‹ Histoire des États Généraux des Pays-BasChapitre 12 sur 19 · CHAPITRE SIXIfaiE · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIfaiE

rexécution de sou nouveau système dlmpôts. Mais lorsque Guillauiue le Taciturne eut échoué dans sou héroïque tentative, le gouverneur espagnol résolut de convoquer les états généraux à Bruxelles, pour un jour

seulement, et avec ordre de se séparer le lendemain; il assura ÎMiilippc II qu'il ne r«''siilt<'rait aucun incouvéuieni de celle asseiuhiee, et que persoiuie n'oserait taire entendre la moindre plainte.

Les mandataires des provinces se réunirent effectivement, le El mars 1569, dans la galerie de la cour, en présence du duc d'Albe. Le conseiller Philibert de Bruxelles fit la proposition concernant les nouveaux impùîs. Les déput<^s de t ha^tie pi uviiice lurent ensuite mander sii(T(»ssivoujeiit en présence du gouvorinnir, et l elui-ci leur commanda de tenir la main à l'accomplissement de la volonté royale. 11 défendit rigoureusement toute relation entre les divers corps d'états; il ne voulut pas même permettre que les prélats du Brabant eussent une conférence avec les nobles de cette province : il leur fit dire que le roi ne pouvait autoriser des vassaux à faire des pactes entre eux (1). Il fut tout aussi impératif dans ses coniMiuiiicatioiis avec les assemblées provinciales, qui étaient chargées de statuer sur les propositions adressées à leurs mandataires, il leur fit déclarer que le roi .voulait, en signe d'obéissance, un consentement absolu, sans restrictions ni conditions ; il insinua cependant, pour joindre Tastuce à la violence,

i\) Le (lue (VXUw un roi, A avril iâ60, dans la Correspondance de Philippe II, l. II, p. 78.

que le dixième et le vingtième deniers ne seraient pas levés, qu'on les remplacerait par des impositions moins onéreuses et établies de concert avec les états. Ces insinuations fallacieuses entraînèrent, dans plusieurs provinces, lassentimeiit des deux piomiers ordres, mais le tiers état se munirait iijébraiilal)le.

Dans sa fureur, le duc d'Albe relùsa de recevoir la supplique que venaient lui présenter les députés de la Flandre; il leur enjoignit de retourner chez eux et de revenir dans dix jours avec une réponse plus satisfaisante» s'ils ne voulaient pas être châtiés, pour servir d'exemple. Le baron de Rassenghien, gouverneur de la Flandre wallonne, déclara à Lille que si le tiers état ne cédait, le duc d'Albe n'hésiterait i)c)iiit à mettre uiie ou deux villes à sac; Noircarmes, grand bailli du Hainaut^ employa également la menace pour arracher le consentement du conseil de la ville de Mons. Des régiments espagnols forent envoyés à Utrecht et à Louvain, et les soldats logés chez les habitants. Comme les métiers de Louvain et de Bruxelles persiste^rent néanmoins dans leur opposition, le duc d'Albe, sans lenir compte des privilèges du Brabaut, se passa d'un consentement qui était pourtant indispensable pour valider le vote des deux premiers ordres.

Mais telle était Texaspération du pays, que le gouverneur finit néanmoins par adopter une autre combinai son. Il renonça provisoirement à la levée du dixième et du vingtième deniers et proposa aux assemblées provinciales de remplacer ces impôts par une contribution annuelle de deux millions de florins, pendant six ans.

m CHAPITRE SIXIEME.

et par la p<?icoptioii d'un second centième après les six années. Persuadés que la renonciation aux impôts du dixième et du vingtième était sincère» les états adoptèrent la transaction i\m leur était offerte.

Cette transaction n'était qu*un leurre. Le compromis, ifiii ivait été proposé aux ass<'Mil)lôes provinciales en ociubre 15t>9, devait eire observé pendant six années. Or, dès le mois de juillet 1571, le duc d'Albe annonça le dessein de renoncer à cet arrangement et de rendre exécutoires les impôts du dixième et du vingtième deniers. Mais Topposition devint plus vive, plus ardente, plus générale. Le lieutenant de Philippe II ne tint compte ni des lanieniations du peuple, ni des lequétes des ('tats pi'ovinciaiix , ni des prudenl«îs observations des conseillers les plus dé'voues a Philippe II, ni même des graves et pressantes représentations des évéques. 11 déclara qu il serait mis en pièces ou que le roi serait obéi.

La collecte du dixième denier ayant été ordonnée, ce fut la bourgeoisie de Bruxelles qui prit l'initiative et

donna r<'xeniple d'une résistance ouverte. Cette attitude courageuse enhardit les autres provinces et hâta sans aucun doute le soulèvement des villes de laZélande et de la Hollande.

L'insurrection de la Hollande et roccupation de Mons par Louis de Nassau obligèrent le lieutenant de Philippe II à dissimuler son ressentiment. Il était également ulcéré contre les états des provinces qui, malgré ses ordres, avaient envoyé des dtîputés à M.ulrid pour faire connaître directement au roi les vœux de la na-

PHILIPPE II (ISeO-1576). 121

lion. Philippe II, noultle par les nouvelles cMsastrcuses qui venaient des Pays-Bas, Ht une concession importante; il ordonna que des députés des états se joindraient, dans la ville de Bruxelles, aux commissaires du gouvernement pour rechercher les moyens de pour-voir aux df^penses piibliques. Kn attendant le résultai d<* (•«•s (lélilicralioiis, la levée du dixiénn» H du viiiirtiAme deniers serait suspendue et, jusqu'à t e ({U un «mU uuuvé d'autres ressources, les états fourniraient deux millions de tlorins par an.

Réunis par leui*s gouverneurs respectifs le 15 juillet 1572, les états provinciaux désignèrent les députés qui devaient être eharjrés de ti*ai1er, sans pouvoir dépasser leurs instructions, avoc les eoniniissaires du duc d'Albe. Les provimcs (pii se lirent rejii cscnter à Bruxelles <'t;deiu au nombre d<' sept, savoir : le Brabant, la Flandre, l'Artois, le Hainaut, Namur, Tournai, et la Flandre wallonne (Lille, Douai et Orchies). Les pourparlers, commencés le 1*^ août, durèrent longtemps. Comme le duc d'Âlbe était impatient de se mettre à la téte de Tarmée pour combattre les troupes que le prince d'Orange amenait au secours de Mous, il voulut se concilier les dt'putes. Il déclai'a ilonc torui(dleme!it qu'il abolirait le dixième et le vingtième deniers, moyennant l'octroi d'une aide annuelle de deux millions. Mais les états entendaient rentrer dans leur prérogative de voter cLa(^ue année les subsides; or, ils se seraient en quelque sorte suicidés en accordant une aide perpétuelle. Les provinces offrirent, selon leur importance, diverses sommes, au lieu du dixième et du vingtième deniers,

pour l aiiin e expirée le 13 août; puis les députés du Brabant ei ceux de la Flandre proposèrent à ceux des autres provinces des combinaisons propres à remplacer détinitîvement les impôts exécrés (1).

Tels furent les actes des états généraux réunis sous le gouvernement du duc d*Âlbe. Si ces états u*eurent point l'éclat et Tautorité des libres assemblées que |)résidaii Charlcs-Quint et des réunions également impoi tantes qui avaient inau;^ur(' le rè^ne de F^liilij)!^' îî, il laut toutefois leui" rendre cette justice que, quelque timides que fussent leurs protestations, ils n'aliénèrent point une de leurs plus anciennes et de leurs plus précieuses prérogatives.

Les états des provinces avaient voté les deux millions demandés en remplacement du dixième et du vingtième deniers. Mais tandis ((iie le duc d Albe pn-icndait que l'accord devait être perpétuel, les états soutenaient qu'ils n'avaient engagé leur consenfement que pour un nombre déterminé d'aimées.

Au mois de mars 1573, le gouverneur, en attendant une solution, réclama des états leurs lettres d*exécution ou de répartition pour un million de florins à imputer sur les aides courantes et sur celles à venir. Les prélats et les nobles du Brabant consentaient à doiiiicr leurs obligations pour la somme qui leur avait été demandée, mais à condition que, dans le terme de six semaines, les états généraux seraient assemblés ; que le pays de Brabant demeurerait à toujours exempt du dixième et du

(1) Voir les Analectea Imtonques de M. Gachard, t. II, p. 89 et suiv.

vingtième deniers; que les aucieiib droits, coutumes et privilèges du pays seraient observés ; qu'il serait immédiatement interdit au conseil des Troubles d*exercer aucune juridiction sur les natifs et habitants du Brabant. Les prélats et nobles de TArtois subordonnaient également leur adhésion à lentière abolition du dixième et du vinjilièine deniers. Ne voulant plus, (•(•mine il di- :?ait, entendre des insolences, ;Hi\(|ii<'ll(js il ne pouvait alors remédier, le gouverneur prit la r(^solution de suspendre ses communications av«»e les états jusqu'à ce qu'il eût dompté la révolte de la Hollande. Il écrivit à Philippe II, le 10 avril : « Ce n'est pas le dixième denier qu'abhorrent les états, mais la perpétuité de la

- subv<.'!iiiun, parce qu'ils ne peuvent plus être les tu- »

- teurs du roi, c(jmme ils le pi'étendent tous, depuis le

- plus grand jusqu'au plus petit (1). -

Le duc d'Albe ne réussit ])oint à vaincre les héroïques insurgés de la Hollande; ils bravaient encore les forces de TEspagne lorsque Requesens, grand commandeur de Castille, vint, au mois de novembre 1573, prendre le gouvernement des Pays-Bas. 11 lui était formellement prescrit, par une instruction secrète, de ne point réunir les états généraux sans urgente nécessité et, autant que possible, sans avoir préalablement consulté le roi et obtenu de lui l'ordonnance de convocation.

Tels étaient les embarras légués par le duc d'Albe à son successeur, que celui-ci dut bientôt reconnaître

(1) Correipandame de Philippe II, t. il, p. 543.

1S4 CHAPITRE S1XI£MK.

« Turgeute n^essité » d*une assemblée g6iiérà\e des

mandataires des provinces. Le loi avant donné son consentement, ils furent convocuu's à Bruxelles, * en bon et notable nombre, pour le dernier jour du mois d'avril 1574. Mais lors(|u'ils arrivèrent à Bruxelles, le gouverneur se trouvait à Anvers, où une mutinerie des troupes espagnoles exigeait sa présence. Le jeudi, 5 mai, les députés furent invités à se réunir, à trois heures de Taprès-midi, dans la grande galerie de la cour. L<' baïun de Berlaymont, chef du conseil des tiniinces, et le conseiller (rAssonleville leur exprimèrent les regrets du gouverneur de ne pouvoir venir à Bruxelles sitôt qu'il l'avait espéré, pour leur faire la . proposition générale dont le roi l'avait chargé. Ils les prièrent en conséquence de vouloir bien se trouver le samedi suivant à Lierre, où les états s'assembleraient le lendemain. Le pensionnaire de Bruxelles, après avoir consulté tous les députés, répondit qu'ils avaient pour mission de se troiivfi à Bruxelles, et qu'ils craindraient d'être d<%avoués par leurs commettants si, allant à Lierre, ils n'y étaient pas entièrement libres. Le conseiller d'Assonleville chercha à les rassurer. » Où est « le pape, » dit-il, « est Rome, et où sont le roi et sou » gouverneur, là est la cour. » Les mandataires du Brabant et de la Flandre consentirent, moyennant l'assurance qui leur é4aiL duniiet», à se trouver à Lierre; mais il fut impossible de surmonter la répugnance des autres députés, notamment de ceux du Hainaut et de FArtois. Tous voulaient bien cependant attendre le retour du gouverneur à Bruxelles. Ils profitèrent de ce

I'HILHM»E il U^-l»>"«>. '-^

répit pour examiner, discuter et enfin approuver un cahier de remontrances préparé par les députés du Brabant.

Le samedi, 5 juin, Reqiiesens fut de retour à Bruxelles. Le If^idemain, vers neuf heur-es, tous les députés aux (Mats p'uéraux se reiHlii'éJit à l'('glise de Sainte-Gudule, où une messe soleimelle fut célébrée par l'archevêque, duc de Cambrai, en présence du gouverneur, des chevaliers de Tordre de la Toison d'or, des membres des trois conseils et de tous les nobles qui se trouvaient à la cour. La messe achevée, on donna lecture dune bulle du pape Grégoire XIII qui accordait un pardon général aux habitants des Pays-Bas coupables d'hérésie ou d'otFenses envers la religion. L'ajïrès-midi, vers cinq heures, les déput('s aux états généraux se rendirent sur la Graud place. Une estrade avait été adossée contre Thôtel de ville. Requesens y monta avec les chevaliers de la Toison d*or, le conseil d'État, les gouverneurs des provinces et le chancelier de Brabant. Celui-ci expliqua au peuple en peu de mots, en liuniand et en français, la publication qui allait avoir lieu. Ensuite, raudienci(?r (1) donna lecture, en français d abord, puis en flamand, du pardon octroyé par le roi, ainsi que de la liste des individus qui étaient exceptés de cette anuiistie. Cette longue liste contenait des proscrits de toutes les classes et de toutes les professions : en tète se trouvaient Guillaume de Nassau, prince d'Orange; Philippe de Marnix, seigneur duMont-Sainte-Aldegonde;

(I) Vaudiencier était le premier secrétaire d'Ëtat.

lili CHAi'UUL SIXIEME.

