‹ Histoire des états généraux et des libertés publiques en Franche-Comté (volume 3)Chapitre 7 sur 18 · f t 1 .. 1 , . P« auxiliaires · texte numérisé non relu

f t 1 .. 1 , . P« auxiliaires

oUy pendant qu elles furent occupées à battre le chasteau pourcray etie de Bourbonne et aultres semblables places de Lorraine, le '^°^' duc de Longueville entra avecq son armée dans la province ^gïeîiuS/'ff" et emporta d'emblée les chasteaux de Chaussin, Raon, Fron- ^îfû^'jînn" tenay, puis se vinsl camper en poste qui faisoit coniecturer ^^^^ d'Aval ses pensées viser à la conquette de Salins. Ce quy obligea sadicte Altesse de rebrousser avecq ses troupes, et, de traverser le païs pour reprendre en dilligence la route du R««owduDuc. baillage d'Aval et pourvoir à la deffence de ceste place, estant arrivés^en mesme conioncture dans la province, par ordre de Sa Majesté, Dom Antonio de Sermiento et Dom Diego de Savedra, pour concourir à l'assistance et conservation d'icelle.

Et ensuite sadite Altesse, aiant choisi poste à ses troupes pour couvrir la ville de .Salins, fut rencontré par celles dudict duc de Longueville, et les deux armées estantz à la veue l'une de l'aultre, s'approchèrent de si prèz qu'il fut impossible d'en excuser le combat qui réussit à l'advantage de sadicte Altesse, les ennemis aians estes repoussés avecq

(1) Différend, difficulté.

19 juin;i638. perte de beaucoup des leurs demourés sur la place (1)» et

Combat de Po- «-..^ .* »< • .

ligny, ledict marquis, qui en ceste journée tesmoigna sa valeur ordinaire, remarquant en leur retraitte quelque désordre, pour n'en perdre l'occasion proposa à Son Altesse de les suivre ; mais ce prince, sachant les munitions de guerre manquer à ses troupes, ne le trouva pas à propos. Dom Antonio de Sermiento, qui pour lors se trouvoit en la ville de Salins, accourant pour suppléer à ce manquement que Son Altesse sembloit juger lui estre imputable, en vinst à Ducïrêlf^- quelques propos, desquelz sadicte Altesse s'aigrit, en sorte miento. qu'y p^i sm» \q champ résolution de se retirer avecq toutes ses troupes hors du pais, ce que ledict marquis tâcha d'empescher. Et,' aiant au mieux qu'il lui fut possible adouci l'indignation de Son Altesse, la résolution fut prise de laisser tout aultre project pour mettre à couvert et conserver la ville de Salins, pour laquelle Tennemy, quoique quelquement affoibli par sa retraite, tesmoignoit tousjours avoir du desseingz ; et, pour ce subject, Son Altesse feit retrancher son armée dans ung poste qui tenoit l'ennemi en bride et en estât de ne pouvoir rien attenter sur ceste place. Ce que voiant, ledict duc de Longueville marcha contre le chasteau de Griment qu'il prit, et brusla la ville de Poligny, le chasteau de Yadans, et aultres Ueux de semblable condition, et de là vinst se loger aux environs de Dole ou il campa quelques quinze jours ou trois sepmaines, apprés lesquelz il prist et bru$la le chasteau de Chevigni, prist la ville et chasteau de Pesmes, puis, faisant mine de vouloir assiéger Gray, passa oultre contre Cham-

plitte.

Et, en mesme temps. Son Altesse de Lorraine, voiant l'ennemi hors de mesures pour la ville de Salins, fist des-

(1) Sur le combat de Poligny, Voy. M. d'HanasoQTiUe. II, 75, et surtout rhistoire de l'anDezion de la Franche-Ck>mté à la Fravce par M. le commandant de Piépape.

logez ses troupes de leurs retranchementz pour le suivre et tacher de secourir Champlite qu'il tenoit assiégé. Mais, la prise de ceste place aiant prévenu l'arrivée des troupes que chïïpime. San Altesse y envoia, l'ennemi^ après l'avoir conquis, se retira sur la fin du mois de septembre avecq touttes les trouppes hors du pais, et sadicte Altesse, à couleur de ^dff ftSl£2î® quelque nouveau desseing qui se tramoit sur la ville de Salins, fist de rechef traverser la province aux siens pour se rendre en diligence de ce costé là, et, apprès leur avoir faict prendre rafraichissement pour quelques jours dans leurs premiers quartiers de la montaigne, les conduisit en ^ ^^ ^ ^^ Alsace en intention de secourir la ville de Brisach lors ^^ KSIacît assiégée par le duc de Weimar.

