‹ Histoire des États Généraux des Pays-BasChapitre 13 sur 19 · CHAPITRE HUITItHE · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITItHE

(lèrcnl 1 exercice public de leur religion. Cette pétition excita la plus vive irritation dans les provinces wallonnes et embarrassa les états généraux. Comme leur décision se faisait attendre, une seconde requête fut présentée le 7 juillet. Le 12, un membre du conseil d*État (M. de Bevere) coniiiiuniqua à rassemblée générale les points et articles (b'jà convenus pour accorder une entière liberté de religion dans toutes les provinces. 11 fut alors résolu « par pluralité de voix » que larchiduc Mathias notifierait aux provinces, « par Vam des étaU généraux », les dispositions qui venaient d*étre communiquées à rassemblée. Celle-ci, par politi(]iie sans doute, répugnait à faire cet acte d'autorité. Du reste, on allé- ^^nait que la remontrance des prol estants qui désiraient vivre « selon la réformation de l'Évangile >» n'était point adressée spécialement aux états, mais bien à Tarchiduc et à son conseil.

Malgré ces ménagements, la mémorable ordonnance du 22 juillet 1578, décrétant la liberté pleine et entière de religion, devait être considérée comme l'œuvre des états généraux, car si ceux-ci ne l'avaieul point approuvée, larchiduc Mathias n'aurait certainement pas assumé la responsabilité de cette mesure décisive. « Nous avons, » disaitril dans le préambule, « nous « avons pour la paix et le repos du commun, après « mûre délibération prise non-senlement avec ks dépu- « tés des états généraux, mais aussi en particulier, ayant « ouï là-dessus les états de chaque province, ordonné « et ordonnons par ces présentes les points suivants, et «( ce sans préjudice de Tunion des provinces de par-

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« deçà, lesquelles ne se doivent point altérer, ni se « séparer les unes des autres à cause de cette ordon- «( nance, notamment puisque personne n'est forcé de « changer de religion ni d'accepter ladite liberté, s'il ne

« l'approuve pas. «

L'archiduc, toiijt)urs d'accord avec l(;s (itats généraux, proclamait ensuite que chacun, en ce qui touchait les deux religions, demeurait libre et franc, et selon quil en voulait répondre devant Dieu. Pour la première fois, la liberté religieuse était réellement concédée dans toute sa plénitude. En effet, les catholiques, en Hollande et en Zélande, de nic'^rae que les réformés dans les autres provinces, devaient jouir du liltre exercice de leur culte; mais, par mesure d'ordre, il fallait, pour que cet exercice pût devenir public, que cent ménages ou familles eussent manifesté le désir d*avoir soit ime église catholique, soit un temple protestant.

Cette ordonnance, vrai titre de gloire pour les états généraux de 1578, lut très-l)ieH accueillie par la majorité des Belges. Mais les provinces wallomies, qui formaient maintenant la minorité, montrèrent un déplorable fanatisme. Les états du Hainaut et de la Flandre wallonne (Lille, Douai et Orchies) firent même imprimer leur protestation contre la requête des réformés et contre les lettres de l'archiduc qui accompagnaient l'édit de tolérance. Disons aussi que, le 9 août, les deux premiers ordres des états de Brabant (prélats et nobles) exprimèrent l'opinion qu'il aurait fallu remettre à un autre temps, et à une assemblée des états généraux convoquée selon les prescriptions de la Pacification de

CHAMTRB RUITIfillR.

Gand, <« tous chaugemeuts à faire dans 1 état de la « religion. »»

Tandis que le parti protestant appelait à son aide le palatin Jean-Casimir, auquel fut confié le commandement des troupes levées en Allemagne avec l'argent

loiirni par la reine d'Angleterre, le parti catholique négociait avec le prince français qui, depuis ravenenient de Henri III, avait pris le titre de duc d'Anjou. Le Taciturne, quoiqu'il trouvât inopportune alors cette négociation mal vue par Henri III, avait toujours été partisan de Talliance française. Désirant aussi de maintenir le pacte d'union, il cekla aux désirs des provinces wallonnes, mais de manière qu'aucune atteinte ne fût portée à son crédit.

