‹ Histoire des états généraux et des libertés publiques en Franche-Comté (volume 3)Chapitre 6 sur 18 · RÉCITS & MANIFESTE NATIONAL · texte numérisé non relu

RÉCITS & MANIFESTE NATIONAL

{Archives des Etats).

Nous avons eu un moment la pensée d'imprimer, à la suite de ce mémoire, non seulement les recés de 1 633 et de 1662, qui manquent à la collection de M. de Troyes, mais encore les pièces les plus importantes des archives de nos Etats. Ces pièces sont dans nos mains. Mais nous avons vu que cette impression de longue étendue fournirait à elle seule la matière d'un troisième volume, limite qui dépasserait celle que nous avons voulu donner à cet ouvrage. On trouve d'ailleurs dans le texte qui précède, l'indication ou l'analyse fidèle de ces pièces originales. Un motif plus décisif encore est l'intention de M. Bernard Prost, précédemment archiviste du Jura, de les publier, dans l'un des prochains bulletins de la Société de ce département. Au moyen de ce travail fait avec autant de soin que d'intelligence, sera complétée, pour notre province, l'étude de ses anciens Etats généraux, cette branche si importante de notre histoire nationale.

Ces réflexions nous ont conduit à ne publier que les trois pièces suivantes, extraites du fond de nos Etats, et relatives à la guerre de trente ans, Tune des plus grandes et des plus terribles époques de nos annales. Par cette publication, comme par l'histoire de dix ans de Girardot de Beaiichemin

et les autres travaux des historiens Franc-Comtois sur ce sujet, on peut espérer que la lumière sera également complète sur cette grande épopée du XVII® siècle. Ces récits ont été écrits au milieu des événements qu'ils retracent. L'un des plus importants est le manifeste publié par les chefs du pays pour animer à sa défense la nation belliqueuse qu'ils gouvernaient avec tant d'énergie. Ce manifeste, qui sent la chaleur du combat, doit être de Boyvin ou de Brun, dont je retrouve l'action et la main puissante dans cette prodigieuse et invincible résistance d'un petit peuple contre les armées d'un grand roi dirigées par le génie de Richelieu. Plus probablement elle est de la main de Boyvin.

Guerre de dix ans, années 1684-1641. — Récit contemporain extrait des archives des Etais de Franche-Comté.

(Lettre T, 408, Série G.)

Ce récit commence aux premières hostilités avec la France, et finit à la mort du Marquis de S. Martin au mois de décembre 164i.On y trouve sur la prodigieuse extrémité où fut réduite la Franche-Comté» des détails complètement inconnus, Et après Tavoir lu, on se demande comment, malgré le courage surhumain de ses défenseursyelle a pu résister aux armes de la France.

Le gouvernement du Comté de Boui^ougne^ appres la ^^* mort du comte de Champlilte (1) aiant esté, par commission de la sérénissime infante Isabelle,remis à rArchevesquc *'*^® **• '^^•• de Besançon conjoinctement avecq le Parlement de Dole, iceuU prévoiant, de la déclaration de guerre faicte entre les deux corones, une rupture indubitable de la neutralité, auroit donné commission au marquis de Conflans pour, en qualité de maréchal de camp assisté du conseiller de Beauchemin, mettre quelques trouppes en pied, afin de s*en prévaloir en cas de besoing.

Le desseing de ceste levée se trouva prévenu par l'invasion des François qui, le vingt sixiesme desdits mois et an, posèrent le siège devant la ville de Dole, en laquelle ledict Arche vesque avecq tout ledict parlement se trouva pour lors enserrez.

Ce qui avoit occasionné ledict marquis de Conflans d'amasser ce qu'il peust des trouppes ordinaires du pais, pour, eu l'attente du secours que l'on se promettoit pour la deslivrance de ceste place, tenter tousjours les moiens

^1) Cleriadus de Vergy, dernier descendant de la famille de ce nom, mort «n 1030.

iM6. 374 GUERRE DE DIX ANS

d'en faciliter Texécution. Ce qui réussit si généreusement

que lesdictz françois, apprès ung siège de trois mois, à

l'arrivée de Son Altesse de Lorraine et de quelques aultres

Retraite des trouppes envoiées audict pais par ordre de Son Altesse

Français, j^^y^j^^ levèrent ledict siège, et se retirèrent de ladite

province.