Charles et Louis de Boysot, deux geutilshommes, également originaires du Brabant» et devenus, l'un gouverneur de Tile de Walcheren» Tautre amiral de la flotte

de Zélande.

Lo 7 juiii, vers neuf heures, les états g'<^iiëraux se rouiiireiit clans la grande galerie du palais. Reqiiesons, prenant le premier la parole, tlt, en langue espagnole, la proposition dont il était chargé par le roi. Le conseiller d'Assonleville traduisit ensuite ou plutôt amplifia longuement le discours du gouverneur (1). Il annonça 4 lie le roi supprimait définitivement et irrévocablement le dixième et le vingtième deniers, à condition que les étals payeraient, pendant dix ans. deux iiiillions annuellement, et, après l'expiration de ces dix années, le second centième denier, et qu'ils donneraient dès lors leurs obligations à cet effet. Pour mieux disposer encore les états à prêter leur concours, l'orateur du gouvernement annonça en outre que le roi abolissait aussi le conseil des Troubles. Puis le gouverneur lui-même prit de nouveau la parole pour faire sentir aux états combien était grande la faveur dont ils étaient lobjet et combien U était juste quils s'en montrassent reconnaissants en aidant le souverain. 11 demanda enfin qu'ils prissent une résolution sans plus de retard.

Le pensionnaire des états de Brabant alla de banc

(1) Christoi)iio d'Âssouville ou Assonlevilie, cbevaiier, baron de B<Nichout, seigneur de Hauteville, d^abord conseiller du -coiiseil privé, puis du conseil d'Âtat et trésorier de Tordre de la Toison d'or. Il mourut il Bruxelles, le 10 avril 1G07, cl fut enterré en Téglise de Sainte-Giidule. Tomùeaux des iwmmes illustres, etc., p. 48.

PHJLH'PK 11 (lo«U-la7G). 137

en banc» comme pour consulter chaque corps d'états sur la réponse qu*il ferait et qui sans doute avait été arrêtée d'avance. Cette réponse fut que les états généraux remerciaient le roi de la grâce qu'il leur accordait et lui offraient leur bonne volonté et leurs services. Le même pensionnaire donna ensuite lecture des remontrances adoptées récemment par les députés convoqués à Bruxelles. Cette requête, débattue dans des réunions où des discours trés-hardis avaient été tenus, ne parut pas trop violente au gouverneur et à son entourage; elle était cependant très-ferme, très-catégorique, très- " explicite. Les états généraux, après avoir proteste de leur fidélité à la relip'ion catholique et au roi, demandaient que les étrangers fussent exclus du gouvei nemenf et de l'armée; que les deniers provenant des aû2e« fussent administrés par les commis et les receveurs des états; qu'il fût mis un terme aux déprédations et aux violences des gens de guene ; que les anciens privilèges du pays fussent rétablis, et les provinces gouvernées comme elles l'étaieîit par Marie de Ilongi-ie; eiiiiii, (jue le coms^mI des Troubles fiU irrevoeablement aboli. En outre, les états généraux exprimaient le vœu que le roi vînt dans les Pays-Bas et qu'il instituât près de lui, en Espagne, un conseil composé de personnes originaires des Dix-Sept Provinces et dignes de confiance.

Cette supplique ayant été remise au gouverneur, le conseiller d'Assonleville requit les (leput<''s de se retrouver à la cour le lendemain, à neuf heures. Le lendemain, en etfet, le grand commandeur appela les mandataires de chaque province séparément pour in-

di(|uer et réclamer leur quote-part dans le subside et les arrérages. Tous reçurent TinjouctioD de rapporter leur réponse là où le grand coinmaudeur se trouverait, au plus tard dans le mois de juin (1).

La correspuiidaiu (' do Requ<'K«Mis avec le roi fait eoiiiiaitre les {fraudes dillicuUes que le guii\ enieur rencontra dans ses négociations avec les états particuliers des provinces. Ces négociations duraient encore au mois de décembre 1575. Indépendamment des obstacles provenant de la cessation du commerce et de la misère croissante, résultat des troubles civils et de la guerre, les principales provinct s, (omnie le Brabaiit et la Flandre, avant de donner leur adlu^sioii, n'claniaiejil le rétablissement intégral de It'urs anciens privilèges. Les nobles et les députés des villes du Brabaut, même les prélats, avaient demandé en outre que les placards sur la religion, c est- à -dire les édits qui punissaient les protestants des plus horribles supplices, fussent adoucis. Or, le successeur du duc d'Alhe mandait au roi que cette dernière pn-teiition l'avait indigné!

En résume, les états généraux ne se réunirent qu'une seule fois pendant Tadministration si troublée de Re(|uesens, et, certes, ils avaient montré une certaine hardiesse. Tout annonçait d*ailleurs que la patience du pays était à bout.

Le grand commandeur de Castille étant mort presque soudainement le 5 mars 1576, le conseil d'Etat fut in-

(1) Voir les documents contemporains dans les AnaUctet historUfites (le M. Gachard, t. Il, p. 409 el suiv., et dans la Correspmdmee de Philippe lit in« p- 99 el suiv.

vesti provisoirement du gouvernement général. Il ne vit pas d'autre remède à l'agitation des provinces que la , convocation des- états généraux. Il se hâta donc de demander au roi l'autorisation de les réunir. Le roi s'op-

posa de nouveau à l'intervention des représentants du pays.

Mais déjà Tinlluence de Guillaume le Taciturne balançait l'autorité de Philippe II. La défense du monarque ne Alt point respectée. Indignées des violences commises par les troupes espagnoles, toutes les provinces» à , rexception du Luxembourg, se soulevèrent pour secouer la domination étrangère. Les états généraux se réunissaient en même tomps et prenaient la direction de ce mouvement national. Ils devaient demeurer en permanence pendant plus de neuf années; rétablir momentanément l'union des Dix-Sept Provinces; prononcer la déchéance du souverain qui, par son obstination fanatique, avait été le véritable auteur de tous les maux endurés par des peuples dignes d'un tout autre sort ; lutter courageusement contre les forces de l'Espagne; puis, h(''las! subir la fatale intluence de deux partis extrêmes et voir la séparation détinitive du Nord et du Midi des Pays-Bas.

aJAi^illlL SEPIIÈME.

LES ÉTATS GÈNÉHAtX COMBATTENT LA DOIIIKATIOK ESPAiiNOLE.

Le conseil d*Étut, investi provisoii'emeut du gouvernement, avait proscrit les vieilles bandes espagnoles qui, depuis si longtemps, ()pi>iiiijaiciit le pays. 11 espérait, par cet acte eijergiqiie, gagner la continuée du parti national ei conserver l'autorité de Fiiilippe H. Mais le conseil suprême, où siégeaient les anciens adversaires du prince d'Orange et du comte d'Egmont, était lui-même menacé.

Du fond de la Zélande, Guillaume le Taciturne exerçait une intluence prodigieuse sur le peuple de lii uxelles. Le grand ad\ ('r.>;iire de Philippe II compiaii aussi des partisans devouus dans les eiats de Brabanl.

' Déjà ceux-ci avaient levé des troupes pour se défendre contre les bandes espagnoles, et un membre de la noblesse, le seifrneur de Hèze, avait été investi du comma iKlenioiit de Bruxelles. Ce jeune et hardi gentilhomme, prêtant l'oreille aux suggestions du prince d'Oran^o, accomplit un véritable coup d'État en faisant arréter,le 5 septembre, les membres du conseU suprême qui passaient pour les soutiens de la domination espagnole. Parmi ceux-ci se trouvaient le baron de Berlaymont et le comte de Mansfeldt.

Le lendemain, les états de Biabant expédièrent à ceux des autres provinces des lettres où ils les engageaient à envoyer leurs députés à Bruxelles.

La résolution de réunir les étais généraux fut solennellement annoncée au peuple. Le 8 septembre, lecture fut donnée, au grand balcon de Thôtel de ville de Bruxelles, d*une déclaration des états de Brabant. Ceux-ci proclamaient que, dans les conjonctures dangereuses où Ion se trouvait, il n y avait pas de remède plus convenable que le maintien d<' l' union des Pays-Bas faite, en 1548, par lempereur Charles-Qûint. £n conséquence, ils désiraient une assemblée des gouverneurs et de députés des états de toutes les provinces pour continuer, de commun accord, les armements dont ils avaient pris l'initiative et [jour publier ensuite la justification de tout ce qui sV'tail passé (1).

Les états de Flandre, d'accord avec le comte du

(1) Voir le texte de ce manifeste dans le recueil inlituié : Actes des étals généraux des Pays-Bas (lo7U-lu85), notice chronologique et analytique, par M. Gacbard. Bruxelles, 1661, 1. 1, p. 431.

CIIAI'HHE SEPTIÈME.

Rœulx, gouverneur de la province, adhérèrent les premiers à la proposition du Brabant. Ils répondirent ({u'ils enverraient leurs députés à Bruxelles pour délibérer, avec ceux des autres provmces, sur les moyens d'éloigner du pays les troupes étrangères, de le rétablir dans l'état où il était sous l'empereur Charles-Quiiil, de conclure eutiii une bonne paix et un accord avec la Hollande et la ZélaudeT en maintenant Tancienne religion catholique et Tobéissance due au roi, et sans justifier Tarrestation des membres du conseO d*Etat faite à Bruxelles.

Toutes les provinces avaient été troublées par cet acte, audacieux sans aucun doute, mais nécessaire si l'on voulait assurer la prédominance du parti national.

Les députés de la Flandre, arrivés les premiers à Bruxelles, furent reçus par la bourgeoisie avec grand honneur et allégresse, n Vingt enseignes ou compagnies de soldats bourgeois, accompagnées des seigneurs et des notables de la ville, les conduisirent en leur logis (1). Les représentants du Hainaut s étant joints, coinnie ceux de la Flandre, aux états de Brabant, les chefs de l'armée nationale furent nommés, le 25 septembre, de commun accord. On remit la direction des ajOTaires de la guerre au duc d*Ârschot, et ce seigneur eut le comte de Lalaing pour lieutenant-général.

L'assemblée in\ ita le cuiis<:'il d'Etat à requérir les provinces, autres que le Hainaut et la Flandre, de

(l)Voir Jf^otm anonymes tur Us trouHes dis Pays-Bas (1565-1S80), publiés par J.-B. BUes, 1. 1, p. 321.

presser le départ de leurs mandataires pour Bruxelles.

Elle proposa en outrt? (Vf^nvoyer des députés au prince d'Orange et aux états de Holiande et de Zélande ou bien d'appeler à Bruxelles des mandataires de ces deux denûères proyînces pour aviser, de commun accord, aux moyens de remettre le pays « en son ancien état. » Le conseil opta pour la seconde proposition, et, si le prince d'Oranfro n'approuvait point celle-ci, il exprimait le désir que les communications avec les députés de Ja Hollande et de la Zélande eussent lieu à Gand ou à Bruges.

Le 27, l'assemblée de Bruxelles députa vers le prince d'Orange le seigneur d'Oetingen, membre des états de Brabant, pour lui faire savoir qu'elle était prête à

entrer en néfrociation avec lui. Daiiircs personnages lurent désignés pour se rendre en Angleterre et auprès de l'empereur d'Allemagne. Dans leur lettre à Ma2Limilien II, les états généraux rappelaient les maux que les Pays-Bas avaient endurés depuis l'arrivée du duc d'Âlbe; ces maux étaient devenus tels, que, pour y porter remède, les représentants du pays avaient été obligés de se réunir et de prendre les armes. Un nouveau manifeste, destiné à rassurer les plus timorés, fut envoyé dans les provinces. On y disait que les états généraux s'clï^ )rceraient de rechercher les moyens de ramener la HoUande et la Zélande à Tobéissance envers le roi et à Tobservation de la foi cailiolique, après la retraite préalable des Espagnols, qui était toujours regardée c(unme, le principal et même le seul remède. Cette déclaration émanait encore des députés du

GUAPiTHË SËPli£M£.

Brabant, de la Flandre et du Hainaut; car, malgré des appels pressants et réitérés, ceux des autres provinces

se faisaient attendre. Les députés de Namur se présentèrent enfin, mais avec (U s pouvoirs qui ne permettaient point, aux nobles du moins, de prendre une résolution sur les conditions qui seraient proposées pour la pacification du pays. Une nouvelle assemblée des états de la province fut jugée nécessaire afin d'étendre les pouvoirs des députés aux états généraux; et pour que les membres de la noblesse ne tissent point défaut, les absents, d'après les ordres du conseil d'Etat, furent menacés d'une amende de « cent léaulx d'or. ^

Le 10 octobre, l'assemblée de Bruxelles admit deux mandataires de la ville de Tournai. Le 12, les pouvoirs des députés de Namur ^rent de nouveau vérifiés et déclarés suffisants. Mais rassemblée trouva à redire aux commissions présentées par les députés de la Flandre wallonne (Lille, Douai et Orchies), par ceux de l'Artois et de Valenciennes, par ceux de Matines et par ceux d'Utrecht. Il fallait que tous eussent « pouvoir absolu de résoudre et conclure tant sur le fait de la pacification que de la retraite ou expulsion des Espagnols. » Les états des provinces se conformèrent aux injonctions du conseil d*État et de l'assemblée de Bruxelles, eu rectifiant ou en complétant les cuiiiinissions de leurs mandataires. Les représentants du duché de Gueldre et du comté de Zutphen vinrent dans rassemblée le 10 décembre. Mais ils réclamèrent un acte de non préjudice au privilège, dont ils se prévalaient, de ne pas devoir comparaître hors de

PBILIPPfi li (157a-ll»78). t»

lour province. Il fut impossible d'obtenir ladhésion du fliichd de î.uxemboiirg. Les tenluiives faites pour nouer des relations (étroites avec la principauté de Liège échouèrent également.

