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DÉSUNION DES PROVINCES

fes9ion de la religion réformée; mais comme atgourdliui on l'exerce publiquement dans Anvers, il ne veut

pas être moins libre que ses coreligionnaires. Toutefois, il a voulu auparavant avertir les états, dit-il encore, afin qu'ils ne trouvent mauvaise cette résolution.

Le 12, les députés du Brabant, de la Gueldre, de la Flandre, de la Hollande, de la Zélande, d'Utrecht, de Malines et de la Frise déclarent s*en rapporter à la « discrétion » du prince et lui effilent « tout humble service ^ au baptême annonce. De leur côté, les députés de lAiiois, (lu Hainaut, de la Flandre wallonne (Lille. Douai et Orcliies) et du Touruaisis disent qu'ils ne j^ont point autorisés à prendre une pareille résolution; même qu'il leur est expressément défendu de toucher le « fait de la religion. » Quant au représentant de Tournai, il était absent; mais son opinion était conforme à celle de ses collègues wallons. La majorité passa outre. Le 20, l'assemblée nomma les députés qui devaient assister au baptême. Le lendemain, elle donna en présent au prince le comté de Ldngen, « à charge d en rendre au profit « de sa fille, par an, trois mille florins de rente héritière « au denier seize. Le 21, entre cinq et six heures du soir, la troisième tille issue du mariage de Guillaume de Nassau avec Charlotte de Bourbon-Monipensier fut solennellement baptisée, selon les cérémonies de la religion réformée. Elle reçut le nom de ùuharim, de la part de la comtesse de Swartzenbourg, sœur du prince d'Orange, et celui de Bêlgia, de la part des états généraux. Le soir, ceux-ci assistèrent à un magnifique banquet, à l'hôtel du prince d'Orange. Tous les colouels

et capiîaint?s do la gaido ixnniitHuso irAiivers étaient assis à une autre table, dvin Marnix de Sainte-Aidegonde et le pensionnaire de Middelbourg faisaient les honnears (1).

Quelques jours après, le l*' octobre, don Juan d'Autriche mourait .i Hoiiuics (jues de Namur), après avoir desij2^nè pour son succubseur Alexandre Farnèse, duc de Parme et de Phiisauce. Politique aussi habile que valeureux et grand capitaine, Farnèse allait attiser le feu de la discorde dans les Pays-Bas déjà divisés et profiter, avec une adresse infinie, de la déplorable lutte engagée entre les ultra-catholiques et les ultra-réfonoés.

Si les catholiques de l'Artois et du liainaut se détachaient graduellement de la cause représentée par les états généraux, les ultra-calvinistes de Gand, dirigés par Hembjse et Ryhove (2), se montraient nonmoins intolérants, fanatiques et séparatistes dans un autre sens. Hembyse et son i>arti ne se contentèrent point d'interrompre, par la force, l'exercice du culte catholique; ils refusèrent de contribuer aux dépenses de la généralité, régulièrement votées par l'assemblée nationale, et voulurent faire servir les subsides de la Flandre à soudoyer des troupes qui devaient défendre leur tyrannie et Timposer aux autres villes de la province. Loin d'être

(1) Voir les documente publiés dans ta Correspondanee de OttUtaume

te Taciturne, t. V{, p. "tn et sutv.

(2) Jean Hembyse, longtemps premier échevin de la Keure, ou, en d'nutres termes, ^n-enticr de Gnnd. — François la KelJiulle, seigneur (le RyhOYe, graud ijuilii du baud, gouverneur de Termonde, etc.

DÉSUNION DES PROVINCES <IS78>i579). m

désarmée par 1 edit du 22 juillet qui octroyait la liberté religieuse, la faction d'Hembjse redoubla d'audace, saccagea les églises et persécuta les catholiques avec une rage inouïe. Lorsqui», par l'intervention du prince

d'Orange et de Maniix, rfui ris(|uèrent liMii popularité et leur vie même dans 1 iiiuirét de la cause nationale, lorsque le calme eut été rétabli et la paix de religion solennellement promulguée à Gand, le mal occasionné par une faction ambitieuse et fanatique était déjà irréparable. Les violences des calvinistes delà Flandre avaient brisé le faisceau que les provinces belges formaient depuis 1570. Les Wallons, capitaiiK's, soldats, nieinhres des états, tous ne cessaient d'alléguer les désordres sacrilèges commis à Gand pour justifier les représailles quils exerçaient contre les calvinistes, l'ardeur avec laquelle ils défendaient la religion catholique, et leur désir de se réconcilier avec le fils de Charles-Quint.

