‹ Histoire des États Généraux des Pays-BasChapitre 9 sur 19 · PHILIPPE LE BEAU £T L'ARCHIDLG CHARLES · texte numérisé non relu

PHILIPPE LE BEAU £T L'ARCHIDLG CHARLES

roi des Romains, aïeul du jeune prince. Les repre^sentants du Brabant df^clarèrent aussi qu'ils étaient prAts à s'unir avec les auires provinces, (h* telle sorte que, si l'une d'elles était attaquée, toutes fussent obligées d'aller à son secours. Cette déclaration patriotique fut répétée par les députés de la Hollande, de la Zélande et de la Frise. Mais les représentants de la Flandre, de TArtois, de Lille, de Douai et d'Orchies, sous prétexte qu'ils n'avaient point d'instructions suffisantes, dirent qu'ils devaient consulter leurs coniineiiants sui* le choix du roi des Romains comme réj^ent du pays et manÛHmr des enfants de Philippe d'Autriche. Les députés du Hainaut et de Namur, deux provinces menacées par les troupes françaises, eurent la faiblesse de s'abstenir, parce qu'ils craignaient de provoquer le ressentiment de Louis XII, s'ils se prononçaient pour Maximilieii. Il fut résolu néanmoins que la mamboumie r, des enfants du roi Philippe serait offerte à leur aïeul.

Une députation, composée de seigneurs principaux auxquels s'adjoignirent des représentants des provinces,

se rendit à Ems et offrit la régence h Maxiaiilien. Prétextant les soins de l'Empire, le roi des Romains délégua sa fille, Marguerite d'Autriche, pour élever, sous sa direction, les enfants de Philippe le Beau et gouverner les pays patrimoniaux de la maison de Bourgogne.

Le grand conseil de Malines, investi du gouvernement intérimaire, avait convoqué les étnts généraux à Namur, pour le 21 mars 1507, afin de leur faire con-

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naître la résolution du roi des Romains. Mais les députés des états de Brabant ajant refusé de se rendre à Namur, l'assemblée se tint à Louvain. Marguerite d*Âutriche, duchesse douairière de Savoie, était présente. Les états» après avoir entendu la lecture de la patente donnée par le roi des Romains, découvrent ([u'ils reconnaissaient voîoii(i»M s rarcliiduchesse en la double 4ualité qui lui était attribuée (1).

Le 19 juillet, les députés aux états généraux ainsi que tous les principaux personnages du pays assistèrent à Malines, dans Téglise de Saint-Rombaut, au service funèbre céh'bré en mémoire de Tliilippe d'Autriche, roi de Castille, duc de Biabanl, comte de Flandre, etc. Un député (le la ville de Béthune tint note, dans un registre mémorial, des particularités les plus intéressantes de cette cérémonie (2). Indiquons-les brièvement.

L'évéque d*Ârras dit la messe, assisté de Tabbé de Saint -Vaast et entouré de seize autres prélats. L'archiduc Charles était assis devant uu prie -Dieu, non loin du catafahpie. Derrière lui étaient rangés les chevaliers de l'unlri^ de la Toison dor, Jes membres du conseil, les nobles et les députés des bonnes villes » en grand nombre. L'offrande présenta un spectacle assez imposant. Deux gentilshommes y conduisirent, l'un après Tautre, deux chevaux : le premier avait une housse rouge, blanche et jaune, avec la cioi.x de Saint-Andn* et les fusils dor; le second avaif une housse aux armes

(I) Voir liiilli'tii} de l'Acaili^niie royale de Bruxelles, l. VI. (5) <IeUe reliilion, Irt's-curieuse, est insérée daos le Bulletin de lu commisdon royale d'histoire, â'" série, l. V, p. 115.

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du souveram décédé et de ses pays. Venaient ensuite trois gentilshommes portant un grand étendard, une han-

iiière et un guidon sur lesquels ressortait la croix do Bourgogne ; un quatrième portait une baiiniore de soit; ornée des armes des divers pays du souverain décédé. Deux autres gentilshommes portaient deux heaumes d'acier, etc., etc. La messe achevée, quatre hérauts d*armes, tenant des guidons symboliques, viennent se placer aux quatre coins du catafalque, et Toism fVOr, leur chef, crie par trois fois : « Le roi est mort, Les autres liera uts répètent ce cri Itiirtibre en abaissant leui's guidons j 11 squ'<à terre. Toism d'Or appelle ensuite :

Monsieur Charles, archiduc (rAuli iche. Le jeune prince, qu'on appellera un jour Charles-Quint, répond qu*il est présent. Tmon éCOr proclame que « monsei* gneur est en vie, » et il ajoute : « Vive monseigneur! >» Les quatre hérauts fivnnt relevé leurs guidons, ou met enue les main^ du jeune prince une épée, en lui disant que cest lepée de justice et qu'il doit en faire bon usage. Dépouillé ensuite de son chaperon de deuil, il fait de Vépée, qu il a eiï main, un chevalier pour montrer qu'il est prince du pays. Il remonte alors à cheval et , suivi do tous les personnages qui se trouvaient dans l'église» retourne en son hôtel.