On remarquait» dans rassemblée qui allait être chargée des destinées des Pays-Bas, des personnages éminents par leurs dignités ecclésiastiques ou civiles, des descendants des plus anciennes familles et des i < prcseniaiiis energuiucs du liurs état. Parmi les prélats du Brabant, on distinguait Laurent Mctziiis, évèque de Bois-le-JDuc, royaliste fougueux et intraitable, ainsi que Jean Vanderlinden, abbé de Sainte- Gertrude à Louvain, alors partisan du prince d'Orange et plus tard un de ses plus mortels ennemis. Dans la députa-' tion de la Flandre siégeait Martin Rithove, évôque d'Ypres, et dans ('clIc du llamaut, Frédéric d'Yves, abbé de Maioillo, dont le rôle nf* fut pas non plus sans importance. Les Croj, les d'Arenberg, les de Ligne, les d'Emiiont, lesde L;ilaing,le8deMérode, les Beurmonville, les Liedekerke, les Boussu, et tant d'autres représentants des plus illustres maisons des Pays-Bas siégeaient sur les bancs des nobles du Brabant, du Hainaut ou de l'Artois. Parmi les nobles du Brabant, on distinguait encore Guillaume de llornes, seigneur de iléze, le hardi catholique qui avait naguère emprisonné les membres espagnolisés du conseil d'État et qui sVirrogeait une autorité despotique jusque sur ses collègues de rassemblée. Parmi les nobles de TArtois, se faisait remarquer Oudart de Beumonville, seigneur de Câpres. Dans la députation de la Flandre, on ne pouvait passer

CHAPITHË SËPTIËMË.

SOUS sUence Josse Borluut, pensionnaire de la ville

do Gand; Artus de Gliistclles, graiid-bailli d'Ypres, e( Adolphe de Meetkercke, receveur et pensionnaire du

Franc.

11 serait, au reste, difficile de donner une liste complète des députés qui siégèrent dans cette mémorable assemblée, surtout des représentants du tiers état» attendu qu*ils étaient, comme on le verra, très-fréquemment rappelés par leurs principaux ou commettants, et remplacés.

Les députés, convoqués par les états de Brabant, ne tinrent point leurs séances dans la galerie du palais des souverains. Us vinrent se joindre aux représentants . brabançons, qui siégeaient à l'hôtel de ville, et leurs délibérations communes eurent lieu dans la principale salle de ce majestueux édifice.

lyR tâche des députés était extrêmement laborieuse. Il résulte d une résolution adoptée par l'assemblée, le 22 octobre, que les députés, après avoir entendu la messe à sept heures et avoir déjeuné, devaient commencer chaque jour leurs travaux lorsque la cloche annoncerait huit heures. Dès l'origine, il y eut séance le matin et l'après-midi. Les délibérations n'étaient point diri^oos par un presid(Mit en titre ou permanent. Cun- Ib rmemcut à la tradition, un des principaux députés de chacune des provinces représentées devait présider pendant une semaine (1).

(I) Résolutions des ctaU généraux des Pays-Baê,pVibliéQ&]^Ar J.-C. de Joiige. (La Haye, 1827), 1. 1, passim.

PHILIPPK II (1S76-ttt78). 437

Le prince d'Orange s'était empressé de répondre à la lettre que les états généraux lui avaient adressée le 27 septembre. Cette réponse était datée de Middelbourg, le 3 octobre. Il disait aux états qa*il avait été bien joyeux d'entendre leurs intentions, « d*autant, n ajoutait-il, « que je n'ai jamais eu, non plus que ceux de pardeçà (Hollande et Zélande), aucune (jiiendle uu différend avec vous autres. r> Aussi exprimait-il à sou tour le vœu de voir une bonne union et intelligence établie entre l'assemblée de Bruxelles et lui. Cette union devait d^aiUeurs être facile, puisque, disait le prince, » nous voyons maintenant les communs perturbateurs du repos public, contre lesquels nous avons par-deçà jusqu a cette heure mené la guerre, se déclarer si avant qu'ils sont aussi bien vos ennemis que les nôtres. ^ Il était prêt à envoyer les députés demandés par les états généraux, mais il désirait que les conférences eussent lieu à Gand et non à Bruxelles. Il leur donnait, au surplus, toute satisfaction quant au maintien de la religion catholique et à l'obéissance due au roi.

Pour comiirendre cette déclaration du Taciturne, il ne faut pas perdre de vue que les représentants des provinces du Midi, quoique hostiles à la domination espagnole, étaient presque tous des catholiques fervents. A cette époque, un des partisans du prince d'Orange lui écrivait même, de Bruxelles, que les états ne soupiraient point l'exercice d'une autre reli;^iun (pie la religion catholique, dussent-ils risquer leur dernier homme (1).

(1) Archives de ia maison d'Orange^Nassath t> V, p. 4b5.

tSS CHAPITRE SEPTIEME.

Le 10 ociobrcs les états généraux déléguèrent Wihhô de Saiiite-Gertrude, 1<> seigneiu' rVOoîingen, le docteur Ëlbertus Lconinus, professeur de luniversité de Louvain, et six autres plénipotentiaires, choisis dans les trois ordres et les diverses provinces représentées, pour traiter, à Gand, avec les commissaii*os du prince d'Orange et dos états de Hollande et de Zélatide. renx-ci furfiit égalr'nient au nombre de neuf, et on distinguait parmi eux Paid Buys, le rélébrt^ avocat de Hollande, et Philippe de Marnix. Ils étaient chargés' « d'entrer en com- « munication, à Gand, avec les états de Brabant, de . Flandre et des autres provinces des Pays-Bas, ou « leurs députés, sur la pacification, amitié et union des <* uns et des auti^^s pays. r>

Les. étais généraux, étant bien loin encore de vouloir secouer rautorité de Philippe II, adressèrent au roi une longue lettre où ils expliquaient et justifiaient leur conduite. « Vous voyez. Sire, » disaient-ils, « que la né- « cessité inévitable nous a contraints de mettre la main « à la république presque rtnné(».., protestant devant - Dieu et V. M. que notis voulons nininTi nir notre *i sainte loi et r eligion romaine et y persévérer jnsqu a « la mort. » Philippe II eut soiu de dissimuler son déplaisir. Comme si les états générnux ne s'étaient pas réunis spontanément et malgré lui, il. autorisa leur assemblée à Bruxelles, par lettres patentes données à Madrid le 30 octobre 1576!

Les iK'goci;! lions entamées, à Gand, entre les députés des étais généraux et ceux des étnts di' Hollande et de Zélande , ne traînèrent point en longueur. Le prince

PHILIPPE II (lOTB-ISTS). 130

(l'Orange, informé que don Juau d'Autriche, le vaillant bâtard de Charles-Quint, traversait alors la France pour venir prendre possession du gouvernement des Pays- Bas» pressait les commissaires de cimenter l'union des Dix-Sept Proyinces avant Tarrivée du nouveau gouverneur, cette aUiance devant être le plus solide rempart que l'on pût opposer aux projets de l'Espagne.

Toutefois les repr^^seiitanis de la Hollnudc no voulaient pas conclure avant do connaître linlfiilioii des états généraux sur les deux points les plus importants. Us demandaient si l'assemblée de Bruxelles recevrait • don Juan d'Autriche, et à quelles conditions; ils smforraaient, en outre, si l'assemblée souffrirait que l'exercice de la religion catholique fût suspendu dans les provinces de Hollande et de Zélande jusqu'à l'entière pacification du pays et la déclaration dos états généraux, convoqués et réunis selon les traditions du règne de Charles- Quint.

Le 28 octobre, l'assemblée de Bruxelles répondit à ses commissaires qu'elle avait longuement débattu l'un et l'autre point : chaque province en avait même délibéré à part; enlin, tons étaient tomlies d'accord i|up, voulant persister dans l'obéissance due au roi, ils ne pouvaient rejeter celui qui, de sa part, serait envoyé légitimement pour gouverner les provinces, pourvu que préalablement la pacification fût accomplie et le pays délivré des Espagnols. Mais les débats avaient été plus vifs sur l'article concernant la suspension de l'exercice de la religion catholique en Hollande et eîi Zélande. Entin, il avait été décidé aussi que les commissaires

do ras.s<'niU«M» (1<^ Bruxelles pourraient « glisser « sur ce point, encore (pie plusieurs le trouvassent assez dur : mais ils espéraient que bientôt, par la déclaration des états généraux dont il était question dans les préliminaires de la pacification, le tout serait redressé. ^

Denx jours après, le traité que l'on néprociait à Gand ('lait cuiiclu, et deux des commissaires des (itats a:méraux vinrent le soumettre à raj)pr<jbation de rass(^nd»lëe. Ce trait(i c(''l<îbre proclamait une confédération ayant pour objet 1 eloignement des soldats espagnols et autres étrangers, ainsi que la conservation des anciennes libertés du [)ays. Immédiatement après la retraite des Espafrnols, les états généraux, convoqués et réunis en lâ toriiic ii>ii('e lorsque Charles-(]iiiii! Jii a son fils la ces- ; sien des l)ix-8(^pt 1 Provinces, - nielUaicui ordre aux « affaires du pays en gtMièral et en particulier, surtout i «* en ce qui concernait r(\\ercice de la religion eu Hol- i « lande et en Zélande. y> En attendant, ceux de Hollande et de Zélande ne pourraient, hors de leurs provinces, rien entreprendre contre Texercicc de la religion catholique romaine. Mais, d'un antre voU}, tous les placards

sur le faii d lici'csie seraieni suspendus jusqu a ce que, par les états généraux, autrem(?nt en serait ordonné. Le prince d'Orange (Hait contîrmé dans les pouvoirs qu'il exerçait en Hollande. Les autres seigneurs ou particuliers, également proscrits par le duc d*Albe, étaient rétablis dans leurs Biens. Enfin, le traité mettait à luiant tous les actes de la tyrannie espagnole et seffon-aii d(' réconcilier, par la tolérance et l'oubli, les habitants des Dix-Sept Provmces.

PHILIPPE II (1S76-1578). Ul

Ou peui diic i^ue nos aïeux s'ell'uicei eut de réaliser, en 1576, le vœu qui était exprimé dans les cahiers dos députés aux états généraux d(» France en 1789. Ils allaient même plus loin, puisque les députés français du XYiii* siècle, après avoir demandé que la religion catholique fût déclarée dominante et eût im culte public, n'accordaient aux sectes cliroiiciuies c^u'uiic tolérance civile.

A la vérité, les catholiques ardents qui siégeaient dans rassemblée de Bruxelles furent loin d'approuver toutes les clauses du traité de Gand. Ils étaient scandalisés qu*il n*y eût point diarticles stipulant formellement pour la religion catholique et pour Tautorité royale. Un des principaux oppusaiils ^Lnincin Metzius, évèque de Bois-Ie-Duc) nous fait même connaître que, pendant deux jours, on ne réussit pas à s'entendre. Ealiu, le 2 novembre, les articles furent de nouveau lus et proposés à Tagréation de l'assemblée. Quelques-uns voulurent encore contredire, mais on ne les écouta point; même un gentilhomme déclara à haute voix que le peuple réuni sur le niarcliô, devant l'hôtel de ville, saurait châtier celui (pii se siirnalerait par son opposition. Les voix furent ensuite recueillies par province, et, dans toutes, la pluralité se prononça pour l'acceptation du traité (1).

En conséquence, par un acte du 5 novembre, les états de Brabant, de Flandre, d'Ârtois, de Hainaut, de Va-

lenciennes, de Lille, Douai et Orchies, de Namur, de

(1) Correspondance de Philippe 11, t. lY, p. 770.

Tournai, du Touruaisis, d'Utrecht et de Malines déclaréreut accepter, agréer et approuver, sous le bon plaisir du conseil d*Etat, tous les points et articles convenus à Gahd entre leurs députés et ceux du prince d'Orange

et dos (Hats de Hollande et de Zélande. Le même jour, le conseil d'I'liai donna son a|t|irobal ion. Le 8 novembre, la nieniorable Ihici/ication de Gand fut signée en la maison échevinale de cette ville et publiée ensuite dans toutes les provinces. « Partout, y» dit Guillaume le Taciturne, » elle fut reçue par le peuple avec une si grande joie, qu'il n*est mémoire d*homme qui puisse se souvenir d'une pareille. r>

Déclarés ennemis publics par le conseil d'Etat, les i^^spagiiols s'étaient déjà crueilemunt vengés. Le 4 novembre 157G, lendemain du jour où don Juan d'Autriche arrivait à Luxembourg, les vétérans du duc d'Albe mettaient à sac la métropole commerciale des Pays- Bas.