Quel fut, dans cette grande crise, le rôle des états généraux ?

Le 12 décembre, l'assemblée décide que les états de l'Artois seront coigurés de ne point passer outre au traité qu'ils se proposent de négocier avec le prince de Parme et de ne point se séparer de la généralité. Vains efforts! La confédération d'Arras fut conclue le 6 janvier 157.'. C'était une alliance entre les états d'Artois et les députes du Hainaut et de la ville de Douai. Tous jurèrent «« de persévérer et maintenir la sainte loi catholique, apostolique et romaine. ^ Le même jour, ils annoncèrent aux états généraux l'intention de se réconcilier avec le roi d'Espagne.

Cependaut le peuple d'Anvers était violemment agité. 11 détestait le parti qui semblait favoriser la défection <1es provinces wallonnes. Les délibérations des états

généraux étaient interrompues par des démonstrations factieuses, et certains députés ne se trouvaient même plus en sûreté dans la ville. Le 16 janvier, Tes états généraux signalèrent à l'archiduc et au conseil d'Etat les propos injurieux et séditieux que des bourgeois avalent proférés contre l'assemblée. Ils avaient poussé la hardiesse au point de menacer les députés de les massacrer et de les jeter par les fenêtres. Les membres (lu magistrat et les lolonds de la garde bourgeoise fuient en conséquence mandés près de l'archiduc» et requis d'assurer la sécurité des étals et de faire en sorte qu'ils pussent librement s'occuper des affaires de la généralité. Dans le cas contraire, les députés seraient obligés de quitter la ville. Ces plaintes restèrent d'abord sans effet, car, le 5 lévrier, l'archiduc, le prince d'Orange et le conseil d'Etal émirent l'avis que l'assemblée devait retourner à Bruxelles. Il résulte des délibérations des états généraux que ceux-ci eussent également préféré de retourner dans la capitale du Brabant. Mais la majorité craignait que cette déterminaiioii ne donnât lieu à de grands inconvénients, à cause du voisinage des Espagnls, qui étaient à Louvain. Elle croyait donc préférable de ne point quitter Anvers (1).

Il avait été décidé antérieurement que, jusqu'au mois (1) Résolutions manuscrites des étsts généraux (archives de La Haye).

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de mai*s,les états se réuniraient chaque joui', depuis huit heures du matin jusqua midi ou plus tard, si c'était nécessaire, et que, à moins d'affaires importantes, ils ne tiendraient point séance raprès-midi. Peut-^tre

est-ce ici le lieu de dii o (jue le secret jugo nécessaire aux délibérations n'était pas toujours tideleincnt gardé. Quelque temps auparavant, Maruix s'était plaint des indiscrétions commises par certains membres de rassemblée, lesquels mandaient aux provinces les résolu* tions des états et divulguaient les opinions exprimées dans les délibérations.

Le 22 janvier, le prince d'Orange, élanl de retour de Gand, tiî un l'apport aux ('(ats <r*înéraux sur la lin des troubles dans cette ville et adjura l'assemblée de " prévenir des scissions iatales. Il* conseillait même ui.e *t nouvelle alliance générale j> entre les provinces. « Si « elles se séparaient Tune de Tautre, elles iraient, y> dit-il, « en totale ruine et décadence, l'une avant, l'autre après, « par guerre, tyrannie et oppression de l'ennemi, v Quant à lui, il voulait employer son sang pour la conservation de la généralité. Les états généraux remercièrent le prince du soin, du travail et des peines qu'il s*était imposés pour «< redresser les altérations » entre ceux de Gand et les Wallons. Ils le supplièrent de persévérer afin qu'une œuvre si bien commencée ne demeurât pas sans eifet et « que le pays ne vînt à tomber en plus grande division et combustion (1). ^ Mais déjà, en présence de l'attitude de l'Artois et

(1) Archives de ki maison d*Orange'Nassau, t. VI, p. SSO.

