CHARLES LE TÉMÉRAIRE
CHARLES LE TEH£RAIRE<i>
Nous connaissons aujourd'hui dans notre Bourgogne dix sessions des Etats sous le gouvernement du duc Charles, qui a duré à peine dix ans. Jusqu'à ce jour, les historiens n'en avaient recueilli que deux, en nous laissant même dans une ignorance complète sur les luttes vives et persévérantes, qui, dans nos assemblées provinciales, signalèrent ce règne si agité.
Nous venons de voir s'achever l'une des époques les plus florissantes de la maison de Bourgogne. Les Etats ont grandi sous le règne du duc Philippe. Les règles de notre droit public se sont étendues et précisées ; les droits de la nation ont été reconnus par le prince ; s'il n'en est pas le premier fondateur comme Philippe le Hardi, son aïeul, il peut en être considéré du moins comme l'heureux et libéral organisateur.
(1) Ghastellain compare en ces termes le duc Charles à son père : « La tournure du visage un peu plus ronde que le père, mais estoit de clair brun, avoit des yeux clairs et rians et angl61iquement clairs... . avoit la bouche du père grosette et yermeille. .. . portoit un vif teint clair brun, beau front et noire chevelure épaisse, blanc col et bien assis, et en marchant regardoit vers terre, avoit fieu^nde telle fois, en commençant, de sa raison empêchée à la tourner dehors, mais mis en train fut très-éloquent. Avoit beau son et clair.... estoit sage et discret de son parler, orné et compassé en ses raisons beaucoup plus que le père. »
Il trace ainsi le portrait du duc Philippe : « Il estoit de taille moyenne, ses membres estoient robustes et bien proportionnés, ses os larges, ses veines gonflées et pleines de sang, sa figure longue, les lèvres d'un rouge vif, le nez long et droit, un teint brunâtre, des yeux pleins d'expression, des cheveux flottant entre le blond et le noir, d'épais sourcils qui se retroussoient comme des cornes dans les moments de passion. »
Un nouveau règne commence. Ni au physique ni au moral, Charles le Téméraire ne ressemblait à son père, si l'on en excepte la bravoure, Tamour de la gloire et la passion delà magniGcence. Il n'en avait pas non plus les faiblesses sensuelles, respectait l'union conjugale, et n'avait, comme dit Chastellain, ni mollesse ni lasciveté.
Par contre, son caractère violent, impétueux, intraitable, le rendait capable d'oser tout, même l'impossible. Son orgueil sans borne, son invincible opiniâtreté ne connaissait ni obstacle ni conseil (1). c II estoit, dit le même historien c qui l'a vu de si près, il estoit né en fer, tant aimoit, se c délectoit en armes et en champs floris de harnas, estoit c tout à labeur et à dur. i»
Doué d'une constitution vigoureuse, habile jouteur dans les lices, maître dans tous les exercices du corps, lettré par son éducation, amateur passionné des livres de guerre et des romans de chevalerie, il parlait mieux que son père, et, devant les assemblées, son âpre et rude parole, d'abord embarrassée, devenait facile, on dit même éloquente.
Ce qui lui manquait absolument, c'était la bonté et l'affabilité de son père. Aussi l'un était l'idole de ses peuples; l'autre en fut souvent la terreur.
Philippe était généreux jusqu'à la prodigalité, Charles donnait peu, et toujours avec calcul et réserve.
On eût pris l'un pour un roi à la grâce majestueuse de sa personne (2) ; l'autre, pour un souverain d'Orient, qui veut voir l'univers à ses pieds. Il était dur pour les nobles de
(1) • n estoit si fier et si paissant qaanul appétit il n'estoit à ployer, sinon à son singulier et bon plaisir, t (Ghastbllàin, tome V, p. 372.)