Cet immense désastre allait rendre plus difficile encore la posiiion de don Jnan. Sons la pression des bourgeois de Bruxelles, c'est-à-dire du parti démocratique, les états généraux résolurent, le 16, d'inviter le prince d'Orange à se rendre dans le Brabant, promettant qu'il serait honorablement traité. Lorsque don Juan eut annoncé au conseil d'État, dans les termes les plus conciliants, son arrivée à Luxembourg, l'assemblée de Bruxelles consulta le prince d'Orange sur les conditions qu'il convenait d'imposer au frère de Philippe II, avant de le recevoir comme gouverneur des Pays-Bas. La réponse du prince, datée

PHILIPPE II (lS76>l57g). 145

de Midtielbourg» le 30 novembre, fut remise aux états / généraux le 2 décembre par Philippe de Maruix. Depuis quelque temps, ce politique habile se trouvait à Bruxelles pour servir d'intermédiaire entre rassemblée et le prince d'Orange. Il était chargé, dit un contemporain, ^ d épier et de guetter ce qui se traitoit. « Aussi, sous un prétexte ou lautre, ne se laisail-il laute d'entrer dans la salle des états; et, quoiqu'il ne fit point partie de l'assemblée, il était presque toujours présent aux réunions.

Les états généraux voulurent qu'il leur fût donné lecture de la lettre du prince d'Orange : c'était, sans contredit, un document d'une rare habileté et d'une importance ('XC('|t(itMJiielle. ^ Je peux, ^ disait (ruillMiiuie le « Taciturne, prendre Dieu à témoin que mon but n'a ^ « jamais été autre sinon voir ce pays gouverné, comme « de tout temps, par les états généraux, qui consistent « dans les trois états du clergé, de la noblesse, des « villes et membres qui en dépendent, sous la légitime ' « obéissance de leur prince naturel. Et comme depuis, « par la longueiu' du temps, ce guuveiiicmeiit a été à « peu près aboli, même par certains anibiîieiix et avari- « cieux désirant avoir le pouvoir entre leurs mains, M rendu si odieux aux princes qu'ils ont tenu ceux qui parlaient d'assembler les états généraux pour rebelles « et erinUnels de lèse-^majesté, leur ayant persuadé que « c'était le seul moyen par où l'autorité d*un roi serait « diminuée et supprimée, et pour cel;i nullement conseillable aux princes de soutFrir ceux qui mettent ce * remède en avant pour restaurer les choses en leur

CHAPITRB SEPTIEME.

•< première $pltiiideur, j'avais pensé, messieurs, que « vous, prévoyant ces sinistres artifices et iniques per- •( suasions, au grand détriment du pauvre pays, vous « vous fussiez assemblés pour reprendre unanimement

« les vestiges de nos prédécesseurs et vous réintégrer - i'.n votre légiiimo autorité, suivant vos louables et an- « ciens privihfges, faisant cesser par ce moyen toutes «( incommodités, oppression et tyrannie et remettant le ti pays en repos, comme déjà vous y avez donné un « bon commencement... » Il soutenait ensuite que la soudaine venue de don Juan, conseillée par les partisans d'un gouvernement absolu et tyrannique, n'avait d'.iiiut* but que d'assoupir et d'annihiler les états généraux. Il fallait donc se metlre en gaide contre ce complot et maintenir la liberté de la patrie. 11 donnait le conseil de né conclure aucun traité avec don Juan avant la sortie des Espagnols; il fallait aussi exiger le rétablissement de tous les privilèges : les états devaient même déclarer qu'ils les maintiendraient de tout leur pouvoir et jusqu'à la dernière goutte de leur sang. A ces conditions, il fallait ajouter que les états généraux auraient la liberté de s'assembler deux ou trois luis par an ou « tant que bon leur semblerait » pour réformer les abus et donner ordre à tout, selon qu'ils jugeraient convenir (1).

La majorité des états généraux, influencée par les

chefs 'de la noblesse, n'osa point suivre des conseils qui

(i) Voir le texte de ee document dans les ÂmUeU$ Mgiques, p. 301-

PHILIPPE It (1576-1578). i45

devaient, à certains égards, changer la forme même du gouvernement Le 30 novembre, l'assemblée avait déjà

arrêté les conditions auxquelles elle admettrait don Juan comme gouverneur général. ïl devait faire sortir du pays les Espagnols, approuver la Pacitication de Gand et tout ce que les états avaient fait, réunir les états généraux dans la forme usitée lors de labdication de Tempereur Charles-Quint, jurer le maintien des anciens privilèges et ne se servir, dans son conseil et autrement, que de gens du pays.

De son côté, don Juan ne cessait de protester de ses intentions paciliqucs. Lo 8 décembre, il écrivit de Luxembourg aux états généraux qu'il n'était venu que pour les remettre en leur ancienne liberté et pour leur ôter ceux qui leur avaient fait tant de maux. » Mais déjà une certaine méfiance commençait à se manifester au sein des états. Le 9 décembre, ils mandèrent même à leurs députés à Luxembourj^- que, ayant eu communication de plusieurs lettres adressées par don Juan à des chefs des bandes espagnoles, ils étaient ^ frustrés de l'espoir et bonne opinion qu'ils avaient de S. A. »

Dans ces conjonctures, les nombreux partisans du prince d*Orange faisaient de grands efforts pour neutraliser l'influence du parti aristocratique qui voulait se soumettre à don Juan. Ils excitaient les citoyens de Bruxelles à exiger des états que le prince fût appelé a prendre le gouvernement et qu'il fût mis, comme il l'avait demandé, en possession de la ville de l'Écluse pour avoir libre communication entre la Flandre et la Zélande. Le 13 décembre, plus de six cents bourgeois

146 4:hapitre septième.

envahirent la maison lie ville et ue se retirèi ent ({u'après avoir obtenu des états la promesse qu'ils exp(5<lieraienl immédiatement au magistrat de Bruges des lettres lui enjoignant de remettre TEcluse au prince d*Orange. Le même jour, Philippe de Mamix se présenta de nouveau dans rassemblée. Il demanda, entre autres, que l'on n'ajout/d pas (oi aux calomnies et aux faux rapports l'epandus sur le prince d'Orange et sur ses gens, et qu'il plût aux étals de l'admettre pour, au nom dti prince, entendre la relation que feraient les députés qui avaient été envoyés à Luxembourg près de don Juan. Le 15, les états, intimidés sans doute par les manifestations des jours préc^^dents, domièrent un avis favorable à cette demande.

Plusieurs seigneurs ilu conseil d'Etat, appuyés par les ultra-catholiques et les royalistes qui siégeaient dans l'assémbh'e, étaient assez disposés à faire bon marché de quelques-unes des garanties naguère exigées du frère de Philippe IL Mais ce parti -trouvait des adversaires habiles et énergiques. Jean Vanderlinden, abbé de Sainit'-( icrti ude (à Luuvain), Philippe de La- Uiifii:' cL le seigneur de iièze, pour déjouer les intrigues espagnoles et intimider don Juan, proposèrent, le 29 décembre, un acte d'union des états des Pays-Bas. A cette époque, toutes les provinces, sauf le Luxembourg, avaient des mandataires dans rassemblée. Les représentants calvinistes de la Hollande et de la Zélande étaient venus siéger, le 25 décembre, à côté des prélats et des nobles des provinces catholiques. Les députés de la ville et des Ommelandes de Groningue étaient éga-

l'UiLlPè>fc; il tl57«-l»78). 147

lement présents, depuis le 24, ainsi que ceux de la Frise.

Le 9 janvier 1577, les prélats, gens d'église, seignf'iirs, itoidilsliommes, ma^iistrais des lois, villes, cIiAtelleiiies et autres ♦« faisant et représentant les états des Pays-Bas, « en la ville de Bruxelles, signèrent Tacte par lequel ils déclaraient- qu'ils s étaient unis pour s assister les uns les autres avec armes, conseil, gens et deniers contre les bandes espagnoles, promettant en outre d'entretenir inviolablement et à jamais cette union <'t association. Ils Mjoiit;ji<^M^ qu'ils n'avaient d'autre but (|ue " la conservation de la religion c.uliolique, laccomplissement de la I^acilicidion de (iand, l'expulsion des Espagnols et de leurs adhérents, Fobéissance due au roi, le maintien de tous les privilèges du pays, enfin le bien et le repos de la patrie. » Ils sengageaient à n'avoir aucune communication secrète ou particulière avec ceux qui n'étaient point de l'union; ils promettaient aussi de ne point leur révéler ce qui se passerait dans l'assemblée.

Cet acte important, appelé VUnion de Bruxelles, fut également signé par les députés de la Hollande et de / la Zélande, mais avec cette réserve qu'ils n'entendaient point, en ce qui concernait ïa religion, déroger aux stipubitions de la IVicitication de Gand.

F(Mii-('(ro les i)artisans du prince d'Orange, qui avaient proposé ï Union, présumaient-ils que cet acte déterminerait une rupture délinitive avec don Juan. Leur espoir ne fut point réalisé. Don Juan vit de mauvais œil le nouveau pacte fédéral ; il continuait de dé-

146 CHAPITRK SKl'TlfciMK.

battre les clauses principales de la Paciûcatiou de Gaud, mais, d*uii autre côté, il hésitait à provoquer une rupture qui eût été le signal de la guerre. Il s'était trans^-

port(^ à Huy pour y poursuivre les nëprocia lions sous la iiK^liatioii (le Tt'N <Mju<' de Liège et des amitassudeurs de l'Empereur. Le conseil d'État et six députés des états généraux se rendirent prés de lui. Mais les états n'avaient consenti à cette dernière démarche qu'à la condition expresse que les négociations ne dureraient pas plus de quatre jours, et que don Juan déclarerait, dans ce terme, s'il n p riait entièrement la Pacification de Gand et s'il oiitondait faire sortir des Pays-Bas la gendarmerie espagnole.

Les représentants des états, de retour à Bruxelles, firent, le 30 janvier, un rapport verbal à l'assemblée. 11 en résultait que les négociations avaient duré depuis le 23 jusqu'au 26. Don Juan ne voulait pas d'abord approuver sans réserve la Pacification de G-and, malgré tout ce (jUti lui disaient, pour l'y déterminer, les ambassadeurs impériaux et les membres du conseil d'État. Enfin, le 26, les députés lui remirent une protestation où ils déclaraient décliner la responsabilité de tout ce qui pourrait résulter de son refus au préjudice de la religion et du roi. On croyait les n^ociations rompues, lorsque, vers minuit, on vint communiquer aux députés un billet où don Juan disait qu'il approuvait la Pacitication de Gand, à condiiion qu'il ne s'y trouvai rien contre la religion catholique romaine ni contre l'autorité du roi. Les députés étaient sur le point de partir, le 27, quand on leur remit un nouveau billet de don Juan. Là,

PHILIPPE II (157t>-lo78). 149

il déclarait formellment qu il approuvait la Pacifica* tion de Gaud, les évéques, TUniversité de Louvain et les prélats ayant attesté que cet acte ne contenait rien de contraire à la religion romaine, et le conseil d*État,

de son côté, ayant coi tilié qu'aucune atteinte n'y était portée à rautorité du l'oi.

En eUet, le 17 décembre 1576, les évéques, abbes, doyens et curés des Pays-Bas avaient solennellement déclaré que la Pacification de Gand ne contenait rien qui fût contraire à la sainte foi ou religion catholique romaine. Une déclaration donnée par la faculté de théologie de Louvain, le 25 décembre, était de la même teneur. T/e conseil d'Etat avait également affirmé que, dans les dispositions de la Paciticatiou de Gand, il ny avait rien de contraire aux droits du souverain.

 ces attestations rassurantes pour don Juan, les états généraux joignirent des résolutions énergiques. Le 23 janvier 1577, ils avaient décidé qu'ils enverraient chereher le prince d'Orange et qu'ils rompraient entièrement avec le frère de Philippe II si, dans les quatre jours fixés, le lieutenant du roi n'avait pas accordé la sortie des Espagnols, ainsi que les autres assurances demandées par l'assemblée. Le 28, celle-ci somma le conseil d'État de « décerner Placard contre tous con- « saulx et collèges, nobles, ecclésiastiques et séculiers « qui, étant requis, ne voudraient signer ruiiion et pa- ^ cifîcation. « Ils devaient être déclarés « rebelles et ennemis du roi et de la patrie, » leurs personnes saisies et leurs biens confisqués.

Ën présence de ces manifestations, don Juan crut

lao CHAPITRE SEPTIEME.

devoir céder. Le \2 février, il écrivit, de Marche en Famène, aux états geiiéi-aux qu'il avait signé le projet de traité l'oruiuU' par eux. Cet te acceptation était contenue dans un Édit perpétuel «« pour Tapaisement des troubles suscités aux Pays-Bas par la gendarmerie étrangère. >» Don Juan accordait, au nom du roi, une amnistie complète ; il consentait au renvoi des soldats étrangers; il ratitiait, sur la loi des aiiestaiions délivrées par les évêques et le conseil d'État, toutes les clauses de la Paciiication de Ciand et promettait, en conséquence, la convocation des états généraux dans la forme stipulé * [> ir ce traité. De leur côté, les états généraux prenaient l'engagement, « sur leurs consciences, foi et honneur devant Dion et tous les h ouïmes, r> de maintenir en tout et partout la foi catholique, apostolique et romaine, ainsi que lobéissance due au roi.