Arrivée de i'ar- En laquelle, trois sepmaines apprès la levée dudict siège, arriva l'armée impériale commandée par le comte Gallas, qui y sesjouma en nombre de plus de cent milz bouches, dans le commencement du mois de septembre de ladite

^__^^^^ année, jusques au mois de février de l'an 1637.

1637. Geste armée fut reconduite en AUemaigne par ledict comte

Gallas, laissant audict pais, sous le commandement du sergeant général de bataille Mercy, quatre régiments de cavallerie et aultant d'infanterie, qui y demeurèrent avecq les trouppes de Son Altesse de Lorraine et celles commandées par le marquis de Torrecouse, éparses et logées par tous le bailliage d'Amont avecq grand désordre et liberté.

cap!îaine*géDé- ^^ ™^*^ ^® Fcbvricr de la mesme année, le marquis de f**- Saint Martin fut, par patente de Son Altesse Royale, dénommé Capitaine Général et Gouverneur du Comté de Bourgougne où, ensuitte de ce, il arriva au commencement du mois de mars de la mesme année, avecq instructions bien particulières de sadite Altesse pour ce qu'il auroit à faire en l'exercice de ceste chaîne, tant au regard de Son Altesse de Lorraine, qui pour lors se retrouvoit audit pais avecq ses trouppes, qu'au regard des impérialles commandées par ledict sergeant général de bataille de Mercy.

Désordres de En cc mesmc tcmps, la province se retrouvoit en grand impériale, désordrc et confusion, causée premièrement par le logement de ladite armée impérialle qui, pendant tout le temps susdict, y avoit pris quartier et logement avecq une libellé extraordinaire et licentieuse, en sorte que tout le plat pais du bailliage d'Amont en demeura doslruict et ruiné.

Secondement les huict Régimens tant cavalerie qu'infanterie desdicles troupes impérialles que le comte de Gallas à son départ y avoit laissé, et les trouppes que Son Altesse de Lorraine y tenoit avecq les aultres commandées par le marquis de Torrecousse, n'avait aulcung solde que celui des contributions qu'elles extorquoient des bourgades et villages oii elles estoient en quartier. La despense en estoit si extraordinaire, que le peuple^ non accoustumé à semblables oppressions, ne la pouvoit supporter.

En troisième lieu, toutes ces trouppes, ne tirant des contributions susdictes, à cause de l'indigence du peuple, les esmolumens qu'elles en avoient espéré ni semblables à ; celles des quartiers d'hiver d'Âllemaigne, avoient peu de satisfaction et encore moins d'obéissance, de tant plus que n'aiantz encore pour lors reçu l'ordre (pour le moins celles de Mercy et de Torrecousse) d'obéir à Son Altesse de Lorraine comme généralissime, elles estoient comme divisées, d'où procédoit un désordre et détriment bien grand au plat pais.

En quatrième lieu, les trouppes du duc de Weimart et ^2^iî°e?de du Cardinal de la Valette qui, logez aux voisinages de la ^vaieite. province, mettoient la frontière en continuelles alarmes et les peuples en effroi, prindrent la ville et chasteau de Jonvelle, bruslant et saccageant les villages d'allentour ; et, environ le mesme temps le marquis de Conflans, estant avecq les trouppes du pais de l'aultre coslé sur la fronctière de Bresse et aiant attaqué le chasteau de Comod en fut re- ^^'^n^od.* ^'' poussé avecq pertes et dissipation de touttes lesdittes troupes, en sorte que ceste frontière, estant par ce grand inconvénient troublée comme l'aultre par la foule des logements et contributions, toute la province estoit en confusion.

