander aussi les sommes ii(?cessaires pour la solde de 2,000 piétons et l'entretien de 1,000 chevaux (1).
La lutte entre Charles>Quint et François P', suspendue depuis 1530, ne recommença qu'en 1536. Pendant que l'empereur dirigeait contre Tunis 1 élite de sa flotte et de ses armées, le roi di» France sVdliait avec les 'l'iiics, s'emparait de la Savoie et menaçait les Pays- Jîas, alors d(îgarnis de troupes.
Marie de Hongrie réunit les états généraux à Bruxelles, dans la grande salle du palais, le Hjuiji 1536. Le chancelier de la Toison d'or, par Tordre de Charles-Quint, fit d'abord un exposé de « ses actions et (lu succès de ses ;tliaii es. ?» Il s'attacha surtout à prouver que l'agresseur était le roi de France. Enfin, il sollicita l'aide nécessaire pour l'entretien d'une armée chargée de défendre les Pays-Bas. Marie de Hongrie prit ensuite la parole pour échauffer le zèle des députés.
Les ressources fournies par les états permirent à la
régente de i ( unir des troupes que le comte de Nassau conduisit en Picardie et d'envover une seconde armée en Over-Yssel contre le duc de Gueldi e, allié des Français.
Mais si grand que fût le zèle de Marie de Hongrie pour triompher des lenteurs que lui opposaient lorganisation et les privilèges des états, elle ne parvenait
(i) Voir Inventaire analytique des chartes et document appartenant à la ville de Qand, etc*, p. 933.
CHARLES-QUINT (1514-1353). m
}»oijii a contenter Charles-Quint. Blessée des reproches indirects qui lui furent adressés , elle deaianda d'être déchargée du gouyernement des Pays-Bas, et elle ne consentit à retirer sa démission que par dévouement pour son irére et par amour pour son pays natal.
La situation financière était, au surplus, déplorable. Déjà la plupart des revenus ordinaires et extraordinaires de 1538 étaient absorbes, el quoi qu'on eût (f^alement anticipé sur les aides de 1537 et de 153(S, la dette du gouyernement dépassait encore 300,000 florins. 11 fallait cependant que la régente trouvât les ressources nécessaires pour Tentretien d'une armée de 30,000 hommes. De ravis des conseils et des chevaliers de la Toison d'or, elle proposa en conséquence aux états particuliers une série de nouveaux impôts. Les états généraux furent ensuite réunis, dans les premiers jours de décembre, à rhôtel de ville de Bruxelles; mais les députés des diverses provinces ne purent se mettre d'accord sur les nouvelles impositions qu'il s'agissait d'établir.
Les Français venaient de pénétrer dans l'Artois, lorsque, le 24 mars 1537, Marie de Hongrie assembla les états généraux dans la galerie neuve qui venait d'être ajoutée au palais de Bruxelles (1). Sans souci de l'impopularité à laquelle elle s'exposait par ses demandes incessantes, la régente sollicita un subside de 1,200,000 florins pour organiser promptement une armée de 30,000 hommes et l'entretenir pendant six mois. Louis
(1) Il ne faut point confondre ceUe galerie, constrnite ea 1937, avec la grande et célèJDre salle érigée par Philippe le fion.
de Schore, du conseil privé, avait été chargé de développer la proposition du gouvernement (1). L'orateur, après avoir rappelé aux états qu'ils avaient promis, en 1531, de s'aider les nns les autres, dit que le moment
était venu d'exposer le moins pour garder le plus. Il ajouta que, à cause de l'imminence du danger, la régente les avait convoqués , quoique ce ne iiit poiiil la coutume, avec clmrge de conclure. Il les conjura eniîn de déjouer sans retard les desseins de l'ennemi, s'ils ne voulaient s'exposer à d'irréparables donmiages, outre la honte qui en rejaillirait sur le pays. Marie de Hongrie prit également la parole pour réclamer une assistance prompte et efficace. Elle no s était chargée, dit-elle, de la renonce du pays ({\ie pour faire plaisir à l'empereur. Elle rappela ensuite que, lors de son installation, elle avait trouvé de grandes dettes quelle s'était efforcée d'amortir; mais les domaines du prince ne suffisant plus à payer les dépenses de la guerre, elle était obligée de faire appel au patriotisme des états. Dans une seconde réunion, (|ui eut lieu le lendemain à l'iiotcl de ville, les députés du Brabant déclarèrent qu'ils étaient prêts à s employer, corps et biens, pour le service de l'empereur, ainsi que pour l'assistance des autres provinces, et ils exhortèrent chacun à suivre cet exemple. Les mandataires des autres provinces donnèrent, en général, les mômes témoignages de zèle et de dé-
(1) Louis de Schore, chcvaUcr, nalit de Louvain, devint chef el préaident du conseil privé en l&iO. Il mourut à Anvers, le 25 février 1548, et ftit inhumé en r^Hiae des Augustins, à Louvain. Voir Christyn, Ttmbeaux des hommes iUustres du conseil privé, p. 17.
CHARLËS-QUhNÏ (Ial4-lju6).
vouement On doit noter cependant que le clergé du Hainaut prît la résolution de s'adresser à Charles-Quint pour que ses propriétés fussent affiranchies de toute contribution; il faisait valoir les immenses sacrifices qu'il s était imposés depuis que l'empereur avait obtenu du pape l'autorisation de taxer les biens ecclésiastiques (1). Les députés de la Flandre seuls avaient montré une attitude froide, sinon hostile : ils avaient répondu aux exhortations patriotiques de la régente qu'ils n'avaient d'autre charge que d'otiïir les demandes et de les rapporter à leurs principaux.
Ajoutons que l'opposition do cette importante province ne fut pas générale. Trois membres : Ypres, Bruges et le Franc (2) votèrent leur part de l'aide demandée à la Flandre. Mais les métiers de Gand furent inébranlables. Ils invoquèrent un ancien privilège qui les libérait, disaient-ils, de la contribution pécuniaire en les autorisant à servir le souverain par leurs propres milices. D'autres prétentions envenimèrent le conflit et contribuèrent à produire la dangereuse insurrection que Charles-Quint devait réprimer avec une sévérité excessive, avec nne rigueur trop inflexible.
Ce châtiment avait excité une profonde émotion dans tout le pays, et l'impression n'en était point effacée, lorsque les états généraux se réunirent à Bruxelles » dans la grande «alie du palais, le 4 octobre 1540, en pré-
(I) Invenlaire des archives des Chamlfret du clergé, iU la noblesse et du tiers état du Jlainaut, t. l«s p. 134.
(3) On sait que la Flandre était divisée en quatre membres (quartiers ou districU): Gand, Bruges, le Franc de Bruges et Ypres.
«8 CIIAPIIUL yL'ATKltME.
sence de Charles-Quint. 11 leur fit déclarer que, s'il avait jugé nécessaire de changer rorganisation communale de Gand, il n*avait point Tintention pourtant d*innoyer
dans les autres provinces, L*orateur du gouvernement annonça, en outre, que les états recevraient communication (le noiivoaux odits qui avaient âic préparés, par le commandement de l'empereur, pour s'opposer aux ^ sectes réprouvées » et pour remédier aux lenteurs de la justice.
• En 1538, François et son heureux et puissant rival avaient conclu à Nice une trêve de dix ans. Elle
iVit rompue dès 1542. De même que François P'' avait saisi le monuMit où Charles-Quint était devant Tiniis pour recommencer les hostilités, de même il voulut tirer parti do l'issue funeste de l'expédition que Tempère inavait dirigée contre Alger.' La vaillante régente des Pays-Bas ne se laissa plus surprendre. Dés qu^eUe connut les préparatifs hostiles du roi de France, ellç ordonna de convoquer les états généraux et tit lever trente mille hommes de pied et cinq mille chevaux. Le Luxembourg, l'Artois et le Brabant furent assaillis en même temps parles Français ; mais toutes ces tentatives échouèrent.
Le 27 novembre, les états généraux se réunirent à Bruxelles. Pour subvenir aux frais de la guerre, la régente leur demanda la levée d*un impôt d*un pour cent sur toutes les marcliaiiilises exportées du pays, le dixième du revenu de tous les biens immeubles et le dixième du revenu des marchands possédant en marchandises et denrées une valeur de mille iiorîns et au delà.
CHARLfiS-QUINT <15I4-1S5S). <H>
« 11 est temps aujourd'hui, - 1< ur dit le président du conseil privé au nom de la régente, «< il est temps de « montrer votre dévouement à l'empereur, notre prince » naturel, et que, pour chose du monde, vous ne vou- «( drlez être soustraits à son obéissance, mais que vous « endureriez tous les maux plutôt que de tomber sous w la (loiniaation des Français. Ce que la reine vous « demande n'est point pour elle, mais pour vous, afin « de vous garder et de vous défendre et conserver vos «< libertés et franchises et ne pas vous laisser réduire «< vous, vos femmes et enfants, en perpétuelle servitude. « Il ne faut donc rien épargner pour que vous soyez « convenablement protégés ; il vaut mieux donner notre - bien à ceux tjui nous d('feii(lroiit que de le laisser ravii- •* par les ennemis. Ces derniers sauraient d'ailleurs
exiger facilement plus qu'on ne vous demande (1). n
Malgré ces admonestations patriotiques et pressantes, il ne fut pas aisé d'obtenir le consentement des états particuliers. Il fallut même faire violence aux états de
Hollande, qui s'opposaient à l'établissement d'impôts sur les marchandises.
Dans l'été de 1543, Charles-Quijit vint lui-même au secours de ses Etats patrimoniaux. 11 entra dans les possessions de Cléves , prit d*assaut la ville de Duren et força l'héritier de Charles d*Ëgmont de renoncer à
(I) Le texte de ceue proposili'n} caractéristique a tfté publié p:n M. Gachard, archiviste général du royaume. Voir Des anciennes assembtéet fiofionatef de Belgique, dans la Eevue de BrvxUUs, cahiers de novembre et de déeembre 1839. Cette eequine eontlent un assez grand nombre de documents tirés des archives de l*ËUit.
70 CHAPITRE OUATRI&HB.
toutes prétentions sur le duché de Gueldre. Cette expédition victorieuse eut pour effet d'achever la réuuion des dix-sept provinces des Pays-Bas. En 1528 , rempereur avait déjà acquis la seigneurie d*tJtrecht et la province d*0ver-Ys8el de l'évéque Henri de Bavière; en 1536 , le pays de Drenthe , Groningue et les OinmeJanden le reconnaissaient pour leur souverain ; enfin, le 7 septembre 1543, le duc de Clèves, héritier de Charles d'Egmont, ce'dait à perpétuité la Gueldre et le comté de Zutphen au descendant des ducs de Bourgogne.