Cet engagement était eu contradiction avec la clause fondamentale de la Pacification de Gand qui accordait

provisoirement la lil)erté de conscience, mohis l'exercice public du culte. Les étals généiaux l'avaient si bien compris que, le 7 février, ils avaient envoyé des députés au prince d'Orange pour l'informer de ce qui était négocié avec don Juan, lui demander son avis, et surtout pour lui expliquer la clause stipulant le maintien de la religion catholique romaine. La majorité n'attendit point cependant l'avis (h^naiidé au stathoutler de Hollande et de Zélande. Alléguant le désir d'éviter la guerre civile, elle vota l'arrangement conclu avec don Juan en se passant du concours des états des deux provinces,

PHILIPPE 11 (1576-1578). «Si

qui (levaient stipuler pour les réformés. Cette précipitation était due au parti qui redoutait Tascendant du prince d*Orange et qui voulait réellement la prédominance absolue du catholicisme.

Les exhoiiaiioiis de l'empereur Rodolphe et les conseils de la reijie Elisabeth contribuèrent à cette prompte conclusion. L'un et lautre avaient engagé h^s états généraux à ne point se montrer trop difficiles; Elisabeth recommandait même de faire à Tennemi un « pont d*or. î» C'est (pio la reine d'Angleterre préférait Taccord des états avec don Juan à uno intervention des Franrais. Le baron d'Aubigny, rendant compte, le 26 novembre précédent, à rassemblée, de la mission dont elle lavait chargé près d'Elisabeth, dit en finissant sa harangue : «< La reine a prié par trois fois « les états de ne se vouloir fier aux Français, pour « estre trop fins et cauteleux, et de ne se vouloir aider « de leur secours (1).

Guillaume le l'aciturne, de son côté, n'avait épargné aucun elforf pour provoquer une rupture avec le frère de Philippe IL Dès Farrivée de don Juan à Luxembourg, Û avait proposé de l'arrêter et de le garder comme otage. Le 2 février, lorsque les négociations étaient entamées, il écrivit à l'assemblée pour la mettre en trarde contre les embûches des Espagnols ; il se (lisait convaincu que don Juan voulait tromperies états. Mais, l'accord conclu, il se garda l)ien de rompre avec rassemblée de Bruxelles ; plein de confiance dans un

H) Uésoiatiam des étaU généraux des PajfS'Sas, t. i, p. 138.

15i CHAPlTRb SbmEME.

avenir prochain, il dissimula son mécontentement. Par une déclaration signée le 19 février à Middelbourg, le prïnce d'Orange et les états de Hollande et de Zélande

louaient la bonne intontioii des états généraux, tout en faisant remaïqueis en leimes mesurés, que le traité conclu avec don Juan ne paraissait pas y correspondre. Ils se plaignaient surtout que le représentant de Philippe II n*eût pas accordé la latitude d*assembler périodiquement les états généraux et disaient aussi qu*il n'avait pas donné à la Pacilîcation de Gand une approbation claire, iornicUo et catéfïoriquo. Par une autre déclai ation, votée ie l"*" mars, les états généraux tâchèrent de rassurer la Hollande et la Zélande. Mais le prince d*Orange n'accepta point l'Êdit perpétuel et re^ fusa de le faire publier dans les deux provinces qui avaient secoué le joug de l'Espagne. Les députés de la Hollande et de la Zélande se retirèrent même de rassemblée (le Bruxelles.

Pour accélérer l'expédiliou des ad'aires, les états généraux adoptèrent, le 27 mars, un règlement d ordre. 11 contient des particularités intéressantes.

Selon l'usage déjà consacré, le plus notable et le plus qualifié, soit ecclésiastique ou séculier, de chaque province, présidait chaque semaine alternativement. Le président ainsi désigné, avant d'ouvrir la séance, devait faire sortir de la salle tous ceux qui n'étaient point membres de l'assemblée.

Le greffier des états de firabant, Cornélius Weellemans« remplissait les mêmes fonctions près des états généraux. C'était un homme d'une rare activité, mais

qui pliait sous le poids des innombrables affaires dont rassemblée devait s'occuper.

Il y avait deux séances par jour : la première, depuis

huit heures et demie jusqu'à midi; l'autre, (h^puis quatre heures jusqu'à six. ^fais il était convejui ((ue « ne se- ^ raient dépeschëes lesdits après-dîners aulcunes matières de grande importance, » si ce n était en cas d'urgence.

Les fêtes et les dimanches» de même que les mardis

et les jeudis après le dîner, l'assemblée ne siégeait point, à moins (jue le président n ordonnât de la réunir, à cause de l'importance des affaires.

Personne ne pouvait prendre la parole, sinon à son tour, et on ne devait entendre qu'un seul orateur de chaque province.

L'acte d'union du 9 janvier était considéré comme la charte des états généraux : les nouveaux députés devaient y donner leur adhésion, sous peine de nôtre point admis dans l'assemblée (1).

L accord conclu entre les états généraux et don Juan d'Autriche allait recevoir son exécution. Don Juan avait ordonné le départ des soldats espagnols, et les états généraux avaient alloué 300,000 fl. pour solder la moitié de ce qui était di\ à ces vieilles bandes. Philippe II, de son côté, ratifia, le 7 avril, l'édit de Marche enFamène; il sanctionna l'acte qui était la plus formelle condamnation d'une partie de son règne. Les Pays- Bas, à la vérité, n'obtenaient point la liberté de con-

(1) Acieà dm étals généraux du Pays-Bas, t. 1, p. WO.

«54 CHAPITRE SEPHEME.

science; mais ils recouvraient leurs anciens privilep:es et se vovMieiit (l(«livres de cette «rirn'e étrangère dont le duc (l'Albe s était servi pour établir la tyrannie.

Tandis que les vieilles bandes espagnoles s'acheminaient vers le Luxembourg, don Juan s'était avancé jusqu'à Louvain. H y r<»^'ut, le 20 avril, des députes qui, au nom des ('tais ^vneraux, lui dirent que ceux-ci le vcrraiciit avec plaisii- à Bruxelles et le reconnaît rnient pour gouverneur, lieutenant et capitaine général dès qu'ils auraient reçu la nouvelle certaine de la sortie des Espagnols de tous les Pays-Bas. Ils le suppliaient d'ailleurs de trouver bon ([ue rassemhh'O des états ' néraux, siégeant à Bruxelles, continuât ses dcHilKTations tant (pi'elle n'aurait pas rempli la mission pour laquelle les députés des provinces s'étaient léunis. Ils demandaient donc, mais pour la forme seulement, la prolongation de leur assemblée juscpi'à la réunion de celle qui devait être convoquée selon les stipulations de la Pacilicaiion de (îand.

Le mai, vers six Ikmuos du soir, don Juan d'Autriche entra entin dans Bruxelles. (]ualre-vingts arquebusiers envoyés par les' états généraux formaient sa garde, et, à défaut des régiments espagnols, il avait pour cortège plus de mille cavaliers du pays, gouverneurs, nobles, geiuilsliommos, prélats, que précédaient vingl-six compagnies de Ixuirgeois armés. Le vainqueur de L('pante se rendit d'abord sur le Marché, oii il était attendu par les représentants d(*s provinres (jui s'(>taient placés sur le grand balcon de l'hôtel de ville. Don Juan les salua par trois fois, puis se dirigea vers le

palais. Le 4, il prêta serment aux états généraux et lut dés lors reconnu comme gouyerneur du pays.

Jusqu'à ce moment, les états généraux avaient eu réellement la direction du gouvernement. An conseil d'Etat chargé du pouvoir oxécurif, ils envoyaient non des suppliipios , mais des roquisiiiniis. Ih uommaienl non-seulement aux principaux emplois dans Tarmée na- , tionale, mais ils désignaient ati^si les gouverneurs des / provinces, les commandants des châteaux, etc. Us nom- ' maient et recevaient des ambassadeurs , contractaient des emprunts, établissaient des impôts. Après ([ue don Juan eut été reconnu par mx comme gouverneur, les (Hais iiï^néraux Mgirent de concert avec lui. Ils coniinuérent à envoyer des ambassadeurs, à correspondre avec les états particuliers des provinces, à décréter des impôts, mais après en avoir référé au lieutenant du roi. Ils s'adressaient maintenant par voie de pétition au gouverneur pour lui proposer les mesures qu'ils jugeaient utiles à la chose pnljliipie. De son côté, don .1 uan leur adressait également des requétes-

Mais il importe surtout de remarquer que, à l'égard j des états particuliers des provinces, l'assemblée générale n'avait jamais été et ne fut point onmipotente. Ainsi, s'agissait-il d'établir une capitation générale, l'assentiment et l'accord des états pai iicuiiers étaient toujours indispensables.

Les états généraux avaient décrété une cotisation générale pour payer les troupes allemandes qui, en vertu de l'édit de Marche en Famène, pouvaient demeurer dans les Pays-Bas, jusqu'à ce qu'elles eussent

reçu salisl'actioii. Les états d'Artois, en refusant leur concours à la mesure décrétée, furent cause que ces Allemands au service de TEspagne prolongèrent leur séjour dans les Pays-Bas. Or, par une lettre du 2S juin, los états généraux firent remarquer aux états d'Artois que toutes les autres |)r()vinces avaient donné leur consentement à la cotisation générale, que don Juan luimême s'y était soumis volontairement pour sa personne *i à concurrence de 60,000 florins; n que les prélats, de lavis du légat du pap -, les chevaliers de la Toison d'or, les ducs, marcpus, barons et autres seigneurs principaux l'avaient acceptée. Ils les exhortaient, au nom du salut de la patrie, « à prélerei' en tout et partout le bien générai et public. « Ils leur montraient les inconvénients irréparables qu'un refus itératif de leur part entraînerait, car par là Taccord de tous les autres états deviendrait nul. Les états d'Artois persistèrent dans leur résislance égoïste. Le peuple d'Arras contraignit même le gouverneur de l'Artois à sortir de la ville, car, encouragé d'ailleurs par ses miaiidataires, il ne voulait entendre, dit un contemporain, « à telle façon d'aide de payer par teste, non séante ni convenable que aux Turcs et Mores. » L'Artois commençait dès lors cette opposition qui devait être un jour si funeste à la cause fédérale.

L'accord ne régna pas longtemps entre don Juan d'Autriche et les états généraux. Le lieutenant de Philippe II comprenait que tout demeurerait en suspens aussi longtemps que la Hollande et la Zélande remiseraient d'adhérer à l'édit de Marche en Famène. Mais il

PHILIFFK 11 C157U-lâ7ft). 157

-ne parvint point à séduire ni à intimider le prince d'Orange; il échoua de même dans les tentatives qu'il lit pour que les états géiiéiaux imposassent aux deux provinces i t'calcitrantes les conditions communes acceptées par les quinze autres.

L'ascendant de Guillaume le Taciturne remportait donc sur Tautorité de don Juan, autorité précaire* d'ailleurs et souvent contestée par les états gtuiéraux.

Le vainqueur de Lépante, désappointé, humilié même, sortit de Bruxelles et se retira d'aliord h Maliues, d'où il entretint des intelligences stercics avec les régiments allemands qui étaient restes dans le pays. Le 24 juillet, il s empara par surprise du château de Namur. Il y établit sou quartier général et ordonna aux troupes royales dont il pouvait encore disposer de se eoncentrer dans les environs de eette ville.

Pour justilier sa conduite, il écrivit aux états g('n('raux qu'il n'avait d'autre but que de veiller à sa sûreté personnelle. Il leur fit déclarer, en outre, qu'il était toujours résolu à maintenir la Pacification de Gand, à condition que les états, de leur côté, accomplissent ce qu'ils avaient promis. 11 (leniandail une yarde suflisante pour le protéger, le droit de disposer des charges et offices vacants, enfin l'engagement que les états généraux se joindraient à lui pour forcer le prince d'Orange, de même que la Hollande et la Zélande, à donner leur adhésion à l'édit perpétuel. II demandait aussi communication de la liste des membres des états généraux pour ([u'il pût voir « s'il y avait dans l'assemblée des personnes suspectes de taire mauvais office ou

qui iiL' (levaiem pas y èwr. - Quelques jours aupai'avaiit, il avait (Uji\ exprime le désir que les affaires e< les résolutions des états demeurassent secrètes» et qu'à cette ân ils ne donnassent entrée dans leur assemblée quVi ceux qui y avaient droit. Il exij^cait des états gciK'iaux qu'il ne .suulTrisseiit au milieu d'eux aucun ('{ranimer, et il faisait d*' celle iultTclictioa une condition formelle de son retour à Bruxelles.

Les états généraux répondirent en termes mesurés. Ils déclaraient d*abord, selon leur habitude, qu*ils n'avaiejit d'autre intention que de vivre et mourir en la reliiiiou catholique romaine et sous 1 obéissam'c due an roi. ils conseiitîrieiit à presque toutes les (ieinandes de don Juan. Mais ils laisaient observer qu'on ne pouvaii arrêter la liste des députes aux (^tats généraux, parce que leurs principaux, c'est-à-dire les états particuliers, les changeaient journellement.

