LES DUCS DE BOURGOGNE
raui était bien décide ù cuiuniaiidci' - m vrai duc et cm prince redoutable. » Après avoir pris et saccagé Liège en 1468, Charles se ressouvint des Gantois, qui avaient donné naguère le signal des protestations séditieuses, et il obligea la plus puissante commune de ses États à lui faire amende honorable.
Les peuples, cepciidanl, avaient cuii^cience de leurs " vrais droits. Piiilii>i)e de Commines, entré :\n service du comte de Charoiais, eu 1464, était Imterprcie do la généralité lorsqu^il écrivait «< qu'il iiy a ni roi ni sei- « gneur qui ait pouvoir, outre son domaine, de mettre i< un denier sur ses sujets, sans octroi et consentement « de ceux qui le doivent payer, sinon par tyraimie et « violence. * Mal<ir<? son goût effi'éiif» pour le despotisme, Charles le Hardi n<* contesta point ce droit des peuples. 11 ne se contenta même i» )s de le reconnaître : il le régularisa, il letendit. Jusqu'alors les états particuliers des provinces ne se réunissaient qu à des époques indéterminées : Charles rendit ces assemblées en quelque sorte périodiques. 11 agrandit aussi le rôle des états généraux.
Quoique le successeur de Philippe le Bon n'eût qu'une coniiance très-médiocre dans les engagements solennellement contractés par Louis XI, lors de la fameuse entrevue de Péronne en 1468, il avait congédié les milices communales et les vassaux qui composaient son année. Il n'avait plus à sa disposition d'antres soldats que les memagers ^ ainsi appelés parce qu'ils - tenaient gai nisoû dans leurs méjiages, ^ où ils demeuraient avec obligation, moyennant une faible solde, de se présenter
1« CUAPlTbË PUEMltU.
aux revues mensuelles et de servir au besoin. Louis, sachant son rival désarmé, guettait une occasion propice pour recommencer la lutte. Le duc de Hourgogne, cependant, ne voulait pas être pris au dépourvu.
Au mois de juin 1470, il réunit les députés des provinces à Middel bourg, en Zélande, pour trouver les moyens ^ d^entretenir des troupes permanentes. Il croyait imprudent de se contenter désormais du service que lui devaient les niilices communales ainsi que les vassaux et arrière-vassaux {fiefve^ et arriêre-ficfvez); il voulâil, connue Louis XI, avoir une armée pernianciitc I^]n conséquence, il demanda aux états une aide de 120,000 couronnes, trois ans durant, pour lever mille lances (5,000 cavaliers) qui devaient servir sans interruption. Il pourrait ainsi déjouer, croyait-il, les desseins du roi de France, lequel avait toujours des gens d'armes prêts.
Vaide fut accordée, mais non sans que les députés d(î la Flandre eussent soumis au duc quelques humbles remontrances à propos du mode de répartition et relativement à lexemption dont- allait jouir la Bourgogne. Ces représentations, quelque respectueuses qu'elles fussent, transportèrent de colère le bouillant et despotique souverain. 11 opposa aux protestations des Flamands l'adhésion de tous ses autres Etats, Brabant, Ilainaut, Picardie, Hollande, Zélande. 11 apostropha les députés de la Flandre avec une véhémence injurieuse : « Vous, « Flamands, avec vos dures têtes, j» leur dit-il, « vous avez
toujours méprisé ou haï vos princes : s'ils étalent fai- « bles, vous les méprisiez; s'ils étaient puissants, vous «* les haïssiez. J'aime mieux être hai que méprisé. Gar-
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« dez-vous bien de rien entt-oprendre sur ma hauUeur
« et seigneurie, car je suis assez puissant pour ré- « sister... «
Cliarles, malgré toute sa vigilance et sou ardeur, fut néanmoins prévenu. L'astucieux Louis fit casser le traité de Péronne par une prétendue assemblée de notables et parvint à se rendre mattre de Saint-Quentin et
d'Amiens (1).
Ce n'était pas une troupe permanente de luillc lances qui pouvait suffire au duc de Bourgo^'ue. Ce priun? belliqueux, qui avait la haute ambition de devenir roi de la Gaule Belgique, devait tendre sans cesse à augmenter son armée. Au commencement de Tannée 1473, les députés des provinces, réunis successivement à Bruges et à Bruxelles, accordèrent, pour six ans, une nouvelle aide de 500,000 écus. Cette subvention, d aus laquelle étaient en quelque sorte absorbées t(^ut. s les aides consenties antérieurement, permit au duc de Bourgogne d'élever à vingt-deux le nombre de ses compagnies d'ordonnance et de disposer, d*une manière permanente, de 18,000 combattants éprouvés (2).
Nous n'avons nul dessein d'excuser les violences du dernier duc de Bourgogne ni de justifier toutes ses en-
(1) Par le irailé de Contlaiis du S oclobre 1465, Louis XI avait cédé à l'héritier de Philippe le bon toutes les«villesiet lieuxjsiUiéSi^ur et deçà la Somme, ainsi que les comMsde Boulogne et de Guines.
(S) Il faul elter ici Olivier De la Marche {de l^État d$ la maison du due Charles de Bourgogne, dit te Bard$y\t « Le duc a deux mille deuxlcents hommes d'armes en ses ordonnances, compté chascun homme d'armes k tels gages qu'a couslillicr armé ; et dessouJOs cbascun hunuiic f d'arme:»
CHAPITIIB PREMIER.
treprises. il nous semble cependant que la plupart des historiens, comme fascinés par la malignité triomphante de Louis XI, ont parlé avec trop de dédain du lion surpris et vaincu. Charles avait un noble but lorsqu*fl se
proposait de fonder entre rAUoinagne et la France un grand État intermédiaire; mais l'ambition, la colère, le ressentiment le perdirent quand il entreprit d'assujettir les Suisses et d'étendre sa domination de la source du Rhin aux rives de la Méditerranée.
Charles, vaincu à Granson, eut une dernière fois recours aux états généraux des Pays-Bas. Le Brabant, la Flandre, l'Artois, le Ilamaut, la Hollande, la Zélande, la Picardie, le Namurois, les châtelleiiies de Lille, de Douai et d'Orchies, le pays de Ponthieu, le duché de Limbourg, les pays d'Outre-Meuse, le duché de Luxembourg et même le dudié de Gueldre, dont le duc s'était emparé en 1473, avaient délégué des représentants, qui se réunirent à Gand le 26 avril 1476, en présence de Marguerite d'York, duchesse de Bourp:ogne, et de la princesse Marie, fille uiii^'ine du souverain (1). Le chancelier Hugouet proposa aux états généraux une levée en masse. 11 dit qu'une partie des gens de guerre servirait à garder les ân)ntiéres, tandis que l'autre irait en Bourgogne
y a trois arehen à cheval ; etd*aboadance pour ehaseun homme d*armea y a trois hommes de pied armés, arbalestriers et picquenaires : ainsi
font huit combaltans pour unelancp; mais les gens de pied ne sont pas gouvernés |)ar 1rs ^rons de cheval. El pour gouverner. icellecompaigoie qui monte à dix-huit mille comhattans, etc. »
(1) Marie de Bourgogne était Issue dn mariage du due Charles avec Isahelle de Bourbon.