ÉTATS GÉNÉRAUX SOUS L'INFANTE ISABELLE
cette responsabilité ; mais jamais il n'hésita, pensant qu'il fallait sauver plutôt la province que ses libertés, et que vainement elles seraient conservées, si le pays devait périr.
f re assemblée des neuf députés, 5 juillet 1633. — Dole (1).
La guerre n'était pas commencée, mais, depuis les premiers mois de 1633^ la discorde continuait entre les Etats et la royauté d'Espagne. Elle refusait de tenir l'engagement contracté en son nom, celui de verser une somme égale au don gratuit. De leur côté, les Etats avaient interdit aux neuf députés à l'également de procéder à aucun repartement du subside jusqu'à ce que la condition eut été accomplie. Dans leur perplexité, les neuf résolurent, avant de prendre un parti, qu'on attendrait l'effet qu'auraient produit à la cour de Bruxelles, soit l'arrivée des députés chaînés de porter le recès de 4633, soit les lettres adressées à la Sérénissime Infante.
2« assemblée des neuf, i6 novembre 1633. — Dole (2).
Le temps s'écoulait, et la promesse royale demeurait toujours sans exécution. Les ministres flamands menaçaient, si les neuf députés insistaient davantage, de convoquer de nouveaux Etats, pour obtenir d'eux la suppression de la condition qu'ils avaient imposée. Il fallait éviter cette convocation et surtout pourvoir, sans aucun retard, à l'entretien des troupes logées dans la province. Toujours plus embarrassés, les neuf députés se décident à attendre encore, avant d'ordonner la levée du subside.
(i) Le texte se trouve dans les Recès de de Troybs, III, p. 21, et aax archives des Etats, liasse 229, p. 1.
(2) DB Trotbs, III, p. 25. — Arehiv, des Etats, liasse 229, p. 5.
PHILIPPE IV
PHILIPPE IV
L'histoire des Etats, durant cette période de vingt et un ans, n'a pas été écrite ; les recès des vingt-sept assemblées n'ont été publiés qu'en partie et même avec une grande confusion (1). Nombre de documents précieux sont restés enfouis dans leurs archives et dans celles du Parlement de Dole. Le temps est venu de faire connaître cet indispen* sable complément de notre histoire.
S" assemblée des neuf, 23 février 1634. — Dole (2).
L'Infante venait de mourir, et le roi Philippe IV avait, à sa place, confié le gouvernement de la Franche-Comté et des Pays-Bas à son frère Ferdinand qui devait être, jusqu'à son arrivée en Flandre , remplacé par le marquis d'Aytona.
On lut dans cette troisième assemblée les lettres du Roi annonçant ces dispositions nouvelles.
En même temps son refus et celui de ses ministres d'accomplir la promesse, si solennellement faite en son nom aux Etats de 4633, s'accentuait de plus en plus. Pour couvrir cette retraite, on alléguait que le Trésor royal avait fourni au pays, en entretien de troupes et en fortifications
(i) M. DE Troyes n'a pu retrouver, quoiqu'ils existent aux archives des Etats, les recès des 14", 15% i6o, 17®, 18©, 19«, 20<», 22«, 23«, 24« assemblées : il n'a publié qu'en partie la 13», la 20^ et la 21®. — Il mêle ensemble les textes incomplets de la 13» et de la 21 <^. — Cette partie de sa publication, qui renferme tant d'autres lacunes, est des plus défectueuses.
(2) DB Tboyes, RecèSf p. 27. — Archiv. des EtaU, C. 229, p. 6.
de ses places, plus que la somme promise. Sur les instances du Parlement, et après une si longue résistance, les neuf députés, jugeant de nouveaux efforts inutiles, cédèrent à regret et procédèrent au repartement du don gratuit, avec quelques changements dans les termes de paiement précédemment assignés.
¥ a$settU)lée des neuf, 20 novembre 16S4. — Dole (1).
Assemblée insignifiante. La nouvelle y est confirmée que le recès de 1633 a été apqstillé et sera bientôt remis, avec les apostilles, sous les yeux des neuf députés. Explications sur quelques affaires particulières. Il est décidé qu'on n'enverra pas en Flandre une députation spéciale pour féliciter le nouveau gouverneur , firère du Roi , le prince Ferdinand.
5« assemblée des neuf, 24 février iSSS. — Dole (S).
Assemblée fort secondaire. Discussion d'une proposition qui a été faite par le procureur au nom du roi, d'acheter des rentiers du puits à muire et de la chauderette de Salins certains quartiers qui leur appartiennent. Cette proposition, peu avantageuse au Roi, est combattue comme nuisible aux intérêts de la province et ajournée.
Diverses remontrances sur l'emploi de 130,000 fr. du don gratuit^ sur la nomination irrégulière de magistrats au Parlement faite sans présentation, sur certaines maisons religieuses de filles qui s'établissent dans les villes fron-
(2) Ibid., Recès, p. 33. — Àrehiv. des Etats, G. 229, p. 6. (1) Voir le recès dans dbTrotbi. III, p. 36 et s. — Arehiv. des Etais, liaBse 229, p. 14
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llères de la province, et sur d'autres couvents régis par des supérieurs étrangers.
ff assemblée des neuf, i8 mai i635, — Dole (1).
Assemblée importante, et à laquelle l'abbé des Trois- Rois, président,voulut que tous les neuf fussent présents par eux ou leurs substitués. A raison des calamités croissantes, les commis au Gouvernement, c'est-à-dire le Parlement et le Gouverneur, avaient, de leur seule autorité, jeté sur le sel un impôt de quatre blancs par salignon.
L'infraction aux franchises du pays était aussi flagrante que motivée par les événements. Cependant le chef des neuf crut qu'il y avait lieu d'en délibérer immédiatement.
Dans cette assemblée, comme dans les suivantes, va se poser cette redoutable question : qui doit l'emporter, ou le maintien des libertés publiques, ou leur violation pour sauver le pays ?
Dès l'ouverture de la séance, les envoyés du Parlement exposèrent la gravité de la situation. La province, dirent-ils, se trouvait en face de deux armées étrangères : Tune campée sur les frontières de l'Alsace et de Montbéliard, aux confins du ressort de Baume, c'est celle du duc de Lorraine ; l'autre est l'armée française sous les ordres du maréchal de la Force, entre Faucogney et Luxeuil, territoire dépendant du ressort de Vesoul. Le choc imminent de ces deux armées ennemies sur le sol franc-comtois pourrait être des plus fatals à la province, en ce temps surtout de paix incertaine et précaire {£) ; il faut un prompt remède ; déjà
(1) Recès DE Troyes, III, p. 41. — Archives des Etats, liasae 229, p. 19.
(2) « Principalement en ce^^te safsoa que la paix vacillante entre les « deux couronnes semble pencher à rupture. v> (Ibid, p. 44.)
50 éXATS GÉNÉRAUX
les violences et dégâts causés par les maraudeurs des deux armées peuvent entraîner les plus ^aves conséquences. — Les commis au gouvernement s'étaient adressés à Son Altesse royale pour lui signaler ces dangers, mais ils ajoutent que la réponse ne promettait aucun secours, que le pays ne devait compter que sur lui-même ; qu'en conséquence, ils avaient ordonné la levée de Farrière-ban et de la milice commandée par le marquis de Conilans qui, avec les conseillers de Beauchemin et Garnier, s'était porté à la frontière de Vesoul, que le service obligatoire ne devant, selon la loi du pays, durer que six semaines, il avait fallu trouver un moyen de le prolonger et d'assurer l'entretien de l'armée par la levée de quatre blancs sur les ordinaires du sel, moyen plus prompt que le paiement, à termes éloignés, du don gratuit.