Les mandataires des provinces des Pays-Bas avaient été convoqués à Louvain pour le 15 septembre. Maïs,
en re\ enant de la Gueldre, l'empereur fut surpris à Diest par une violente attaque de goutte. Obligé de demeurer dans cette ville, il y appela la régente et les députés des états. Ils se réunirent le 20 septembre dans une salle de llidtel où Charles-Quint était 1<^. L'empereur se fit porter dans cette salle et prit place sous un dais, ayant auprès de lui la régente des Pays-Bas. Après que Louis de Scliore, chef et président du conseil privé, eut exposé à l'assemblée le motif de cette convocation , le chancelier de Brahant , organe des états , félicita lempereur d'avoir accompli une conquête aussi importante que celle du duché de Gueldre et du comté de Zutphen, et il le remercia de n'avoir pas hésité à quitter ses autres royaumes et ses enfants pour venir secourir ses l)ays patrimoniaux. Charles-Quiat lui-même prit alors la parole. 11 rappela d'abord aux députés du pays la recommandation qu'il leur avait iaite de se tenir unis
CHARLES-QUINT (lol4-iaou). 71
et d'obéir à la reine Marie pour qu'ils méritassent, par cette conduite , toute sa bienveillance. Puis il entretint rassemblée de la duplicité du roi de France. Il dit que
ce monarque, au moment où il lui faisait les plus belles proîostatioiis , l'avait fttta(|U(i dans tous ses États, eu Espagne, en Italie , dans les Indes aussi bien que dans les Pays-Bas, soit par ses propres forces, soit par celles de ses alliés, les ducs de Uolstein et de Oléves. Luimême; ajouta-t-0, avait fait en sorte de rompre les desseins des Français sur FEspagneJes Indes ^etritalie; quant aux Pays-Bas, les ennemis n'y avaient pu guère mordre, ^râce au bon oi dre que la régente y avait mis et à 1 assistance que ses sujets lui avaient prôtoe. Il les remerciait affectueusement de cette nouvelle preuve de leur dévouement (1).
Le 23 décembre, Charles-Quint s'adressa de nouveau aux députés des états, réunis à Bruxelles. Obligé de se rendre en Allemagne pour présider la diète impériale à Spire, il prit congé des représentants do ses provinces héréditaires, l(Mir promit detre de retour pour le mois de mars et leur renouvela l'assurance de n'épargner ni sa personne ni les biens de ses autres États pour défendre les Pays-Bas.
Charles -Quint tint fidèlement cette dernière pro-
(I) Indépendamment des pièces officielles conservées aux archÎTOS du
royaume, voir lo journal manuscrit ou .Sommaire des voyages de Charles-Quint, par Vandonessc, contrôlrnr de S. M.
On trouve aussi une nienlion de lassemblée de Diesl, dans les Commentaires de Chartes-Quint, publiés par M. Keryya de Letlenhove, p. 73,
73 CHAPITRE QI^ATRIfiME.
tiiûsse; maïs il ne put être de l etour pour le mois de mars. Il allait se mettre à la tête de sou armée et la conduire eu France. Pendant son absence, les états généraux s'étaient réunis à Gand.
Le traité conclu à Crespj, le 18 septembre 1544, vint entiu terminer la lutte que, depuis un quart de siècle, François I*-"'" soutenait contre son habile et persévérant ri\ al. Non-seulement l'empereur gardait Naples et le Milanais» mais encore il avait obligé le roi de France à renoncer irrévocablement à la suzeraineté de la Flandre et de TArtois. Cette renonciation donnait plus de cohésion aux dix-sept provinces réunies sous le sceptre de Charles-Quint.
L'empereur revint dans les Pays-Bas vers la fin de septembre et ne tarda point à faire assembler les mandataires des provinces. Ils étaient réunis à Bruxelles, au mois d'octobre.
L'année suivante, Tempereur, ayant encore besoin d'une aide pour entretenir les troupes qui se trouvaient dans les Pavs-lias, aima mieux s'adresser aux états en particulier que de réunir leurs mandataires en assemblée générale. 11 alléguait qu'il voulait communiquer aux états des secrets du pays, » dont la divulgation aurait pu avoir des inconvénients, et que, dans les assemblées générales ; « plusieurs se fourraient qui n*y étai^t appelés (\]. r
Nous n'avons point à nous occuper de la guerre qui
(t) Voir la proposiUon faite aux membres et étals de Flaadre (archives de Gand).
CHARLES-Qll.NT (l.'il 1-1.>.).)). 73
détruisit la célèbre ligue de Smalkalde et fit tomber au pouvoir de Charles-Quînt Télecteur Jean-Frédéric de Saxe et le landgrave Philippe de Hesse. Bornons-nous
à rappeler que la diète de l'Empire, convoquée à Augsbourg en 1518, rattaclia les Pays-Bas au corps germanique sous le nom de Cej'cle de Bourgogne.
Charles-Quint demanda aux députt^s des états des Pays-Bas, réunis à Bruxelles le 25 octobre, de ratifier la confédération défensive proposée par la diète d*Augsbourg. Ce traité avait pour but d'assurer aux États patrimoniaux du souverain la protection de FEmpire, tout en leur laissant la jouissance entière do leurs libertés et franchises. Les repi(\S(Mi1aiits du pays ne se bornèrent point à donner leur acquiescement; ils autorisèrent lempereur à désigner tels prélats, nobles et villes quil jugerait à propos afin de ratifier, de leur part, cet acte fédératif.
L'empereur fit également annoncer aux états généraux rariivée prochaine du prince, son fils, et le mariage de la princesse Marie, sa fille aînée, avec l'arcliidue Maximilien, liénticr des couronnes de Hongrie et de Bohême. En même temps les mandataires des provinces furent informés que Tempereur serait forcé de leur demander de doter sa fille, vu qu'il avait épuisé ses finances pour la défense du pays et pour la construction d'un certain nombre de places fortes, parmi lesquelles l'orateur du gouvernement cita Marienbourg, Rœulx, Damvillers et Lillers.
Ën 1549, Charles-Quint avait conçu le projet de faire reconnaître dès lors son fils unique (le prince Philippe)
comme le futur souverain du pays. En outre, pour empêcher à jamais que Tune ou l'autre des dix-sopt provinces fût détachée des Pays-Bas, il désirait établir, par une Pragmatique, que la succession aurait lieu dans toutes en ligne directe et collatérale. Ces propositions, impoi laiitos et nouvelles, lurent faites d'abord aux états particuliers des provinces. Ce ne fut qu'après «uuir obtenu l'adhésion des assemblées provinciales que Charles- Quint çonv(i(jua les états généraux à Bruxelles. Ils se réunirent le 4 novembre 1549. L'empereur leur présenta son fils, les remercia de l'accueil qui avait été fait au prince d'Espagne dans les différentes provinces et, après leur avoir recomiiiaiid*' de vivre en bonne union, les exliurta vivement à soutenir la foi catliolique. *i L'empereur avait tait passer son tils par deçà, r> leur dit l'orateur du gouvernement, « aân qu'il fût ^ connu, et que, voyant ces pays et leur impor- « tance, il en tînt à l'avenir un soin plus particuUer, «4 et que, étant informé des grandes charges qu'ils por- « fent pour se soutenir sous l'obéissance de leur ~ prince, il les respecte tant ])lus. » La proposition se terminait, selon l'usage, par lu demande d'une aide (1).
Henri II, successeur de François nourrissait contre Charles-Quint une haine profonde. Il n'attendait qu'une occasion pour tourner ses forces contre les
(1) Ce subside devait être fourni au moyen d'une accise imposable sur toute pièce de vin venant de Tétrangcr. Inwntaire analytique det eliarUs et ûocument^appattenani am archives de la vilU de Oand, p. 5S3.
Pays-Bas et enlever ces provinces au descendant des ducs de Bourgogne. Après la défection de Maurice de Saxe, il jeta le masque, et, dans Yéié de 1551, déchira le traité de Crespy. Marie de Hongrie, dont Tactivité
était admirable en face du péril, ne tarda point à faire un appel au patriotisme des états généraux. Elle les réunit à Bruges, le 5 janvier 1552, leur annonça les entreprises hostiles des Français ot ûiiit par la demande d*un subside de trois millions de tlorîns.
Cette pétition ne fut pas accueillie avec faveur. Dans une nouvelle réunion tenue à Bruxelles, les mandataires des provinces n*accordèrent que la moitié de la somme demandée,, c'est-à-dire 1,452,000 lluiins.
La roerente avait vu avec surprise que le clergé et la noblesse, comme s'ils avaient voulu s'exempter des sacrifices exigés du p.ivs, n'étaient point représentés dans la députation de la Flandre. Elle 8*en plaignit au conseil de cette province et exprima la volonté que, à Tavenir, le clergé et les nobles comparussent aux assemblées des états.
Le 13 février 1553, les étals généraux se réunirent encore à Bruxelles, en présence de l'empereur. De nouveaux sacrifices leur furent demandés pour la défense du territoire, pour le bien du pays, selon l'expression de Forateur officiel, et pour procurer aux provinces un repos assuré. Il s'agissait de recouvrer sans délai une somme considérable afin de payer les gens de guerre. La demande devait être considérable, en effet, car les états de la Flandre séparément s'accordèrent pour payer une cote de 720,000 livres.
76 CHAPITRE QUATBIEME.
La tci iible ^uci re, allumée par lambitioii et ïo^^ ressentiments de Henri II, devait se prolonger jusqu'aux derniers jours du règne de Charles-Quint. Elle fut marquée, pour l'empereur, par de nombreuses Ticissitudes, La fortune sembla même abandonner le puissant monarque qui, dans sa jeunesse, avait tenu François captif et qui, nag-uère encore, détruisait, sur les bords de rFJbe, la foi hiid.iljlo li<2rue des princes protestants. Mais les revers ne découragèrent point Charles-Quint ; loin aussi de consterner Marie de Hongrie, ils firent encore mieux ressortir Théroîsme de cette femme si digne du commandement. De même que son frère, elle s*était dévouée, avec une constance inébranlable, à k défense de son pays natal. Elle aurait voulu tout sacritier pluiôtque de livrer les piovinces belpres aux Français. Les peuples, éh'ctrisc's par It^iergie de la courageuse régente, montrèrent à leur tour plus de patriotisme et plus de fermeté. Les mandataires des provinces devinrent moins parcimonieux et plus résolus à seconder les efforts magnanimes de Charles -Quint et de sa sœur.