En ce procinct arrivant, comme dessus est dict, le dict ^,^^^^'^J*jJ^. marquis avecq sa charge de gouverneur et capitaine gé- °®^'' néral commença, par sa présence, à calmer l'orage^ et à

rasseurer les peuples estonnez par tant de mouvements ex* traordinaires.

Et d'abord à son arrivée, apprès avoir preste au parlement le serment susdict,il déclara à Son Altesse de Lorraine la croiance que le Sérénissime Infant Cardinal luy avoit confiée, et contribua tous debvoirs et soingz possibles pour, ensuitte des ordres qu'il en avoit dudict Sérénissime Infant, rendre à Sadicte Altesse tous les honneurs convenables et lui donner en touttes choses salisfaction , aultant que le service de S. Majesté et la qualité de la saison le ponvoit comporter, Tasseurant Tintcntion de sa dicte Majesté et dudict DucdeLor- Sérénissime Infant cardinal estrc de luy remettre le comut^nnfrêma^maadement absolu tant des trouppes impérialles que de touttes aultres, qui pour lors se relrouvoient audict pais.

Et, pour complir ponctuellement aux articles de ses instructions, il tascha d'establir à l'abord une bonne intelligence avecq le parlemjsnt, afin de par une correspondance mutuelle concourrir ensemblement à l'advancement du service de Sa Majesté, aiant à cest efiect procuré d'avoir près de sa personne quelqu'un du corps dudict parlement tant pour l'accompaigner et assister aux volages, que Faffluence des affaires l'obligeoit à faire continuellement en divers endroictz de la province, que pour, d'auctorité commune, pourveoir aux plus urgentes nécessitez.

Et, comme le principal désordre provenoit du manquement de subsistance dont lesdittes trouppes pâtissoient, il mit ordre, par l'entremise des députez de l'Estat et par l'advance de notable somme de deniers, qu'il prit sur son crédit des agents de la Comtesse de Nassau, que le pain de munition fut estably et la distribution en faicte selon les piedz des listes qui en furent dressées, et fit en oultre, pour donner plus de satisfaction auxdictes trouppes, délivrer un mois de gage des deniers de la quaisse roialle, dont pour lors il avoit la direction.

Aiant complit de ceste sorte avecq sa dicte Altesse de

Lorraine le parlement et les trouppes, il se porta sans perdre temps en la frontière de Bresse pour remettre par sa présence les esprictz, que la dissipation des trouppes du marquis de Conflans avoit grandement estonné. Remarquant en cesle conjoncture le manquement et foiblesse des postes de ladicte frontière , et Tadvantage que les ennemis pouvoient s'en procurer, il étoit retourné en la ville de Salins en intention d'en informer Son Altesse qui y estoit passée, pour s'aboucher avecq luy sur ce subject, et avoit, sur son rapport, faict marcher de ce costé là quelques trouppes pour asseurer ladicte frontière, que les ennemis attaquèrent tost après, estant entrés en corps, d'armée sous la conduite du duc de Longueville en la province. Dans le bailliage d'Aval, ils assiégèrent el remporté- Pr»«e^Jc^samtrenl les villes et chasteaux de Sainct Amour, de Saint Lau- *^i"» p*»ce«. rens de la Roche et plusieurs aultres, puis advancèrent contre la ville de Lons-le-Saunier qu'ilz assiégèrent. Cesle place, plus importante que les aultres et munie de quelques ouvrages au dehors, pouvant par sa résistance donner temps et loisir de la secourir, ledict marquis par ordre de Son Altesse marcha avecq quelques troupes pour l'entreprendre ; mais, estant à trois heures de Besançon où le Lons-ie-Saunicr gros le debvoit joindre, il receust ordre de Son Altesse de faire alte, et, incontinent apprès, commandement de retourner, si bien que ceste ville demeurant sans secours, le gouverneur d'icelle se retira au chasleau susdict.