Cependant ledict marquis, désireux de procurer quelque allégement à la province et faire cesser les désordres qui jusques alors Tavoient mis en ruine et désolation, jugeant l'absence des troupes en faciliter les moiens, conféra sur ce sobiect avecq Dom Antonio de Sermiento, et tons deux treavèrent que, pour restablir ung bon ordre par tout, il estoit absolument nécessaire de procurer aux troupes entretien et subsistance convenable, et d'en régler le nombre pn^KNrtionnément à ce qu'en pouvoit requérir la garde des villes et places principalles, et aux moiens que l'on avoit en mains de les entretenir et nourrir, et que, pour y complir,les deniers de la caisse roialle n'estans suffisans^il falloit essaier sy des villes et lieux moins endommagez de ladicte province se pouvoit espérer quelque contribution pour y suppléer ; de laquelle, avec ce qui se promectoit de ladicte caisse. Ton eust moien de faire subsister lesdictes troupes.

Les députez des Estats et les magistrats des villes, con- ^^"i^^*''® vocquez à cesl effect en la ville de Dole, à la fin du mois ^Jïulr d'octobre, sur la proposition qui leur fut faicte de ce règlement tant au regard du nombre des troupes que de leur entretien raisonnable et modéré, au moien duquel pouvant

estre dissiplinées et contenues en leurs quartiers , se resta-

bliroit partout le commerce et la culture des héritages.

Ils accordent résolurent et accordèrent une contribution de vingt cinq

pt/^Sk milz frans par mois, ledict marquis aiant par son auctorité sy deytrement ménagé ceste conférance qu'avant la séparation d*icelle^ le repartement de ceste contributioii fut faict et arresté au gré et adveu des villes et communaultezy qui la debvoient fournir ; lesquelles» sans obstacles ou difficulté quelconques, y auroient satisfaict moien^ nant l'accomplissement des conditions promises pour le repos de ladite province, si bien que, par l'espérance de p'iie^e*!?- ^ règlement, les peuples, tous disposez à la fourniture de nch, eeste contribution, commençoient de se retirer en leurs maisons et de pensser au restablissement de leurs labourages.

rindeiesau Mais Son Altesse de Lorraine, au bon vouloir et plaisir

Horrible famioe *■

duquel estoit remise la plénière résolution pour l'exécution de ces projectz, ne l'aiant trouvé convenable au temps, retournant d'AUesace avecq ses troupes, leur donna logement en leur premier quartier de la montaigne, et ne peuraioei(i^8es reut à cc subjecl estre effectuées les résolutions prises en

troupes duu , i* ^ i « «

les montt- ladicte assemblée.

^"* Après laquelle, et avant le retour desdites troupes en la

province, ledict sieur Don Antonio de Sermiento, partant en suite des ordres de Sa Majesté pour Milan, fist entendre audict sieur Marquis au parlement et plusieurs aultres qui avoient part au maniment des affaires publiques, qu'il avoit apperceu et achepté notable quantité de grains mesmes jusques à soixante mille émines qu'il avoit recouvré en divers lieux, pour fournir les magasins que l'on proposoit d'establir aux villes de Salins, Dole et Gray, qu'il laissoit en oultre entre les mains de Vincent Scorsa pagador général de Sa Majesté provision de deniers suffisante tant pour le payement de ladicte graine, que pour subvenir aux aultres nécessitez de la saison, que bonne partie de

ladite graine se retrouvoit en la ville de Pontarlier et aux environs, d'où le charrois et conduitte pourroit en estre faict en chacune desdites villes, quand le transport en serait jugé nécessaire.