L'oiiipeieur fit assembler les états généraux à Bruxelles, le mars 1554, dans la pilerio de la coin-. Vers trois heures de laprès-midi, Charles-Quint, qui souffrait de la goutte, entra dans la salle, en s appuyant sur un bâton crochu; »> il était suivi de plusieurs princes et seigneurs. Il prit place au fond de la galerie, sous un dais couvert de drap d'or; auprès de lui, mais un peu plus bas, lu régente des Pays-lîas s'assit dans une chaire couverte de velours noir. A droite étaient les
princes et les chevaliers de lordi^e de la Toison d*or; à gauche, les seigneurs et les gentilshommes des états. Âu milieu de la salle, sur des bancs disposés à cet
eflfet, étaient assis les députés des villes et des châtel* lenies d<ans l'ordre accoutumé. Jean de Saint-Maui is, président du conseil d'Ktat, debout du côté des gciililsliommes, ât une grande révérence et prit la parole, au nom du souverain. Il dit que lempereur remerciait les états de la sollicitude qu'Os avaient toi\jours montrée pour tout ce qui concernait la conservation et le bien des provinces; il les remerciait particulièrement de la promptitude avec laquelle, depuis leur dernière convocation, ils avaient foiinii si volontairement les subsides qui leur avaient étr* demandés pour entretenir l'armée. 11 rappela ensuite les succès obtenus par les Impériaux, signala les trames ourdies par le roi de France en Allemagne, en Italie et en Angleterre pour ruiner Tautorité et le crédit de Temperenr, et adjura enfin les députés de Iburiur les moyens nécessaires pour continuer une j;uerre légitime. Lorsque loraieur du gouvernement eut iiiii sa harangue, Charles-Quint kd-môme prit la parole en ces termes : Messieurs des estats , le sei- « gneur de Saint-Mauris vous a fait entendre la cause » de votre convocation en ce lieu. Quant au reste, vous « vous trouverez vers la reine et elle vous dira chose « de ma part, à laquelle je vous prie d'ajouter foi et - er(>ance comme à ma propre personne. Ad visez de » faire tous bons offices de bons et loyaux sujets» et en mon endroit ne fauldraj de vous être bon « prince. »
78 CILVIMTKE QLATRIÉMK.
Selon la coutume, un des membres des états de Brabant, se faisant Torgane de rassemblée, remercia l'empereur « de Tassistance qu*il avait donnée aux Pays- Bas et de la grande et incomparable affection qu'il leur
portait et avait toujouis portée; » il le remercia ^particuliéremeni d'avoir, dans la dernière campagne, conquis et fait démolir les forteresses de Térouanne et de Hesdin* qui occasionnaient tant de mal aux peuples des frontières. La séance fut ensuite levée. Le lendemain, Marie de Hongrie, ayant mandé successivement et séparément les députés de chaque province , le président du conseil (rKtat leur lit coiinailre les demandes de l'empereur; il mi soin aussi d'indiquer l'emploi qui avait ctë fait des aides votées l'année précédente. Les députés n'avaient pas le pouvoir de prendre une résolution immédiate. Ils durent retourner dans leurs provinces respectives pour consulter leurs commettants ou priiKipaux. Les états particuliers, après avoir délibéré sur les propositions de l'emperour, accordèrent doux millions de florins environ pour subvenir aux frais de la guerre (1).
Les Français avaient pénétré dans les Ardennes, le Hainaut et le pays de Namur. Ils emportèrent d'assaut Marienbourg, Dînant et Bouvignes; brûlèrent les châteaux de Marie de Hongrie à Mariemont et à Bînche;
prirent cl l'asérciit Bavai et Maubeiigo. Les Impériaux obUgèreut enfin les bandes Irançaises à rétrograder, et
(1) Voir la relation eontomporaine insérée dans le BuUetin de la corn- ' mis^ rouaie d^hUtcire, ^ série» t. V, p. 76 et suiv.
CHAKLES-QLl.NT (loJ i-laiw). 79
Cliaiies-Quiat lui-même, ayant rejoint son armée, les attaqua devant Renty, où il remporta un dernier avantage.
Tout en se dévouant sans relâche à la défense des
Pays-Bas, Chai les-Quiiit avait déjà pris lu résolution irrévocable de se déniettn? de la puissance souveraine pour se retirer au mouastére de Yuste, en Espagne. Quoiqu'il neût çrnàvG dépassé l'âge de cinquante-cinq ans, une décrépitude irrémédiable se révélait dans ses membres en quelque sorte brisés par la goutte, dans sa barbe et ses cheveux qui avaient blanchi prématurément. Ne pouvant plus qu'à grand'peine se soutenir à cheval, obligé de suivre l'armée eu lilicre, il se seufait désormais impropre à i'ollice de général. D'autres causes encore, plus intimes, motivaient la résolution prise par le souverain qui, depuis quarante années bientôt, supportait le poids de tant de couronnes.
Marie de Hongrie se disposait aussi à résigner le gouvernement des dix-sept provinces, uialgré les instmices de son iVère. Parmi b^s rai>u.i.> (lu eUe alléguait pour justifier sa détermination, la régente insistait particulièrement sur les difficultés du gouvernement des Pays-Bas. «< Celui-ci, » disait-elle, « est le plus difficile ; » car il faut entretenir des relations continuelles avec * » tous les ordres de l'État pour gagner les bonnes grâces »♦ tant de la noblesse que des communes, ce pays n'étant ^ ni ime monarchie absolue , ni une oligarchie, ni une » véritable république. Or, ce sont des devoirs pénibles » pour une femme, principalement si elle est veuve,
car la femme, quelle que soit sa qualité, n'est jamais
?• crainte iii respectée comme l'iioniiiie (i). » 11 laut ajouter que Marie de Uougrie, pour s'être associée avec tant de vaillance et un si grand dévouement aux desseins de sou frère , croyait s*étre rendue odieuse aux états; elle nlgnoraît pas que les mécontents la rendaient en quelque sorte responsable des immenses sacrifices (|ue le peuple avaii dû s'imposer pendant vingt-quatre années. Mais cette iin})opularité ne fut que passagère; la démission de la sage et courageuse régente lie tarda point à exciter les plus ^dfs regrets.
Le 25 octobre 1555, vers trois heures de Faprèsmidi, plus de trois cents députés envoyés par les états des dix-sept provinces des Pays-Bas (à Texception de rOver - Yss(^l , de Dronthe et de Liugen) étaient réunis dans la grande Scille du palais do Bruxelles. Une barrière les séparait de la loule qui était venue assister à lune des scènes les plus mémorables de l'histoire. Charles-Quint entra, s*appuyant de la mam gauche sur un bâton et la main droite posée sur l'épaule de Guillaume de Nassau , prince d'Orange. Il se dirigea vers l'estrade et prit place sous le dais de Bourgogne. Le roi Pliilippe s'assit à sa droite, ei la régente des Pays-Bas à sa gauche. 11 était comme entouré des chevaliers de l'ordre insigne de la Toison d'or, des membres des conseils collatéraux et des principaux seigneurs du pays dont les places étaient marquées sur Testrade même. Philibert de Bruxelles, membre des conseils d'État et privé, adressa d'abord à cette assemblée vraiment illustre
(I) Papier* û'ÉUU du canUnal de Oranvelle, I. IV, p. 46(M80.
CHABLES-QUINT <15l4-im. 81
LUie harangue ou il euuméraii les motil's qui déterxmuaient Charles-Quiiit à remettre au roi Philippe, son fils, la souveraineté des Pays-Bas (1).
Puis Tempereur, la main toi;gours posée sur Tépaule du prince d'Orange, se lève et fait signe qu'A veut parler. Tenant un nK^morial à la main, il improvise un discours qui est, sans contredii, un dos monuments les plus remarquables de l'histoire des anciens états généraux des Pays-Bas. Charles-Quint, s'adressant aux représentants des dix - sept provinces , leur rappelle qu'il y avait eu quarante ans, la veille des Rois, que, dans cette même salle, il avait été émancipé. Il raconte comment il prit possession des royaumes d'Espagne et comment il fut élu empereur. 11 énumère, avec une mâle simplicité, ses principaux voyag-es et ses expéditions en Allemagne, en Espagne , en Italie , aux Pays-Bas , en France , en Angleterre, en Afrique. Il avait traversé huit fois la Méditerranée et trois fois l'Océan. Pendant ces absences, les Pays-Bas avaient été gouvernés depuis 1531 par sa sœur, là présente. Charles, prenant les états à témoin, cl se tournant vers l'illustre princesse, loue la sagesse et l'habileté de son administration. Parlant ensuite de ses guerres, il déclare que, s'il a pris souvent les armes, ç'a été contre sa volonté et parce que ses ennemis l'obligeaient à se défendre. 11 prie enfin les
(1) Voir les discours ottîci< U tlans les ÀJittUu li's heltjiquest, do M. G;ichard fnruxflles, 1830), p.7ô-lu-2 « Phîlibcit de liriixollos, chevaiiof, Datif de .Haiines, seigneur de Hcysbroeck et de (iraulrciiig, succéda à son père Raioul de Bruxelles, comme membre du grand Conseil de Malines (le SS septembre 1530). En 1348, il Ail appelé au Conseil privé. Il mouml en IS70. » {Histoire 4u grand conseil de S. M.)
députes de témoigner à son âls le même umour et la même obéissance dont ils lui avaient donné à lui-même tant de preuves. S'attendrissant et laissant édiapper quelques larmes, il déplore les fautes qu*il a pu commettre par ignorance ou par négligence; mais iTatteste que jamais il na fait vc)l( )iitairement tort ou violence à aucun de ses sujets. ^ Si j'en ai fait quelqu'une, « ajoutet-il, « ce na esté à mon escient. Je le regrette et j'en demande pardon »
Jacques M aes , pensionnairei de la viUe d'Anvers , répond à Tempereur, au nom des états généraux. Charïes'Quint, serrant son fils dans ses bras, le déclare enfin souverain des dix-sept provinces. Comme il ne pouvait maîtriser son émotion, il se tourne de nouveau vers les députés et leur dit : « Messieurs , vous ne » devez pas être émerveillés, si, vieux et débile de tous » mes membres, tel que je suis, et aussi pour Tamitié, n je verse quelques larmes. » Philippe, le nouveau souverain, s'adresse à son tour aux états. Ne pouvant s'exprimer avec assez de facilité en français, il dit qu'il a chargé Granvelle, évéque" d'Arras, d'être son interprète. Celui - ci , qui allait devenir le principal ministi-e du nouveau souverain dans les Pays-Bas, remercie les états de la bonne volonté avec laquelle ils avaient reçu le successeur de Charles-Quint; et il déclare que le roi, selon les intentions die son père, apportera un soin vigilant à ce qui touche le service de Dieu, le soutien de la foi catholique, l'obéissance due à la sainte Eglise. On entendait déjà un langage qui différait des mâles et simples paroles de Charles-Quint. Marie de Hongrie de-
manda à Tempereur la permission de dire aussi quelques
mots aux états. Elle ne parla point des grands services quelle avait rendus aux Pays-Bas pendant sa régence; elle déclara seulement que si son savoir eût répondu au dévouement avec lequel elle avait tâché de remplir sa charge , aucun pays n eût été mieux gouverné que les dix-sept provinces. ËUe remercia avec dignité les états de l'assistance qu'ils lui avaient accordée et leur promit qu'elle ne cesserait , où qu'elle fùi , de s'employer à « promouvoir leur bien. ^ Lorsque la régente eut fini de parler , l'empereur , son frère, la remercia avec tendresse des longs et ûdèles services quelle lui avait rendus.