Ces raisons ne persuadèrent pas les neuf, soucieux, avant tout, de sauvegarder les libertés publiques ; mais, avant de recourir à une protestation directe, ils pensèrent à un moyen plus doux, celui de la révocation de Tordonnance que prononcerait le Parlement lui-même.
Sur leur demande, la Cour ayant été rassemblée tout entière et l'archevêque Ferdinand de Rye étant présent, le débat s'ouvrit.
A la suite d'une discussion intéressante dont le texte a été en partie conservé, le Parlement consentit à révoquer son ordonnance, non sans prévoir l'embarras dans lequel allaient se trouver les députés, pour proposer d'autres mesures ; et, comme après examen ils s'arrêtaient à l'idée d'un emprunt, où au besoin ils engageroient le domaine du Roi et leurs biens propres, la Cour montra l'impossibilité de ce moyen, et les décida à consentir à un subside de 300,000 fr., charge bien supérieure pour le pays à celle qu'ils avaient si vivement combattue.
Dans le recès de l'Assemblée, on remarque avec quelle énergie de raisonnement, les neufs motivent la nouvelle opinion qu'ils adoptent.
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(L Comme ce seroit imprudence, en cette saison, de s'opc poser à la résolution de messieurs les commis au Gou- <L vernement, ce seroit aussi négligence et bassesse d'en (L dissimuler et souffrir Texécution. Mais, pour ne laisser « la province en ces deux extrémités au penchant de sa <ic ruine, il faut que, sans plus alléguer Finsaffisance de « nos pouvoirs, nous fassions de nous mesmes, sous l'au- « torité des Estats, un réparlement et levée de notable « somme de deniers sur icelle ; car, encore que sur ce « nous ne soyons formellement authoriscs, tousjours nous i sommes obligés de faire, en cesle présente nécessité, « pour son secours, ce que les Estats, s'ils estoient as- <t semblés, ordonneroient estre faict ; il faut en tout « cas, considérer que la faute, qu'on nous peut imputer, a d'avoir, en cesle urgente nécessité, quelque peu excédé « les limites de noslre commission, pouvant estre réparée « par quelque déclaration subséquente des Estats, ne « sauroit entraîner conséquence préjudiciable à leurs droits « comme feroil une imposition ordonnée par les ministres « du Roy, laquelle induiroit une subjection, dont le grief a: seroit pour jamais irréparable. >
Cette résolution prise , les neuf l'exécutèrent sans retard et procédèrent au répartement de 300,000 fr. sur la province, payables en un seul terme et dans un mois, somme qui serait consignée dans le coffre de la cour fermant à trois clefs, confiées séparément à trois membres immédiatement choisis, le conseiller Boyvin, le viceprésident Chaumont et le doyen de Dole.
Puis les billets de répartement furent écrits et distiibués, la somme avancée à Sa Majesté en forme de prêt, acceptée en son nom par les commis au gouvernemenl, avec assurance qu'elle serait remboursée aux Etals sur les deniers du domaine royal.
7« assemblée, 4 septembre 4635, — Dole (1).
L'invasion de la Franche-Comté par la France, était désormais inévitable ; et les menaces de guerre de plus en plus imminentes poussaient des hommes chargés d'assurer le salut de la province, à des mesures à la fois nécessaires et funestes aux libertés publiques. On comprenait d'avance que les villes de Dole et de Gray à la frontière de la France, seraient, comme elles le furent, les premières attaquées. En conséquence, ordre fut donné aux communautés de cette région d'y envoyer des ouvriers pour en achever les fortifications. L'objet de la septième Assemblée fut de protester, au nom de l'Etat, contre celte nouvelle infraction aux immunités du pays. Le Parlement et le Gouverneur passèrent outre. Les neuf déclarèrent qu'ils en référeraient à l'archiduc-infant. Mais la guerre avec la France, qui éclata si promptement après, et la confusion qui suivit, fit oublier ou paralysa cette résolution.
8^ assemblée, 6 février i636. —Dole (2).
La guerre est déclarée entre les deux couronnes. En même temps, des lettres et des avis qui arrivent de toutes parts, ne laissent aucun doute sur l'invasion prochaine do la province. Les 300,000 francs ordonnes par rAssemblée de 1033 sont épuisés : une nouvelle somme de semblable valeur au moins est indispensable.
Pour l'obtenir, le Parlement propose aux neuf un impôt sur les ordinaires du sel. Ils y résistent : on est d'accord
(1) liecà DE Troyes, îII, p. 63.— Archiv. des Etats^ C. 229. p. 35.
(2) Recès DE Troybs, III, p. 66 et s. — Archiv. des Etats, liasse C. 229,' p. 38.
sous PHILIPPE IV. 53
sur la nécessilé d'un fond à procurer, non sur ]a somme, ni sur les moyens. Divers avis sont proposés et discutés sans s'entendre. Enfin on se décide à convoquer les maïeurs des villes pour les faire délibérer en matière si urgente, si difficile et de si grave conséquence.
9« assemblée, 20 avril i636,— Dole (1).
Les maires des douze villes à ressort, convoqués par Fabbé des Trois-Rois, se hâtèrent de se rendre à Dole, où ils se réunirent dans la salle ordinaire des séances, celle du collège de Morieau. Il fut décidé qu'ils délibéreraient avec les neuf députés à l'également, au lieu de voler en deux groupes séparés. La délibération fut solennelle et s'ouvrit sous la présidence de l'abbé des Trois-Rois. Tout d'abord, prenant la parole, il déclara que les présages étaient sinistres, les circonstances des plus graves, et le moment venu pour tous de montrer à la patrie le dévouement courageux et la vertu magnanime qui avaient signalé leurs ancêtres.
Le maire de Salins, appelé par le rang de sa ville à parler le premier, dit qu'à la vue de tant de troupes étrangères stationnant à la frontière, il n'y avait pas d'illusions possibles, que la province allait être attaquée, mais qu'elle était exténuée par les immenses contributions des dernières années ; qu'on ne pouvait pas lui demander davantage, qu'elle devait au roi d'Espagne la fidélité dont elle avait fait et ferait preuve jusqu'à la dernière goutte de son sang, mais que c'était au Roi à la défendrç.
Ce discours plein de faiblesse et de danger fut accueilli sans murmure, il allait même entraîner la plus grande
(1) De Troyes, fiecè*, UI, p. 73 et s. — AtcKw. des Etats y liasse C. 229. p. 43.
partie des maïeurs, lorsque l'abbé des Trois-Rois, animé de sentiments tout différents, se leva, et, avec Taccent ému du patriotisme, rappela aux représentants des villes le courage et la valeur intrépides de leurs devanciers, que le nom glorieux de Franche-Comté n'avait été conquis que par des hommes sachant exposer leurs biens et leurs vies - L'ennemi est à nos portes, s'écria-t-il, resterons-nous les bras croisés, contents de nous parer d'une fidélité molle et languissante? Non, non, pour se sauver d'un joug tyrannique, il faut autre chose, faire preuve d'une vertu qui soit à la fois guerrière et libérale. Un fonds de deniers est nécessaire, qu'il soit trouvé, et prouvons à la patrie que ses enfants ont la volonté de la défendre.