De quoy ledict marquis aiant, incontinent après le départ dudict Don Antonio, donné part au parlement jà précédemment informé de Fadvis de ceste provision, ledict j^^^^^ ^^ parlement avoit faict passer en la ville de Besançon près /pp^jJoSSSr de loi deux commis de son corps à la participation des- ^^ ^^^^ quelz et de quelques seigneurs de la province appelez à la conférence qui fut faicte en la maison dudict marquis sur ce subiect, fut prise résolution de, sans retardement quelconques, faire transporter auxdites villes ceste graine, la repartageant à proportion du besoing que chacune d'icelles pourroit en avoir, et fut a ce subiect requis ledict Vincent Scorsa de fournir des deniers, que ledict Don Antonio avoit, avant son départ, asseuré luy laisser en caisse les frais nécessaires pour le charroy et conduitte de ladicte graine qui (pendant l'absence des troupes que Son Altesse de Lorraine conduisoit en Alsace) pourroit plus facillement et sans risques se transporter.

A quoy ledict pagador, soubz quelque léger prétexte, s'estant excusé de complir, ledict marquis, à la participation susdicte, jugea nécessaire de l'en requérir et presser une seconde fois, et, en tous cas, de prétexter à rencontre de lui du détriment, que son refus causeroit au service de Sa Majesté , tant par l'occasion qui se perdroit de munitionner les villes, que par la perte dudict grain qui ne pou- i^ador.

.^ j ,. » 1 M * * Les TlUes de-

voit demeurer aux lieux ou pour lors il se treuvoit sans meurent sans

.. ,,^ if^*- 1 • approvisioaoe -

risque continuel à estre enlevé et saisi par les ennemis. meots.

Mais ces raisons et réitérées instances n'aians peu prévaloir en l'esprit dudict pagador pour l'induire à la fourniture desdicts fraictz s'excusant tousjours d'y satisfaire sous des respectz peu considérables, lesdictes villes demeurèrent Les grains tomsans provisions, et ladicte graine à la mercy desWeimariens pouYo\r%s au pouvoir desquelz elle tomba peu de temps apprès. ^-y^^^^

PrisedeBriaeh La viUe de Brisac estant rendue (19 décembre 4638), sa dicte Altesse fist repasser les troupes au pais avecq ordre de reprendre leurs quartiers en la montaigne ; ce qui tenoit ledict marquis en grande peine et perplexité, tant pour les dommages irréparables qu'il prévoyoit debvoir estre causés par ces dîcts logemens que par les rescriptions du parlement et les instances du peuple qui le sollicitoit d'en procurer diversion. Ce que néanmoins lui estoit impossible pour ne debvoir ny pouvoir contredire l'auctorité de Sadicte Altesse, qui avoit le gouvernement et commandement ab-

Retour du Duc, , , , ,. r ,. • i *

wf troupes solu de ladicte armée, et disoit ce logement estre necesmontagnes, sairc, tant pour la subsistance de ses troupes, que pour l'asseurance de la fronctière, qu'il convenoit fournir pour tenir à couvert tout le reste et les advenues des villes contre lesquelles les troupes Weimariennes sembloient tenir teste. Si bien que ladite montaigne d'un boult à l'aultre estants remplie de quartiers sans qu une seule contrée, terre ou village fut exemptz de logement, les troupes se trouvant éparses par tout avecq mesme licence et liberté qu'auparavant, le commerce et la culture des héritages, dont par l'effect de la conférence susdicte l'on se promettoit le res. tablissement, fut plus qu'auparavant interdict, la conduicte des matériaulx en la ville de Salins pour la cuitte du sel et le transport du grain de la ville de Pontarlier pour le munitionnement des aultres villes, absolument empesché et _____^ divertie.

163»! Ces logemens prétendus avecq tant d'instances par les

officiers, aussy bien pour la convenance de leurs propres

intérêtz que pour la conservation des montagnes qui en

estoit le prétexte, n'empeschèrent pas les troupes Wei-

janvier 1639. ro^r^ôunes d'attaquer la fronctière et d'entrer dans le pais

^* rienî"*" comme ils firent au commencement de janvier de Tan

®°^^®JJ^"^^|®«1639, s'estans sans résistance quelconque emparé de la

vallée de Morteau, en laquelle tant de troupes avoient

quartier. La facilité qu'ilz y rencontrèrent leur fist prendre

asseurance de pousser plus avant leur conqueste, si bien qu'en peu de temps, par la foible résistance des troupes auxiliaires, ils se rendirent maistres de tous leurs postes et prindrent la ville de Pontarlier,le cbasteau de Joux^la ville de Sainct-Claude, les ville et cbasteau de Noseroy, le cbas* teau Villain, le cbasteau de La Cbaux, le cbasteau d'Usier, la Rivière, et plusieurs aultres places de la montaigne ; et conséquamment lesdictz grains, par les reffus obstinés dudict pagador, demeurèrent en leur pouvoir.