Le 3 juillet, l'assemblée nationale avait pi ié le prince d'Orange de iaire en sorte que les états de Hollande et de Zélande renvov^issent leurs mandataires à Bruxelles. Le prince le promit; mais il chargea d'abord Marnix de Sainte-Aldegonde et un autre délégué, Jacques Taffîn, de le justifier des inculpations dont il avait été lobjet de la part de don Juan. En même temps, il exhortait les états à prendre - une bonne et vertueuse résolution, coni'orme à l'obligation qu'ils avaient envers le corps entier ci jj^'néral de tout le peuple,

Les états généraux avaient feint de ne pas comprendre don Juan, lorsqu'il avait demandé l'éloignement de ^ personnes qui n'avaient point le droit de siéger dans

PHILJl'l'E 11 (157(J-1578). lo9

leur assemblée. Il précisa sa pensée, le 7 août, en exigeant formellement qu on Ht sortir de Bruxelles Marnix de Sainte-Aldegonde, Theron et autres agents du princ**

d'Orange, et que les éinia géïK^raiix, jjour se soustraire à une pression ill*'tiiiinio, se franh[H)i i;issenT .i Louv.iiii. Il leur manda ensuite que la paix et la gueii e étaient en leurs mains. Les états généraux répondirent qu'ils n'avaient pas la prétention de lui faire la loi ni de lui dicter la conduite qu'il devait tenir « en ce fait de paix ou de guerre; » que, quant à eux, ils ne prendraient les armes que s'ils y étaient Ibrcos. Du restt\ ils nvaieni publié de nouveau que tous iiubies el noIaMes |)('rsoini<\'< qui refuseraient de signer l Union, et ceux qui, VaytxuL signée, ne s'y conformeraient pas, pouvaient être saisis et appréhendés, et leurs biens confisqués.

Le prince d*Orange conseillait de prendre les armes avant que don Juan eût eu le temps de rappeler les troupes espatrnolos, iialicunes et bouiguignonnes. Mais un grand nombre de représentants des [irovinces répugnait encore à une rupture ouverte. Les ims redoutaient la guerre civile, les autres étaient dévoués au roi; ceux-ci ne voulaient point, par une alliance avec la Hollande et la Zélande, porter atteinte à la prédominance du catholicisme ; eatin, d'autres encoi e, l'ormant le parti aristocratique, «'(aient jaloux de l'influence croissante de Guillaume le Taciturne et de son écrasante popularité. Ces derniers tâchèrent de concilier leur aversion pour don Juan avec leur antipathie pour le prince d*Orânge, de même que leur feint respect pour Tautorité du roi avec leur désir de s'emparer du gouvernemeut. Ils

résolurent eu conséquence d'opposer à la fois à don Juan et au prince (rOrange l'archiduc Malhias d'Autiiclie, neveu de Philippe II. L'archiduc, alors âgé de dix-neuf ans, céda aux sollicitations de rémissaire qui vint lui proposer de se transporter immédiatement dans les Pays-Bas pour en prendre le gouvernement au nom du roi, mais en se conformant « à Tavis et conseil des états généraux.

Sur CCS (M itr< 'laites, l<'s députés, demandés dès le 3 juillet aux états de Hollande et do Zélande, étaient arrivés à Bruxelles (le 19 août). Mais leur admission dans rassemblée ne se fit point sans difficulté et sans éprouver de Topposition de la part de quelques membres de l'cfrdre ecclésiastique. Les catholiques exclu si l's et les partis.! us secrets de l'Espagne comprenaient que la pi ésenc(i des d('putés de la Hollande et de la Zélande, à la fois mandataires des protestants et du prince d'Orange, influerait inévitablement sur les résolutions de rassemblée nationale.

En effet, le jour même de leur arrivée et de leur admission, ils fireiii décider la démolition du château d'Anvers. Il est vrai que le duc d'Alhe n'nvait pas ('rigé cette citadelle pour dél'endre contre l'ennemi extérieur la métropole commerciale des Pays-Bas : « le château d'Anvers, » disait Requesens, « n'avait été construit que pour tenir en bride le Brabant. » Le démantèlement du château de Gand fut résolu le surlendemain. Ce démantèlement devait se faire du côté de la ville, - de façon toutefois à ce que les moyens de défense ne pussent en souffrir. ^

PHILim: Il (1570-1578). m

En outre y les états généraux demandèrent l'assistance de l'électeur palatin » le plus zélé protecteur de la réforme en Allemagne. Non contents encore de ces

concessions, les députés de la Hollande et de la Zélande mandaient au ])riiic(' d'Orange ^ qu'ils luisaient journellement leur devoir pour induire les états à prendre une bonne et ferme résolution. Ils représentaient les inconvénients causés par l'hésitation de l'assemblée et blâmaient la « voiemojenne « que celle-ci suivait, laissant à don Juan le nom de gouverneur, et conséquemment le crédit et l'auiuriié pour contiiuu'r ses menées et lever des soldais. ISOiis ne proliions guère, ^ disaientils, « non parce que l'intention de la généralité ne serait bonne, mais par crainte de la guerre,

Les états généraux étaient bien décidés cependant à ne point s'arranger avec don Juan avant quil leur eût remis les château ef ville de Namur, Marienbourg, Charlemont et d'autres places occupées par ses troupes.

Le 6 septembre, les états généraux résolurent, mais à la simple majorité, d'envoyer des députés au prince d*Orange pour le prier de se transporter immédiatement à Bruxelles. Leur intention, disaient-ils, était de se concerter avec lui, comme membre du conseil d'Ktaî, sur toutes les alfain s du pays. Mais en même temps, pour qu'il ue fût pas publié calonmieusement que les états généraux, à l'instigation du prince d'Orange, ne tendaient «< qu'à changement de souverain et de religion, » ils le priaient de permettre, suivant la Pacification de Qand, l'exercice de la religion catholique aux lieux qui

T. I. il

CHAI»rniE SEPTICWB.

avaient été remis entre ses mains de même qu en Hollande et en Zélande; ils le priaient en outre de s*opposer à ce que le culte réformé fût exercé dans les autres provinces. Le prince fit aux députés un gracieux accueil,

loua les états généraux de vuiiloir resserrer les Liens de Tunion entre les provinces, et leur remit, le 13, une réponse écrite.

11 déclarait quil n'aurait rien de plus à cœur que de se transporter incontinent à Bruxelles, mais que ses obligations envers les ^tats de Hollande et de Zélande et leur affection réciproque exigeaient qu*il eût préalablement là-dessus leur avis et consentement. Il évitait d'aiileiii'ïi de doiinei' une réponse catégorique sur les demandes concernant l'exercice de la religion catholique romaine en Hollande et en Zélande et le maintien exclusif de cette religion dans les autres provinces. En ce qui concernait la Hollande et la Zélande, il ne pouvait rien fiiire, pôursuivait-il, sans le consentement des états de ces provinces. Pour ce qui concernait le maintien exclusif du caiholicisme hors des limites de la Hollande et de la Zélande, il s exprimait en ces termes : tt Comme le prince n'entend occuper aucune supériorité « par-dessus messieurs les états généraux assemblés à « Bruxelles, mais seulement de les servir et aider à la « direction des allaircs, tant qu'en lui seia cl lanl que « eux-mêmes le voudront employer, il est aussi con- « tent de promettre, comme il promet, que de sa part « il laissera l'autorité de mettre l'ordre convenable en « ce point, selon la Pacification de Oand, à leur libre « volonté et arbitre, sans en aucune façon les troubler

PHILIFPË li (157tt-la7â). 165

ni empéclier ni souffrir qu'ils soient troublés et em- « péchés (1). »

Guillaume le Taciturne, après avoir obtenu le consentement des états de Hollande et de Zélande, décida qu'il se conformerait au désir exprimé par les états généraux. Informée le 19 septembre que le prince d'Orange était arrivé à Anvers, l'assemblée lui envoya des dé^ putés pour le complimenter et l'accompagner à Bruxelles. Parmi ces députés, on distinguait les prélats de Villers et de Maroilles. Le 23, GuillMume le Taciturne, api'ès un exil de dix années, rentra triomphalement dans son palais de Bruxelles.

Les états généraux délibéraient alors sur la réponse de don Juan à leurs dernières propositions. Cette* réponse, donnée le 21 septembre, était de nature à satisfaire le parti catholique et modéré. Don Juan consentait à remettre aux états généi*aux les places qui étaient en son pouvoir; à licencier tous les gens de guerre levés par lui depuis son arrivée aux Pays-Bas ; à observer religieusement la Pacification de Gand et l'Édit perpétuel, même à s'employer auprès du roi pour qu'il lui fût donné le plus tôt possible un successeur, et, en attendant, à se retirer dans le duché de Luxembourg.

Le 23, par une singulière coïncidence, la Hollande était appelée à présider l'assemblée générale. La réponse de don Juan ayant été mise en délibération, les députés hollandais demandèrent qu'on attendît la présence du prmce d'Orange. Bien que l'on sût que Guil-

(1) Archives de la maison d'Orange-Nassau, t. VI, p. 155 cl suiv.

laiime avait quitté Anvers dans la matinée et qu'il se dirigeait vers Bruxelles, la majorité, alléguant qu'il avait été décidé, la veille, que le vote aurait lieu, ne voulut pas le différer. Elle ratifia laccord conclu avec don. Juaii. Bientôt revinrent les députes qui avaient été au-devant du prince d'Orange ; ceux-ci réclamèrent contre cette précipitation. 11 fut enfin ordonné que les ambassadeurs qui avaient condu Taccord avec don Juan, exposeraient, le soir même, dans une conférence particulière avec le prince d*Orange, les conditions de la paix. Guillauiiii; s<^ garda bien de les rejeter d'une manière absolue; il n'éleva même que de légères ubjections. Mais un des assistants prétendit que rassemblée n'avait pas pris une résolution formelle sur l'article concernant les emplois possédés par les officiers qui avaient suivi don Juan à Namur. Guillaume dit que, pour lever tous les doutes, le plus sage était d'en référer de nouveau aux états.

Le lendemain, le prmce d'Orange se rendit à l'hôtel de ville, où siégeaient les états généraux, il déclara qu'il venait, comme baron de Breda et membre de l'état noble de Brabant, prendre part à leurs travaux et qu'il était prêt à sacrifier, pour leur cause, sa vie, ses biens et tout ce que Dieu lui avait donné; il protesta en outre que tous ses eltbrts tendraient à l'accomplissement et à Tentretien de la Pacification de Uand. Le projet d'accord fut ensuite remis en discussion, et l'assemblée décida qu'une nouvelle rédaction serait proposée par une commission où siégerait le prince d'Orange avec les comtes de Boussu et dé Lalaing. De graves modifications fu*

raiLIPPE II (lS76-f57«). les

reut alors apporta au projet agréé par don Juan. Le prince d'Orange et son piurti proposaient notamment rinstîtution d*un conseil d'État composé de personnes qui seraient choisies par les états généraux, et selon

lavis duquel, exprimé à la pim alité des voix, toutes les affaires du pays serniont conduites. Le nouveau projet fut discuté le 25; l'assemblée siégea depuis huit heures du matin jusqu'à quatre, et de six à neuf heures du soir. Le prince d'Orange, renommé pour son éloquence et sa vivacité d'esprit, prit ime grande part aux débats, qui furent très-animés. Le lendemain, rassemblée adopta la résolution qui devait provoquer une rupture définitive avec don Juan d'Autriche (1).

Don Juan était d'autant moins disposé à subir les nouvelles exigences des états, qu'il venait d'apprendre que Philippe II avait ordonné aux troupes espagnoles du Milanais de reprendre le chemin des Pays-Bas. Le 2 octobre, après avoir protesté contre les * injustes et ddraisoiiuables - prétentions de l'assemblée de Bruxelles, il quitta Namur pour se retirer à Luxembourg. Les états généraux décident alors et lui font savoir, le 8 octobre, qu'ilis ne le reconnaissent plus pour gouverneur; ils le prient en conséquence de laisser l'administration au conseil d'État. En même temps, ils publient leur manifeste sous le titre de : Discours sommier des justes causes et raisons qui ont contraint les estats ge^ieraulx des Paîs-Bas de pourveoir à leur deffence catUre le seigneur dm Jehm d*Au8triee,

(1) Voir CorresiKtndanct de GtiiUaume le Tacilurne, t. IV, passim.

166 4:hapitiie SKPTIEHE.

Ce m lUiioslo, OÙ tilaieiii rappeléet» les coiiditions auxquelles don Juan avait oto re^u, respirait une ardeur belliqueuse et attestait uue violente exaspération contre le frère de Philippe IL Les états généraux reprochaient à don Juan d*ayoir violé toutes ses promesses et déclaraient que c'était leur devoir de s'opposf^r à un - lieutenant du prince « qui prenait le.s ai iu* s contre le pay?i. Malgré la hardiesse de ce df)cum(?nt, ils u'hésitérent point à l'envoyer à Philippe IL Ils lui déclaraient qu'ils ne voulaient plus être esclaves des Espagnols et leurs semblables, » attendu qu ils étaient « plus anciens vassaux patrimoniaux de la maison d*Autriche. n Mais en même temps ils protestaient encore qu'ils voulaient maintenir tie tout leur pouvoir la religion catholique e( l'obéissance qui était due au roi. Et, en eifet, s'ils avaient voulu se soustraire à cette obéissance, ils en avaient, disaient-ils, le pouvoir. Ils suppliaient le roi d*avoîr d'eux Topinion qu'ils méritaient, de faire poser les armes à don Juan et de leur envoyer pour gouverneur lui prince extrait légitimement du saiifr d'Autriche.

