T. I. IS
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turtie. Ou lui r«»pri»cliait d'avoir tant insisté pour traxis^ mettre la souveraineté au frère de Henri III. Guillaume, pressé de donner son avis aux états généraux, ne dissimula point que It^ duc d Anjou avait perdu tous les droits que lui assurait le traité du i^lessis- lez -Tours. Cependant il fallait prendre une résolution. Trois partis s'offraient aux états généraux : se soumettre à l'Espagne, se défendra par leurs propres forces ou se réconcilier avec le duc d*Anjou. Guillaume déconseillait une soumission qui se serait bientôt transformée en servitude; il montrait ensuite l iniiiossibilité pour le pays de se deleudre sans alliance étrangère; enfin, après avoir signalé de nouveau l'ineilie de l'Allemagne, il exprimait ravis qu'il n'y avait d autre parti à prendre que de tâcher de se réconcilier avec le duc d'Aigou, si l'on voulait éviter une coalition entre les Français et les Espagnols. Quelque temps après, la reine d'Angleterre devait aussi engager les états généraux à ue point se faire un ennemi du duc d'Anjou (1).
Les états suivirent le conseil du Taciturne. Mais le grand adversaire de Philippe 11 avait perdu désormais tout son prestige à Ânvers. On lui sut aussi mauvais gré du mariage qu'il contracta, le 12 avril, avec Louise de Coligny, quoiquelle lût la dile du célèbre amiral, chef des protestants français et la plus illustre des victimes du massacre de la Saint-Barthélemy. Bientôt le bruit se répandit que lé prince d*Orange avait caché
(i) Grande chronique de HoUande, l. U, p. 460 et suiv ~ Documents historiques inédits sur les troubles des Pays-Bas, etc., l. il, p. 39î».
HlilSTAUHAriOM DË PHILIPPt; Il (ISSl-llittl). 3i7
des troupes françaises dans le château. La populace, toujours méfiante, courut à la citadelle et ne craignit point d'injurier le libérateur des Pays-Bas, disant qu'il était un traître et un introducteur de Français. Guillaume résolut de quitter Anvers. Le 22 juillet, il s'embarqua pour MiddelboorgfOù les états généraux devaient se réunir.
Cependant le prince de Parme poursuivait ses conquêtes. Dunkcrque, le Sas, Hulst, Rupelmondo et Alost tombèrent au pouvoir des Espagnols. Le duc d'Anjou, qui s'était retiré de Terraoude à Dunkerque, dut abandonner le territoire belge.
Il était indispensable de réorganiser promptement le gouvernement général. Les représentants des provinces encore libres, réunis suocessivemeni à Middelbourg et à Dordrecht (1), avaient formellement résolu de se réconcilier avec le duc d'Anjou, moyennant de sérieuses garanties. Le 16 janvier 1584, ils lui envoyèrent des députés; d'autres partirent au mois de mars. Un nouveau traité allait être conclu lorsque, le 10 juin, le duc d*Anjou mourut à Château- Thierry.
Le prince d (Jrange se trouvait alors à Delft, avec les représentants des provinces encore libres (2). Le
(l) Les liais se litirtMii à MidUelbourg Uu âô août uu 15 septembre, et à Dordrecht, du 25 septembre au 4 décembre 1383.
(9) De Dordreehtf les états généraux s'étaient transportés k La Haye, où ils se tinrent depuis le 9 décembre 1383 Jusqu'au 27 janvier 4384. De La Haye, Us s'étaient rendus à Delft, résidence ordinaire du prince d'Orantîe.
1:^ juin, ceti députés, formant les étals généraux, assistèrent au baïK^uet donin' par le prince à l'occasion du baptême de son tils, Frédéric-Hemi de Nassau, né le 19 janvier précédent.
Toigours menacé par Tédit de proscription de Philippe II, QuilUume le Tacituma ne prenait que des précautions insuffisantes contre les assassins. Il fïit enfin victime de son patriotisme et de sa généreuse iiiiprévoyance. Le 10 juillet, Balthasar Gérard, un Bourguignon, le guettait dans le Priiisrii-Hof, à Delft Armé d'un petit mousqueton, Gérard ûi feu sur le prince d'Orange, qui tomba percé de trois balles.
Le Taciturne était mort.
Une pareille catastrophe n'était pas seulement un
malheur public; c'était la ruine de FÉtat, si Ton ne prenait point des mesures promptes et eflScaces.
