‹ Histoire des états généraux et des libertés publiques en Franche-ComtéChapitre 12 sur 36 · JEAN SANS PEOR · texte numérisé non relu

JEAN SANS PEOR

Son funeste règne de quinze années est parfaitement connu. Etroitement allié par deux mariages au trône de Charles VI, le duc Jean fut plus d'une fois le régent et le maître du roi ; il bouleversa la France, fit tuer le duc d'Orléans (1407), et devint l'âme de tous les complots, tantôt au faite de la puissance et l'idole du peuple, tantôt obligé de fuir Paris, qu'il gouvernait par les bouchers. Ce prince meurtrier fut lui-même assassiné sur le pont de Montereau.

Son règne fut moins fatal aux Bourgognes qu'à la France. Ses embarras financiers qui égalèrent ou dépassèrent ceux d'un père mort insolvable, et son système de gouvernement qui l'avait fait l'allié des bourgeois et le défenseur des intérêts populaires (1), l'amenèrent à ménager les Etats, quelquefois jusqu'à la timidité. II sentait en effet le besoin de leur concours poar le vote des subsides. On le vit même appeler ce corps puissant à sanctionner ses traités (2).

D'autres fois, la même détresse pécuniaire le jeta dans une voie opposée. Il imposa d'autorité et sans le consentement des Etats les tailles dont il avait un urgent besoin ; c'est ce que je trouve du moins pour la ville de Salins, où une aide de 235 fr. fut imposée, avec ordre de la faire acquitter, au besoin, par cinquante des plus notables bourgeois (3) ;

(1) Aag. Thoerry, Hist, du tiert-état, p. 54.

(2) Lei Etats du duché de Bourgogne scellant le traité d*Arras de

un.

(3) 12 septembre 1411. Mandement de la duchesse Marguerite, par lequel elle escript à plusieurs des habitans de Bourg-Dessoubs, que

système odieux d'emprunts forcés qui n'est qu'une véritable confiscation (1), et qui ne fut que trop imité par Philippe le Bon son fils.

1404-1405. — Dan de joyeux avènement.

Ce n'est point ici une session des Etats, mais une commission donnée par le prince, suivant les anciens usages du comté.

Le duc Jean, se souvenant de ce qu'avait fait son père à son avènement comme comte de Bourgogne, suivit son exemple et envoya dans les bonnes villes et près des maisons religieuses solliciter officieusement une aide, et ce secours pécuniaire lui fut accordé.

Sur ce subside, le dernier de cette nature dont notre histoire ait recueilli la trace, il est un document contemporain dont Jules Chiflet, dans ses Manuscrits sur les Etats, nous a conservé le texte.

C'est une lettre des commissaires du duc Jean envoyés dans le comté de Bourgogne :

€ Jacques de Courjaux de Commercinus, chevalier, chambellan; Augustin Chufiain, bailly de Dijon, Oudard Doyeux, maistre de la Chambre des comptes, conseiller de M. le duc de Bourgoingne, et commissaires d'iceluy seigneur, pour recmillir et demander aux habitans du comté de Bourgoingne, tant gens d'église ^ comme aultres, ayde pour son joyeux avènement et nouvelle seigneurie du comté de Bourgoingne, à tous ceux qui ces présentes lettres verront salut ;

€ Savoir faisons que le S*^ maistre du Saint-Esprit de

Monsieur avoit de grans affaires, pour quoy elle reqnéroit d'eulz avoir 235 îr. Et pour ce, en cas que ceulx auxquels eUe demandoit la dite somme soient trop chargez de la payer, elle mande que la dite somme soit relevée sur cinquante des plus notables du dit bourg. (Délit' mtmtcip. de Salins ^ f» 48 ▼<>. Àreh. de cette vUle). (1) Picot, Etats généraux^ I, p. 129, 135.

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Besançon nous a libéralement accordé pour les causes susdites la somme de cent francs à payer à qui sera ordonné de la part de nostre dit seigneur pour recevoir les aydes à trois termes. Auquel maistre nous avons donné et donnons par ces présentes pouvoir et autorité de jeter et égaler la dite somme sur ses hommes, tant taillables que censables, et imposer à chacun sa portion, et voulons que chascun des imposés, comme dict est, soit contrainct à payer au receveur qui sera ordonné de la part du dit maistre la somme à quoy il sera imposé pour en faire paiement, au terme, ou receveur de mon dit seigneur. Sy donnons en mandement au baillif du dit comté et à tous aultres justiciers, officiers et sergents de nostre dit seigneur, et à chascun d'eux qui sur ce sera requis, contraindre, par toutes manières dues et accoustumées à faire pour les propres deniers de nostre dict seigneur, toutes appellations cessant, les délayans et refusans de payer ce que du dict ayde raisonnablement imposé sera par le dit maistre ou ses eslus dessusdits, et que du dit ayde ne contribuent aultre.part. Donné sous nos seels, le xviii janvier mccccv. Signé par messieurs les commissaires de nosdits. Marchand (1). »

Session de juin i410. — Dole.