(2) Son semblant seulement le jugeoit empereur, et Taloit de porter couronne, seulement sur les grâces de nature, se monstroit en terre comme une estoile au ciel, et parloit son viaire, se sembloit, disant : Je suis prince, t Déclaration de tout les haut» faits et glorieuses adveniures du due Philippe de Bourgongne. (Chàstbll4in, Œuvres, édit Buchon, 1837, p. 506.)
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sa COUT, inexorable pour la moindre faute ; devant son commandement il fallait plus que Tobéissance, c'était la servitude (1). Toujours craint, quelquefois terrible, il méprisait les hommes, à peine peut-on dire qu'il ait eu jamais un ami (2).
Philippe laissa ses peuples dans la prospérité et l'abondance, Charles dans la désolation et la plus affreuse ruine.
Session de i468.
Charles arrivait au pouvoir, avec la pensée réfléchie que son père avait été trop bon, et que les peuples se gouvernent avec un sceptre de fer (3) ; c'est dire assez quel cas il allait faire des Etats.
Il eut l'occasion de le montrer, dès le commencement de son règne, dans une session de ceux de Flandre. Après sa sanglante et terrible victoire sur les Liégeois, il s'était rendu à Bruxelles, puis à Mons.
c Là estoient, dit Chastellain (4), les trois Estats du pays c venus par son mand, et en partie aussy en faveur de luy, c pour lui conjouyr. Et là fit-il une demande de 300,000 a livres tournois en monnoie, qui montant cent mille lions c en or. Et combien que la somme montast à beaucoup (ce € sembloit à aucuns), et qu'elle estoit dure à prendre sur
(i et 2) « Rnde et dur à ses gens en diverses manières non apprises, « par espécial es nobles hommes lesquels il maintint et voult asseurer
• en estroites servitudes, comme de Taudienoe où il feilloit estre enclos, « trois fois la semaine, comme à un sermon... E t se d'avanture il chéit f à mesprendre à qui que ce fut, en cas encore dispensable, si conve-
• noit-il encore porter la correction volontaire, et parquoy^ beaucoup « de gens de bien s'en tannèrent et en devinrent tous tous frois. » (Ghas- TXLLAIN, V, p. 149.)
(3) € n avoit déclaré aux Bruxellois que, si un jour il estoit duc, il le leur feroit bien sentir, que son père avoit esté trop bon, et leur avoit donné richesse et orgueil, t (Chastbllain, tome V, p. 280.)
(4) Cbastillain, liv. YIIl, ch. XLII.
c le povre peuple, ce luy remonstroit-on, et répliquèrent c longuement les dits trois Estats par maintes excuses et c belles raisons ; toutesfois par conclusion leur fut dit que € s'en apaisassent, et qu'ils s'en tinssent à peu de refus, car € force leur estoit et seroit de l'accorder, et de non en rec pincier rien. >
Cette attitude du prince dès la première session des Etats, donne la mesure exacte de ce qu'il sera dans celles qui vont suivre (4).
Session de U70 (2).
Le duc Charles pouvait se considérer comme le prince le plus puissant de la chrétienté (3) ; aussi sa volonté devint sa règle, et, en 4470, les mêmes exigences s'imposèrent avec la même hauteur de commandement soit en Flandre, soit dans les deux Bourgognes.
En Flandre, il demanda à ses sujets un subside de cent vingt mille couronnes.
Dans nos provinces, de sa seule autorité et sans consulter les Etats, il jeta sur ses sujets, le 18 mai 1470, une aide sous forme de gabelle. C'était, on le voit, la mise à exécution de ce gouvernement absolu qu'il annonçait aux Flamands dès 1468. Seulement, voulant ménager les Bour-
(1) Gomines, beaucoup moins bien instruit sur ce sujet que Chastellain, parle d*un subside accordé au duc pour deux ans par ses Bi:gets, Mans y comprendre Bourgogne, Ce subside qu'il dit voté de bon cœur et à peu de requesfe se seroit monté à 350,000 écus. Ce récit est bien invraisemblable. Les archives des deux Bourgognes sont au surplus muettes à cet égard.