Ces scènes imposantes et pathétiques, qui terminèrent le règne de Charles-Quint comme souverain des Pays- Bas, devaient encore rehausser l'importance et l'autorité des états généraux. En associant les députés du
pays aux plus grands actes de son règne, en prononçant devant eux son abdication, en leur reconmiancituit son fils, Charles-Quint proclamait que le souverain des Pays-Bas n'était point absolu. Il donnait une grande leçon à son successeur. Mais le prince taciturne et hautain, qui allait se rendre si célèbre et si exécrable sous le nom de Philippe II. ne devait point montrer pour les états cette déférence qui avait tant contribué à la popularité de Charles-Quint. ^ Cet empereur, - dit un écrivain du xvi* siècle, - estoit de sa nature assez populaire et pour ceste cause estoit aimé et par manière de dire adoré du tiers estât que nous appelons les villes, qui estoient tot\jour8 promptes de satisfaire à
»4 GUAl'iTUË Ql'AiUiKME.
ses demandes et y faisoieiit condescendre les ecclésiastiques et gentilshommes. « A un prince belge par la
naissance, l'éducation, le caractère et les goûts, succédait un iiiunarqne qui, pour nos aïeux, devait bientôt personnifier la tlomination étrangère.
CHAPITRK CINQUlKMi:.
LBS PREMIBRS 6TATS GÉNÉRAUX DU RÉGNR DE PHILim II.
Dans sa célèbre Description des Pays-Bas, ini|»i iiiiée à Anvers, en 1567, Louis Guichardin fait ressortir le rôle important qui était dévolu aux états généraux. A ravénement de Philippe II, ils étaient toujours composés de mandataires des états particuliers des pro- ' yinces, choisis dans les trois ordres. Toutefois, le Luxembourg et la Gueldre, de même que la Frise, rOvnr-Yssol, (ironijigiie, Limbourg et le pays d'Outre- ^ Meuse pnîtoiHlaieiit que leurs privik^es ou des traités formels les dispensaient de comparaître aux assemblées générales. Les autres provinces attachaient, au (Contraire, le plus grand prix au droit de former, par leurs
CRAPITRB GINQUIfiME.
I députés, les états généraux du pays. Ces provinces, con* stamment représentées dans les réunions générales» étaient : le Brabant, la Flandre, l'Artois, le Hainaut, la Hollande, la Zélande, Namur, Utrecht, Lille, Tournai, le Toumaisis, Valendennes et Malines.
Au jour tixé pour la réunion, les députos désignés par l<*s états particuliers devaient, sons peine d'amende, comparaître à l'assemblée générale. Les propositions étaient faites, au nom du souverain, par un conseiller délégué, lequel avait soin d'employer des paroles courtoises « pour gagner le cœur de Tassistance. » Après avoir ouï les propositions du gouvernement, les mandataires des états provinciaux réclamaient ordinairement un délai pour répondre et retournaient chez eux atin de se concerter avec leurs principaux ou commettants. Les réponses de chaque députation étaient ensuite remises par écrit. Si le prince ou son représentant n'en était point satisfait, il s'efforçait, par de bonnes raisons et des remontrances, de justifier les demandes qu*U avait faites. L'accord, on le sait, devait être unanime. Il suffisait même de l'opposition d'une seule ville pour tenir tout en suspens. Quand bien même, ?» dit Guichardin, tous les députés auraient accordé la demande du prince et qu'une seule ville s'y opposât, elle casserait tout cet accord, n
Telle était rassemblée des états qui, selon les expressions de Guillaume le Taciturne, servait de bride et de barre à la tyrannie.
Philippe II éprouvait pour ces réunions une répugnance insurmontable. Loin de vouloir suivre l'exemple
PHILIPPE li (1536-l»Se).
de Charles-Quint, qui ne dédaignait point de solliciter Tassistance des peuples des Pays-Bas, Philippe II prétendait leur imposer ses volontés. Mais le moment n*était pas venu pour le nouveau souverain de dévoiler son
caractère et ses vues tyranniques. Le duc Emmauuel- I^]iilil)ert de Savoie, chargé du pfoiivernement général depuis la résignation de Marie de Hongrie, les chevaliers de la Toison d or et les membres du conseil d'État venaient de représenter à Philippe II que la situation financière exigeait impérieusement Tintervention des mandataires des provinces.
Le roi consentîtàréunir les états généraux à Bruxelles, le 12 mars 1556. Le conseiller Philibert de Bruxelles, interprète du nouveau souverain, qui présidait l'assemblée, annonça que les négociations entamées avec la France n'avaient pu amener la conclusion de la paix, mais qu'une trêve marchande avait été décidée à Vaucelles pour cinq ans. Peut-être aurait^il mieut valu continuer la guerre afin de recouvrer les pays usurpés; mais le roi avait cru devoir, dans l'intérêt de tous ses royaumes, et particulièrement des Pays-Bas, condescendre à la trêve, parce qu'il espérait qu elle serait un acheminement à une paix solide. Gepeudant il ne fallait point se dissimuler que de nouveaux sacrifices étaient nécessaires pour payer les arrérages dus aux troupes et entretenir celles-ci pendant la trêve; pour réparer et approvisionner les anciennes forteresses, poursuivre la construction de Charlemont et de Philippe ville, rembourser les sommes qui avaient été levées à rente et subvenir aux charges ordinaires de Tadmimstration.
H8 CHANTRR CINQUIEME.
L*orgaiie du gouvenieiiieiit évalua les dépenses à trois millions de Ûorins; mais il se hâta d ajouter que cette somme ne serait point levée par voie de répartition. Pour mieux généraliser l'impôt, il paraissait plus juste (1(3 proposer la levée du lOO" denier de la valeur des biens immeubles et du 50® denier de la valeur des biens iiu'ubies, à payer en trois termes. Ce moyen, on ne le dissimulait point, était inusité aux Pays-Bas; mais le j oi avait Tespoir que les état$ l'adopteraient pour cette seule fois, sans préjudice pour l'avenir, et à défaut d*au- Ires expédients convenables.
Cette espérance fut déçue. Dans toutes les provinces, les propositions nouvelles du gouvernement avaient rencontré la plus vive opposition. Toutefois, Philippe II aurait réussi peut-être à la surmonter, s'il avait voulu suivre les conseils de Marie de Hongrie : elle l'engageait à imiter Charles -Quint, à diriger lui-même les négociations entamées avec les états, enfin « à se faire solliciteur. « Mais ce rôle ne pouvait convenir au caractère à la fois hautain et réservé de Philippe II. Il aima mieux voir échouer ses propositions que de gagner la confiance et laffection des Belges. Il oubliait, comnic disait un (U? ses contemporains, (pie les libres (.'t fiers habitants des Pays-Bas ne connaissaient point ces mots tjranniques : Sic vola, mjubeo.
L'appauvrissement du pays, résultat des immenses sacrifices faits sous le dernier règne, et une affreuse disette rendaient encore plus inopportune la dernière demande de Philippe 11. Pour surcroît de malheur, tout annonçait que la trêve conclue à Vaucelles n'aurait pas
PHILIPPE H (i!m-l55e>. 89
line longue durée. Dans ces coi\joiictures, Emmanuel- Philibert de Savoie nliésita point à faire connaître lu vérité au roi. Le successeur de Marie de Hongrie
cacha point au nouveau souverain que le pays n*était plus en état de pourvoir à sm delbiise, comme il l'avait lait anirofois si voloiitainMnfMit et si généreusement; il ne pouvait même plus» tant la pauvreté s'était accrue, fournir les contributions accoutumées. On avait dû, en quelque sorfe, arracher aux états le peu qu'ils avaient accordé. Or, les aides ordinaires étant déjà engagées par anticipation et les nouveaux moyens proposés aux mandataires des provinces ayant été accueillis avec défaveur, on ne voyait point, disait le duc de Savoie, (Comment un pouriaii gouverner et défendre les Pays- Bas si le l oi ne suppléait pas au déticit constaté (1),
Malgré l'appauvrissement générai, les états des provinces n'avaient pourtant pas refusé toute assistance. Les quatre membres de Flandre, au lieu des 100^ et deniers demandés aux états généraux, venaient d'accorder nue soniine de 800,000 livres; les états du Hainaiii, moins riches, votèrent 1(H),()0() livres; les états d'Artois, 72,00(^; les états de Lille, de Douai et d'Orchies, 100,000; les états du Tournaisîs, 18,000; les états de Zélande, 50,000; les états d'Utrecht, 33,000; les états de Hollande, 320,000. Ces chiffîres correspondaient à l'importance et à Fopulence des provinces. Partout les négociations avaient été laborieuses; mais le
(I) Voir BiUleUn ta eomiaiiutUm royale d'hifUdre» i" s«^ric, t. VIII, p. fSOetsuiv.
90 CHAPITRE CINQUIKME.
Brabant s'otait particulièrement signalé par les difficultés et les lenteurs qu'il opposait au gouvernement.
Ce fut seulement le 4 août 1558 que le roi put signer l'acte d'acceptation d'une aide de 660,000 livres accordée par les états de Brabant, au lieu du 100* et du 50** deniers demandés aux états généraux au mois de mars 1556 (Il
Dans l'intervalle, la trêve de Vaucelles avait été rompue par les Français, et Philippe II avait réuni les mandataires des provinces à Valenciennes, le 3 août 1557. Il se trouva présent avec plusieurs chevaliers de l'ordre de la Toison d'or. Le conseiller Philibert de Bruxelles, l'organe habituel du gouvernement, signala les sacrifices qui avaient été faits par les autres états de Philippe II dans l'intérêt des Pays-Bas. Il ajouta que, cette assistance ne pouvant toujours durer, le souverain requérait les députés d'aviser aux moyens de défendre leur territoire contre les invasions des Français. Ceux-ci, « sans cause quelconque, » dit l'orateur, « sinon pour satisfaire à leur insatiable ambition, ont r ompu, avant l'expiraiion de Tan, la tresve traictée pour cinq ans.
Certes, ce n'était point la bravoure qui manquait aux troupes nationales. Pendant que les états généraux délibéraient à Valenq^ennes, les Hispano-Belges venaient investir Saint^Quentîn. L'armée française, commandée par le connétable Anne de Montmorency,
(1) Les documenta mis au jour par M. Gactaard noua ont fourni ces diverses particularités.