Dans le cours de Tannée 1410, le duc éLiit à Paris, gouvernant la France sous le nom du roi et au milieu de désordres sans nombre. Il avait vainement appelé les principaux bourgeois du royaume à lui fournir de l'argent. Ses embarras augmentaient chaque jour. Dans cette situation pressante, il avait écrit à la duchesse, qui, en son absence, gouvernait les deux Bourgognes, de rassembler immédiatement les Etats, soit à Dijon, soit à Dole. Les gens du

(1) Manuscrit de Jules Chiflbt intitulé: Recès des Etats, tom. I'^ p. 228.

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duché votèrent 20,000 fr., ceux du comté 8,000 fr.; mais ils avaient fixé des termes éloignés de paiement, et le duc ne pouvait attendre. Il écrit alors à la duchesse de hâter l'envoi du subside. Sa lettre respire une sorte d'inquiétude et de crainte en face d'un corps qu'il redoute, c II faut, « dit-il, les requérir que aimi le veuillefil consefUir, si « bomiement faire se peut, sans trop de charge pour eux, ft de anticiper les termes de paiement, le premier à Noël <t prochain, qui est le terme que nos autres bonnes gens « de nostre comté de Bourgongne ont accordé de nous c payer la moitié de l'ayde, qu'ils nous ont semblablec ment faict et octroyé à nos dites affaires, qui sont telz (t et si grands que pavez savoir (1 ) . »

Ce langage si remarquable s'explique, quand on sait que, pour la levée et l'entretien des gens d'armes que de toutes ses provinces il faisait venir à Paris, il avait fait de grands emprunts, qu'il n'avait obtenus qu'en engageant bonne partie de ses joyaux et de son argenterie. En même temps, cherchant un autre moyen de faire face à l'extrême nécessité, il ordonnait la confection d'un rôle indiquant tout ce que possédaient ses officiers, afin d'en tirer emprunts sous peine de suspension. Lui qui avait tant flatté le peuple de l'abolition des impôts, il levait une pareille capilation : les moins imposés payèrent six écus d'or par famille, et ces taxes forcées étaient exigées avec la dernière rigueur. Quel contraste dans sa conduite si timide en face des Etats de Bourgogne !

Session du 5 juillet 1413. — Arbois.

La puissance du duc, des bouchers et des cabochiens baissait sensiblement dans Paris. Le dauphin et le roi allaient sortir de la servitude où ce prince les avaient ré-

(1) Àrch, de la Côte-d'Or. Etats provinciaux, B. 289.

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duits. Dans cette ruine de son parti, le duc, profitant d'une partie de chasse, voulut, le 22 août, enlever le roi et ne put y réussir. Il ne restait qu'un parti à prendre : il s'enfuit brusquement de Paris et partit pour la Flandre, au milieu des malédictions des Parisiens. Et pendant qu'il écrivait aux villes de France qu'il allait rentrer dans la capitale, il y laissait les Armagnacs maîtres de la personne du roi et du gouvernement delà France.

On voit, dit D. Plancher, par les mandements de la duchesse de Bourgogne, qu'elle avait, dés le commencement de juin, sollicité les trois Etats du duché d'accorder un subside pour l'entretien des hommes de guerre, mais qu'elle rencontrait de la résistance. Le 10 juin, elle en écrivait au duc. Sur sa réponse, elle convoqua, le 16 du même mois, ceux du comté à Arbois pour le 6 juillet (elle devait s'y rencontrer), et ceux du duché une seconde fois à Dijon pour le 15. Etant tombée malade, elle remit l'assemblée au 2:2. Les Etats se réunirent au jour et au lieu indiqués. Ceux du comté accordèrent 6,000 fr. qu'elle demandait, ceux du duché 15,000 fr., le tout afin d'assurer l'entretien des troupes en diverses places pour la sûreté des deux Bourgognes. Tandis que le prince annonçait hautement son retour prochain à Paris, il écrivait secrètement à la duchesse de lui envoyer en hâte des seigneurs bourguignons pour l'accompagner dans sa fuite.

Un peu après, furieux d'avoir perdu la possession de la personne du roi et la domination du royaume, il reprend les armes et, à la tête d'une armée, marche sur Paris. Cette campagne se termine en 1414, sous les murs d'Arras, par un traité où l'on voit intervenir les trois Etats de Flandres, soit pour préparer la paix, soit pour la sceller (1).

Partout accroissement de la puissance des Etats.

(1) MONSTRKI^ET, liv. I. ch. CXXXIU.

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