(2) Lettre du duc Charles, 10 mai 1470. {Archives de la Côte-^Or. Communication de M. Beaune.)
(3) « Depuis que le comte de Charolois eust esté duc de Bourgongne, et que la fortune l'eust mis si haut que ne fut Jamais homme de sa maison, et si grand qu'il ne connoissoit nul prince pareil à luy... » (GoMiMXS, liv. I, chap. XII.)
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guignons plus qu'autres de ses sujets, il déclara que cette gabelle ne durerait que deux années, après quoi elle serait abolie. Les Etats étonnés protestèrent; et, sur leurs réclamations, il fut convenu qu'aucune gabelle semblable ne serait imposée à l'avenir. Cette promesse, on le verra, ne fut guère accomplie. Mais dès ce moment on put tout craindre, et voir qu'en Bourgogne comme en Flandre, le prince avait le projet arrêté de se passer des Etats.
Quel était le motif de ces subsides ?
Pour lutter à armes égales, avec les armées permanentes créées en France par Charles VII, le duc avait décidé d'avoir à son service des troupes soldées de même nature. C'est ce qu'on a appelé les bandes d'ordonnance et la milice si renommée du duc Charles. Il l'avait établie dès les premiers mois de l'année 1470 ; cette force nouvelle ne pouvait se maintenir sans être payée, et au mois de mai, pour subvenir aux frais de ce service, le prince fit appel aux Etats de ses diverses provinces.
C'est à cette occasion qu'il demandait les 120,000 couronnes à ceux de Flandre, dans le temps ftiême où il frappait d'une gabelle sa province de Franche-Comté.
Une lettre fort curieuse du duc Charles, à la date du 9 décembre 1470, nous montre dans les Pays-Bas les mêmes exigences du prince, fondées sur la nécessité, et les mêmes résistances des Etats, basées sur leurs droits, c De quelle « part, écrivait-il aux communes de Flandre, pouvons-nous « attendre du secours, sinon de nos propres sujets, et comc ment les protéger, s'ils nous en refusent les moyens? Si € les magistrats d'une ville sont fondés à édicter et appli- « quer toute ordonnance qui peut être nécessaire à sa sû- « reté, cette autorité ne nous revient-elle pas à plus juste « droit, à nous qui leur déléguons leur pouvoir et leur c charge ? Avons-nous dépensé pour notre usage privé les « fonds que nous avons obtenus? Avons-nous épargné au- € cun de nos revenus pour le bien général? Avons-nous
c personnellemenl reculé devant aucun travail, devant auc cun danger, et demandé à d'autres de s'y exposer à notre c place? Si on nous laisse seul, si nous sommes défait et c battu, quel honneur et quel profit en résultera-t-il pour € la Flandre ? Nous ne pouvons croire que l'on veuille conc trecarrer l'exercice de droits qui appartiennent à tous « les princes, ou nous refuser les services que tous reçoivent € de leurs sujets. Nous ne croyons pas avoir rien fait qui c puisse nous mériter de perdre l'amour ou la fidélité de f notre peuple. Si Dieu néanmoins, en punition de nos € fautes, a ordonné qu'il en fût ainsi, nous ne résisterons c pas, et nous nous soumettrons à son bon plaisir. II ne c faut donc pas que nos peuples nous menacent et se souc lèvent contre nous. Quoique le ciel nous ait donné les c moyens de réprimer leurs desseins illégitimes, nous ne « souffrirons pas qu'ils commettent le crime de désobéis- € sance et de rébellion. Le jour où ils nous enverront des c ambassadeurs pour nous déclarer que notre gouvernec ment ne leur convient plus, et pour nous demander de € déposer le pouvoir et la souveraineté, nous satisferons à c ces demandes ; nous nous séparerons d'eux, le cœur plus € libre qu'ils ne se sépareront de nous ; car nous endurons € plus de soucis et de vexations dans leur intérêt qu'ils c n'en ont souffert jamais de notre part (1). >
Cette menace d'abdication devant un refus d'impôt paraîtra peu sincère de la part d'un prince aussi absolu et alors au faite de la puissance (2). Sa véritable pensée se montre à découvert et éclate dans sa réponse violente aux députés de Flandre, à l'occasion du subside des 120,000 couronnes qu'il demandait quelque temps après pour la
(1) Voir Hiit, de Flandres, par M. Kkewyn de Lbttbnhovi, 1, 176-
(2) M. KiUL {Hist. de Charles le Téméraire, II, 320 et s.) m'étonne tn igoutant foi à la sincérité de ces paroles.
