DÉCHÉANCE DE PHILIPPE II
« et dès maintenant lui pardonnons, môme s'il ne lut noble, l'anoblissons pour sa valeur »
Cette odieuse proscription ne suspendit point les négociations entamées avec le duc d'Aigou. Le 12 juillet, les états généraux décidèrent qu'une députation serait envoyée au {'vèvo. du roi de France pour lui offrir la souveraineté des Pays-Bas. Cette députation, ayant à sa tête Marnix de Sainte- Aldegonde, se rendit au château du Plessis-lez-Tours et débattit avec le duc d'Anjou, les conditions de son avènement. Un traité fut enân conclu le 29 septembre. Le duc s'engageait à maintenir tous les privilèges des Pays-Bas et s'interdisait de lever ou d'établir des impôts extraordinaires sans le consentement des ('tats. 11 s'engageait en outre à réunir, une foia au moins cliac^ue année, les états généraux, qui se réservaient d'ailleurs le droit de s'assembler « toutes et quantès fois qu'ils trouveraient convenir pour les . affaires du pays. » Si l'une ou l'autre des clauses stipulées était violée, les états se trouveraient de plein droit déliés de leur serment de fidélité. Des lettres réversales assuraient à la Hollande et à la Zélande l'indépendance dont elles avaient joui jusqu'alors, sous le gouvernement du prince d'Orange; mais ces deux provinces devaient néanmoins se soumettre à la généralité, pour tout ce qui concernerait la paix, la guerre, les impôts et les relations avec les autres pays.
Pendant que les états généraux négociaient tantôt à Cologne avec le représentant du Roi Catholique, tantôt au Plessîs-lez-Tours avec le duc d'Anjou, les esprits étaient très-agités. De nouvelles plaintes s'élevèrent au
910 CMAPITRi: >Kl VliUli;.
soin de l'assemblé** nalioimle. Les leprtvseiitaiii.s des provinces (jui l'ai-sait'iii pailic de VVnmi d'Utrecht avaient conclu le soupçon qu'il y avait à Anvers des patriotes douteux, qui les contrecarraient systématique^ meut, et qui sougeaieut même à assijgettir ces proviHces aux autres. Le prince d*Orange, appréhendant que cette défiance iic produisit de nouvelles difficultés, fit convoquer les étais généraux à DellL pour ic novembre 1580(1).
11 résultait de la circulaire de convocation que le prince d*Orange avait vu avec chagrin que rassemblée tenue à Anvers était demeurée à peu près stérile, faute de résolution sur les principaux articles proposés. Il
était donc désirable que les députés de toutes les provinces se léuiiisseiit en un lieu commode et qu'ils fussent autorises à prendre les résolutions qu'ils trouveraient convenir pour le bien et la sûreté du pays, sans devoir en référer encore à leurs commettants ou principaux. « L*état des affaires ne pouvait permettre un tel délai et renvoi, qui était cause non-seulement de perte do temps, mais aussi d'une grande cuiilusion. » Eu outre, toutes les provinces devaieiii s'eii^iafrer à obéir, sans aucune contradiction, à ce qui serait décidé et résolu (2). .
Leç représentants du Brabant, de la Flandre, de Malines, de Gueldre, de la Hollande et de la Zélande,
0) Arehive* de ta maison iit*Orange-Nassait, t. Vil, )i. 4ii. (9) SuUetitt de Itt committion roffaie ifhhtoiret «ïi-to, t. XI, p. 440 et suiv.