PHILIPPE II (lS56-fSS9). 91
s'avança, le 10 août, pour secourir la ville assiégée. Mais, loin de réussir, elle fut mise dans une complète déroute. A la téte des célèbres bandes d'ordonnances et des chevau-légers des Pays-Bas, le comte d'Egmont prit rinitiative de Timpétueuse attaque qui donna la victoire à l'armée de Philippe IL
Le timide fils de Charles-Quint ne sut point tirer parti d'un si grand succès. Au lieu de prendre lui-mémo le commandement de l'armée et de marcher sur Paris, il se borna à faire assiéger le Câtelet, le château de Ham, Nojon et d*autres places de médiocre importance.
Les états généraux s'étaient réunis à Bruxelles dans
les premiers jours du mois de septembre. Le comte Charles de Lalaiiig, représentant du souverain, coni}»tait que les députés feraient des propositions formelles ; mais ils n'avaient d'autre mission, pour la plupart, que d'ouïr les demandes qui leur seraient adressées au nom du souverain. Le 14 septembre, l'assemblée fut prorogée au 14 octobre. Cependant, les députés ne revinrent qu*au mois de novembre. Après de longues délibérations, ils adoptèrent un cahier de remontrances, contenant cinquante-deux articles, et le présentèrent, le 17 décembre, au duc de Savoie. C'était une assez grave innovation (1). ^
(1) Graiivelle avouait plus tard que, quoiqu'il fût Irès-malade d'une , Aèvre, Il 8*élaU opposé, dans les conseils do souverain, & la convocation des états généraux. « Mais enfin, » ajoute-t-il, « ceux qui clési-
roienl ladite assemblée, s'aydant du confesseur du Roy, prévalurent. » Voir Archives de la maison d'Orançe'NassaUt l. V, p. 32.
93 (iHAPilHb OiNgiikMK.
Les mandataires des provinces demandaient notamment que la confédération perpétuelle faite avec le saintempire, en 1548, fût entretenue par celui-ci comme elle
l'avait été par les Pays-Bas, et qu'une pareille confédération lût proposée au royaume d'Angleterre. I^our résister aux invasions des Français, ils offraient, en temps de giuM l e, l'entretien de huit mille chevaux et de trente mille hommes de pied soldés. L'emploi de troupes étran^res ayant été de tout temps la ruine des royaumes, et les habitants des Pays-Bas ayant toujours passé pour gens belliqueux, disaient les états, il convenait de recruter, mi les regnicoles, deux mille cavaliers et pour le moins les deux tiers des faulassins.
Les états proposaient, afin de subvenir au payement des gens de guerre, d*accorder un subside annuel de 800,000 livres d*Ârtois pendant huit ans, pourvu que le 1*01 renonçât aux aides précédemment votées. Les états
insistaient vivement pour que la garde des forts et des Wlles frontières fût confiée aux chevaliers de l'ordre de la Toison d'or ou à d'autres bons personnages des Pays- Bas; que le roi tâchât d'engager les pays de Gueldre, iie Zutphen, de Frise, d'Over-Yssei, de Groningue, de Luxembourg, de Limbourg, de Fauquemont et de Daelhem, exempts des aidés votées par les états généraux, à contribuer dans celle qui avait pour objet Tentretien des gens de guerre; que les royaumes d'Espagne, de Sicile, de Naples, le duché de Milan et les autres domaines du roi y contribuassent de même selon leurs facultés, parce que, dans le passé, ils avaient été en
PHILIPPE 11 (i5o6-lââ0). 05
graude partie la cause des guerres qui avaient accable les Pays-Bas (1).
Philippe II, s et a lit r( tiré à Bruxelles, réunit, le 9 janvier 1ÔÔ8, les états généraux en sa présence. Ils reçurent alors la réponse du souverain au cahier qu'ils avaient naguère présenté au duc de Savoie. Les moyens proposés par les états n'avaient pas été trouvés suffisants. Décide a coiiUiiuci- vi^'oureusemoiil la ^iicnv, le roi deniaudait 1,()0(),000 tlorins. Los états <;<Miéraux, après plusieurs jours de délibération, s'accordèrent pour offrir leutretien, pendant uiio demi-année, de six milh^ chevaux et de douze mille piétons des Pays-Bas, ainsi que de deux mille chevaux et de six mille piétons au choix' du souverain; en outre, l'armement de vingt navires de guerre. En temps de paix, ils entretiendraient deux clievaux et les cadres nécessaires pour en
l éunir six mille autres. Les dépenses seraient couvertes au moyen d'un subside annuel de 800,000 livres d'Artois pendant neuf années. Mais les états insistaient sur la suppression des aides existantes, en remplacement desquelles ils étaient disposés à payer 1,^00,000 florins en une fois. Le 21 janvier, Philippe II fit connaître aux étals qu'il était satisfait de leurs otires, et il les requii d'en rendre compte sans retard à leurs commettants e< d'obtenir une adhésion que réclamait impérieusement la situation du pays (2).
(1) On doit encore k M. Gachard la communicaiion de ce documoni
important.
(3) Documents historiques, l. X (archives du royaume).
Cette adiiésiou se faisant attendre de la part de quelques provinces, Philippe II réunit de nouveau les étais généraux en sa présence le 14 avril. Après les avoir informés que Tennemi s apprêtait à envaiiir leur territoire, il réclama une prompte résolution. Plusieurs provinces, la Flandre notamment, exigeaient que leur vole fût valide par un consentement préiK^ral. Le roi leur iit exprimer le désir qu'elles renonçassent à cette prétention. 11 demandait, en outre, que des commissaires du gouvernement eussent le pouvoir d'établir définitivement, après avoir ouï les états, la répartition de Taide. Le 3 mai, les députés du Brabant, de la Flandre, de l'Artois, du Hainaut, de Valenciennes, de Lille, de Douai et d'Orchies, de Hoilajide, de Zélande, de Nam u r, d'Utrecht , du Tonrnaisis, de Tournai et de Malinos, doiiiièrciii leur consentement définitif à laide qui fut appelée mveiPnale» Mais il fut stipulé que les états des provinces auraient la recette et Tadministration des deniers qu'ils accordaient; qu'ils seraient- présents, par eux-mêmes ou par leurs délégués, aux revues des gens de guerre, et ((u'ils se cliargeraient de l'aire les payements à ceux-ci. Les états généraux avaient aussi demandé que le mi lit en sorte de détourner vers l'Espagne et l'Italie les efforts des Français.
Philippe II ordonna de témoigner aux états sa cordiale satîsfa<^on pour Taffection qu'ils lui montraient. Cette satisfaction toutefois n'était qu'apparente. Le prince d'Orange rappelait, dans son Apologie, que les Espagnols du conseil du roi ne pardonnèrent point aux représentants des provinces, de n'avoir pas voulu ac-
PHlLim 11 (1886-1559). 95
corder Taif^é novennale avant d'avoir été réunis en états généraux. Ils leur savaient aussi mauvais gré de s'être attribué la gestion des deniers, au lieu de la confier aux délégués du souverain (1). -
La campagne de 1558, malheureuse pour les troupes de Philippe II dans le Luxembourg, fut signalée clans la Flandre par la bataille de Gravelines, que le comte d'Ëgmont gagna le 13 juillet. Mais la situation Unaudère était toujours mauvaise, et il fallut encore recourir aux états généraux. Us s'assemblèrent à Arras le 19 août • en présence de Philippe 11 (2). L'orateur du gouvernement, après avoir exposé que les ressources votées précédemment étaient loin de suffire, après avoir rappelé aussi les sacrifices considérables que le souverain imposait à ses autres pays, proposa de nouveau la levée du 100* et du 50' denier. 11 demandait, en outre, la continuation pendant quatre ans de la taxe précédemment accordée sur le vin et dont le taux serait doublé» ainsi que le monopole de la vente du sel ou bien un impôt sur cette denrée.
Toutes ces demandes ne reçurent pas un favorabl»* accueil. Comme en 1556, la levée du lOO et du 50'- de- 1 nier excitait la plus vive répulsion. Aussi les états particuliers persistèrent-ils dans leur résistance; comme en 1556 encore, il fallut se contenter de subsides extraordinaires en remplacement des impôts si vivement
(1) Granvelle disait eJEectivemeiti que les états avaient oté au roi i'administratioii des aides pour les mettre entre ies mains des mardiands.
(2) Très-vraiscmblabtcnicnt d^ns la salle des états d*Artois, qui se réunissaient « au lieu abtolial de SaintrVaasl. »
m CHAPITRK CINQUIEMIi:.
«losirob pai- le ^uuvci'i.rnicut de l*hilii>p(' 11 et si ciierjriquemtMit repoussés par les reprëseiitaiifs du pays (Ij.
Graiivelie, évêque d'Arras, exerçait dès lors la plus grande influence sur Philippe IL 11 était déjà son ministre principal pour toutes les affaires qui se rattachaient au gouyemement des Pays-Bas. Dans le dessein d*affermir son autorité et pour flatter aussi les penchants despotiques du roi, (iraiivelle aurait voulu suspendre indéfiniment, sinon jibolir les états généraux, où les influences conibiuées de Taristocratie et des grandes villes contre-balançaient le pouvoir du souverain. Jusqu'à la fin de sa vie, Granvelle conserva cette aversion pour les diètes nationales des Pays-Bas. « Je connais, r disait^il en 1581, « Thumeur des estats, et (]ue, si un - ange du ciel y venoit, il seroit impossible qu'il y de- « meure longuement et au contentement de tous. »?
Mais les conjonctures étaient (elles, en 1559, que le roi, malgré sa répugnance, ne put se dispenser d'ordonner une nouvelle réunion des députés des provinces.
Le traité signé à Gâteau-Oambrésis, le 3 avril, avait tenniné la longue lutte des maisons d'Autriche et de Valois, sans combler le déficit, dont Philippe II se préoccupait plus que Jamais. Le moment était venu de licencier les gens d'armes (jui avaient été levés en Allemagne ; mais comment les licencier, si l'on ne payait leurs arrérages, qui s'élevaient à la somme de 1,600,000 florins et môme au delà? Pour éviter de recourir à une assemblée générale, le roi convoqua les états dans leurs
(.1) Documents historiques, l. X (archives du royaume).
provinces respectives, au mois d'avril, et leur demanda une aide de 956»000 florins» à répartir entre les diverses parties du territoire. Mais le gouvernement eut bientôt
la conviction qu'il serait impossible de faire face aux graves nécessités du momeiii sans l'intervention des . étals généraux.