U ultimatum, envoyé de Luxembourg le 14 octobre par don Juan, allait porter au comble rexaspération des partisans de Guillaume le Taciturne. Don Juan, à son tour, exigeait des états qu'ils missent bas les armes et qu'Os renvoyassent le prince d'Orange, ses adhérents, fauteui .s ai ministres.

r^Mit-ôtre la majorité du cler^(; et de la haute noblesse, qui n'aimait point le prince d'Orange, ne se lûtelle pas opposée à cette dernière prétention si Guillaume le Taciturne n'avait eu pour lui la bourgeoisie et le peuple.

PHILIPPE II (157tt-1578). 167

Le parti démocratique avait reçu une organisation puissante, et il dominait réellement les deux autres classes. A Bruxelles, les dix-huit syndics des neuf nations entre lesquelles étaient répartis tous les métiers de la ville, s'étaient emparés de l'autorité qui appartenait au magistiat, et cet exemple fut suivi dans les autres villes principales. Des collèges de dix-huit défenseurs du peuple j avalent été formés en haine des magistratures municipales où siégeaient des partisans , de TEspagne, ou, comme on disait alors, des espagno- : lises. Le parti démocratique, il laiit le dire, exerçait déjà une prossioipirréguliére et parfois violente sur les états gonéraux. Le 8 octobre, un des « bous patriotes » de Bruxelles, accompagné de députés des trois membres de la commune, vint présenter aux états une pétition par laquelle ils étaient requis de faire alliance avec la reine d'Angleterre, d'appeler à leur aide le palatin Casimir, de décréter une levée générale, de renouveler les administi-ations des villes et d'éloigner du conseil général toutes les personnes suspectes, pensionnaires des villes et autres, même les gens d'église qui, par leurs protestations, favorisaient les ennemis du pays et Tinquisition d'Espagne. Guillaume répondit, au nom de rassemblée, que le peuple pouvait se reposer sur les états du soin de prendre les mesures nécessaires au salut de la patrie.

La fraction des états généraux qui ne voulait ni de don Juan ni du prince d'Orange, dévoila enfin ses vues. Le 9, le duc d'Arschot fit connaître à l'assemblée que, de concert avec plusieurs seigneurs principaux de Brabant, de Flandre et d'autres provinces^ il avait jugé

convenable de mander larchiduc Mathias pour lui confier le gouvernement du pays, et il annonça que ce prince, parti secrètement de Viemie, était déjà à Cologne. Plusieurs s*étonnèrent qu*nne négociation aussi

importante eût éU' cjitanx'c, à Tiiisu et sans rantorisntion (les états; niais la inajoiitr' se inonfra disposée à rtîcevoir le frère de lempereiir Rodolphe. Il fut cependant convenu que Tarchiduc séjournerait à Lieire jusquà ce que les états des provinces eussent ratifié les conditions auxquelles l'assemblée générale subordonnerait sa réception comme gouverneur. On avait vonln snsciter un rival an prince d'Onmge, mais un ne put exclure celui-ci du nombre des commissaires chargés de rédiger la capitulation qui allait être propo.sëe à larchiduc.

Au surplus, les partisans de Guillaume le Taciturne avaient résolu de raffermir 1 autorité de ce prince et même de lui donner plus d'extension. Par une innovation hardie, ils décidèrent (pi'il serait nommé gouverneur ou rmvard du duché de Brahanr. Il fallait d'abord obtenir le conseiitemeiU des états particuliers de la province. La noblesse et le clergé ayant retusé leur acquiescement, on le leur arracha; la salle où délibéraient les membres des états de Brabant fut envahie par des bourgeois de Bruxelles, d'Anvers, de Louvain et de Rois-le-Duc, agissant sous riiupulsioii des Dix-huit, et la iiuriiinaliùii du prince d'Orange, comme rmvard du duché, fut proclamée au milieu du tumulte et des menaces. Une requête fut ensuite présentée aux états généraux par les délégués d«s trois membres de la commune de Bruxelles, auxquels s'étaient joints les doyens

PHILIPPE II (1576-1578). m

des métiers d'Anvers, afin qu*îl leur plût, comme tenant le gouyemement général, de ratifier le choix des états de Brabant. Les états ç^énévmx n'osèrent pas résister,

et, le 22 octobre, la noiiiinntion du prince d'Orange fut confirmée, mais « sous le bon plaisir de leurs maîtres, ?• cest-à-dire des états particuliers des provinces. Le dUc d'Arschot vit là un moyen de contrecarrer Guillaume de Nassau. Il s'était fait nommer lui-même gouverneur de la Flandre. Les deux premiers ordres, le clergé et la noblesse , subissant rinlluence du nouveau gouverneur.

montrèrent contraires à la nomination du prince d'Orange. Mais la satisfaction du duc d'Arschot ne fut pas de longue durée. Le 28, il était arrêté par Hembyse et Ryhove, les chefs du parti démocratique de Gand ; il resta prisonnier jusqu'au 10 novembre, et pour obtenir sa déli\Tance des « nobles et notables de Gand, f il fallut l'intervention des états généraux et du prince d'Orauge.

L'arcbiduc Mathias était arrivé à Lierre le 30 octobre. Gomme une maladie contagieuse régnait dans cette viUe, il obtint, le 15 novembre, des états généraux, rautorisation d'établir sa résidence à Anvers. Les états

des provinces, consultés sur les conditions à imposer au jeune archiduc, avaient lait parvenir letns avis à Bruxelles. Un projet déHnitif fut alors préparé et présenté, le G décembre, aux états généraux. Il donna lieu à de vifs débats et ne fut adopté que le surlendemain. L*archiduc, avant d'entrer en fonctions, devait prêter serment aux états généraux en même temps qu'au roi. Il gouvernait avec un conseil nommé par les états gé-

uëraux et où tout se déciderait à la pluralité des voix. Dans les affaires de grande importance et qui concernaient la généralité, comme étaient les aides, levées de

deniers, acceptation de paix ou de guerre, alliances avec (les princes étrancers ou clioscs semblables, le concours des états géuéraux était indispensable; il en était de même s'il s'agissait d'apporter des changements aux lois existantes. Les états généraux, de même que les états des provinces, auraient d'ailleurs le droit de s'assembler toutes les fois qu'ils voudraient et qu'ils le irouveraient bon. I^iiiin, pour le cas où ces conditions seraient violées, les états pourraient prendre les armes contre Tarcliiduc.

Les deux premiers ordres s étaient opposés à une clause additionnelle qui eût singulièrement agrandi le rôle du tiers état. Le prince d'Orange, le principal auteur ou du moins l'inspirateur de la capitulation, aurait voulu que les ëiats gein'i aux, avant de rien conclure, fussent tenus de l'aire l apport aux notables et à la commune, « vu qu'il était plus que raisonnable que ce qui touchait un chacun fût consenti par un chacun. » En d'autres termes, il s'agissait d'associer plus intimement la bourgeoisie au gouvernement du pays. Mais cette innovation fut combat lue et repoussée par le parti aristocratique.

En ce qui reprardait don Juan d'Autriche, il n'était plus quesliou de lui que pour le combattre à outrance. Le 7 décembre, les états généraux avaient déclaré qu'ils ne tenaient pas le seigneur don Juan pour lieutenant, gouverneur et capitaine général, mais qu'ils le regardaient comme inliactour de la Pacification par lui jurée et

ainsi ennemi de la patrie, depuis sa retraite au château de Namur. Us ajoutaient que les naturels du pays qui le suivaient devaient être tenus pour rebelles et traités

comme tels.

Ti'ois jours après, ils complétèrent en qnol(|uo sorte leur œuvre par nne nouvelle Union fondée sur nue alliance véritable et réciproque entre les catholiques et les réformés. ËUe avait, en effet, pour but d'amplifier et d'éclaircir Tacte du 9 janvier précédent. On y découvre rinspiration du prince d'Orangre et de Mamix de Sainte- Aklej^onde, qui avait été fréquemment en rapport avec les états.

Les prélats, ^'om d'église, seigneurs, gentilshommes, magistrats des lois, villes, châtellenies et autres, faisant et représentant les états des Pays-Bas, déclarent, le 10 décembre, par Facte signé dans la grande salle de rhôtel (In ville de Bruxelles, qu'ils n'ont pas eu l'intention de contnn'ciiir à aucune des clauses de la Pncification de Gand *< comme leur dessein n'est aussi de grever et en-

dommager, au contraire d'icelle, ceux qui, s'étant re- « tirés de la religion catholique romaine, se sont par « ladite Pacification conjoints et unis avec eux. » De leur côté, ces derniers disent que leur intention n'est point do \ ioîer, grever ou endommager ceux de la religion catholique. Ils promettent de se comporter eu amitié et union les uns envers les autres et tous ensemble d*employer tous leurs moyens contre les ennemis de la patrie.

Mais, avant la réception de Farchiduc Mathias, regardé comme le messager de paix, la majorité des états

généraux allait avoir une nouvelle lutte à soutenir contre les délégués de la commune de Bruxelles. L'archiduc devait faire son entrée le 5 janvier 1578 ; les délégués de la commune ne voulaient pas y consentir,

à moins que le prince d'Orange ne fût maintenu dans la charge de gouvér ueur du Bradant et en outre nommé lieutenant général de Tarchiduc. Cette prétention à laquelle le prince paraissait étranger, car il avait quitté Bruxelles dès le 24 octobre pour se rendre à Anvers et à Gand, cette exigence imprévue irrita une grande fraction de l'assemblée. On ignorait généralement que la commune de Kriixellos, en proposant de donner pour fruide au jeune archiduc le politique le plus expérimenté de l'époque, suivait le conseil des ministres de la r^ine d'Angleterre. Les adversaires déclarés ou secrets de Guillaume de Nassau s'opposèrent d'abord avec énergie à une proposition qu'ils jugeaient humiliante pour Tar- i chiduc et pour l'assemblée elle-même. Mais la commune maintint sa double demande avec ténacité et dans une attitude presque menaçante. Les négociations, les discussions avec les délégués de la commune se prolongèrent • jusqu'au 8 janvier. Enfin, l'assemblée céda. Il fut résolu, par plwraUté des voix, que le prince d'Orange serait « continué au particulier gouvernement de Brabant f> | et que les états requerraient l'arckiduc de choisir le \ prince pour son lieutenant général. i

Le parti démocratique, s'il n'avait obtenu la satisfac tion qu'il exigeait, semblait résolu à modifier l'organisation des états généraux. Déjà « les bons bourgeois de la ville de Bruxelles, »» dans une requête du SE décem- «

bre, exprimaient leur étoimement de ce que les aâaires se traitassent aux états généraux par pluralité de voix, « On donne ainsi, n disaient^ils, « à un pensionnaire de )

« Malincs, Tournai, Tournésis, Valenciennes et sem- « blables petites provinces autant d'autorité en leurs « opinions qu'on fait à un état entier et principal de « Brabant, Gueldre, Flandre, Artois, Hainaut, Hol- » lande, Zélande et autres. »

L'archiduc MatMas, après avoir déjà accepté sans difficulté les conditions qui lui avaient été imposées, consentit de bonne grâce aussi à se placer sous la tutelle de Guillaume le Taciturne. Le 18 janvier, accompagné du prince d'Orange, il tit son entrée à Bruxelles. Le 20, vers dix heures du matin, les états généraux se réunirent à lliôtel de ville. Bientôt les acclamations de la foule qui encombrait le marché annoncèrent rapproche de l'archiduc et du prince. Ils descendirent de cheval devant Thôtel de ville, où ils lurent reçus pai- les représentants des provinces, qui les accompagnèrent sur le grand balcon. Là, devant les états généraux et les compagnies bourgeoises (les cinq Serments) qui étaient en bataille sur la place, Tarchiduc M athias jura d'abord d'observer fidèlement la capitulation qui délimitait ses pouvoirs comme gouverneur û^énéral. Le prince d'Orange, à son tour, prêta serment, d'abord comme gouverneur du Brabaut, puis comme lieutenant général. Chaque fois, les tambours battaient, les trompettes sonnaient, et les compagnies bourgeoises disaient des salves de mousqueterie. Le lendemain, Tarchiduc et le prince d'Orange se rendii eni de nouveau

à rhôtel lie ville, où un magnifique bauquet leur lut offert par les états généraux. Le toast aux états et à la prospérité des Dix-Sept Provinces fut porté, au nom de Tat'chiduc, par J.-B. Houwaerl, qui avait été Torgani-

satcur de cette belle fête (1).

Mallieureuscnu'jii, les ti-oupcs (U^s ('(ats. quoique courageuses, ne vulaienl point, par leur organisation et leur discipline, les vieilles bandes qu'Alexandre Farnése ramenait à don Juan d'Autriche. Outragé et bravé par les états généraux, le vaillant bâtard de Charles-Quint leur avait déclaré la guerre, et il s avançait vers le Brabant.