Ce langage énergique d'un homme de cœur remua les plus rebelles ; les hésitations disparurent et le vote d'un fonds en argent fut immédiatement résolu. L'assemblée décida qu'un emprunt de 300,000 francs serait en conséquence fait au nom des Etats sous le cautionnement des députés et des maïeurs, ces derniers préalablement munis de la procuration de leurs villes. Cette somme de 300,000 francs devait être agréée par les commis au gouvernement et devenait, comme la précédente, un prêt fait au Roi chargé de pourvoir au remboursement. L'emploi on était fixé, et réservé uniquement à la défense du pays.
Cette délibération digne de la Bourgogne, portée à la Cour de Dole, reçut son unanime approbation, et elle accepta le prêt comme (ait au Roi lui-même. Mais il en fut de cette promesse comme de beaucoup d'autres de la couronne d'Espagne. L'argent fut prêté; seulement, comme nous le verrons plus tard, la royauté toujours obérée n'accepta pas la charge de le rendre, et ce lourd fardeau tomba, vingt ans plus tard, à celle des Etats, c'est-à-dire, d'une province entièrement ruinée.
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dO^ assemblée des neuf Députés^ 21 juin 1636. — Besançon (1).
Le prince de Condé venait de mettre le siège devant Dole : le Parlement et le vieil archevêque Ferdinand de Rye, placé à la tête de la province, s'étaient enfermés dans la ville. Au dehors, elle se trouvait sans gouverneur et sans argent. Mais le marquis de Conflans, et les conseillers Girardot de Noseroy et Pétrey de Champvans étaient, avant le blocus, sortis de la place assiégée, pour diriger la campagne avec les chefs de guerre.
Comment une petite nation, telle que le peuple de Franche-Comté, osa-t-elle affronter toutes les forces de la France et les intrigues non moins redoutables de Richelieu ? On en sera moins surpris, en pensant qu'à sa tête, étaient alors des hommes de rare énergie, ne craignant pas la mort, et sachant nuit et jour payer de leurs personnes dans les conseils et sur les remparts, Boyvin dont le nom allait devenir si grand, Brun, Laverne, Conflans, le baron de Scey, le vieil archevêque lui-même conservant « dans son haut âge > l'intrépidité de la jeunesse. A leurs yeux, rien n'égalait l'horreur de la domination étrangère. Dans le cours de la guerre, les capitaines Cadet et Dusillet s'illustrèrent par des morts dignes des temps romains. Besançon, invariablement uni aux Bourguignons, défendit la cause commune sans hésiter un seul jour. Dole, la tête de la nation,avait, pour défendre ses murs, « tout un peuple de furieux soldats (2), Salins :f> une bourgeoisie nombreuse et bien délibérée, ayant en bonne partie porté les armes
(1) Le texte du recès de cette as9emblée est dang De Trotes, III^p* 80 et s., et dans les Papiers des Etats, C. 229, p, 47.
(2) Girardot de Nozerot. Hist. de dix ans^ p. 126.
56 ÉtATS GÉNÉRAUX
en Flandre ou en Allemagne, » Le reste de la nation de tout temps € universellement armée i> était formé de ces hommes, dont un capitaine français, Montglat, a dit qu'on n'en était maître, qu'en tuant jusqu'au dernier.
La ville.de Dole étant investie, l'un des premiers soins des deux conseillers du Parlement restés au dehors fut de convoquer à Besançon l'abbé des Trois-Rois et le baron de Traves, membres de la Commission des Neuf. Tous ensemble, ils écrivent pressamment à Tlnfant d'Espagne, à l'Empereur, au duc de Lorraine ; et, comme on attend un puissant secours annon'cé par le roi de Hongrie, beau-frère du Roi, ils délibèrent sur les moyens de pourvoir à la nourriture, soit des troupes étrangères qui vont arriver, soit des élus levés dans le pays.
Après avoir consulté les officiers d'Amont présents à Besançon et plusieurs personnages de marque, on décide la fourniture de rations en pain et en vin, plus une large contribution de grains et de deniers, de charriots et de chevaux, sur les divers bailliages. Cette répartition se fait ; celui d'Amont est coté, à lui seul, pour 17,429 quartes de froment et 5,800 d'avoine, des imprimés sont envoyés dans tous les villages, sous la signature de trois membres de l'Etat, annonçant cette nouvelle contribution, garantie par les deniers publics et par ceux du trésor royal (1).
(l)J'ai retrouvé dans les papiers delà commune de Châtillon-sous- Maiche, Tun de ces imprimés, relatif aux fournitures en charriots et en chevaux. Il est ainsi conçu :
Besançon, 20 juin 1636.
Les députés des trois Etats de la Franche-Comté de Bourgongne, en suite de la résolution, prise à la participation des sieurs officiers d'Amont en leur dernière assemblée pour dresser les munitions de l'armée impériale appelée au secours de ce pays contre Tinvasion des François, ordonnent, conjoinctement avec lesdits sieurs officiers, aux habitans
de tenir prests et apparents charriots dehuement attelés, le
tout sous peine d'estre leur communauté visitée desdites troupes et
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H^ assemblée des neuf y i^^ août 1636. — Besançon (1).
Les grains amenés par les ordres de l'Assemblée précédente étant épuisés, et de nouvelles troupes destinées à secourir la . ville de Dole allant arriver, les députés décident un nouveau répartement pour leur nourriture, lequel est fixé à 50,000 quartes de froment, plus un tiers en avoine. Après affiches et placards à Besançon et ailleurs pour trouver des munitionnaires, les précédents sont maintenus.
i2* assemblée des neuf, novembre d636. — Salins (2).
La peste et la famine, après la levée du siège de Dole, désolant la province, et tous les deniers du domaine royal se trouvant, comme ceux qu'avait fournis la province, absorbés en entier par les dépenses extraordinaires qu'avait nécessitées les circonstances, les membres de la Cour, qui se sont retirés à Salins, proposent aux neuf députés de vendre la moitié des ordinaires du sel pour six mois. Ceux-ci résistent, cette vente excédant leurs pouvoirs qu'ils disent avoir déjà dépassés. Ils laissent au Parlement la responsabilité de cette vente, à laquelle, si elle s'exécute, deux de leurs députés assisteront; cette dernière disposition fait voir que la résistance était plus apparente que réelle.
traictée à discrétion ; soubs aasurance que donnent lesdîts députés de remboursement sur les déniera publics et royaux, le danger estant passé, et que les chevaux et arnois seront conservés et rendus
(1) De Troyes, Recèsy III, p. 86 et s.^Archiv. des Etats, liasse C. 229, p. 53.
(2) De Troyes, RecèSy III, p. 88. — Archiv. des Etats, liasse C. 229, p. 53.
f* assemblée, i5 février i637. — Dole (1).
Rapport des députés des Etats sur les affreux ravages de l'armée impériale dans le bailliage d'Amant. Envoi d'un député en Flandre sur ce sujet.