Réunis à Bruxelles, le 29 juin, en présence du roi, on ne leur laissa pas ignorer que le prompt licenciement des gens de guerre était l'affaire capitale. Ce licenciement aurait pu déjà être effectué dans de plus grandes proportions, si les assemblées provinciales n'avaient point tardé à voter sur les propositions laites a .Vrras. Le roi s'était vu forcé de consacrer au licenciement d'une partie des piétons allemands 500,00iJ dorins, qu'il avait reçus d'Espagne pour la dépense de sa maison et la solde des troupes espagnoles. Gomme les compagnies allemandes se montraient indociles et causaient de grands dégâts, le souverain hâterait leur licenciement en prenant encore à sa charge 600,000 tlorins. Mais, pour le surplus, il comptait sur le concours des états. 11 leur deaiaiuiait en conséquence de prendre une résolution au si\jet de la perception de l'impôt sur le sel, auquel plusieurs provinces avaient donné leur assentiment. Les états provinciaux seraient invités à se défaire des rentes héritières qu*ils possédaient, jusqu'à concurrence des sommes désignées pour couvrir le déficit.
Les assemblées provinciales, saisies de ces nouvelles propositions par les d(»put(^s qu'elles avairiut envoyés à Bruxelles, en firent i objet de leur examen.
Mais Philippe II, dont le désir le plus ardent était
de retourner promplenient en Espagne, ne voulut ])as attendre le résultat de ces lentes délibérations. Déjà même il s était rendu à Gand, afin de se rapprocher de la flotte qui l'attendait en Zélande.
Le 28 juillet, il présida, dans l'église de Saint-Bavon,. le vingt-troisième et dernier chapitre général de Tordre de la Toison d'or. Les états généraux avaient été convoqués pour le dernier jour du mois, dans la capitale de la Flandre. Philippe II voulait aussi prendre congé des mandataires du pays et leur faire connaître ses vues sur la religion et la politique.
Ils se réuniftntle 7 août en présence du souverain (1). Philippe était assis entre Emmanuel-Philibert de Savoie, capitaine général démissionnaire, et Marguerite d'Autriche, fiUe naturelle de Charles-Quint et duchesse de Parme. L'évêque d'Arras expliqua, dans un long discours, les motifs pressants qui déterminaient le roi à retourner en Espagne et les raisons qu*il avait pour compter sur rassistanoe des états généraux. Il annonça ensuite la nomination de Marguerite d'Autriche, duchesse de Parme, comme gouvernante générale des Pays-Bas, en remplacement du duc de Savoie, qne le traité de Cateau-Cambrésis avait remis en possession de ses états patrimoniaux, et à défaut du prince d'Espagne (don Carlos), que le roi, malgré son désir, n*avait pu faire venir dans les provinces belges. L'interprôte de Philippe II insista longuement sur la nécessité de réprimer l'hérésie ; il déclara que la régente devait employer
(1) on suppose que les étais siégèrent à rhûtel de ville.
PHILII'PE II (lo56-1oo9). 09
son autorité tout entière à maintenir les Pays-Bas dans Funion catholique ; qu eUe était chargée de faire exécuter rigoureusement les édits de l'empereur Charles-Quint, renouvelés par le roi, en 1555, pour Textirpation des
nouvelles sectes. Les gouverueurs, les conseils de justice et les états devaient tous concourir au même but.
Cette liaraugue, si menaçante pour une pai'tie des sujets de Philippe II, finissait par de banales protestations de dévouement (1).
Le roi et le duc de Savoie prononcèrent quelques mots pour prendre congé des députés du pays, et la duchesse de Parme déciai u. qu elle acceptait le gouverne m eut.
Philippe II n'avait point réussi, comme Charles-Quini, à gagner l'aifection d'un peuple très-fier, très-ombrageux même, mais aussi très-dévoué aux princes qui savaient ménager ses légitimes susceptibilités. Le nouveau souverain avait blessé k la fois la haute aristocratie en lui marquant de la méfiance et le peuple tout entier en laissant des iroupes espagnoh;s dans les plact^s frontières du pays. Les députés réunis à Gand se tirent les interprètes du mécontentement général. Ils étaient dailleurs excités secrètement par le prince d*Orange et par d'autres seigneurs.
Philippe II étant revenu, le 8 août, au milieu des représentants du pays, Borluut, pensionnaire et député de Gand, doima lecture d'une remontrance adoptée par
(i) Voir Collection de documenU vnédiU eoneemant FMstoire de la Belgique, 1. 1, p. 313^.
100 cmAPlTBE CINQUIEME.
les eiats. Ceux-ci cxposaioiil respectueusement qu'il importait au repos et à la sûreté des provinces que les frontières et les forts fussent gardés par des soldats nationaux, ainsi que cela avait eu lieu sous le règne de Charles-Quint et de ses prédécesseurs. Rappelant les désordres et les pillag-es déjà commis par les troupes étrangères, ils priaieut le roi de dissoudre celles-ci ou de les employer ailleurs. Ils demandaient en outre qu'il lui plût de faire administrer les affaires des Pays- Bas avec le concours des seigneurs nationaux, selon Texemple également donné par les anciens souverains, qui n'avaient eu qu à se louer d'une conduite aussi sage et aussi conforme à leurs vrais intérêts (i).
Un ( crivain catholique et royaliste, qui a laissé des M<»in(riros int ('ressauts sur les troubles des Pays-Bas, , ne dissimule point l'impression proibnde que le langage si franc et si éner^^ique des états généraux fit sur l'esprit de Philippe II. L'héritier de Charles-Quint en fut bouleversé. En entendant réclamer le départ des troupes espagnoles, Philippe II, qui était debout, appuyé familièrement sur lepaule du comte d'Kprniont, se laissa tomber dans sa chaire et demeura pendant (juelque temps très-pensil, cliangeant souvent de couleur et de contenance. 11 prit enûn le parti de dissimuler son irritation.
Le lendemain, il ât représenter aux états généraux qu'ils avaient été méchamment induits en erreur. Il avait nommé régente sa propre sœur, née et nourrie dans le
(I) CoUectUm de documents inédits, eic, t. i« p. 5â3-33S(.
mLlPPË il (1^36-1539). 101
pays, et les états n*auraieiit qu'à se louer aussi des ministres qui étaient chargés d'assister la gouvernante.
Trois liiiJle hommes d'ijifanterie espagnole restaient, à la vérité, dans les Pays-Bas ; mais c'ëiait pour la protection et la défense de ces provinces et aussi pour soulager les états, puisqu'ils n'auraient pas à fournir la solde de ces troupes. Des mesures étaient prises d*aQleurs pour qu'elles fussent exactement payées et, en outre, le roi avait mis à leur tète des seigneurs nationaux, le prince d'Orange et le comte d'Egraont. Néanmoins, a^ant égard au désir manifesté par les états généraux, il ferait en sorte de rappeler ces Espagnols dans un délai de trois ou quatre mois, pourvu que les états fournissent les moyens d'entretenir des troupes indigènes. Philippe daignait même sgouter que, s'il avait connu plus tôt le désir des mandataires des provinces, il aurait fait en sorte de ramener avec lui l'infanterie espagnole. Mais, dans l'état où étaient les choses, il fallait prendre patience, car son retour ne pouvait plus être ditFéré (1).
Ën effet, Philippe II se rendit, le 10, au Sas de Gand, où il s'embarqua pour rejoindre, en Zélande, la flotte qui devait le transporter en Espagne. Le 24, il s'éloigna des côtes des Pays-Bas, qu'il ne devait plus jamais revoir.
Malgré le ton conciliant de sa dernière communication aux états, Philippe II conservait un vif ressentimom de leur hardiesse. Ce n'était plus seulement de la répu-
(i) CaUeeHméed4feument$ inédUt, clc , 1. 1, i>. 330-3:29.
m CHAPITRE CINQUIÈME.
gnance qu il éprouvait pour les assemblées délibérantes, c'était une aversion profonde. Despote, il redoutait ces Diètes qui étaient cependant, pour parler comme Guillaume le Taciturne, le vrai loudemeut d'un État et le rempart de la république.
GHAP1TR£ SmËMt:.
PHILIPPE II S'OPPOSB AUl ÉTATS GÉNÉRAUX.
- fo60-lâ76 - •
En vertu de la commission de régente et de gouyer-
nante générale des Pays-Bas, qui lui fut donnée à Gaud le 8 août 1559, la duchesse de Parme avait le droit de « faire convoquer, appeler et assembler les états des- « dites proyinces en général et en particulier, toutes et quantes fois et en tels villes et lieux que bon lui sem- « blerait » Mais ce n*ëtait là qu'un droit illusoire : la sœur de Philippe II n'osa jamais en faire usage. On ne peut, en effet, considérer comme une véritable et libre assemblée la réunion des députés qui eut lieu à Bruxelles au mois d'octobre 1560, pour examiner les comptes du
104 CHAPITRE SIXIOK.
commissaire gënt^ral Antoine Van Straeleii, touchant ladministration de Yaide novemnale.
Comme Tiustruction secrète remise à Marg uerite de Parme ne faisait point mention des états généraux , il IViut croire que Philippe II, avant de sembarquer pour rEspa«rne, avaii doimé à sa sœur des instruetioiis verbales et coiitideniielies. De quelque manière que le droit îtiï^f^rë dans la commission de la régente ait été annulé, il est incontestable que les prérogatives dont jouissaient les états généraux durant le régne de Charles-Quint et même pendant les trois premières aunées du règne de Philippe II, fureut suspendues pour longtemps.
C'est en faisant allusion ;\ cette longue et regrettable suspension qu<' le prince d'Orange disait plus tard aux représentants du pays : * Jamais vous n*avez su « obtenir l'assemblée libre des états généraux, sachafit « bien votre eimemi qu'empêcher votre convocation, ** c'est couper par le pied l'arbre de vos privilèges, « faire tarir la source de votre liberté. Car de quoi sert * à un peuple d'avoir des privilèges en beaux parclie- « mins dans un coffre, si par le moyen des états ils « ne sont observés, et qu'on n'en sente les eâets? »»
Granvelle, investi par Philippe II d*une autorité mystérieuse, avait bientôt vu se former contre lui, au sein même du conseil d'État, une opposition redoutable. Ni le prince d'Orange, ui les comtes d'Egmont et de Hornes, l'es célèbres antagonistes de l'évéque d'Arras, n'étaient dirigés par des vues égoïstes et puériles. Ils reprochaient à Granvelle de suspendre en quelque sorte les
PHILIPPE il iliiaO-1576). 105
libertés du pays en «'opposant à la r^^union des ^tats
{i'Piiéi'aux; ils lui imputèrent de vouloir réduire le peuple (les Pavs-Bas sous le régim<' d'une ruonarehie absolue. De son côté, Granvelle, devenu bientôt cardinal et archevêque de .>falines, prétendit que ses adversaires au conseil d'Etat et leurs adhérents dans la noblesse auraient voulu, à Taide des états généraux, placer le roi sous leur tutelle et réduire le gouvernement à la forme républicaine. La lutte enfîapée entre Granvelle et Télite delà noblesse avait doue une importance extrême. L'un prétendait fortitier sans cesse et accroître l'autorité du souverain, tandis que les adv(M^saires de (irainf^Ue voulaient ramener l'époque où Marie de Hongrie gouvernait, au nom de Charles-Quint, avec le concours réel des principaux seigneurs du i)a\ s et avec Tappui fré- (pient, et en quelque sorte périodique, des assemblées des états.