Ledict duc de Longueville, apprès avoir mis garnison aux places par lui consignées, se retira laissant ceste frontière en quelque l'epos, pendant quoi, ses troupes et ledict marquis informé du détriment que causoit au voisinage de''5g"|fo^5gDo la ville de Gray la garnison du chasteau de la Romagne, la ®' ^p«ue*"^" consistance duquel pouvoit aux occasions grandement endommager ceste place, donna ordre au gouverneur dudict Gray de s'en saisir. Ce qui fut heureusement exécuté, pendant que lui marcha avecq les troupes que Son Altesse lui

donna, contre le pont de Voujeaucourt pour s'en emparer, comme il fît, et mettre par ce moien à couvert les ressortz de Vesoul et de Baume des incursions ordinaires, que les françois de la garnison de Monlbéliard y faisoient à tout moment à la faveur dudict pont.

Incontinent apprès, le duc de Weimart, entrant avec son armée dans ladicte province du costé du Bassigny, repris! le chasteau de la Romagne, prist la ville de Champlite, puis,

weyinar passe marchant coutrc la Saulne, passa le guay au bas de Ray, la Saône, ^j^ ^^ déroute la cavallerie qui vouloit lui en empescher le passage, et, aiant pris quelques chasteaux sur sa marche, vinst assiéger le bourcq de Gy, duquel il se retira, et s'alla camper avecq toute son armée à trois heures prés de Besançon. Pendant ce temps ledict marquis par ordre de sadicte Altesse, après avoir pourveu convenablement à la deffence et conservation de la ville de Gray, qui sembloit estre menacée par ledict duc de Weimart, feit assembler toutes les troupes d'infanterie et ce qui restoit de cavallerie, aux environs de Besançon pour, en cas de besoing, les introduire en ceste place, ou en faire ce que le temps et l'occasioa auroit peu requérir.

invasion du En cc mcsmc tcmps, le comte de Gransçay entra du costé Graocey. Je Moutbéliard avecq cavallerie infanterie et canons, dans la province, prist la ville de L'isle, et attaqua celle de Saincl Ipolite, d'où il fut contrainct de se retirer.

Ledict duc de Weimart, après avoir campé quelques jours aux postes sus mentionnés, fîst tourner teste à ses

Baume capitule troupcs coutre la ville de Baulme à laquelle, moiennant une somme d'argent qu'il en receust, il ne fist aulcune oultrage, fors que d'y prendre le simple logement, puis se retira avecq toutes sesdictes troupes hors du pais, et se

weymardans logca pour quclquc temps sur la fronctière des Suisses en

le TaHe Dele. j^^ ^^,j^^ ^^ Dclcmont.

Les troupes imporialles, avec celles précédemment commandées par le marquis de Torrecousses et aultres parti-

cnlières du païs> aiant esté conjoinctement avecq celles de Son Altesse de Lorraine agrégez pour en faire ung corps d'armée, pour le service et aux soldes de Sa Majesté, sadicte Altesse en fut déclarée généralissime par patente de sadicte Majesté, et, en ceste qualité , touttes lesdictes troupes mises soubs son obéissance, et conséquamroent les deniers de la quaisse roialle cy*devant à la charge dudict marquis, auquel dés lors resta le gouvernement de la province, et celui des armes à Son Altesse de Lorraine seule.

Pendant que ladicte armée estoit^ par ordre de Sadicte Âltesse,à marcher sur la fronctiére de Lorraine etd'Allesace pour quelque exploict nécessaire, le duc de Longueville, invasion de estant avecq ses troupes du costé de Bresse,prist 1 occasion côté de la de l'esloignement de ladicte armée pour attaquer les villes et chasteau de Bletterans, qu'il assiégea au commencement du mois de septembre ; ce qui obligea Sadicte Altesse de tourner teste avecq sadicte armée pour accourir diligemment au secours de ceste place fort importante pour la conservation du bailliage d'Aval. Mais l'arrivée de sadicte ^'^"^li?'*"®' Altesse avecq ses troupes fut prévenue par la perte d'icelle, ^^* *°^' *^">rendue non sans soupçon d'intelligence apprès avoir esté assiégée six ou sept jours seuUement ; et les deux armées, estant à la veue l'une de l'aultre , ledict marquis^ accompaigné de quelques seigneurs de la province qui l'avoient suivi en ceste occasion, proposa à sadicte Altesse quelque moîen d'attaquer les ennemis avecq espérance d'advantage, sadicte Altesse néantmoins y aiant préveu de l'inconvénient ne le trouva pas à propos (1).