Geste soudaine et violente irruption, faite au mesme temps que son Altesse se trouvoit incommodé de sa santé, et que les peuples, surcbargés par l'estendue des quartiers et logements susdictz, estoient grandement abbatus et desgoûtez, causa partout ung trouble fort dangereux, et mist la province en discrime tout apparent de se perdre. Ledict marquis tacba d'y remédier et d'amortir ce péril aultant que la nature du mal qui le causoit, et la portée de son ^"stMa^rtiD? auctorité, qui ne s'estendoit qu'au gouvernement de ladicte noïleSw. ^^ province et non des armées, le pouvoit permettre.

Et premièrement escrivit à ce qui restoit de noblesse audict pais, de se mettre en estât et monter à cbeval au premier ordre qu'ilz en recepvroient, pour le venir trouver, et tous enssemblement suivre Son Altesse de Lorraine là où elle seroit servie de se transporter pour arrester les conquestes de l'ennemi.

Secondement par l'advis de sadicte Altesse et du duc de Savelli, qui pour lors se retrouvoit en la ville de Besançon, il envoia par courriers exprès une despescbe à son Altesse ^lt^^\ * Roialle, pour l'informer et resservir de l'entrée du duc de Weimart avecq son armée en la province, et du péril esminent et quasi inesvitable, auquel pour ce subiect elle se trouvoit exposée, afin qu'elle fut servie d'y ordonner le secours convenable pour en empescber l'invasion. Il envoia pareillement ung courrier exprès à Sa Majesté impérialle, pour la resservir de mesme advis, afin que, par quelque

diversion qu'elle seroit servie d'ordonner^ ledict duc de Weimart fut contrainct de se retirer.

Ces debvoirs ainssy faicts au dehors, ledict marquis, pour munitionner aulcunement les villes et les chasteaax ^ .. ^ scituez aux advenues d'icelles, fist ordonnance à ceulx du les places, plat pais de s y retirer, et d y transporter ce qui leur restoit de provision de grains, et aux magistractz desdictes villes de se tenir sur leurs gardes^ et par bonne union et intelligence avecq les commandantz des armées concourir ensemblement à la deffense et conservation de leurs postes, et particulièrement en la ville de Salins, qui sembloit la plus menacée etladeffence d'icelle plus diflGcille, tant à raison du cbasteau de Grimont conquis précédemment par le duc de Longueville, que des aultres postes de la montaigne occupez tout récemment par les Weimariens.

Et comme la ville de Besançon, quoy que dépendante de l'Empire, est sous la protection des armes de Sa Majesté, ledict marquis jugea estre expédient et nécessaire de pourvoir à la conservation d'icelle comme très-importante au reste de la province. A cest effect il fist des traictez et conventions avecq les citoiens de ladicte ville pour introduire en icelle des troupes auxiliaires au solde de Sadicte Majesté . L'accord qui en fut proposé fut débattu de plusieurs et différentes difficultez, tant au regard du commandement desdites troupes que lesdicts citoiens vouloient dépendre de leur ordre, que pour l'entretien et nourriture d'icelles, dont avant les admettre en leur cité ils désiroieni avoir asseurance et caution restante juridique à leur auctorilé, comme aussy pour le deslogement desdites troupes qu'ilz vouloient estre agréé et ordonné par le gouverneur de la province à la première instance que par eulx lui en seroit faicte. Toutes lesquelles difficultez aiantz esté ter- Deux régiments miuées, furent introduictz en ladite ville les deux régiraens ' fiMaoçllii.^ fantassins des Comte de Saint-Amour et commandeur de Saint Maurice, ausquelz fut deslivré subsistance et le pain

de munition avecq grands soins et peine dudict marquis, qui le plus souvent avoit esté contrainct d*emploier son crédit pour y satisfaire.