DÉCHÉANCE DE PHILIPPE II U^^i^-i^i). iil
de la Frise et dTFtrecht, se réunirent effectivement à
Delft. Le 13 décembre, le prince d'Orange leur présenta son Apologie ou Deitjuse ^ contre le ban et édict publié par le roi d'Espagne. » Il annonça en même temps Imtention de faire imprimer cette défense, qui fut mise entre les mains du sieur de Somere, pensionnaire de Gand, afin qu*elle fût lue publiquement dans rassemblée. Le lendemain, en elFet, les députés ouïrent la lecture de VApohqie de Guillaume de Nassau. En se dël'eiidant contre Philippe, le prince d'Orange s'était d'ailleurs adressé directement aux représentants du pays — : « A messieurs les estats générmUx, » Aussi cette mémorable et véhémente défense, dans laquelle Guillaume le Taciturne se redressait avec fierté sous les accusations du roi, cette (euvre énergic|ue, ou le libérateur des Pays-Bas stif^matisait la tyrannie de i'iiiiippe II, dut-elle faire tressaillir plus d'une fois l'assemblée. Quels frémissements durent l'agiter lorsque le lecteur, arrivant à la péroraison, lut ce qui suit :
« ..... Si donc vous jugez, messieurs (c'est le prince «« proscrit par Philippe II qui s'adresse aux représen- ** tants du pays), si vous jug-ez ou que mon absence ou « que ma mort même vous peut servir, me voilà prêt î) « obéir: commandez, en vo3^ez-moi jusqu'aux tins delà « terre, j'obéirai. Voilà ma tête, sur laquelle nul prince ni « monarque n*a puissance que vous : disposez-en pour « votre bien, salut et conservation de votre république. » Mais si vous jugez que cette médiocrité d'expérience ^ et d'industrie qui est en moi, et que j'ai acquise par ^ un si long et si assidu travail, si vous jugez que le
CHAPITHt NElVltMK.
* reste de mes biens et que ma vie tous peut encore ^ servir (comme je vous dédie le tout et le consacre au
* *i Pîiys), résulvez-vous sur les points que je vous pro- « pose. Et si vous estimez que je porte quelque amour « à la patrie, que j'oie quelque suffisance pour conseil- ^ 1er : croyez que cest le seul moyen pour nous garantir et délivrer. Cela fait, allons ensemble de « même cœur et volonté, embrassons ensemble la dé- « fense de ce bon peuple qui ne demande que bonnes « ouvertures de conseil, ne désiranl rieu plus que de
- le suivre. Et ce faisant, si encore vous nie continuez « cette faveur que vous mavez portée par ci-devant, •< j*espère, moyennant votre aide et la grâce de Dieu, « laquelle j'ai sentie si souvent par ci-devant et en cho- » ses si perplexes, que ce qui sera par vous résolu, «* pour le bien et la conservation de tous, vos femmes
- et vos enfants, toutes choses saintes et sacrées, je le maintiendrai. »
L'assemblée décida immédiatement qu'une garde de cent cinquante cavaliers seraitdonnée au prince d'Orange pour le protéger contre les assassins. Le 17, les états généraux prirent une résolution plus importante. Ils
approuvèrent entièrement V Apologie et trouvèrent bon qu'elle lut imprimée et publiée. Ils déclarèrent non fondés les crimes et blâmes qui étaient imputés au prince d'Orange dans l'édit de proscription, le supplièrent de conserver les charges qu^il n'avait acceptées qu*à la demande des états et lui promirent toute aide et assistance. Les députés de la Gueldre et dTJtrecht seuls déclarèrent que, avant d'approuver cette résolution, ils
DECHEANCE DE I»HILli>Pfc 11 (lû7n-lo81). 213
voulaient en référer à leurs commettants ou principaux (1).
Malgré les témoignages de dévouement qui lui avaient été donnés par les états généraux, le prince d'Orange était toujours mécontent de la lenteur de leurs délibérations. A Delft, il avait été convenu qu'ils ne tarderaient point à se réunir de nouveau à Amsterdam. Le 23 mai 1581, en présence des députés du Brabant, de la Gueldre, delà Flandre, de la Hollande, delà Zélande, de Malines, d'Utrecht, de Frise et d'Over-Yssel, le prince déclara de bouche comment, au grand dommage de la patrie, dans la dernière réunion teiuie à Delft, aucune résolution fructueuse n'avait été prise. 11 se plaignit aussi que les députés eussent trop tardé à se réunir. Fuis, il les conjura de prendre une finale et prompte résolution sur le gouvernement du pays, les contributions jugées indispensables et la conduite delà guerre contre l'Espagnol. De ces trois points, dit -il, dépendait tout le bien-être de la patrie. Les députés remercièrent le prince et se déclarèrent prêts à délibérer sur les points indiqués, chacun selon ses pouvoirs et d'après sa procuration (2).