En 1562, les huprueiiots de France ayant pris les armes et s'étant rendus maîtres de la moitié des grandes villes de ce royaume, une agitation mquiétante se manifesta dans les Pays-Bas. Marguerite de Parme jugea nécessaire de prendre des précautions pour le cas où les huguenots voudraient pénétrer dans ces provinces et s'y joindre à leurs coreligionnaires. Au lieu d'avoir recours à une asseuiblee des états généraux, selon le vœu exprimé par le parti du prince d'Orange et du comte d'Egmont, elle convoqua, pour le 30 mai, un grand conseil auquel elle appela les gouverneurs des provinces et les chevaliers de Tordre de k Toison d*or. Mais, quelle que ft)t sa répugnance,
elle dut bientôt s'adresser également aux députés des provinces. Ils se réunirent à Bruxelles, dans les derniers jours du mois de juin. Gomme ils avaient été convoqués
uniquenieiit pour voter des smiljsidcs, ils ne purent exercer l'influence qu'auraient voulu leur attribuer les adversaires de Granvelle. Ce n'était point une libre assemblée. ^ ËUe devait se résigner à ouïr les propositions du gouvernement.
Les instances des adversaires du cardinal de Granvelle pour obtenir l'assemblée libre des états généraux
devinrent plus pressantes. Dans une conférence avec la régente, le jtrince d'Orange attribua à des motifs d'intérêt personnel l'opposition persistante du cardinal secondé par le baron de Berlaymont, chef du conseil des finances. « Ces deux ministres, » dit-il, « alléguaient sans cesse le préjudice qu'avait causé au roi l'assemblée pour Yaide novennaU; mais ils se taisaient sur les avantages qui en étaient résultés, car elle avait assuré la conservation des provinces. « Il dit aussi (pic la défiance que l'on montrait envers les états produisait la défiance de la nation envers le souverain. Granvelle prétendait, de son côté, que ces assemblées générales avaient porté les premiers coups à l'autorité monarchique, en encourageant des tendances qui s'étaient développées graduellement et dont le caractère ne pouvait plus être contesté. Si l'on accordait les états généraux, les dé^mtés du Brabant, aiiirinait-il, se mettraient à leur tt'te, et de cette manière le prince d'Orange et ses adhérents auraient la haute main sur les aâ^ires. « Leur but était de réduire le pays en une forme de république, où le
PHILIPPE il (1300'1376). i07
roi Q*aurait 'd'autre pouvoir que celui qu'ils lui accorderaient (1). »
Le moment était arrivé de demander le renouvellement de Vaide triennale que Ips états particuliers vivaient accordée en 1500 i)Oiir roiitretien des garnisons. Comme cette demande pouvait rencontrer des difficultés dans certaines provinces et qu'il était plus prudent de recourir à une assemblée générale, Philippe II permit que des députés se rendissent' à Bruxelles pour ouïr de nouveau les propositions de la régente. Mais il était enjoint à celle-ci de faire en sorte que ces députés ne se constitucis-i itî point en états généraux dans la torme usitée eu 1558.
La réunion des représentants des provinces, qui eut lieu le 3 décembre 1563, n'était donc qu'un simulacre d'assemblée, tandis que les seigneurs ligués contre Granvelle auraient voulu une délibération en commim. Ils ne
purent triomplicr de l'obstination <lii souverain.
Dans les instructions secrètes ({u'il donna le janvier 1564àTomas Armenteros, secrétaire de la duchesse de Parme, Philippe 11 disait que la régente devait s'ez-
(1) Granvelle à Gonçalo Ferez, principal secrétaire de Phili[)pe li, 85 Juillet dans les Papiers d'Jttnt, t. VII, p. 103. — Quatre jours après, le pnnr.e d'Oranpo, le comte d'K;xmont et le comte de Hornes. adressèrent au roi cupic de la remontrance qu'ils avaient l'aile à la rég^ite. «... Après longs discours, » disaient-Us Si Marfuerite de Parme, « ne volons plus apparents moyens de sortir de ces calamitez» que par « l'assistance et advis des états génrraalx de ces pays, ne faisans « double que, aians si bien secouru leurs princes en toutes leurs « nécessitez que, en ceste plus grande que nulles autres, ne vouldronl <c fiiiUir d*offlee de lïons et loyaulx subjeets et vassaulx. » {CorresfHm" (tance de OuOiaume te Tœilumf, i. II, p. 48-50.)
cuser par tous les moyens possibles de convoquer les
états généraux, et que, si on la pressait trop pour cela, elle devait en rcl'érer au roi. Philippe duiuia toutolbis une apparente satisfaciiun aux seigneurs ligués contre Granvelle eu ei\joignaut secrètement à celui-ci de se retirer en Bourgogne ; mais il ne voulut point consentir à la réunion des états généraux. Il résista de même aux instances du comte d*£gmont, qui, en 1565, avait été désigné par le conseil d'État pour se rendre en Kspa^iic alin de donner au roi des éclaircissements sur l'agitation qui régnait dans les Pays-Bas.
Les états généraux, délibérant avec une liberté suffisante, auraient pu prévenir les commotions qu'il était facile de prévoir. On était déjà loin de l'époque où les édits de Charles-Quint contre les adhérents de la réformation obtenaient Tadhésion unanime des chevaliers de la Toison d'or, des conseils auxiliaires et des mandataires des proviîiees. Ces (kl il s, rigoureusement maintenus et même aggravés par Philippe 11, menaçaient alors du glaive , du gibet on du bûcher la moitié des habitants des Pays-Bas. Philippe ne voulait avoir aucun égard à la différence des temps. Il détestait au contraire les dispositions à la tolérance qui prévalaient parmi les principanx seigneurs des Pays-Bas; il devinait que si les chevaliers de la Toison d'or et les états généraux étaient de nouveau consultés sur l'opportunité des Placards y û se serait élevé des protestations énergiques contre Teffiroyable rigueur des peines qui menaçaient les partisans de la nouvelle religion.
Au surplus, les seigneurs, naguère ligués contre le
PHILH*PE 11 (lSaO-lS76). 109
cardinal de (IrMiivelle, étaient déjà débordés par les iJréderode, les Marnix, les M^rode, les Leeldael et lous ces hardis gentilshommes qui venaient de signer lacté mémorable par lequel ils se liguaient contre l'Inquisition. Ce nouveau parti, plus impatient et plus agressif, voulait contraindre le roi à réunir les états généraux, qui auraient eu « pleine puissance. »»
Tel était aussi le l»ui de la requête célèbre que Bréderude, à la t*ne des signataires du Compromis, présenta, le 5 avril 15(>ô, à la duchesse de Parme. Ils exprimaient respectueusement, mais avec fermeté, le vœu, très-légitime, que Tlnquisition fût abolie, que les anciens placards contre Thérésie fussent abrogés, et qu'il plût an roi de publier d'autres ordoimances, jmr l'avU et Le consentement des états généraux. Ce xd^n fut réitéré le 8 avril. Les (•()iil('(l('r('s drclaierent d'nilieurs qu'ils ue désiraient autre chose sinon de se conformer à tout ce qui serait ordomié par le roi, aiiec l'avis et le conserUement des états généraux, pour le maintien de Tancienne religion.
Tolérés par les principaux seigneurs du conseil d*État, ouvertement protéj^és et même encouragés par les gentilshommes coniéd(M'(îs, les prol^^stants s'enliaidirent. Ils quittèrent les lieux retirés ou les premiers prêches avaient été tenus clandestinement et se rapprochèrent peu à peu des villes les plus importantes. Des milliers d'hommes, armés pour la plupart, se rassemblèrent autour des prédicants flamands ou wallons, décidés à combattre pour leur foi. Déjà même les prêches avaient soulevé la Flandre, une partie du Hainaut,
le Tournaisis, ci la plupart des piuviuccb du x\ord.
Dans ces graves ( (Hiioiictures, le comte d'Egmoiit, se faisant l'organe de lam£yorité du conseil d'État, vint déclarer à la régente que, si Ton ne convoquait pas les états généraux, ils s'assembleraient de leur propre autorité pour trouver quelque remède aux maux présents du pays et prévenir sa perte qui, sans cela, était ceriaino. Il réitéra ses exhortations dans lu Sf'aiice tenue par le conseil d'Etat le 9 juillet. S'adressant de nouveau à la sœur de Philippe II, le comte d'Ëgmont lui dit que, dût-elle encourir l'indignation du roi, elle ne pouvait plus tarder à réunir les états généraux; si elle ne 1 osait faire, par crainte ou parce qu'elle se croyait obligée d'attendre la résolution du souverain, tout serait perdu, la^eli^ion et le pays. Guillaume de Nassau déclara égalcnu'ut que la réunion des états yrnéraux, quoique veiiani tard, était le seul mojeu de prévenir de plus grands désastres.
La régente objecta quelle ne pouvait ni ne voulait accueillir cette proposition, sans avoir préalablement obtenu l'autorisation du roi. Elle feignit d'ailleurs de se rendre aux exhortations du parti national. Dans une dépêche oslen.sible, elle signala à Philippe II les graves inconvénients d'une décision négative. « Je représente « ceci à V. M., « disait -elle, « non pas comme si cette * assemblée générale devait tout finir; mais nous con- « venons tous que si, dans les circonstances actuelles, «» il y a un remède ou un moyen de prévenir la dissolu- « tion présente, c'est celui-là... Knri re que V. M. puisse « dompter toutes ces seduious par les armes, il y au-
PHiuppE II (isao-i57e). iii
« rait toutefois une grande paitie des sujets moi ii>, « détruits ou appauvris, et le pays resterait désole, « ruiné et exposé. ^ Mais elle tenait un tout autre langage dans la lettre secrète qu'elle adressa, le 18 juillet, à Philippe II. Là elle exprimait Topinion que le but de ceux qui demandaient l'assemblée des états était surtout d'obtenir la liberté de conscience; on voudrait aussi, ajoulait-elle, que les ciats tissent avec les conlédërés une ligue perpétuelle pour se soutenir les uns les autres (1).