CHAHTRE Hl'ITlilME.

du Haiiiaut, k's pruNiuce» ou tlouiiiiaii le calviiiîsiae avaient pris la résolution de l'ormer une ligue particulière. Comme elles s'aperçurent, selon la remarque d un ancien historien, que le prince de Parme voulait les mettre en parcelles, » elles entreprirent de former unn alliance plus (^troite. Telle fut rorigine de la nn'nioralil»' ininu, ci»m lii«' ilaiis la ville d'Utrecht , 1<' 23 jaiiNit'i 157Ù, «Mille provinces de Hollande, de Zélande, d'U iieclit, de Giieldre et les Ommelandeu. Le traité portait en substance : ^ lies provinces coufêdén*es seront unies entre elles comme si elles ne formaient qu*un seul corps; chaque province conserv«'ra sa conslilution et ses privilèges; elles devront foutes se porter mutuellement secours si on les attaque, soit pour la cause du i*oi d'Espcigii*', soit pour celle > de la religion ; les subsides ne pourront être réglés que par le consentement unanime des provinces, ainsi que tout ce qui concernera Funlon, la guerre, la paix et les alliances. La Hollande et la Zélande pourront se comporter, quani a la religion, ( ouiriic bon leur semblera. Les autres provinces se gouveineroiil selon le placard du 2?2 juillet 1578, ou bien elles pourront, soit en général, soit en particulier, adopter tel ordre qui serait jugé meilleur pour le maintien de la paix et la conservation des propriétés, « demeurant un chactm libre m m religion sanê qu'à cause ficelle permme puisse être recherché, «

Bientôt la I rise, TOver-Yssel et Gi'oningue adhérèrent à l'Union d'Utrecht. Dans les provinces méridionales, Gand, Venloo, Ypres, Anvers, Bruges et le Franc

DÉSUNION DES HROVINGfiS (1378-1379). 193

tle Bruges s'y associèrent également. Quant au prince d'Orange, il n'y souscrivit qu'au bout de trois mois et après de nouvelles et vaines tentatives pour réconcilier le Nord et le Midi des Pajs-Bas.

Cette réconciliation était aussi la préoccupation do« minante des éiiiU généraux. Le jour même où fut conclue rUiiiou (.rUtreclitJlsautoriserpntle prince d'Orange et le conseil d'État à gagner, par l'appât d'une forte pension, les chefs de ces régiments wallons dtjà célèbres sous le nom de Maleontents. Parmi ces chefs se trouvait le seigneur de Hèze qui, en 1576, avait arrêté à Bruxelles les membres « espagnt)lisés ^. de Tancieu conseil d'Etat. Les états généraux .s'acli <'8saiont eu môme temps aux états d'Artois pour les adjurer de nouveau de ne point se séparer de la généralité et de né rien traiter en particulier, selon les prescriptions formelles de l'acte constitutif de la confédération. Le 29, ils allèrent plus loin. La ms^orlté approuva une déclaration par lequeïle Tarchiduc Mathias, eu son nom et au nom dos états généraux, promettait aux Wallons que la religion réformée ne serait point introduite dans leurs provinces contre leur gré et volonté.

Mais les Wallons persistèrent dans leur fatale résolution. Les états d*Ârtois exhortèrent même les états généraux à suivre leur exemple et conseillèrent au prince de Parme de s'adresser directement à rassemblée d'Anvers. Alexandre Farnèse lit, en effet, des ouvertures aux états généraux. Dans une \rUve du 1:2 mars, il leur disait que, ayant lait sonder bon nombre de provinces particulières sur le fait de la réconciliation et

m CHAPITRE HLITIEME.

lesavaiit 11 (■( 'S liaiis des dispositioiiN lavoraMes, il leur , offrait, au uom du roi, la raliîication de la l^icitication de Gand, de rriiion do Bruxelles et de Védit perpétuel de Marche en Faméne, èii tous leurs points, mais à la condition expresse de n'admettre que le seul exercice de la religion catholique romaine, comme du temps de Cliarles-Quint. Les états généraux repoudirt'ut, le 10, - que, du temps de reiiijx'rciu* Charles, ]os Iciix et les « placards, avec autres rigueurs, étaient tellement en « vigueur qu'ils avaient trouvé nécessaire de les sus- « pendre, i ils regardaient donc comme destructive de la Pacification de Gand la condition indiquée par Farnèse. Toutefois, pour faire acte de conciliation, ils ne refusaient point de négocier de nouveau avec les mandatairiis du roi d'Kspa*:ne. l'.irnèse accepta cette proposition et, sous la médiation de l'empereur Rodolphe II, des conférences s ouvrirent à Cologne le T mai. Mais on ne tarda point à se convaincre qu il serait impossible de s'entendre, Philippe II ne voulant point renoncer au maintien exclusif du culte catholique et les états demeurant lidéles à T* dit du 22 juillet 1578, pronadgué, en leur nom, par i'arehidue Mathias.