Le moment était venu pour les états généraux de prendre une résolution irrévocable. Il ne pouvait plus être question de l'archiduc Mathias : prince de la maison d'Autriche, il ne ratifierait jamais la déchéance de Philippe IL Or, en traitant avec le duc d'Anjou, en lui
'!) Correspondance de Gtiillnumt' le Taciturne, l. M, pas.suu. (2) Archives de In maison d' Orange-Nassau, l. VII, p. ji».
(.HAPITRK NEtVlENË.
otfram la souveraineté des Pays-Bas, les états jréneraux s'étaient eiigag(*s à hi iser les liens de vassalité qui les rattachaient au ûls de Charles-Quint. Le 7 juin, ils acceptèrent la démission de l'archiduc Mathias. C'était comme le prélude de la déchéance du roi d*Espagne.
I.es (îtats généraux s'étaient rendus (l'Amsterdam à ]m Haye et siégeaient dans la vaste salle du Binnen- Ilof (1). Là se trouvaient des d(»puiés du Brabant, de la Gueldre, de /utphen, de In Flandre, de la Hollande, de la Zélande, d*Utrecht, de la Frise, de TOver-Yssel et de Malines. Le 26 juillet, ces représentants des Provinces- Unies prononcèrent solennellement la déchéance de Philippe II, comme souverain des Pays-Bas.
Ils proelaniaieiii d'abord qu'un prince était - ordonné de Dieu souverain et chef de ses sigets pour les défendre et conserver de toutes injures et violences, » de môme qu*UB pasteur était préposé à la défense et à la garde de ses brebis. Us igoutaient hardiment que les sujets n'étaient pas créés de Dieu pour le prince , afin de lui o))éir en tout ce qu'il lui plairait cen tiii; nder, « soit selon ou contre Dieu, raisoimablemeni ou déraisonnablement; n non, ils n étaient pas créés « pour le servir comme esclaves. » Le prince était plutôt créé pour les stgets « afin de les gouverner selon droit et raison, les protéger et les aimer comme un père ses enfants. » Si, au lieu do protéger ses sujets, il se met à les outrager, à les oppruner, à les priver de leurs privilèges et
(I) Ils avaient siégé à Amslerdam, depuis le 0 mai jusqu'au 26 juin 1881 ; ils reprirent leurs trtvaux it La Haye, le surlendemain.
DeCRËANGE DE PRILim II (IS79-I8B1).
anciennes coutumes; s'il veut se servir de ses siyets comme d'esclaves, « on ne le doit alors pas tenir ou respecter pour prince et seigneur, mais le réputer pour im tyran. •» Dès lors aussi les sujets, « selon droit et
raison, » ne sont plus obliges do le reconnaître pour leur prince. — Il est donc licite, poursuivaient-ils. surtout avec le concours et par l'auiorité des états du pays, d'abandonner ce tyran et de mettre en sa place un autre chef et seigneur. Il est permis de déposer ce tyran, puisqu'il ne reste plus d*autre moyen de conserver et de défendre l'ancienne liberté et le bien inaliénable de tous. Kntin, les états g('néraux, pour justifier entièrement l'acte qu'ils allaient accomplir, rappelaient que, selon des privilèges depuis longtemps eu vigueur dans plusieurs provinces des Pays-Bas, si le prince venait à violer les serments prêtés lors de son inauguration, il était « déchu de' la supériorité du pays. »
Après ce préambule, les états généraux traçaient le tableau du régne de Philippe II. Accoutumé, disaientils, à gouverner despotiquement en Espagne, à Naples, dans le Milanais et dans les Indes, il avait voulu traiter en esclave une nation libre et généreuse. Il s'était proposé, sous prétexte de maintenir l'ancienne religion, d'introduire l'inquisition d'Espd^Jine, sans consulter les états. Il avait créé un tribunal dont le nom seul faisait horreur. II avait livré les Pays-Bas au cruel duc d'Albe. Le dévouement du prince d'Orange, secondé par la valeur des Hollandais et des Zélandais, vient enfin retirer les Belges de Tabime où la barbarie espa-
{.HAPITIIK NEUVIKME.