Le 15 août 1636, Dole avait été délivré, et, au grand dépit de Richelieu qui, dans ses projets, mettait au premier rang celui de s'en rendre maître (2), le prince de Condé, brûlant les baraques de son camp, avait été obligé de se retirer avec honte après un siège de trois mois; il avait fui devant une garnison de bourgeois qui, avant l'arrivée d'aucun secours étranger, s'étaient délivrés eux-mêmes et par leurs seules forces. L'Archiduc Infant adressait au Parlement le témoignage de son admiration, déclarant le grand souvenir de cette héroïque défense une dette héréditaire de la maison d'Autriche. Il lui envoyait en même temps le comte de Salazar en ambassade solennelle et faisait remettre à l'Archevêque, avec la somme de 6,000 florins, une bague que le roi d'Espagne avait portée à son doigt (3).
L'armée impériale, sous les ordres de Gallas, lieutenant général du roi de Hongrie, était arrivée trop tard pour
(1) Voy. le commencement du recès de cette assemblée dans dk Trotes, III, p. 90. Il n'a pu en recouvrer la fin. — Dans sa copie, si imparfaite, on remarque une lacune de sept ans et demi. La 13^ assemblée se trouve aux Archives des Etats, liasse C, 229.
(2) € Il faut prendre cette place de là dépendent la loi et les prof phètes, le bon ou le mauvais succès de ce siège étant capable de le € donner bon ou mauvais aux affaires du Roy. (Lettre de Richelieu au prince de Condé, 1636. Dans les lettres de Richelieu, V. p. 982.) — « Cette place est capable (si eUe est prise) de conserver ma réputation et mon royaume. » (Louis XIII à Condé, 8 août 1636. Ibid. p. 534.) Le siège était levé sept jours après.
(3) Voy. M. DU Janoigny, Recueil de Chartes^ p. 202, 204.
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partager cette gloire et déjà les Bourguignons, prenant Toffensive, avaient pénétré en France, et pris Verdun au confluent de la Saône et du Doubs. Le but de Gallas était de parvenir, au moyen de l'invasion du sol français, par une armée de trente mille hommes, à opérer une puissante diversion pendant que l'Infant d'Espagne pénétrait en Picardie. Mais cette grande entreprise échoua. Les troupes allemandes envoyées contre Saint-Jean de Losne ne purent s'en emparer, et le reste de l'armée, qui se dirigeait sur Dijon, surprise par de longues pluies, s'embourba dans des fondrières. Gallas, obligé de reculer et de se retirer sans combattre, reprit le chemin de la Franche-Comté, et en traversa le bailliage d'amont, qui avait déjà horriblement souffert à son passage. Ses troupes se cantonnèrent entre l'Ognon et la Saône, d'où elles refusaient de sortir, continuant leurs ravages, sans avoir rendu au pays d'autres services que d'y avoir amené à leur suite une peste universelle.
Sous le coup de ce double fléau, les neuf députés à l'également tinrent à Dole leur treizième assemblée, suppliant tout d'abord le Parlement d'aviser au salut de la province accablée. Mais que pouvait cette cour en partie dispersée, que pouvait Boyvin qui la présidait, devant l'indiscipline et les violences de pareils ennemis?
C'est alors que les neuf députés se décidèrent à implorer, comme dernière ressource, le secours de l'Infant d'Espagne, gouverneur général des Pays-Bas et du comté de Bourgogne, et à lui envoyer un député. Ils choisirent, pour cette mission, le sergent major Bermont-Vayte, « vaillant et expéri- « mente capitaine, i> (1)qui partit immédiatement pour la Flandre. Afin de présenter à l'Infant le tableau vrai et complet de ce pays désolé, ils firent appel aux officiers des
(1) GiRARDOT DE NosEROY, HisU de Dix ans, p. 102.]
différents ressorts, les invitant à leur adresser, sans retard, le récit circonstancié des maux qu'ils avaient soufferts jusque-là , et qui devaient être retracés dans un rapport général.
Les archives des Etats ont conservé une partie de ces mémoires; mais la pièce la plus remarquable est le rapport qui les résume tous. Il fut rédigé par trois membres des Etats, Tabbé des Trois Rois,chef des neuf, le baron de Traves et Claude de Montrichard, seigneur de Fertans.
Ce rapport est une pièce historique d'une grande valeur, qui n'a pas été publiée, et qui est très-supérieur au narré incomplet de Girardot de Noseroy. Cet historien, quoique l'un des chefs de cette guerre, omet ici de nombreux détails (1) et nous laisse même ignorer comment, sur les ordres du roi de Hongrie, la Franche-Comté fut délivrée de cette terrible armée impériale qui, destinée à une diversion en faveur de l'Infant, non à secourir la province, n'avait aucun droit d'y prendre ses quartiers d'hiver.
Voici les passages les plus importants du mémoire que Bermont-Vayte emporta en Flandre (2) :
€ Aux environs de Dole, à trois lieues à la ronde, (les « troupes étrangères) ont bruslé pour le moings 250 villa- € ges tous bons et bien bâtis. Toutes les terres et héritages € en dépendans, qui estoient emblavés et prests à être « moissonnés ont esté infestés et courus par la cavallerie, « en sorte que l'on n'y a fait aulcune moisson, et se voit « encore en la plus part d'iceulx, avec grande commiséra- « tion, la paille et les grains pourris sur la terre.
€ Tous les vignobles, pareillement situés anvirons de la- € dite ville, qui sont de très-giande estendue ayant esté « ruinés et la plus part des ceps arrachés et tirés de terre
(i) Hitt. de Dix aiw, p. 150, 151.
(2) Papiers des Etais, 1, 108, nouveUe elassif.
€ pour servir de fascine aux ouvrages de l'ennemi , l'on y € a faict aucune vendange, et le peu de raisins qui restoit € sont demeurés pendants aux ceps ; tous pourris et c perdus.
€ Les héritages et terres despendants des villages brus- € lés sont demeurés incultes tant à raison de la perte € des bestiaux que les ennemis ont enlevés que de la c plus grande partie des paysans.
€ Immédiatement avant le siège de Dole, les députés des € Estats ayant, pai* advis des seigneurs commis au gouverc nement, pressenti quelque chose des desseins qui se for- « moient à rencontre de la province, empruntèrent, à la € caution des douze villes à ressort, la somme de 300,000 fr.
€ N'estant en ce compris les frais soustenus en partic culier par les villes de Salins, Gray, Vesoul, Poligny, qui € toutes auroient à leurs propres frais levés et entretenus € des troupes pour grossir l'armée destinée au secours des « assiégés, et la ville de Besançon mesme laquelle y envoya « 600 fantassins levés pareillement à ses frais avec six € pièces de canons.
c Pour la subsistance desdites trouppes, les députés des € Etats jugèrent à propos de joindre un repartement et € levée de 150,000 mesures de froment.
€ Le peuple ... commençoit à respirer un air plus doux, € et à se mettre en estât de porter dedans les terres ennec mies le fer et le flambeau qui avoit meurtri et embi'azé € les nostres, lorsque la contagion se répandit par tous les « endroits de la province, avec si cruel ravage qu'il n'y a € ville, bourgade ou village qui n'en porte les funestes € marques, soit par la mort de la plus grande partie de € leurs bourgeois ou habitans, soit par les frais indicibles c que tous ont supporté tant pour le soulagement des ma- « lades et des pauvres, que pour se butter et loger en cam- € pagne, afin d'éviter l'air pestiféré, dont leurs maisons c estoient infectées.