Le 28 janvier, Layiou, ambassadeur d'Angleterre, rendit compte à l'assemblée d'une eiii revue qu'il avait eue avec don Juan à Marche, le 24. 11 lui avait proposé, au nom de la reine Elisabeth, une cessation d*armes, promettant d'amener les états généraux à faire de même. Il avait ajouté que, pendant cette trêve, la reine s'('ll'«)i cerait d'apai^^er les troubles des Pa}s-Ba.s et de les leconcilier avec le Koi Catholique, Don Juan avait repoussé cette ouverture et répondu qu'il ne pouvait plus différer de marcher en avant, ayant ses forces prêtes. Il avait dit aussi « qu'il ne se souciait pas des « Anglais, ni des Français, ni de l'Empereur, contre «* lequel il ferait descendre le Turc en Hongrie pour

(I) li laul lire les curieux délails de ce banquet dans la uanaiiou failc par Houwaert lui-même 6t publiée sous le titre de : Sommare tesehryvingtu van de triumphetyeke Incmtt vm dm doorluehtighen ende hooghgeboren aerts-hertoge Malliias, etc., gheinventeert ende gliecomponccrt deur Jean-Baptisla Rouwnerf, consiellicr ende meester van den R'^kcniriglu'ii mis heeren des (\minckx in Brabanl, (Anvers, Christophe riaiaiu, 1^78, in-i"), p. liO el suiv.

« lempécher de doimer secours à l'archiduc, sou frère, r Il menait « ledit archiduc de le traiter de même façon « que tous les autres de ces Pays-Bas lorsque, avant ^ peu de jours, il viendrait le voir à Bruxelles. » ♦

Le 31 janvier, les deux armées se rencontrèrent à Gembloux, et les troupes dos états furent niises on pleine déroute. Avec plus de promptitudo et do i ('soiution, don Juan aurait pu se rendre maître de I Bruxelles; ' mais il se détourna pour prendre Tirlemont, Diest, Nivelles et Louvaîn.

Cependant, la consternation rëjynait dans Bruxelles. Le 2 février, les états généraux, no troiiwint convenable de laisser serrer en la ville de Bruxelles l'archiduc et son conseil, » s'adressent aux du-huit avoués des tia- Hans pour qu'ils ne s*opposent point à la résolution prise par l'assemblée. Celle-ci avait décidé qu'elle se transporterait en un autre lieu, « où elle pourrait librement pourvoir aux affaires du pays .« Cette autre plac(^ était Anvers. Le 4, les états gon(Maiix d('ol;u"ont que « la seule nécessité présente » motive leur retraite à Anvers et que, cette nécessité cessant, ils promettent de revenir à Bruxelles. Le 5, ils confirment leur résolution de la veille et prennent solennellement rengagement de ne pas se disjoindre ou se séparer, mais au contraire de continuer à veiller au bien de la patrie et d'entretenir l'union qu'ils ont jurée; en outre, ils déclarent itérativement qu'ils reviendront à Bruxelles dès que la sécurité sera rétablie dans cette ville (1).

(1) Ké&oluLioiis nianuscriles des élals généraux des t*ây&-bas (archives de La Haye).

Les ('\ cjuMuents mirent obstacle à l'accompliisseuient de cette promesse.

En se transportant, le G février, à Anvers, les états généraux quittaient définitivement une ville où leurs dé-> libérations n'étaient plus libres. Non-seulement l'ennemi les menaçait, mais ils ne pouvaient plus se soustraire à lascendaut dun parti énei'gique et rcdoufaMe. La bataille de Gembloux les affranchit monioiitaiienient des exigences de la fraction démocratique et calviniste. Toutefois c'était à ce parti, comme on le verra, que la direction du mouvement national devait échoir pour longtemps encore.

DÉSUNION DBS DIX-SBPT PROVINCES.

Les états généraux venaient de siéger à Bruxelles pendant plus de quinze mois. Croyant, après la défaite de leur armée à Gembloux, qu'ils délibéreraient avec plus de sécurité à Anvers, ils se transportèrent dans cette place forte et tiureut peudaut longtemps les réues du gouvernement.

11 ne faut pas entendre par là que les députés présents furent toujours en même nombre; non, très-souvent, trop souvent même, les délégués des provinces retournaient près de leurs commettants, tout en laissant quelques mandataires au siège des états généraux; mais jamais l'assemblée ne pronoiiya elle-même

178 €HA1»1TRE HriTIElIR.

sa dissolution. C'est ou s<mis quelle lut eu permanence depuis 1576 jusquen 15^0, et même au delà, si Ion ne tient pas compte de la retraite des députés belges après la restauration de la domination espagnole dans

les Pa} s- 15.18 UKiritlioiiaux.

Dune, le iS lévrier 157cS, les états généraux, transférés à Anvers, si(»j^èrent pour la première fois au monastère de Saiut-MicheL C'était le jour même où Amsterdam, qui avait tenu jusqu'alors le parti de Philippe II, se rendit aux troupes du prince d*Orange.

La lutte était alors flagrante entre le roi d'Espagne et les états ^énéT.nix. Non-seulement l 'iiilippe II refusait de confirmer l areiiiduc Mathias, reconnu par l'assemblée comme gouverneur général des Pays-Bas; mais le P*^ février, il avait signé à Madrid des lettres patentes par lesquelles il ordonnait à ses sujets des Pays-Bas d*obéir à don Juan d'Autriche, et enjoignait aux états généraux et aux états particuliers des provinces de se séparer. En outre, il cassait et annulait tout ce qu'ils avaient lait depuis les derniers troubles.

La majorité des états généraux n'était point disposée à se soumettre à ces injonctions. Les états d'Artois seuls avaient, le 7 février, émis le vœu que les députés nkmis en <'tafs généraux se séparassent. Mais, dans les autres pioviiices, rexasp<'ia[ioii contre les Espagnols était au comble. Le 2^5 lévrier, rarcliiduc Mathias, le prhice d'Orange et le conseil d'État reçurent de l'assemblée plein pouvoir de prendre les mesures nécessaires pour « endommager et infester TEspaigne,

DESUNION DES FKÛVLNCES (1578-1579). 17»

les Ëspaignols et leurs adhérents, soit par mer ou par terre. »

Quelques jours après, le 6 mars, l'archiduc, accompagné (lu prijH'O (rOrang-e et des membres du conseil d'État, se transporta au sein de l'assemblée. Guillaume de Nassau prit la parole, au nom de larchiduc, et exposa aux états la nécessité absolue de faire les plus grands efforts à leffet de recueillir Targent nécessaire pour entretenir et renforcer l'armée nationale. Déjà, faute de payement, h's soldats au service des états se montraient indisciplnuîs. Lo. lendemain, les états généraux donnèrent une nouvelle marque de confiancf» au prince d'Orange en chargeant leur trésorier de lui fournir mensuellement 5,000 livres durant la guerre « pour les affaires secrètes; d le prince était d'ailleurs autorisé à les employer « à sa discrétion. «Le 7 niai, les états décident que certains de leurs membres se transporteront dans toutes les provinces afin de faire venir en bourse commuiio - la plus grande somme de deniers qu'on pourra réunir. L'assemblée comptait alors sur 700,000 florins, tant poiu* payer les troupes nationales que pour solder les reftres levés en Memague, et que l'on attendait au nombre de 6,000 environ.

On sait que Cornélius Weelleïnans, greffier des états de Brabani, remplissait aussi l'ofiice de greffier des états généraux. Lorsqu'il eut renoncé à ce poste pour remplir des fonctions moins assujettissantes, l'assemblée le remplaça (19 avril 1578) par deux secrétaires pris dans son sein et qui furent salariés. Ils étaient spécialement chargés de tenir note et registre des résolutions

m CHAHiTRK HUITIÈME.

adoptées par les. états et de veiller à la rédaction et à Vexpéditiou des lettres missives. L*un prenait place près du président pour annoter et enregistrer les résolutions, les ordoiinances et autres actes. Le second, auquel était confié le soin des dépêches, devait s'asseoir à une autre table ou comptoir» mais également dans la chambre de l'assemblée (1).

Le soulèvement des Pays-Bas contre Philippe II venait d*étre solennellement justifié devant l'Allemagne attentive. Le 8 mars, l'empei eiir Rodolphe 11 avait lait savoir à l'archiduc Mathias, son frère, qu'il avait convoqué, à Worms, les six électeurs et les autres princes et états de Tempire. Cette assemblée devait s'occuper des moyens de remédier aux troubles des Pays-Bas. En consé][uence, des députés furent nommés pour soutenir, devant la Diète impériale, la légitimité du sotilèmeut de ces provinces, et pai mi k;s députés désignés se trouvait ^laniix de Sainte-Aldegoiide, devenu conseiller d'État. Dans un discours célèbre, il plaida éloquemment, devant la Diète de Worms, la cause de ses concitoyens. De retour à Anvers, il le IB juin, son rapport aux états généraux. Mais ce rapport ayant été jugé « bien long et prolixe, »» selon les annotations contemporaines, les états désirèrent l'avoir par écrit.

Nous avons dit que la reine Élisabeth, par crainte de voir les Français intervenir trop activement dans les troubles des Pays-Bas, avait voulu amener une transaction entre don Juan d'Autriche et les états

(1) Actes des états généraux, etc., l. i, p. Hi-

DfiSUNION DES PROVINCES (IS78*1S79). iSl

généraux. Ces tentatives de médiation eurent peu de succès. Att mois de juillet, les états répondirent aux ambassadeurs de la reine d'Angleterre que, pour conclure la paix, il fallait que don Juan .sortit des Pays- Bas avec toutes ses troupes et ses adhérents ; que le gouvernement demeurât entre les mains de 1 archiduc Malhias et que les états conservassent l'autorité qui leur était attribuée par la Pacification do Gand. Et comme il était impossible, igoutaient-ils, de rétablir sur l'ancien pied rexercîce de la religion, ce point important devait être laissé à leur décision. Ils déclaraient encore que, si la paix ne se faisait pas, ils étaient bien résolus à combattre à outrance. Ils avaient déjà prêts, disaient -ils, onze à douze mille chevaux étrangers, sans parler de la cavalerie nationale, au nombre de trois mille hommes,, et sans l'infanterie, qui formait cent soixante-dix compagnies. Enfin, ils comptaient sur un revenu de 600,000 florins par mois.

La plus brillante perspective s'ouvrait vraiment devant les états généraux si, par des mesures sagement transactionnelles, on parvenait à consolider le pacte fédéral en cimentant l'union des catholiques et des protestants. Mais des prétentions inconciliables divisaient, sur la question religieuse, les ultra-catholiques des provinces wallonnes et les ultra-calvinistes de la Flandre.

Les premiers, très-habiles d'ailleurs, avaient d'abord tâché d'obtenir une sorte de prépondérance. Avant de se joindre à la « généralité, >» la noblesse d*Artois et de

181 4:HAP1TBE HUITIEME.

Hainaut exigea que l'organisation des états généraux fût modifiée à roHnins égards. Il ne lui avait pas suffi que l'Artois et le llaiiiaut eussent voix aux états généraux comme deux provinces; elle avait demandé, en outre, que les villes de Valenciennes et «le Tournai, le quartier de Toumaisis, ainsi que Lille, Douai et Orchies, et même Malînes, qui ne possédaient antérieurement qu'une voix dans l'assemblée générale, eussent les mêmes droits que le duclié de Brabant et le comté de l^iandre. Au moyeu do ces suflrages nouveaux, les Wallons avaient dabord eu la majorité au sein des états, et ils n'avaient pas craint de taire venir se* crétement l'archiduc Mathias d'Autriche, avec IW poir de gouverner sous son nom (1). Mais on sait comment cette intrigue avait été déjouée par l'autre jKU li, qui avait fait nommer le prince d'Oraage nonseulement ruward du Brabant, mais encore lieutenant général de l'archiduc Mathias. Cependant les catholiques, toujours en majorité dans l'assemblée générale, essayèrent encore de ralentir les progrès des calvinistes et de favoriser adroitement les provinces wallomies.

Par une ordonnance du 22 avril, les états gfjieraux ne s'étaient point contentés de défendre, sous les peines les plus sévères, tout rapport avec l'ennemi, c'est-à-dire avec don Juan, lieutenant de Philippe II; ils avaient prescrit que tous les magistrats, les officiers sous leur juridiction, môme les ecdésiastiques et les religieux,

(1) Voir L'Histoire des Pays-Bas de Van Meusren, fol. 160.

DÉSUNION DES PROVINCES (i«7S>ltt78) IW

prêteraient serment de maintenir la Pacification de Gand. On n'ignore pas que cet acte ne concédait qu'à la Hollande et à la Zélande l'exercice du culte réformé. Or, en faisant jurer de nouveau la Pacification de Gaud, la majorité des états généraux espérait « conserver et assurer » la religion catholique romaine hors des deux provinces gouvernées par le prince d'Orange. ïl •jLait d'ailleurs enjoint à tous officiers de justice d«î procéder avec rigueur contre ceux qui voudraient, hors des provinces de Hollande et de Zélande, comploter contre la religion catholique ou troubler l'exercice de rancîen culte.

L'ordonnance du 22 avril ne réalisa point les espérances du parti qui l'avait obtenue des états généraux. Cet édit était d('jà en désaccord avec- la situation. Les Wallons catholiques passaient pour être les partisans secrets de l'Espagne et de don Juan; ils excitaient de grandes défiances, tandis que les gens de guerre de la Hollande et de la Zélande étaient regardés comme les vrais défenseurs de la cause nationale. Une sorte de revirement s'accomplit. Hardis, entreprenants, poussés par la faveur publique, en un mot, sympathiques aux adversaires de la domination espagnole, les réformés s*ayancèreut graduellement dans les charges etoffi(*^<, et finirent par s'emparer de l'administration des villes les plus importantes. Us jugèrent alors que le moment était venu de faure consacrer solennellement l'égalité des deux cultes.

Par une requête du 22 juin, adressée à l'archiduc Mathîas et aux états généraux» les protestants deman-

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