Les états généraux se réunirent immédiatement et décidèrent qu'ils solliciteraient l'appui du roi de France ^ et de la reine d'Angleterre. Ils s'adressèrent, en effet, à Henri III et le supplièrent de leur envoyer un seigneur de sa cour, respectable par son sang et son mérite « au- « quel, r disaient-ils, « nous obéirons fidèlement, » ainsi que les forces nécessaires pour résister à renneuii. Ils écrivirent en même temps à la reine d'Angleterre, l'engageant à se tenir sur ses gardes et la suppliant aussi . de ne point abandonner les Pays-Bas. Mais ils attendirent jusqu'au 12 pour informer officiellement les provinces encore confédérées de la mort de Guillaume de Nassau. Le 14, ils tixérent un jour de prières et de jeûne. Il décidèrent en outre qu'ils assisteraient aux
RËSTAIRATIUK 0£ PHiUPPE il ^1581-1586). 339
obsèques du prince qui avait rendu tant de services à la patrie.
Le 24 août, Guillaume le Taciturne fut enseveli d«uis la grande église de Delft. Après les funérailles, les états généraux instituèrent un nouveau conseil d'Etat, chargé du pouvoir exécutif pour un terme de trois mois. Ce conseil, à la tète duquel avait été placé ' le jeune Maurice de Nassau, devait exercer sa juridiction sur les provinces de Hollande, de Zélande, d^Utrecht et de Frise, ainsi que sur les parties de la Flandre et du Brabant qui demeuraient encore dans l'Union.
Mais ces deux dernières provinces étaient à la veille de retomber sous le joug espagnol. La campagne de 1584 avait été heureuse pour Famése. Du mois d'avril au mois de septembre, il recouvra successiTement Ypres, Bruges, Termonde, Vilvorde et G and. Le but du prince de Parme était d'isoler Anvers, également bloqué depuis quelque temps. Maître de cette grande ville, le vrai boulevard des réformés, la capitale de la confedéi^ation, Farnèse redevenait maître aussi des provinces belges et refoulait les confédérés dans les provinces du Nord.
Cependant les états généraux, même avant l'assassinat du T?i( itiane, avaient déjà sollicité la protection de Henri 111 et lui avaient envoyé des députés à cet effet. Catherin^ de Médids leur répondit que son âls ferait connaître ses intentions par un envoyé, qui les accompagnerait Cet ambassadeur fut Roche de Sorbies, seigneur Des Pruneaux, ancien secrétaire du duc d'Anjou, Arrivé à Delft, il eut, le 22 août, au-
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dieiioe des états. Il déclara que son maître Tenyojait paur ouïr les conditions sous lesquelles Us demandaient son assistance; il ût entendre, en outre, qu*il devait
s'informer plus particulièrement des intentions des ïlollandais et des Zélandais, auxquels le traité du Flessis-lez-Tours avait conservé une position indépendante. — « Je leur ai repr«^^f*nf é fort longuement, » écrivit Des Pruneaux à Henri 111, «ce que j*ai cru utile pour leur faire connaître Tavantage qu ils pouvaient recevoir en se jetant ouvertement ès hroê de F. Jlf . Ils m*ont demandé mon dire par écrit. Aucuns sont résolus à vous rendre obéissance, autres envoient à leurs provinces pour, sur ce fait, tirer une prompte résolution (1). " — Parmi ces derniers se trouvaient notamment les députés de la Hollande et de la Zélande. Ceux du Bral>ant et de la Flandre se montraient, au contraire, disposés à reconnaître Henri III, pourvu qu'il accordât la liberté de religion, la conservation des privilèges et qu'il viut promptemeiit à leur secours.
Quelle que fût Imsistance de lambassadeur français, beaucoup dlionmies politiques estimaient que H«iri III n'était pas trés-désireux d'une souveraineté qu il aurait fallu disputer à l'Espagne, et qu il n'avait d'autre but que d'empêcher les Pays-Bas de se donner à l'Angleterre. Les états généraux, dans la prévision d'une rupture avec la France, s'étaient effectivement adressés à la reine Elisabeth. Pour obtenir de cette
(t) Le sieur Des Pruneaux au roi de Frauce ^de Ueitt, 24 août la8é>. Archives He (a mainm d'Oratige-Nassau, série, t. I, p. 2.