Ainsy les deux armées, après la perte de ceste place, s'estant retirées de part et d'aultre, ledict marquis jugea nécessaire de pourveoir à la seuresté et conservation des

(1) Cette conduite est énergiquement bl&mée par le Baron de Scey dans une lettre qu'il écrit au Parlement le 9 septembre 1037.

quatre villes principalles par restablissement d'an magasin de notable quantité de grains en chacune d'icelle. Ensuitte de ce attendant quelque assistance de Sa Majesté, pour y pourvoir plus efficacement par résolution prise à la participation du parlement, il feit, par Tentremise desdicts commis du parlement et des députez de TEstat, faire une visitte par les chasleaux et maisons fortes de la province, où les grains du plat pais pouroient estre abei^ez et relirez, pour en recougnoistre la quantité, et, à proportion d*icelle, en laissant aux propriétaires la provision nécessaire tant pour semer que pour s'entretenir, achepter le surplus en assignant le paiement sur les deniers du haulsèment du sel, et le faire conduire en chacune des quatre villes plus voisines, pour y estre réservez et déposez à cest eflect entre les mains des magistratz.

jm aoiiiiaires Lcsdiclcs trouDCs, apprès la rctraitle de Bletterans, se

86 logent dans r j rr ^

la montagne, logèrent dans les villages de la montaigne qui jusques alors avoient esté, par la prévoiance du parlement, à l'instante prière des députez de TEstat et du peuple, protégez et exemptez de logement, afin qu'estant aulcunement conservez, le reste de la province, advenant la paix, eust moien ^ d'en tirer de l'assistance avecq moins de frais et plus de facilitez que des pais estrangers ; de quoy ledict marquis informé, et recognoissant avecq ledict parlement l'interest que, par la ruine de la montagne, causeroient à toutte la province ces logementz, contribua puissamment tous debvoirs et diligences possibles. A cest effect il procura de Son Altesse de Lorraine ordre aux dictes troupes de s*en

120.000 fr. pour retirer moiennant la somme de six vingtz milz francs que

exonérer de lo- ° ^

gemenis la les rcssorts d'Omaus et de Pontarlier, danslesquelz estoient

montagne Jetét ' ^

d"ornan8^ct°de ^^^dictz logcmcutz, sc délibérèrent, à la persuasion des poniarlicr. députez de l'Etat, de fournir aux coloneft et aultres officiers d'icelles. Laquelle somme fut, par lesdicts députez assemblés à l'instance dudict marquis en la ville d'Ornans, répartie sur lesdictz ressortz, à la participation et du con-

RÉCITS HISTORIQUES. 381 ^^^l.

sentement des commis des villes de Pontarlier, d'Ornans et de Morteau.

Et, avant ceste retraitte, le duc deWeimart, logé, comme weymardani dessus est dict, en la vallée de Delémont, envoia partie de lémont. sa cavalerie sur les villages de ladicte monlaigne scituez aux frontières du Suisse, ausquelz aians estez enlevez et pris quantité de chevaulx, ledict marquis, désireux d'en avoir revanche, envoia recognoislre le poste et logement dudict Delémont, et en aiant faict bien particulièrement remarquer toutes les advenues jugea, par le rapport de ceulx qui en avoient faict la remarque, qu'il estoit facile de le forcer, et de mettre ledict duc et ses troupes en estât de ne faire de longtemps aulcun exploit considérable, mais rincommodité de sadicte Altesse, malade pour lors au Maladie du duc chasteau de Beauvoix, qui ne trouva pas ceste entreprise laisser atuiquer convenable, en fit remettre Texéculion (1). ^^°^'