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création de ses lances d'ordonnances. Il parla avec amertume du mauvais vouloir de ses sujets flamands, avec une sorte de mépris de leurs privilèges. « Vos crânes de Fla- € mands, leur dit-il, sont aussi durs qu'épais, et vous ne c manquez jamais de persévérer dans votre entêtement et
« vos opinions erronées Vous voudriez me priver des
c services de mes propres sujets quand ils me sont néces- € saires, sous le prétexte de vos privilèges qui sont tous c nuls. Par cet acte même vous les anéantissez. Ah ! c vous direz que j'ai juré de les maintenir. C'est vrai. Mais c vous aussi vous avez juré de me servir et de m'estre fic dèles et obéissants sujets. Je sais bien qu'il y en a parmi c vous qui me bayent ; et entre vous, Flamands, avec vos « testes dures, avez tousjours contemné ou hay vos princ ces. Car quand ils n'estoient pas bien puissants, vous « les contemnastes ; et quand ils estoient puissants et que € vous ne leur pouviez rien faire, vous les hay tes. J'aime € mieux que vous me bayez que contemnez. Ne pour vos « privilèges ne aultrement ne me laisseray fouler ne entref prendre rien sur ma hauteur et seigneurie, et suys « puissant assez pour y résister (4). -»
Ainsi parlait le duc de Bourgogne. Ce langage outrageant et hautain, il n'eût jamais osé, dans ses plus grandes colères, le tenir à nos Bourguignons qu'il aimait et ménageait. La Bourgogne, dont il portait le nom, était le berceau de sa famille et le sien, la pépinière de ses chefs de justice, des ses ministres, de ses meilleurs vassaux. Il n'en avait pas, comme dans les Pays-Bas, détruit les villes rebelles, car aucune ne se révolta jamais contre lui. Le peuple bourguignon lui donnait des sujets fidèles, d'excellents soldats, qui, comme il le dit lui-même, formaient le tiers de son armée. S'ils n'étaient pas aimés des Flamands, s'ils en
(i) Ibid. p. 328. Cette réponse aux députés de Flandres est du 21 mai 1470.
étaient même profondément haïs, c'est que selon l'expression de Comines, c'est eux qui dans les états du duc avaient la grande autorité (1).
Us la méritaient par une indomptable fidélité. C'est aux Bourguignons qu'entre tous ses peuples, il avait, comme son père, confié le vieil étendard de Bourgogne. C'était leur honneur héréditaire de le posséder ; ce drapeau, au fond rouge, à l'aigle d'argent, anciennes armes de Bourgogne (2), était l'étendard même du prince ; en temps de paix il était déposé à Salins, et dans les jours de guerre, déployé prés de sa tente, ou porté à côté de lui au milieu des combats (3).
Les Bourguignons, c'était sa troupe d'élite (4), celle sur laquelle il comptait le plus, gens de gaillarde fiet^té et de furieuse résolution, à qui étaient résenées les périlleuses entreprises ou l'honneur envié d'être presque toujours à l'avant-garde (5).
