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LES DEUX BOURGOGNES

Quand on voit, dans le cours du xv<^ siècle, les Etats du duché et du comté convoqués dans les mêmes circonstances, délibérer, quoique séparément, sur les mêmes demandes, partager les mêmes périls, les mêmes hésitations, les mêmes résistances, on croirait voir, à cette époque de leur histoire, les deux pays en possession des mêmes libertés.

Les Etats du duché sont plus anciens que ceux du comté; et, sous ce rapport, on supposerait qu'ils ont eu une plus grande autorité.

Ce serait cependant une grave erreur. Le duché, fief de France, détaché du royaume par le roi Jean au profit de son fils Philippe le Hardi (1364), suivait souvent les destinées de la France, et, par ce motif, était plus assujetti que le comté de Bourgogne, qui n'avait pas à répondre à deux souverainetés. On voit dans le duché les réquisitions des

(1) Recès de 1666, Dbtrote, III, 289.

(2) Voy. Papiers des Etats, lettre T. n» 60.

rois de France (1); des subsides y sont levés pour leurs besoins, pour la rançon du roi Jean, pour le passage armé de Charles VI en Angleterre. Ce sont les commissaires royaux qui nonunent le receveur général de ces aides toutes françaises.

Libres au contraire de sujétion vis-à-vis de la France, nos Bourguignons regardaient d'un œil de supériorité le sort de leur pays. Lorsqu'ils le comparaient, non sans pitié, à celui de leurs voisins, ce sentiment de commisération se traduisait dans un langage plein de fierté : « Au delà du € chemin romain, disaient-ils dans un texte de 1427 que j'ai le premier exhumé de l'oubli, c au delà du chemin c romain^ qui va de Besançon à Langres^ sont les gabelles^ c impôts et servitudes royales; en deçà les nobles libertés € de la franche-terre de Bourgogne (2). d

Combien cet orgueil s'augmentait encore , quand nos Bourguignons entendaient Charles le Téméraire, peut-être dans un accès de dépit et de colère, comparer entre elles les deux Bourgognes, et appeler le duché une dague de plomb ^ et le comté le jardin de Fhonneur ! I {S).

Je termine ici cette première partie de mon travail, et je vais parcourir, dans la seconde partie, les règnes de chacun de nos princes, depuis 1384 jusqu'à ravènement de Philippe II, puis dans la troisième, les temps écoulés dès lors jusqu'à la double conquête de Louis XIV. J'indiquerai sommairement ce qu'ont été ces règnes au point de vue des

(1) Voy. plus loin, p. 52, à l'article de Philippe le Hardi, sous Tannée 1370, une déclaration de ce prince, qui s'engage, pour la durée de deux ans, à garantir ses sujets du duché contre les subsides qui seraient jetés sur eux par les rois de France.

p) Voyez mon Essai sur l'histoire de la Franche-Comté , II, p. 220.

(3) Jules Ghiflbt, dans ses Mémoires manuscrits sur la Franche- Comté, raconte comment ce propos, recueilli dans le temps, s'est transmis par un seigneur de la maison de Grammont.

50 K l : PUBLIQUES DE LA FRANCHE-COMTÉ.

libertés publiques, retraçant en articles séparés, et sur une durée de quatre cents ans, les diverses sessions des Etats assemblés sous ces princes.

Nous aurons ainsi une histoire complète de nos États généraux de Franche-Comté, depuis leur première origine jusqu'à leur extinction définitive si amèrement regrettée de nos pères sous le plus absolu des rois.

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