Le lendemain, 20 juillet, Marguerite d'Autriche se rendit, avec son pupille, au milieu des représentants du pays. La régente, s'adressant aux députés, appuya la proposition faite par le chancelier de Brabant d'autoriser la perception, sans exception pour le clergé et la noblesse, d'un philippus sur chaque feu, alîn de pouvoir

continuer la guerre de Oueldre et racheter les domaines engagés du souverain. L*archiduc, qui avait alors sept

ans, prononça aussi qu(']r|nes paroles en faveur de la pétition. Ainsi, dès son enfance, le fntur Charles-C^iini vivait dans une sorte de lamiliarilé avec les représentants des Pays-Bas.

L'illustre Marguerite d'Autriche, char^f'e du gouvernement de ces provinces pendant la minorité de son neveu, eut fréquemment recours au patriotisme des états généraux. Mais il n'était pas toujours facile do concilier les prétentions respectives des provinces les plus importantes. Les états généraux ayant ('té iciiiiis à Gand, au mois de mars 1508, le Brabant et la Flandr*' se disputèrent la préséance. Les députés du Brabant alléguaient la prééminence et la prérogative du duché ; ceux de la Flandre objectaient que, diaprés tm usage constant, lorsque les états généraux étaient réunis dans cette province, le premier l aii^ lui appartenait, et c'était à son pensionnaire, ajoutaient-ils, A recueillir les opinions et à prendre la parole, tant pour s'adresser au prince ou h ses commissaires qu aux états. La régente termina le différend en statuant, du consentement des deux parties, que, pour cette fois, les prélats, nobles et autres représentants des états du duché de Brabant seraient assis au premier siège, et (jue le pensionnaire de la ville deGand, au nom des étals de Flandre, ferait les propositions, recueillerait les opinions et porterait la parole pour les états en général (1),

(1) Bulletin de lacomtèiission roifale U'Uixloin' l. p. 3-ii.

PHILIPPE Lt UKAl ET L'ARCUIDLC CHARLES (li\H-l'oHi.

Marguerite avait demandé aux états les moyens d'entretenir 10,000 hommes de pied et 2,000 chevaux. On ne prit aucune décision. De nouvelles réunions

eurent lieu à Malines , aux mois d'avril et d'octobre, mais elles furent encore sans résultat, car la demande du gouvernement avait rencontré une ibrie opposition (1). Le 13 novembre, les états furent réunis à Anvers, en présence de l'empereur Maximilien et du jeune archiduc Charles. Ils n'accédèrent pas encore à la proposition de la régente, que l'empereur appuyait de toute .sou iiitiuence ; ils const'iitir<'iit seulement à voter une somme 'de 70,000 llorins, à répartir sur toutes les provinces (2).

On peut dire que, pendant la minorité de Charles- Quint, les mandataires des provinces furent presque en permanence. Ils étaient réunis à peu prés chaque année, si pas deux fois par an. Marguerite d'Autriche leur

communiquait les affaires les plus graves de l'Elal et, en échange de cette confiance, obtenait l'argont et les troupes nécessaires pour défendre les Pays-Bas. Mais les états étaient moins empresses à voter les dons que l'empereur Maximilien sollicitait fréquemment pour lui-même. En 1503, ils avaient rejeté une requête par laquelle Maximilien leur demandait une somme do 100,000 llorins en récompense de ce qu'il avait fait pour les Pays-Bas *< depuis son premier avéne-

(I) IndupendammeDl des assemblées de Malines, d'autres réunions

eurent lieu à Namiir, a» mois do mai, cl à Gand , cii jiiiilcl.

ii\ LeUres inédites de MaximilUn, duc d'Autriche, etc., psrlie, passim.

nieiiL- dans ces provinces. En 1501), api és la conclusion de la paix de Cambrai, ils se montrèrent plus généreux. Maximilien avait sollicité des états réunis à Bruxelles, au mois de janvier, un don gratuit de 500,000 écus en reconnaissance de la paix. Après eii avoir référé à leurs commettants , les états se réunirent (le nouveau à Anvers, nu mois tic mars. Les députés de la Flandre, autrefois les adversaires })assionJiés de A(axiniilien, accordèrent intégralement la somme demandée; les députés des autres provinces limitèrent leur consentement à 300,000 écus (1);

Une des assemblées les plus intéressantes fut celle qui se tint à Malines, résidence de Marguerite d Autriclie, au mois de février 1512. Le 24, en présence du jeune archiduc Cliarles et de la régente, M*' Gérard de Pleine, seigneur de la Roche, portant la parole au nom de Marguerite, rendit compte aux représentants des provinces de toutes les tentatives qui avaient été faites inutilement pour finir la guerre de GueMre : « Si TefTet « de celte guerre, ajouta-L-il, n est pas tel que l'on dé- -i sirait, il faut considérer que toiles aventures l'on im- •t pute à fortune, et si la fortune a quelque pouvoir en « aucunes choses, en la guerre elle peut le tout, et elle « est variable. Tant y a que, par ce qui a été dit, Ton a « pu entendre que madame a entretenu la paix si lon- « guement qu elle a pu ; la guerre a été justement entre- « prise par bon et mûr avis, et a-t-on été contraint de

(1) Lettres inédites de MaxinùUen, due d^Autriehe, etc., fiarUe page t.

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