« Ce fléau s'estant fait sentir avec tant de rigueur que, € dedans la seule ville de Dole, Ton a vu mourir cent et six € vingt personnes par jour, et dedans les villes de Besançon, € Gray, Poligny (1), Arbois (2), le venin n'a pas esté € moindre, non plus que par tout le plat pays où, le mal € s'estant rendu sans remède, pour le moins 150 villages « des meilleurs et plus peuplés se voient présentement dé- « soles et sans habitans; et sont morts en tout le pays, dois € le mois d'aoust en ça, de compte fait, 200,000 personnes c au moins ...
€ Et ce qui a rendu cette désolée province encore plus < déplorable, et réduit le plat pays au dernier point de sa « misère, ça esté le passage des troupes impériales, qui ar- € rivèrent au pays trois semaines après la levée du siège « de Dole, lesquelles, au lieu d'effleurer la province et de t dresser leur marche droit au pont de Corre (3) par tous c les endroits qui avoient esté recoynus plus propres et « convenables pour abréger les chemins et se faciliter l'en- € trée aux terres ennemies, allongèrent de- beaucoup leur € chemin, ayant, dois la ville de Lisle (4), traversé tout le € baillage d'Amont et employé douze à quinze logements € pour se rendre en la ville de Chanite (5), au lieu de
(1) Dans le mémoire de Poligny, il est exposé qa*après le siège de Dole, au moment où la ville de Poligny avec tout son ressort pensoit reprendre haleine et recouvrer quelque repos, eUe se vit furieusement attaquée de peste et perdit, dès le mois d*aoust 1636 jusqu'en janvier 1637, plus de 2800 personnes. {Papiers des Etats, C 228.)
(2) Les gens d^Arbois, dans leur récit, affirment que la mortalité universelle, amenée par les troupes étrangères, a emporté dans leur ville 3,000 habîtanU (Ibid. C iO).
(3) Corre, canton de Jussey, arrondissement de Vesoul, ancienne ville romaine.
(4) Lille-sur-le~Doubs , chef-lieu de canton, arrondissement de Baume.
(5) Champlitte, chef-lieu de canton, arrondissement de Gray.
sous PHILIPPE IV. 63
€ quatre que pouvoit suffire pour rendre ladite armée au € lieu de Bourbonne, place de Bassigny.
« Sur ce passage les paysans estoient violentés et con- € trains de donner argent et faire plus qu'ils ne pouvoient, € les gerbes de la moisson précédente données aux che- « vaux ou battues par les soldats pour en tirer la grenue, € les pauvres paysans contrains de racheter, ou la vendant a ailleurs à vil prix; sur cette route dois Lisle à Chanite la € contrée a perdu dix à douze mille bestiaux tant chevaux « que bestial rouge, et les terres situées sur cette marche, € cy-devant les plus fertiles et plantureuses, sont demeu- « rées, faute de bestail, sans culture et semence. Au moyen « de quoy, les pauvres paysans, se voyant sans grenne, € sans espoir de moissons^ sans bestail et leurs maisons « bruslées, sont contrains d'habiter et vivre dans les bois € avec les bestes bruttes.
€ Après six semaines entières de séjour que toute Tar- « mée fit en la ville de Chanitte et aux environs, ne trou- € vant plus ni fourrages ni vivres à six lieues la ronde, « elle délogea pour tous quelconques exploits sur les terres € ennemies.
€ Mais elle ne tarda pas à reprendre ses premières bri- € sées, et, à couleur d'un refreschissement de quinze jours « qu'à la retraite de S. Jean de Losne le seigneur comte c de Gallas obtint des seigneurs commis au gouvernement oc de la province, lesdiltes trouppes commencèrent d'é- € tendre leur cartier et logements par tous les endroits du « baillage d'Amont qui pouvaient rester entiers, et, par un € séjour de deux mois et plus que Ton auroit fait durer, oc ledict resfreschissement, ledit baillage auroit été réduit € au dernier point de sa ruine.
€ S'estant, par ces deux mois, lesdites troupes licen- € ciées à tant de débordements et dissolutions que le récit « en fait horreur, n'ayant espargnez ni le saccagement des c églises, ni les embrasements des bourgades et villages
€ entiers, ni le violement des femmes et filles, sans que « les chefs, commandant lesdites troupes, quoique deheu- € ment informez de tant de crimes, en ayent jamais or- « donné aulcun chastiment exemplaire.
« Le récit de tant de misères et calamités ayant meu à <c compassion Mons*' le comte Dognate par le rapport que c lui en fit le baron de Voisey que les commis au gouver- « nement luy depeschèrent, il procura de leur Magesté € impérialle un ordre au seigneur comte de Gallas, de ce déloger, et laisser en ladite province, le nombre de gens « qui, à la participation desdils seigneurs commis au gouc vernement , seroit jugé suffisant et nécessaire pour la « deffense et conservation d'icelle. i
Les députés, continuant leur récit, ajoutent que Gallas en partant laissa, avec les troupes de Sa Majesté commandées par le marquis de Torre, trois régiments de cavalerie et quatre d'infanterie, sous la conduite des barons de Fournemont et de Mercy.
« Avec 3,000 hommes de pieds et 1,800 chevaux du duc € de Lorraine joints aux troupes impériale et royale, le € total est de huit à neuf mille hommes tant cavallerie « qu'infanterie, à raison de Texcessiveté de la dépense, « elle revient à 270,000 fr. par mois.
« Mais les Irouppes, sans se contenter de leurs rations, € extorquent, par force et violence, des communautés et c: pauvres paysans, jusqu'à la dernière goutte de leur oc sang. D
Après quelques détails sur les excès des colonels Nicolas et Bonival, les députés continuent ainsi :
« Les plus fréquents esbats et continuels exercices des * soldats sont de faire chauffer et brusler les pieds aux € pauvres paysans, de leur écorcher les onglcb jusques au « milieu des doits, de leur ftxirc avaller en abondance l'eau ce des iiégoùts des fumiers, de les faire pendre et estoulTer « à la fumée ; leur rage va mesme jusques à tel point
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« d'insolence que, ces jours passés, à une lieue près de € Vesoul, deux d'entr'eux ont crucifié un pauvre paysan, (n et pour lui rendre ce tourment plus pénible, lui appli- « coient des flammes de feu ardent à la plante des pieds ; « tous ces forfaits demeurent impunis et sans châtiment, « et les pauvres subjects inhumainement et cruellement € tourmentés.
« Voilà le misérable et desplorable estât du pauvre comté « de Bourgongne, qui, par Tinvasion des armées ennemies d au siège de Dole, par la rigueur de la contagion et par € le logement des trouppes estrangères a supporté une € despense de plus de deux millions de livres , a fait € perte de plus de deux millions, enfin , de plus de « deux cents mille personnes mortes tant de peste que de « guerre, voit avec regret au baillage d'Amont plus de « 250 villages des meilleurs et plus riches dépeuplés et <L déshabités par la mort et fuitte des habitants, et plus de « 500 par tout le pays, tant villes, bourgades que villages, « ars et bruslés et la plus part d'iceulx réduits en cen- (L dres, sans qu'il y reste aucun vestige d'habitation.
« Bien que le nombre de ceulx qui se nourrissent
€ du sang du pauvre peuple^ et qui causent une famine « universelle , soit très-grand et raesme do trente mille « bouches au moins, il est assuré néanmoins, au rapport « qu'en ont fait gens à ce cognoissants, qu'ils ne sortiront « jamais en campagne 3^000 combattants^ tant cavallerie « qu'infanterie; le surplus de tant de mangeurs n'estant « que femmes et bagages, et en oultre la plus part des- (t dits combattants se treuveront despourvus de chevaux, « pistolets, armes, mèches et aultres munitions néces- « saires, de manière qu'à l'occasion ne s'en peult espéra « aulcun service ni pour attacquer l'ennemi^ ni pour def- « fendre la province (1).