^liole les nvaii précipités. Sous Requesens et dou Juan d'Autriche, le gouyernement f( inf plus de douceur, maïs les effets apprennent que Philippe ne dissimule que pour accabler plus sûrement les provinces soulevées contre sa tyrannie. Les états rappelaient encore la pruscripiiou tlu prince d'Oraiipro et donnaient d'autres preuves de la conduite à la lois cruelle ('t aititiciouse de leurs ennemis ; puis , ils poursuivaient en ces termes :
*i A ces causes, Nous, les états généraux des Pro-
« vinces-Unies , voulons qu'il soit notoire à tout Tuni- « vers que nous renonçons par ces présentes, dès à
présent et pour toujours, à toute reconnaissance, t obéissance et service envers Philippe, roi d'Espa- « gne; que nous avons arrêté unanimement de prendre « les armes et de sacrifier à la défense de notre liberté
nos biens et notre sang ; que nous déclarons nuls et « regardons comme non avenus des serments et des - obligations qui sont annulés do droit par celui qui « les a violés; qu'en conséquence nous relevons tous t vassaux, juges, officiers, des engagements qu'ils ont
autrefois contractés; défendons à Tavenir d'employer « et faire usage du nom de Philippe, de ses armes et « de son scel ; lui substituons, pour la Hollande et la « Zélande, celui du prince d'Orange, et celui des états « généraux pour les autres provinces, jusqu'à l'arrivée « et l'inauguration de François de Valois, duc d'Anjou : « voulons qu'on cesse de mettre l'effigie du roi sur les «( monnaies, que tous les sigets de la généralité soient
DÊCHËANGE DE PHILIPPE II (J579-lo8l). 217
« tenus de prêter, devant les états ou leurs commissai- «( res» le serment dont le formulaire suit :
« Je jure et promets devant Dieu qu*à Favenir je ne
« rendrai obéissance ni service à Philippe d'Autriche, - que je ne le connaîtrai pour prince ni seigneur, me «* tenant aÔranchi de ioni serment, engagement ou •< obligation que j'aurais pu contracter ci-devant, de » quelque manière et sous quelque titre que ce soit. En X conséquence, me sentant réellement libre, je jure et ^ m'oblige envers le» états généraux des Provinees-Unies, « et noniniéinent au Brabant, à la Gueldre, à la Ilol- « lande, à la Zélande, k leurs alliés, aux souverains *♦ magistrats nommi's par lesdits états, de leur être loyal «< et fidèle sujet, de leur porter toute obéissance et « secours contre le roi d'Espagne et ses adhérents, et « contre tous ennemis de la patrie , promettant de me -( comporter en tout en bon et fidèle vassal. Ainsi Dieu « me soit en aide! «
Toutes les prescriptions du mémorable édit du 26 juillet 1581 furent d'ailleurs observées. « On rompit, » dit un ancien historien, s» le scel du roi d'Espagne; on cancella ses brevets et ses lettres patentes: on en expédia de nouvelles au nom des états; on cassa les coins de la monnaie; on en grava d'autres aux armes des états; on déchira ses portraits; on brisa ses statues, et Ion elfaça tous les vestiges de son régne. i>
Malheureusement les états des provinces méridionales ne surent point maintenir leur œuvre. Si Philippe II perdit irrévocablement la Hollande, la Zélande
fIB CHAPITRE NBl'VIEME.
e{ les autres provinces du Nord, il ne devait point tarder, pour le malheur de nos pères, à rétablir la domination espagnole dans le Brabant, la Flandre et les autres provinces belges, qui avaient espéré aussi des destinées
plus heureuses.