Le duc d'Anjou promit d'assister les états généraux de ses forces et moyens, et, de leur côté, ceux-ci annonçaient l'intention de lui conférer le titre de « Défenseur de ia liberté des Pays-Bas contre la tyrannie des Espagnols et de leurs adhérents. " Ils s'obligeaient en outre, pour le cas où ils voudraient changer le souverain du pays, à choisii' le duc d'Anjou par préférence à tout autre prince. Mais le frère de Henri III avait dû s'engager à vivre avec le prince d*Orange « en bonne intelligence et parfaite union; il avait dû promettre aussi que, malgré son titre de Défenseur des Pays-Bas, il n'interviendrait point dans le gouvernement de ces provinces.

Le 11 août, les états généraux, par pluralité des voix, donnèrent leur approbation au traité. Le lendemain, il fut adopté définitivement, et, le 26, par Tordre

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DÉSUNiUiN DES PROVINCES (1578-1379). 187

de l'assemblée, le duc d'Anjou fut solenneUement proclamé, devant la maison des états généraux. Défenseur des Pays-Bas (1).

Toutefois, les éuas géiidraux, sous ruillucuce (h'S catholi(|ues, n'avaient point porsisto dans rintcuiioii de rompre sans retour avec don Juan d'Autriche. De nouvelles négociations avaient été entamées par l'entremise du prévôt de Saint-Bavon. Ce prélat avait été formellement chaigé par les états de reprendre, à Louvain, les conférences pour un traité de paix. Le 26 août, il lit son rapport à l'asseiiiblée. Enor^rneillis du succès napière remporté par leurs troupes a Rymenam, les états généraux se montrèrent très-exigeants. Il'^ déclarèrent qu'ils ne voulaient point accepter un autre lieu de conférence que la ville de Louvaîn, qu^ils n'entendaient point non plus accorder un armistice ni employer d W tres médiateurs que les ambassadeurs de l'Empereur et de la reine d'Angleterre. Si toutelois ils étaient press(^s de le faire, ils ne se refuseraient point à présenter les conditions de la paix sous forme de prière et de réquisition, « afin de n'omettre nul devoir de bons sujets envers leurs princes, j» En outre, ils accorderaient une prolongation de six à sept jours pour 1 exécution du traite. Mais, pendant cet intervalle, don Juan devrait remettre aux états géiithaux les villes de I.ouvain, d Arschot, de Dicst, de Tirleniont, de Sichom, de Léau, de Nivelles, de Beaumont, de Chimay, de Marienbourg, de Jodoigne, de Gembloux et de Philippeville. Moyen- Ci) Résolutions iuaiiut.crilcs des états généraux (archives Ue La Haye).

nant bonjje assurance et des otages, la reddition des autres villes encore en son pouvoir serait retardée. Ënân, si don Juan ne voulait point accéder au traité, les députés des états généraux protesteraient d*étre déchargés, devant Dieu et tous les princes et potentats (le la chrétieiif(;, de tous les inconvénieiiLs c^ui proviendraient la fruorre.

Il fut impossible de s'entendre. Selon les témoignap:es mêmes des protestants, les états généraux semblaient vouloir traiter le fier don Juan connue s'il avait été leur captif. Il avait montré beaucoup de condescendance; mais il ne pouvait accepter des conditions qui l'auraient humilié et déshonoi <».

Don Juan sotait retiré à Nauiur, irrito sans doute de l'obstination des états généraux, mais plus idcéré peut-être contre Philippe II qui, méfiant et irrésolu, lui refusait les moyens de reprendre vigoureusement l'offensive.

Cette impuissance de don Juan favorisait les desseins du Taciturne.

Quoique son ascendant fût alors sans égal dans les Pays-Bas, Guillaume de Nassau savait néanmoins ménager la susceptibilité des états généraux. A cette époque même, il sollicita en quelque sorte la faveur de pouvoir user de la liberté de religion décrétée naguère. Charlotte de Bourbon, sa troisième l'emme, venait d'accoucher. Le 1' scfifcnihre, le prince informe les états « qu'il a plu à Dieu lui envoyer une liUe, » et il expiime le désir de la faire baptiser selon sa religion. Il ^oute que, depuis plus d'un an, il s'est abstenu de faire pro-

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