(1) Dans une letti-e du 31 janvier 1637 adressée à Tlnfant, le Pade-
c Leur mauvaise intention est bien plus clairement mac nifestée par Tinsolence d'aulcuns colonels , qui disent € tout haut et ne s'en cachent point, que, si on ne les € paye de ce qu'ils prétendent leur estre deheu^ ils se c saisiront de places de leurs cartiers. ...
<L Par le dérèglement et dissolution de ces trouppes on « a perdu en deux mois la grenue qui pouvoit suffire pour « entretenir l'armée pendant deux ans. .., i>
Tel fut le mémoire, qu'au nom des députés de l'Etat, le sergent-major Bermont-Vaytes présenta à l'Infant d'Espagne, dans les premiers mois de l'année 4637. Comme conclusion, ils suppliaient l'Infant d'aviser à un traité de neutralité avec la France, à la nomination d'un gouverneur originaire de Franche-Comté, et au rétablissement des bons personnages.
De ces remèdes, le premier seul était réellement efficace. Mais, comment espérer la neutralité, quand il fallait la demander à Richelieu ?
ment de Dole ne se plaint pas avec moins d^amertume de ces excès, dans lesquels il enveloppe les troupes du duc de Lorraine :
« Quelque temps après que le comte Galasse se partit de ce pays, y € laissant dix-neuf régiments avec superfluités de bagages, tant de ses « trouppes que celles amenées par le marquis de Torrecuso, lesquelles € se sont logées en leur volonté dans les deux tiers de ce pays qu'elles a achèvent de ruiner. Les trouppes de S. A. do Lorraine y sont aussi 4 esparses. Ces trouppes no savent que faire la guerre aux pauvres c subjects. principalement les Allemans. Au siège que le duc Weymar « mit devant Jouvellc,elle3 ne voulurent accourir,quoiqu'elles le pussent, « avec grande facilité. Les subjects sont csperdus et désespérés des « outraiges qu^ils ont receu de ceste armée impériale. » {Corresp. du Parlement de Dole à la préfecture du Doubs.)
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9 juin i637.
i4* assevnhlée des neuf député des Etats. ^— Dole (1).
Rapport de A. Bermont-Vayte à son retour de Flandres. — Lettre de rinfanty — Instance des députés pour l'entrée des troupes auxiliaires en France. — Sur Tordre de Richelieu, trois armées envahissent la Franche-Comté. — Insuccès de cette entreprise.
Dans cette assemblée, le sergent-major Bermont-Vayle, le même qui avait été député en Flandre, fit à son retour le récit de son voyage. Il rapportait une lettre de Tlnfant adressée aux neuf députés des Etats. Cette lettre leur donnait l'assurance que le roi et lui-même perdraient plutôt la vie que de laisser" en souflrance une province si fidèle à TEspagne. Grandes et nobles paroles que l'effet ne devait guère confirmer. La Franche-Comté continua à être abandonnée à elle-même, au duc de Lorraine et à ses troupes.
La saison des récoltes approchait, et il fallait faciliter le moyen de les recueillir. Le plus efficace était de débarras* ser le pays de ses tristes auxiliaires. Dans ce but, deux des membres de l'assemblée furent députés au gouverneur de la province. Ils insistèrent près de lui sur la nécessité de diriger contre la France tant ces troupes étrangères qui dévoraient la province, que celles nouvellement levées. Elles formaient un corps d'armée en état d'agir, d'entrer en pays ennemi et de s'y maintenir, en s'y emparant de quelques places fortes de certaine importance. C'est ce que le duc de Lorraine, avec ses belles paroles de dévouement, ne voulait pas et n'exécuta jamais.
Mais, dans le temps où les neuf députés insistaient si vivement pour une invasion en France, Richelieu préparait
(1) Papiers des Etais. C. 2Î9, original.
un triple mouvement d'attaque contre la Bourgogne. Pour le Cardinal le moment était venu de lui porter un coup décisif, et, à ses yeux, Tannée 1637 allait en assurer définitivement la conquête. Trois armées entrant à la fois par trois endroits différents de la frontière, devaient marcher sur Besançon et Salins. Il savait que toutes les forces de Bourgogne, ou concentrées ensemble ou affaiblies en se divisant, étaient impuissantes à défendre le pays. Les chefs militaires étant obligés de laisser des garnisons dans les places, tout ce qui restait de troupes pour tenir la campagne n'était pas égal à une seule des armées assaillantes (1).
Ce triple mouvement était confié par Richelieu à Weymar, à LongueviUe et à Grancey.
Stimulé par les éloges flatteurs du Cardinal et joint à du Hallier (2), Weymar entra immédiatement par le côté de la Romagne et de Champlitte (2), s'empara de cette petite ville, passa la Saône par une nuit sombre en culbutant la cavalerie de Mercy, et, forçant plusieurs petites places, arriva non loin de Besançon.
En même temps, une autre armée, commandée par le duc de LongueviUe, s'avançait par la frontière du midi ; elle avait assiégé et pris Saint- Amour, Saint-Laurent-la- Roche, brûlé Moirans, et un peu plus tard allait attaquer
(1) Histoire de dix aru, p. il 5,,
(2) « On a ordonné aux troupes que M. du Hallier doit commander « soubs vous d^aUer an rendea^vons sans perdre de temps. On a fait
€ partir l'argent Je désire si passionnément voetre contentement
« et de Toos voir en estât d'acquérir de plus en plus de gloire, qu'il € TLj a rien que je ne voulusse faire pour cela. • ifiickditu à Wrymar f «^ juin 1637, dans les lettres de Richelieu ton». V. p. i03i.)
(3) € On me mande que les Suédois ont attaqué la Romagne dès le t 15 dé ce mois à quatre heures du soir. Leurs canons ne sont pas « encore arrivés là. Us font aussi mine de boucler Champlite. > (La Verne au Parlement, il juin i637.)
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le château de TEtoile et celui du Pin, mettre en cendres Saint-Julien, Orgelet, Glairvaux (1), Lons-le-Saunier, dévaster et dépeupler le bailliage d'Aval, dont elle fit un désert (3). C'est ainsi qu'ajoutant de nouvelles ruines à tant d'autres ruines, Longueville s'ouvrait le chemin de Salins si fort convoité par Richelieu (3).
Un troisième mouvement s'opérait du côté de Montbéliard. Le comte de Grancey, gouverneur de cette ville pour la France, s'emparait de Lisle sur le Doubs, de Clerval, du château de Dampierre, de la tour du Pont de Roide, et faisait une tentative sur Saint-Hippolyte.
Girardot de Nozeroy résume ainsi cet effort suprême de la France contre la Bourgogne* c En 1636, le prince de € Gondé prit notre lion par la teste, selon les ordres de
c Richelieu; Mais ces te fois Richelieu, changeant de
< main, assaillit le lion par les flancs^ par trois divers en- « droits éloignés l'un de l'aultre.
Le danger parut si grand à l'Infant d'Espagne, qu'en
(1) 19 ou 20 avril 1637, incendie de Moirans. — 16 juillet; prise et incendie d*Orgelet, dont le château est également occupé par l'ennemi. — 19 juillet, prise et incendie de Glairvaux. — 25 du même mois, prise et incendie de Lons-le-Saunier et de Montaigu.