Déjà Roche de Sorbies, seigneur des Pruneaux, mandataire du duc d'Anjou, avait rappelé l'attention des états sur ce prince. Le 13 avril, après les avoir longuement exhortés à demeurer unis pour rester forts, il invoqua les promesses faites naguère au frère de Heni i III. I.a réponse des états jjiénéraux fut très-nette. Le cuiiseil d'Etat déclara, en leur nom, le 18, que, si la paix ne se faisait point à Cologne dans un délai déter-

' DÉSUNION DES PROVINCES (1578-f!n9). m

miné, ils tiendraient Philippe îî déchu du gouvernement et de la souveraineté des Pays-Bas (1).

Quelques jours auparavant, larchiduc Matblas s*étaît également rendu dans rassemblée générale. Il harangua

les députés en latin et les conjura de prendre, pour a-ssurer la sécurité du pays, une bonne et prompte résolution sur les points qu'il leur faisait proposer. Il exprimait d'abord le vœu que chacun s'efforçât de maintenir « la confédération et l'accord général des provinces, f» Il ne fallait rien négliger pour engager les provinces « défaillantes »» à demeurer en Tunion générale, aliii résislor à l'ennemi commun. Il convenait ■ touteibis d'établir entre les autres provincos (h^neurant avec la généralité une alliance étroite, en vertu de laquelle elles promettraient d'accepter et de mettre à exécution « les moyens généraux depuis longtemps proposés, » avec telle augmentation qui pourrait être accordée de commun consentement. L'archiduc appela fortement l'attention des états sur la question rclipeuse. — « Pour remédier, » dit-il, « aux divisions, dissensions et inimitiés qui se produisent journellement dans les provinces où les deux religions s exercent, il faudrait aviser s'il ne convient pas de dresser une ReUgionS" frede raisonnable et équitable, qui serait observée inviolablement pour la sécurité et le repos de tous. ♦» D'un autre côté, comme les aifaires de guerre exigeaient de lâ célérité et ne pouvaient être différées

fl) DflcmneîUs liifitoriques inédits concernant les trouMrs des Pays- Bas, lo77'l584, publiés par t*. hervyn de Volkaersbeke el i. Diegerick, t. 1, p. 346.

CHAPITflB HUITIUIB.

.saus grand dommage lù daugei-, il semblait nécessaire que chacune des provinces envoyât doréna\ aut aux états gf^néraux ses députés, — «< hommes de bonne expérience et zélateurs de la patrie, » — avec des pouvoirs suffisants pour ouïr et débattre les propositions et, en eus de ]>es()iii, prendre une résolution déiînitive. Mais, pal" (le:ssus luiites ehoses, il fallf^it trouver moyen de secourir Maestricht assiégé par les troupes du prince de Parme. Eibertus I.eoninus, conseiller d'État, prenant la parole après rarchiduc, signala particulièrement le dangi r qui menaçait cette ville. Il affirma que ja* mais représentants du pays n'avaient été réunis dans des circonstances plus graves et plus pcrilltMises. Aussi les conjura-t-il de prendre uiif' pi'ompte, bonne et fructueuse résolution, saus disputer des privilèges ou autres choses particulières, vu que la guerre concernait également toutes les provinces (1).

Le sort de Maestricht excitait vivement la sollicitude des états généraux. (Tétaît pour sauver cette ville importante, pour venii *mi aide a ses vaillants défenseurs, que tant et de si pressantes démarches étaient faites dans les provinces wallonnes. Mais celles-ci ne voulurent pas entendre ces exhortations patriotiques de rassemblée générale. Qu'on lise le dernier manifeste qui fut adressé, le 28 avril, par les états généraux à ceux qu'ils appelaient encore leurs confédérés (2). C'est un

(f) Exhortation faile par yi^v rarchiduc d'Autriche, gouverneur et capitaine général des Pays-tiai^, aux états généraux desdits pays, xi« d'avril 1S79. (Anvers, chez Plantin, in^i*.)