Lk bOMINATlON ESPACNOLB RÊTABUE DANS LBS PROVIISCBS BBLGBS.
Ne trouvant ni en All(>mag:ne ni en Angleterre l'appui qui lui était indispensable, Guillaume de Nassau avait dû placer tout son espoir dans raUiauce française. Malheureusement le jeune prince auquel les états généraux venaient de déférer la souveraineté des Pays-Bas, n*étaif point digne de cet honneur. De mœurs dissolues, entouré do mignons, ( umaie Henri III, fourbe, ennemi de libertés publiques, li se rendit bientôt odieux.
Après avoir obligé le prince de Parme à lever le siège de Cambrai» il refusa de joindre ses troupes à celles des états. Tournai, n'étant point secouru» dut ca-
no CHAPITRE DIJUtlIE.
piluler le 30 novembre 15H1. On prétend avec laiyoïi que le but du duc d'Anjou était de se rendre nécessaire et de faire modifier les conditions qu'il avait acceptées par le traité du Plessis-lez-Tours. Il était màma parti pour l'Angleterre, se berçant du vain espoir d'obtenir la main de la reine Élisabeth.
Le 21 décembre, le prince d'Orange déclara aux états généraux, de nouveau réunis à Anvers, que, par la retraite de l'archiduc Mathias, dont il avait été lieutenant au gouvernement des Pays-Bas, il était pareillement déchargé de cet office. Partant, les états généraux devaient aviser aux moyens de « pourvoir autrement à leurs affaires, n Mais les états requirent le princ(3 de conserver la lieutenance générale jusqu'à la tin du mois de janvier suivant, c'est-à-dire jusqu'à la venue du duc d'Anjou. Le prince accepta « pour leur service et le bien de la patrie. » Il demanda ensuite aux députés de pouvoir remémorer les choses advenues durant les années précédentes par faute de bonne conduite. 9* Cette nouvelle admonestation fut encore trésvive. Guillaume reprocha notamment aux états de n'avoir point suivi ses conseils loi si^ue, il y avait un an, il les exhortait à renforcer leur armée de trois mille chevaux et de deux régiments de gens de pied. Il était à craindre que, par leur nonchalance, leurs lenteurs et leur peu de résolution, ils n'allassent au-devant de nouveaux revers Tannée suivante. Le prince déplorait surtout l'égoïsme piovincial et les prétentions excessives des villes. « Jusqu'à présent, r dit-il, « on u'a su empêcher que non pas seulement chaque province, mais que cha-
que ville ait eu son conseil de guerre, sa gendarmerie et son trésor ou épargne à part. Il était bien vrai qu on avait ordonné un conseil général ou supérieur; mais qu'était ce conseil, sans autorité ni puissance? Quel prestige pouvait-il posséder, qnand il n'avait moyen de disposer d un seul soll » Eniin, il prédisait aux représentants des provinces qu'une conduite si imprévoyante serait cause de leur ruine si Dieu, par sa miséricorde, n'y pourvoyait (1).
Quelques provinces proposèrent de remettre tout le fait de la guerre au prince d'Oran^(> et au conseil d'Etal. Mais d'autres émirent l'avis d'attendre, pour se décider, jusqu'à la venue du duc d'Anjou.
Le frère de Henri III débarqua enfin à Flessingue, le 10 février 1582, et neuf jours après, il fut solennellement inauguré à Anvers comme duc de Brabant. '
Un Espagnol, Jean Jauregui, \ oulut mériter la récompense promise par Philippe II à celui qui assassinerait Guillaume de Nassau. Le 18 max's, s'étant glissé dans l'hôtel habité par le prince d'Orange, il tira à celui-ci un coup de pistolet et le blessa grièvement à la téte. Cet attentat produisit une indicible consternation; car on crut d'abord que le Taciturne n'avait plus que peu de jours à vivre. Le 19, les états f^énéraux arrêtèrent la rédaction des lettres qui devaient être adressées aux provinces et nommèrent des commissaires pour assister à Tenquéte. Le 21, les nouvelles étant meiUeures, l'assemblée ne siégea point, parce que tout le peuple « avait
(I) Grande chronique de Mollandet l. Il, p. 4jM.