Le surplus desdictes troupes s'estant retiré de l'aultre costé de la rivière du Doubs, lesdictz Weimariens faisoient contribuer tous les postes de la montaigne jusques à deux heares prez de Besançon et de Salins. Son Altesse de Lor* raine, recognoissant lesdites troupes trop foibles pour empescher ladicte contribution, ûst encore venir quelques régimens qu'il tenoit aux frontières de Lorraine, avecq lesquelz et le surplus de ses troupes, marcha pour secourir ^^^^ ^® j le diasteau de Beauvoie, que lesdits Weimariens, soubz le ^^Y^BtuSt^^ commandement du colonel Roze, avoient assiégé : lesquelz, sur Tadvis de l'arrivée de sadicte Altesse, se retirèrent avecq perte de quelque de leur bagage.

En ceste conioncture^ ledict marquis, voiant Son Altesse ^Trii i639. en résolution de se retirer avecq ses troupes hors du pais, JSf^HuîSottn» Iny fist instante prière et suplication de ne vouloir l'aban- pr^mté. donner en ce besoing, et considérer que lesdicts Weimariens jà fortifiés par la conqueste de tant de places qu'ilz tenoient en ladite montaigne , voiant le départ desdites trouppes laisser la Bourgougne sans defîence, entreprendroîent sans doubte de s'en emparer avecq aparance manifeste de réussir, rien ne pouvant apprès ceste retraitte leur estre opposé. Saditte Altesse, néantmoins appelée pour d'aultres exploictz ailleurs, partit dudict pais avecq ii part au comsesdites troupes, sur le commencement du mois d apvril de d'ayrii 1639. et l'an 1639, laissant en icelui le régiment de cavalerie dudict °Eu7dépiora?' marquis et celui du baron de Savoieux faisant les deux Pr.-comté. environ cent cinquante chevaulx «ivecq les deux de fantassins susdits logez à Besançon et les deux des sieurs de la Verne et de logez aux villes de Salins, Dole et Gray, composez les quatre ensemble d'environ quinze cens ou seize Le peu de cens fantassins. Ce qui est toute la gendarmerie qu'ap- restée' apn^s près le départ de sadite Altesse resta soubs le commande- ^^ ***^**

ment dudict marquis pour la deffence da comté de Boargougne, en mesme temps le duc de Weimar y estoit avecq son année tenant les places et chasteaux sus mentionnés » oultre ceulx conquis l'année précédente par le duc de Longueville, et ceulx que le Gouverneur de Honlbéliard avoit occupé sur la fronctiére d'Alsace et de Ferrette.

Si bien que ledict marquis, se voiant, au commencement de la campagne, avec tant d'ennemis sur les bras et si peu de forces pour leur résister, fut contrainct de faire de nécessité vertu, donnant premièrement advis à Son Altesse Royale du départ dudict seigneur duc avecq ses troupes^ et de Testât auquel par sa retraitte le comté de Bourgougne se retreuvoit. En mesme temps il fist une ample despesche au comte de Casate ambassadeur de Sa Majesté Agpei BOX près les treize cantons des Suisses, tant pour obtenir d'iceulx par son entremise les debvoirs qu'ensuite de la ligue héréditaire ilz sont obligez de contribuer en semblables occasions pour la conservation dudict comté , comme aussy pour savoir de Don Frédéric Henricq ambassadeur desadite Majesté près le sérénissime Archiduc dlnspruq, quelle assistance l'on en pourroit espérer en ce besoing, et par mesme voie adresser à M. Don francisco de Mello, qui pour lors se retrouvoit en la ville de Milan, une dépaicbe, par laquelle lui estoit faicte particulière dépeintion du périlleux estât de ceste province par le peu de moiens que ledict marquis avoit en mains de la deffendre et conserver. II fist en diligence remettre quelque somme de deniers, par l'assistance desquelz il mit ordre sans perdre temps pour, à la participation du parlement, achepter bonne quantité de grains qui furent distribués Provwonsftui aux vilIcs de Sali^s, Dole et Gray, selon le besoing que chacune d'icelles pouvoit en avoir, tant pour l'entretien et subsistance des troupes y logées, que pour s'en prévaloir à l'occasion d'un siège. 11 fist faire en chascune desdites villes des ouvrages et fortifications pour de tant mieux en