(2) Documents histariqws inédits^ 1. 1, p. 274 à iS5.

DÉSUNION DBS PROVINCES (IS(78-i579). 199

tableau saisissant des malheurs qifenfraînera pour le pavs une scission non suffisamiueiit juslilit»e; c'est une vive peinture des embûches que les; Espagnols tendent aux Pays-Bas en s eiïbrçant de les désunir; c'est une prière réellement pathétique» faite au nom des intérêts les plus sacrés de la patrie commune. Elle ne fut pas écoutée.

Les députés des provinces wallonnes, au lieu de retourner à l'assemblage d'Anvers, se rendirent au camp du prince de Parme devant Maesiricht. Là, ils lui présentèrent le traité conclu, à Arras, avec ses plénipotentiaires» en le priant de l'agréer et de le ratifier. Famése combla leurs vœux anti -patriotiques. 11 promit, au nom du roi, le maintien de la Pacification de Gand et de rÉdit perpétuel, le dc'part des ^ens de guerre étraitgers dans un d<dai de six semaines, entin le rétablissement des privilèges. Mais, d'un autre côté, les provinces qui taisaient leur soumission contractaient Tobligation de maintenir exclusivement la religion catholique et dobéir à Philippe II comme elles avaient obéi à Charles-Quint. Le Hainaut, l'Artois et les châtellenies de Lille, de Douai et d'Orchies, satisfaits de la condescendance de Farnèse, se replacèrent sous l'autorité du roi d'Espagne.

Cette soumission peu glorieuse, cette défection allait bientôt amener les plus grandes calamités.

CilAl'iil;!:; KELVltMK.

LES fcTATS <;fc.Nt.llAl \ UÉCRKTENT U UtClU ANGE DE PHILIPPE 11.

Faruèse avait ratifié dans son camp, le 28 juin 1579, le traité par lequel lés provinces yrallonnes se repla-

raieut sous lautorite de Philippe II. Le lendemain, Maestrioht, apiés avoir repoussé neuf assauts, fomba enfin au pouvoir des Espagnols. Ils renouvelèrent les massacres qui avaient rendu si exécrable le nom du duc d'Albe. Maestricht, qui comptait avant le siège 34,000 habitants, fut entièrement dépeuplé et ruiné.

Les adversaires du prince d*Orange voulurent le rendre responsable de ce grand désastre. Il eût été plus juste de rendre honiaiage aux ellorts incessants du prince pour accroître l'armée nationale et lui assurer

DÉCHÉANCE DE PHILIPPE il (157d-lâ81). 201

une bonne organisation. Déjà, vers la fin de Tannée

précédente, on comptait sous les drapeaux des états 40, ()()() piétons et 20,000 cavaliers, tandis qno le lieutenant de Philippe II n'avait que 30,000 pit'iuns et 6,000 chevaux (1). Malheiu f usement les états généraux ne parvenaient point à réunir les sommes nécessaires pour soudoyer leurs troupes. Il fallait 800,000 fr. par mois. Or, de toutes les provinces (si Ton excepte la Hollande, la Zélande et la ville d'Anvers), on n'obtint ]K)int en six ?nois 50, ()()() ilorins du produit des contributions; de sorte (^ue, pendant un semestre tout entier, l'armée ne reçut quun mois de sold ^ Au sein même des états généraux, il y avait d'ailleurs, selon la remarque d un annaliste contemporain, des députés qui ne pouvaient comprendre la nécessité de ])ayer' régulièrement les frens de Liiicrre. II tant aiout<»r (pie la Flandre et les piovitices wallonnes ayant rclemi leur quote-part, les autres provinces voulurent les imiter en consacrant aussi le produit des contributions à leur propre défense. Cet état de choses affligeait le prince d'Orange et, pour y remédier, il n'épargnait ni les conseils ni les remontrances.