CHAMTRK DlXlKMi:.
eie eu prières oraisons pour la convalescence du priiice d'Orange. « Le 27, en présence des membres du conseil d'État et de tous les députés aux états généraux, le duc d*Âiyou prêta le serment général aux états» et ceux-ci, par réciprocité, jurèrent également fidélité au nouveau souverain.
Le l*^"" avril, Marnix vint dans l'assemblt'c < i i onitnuuiqua une lettre écrite de la main du prince d'Orange. Celui-ci conjurait les états généraux de demeurer unis sous le duc d*Anjou s'il plaisait à Dieu de faire de lui sa volonté, selon qu*0 y avait apparence, à la suite de la grande hémorragie survenue la veflle. i» Il fut résolu que Marnix, de la part des états généraux, remerciei ait le prince de ses bonnes exhortations, ainsi que de tous les services qu'il avait rendus aux Pays-Bas. Ils déclarèrent qu'ils n'oublieraient point ces services et qu'ils sauraient se montrer reconnaissants envers les héritiers du prince, s*il plaisait à Dieu de le rappeler à lui. Ils ajoutaient qu'ils avaient l'espoir de demeurer si bien unis avec le duc d'Anjou (juo, par la grâce de Dieu, ils délivreraient le pays de la tyrannie du roi d'Espagne. Mais le Taciturne ne devait pas encore succomber. Le 28, les états généraux le félicitèrent et, en sa présence, remercièrent Dieu pour son rétabUssement. Quelques jours après, le 3 mai, ils délibérèrent sur la lieutenance du pa}s, naguère occuj>éo par le prince. Mais ils ne purent .s'accorder sur ce point. Us résolurent toutefois, eu égard aux anciens services du prince d'Orange, de lui continuer le traitement annuel de 36,000 florins dont il jouissait comme lieutenant général .
RKSTAL'RATION Di; tMIILIPFi: Jl (ISëM^). 323
Si Jaui egiii îi'avait point tué Guillaunic le Taciturne, il a\ ait hâté la mort de Charlotte de Bourbou. Toiyours inquiète pour la vie du prince d'Orange, brisée par de poignantes émotions, la troisième femme du Taciturne expira dans la nuit du 4 mai. Le lendemain, dans l'après-midi, plusieurs députés, délégués par leurs collègues, se rendirent aupi os du prince d'Orange, aiïn de lui adresser leurs compliments de condoléance. Malgré son affliction, Guillaume vint lui-même dans l'assemblée, car les députés étaient à la veille d'interrompre leur session. Il les ooigura de hâter leur retour. Puis il déplora encore une fois les lenteurs occasionnées par robli<ration imposée aux représentants des provinces de devoir consulter sans cesse leurs cummetfants. 11 regretta qu'ils n'eussent pas été autorisés d'une manière absolue à prendre une résolution sur tout ce qui intéressait la conservation du pays. Les états le remercièrent humblement et promirent de hâter leur retour. Le jour fixé fut le 30 juin (1).
L'alliance conclue avec le duc d'Anjou n'apporta (pie honte et dommage aux Pays-Bas. Au milieu des enibarras que les partis lui suscitaient dans son royaume, Henri 111 était peu disposé à soutenir etiicacement son frère. D'un autre côté, Tavénement du duc d*Anjou fournit au ] rince de Parme un prétexte pour demander et obtenir le retour des troupes espagnoles. Il eut bientôt sous ses ordres soixauK' raille hommes et poursuivit
(1) Resolutie genomeii in de gencmle L'erguederinylie van de Iweren Haeten der geunieerde NeâeHanâen binnen ée Stadt Antwerpen in den jaere ISSi. (XannacrU de la bibliothèque royale.)