affermir la deffence. Celle de Salins estant comme assiégée par les postes que les François et Suédois occupoient aux environs d'icelles, ledict marquis, qui n'avoit le moien de les attaquer à forces ouvertes, tascha de les en déloger par surprises. Ce qui réussit si heureusement que les villes et j,^^^chasteau de Noserois, Chasteauvilain et LaChaui, par le,,iA. cbanz, bon ordre qu'il y apporta^ furent remis soubs Tobéissance '«?'*»• de Sa Majesté, le défaut de deniers aiant empesché l'effect de la négociation qu'au mesme temps il avoit mis en terme pour la réduction du chasteau de Griment.

La ville de 6ray d'aultre costé grandement affoiblie par la perte du chasteau de Montereux, duquel auparavant les François s'estoient emparés, il mit ordre pour les en déchasser , et résolut de marcher avecq ce qu'il avoit de troupes à cest effect contr'eux ; ceux-ci en estant advertiz s'en retournèrent^ après y avoir mis le feu.

Les ennemis, chacun selon leurs interestz formant de ceste foîblesse leurs desseingz, d'un costé les Weimariens disposoient leurs troupes, en sorte que les plus sensés jugeoient, à la contenance d'icelles, qu'ils en vouloient à la ville de Besançon. Les François d'aultre costé s'assembloient sur la lisière de la Saulne avecq bon nombre de troupes, faisant mine de marcher contre ladite ville de Gray. De quoy ledict marquis, qui pour lors se retrouvoit en la ville de Besançon, recepvant à tous momens de divers endroictz des advis uniformes, après avoir mis l'ordre qu'il jugeoit nécessaire à Besançon, se résolut de passer en diligence à Gray pour mesme subject, où il receut confirmation des précédens advis. En effect, deux jours après, lesdictz François, avecq bon nombre de troupes, parurent à la portée du canon du costé de la porte haulte de ladite ville ; et, au lieu d'y former un sciège, comme l'on se figuroit, l'infanterie d'abord se mist à faire le dégast et couper cnuos coupés les grains, pendant que leur cavallerie voltigeoit à la veue dê^ eny. des rempartz pour attirer les bourgeois à quelque sortye

funeste. Ce que remarquant, ledict marquis empescha lesdicts bourgeois de sortir, et fist en mesme temps, à la faveur de la contrescarpe, glisser quelques mousque tiers, lesquelz, soustenus par le canon qui fist bientost escarter ladite cavalerie, contreignirent les coupeurs de grains de cesser. Ce qui obligea les ennemis, voiant lesdits bourgeois ne faire aulcune sortye et le canon du rempart qui Uroit sans cesse incommoder leurs troupes, de se retirer, comme ils firent derrière le couvent des capucins^ attendant quelque meilleure occasion. Le lendemain, avant la poincte du jour, ledict marquis estant sorty avecq ce qu*il avoil peu mettre ensemble de cavalerie et d'infanterie, après avoir mis ordre sur le rampart pour la batterie du canon, marcha contr'eux à desseing de les charger, ce qui les contraignit de se retirer en dilligence contre la rivière de Saulne, au passage de laquelle ils perdirent plusieurs hommes et chevaulx, qui furent noyez, laissant dans leur camp des chariotz et charettes de munitions, que ledict marquis fist mener en la ville.

Les Weimariens, apprès la perte des ville etchasteau de Noseroy, chasteau Villain, et La Chaux , avoient assemblé quelques unes de leurs troupes, dont la disposition sembloit présager, comme sus est dict, ung sciège pour Besançon. Mais en effect ils ne visoient qu'5 estendre les contributions et affermir celles qui jà leurs estoient asseurées. La maladie du duc de Weimart, qui de jour en aultres alloit croissant, les avoit retenues de faire aultre entreprise. Pendant ce temps, ledict marquis alloit, tous aultres moiens lui manquant, continuant ses pratiques et négociations, pour reconquester les chasteaux de Griment et de Joux, comme places importantes, et de la perte desquelles la province recepvoit plus d'incommoditez. Mais le manquement de deniers lui en fist pour lors encore perdre le fruict et l'occasion d'en réussir.