Le 22 jin'n encon», (tnillMuinc avait adressé une admonestation énergicpie aux états généraux. Il était désespéré de la lenteur ih leurs délibérations et des retards occasionnés par l'obligation de recourir con* stamment aux provinces et d'attendre leur assentiment, même sur des résolutions d'une urgence extrême. Il

(1) UisLoire des Pays-Bas^ par Vau Mctcrcn, fol. 101.

représenta que ]es affaires iraient de mal eu pis, si les députés de la «< généralité i* n^avaient pas les pouvoirs suffisants pour statuer définitivement, selon qu'ils jugerniciit It^in- décision couronne au bien de la généralité 1 1 1. -

Depuis le commencement du mois de mai , les députés des états généraux négociaient sans succès, à Cologne, avec le représentant du roi d*Espagne et les ambassadeurs de TEmpereur, ceux-ci agissant comme

(I) RéMlutii>ii8 maQU«eril68 des élats généraux (archives de La Hayo). Il fliut dier aussi un livret inlitulé : Remomtranee en forme de comptaincU et doléance à messieurs Ifs de/mtez des estais généraux, et

des Provinces-Unies, par les hnhitans et commune de In ville d'Anvers, arecq mivis pour remédier un désordre du pays (1579). — Dans celle remontrance» qui fut d'abord adressée au prince d'Orange, on reprochait aux états généraux d*avoir réduit I rien Faiitorité du gouverneur général et de soo lieutenant : «... Or, MM., » leur disaitHm, « nous vous supplions consid<5rer de près en quoy et combien vous avez uultrcpassé votre charge au i^ouverncniPHt du pays, ce que nous remarquons plus librement que l'impulaul à bon zèle, nous avons asseurance que seres les premiers qui désirerex et pourchasserex le rétablissement de Tordre requis. Vous faites assemblées ordinaires pour la conduite et disposition des afluires, qui dépendent entièrement de la charge de gouverneur général, par cela il a comme les mains liées, car en tiiut que le fatctes en qualité d'eslats géuéiaux, qui sont par-dessus le gouverneur, il ne peut et ne veut commander absolutement ; ains, comme vous scavez, il use seulement de remonstrance et prières, vous proposant ce qui est te meilleur, et vous faisant ce que bon vous semble, sans qu'aucun puisse reprendre et contrôler vos résolutions. . . . » -- Plus loin on se plaignait <lu mauvais choix des doi^utés dos villf^s : u il y a aussi celle faute, » disail-on, k que les dépuiez des villes envoiez eu la dicte assemblée, sont souventes fois rappelez, et changez, subjecls U leurs négoces particulières, qui cause grande ignorance, et Teculement des affaires générales, joinct la petite expérience d'aulcuns en matière d'estat et de si j^rand poids et importance, là oi!i sont requis les meilleurs esprits du pays, et de longtemps expérimentez en semblables aftaires, etc. »

DËCHlUNCE DE PHtUPPE II (1S79-1881). SOS

médiateurs. Philippe II voulait le maiiilieii exclusif du catholicisme et rëloignoriK^nt du prince d'Oranjre. J)e leur côté, les états voulaieat en quelque sorte inaugurer un nouvel ordre de cho!^o5; en exigeant que le roi sanctionnât la liberté de religion et qu*il prît pour base du gouvernement les conditions naguère imposées à.Varchiduc Mathias.

Devant rattituile si lermi' (\e9. états, les médiateurs se montrèrent un peu plus conciliants. Le 18 juillet, ils proposèrent de laisser jouir la Hollande et la Zélande du bénéfice de la Pacification de Gand ; mais quant aux autres provinces, Texercice de la religion réformée ne devait pas y être toléré : les calvinistes auraient à opter entre une abjuration et l'exil.

Si les catholiques ne voyaient point ces conditions avec déplaisir, les réformés, Guillaume de Nassau en tête, devaient, au contraire, les repousser énergiquement Cette conduite du Taciturne, quoique conséquente et loyale, lui valut un redoublement de haine de la part des exagérés ou des partisans secrets de TEspagne. On lui reprochait maintenant de s'opposer à la paix par ambition. Hn jour méuic ([u'il se trouvait à rassemblée c-énérale des états, le secrétaire commença la lecture d'une lettre anonyme où le Taciturne était attaqué avec violence. Quelques-uns des députés ayant interrompu le secrétaire et celui-ci voulant discontinuer sa lecture, Guillaume demanda la lettre et, avec le plus inaltérable san*^-frc)id, la lut à haute voix jusqu'à la fin.