Si bien que les dictes troupes deslogées de la montaigne t^°*eg%uîf. et les officiers d'icelles aians, dedans leurs quartiers du *'*^5JtJîSS,^** plat pals, touché partie des deniers qui leurs avoient esté promis du répartement et collecte susdicts, ne pouvant patienter audict plat pais, pour attendre le paiement du second terme desdicts deniers, repassèrent en ladicte montaigne, et enlevèrent par leur retour aux communaultez qui n'avoient entièrement payé leur cotte, le pouvoir d'y satisfaire. De quoy plainctes et réclamations aiant estez faictes par plusieurs fois à sadicte Altesse apprès sa convalescence, il tâcha d'y remédier par Tordre et commandement qu'il fit aux dictes troupes de se contenir et de ne iaire aulcune violence auxdictz villages,auxquelz et nonobstant demeurèrent lesdictz logements- jusques à l'entrée de j^;j^^®JJ[JÎ la campagne. ^^^^p» de le».

(1) Voyez dans notre texte le jugement qui fut porté sur cette conduite du duc de Lorraine. — Par une incroyable erreur, Qirardot de Beattchemin attribue ces événements à Tannée 1038* (Guerre de dix ans p. 218.)

Ledict Marquis recognoissant tousjours Timporlance et nécessité qu'il yavoit de munitionner suffisamment lesdictes quatre villes, et ne pouvant tirer de la quaisse roialle deniers et moiens d'y pourveoir, se résolut, à la participation du parlement, de faire luy mesme nouvelle visitte des grains abergez et retirez aux places fortes de ladicle pro* ....... vince. Ce qu'il fit au commencement du mois de mars de

1638. l'^Q ^11 g{^ ^^i trente-huit, accomps^né d'un commis de son Altesse de Lorraine,d'un commis de la cour et de l'un des députez de l'Estat, aiant, à ceste visitte, apperçu et achepté jusques à unzemilz et tant de mesures de froment, dont il avoit assigné le payement sur le mesme haulsement du sel, lequel haulsement aiant dois lors esté diverty, l'on n'avoit pas satisfaict à l'entier payement de ceste grainei, partie de laquelle par apprés avoit esté conduitte aux dictes villes, partie employée à la subsistance des troupes marchant à la campaigne suivante en divers endroitz par ordre de Son Altesse, et partie au chasteau de Jouvelle pour l'entretien de la garnison y establie.

Et, afin que la garde de ces quatre villes, de la subsistance desquelles dépend la conservation de la province, fat de tant plus asseurée, ledict marquis trouva nécessaire de faire en chacune d'icelles quelques ouvrages capables, l'occasion le requérant, d'en affermir la deffence et particulièrement à celle de Salins plus importante à raison du scite d'icelle et des saulneries, où il auroit ordonné estre faict quelques dehors, selon les moiens que pour lors il avoit en mains.

La dicte ville de Salins, requérant, pour les raisons susdictes, ung seing et vigilance plus particulière, ledict marquis, assisté de deux commis que le parlement y avoit envoie pour conférer avecq luy sur le subject de plusieurs affaires importantes, tascha de restablir une bonne intelligence et union entre celuy qui commandoit les armées et ladicte ville et le magistrat qui estoient en certaine cc^n-

pétance (1), pour plusieurs poinctz que Ton tascha de composer à l'amiable pour maintenir ladite union. Et lors aians recogneu, conjoinctement avecq lesdictz commis du parlement, les détrimmentz et préjudices causez à laditte ville par le logement desdictes troupes à la montaigne,et le grand dommage qu'en recepvoient les saulneries dont les cuites estoient retardées par la difficulté et cessation des charois, ils envoiérent de commune main à Son Altesse de Lorraine pour luy en remonstrer les inconvénients et le suplier d'y pourvoir. Quoy nonobstant, les logemens y continuèrent jusques au milieu du mois d'apvril, que lesdictes troupes receurent ordre de desloger et de marcher au rendez-vous qui leur estoit assigné aux environs de la ville de Gray, et de là marchèrent sur la frontière du Bassigny, ordre aux trou-

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