Par ces informations, Marguerite de Parme détournait manifestement Philippe II de condescendre aux vœux de la majorité des habitants des Pays-Bas. Tel était alors le prestig-e alîi-ibué aux états géiici aiix que tous, ancieiKs adversaires de Grauvclle, roniédérés, protestants, voulaient prendre pour arbitres les représentants du pays. Les députés des églises protestantes avaient formellement proposé de se soumettre à tout ce qai leur serait ordonné par les états généraux sur le fait de la religion.
Le 31 juillet, Marguerite de Panne, vivement alarmée, insista, dans une nouvelle dépêche ostensible, pour obtenir la réunion des états. « Je ne vois pas, disaitelle à Philippe II, « comment on pourrait refuser cette
(1) Voir Correspondance de Philippe II, 1. 1, p. 43i. — Le duc d'Albe signalait aussi plus tard comme le but auquel tendaient u les seigneurs décapités, » m aceord formel entre les états généraux et les confédérés. « Ce fut par ce motif, » ajoutait-il, » quHs sollicitèrent tant la duchf^'i^e de Parme d'assembler les états, et par ce motif aussi que le roi ne le permit point. » MU., t. III, p. 3.
113 CUAHITHË SIXIËMI::.
« assemblée, car s*il y a remède« c est par lavis des
« états, lesquels ne voudront oublier ce qu'ils doivent - à Dieu, à V, M. et à la patrie. - Mais ce juur-ià même, Philippe II signait une dépêche où il était enjoint à la régente des I*ays-Bas de ne souffrir d'aucune façon rassemblée des états généraux.
Dans une lettre secrète du E août, le roi ordonna itërativement à sa sœur de ne pas consentir à la convocation des états généraux et déclara qu'il n'y consentirait i)as non })liis. •* Mais il ne convient pas, « ajoutait-il, * qu'on sache aux Pays-Bas qu'elle a cet ordre de lui. « 11 faut qu'on croie que ce n'est que pour le moment «< qu'il lui a défendu de convoquer les états et qu'elle
s'attend à eu recevoir l'autorisation plus tard, aân « qu'on ne désespère pas d'obtenir cette assemblée, « quoiqu'il soit résolu de s'y opposer, sachant fort bien « ce qu'on prétend par là, et n'ayant pas voulu pour ce ^ mot il le permettre auparavant (1). ^
L'impuissance et la duplicité de Margueritede Parme, l'obstination et le fanatisme de Philippe II, puis l'exaltation, l'audace, la perversité de la lie des sectaires, débordant les protestants modérés et dignes d'égards, eurent enfin des résultats déplorables. Les églises furent saccagées dans les provinces les plus importantes.
11 fallait calmer cette iùrieuse tempête. Les confédérés s'engagèrent eux-mêmes, moyennant certaines concessions, à combattre les iconoclastes. Des Lettres
(I) Correspondanee de Philippe II, U I, p. 43».
PilILlPPl:; il a^>W-li>î«J- 115
d^assuranees furent en conséquence remises, le 2b août, aux mandataires de la confédération. Marguerite de Parme promit que Tlnquisition cesserait, et qu elle-même
continuerait ses instances pour que la modération des plaçai lis contre les pi olestants pût se l'aire « de l'avis « (les états jj;-énéraux.
Mais Philippe II, qui, dajis toutes ses dépêches, s'opposait à la convocation de l'assemblée générale, fut encore plus explicite après avoir appris le saccagement des églises. « La convocation des états généraux, » disaitil dans une lettre ostensible, « ne lui paraissait pas le « prompt et vrai reipède contre les sectes, notamment « en son absence; ce serait, au eoutraire, une chose « très-dangereuse qui aboutirait à la liberté de religion « et à la confusion de la république. Le vrai remède « consistait dans la répression énergique des entreprises « séditieuses, i» Dans une lettre secrète, Philippe répétait que la régente ne devait, en aucune manière, consentir à la réunion des états généraux. Il prévoyait le cas ou l'impudence irait si loin, que les états s'assembleraient de leur propre autorité. Dans cette prévision, il envoyait à sa sœur des lettres qu'elle leur ferait tenir alin de mettre opposition à cette réunion illégale. 11 lui recommandait le plus grand secret à Fégard de ces lettres. On ne devait pas savoir quil avait été obligé de recourir à une pareille mesure, si Ton pouvait l'évitei-.
Marguerite répondit, le 18 novembre, qu'elle se conformerait en tout point aux intentions du roi et, dans le cas où les états se réuniraient sans son autorisation, T. I. s
elle ferait usage des lettres secrètes qui lui avaient été envoyées.
La dévastation des églises avait fait un tort immense aux adversaires de la prépondérance espagnole et aux
défenseurs de la liberté de conscience. Ces actes de violence indignèrent les honnnes modérés, et parmi les partisans d'une sage tolérance, plusieurs, qui avaient signé le Compi'omit, s'étaient dès lors détachés de la confédération. Marguerite de Parme profita habilement de la réaction qui se déclarait contre les sectaires, pour retirer peu à peu lès concessions qu elle avait faites. Le comte d'Egmont essaya pourtant de regagner le terrain perdu. Dans la séance du conseil d'Etat du 22 octobre, il demanda que la régente sollicitât de Philippe 11 la liberté de conscience, à condition que les prêches cesseraient; le roi devait aussi fixer l'époque à laquelle s'assembleraient les états généraux, qu'il fût présent ou non. Mais la régente refusa formeUement de soumettre ces propositions ^u monarque : elles tendaient à la fois, disait -elle, à nuire au service de Dieu et à d(k'onsidérer l'auf( rite royale. Le comte d'Egmont insista encore pour obtenir la réunion des états généraux, et il lit en sorte que ce vœu patriotique fût appuyé par une requête des états de Brabant (1).
Toutes ces démarches restèrent vaines. Philippe II loua la régente de n*avoir pas souffert qu'on mît en délibération les points proposés au conseil d'État par le
(1) Voir ceue requête, daiéc du 16 novembre 1506, dans le BuUetin de ta eommwfUm royaU U'hUtoire, 3* série, t II, p. 65.
l'UlLlPPE 11 U^-li>'<>>- 115
comte d'Egmout : il eût été indécent^ disait-il, de faire au roi de pareilles propositions, comme il était indigne de les imaginer (1).
Philippe II et Marguerite de Parme trii)iiipluiient. En s'opposant à la réunion dos états généraux, ils avaient voulu empêcher les protestants <loblenir l'exercice de leur religion et de porter atteinte à la prédominance du catholicisme. Non-seulement les protestants étaient maintenant vaincus et proscrits, mais la confédération était également détruite; même les grands, qui s'étaient autrefois ligués contre le cardinal de Granvellc, élaieiit désunis. Les prêches avaient été interdits; les temples élevés par les protestants, renversés ; les anciens placards, remis en vigueur : Philippe II régnait en maître sur des provinces dont les représentants n'avaient pas eu la hardiesse de se réunir d'eux-mêmes pour déjouer des desseins tyranniques.
En effet, le triomphe qu'il venait d'obtenir ne suffit point à Philippe II. Le duc d'Albe, à la tète des vieilles bandes espagnoles, entrait dans les Pays-Bas et allait remplacer Marguerite de Parme.
Pour annoncer aux peuples consternés sa mission sanglante, le nouveau lieutenant de Philippe II fit arrêter les comtes d'Egmont et de Hornes et ordonna qu'ils fussent jugés, au mépris des privilèges les plus sacrés, par le tribunal illégal qu'il avait institue sous le nom de conseil des Troubles, Il faut lire les réquisitoires contre
(1) Le roi à la duebesse de Parme, 31 décembre ï^iCorretpondance de Philippe lU t. I, p. 407). ,
les coiâtes d'Egmoiit el de lloriies pour bien mesurer l'abîme qui séparait Philippe II du parti national. Les deux seigneurs et leurs alliés du conseil d'État avaient demandé à plusieurs reprises que le roi mit un terme
aux truuliles religieux par l'avis des états généraux. « Ce vœu de\ iiit un crime de lèse-niajesté. En réclamant les états généraux, les comtes d'Egmont et de Horiios tendaient, selon le procureur général du conseil des Troubles, à l'entière abolition de l'Inquisition et des placards; ils aspiraient à contre-balancer, sinon à usurper Fautorité du souverain; ils arrivaient à cette conséquence que les vassaux et sujets auraient donné des luis a leur prince, chose absunU?, monstrueuse et contraire à toutes les lois de nature civiles et humaines. - Les deux illustres prisonniers ne contestèrent point d'avoir désiré avec ardeur l'assemblée des états généraux pour apaiser les troubles. Tous deux affirmaient aussi qu'il eût été de l'intérêt du roi de condescendre à ce vœu patriotique. La réponse du comte de Hornes l'ut surtout accablante pour ceux qui avaient encouragé et entretenu la répulsion de Philippe II à l'égard des assemblées délibei aiites. « On peut voir, disait-il dans sa Défense, « quel Iruit l'on a tiré de n'avoir jamais assemblé les états généraux avant ces troubles. Et si <« Ton veut lire les Chroniques de messire Philippe de « Commines, on y trouvera la mention des grands ser- « vices que les états généraux assemblés ont faits à leur *< prince, et jauiais le défendeur n'a entendu que les « états auraient mal agi contre le prince. Philippe de «. Commines conclut qu'ils sont traîtres à leur prince
« efau pays ceux qui empêchent de telles assemblées « et qu'ils le font pour nourrir leur ambition et cacher « leurs malversations, w
Tandis (|uil lai.saiL juger ei condamner les plus illustres seigneurs des Pays-Bas, qu'il (l<>ciniaii les anciens confédérés et qu'il s etlorçail d'exterminer les adhérents de Luther et de Calvin, le duc d'Albe se proposait aussi d'abolir le plus important sinon le plus précieux des privilèges séculaires des Dix -Sept Provinces.
Il voulait remplacer les subsides, qui dépendaient du vote périodique des états, par des k v^mius tixes et permanents. Comme on lui objectait que les états n'accorderaient point un revenu perpétuel, il répliqua que, sans la «* perpétuité, » le roi se trouvait à la merci de la dernière classe des bourgeois de Bruxelles et de Iiouvain; qui] était ainsi, non leur seigneur, mais leur sujet. Il proposa en conséquence de faire payer pour une fois le 100" de la valeur de tous les biens meubles et immeubles, et d'établir un droit permanent de 10 p. c. (à payer pai' le vendeur) sur les meubles ou marchandises, et de 20 p. c. sur les immeubles. Il écrivit ensuite au roi que, s'il réussissait, il lui aurait rendu un grand service (1).
L'expédition tentée par le prince d'Orange en 1568, pour soustraire les Pays-Bas à la tyramiie du duc d'Albe, avait contraint le lieutenant de Philippe il d'ajourner
(1) Le duc d*Albe au roi, IS avril iS68 (Correspondance de PhUippe II, t. H, p. U).