(2) Gonflans écrit de Ghâteauvilain au Parlement de Dole : < Dans c les communautés de ces quartiers, c*est un miracle de pouvoir ren- « contrer quatre paysans. » Corresp. du Parlement, année 1637 .
(3) « Vous ne sauriez faire plus grand swvice au Roy que de fl mettre tout vostre esprit à prendre la ville de Salins. Nous rendant € maistres de Salins, il en arriverait de très grands services au Roy c qui ne seroient pas du tout inutiles au souverain de Neufchastel fl (Longueville), vu les accomodements que nous pourrions faire en^ « semble. Gette affaire mérite un grand secret, et que celui qui doit
« Fentreprendre comme vous en fasse son sujet principal 11 ne
c faut le communiquer qu'à peu de gens : il 8*en pourrait trouver € quelques uns qui, par un petit avis aux Suisses, pourroient rompre c ce deesein. » (Richelieu à LonffuevUU 29 juin i6S7, dans les lettres de Richelieu tom. V. p. iOS9.)
apprenant que la Bourgogne était assaillie par trois armées, et que Weymar marchait sur Besançon, il la tint pour peixiue (1).
Quelle que fut celte extrémité terrible, on chercherait en vain dans la correspondance du Parlement une parole ou une trace de Taiblesse. L'œil sur les événements, et Boyvîn à sa tête, il conservait toute son énergie sans désespérer jamais. Il écrit à Tlnrant avec calme sans lui dissimuler rien ; et, parmi les ennemis qu'il lui signale, il ne peut laisser dans l'ombre le duc de Lorraine, dont les troupes perdent le pays au lieu de le défendre, tandis que lui-même, absorbant tout l'argent envoyé d'Espagne, achève d'enlever à la province ses dernières ressources.
Voici en quels termes simples et vrais, quelques jours après l'assemblée des neuf députés de l'Etat dont nous venons de rendre compte, le Parlement expose à l'Infant cette situation eflrayante.
c Du costé du baillage d'Aval, le duc de Longueville, c après avoir pris Savigny, Dortans et Cuseau, a emporté € les villes de Saint- Amour, Orgelet, Lons-le-Saunier, avec c les chasteaux de Laubespin, Saint- Julien, Courlaou, € RuiTey, l'Estoile, Cliilly, Chevreau et quelques autres, € partie des quels chasteaux il se conserve, réduisant en c cendre le reste avec les dites villes, ensemble tous les « villages des environs.
« Le mesme est pratiqué dans le baillage d'Amont, tant « par le duc de WexTiiar et le sieur de Haillier, que par € le comte de Granssc, gouverneur de Montbéliard, en- € sorte qu'après la reprinse du chasteau de la Romagne, c ils ont emporté les villes de Champlilte, Baume, Liste, « Clerval, les bourgs de Gy, Maïuay, ensemble les c chasteaux de Ray, Gy, Citey, Saint-I^up, Veset, Cbevroz, c Montcley, Monlmartin, Montby et autres.
(1) Histoire de dix •tu. p. il 5.
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€ Pendant que les Allemands et Lorrains, fuyant la ren- « contre du dit ennemi à leur possible, le laissent faire li- € brement tout ce qu'il veut, tant d'un costé que d'autre, c sans apporter aucune opposition ni résistance, et au c contraire tandis qu'ils laissent tout à sa disposition, ils c courent la campagne tant aux environs de Besançon que c de Dole, y font la récolte et la moisson tout au long et c au large, emmènent prisonniers et massacrent ceux du € pays qu'ils trouvent ou sur les chemins ou dans les vil- < lages, et mesmes par grosses parties formées attaquent <i les gentilshommes, leurs maisons et chasteaux, comme c ils ont fait depuis peu ceux des sieurs de Gonsans, de « Bougne, de Bermont et de Chantrans, le quel sieur de « Chantrans ils ont tué inhumainement^ mis à rançon le « sieur de Bougne, et en chemise le sieur de Bermont.
« De sorte que les dits Allemands et Lorrains forment <L œmme une troisième espèce d'ennemys (1).
Le Parlement termine cette instruction adressée à l'Infant d'Espagne par celte réflexion que, sans V oppression des auxiliaires et leur barbare conduite^ les forces du pays seraient plus entières et les provisions suffisantes ; que la province aurait encore 50,000 bom subjects qui ont péri misérablement et huit millions qu'elle apourvuspour r entretien des troupes étrangères , tandis qu'ellen'apas touché un denier de tout V argent qu'ont apporté les commissaires du marquis de Cortagneda, ambassadeur d'Espagne à la cour impériale.
Cependant, comme nous Tavons dit, Weymar occupait avec son armée les hauteurs voisines de Besançon; les habitants stationnaient sur les remparts ; on s'attendait à une attaque imminente. L'armée de Bourgogne gardait au
(1) 22 juin 1637, instructions de la cour souveraine de Parlement au sieur François Mareschal, Procureur fiscal pour Sa Majesté au siège de Pontarliery envoyé auprès de son Altesse Sérénissime.
pied de la montagne de Rosemont un poste bien choisi, prête à secourir Besançon ou Salins, selon la direction que prendrait l'ennemi.
Comment s'évanouit cet orage si redoutable ? pourquoi à ce moment décisif, Weymar se retira-t-il sans combat, en se portant en arrière sur Baume qui composa, sur le château de Ghampvans où il séjourna quelques jours, puis sur Montbéliard, où il entra malade et en calèche? Se souvenait-il de Téchec de Condé devant Dole? Ne voulait-il pas, devant les murs de Besançon résolu à se défendre, affronter les longueurs d'un siège? De plus graves intérêts l'appelaient-ils à Brisach et sur le Rhin, où il se rendit sans retard?
Les lettres de Richelieu, aujourd'hui connues, nous éclairent sur le secret de cette campagne. Le Cardinal n'était nullement assuré de la conquête de Besançon; mais il tenait absolument à celle de Salins, trésor de la Bourgogne. Aussi fut-il aussi surpris qu'humilié quand il apprit que Longueville n'avait pas osé attaquer cette place si fortement dominée et d'une défense si difficile. Ses lettres à Longueville déguisent mal son dépit (1), et, dans un style à demi-moqueur qui lui était familier, il laisse entendre à ce comte de Neufcliâlel que, dans cette grande expédition, il n'a pas répondu à son attente, n'ayant pris que des bourgades de second ordre, sans intérêt véritable pour le service du Roi et le succès de la campagne.
(1) « Si vostre armée est trop fatiguée, le roi trouve bon que vous en
« usiez comme vous trouverez à propos Il est de la prudence de
« former si bien vostre dessein en Franche-Comté, que vous ne vous € occupiez de prendre des lieux qui n'apportent grand avantage au
« Roy Si vous aviez pu prendre les Salines de Bourgogne, c'eust
c esté une bonne affaire. Mais ce qui ne peut se faire une fois se fera « une autre. C'est à vous de choisir les lieux que vous voulez et pouvez « garder et ruiner les autres. » (Lettre de Richelieu à Longueville i8 août 1637. Dans les lettres de RichelieUy tom. V. p, 1049.)