Mais cette impassibilité n'était qu'apparente. Guillaume prit la parole (c'était le 28 juillet) en présence de

rarchidiK' <'t des ruloïK^ls de la ville d'Anvers. 11 dit ([ii'il «'lait tivs-l)ieii av(»rti, tant d'Allemagne et de France (|iic do plusicnrs villes des Pays-Bas, qu'où l'accusait <r<ître cause de la continuai ion de la guerre. Il protestait contro cette rumeur. Personne ne désirait davantage la [>aix, bien que les articles proposés jusqu alors ne lui semblassent point contenir assurance suffisante pour y parvenii-. Mais si rarcliidue et les états voul.iient n*'t:t>ii('i' sur tfs bases, il était content de s'éloigner, atin (hi clore ainsi la bouche à tout le monde.

l ue déclaration aussi catégorique émut vivement l'assemblée. Les députés présents (ils représentaient le Brabant» la Flandre, la Hollande, la Zélande, Tournai, le Tournaisis, Utrecht et Gronin^ue) supplièrent affec- ' tnensenient le prince <le n«' p is jtrriHlii^ <2arde h de UK^prisaldes calomnies; ils i adjurèrent de ne point priver la généraliK» de son assistance et de ses conseils. Le prince, se rendant à ces vœux, promit d'intervenir, quand il en serait requis, dans toutes les résolutions des états (1).

Le Taciturne ne s'aveuglait point cependant sur les olistacles que lui suscitait l'organisation mém<» des états généraux. 11 ne cessait, peut-on dire, de remontrer quo les affaires iraient de mal en pis si les députés à l'assemblée générale n'avaient point le pouvoir de conclure « sans renvoyer, pour avis» aux provinces, n II attribuait d'ailleurs fout le mal à la vanité ou à Tesprit tracassier des nia^^isti ats communaux. Les délais, dont le

(1) Archives de ta maUon eTOrange-Nasmu, t. VII, p. 42 et suiv.

DÉCHÉANCE b£ PHILIPPE 11 (1379-1381). 305

prince d'Orange se plaignait, étaient réellement préjudiciables : ils [H'rraet'taient même à l'ennemi do counaiii c les projets des états et de les déjouer. De guerre lasse, le prince ânit par proposer la création d'un nouveau conseil souverain pour expédier avec pleine autorité les afiTaires courantes et urgentes (1).

Une des harangues les plus remarquables du prince d'Orange fut celle qu'il prononça devant les mandataires des provinces le 26 novembre. .Limais il no les avait réprimandés avec plus d'énergie ; jamais non plus il n'avait tracé nn tableau plus vrai de l'anarchie produite par l'insuffisance des pouvoirs confiés aux députés. Il dit d*abord qu on attendait de cette assemblée un ordre général pour être délivré des maux, des calamités et des misères que les provinces enduraient. Il se plaignit ensuite de la lenteur des délibérations et de l'inipuissance des députés. L'archiduc, ajouta-t-il, et luimême, comme lieutenant général, et les membres du conseil d'État donneraient leur démission pour ne pas tomber, avec les états généraux, « en 1 indignation et fureur du peuple. « Puis il supplia les états de Texciiser s'il parlait si librenioiit pour le pays, qu'il M>yait sans aucun espoir d'amélioration parce que les députés servaient à l'assemblée générale plutôt pour excuser les provinces, comme procureurs et avocats de leurs constituants et maîtres, que pour avancer le bien commun. De là leur propre ruine et celle du pays, s'ils continuaient d'alléguer en toutes occurrences qu'ils n'étaient pas auto-

(i) Grande ckrotUque de Hollande, etc., t. Il, p. 3^.

906 UIAIMTKE .NELVILME.

risês de leurs « priiicipaux et maitres. r II termina en réitérant loffre de sa démission, après avoir dépeint

avec plus do force, encore l'anarchie produite par la i iv.iliin et IV^oïsnie tlos proviiircs.

Leb eiais gén<'Taiix relusci enl d'accepter la démission du prince. Ils déclarèrent être très -tristes d'avoir entendu ses « justes doléances, y» ils prièrent donc le Taciturne, de même que rarchiduc et les membres du conseil d*État, de continuer leurs charges et de ne point désespérer de la chose publique. Ils eugagèrent en outre l'archiduc cl son lieutenant à écrire aux provinces, afin que leurs représentants fussent autorisés à décider ^ sans l euvoi » sur les atfaires qui se présentaient journellement .

Avant d'enregistrer cette résolution des états généraux, le greffier la communiqua au prince, lequel déclara en être satisfait (1).