La quaisse roialle se trouvant si peu fournie qu'oultre la

RJGITS HISTORIQUES. 395 ^^'

difficulté grande qu'il y avoit d'en tirer Tentretien des troupes qui, par faulte de subsistance/ s'alloient de jour en aultres ruinants et dissipantz, le peu d'argent que de temps en temps par ordre du seigneur Don Francisco y estoit remis par la voie de Milan, debvoit estre en partie distribuez par les ordres communs dudict marquis et du parlement, tellement que, n'en aiant pas seul la disposition, il ne pouvoit le plus souvent agir auidites négociations avecq le secret et la scellerité que la nature et la condition de semblables affaires requiert.

Et, comme la conservation de la province dépendoit du maintien des villes principalles, la campaigne^ pour la faiblesse des troupes, ne pouvant estre deffendue^ ledict marquis, à la participation dudict parlement, faisoit de temps en temps emploier le peu de deniers qui se remettoient en la province, et, à mesure que l'on les recepvoit, tant à apprôvîsioone l'achapt des grains pour fournir les magasins qu'à la con- et les foruiie. tinuation des ouvrages commencés pour le parachèvement des fortifications de Salins, Dole et Gray; mais lesdictz deniers, qui suivant l'ordre dudict seigneur Don Francisco se debvoient remettre et fournir par mesates, arrivoient Gonstumiérement sy tard que, les provisions ne se pouvant faire à temps, le prix en estoit beaucoup plus cher et la denrée plus mal assaisonnée, d'où provenoitque de ce peu d'assistance ne se pouvoit tirer Tadvantage qui en estoit certain si la fourniture s'en fut faicte conformément aui ordres susdictz.

Les advis de la maladie du duc de Weimart et du peu d'espérance de sa restauration continuant, ledict marquis, avecq le peu de forces qu'il avoit en main,taschoit de temps en temps d'en tirer quelque occasion d'incommoder ses troupes, et de relressir et retrancher tousjours quelque partie de leurs contributions ; de quoy et de la maladie LcsVeymariens susdicle lesdicts Weimariens prindrent subject de se retirer S brûîam de St-Claude et de Ponlarlier, après avoir mis le feu à l'un ^^'oD^ilcr. '^

et i Taultre, et de quelques anltres postes qu*flz atoîent occupé dedaas les montaignes. Ek, peu de temps après Mort estant survenue la mort dudict duc, ils se retirèrent de toute la proTince, laissant ung gouverneur avecq forte garnison dedans ledict chaslean de Joux, pour maintenir le paiement de leurs contributions.

Don Antonio de Sermiento, retourné par ordre de S. M. en Bourgougne, jugeant la retraicte des Weimariens et ia mort de leur chef estre une occasion favorable pour la resoMiT^hâ^ conqueste dudict chasteau de Joux, en fist par lettres de aoiii. quelque proposition audict marquis» qui pour lors se reti*ouvoit incommodé de sa santé en la ville de Gray, luy persuadant d'entreprendre le siège de ceste place ou de lui en laisser Teiécution à raison de son incommodité, donnant ordre au peu de troupes qui estoient au paîs de le suivre et obéir en ceste occasion. A qnoy ledict marquis répliqua ce siège requérir plus de forces que lesdites troupes ne pouvoient fournir, que ceste place ne pouvant estre attaquée ni prise sans canons, il n'avoit attirail ni troupes suiBsantes pour le conduire et que ce seroit imprudence d'hasarder de le mener avecq si peu de forces en cest exploict, de tant plus mesmes que les Suédois, par lesquels ladite place avoit esté, conquise estant alliez et confédérez avecq les François, bien que le duc de Weimart fut mort et que ses troupes parussent trop éloignées pour la secourir, lesdicts François ne manqueroient d'y accourrir, principallement en ceste conjoncture que le Roy de France retournant du siège de Hédin estoit avec son armée aux frontières de la province sur la marche de Langres à Dijon, y allant de l'honneur de ses armes et de sa couronne d'en maintenir la conqueste à ses alliez, que par oonséquens l'entreprise de ce siège au lieu de produire l'advantage que l'on se promettoit nous altireroit les ennemis sur les bras, et qu'il seroit plus à propos et plus asseuré d'en procurer le restablissement par indusli ie et par la continualioo des

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