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Sur Weymar plus irascible et qu'il ménage d'avantage, Richelieu tient un langage tout différent ; il approuve ou feint d'approuver sa sortie de Bourgogne. Loin de laisser échapper aucune parole de blâme, il attend beaucoup de l'expédition du chef Suédois sur le Rhin, et presse Condé de le seconder dans ses desseins (1). Il croit que Weymar va faire de ce côté quelque grande action, y arrêter les secours de TEmpire, et selon l'expression d'un historien du temps, y trouver le moyen d'assurer au Roi de France les clefs de la Bourgogne (2).
Tel fut le stérile résultat de cette triple invasion combinée avec tant d'espérance par le génie de Richelieu, Longueville n'osant attaquer Salins, Weymar s'arrétant et rebroussant chemin devant les murs de Besançon, Grancey vaincu et blessé fuyant devant les montagnards qui lui font lever le siège de Saint-Hippolyte.
La Bourgogne put reprendre quelque confiance en ellemême, et à la fin de Tannée 1637, c'est elle qui méditait une invasion sur la frontière française (3).
(i) Dans une lettre du 2 septembre 1637, il le conjore, conme s^U 8* agissait de sa propre vie, de faire Timpossible pour Weymar, de lui donner lieu de soutenir tout Tefifort des étrangers sur le Rhin, et de nous donner ainsy les moyens d'achever une bonne campagne, pour avoir la paix cet hyvert ce que je désire avec une passion indicible. (Lettres de Richelieu, tom. V. p. 852.)
(2) « Sa Majesté a reçu nouvelles du duc de Weymar, par un courrier « exprès, qu'il a passé le Rhin le 8 de ce mois près de Renfeld ; et, c ayant été attaqué par Jean de Wert sur le bord du Rhin, au delà « il Ta repoussé avec perte de 1200 hommes du dit Jean de Wert qui « sont demeurés sur place, sans les blessés. Sa Majesté croit que « maintenant il s'est rendu maistre do quelque lieu considérable sur le « Rhin, pour assurer son passage des deux costés. » (Mémoires de Richelieu au sieur de Charnacé ambassadeur de Louis XIU en Hollande. Dans les lettres de Richelieu, tom. V. p. 843.)
(3) Dans des instructions destinées à être présentées au duc de Lorraine, et qui sont corrigées do la main de Brun, on prie le Duc
Le duc de Lorrainey les États et le Parlement.
Si, en quelques mois. Tannée impériale avait brûlé deux cent cinquante villages et ruine tout le nord de la province, il y avait dans son sein un fléau plus redoutable parce qu'il était plus caché, un prince qui, sous le nom menteur d'allié, de défenseur et d'ami, lui porta, pendant plusieurs années, les coups les plus meurtriers et l'abandonna en traître, quand, succombant à ses maux, elle avait le plus besoin de ses services.
Ce prince est Charles IV, duc de Lorraine; dépouillé de ses Étals par la France, il s'était, avec une partie de sa noblesse, retiré en Franche-Comté, où il avait été nommé généralissime des armées du roi. Tout lui obéissait, et il avait même la disposition des fonds envoyés par l'Espagne pour leur entrelien.
Charles IV était Agé de vingt-sept ans quand fat levé le siège de Dole. C'était le caractère le plus singulier qu'on pût imaginer, espèce de héros de roman, remarié avec la plus belle princesse du monde, quoique sa première femme fut vivante ; brave, ambitieux, moqueur, peu esclave de ses serments, prêt à s'allier à tous les partis selon ses intérêts, à les semr, à les quitter, à les jouer tous.
Dans ce commandement suprême qui lui livrait la défense de la Franche-Comté, il n avait nul dessein sérieux de la défendre. Son unique pensée était d'en avoir l'apparence, d'y vivre aux dépens des habitants, et, sous le
d'examiner si, avec 500 hommes de pied et 900 chevaux on ne poumdt pas 8*emparer de Beaumont, Rosières, S. Seine, Bèse, Fontaine^ Françoise et autres places de la frontière. Ces lignes sont e&oôes dans la minute, le Parlement désespérait sans doute de fiôre adopter cette expédition par le Duc.
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masque d'un zèle trompeur , de ménager ses troupes , de conserver sa noblesse sans combattre, et d'attendre de cette manière le jour favorable pour rentrer en armes dans ses États (1).
Ce projet, il le poursuivit presque toute sa vie, tantôt prêtant l'oreille aux propositions de Richelieu , tantôt les rejetant en apparence, mais sans se lier et sans rompre jamais.
Les États et le Parlement avaient promptement pénétré ses desseins secrets. On savait qu'il recevait des lettres du cardinal ; mais, quand on lui en parlait, il ne faisait que rire, disant qu'il n'était pas assez fou pour se confier à la France qui pourrait lui manquer de foi (3), et qu'il ne traiterait jamais que de l'aveu du roi d'Espagne, son véritable appui. Pour affirmer davantage sa fidélité, il lui envoyait, de temps en temps, les lettres de Richelieu, sans doute les moins compromettantes (3).
S'il n'était point aimé des habitants du pays, il n'était pas moins odieux à la noblesse de Franche-Comté parce
(i) Les historiens de Lorraine le jugent de même : i II n'eut, de- ■ puis 1634, qu'un seul dessein au fond du cœur, dessein conduit, il « est vrai, sans habileté ni mesure, mais poursuivi avec une tenace c opiniâtreté, celui de rentrer dans la possession intégrale de ses an- <i ciens Etats. • (M. D'Ha.usson ville, Hist, de la réunion de la Lorraine à la France, II, 228.)
€ Il ne vouloit pas hasarder sa cavalerie qui estoit de plus de I deux mille chevaux, c'estoit sa noblesse et son reste. » (Girardot DE NozBROT, Histoire de dix ans, p. 143.)
(2) c Et lui soubriant me dit : il est vrai, on m*offre la restitution « de mon pays, mais si j'accepte les promesses qu'on me fait, et qu'on
• ne me les tienne pas, je n'auraj personne pour me les garantir ; ainsy € je ne puis rien traicter avec les François sans Tauthorité du roy
* d'Espagne. » (Gira.rdot de Nozerot, Hist. de dix ans, p. 183.)
(3) « Toutes les lettres qu'il recevoit de France il les lui envoyoit toutes closes. » (Ibid.)
que, bien qu'elle fut ruinée par celte guerre de dévastation, il ne lui donnait rien de l'argent envoyé d'Espagne, et le réservait en entier pour les troupes lorraines et allemandes (1). Il finit, comme nous le verrons, par se brouiller complètement avec le Parlement. La défiance contre ce traître était générale, Richelieu s'y fiait moins que personne, et ce fut pour la province le dernier des maux d'être aux mains d'un pareil homme.
Voilà l'un des côtés de la guerre de dix ans que je tiens à mettre au grand jour, nos historiens du temps n'ayant écrit qu'avec réserve et comme malgré eux, quand ils étaient amenés à parler de ce prince encore vivant. Mais, s'ils se croyaient obligés à le ménager, la Cour de Dole, qui ne tarda pas à le connaître, en parle beaucoup plus librement, et les lettres que je vais mettre sous les yeux du lecteur ne laissent aucun doute sur les sentiments qu'il lui inspirait.
Au mois de juillet 1637, elle écrit à l'Infant d'Espagne : c Le fer et le feu servent quelquefois à ses troupes aussi c bien que la faim pour nostre destruction. Lexpérience « nous a faict cognoistre que les Lorrains et les Allemands € ont choisi nostre Estât plus pour une plage de repaire