Toulefoîs la vive admonestation du 20 novembre ne remédia point à ce déplorable elat de choses. C'était l'organisation même des états qu'il aurait fallu changer, et cette tâche, le prince d'Orange n était pas assez puissant pour 1 accomplir. Le 12 décembre, il expose de nouveau aux états ses vues sur les moyens de résister à l'ennemi et leur déclare que si, par leur faute et leur iionclialance, des mesures etficnces ne sont prises, il ne sera pas l'csponsable do leur ruine devant Dieu et les hommes.

Après l'insuccès prévu des conférences de Cologne,

0) Utbulutious niaiiUâCiilei» dea éUib généraux (aicliivet» de Lâ iiaye).

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DÉCHÉANCE DE PHILIPPE II (lâ79-IS81). 307

Guilklume propusa aux étals généraux une in ure décisive à certaios égards. Tenant compte de la promesse faite naguère au duc d'Ânjou et ne voyant d*ailr leurs le salut de la république que dans l'alliance française, il fut d*avis de transférer la souveraineté des Pays-Bas au frère de Henri III. Le 3 janvier 1580, les états généraux invitent le prince (rOi'aii^<^ à pri'parer les ai ticles d'après lesquels on pourra traiter avec le duc d'Anjou, pour que ces articles soient soumis ensuite à Tagréation des provinces. Guillaume, appelé en Hollande, dispose tout, avant son départ, afin d'assurer le succès de la candidature du prince français. Le Janvier, il prend conj^-é des états et les réprimande de nouveau. Il récapitule les raisons qui, s'ils ne chanucut de conduite, empèclieront de sauver le pays. 11 leur reproche de n'avoir pas encore établi le conseil de gouvernement qui avait été voté le 27 décembre précédent. — « La véritable cause de tout le mal, n dit-il, « est notre peu de résolution. A la vérité, on se reui.it assez fréquemment : mais on est aussi néj^ligent à <>xccui<'r ce qui a été résolu qu'on est porté à dclihércr longuement. » — Le 13, les états généraux reçoivent communication des points et articles c(Miconiaiit îf^ traité qui pourra être négocié avec le duc d'Anjou. Il fut convenu qu'ils en référeraient à leurs commettants, puis quils se réuniraient de nouveau avec pleins pouvoirs pour prendre une résolution.

Le prince d'Oiange, ;iprès avoir obtenu des états particuliers de Hollande et de Zélande leur atlhésion au plan quil voulait faire prévaloir, quitta La Haye

CUAPITRK NEl'VIËME.

le 7 aviil et retourna à Aiivci s, où les états généraux étaient convoqués ]>our le 15. Dans cette session, ils délibérèrent sur les movens (rétablir un meilleur con-

soil p'iKM'îil pour fous les Pays-I5as, ainsi qu'un meilleur ordre dans les choses de la fiuerre; de pourvoir reguliereiueut au pavenieni des troupes et de saccordoi* avec le duc d'Anjou (1).

Mais déjà Philippe 11 avait voulu prévenir Guillaume le Taciturne. Uédit qui mettait à prix la tête du prince d'Orangt^ portait la date du 15 mars. Trois mois après, le i>rince de Parnio publiait solennollenicnt cet acte exécrable par lequel le roi d'Kspairne aiiiorisait s(?s sujets aussi bien que les étran^ei s à « oti'enser n Guillaume de Nassau et à l'-ôter du monde » comme peste publique. Écoutons Philippe 11 :

« Promettons en parole de Roy, jet comme ministre « de Dieu, (jue s*il se trouve quelqu'un, soit de nos su- « jets ou et 171 libers, si «généreux de C(eur et désireux *. de nusire service et bien public, qui sache moyen « d'exécuter nosti-e dicte ordonnance, et de se faire « quite de ceste dicte peste, le nous délivrant vil' ou « mort, ou bien lui ostant la vie : nous lui ferons don- «< ner et fournir pour lui et ses hoirs en fonds de terres « ou deniers comptants à son choix, incontinent nprès « la chose ef!*ectu<'e, la somme de vingt-chiq mille esc us « d'or; et s'il a connnis quelque délit ou forfait ( (|uel- «( que grief qu'il soit) nous lui promettons pardonner,

<ï) Archiirs de la tnnison d'Oraïutt -ynssan, i. VII, ju 330. — Docnmenu hulohqiies inédits concernant les troubles des Pays-Bas^ elc, l. Il, p. 81.

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