Mais, il le savait, dans leurs assemblées nationales, ils étaient aussi résolus que sur les champs de bataille. Leur résistance, obstinée comme leur nature d'airain, n'était ni la révolte ni la rupture ouverte. Elle n'en avait que plus de force et plus de durée. Charles dans sa toute-puissance put faire violence à leurs franchises, mais il se brisa contre leur calme et inflexible patience ; ces libertés ne périrent pas et lui survécurent (6) .
(1) CoMiNM. Liy. V, ch. XVI.
(2) Antérieures à 1284, époque où Otton IV, comte palatin, adopta le lion billeté.
(3) Mémoires de G^llut, anc, édiLy p. 96.
(4) Ihid. p. 123.
(5) Ihid. p. 125.
(6) On pouvait à bon droit leur appliquer ce que dit Meyer des peuples des Pays-Bas : Ut nulla gens liberior, Ua suœ libertatis nulla usquam pertinador vi$^dex.
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Sessions d'avril et mai i47i (i).
Dès les premières années du règne du duc Charles s'étaient manifestés le désordre et les embarras de ses finances. Ils avaient pour cause ses guerres et sa prodigieuse magnificence (2).
Aussi, on le voit, dès cette époque à la recherche des moyens de se procurer de l'argent, qui rappellent les plus mauvais jours du duc Philippe, son père : emprunts forcés (3), gabelles, impôts sur les confréries et familiarités de St-Antoine et de St-Martin (4), prélèvement d'une année de revenus demandé aux possesseurs de bénéfices (5) ; taille dans les terres des nobles en Bourgogne comme en Flandre; il marchait à une lutte ouverte avec les Etats.
Déjà la défiance s'emparait des esprits. Qu'allait-il advenir en face d'un prince aussi impérieux que puissant (6), avec lequel les concessions et les refus avaient également leurs dangers.
Sous des formes contenues, l'aigreur d'un côté, la menace de l'autre, commencèrent à se montrer dès 4474. Je trouve dans les archives de la ville de Dijon, à la date du 8 mai de cette année, une lettre du président Jouard, mandant aux habitants que les Etats du Duché et du Comté n'ont voulu, sous prétexte de trêve, accorder aucun subside an duc pour ses gens de guerre ; mais que dès lors les ennemis sont entrés déjà bien avant dans le pays ; qu'après la séparation des Etats, plusieurs députés ont proposé de
(1) V07. lettre du président Jouard, citée dans le texte.
(2) • En la deuxième année de son régime (1468) que j'escrips ce f chapitre, n avoit prince en terre de telle magnificence et tel appa- • reil. t (Chabtsllain, tome V, p. 371.)
(3, 4 et 5) Délibération du chapitre de Besançon, 8 mars 1471 (n. s.) (6) € 11 estoit si fier et si puissant qu*il n'estoit à ployer, sinon à son « singulier, bon et seul plaisir. » {Ibid. p. 372.)
les rassembler de nouveau pour remettre la matière en délibération ; en conséquence il leur fait savoir que les Etats du Duché sont convoqués le 26 mai à Dijon, ceux d'outre Saône le 28, et ceux du Comté le 29. c Car, ajoute le présîc dent pour impressionner leurs assemblées, ^t la chose € cheoit en rupture ou estoit mise à grand délai, vous pouc vez assez savoir que mon dit seigneur ne Vauroit pour € agréable et ne seroit de vou^ content, >
Cette lettre à demi- menaçante décida les Etats du Duché à voter 20,000, non sans toutes sortes de protestations et de réserves (4). On ignore le vote du Comté et des terres d'outre Saône.
Session du mois de novembre 1473. — Dijon (2).
Assez puissant pour être roi, le duc Charles était jaloux d'en avoir l'honneur et le nom, et c'est à Trêves que l'empereur Frédéric IV, venu exprès pour le couronner et le proclamer en même temps vicaire d'empire, s'était rencontré avec lui. En retour, le duc, au comble de ses vœux, assurait la main si enviée de sa fille à Maximilien, fils de Frédéric. Des fêtes splendides, décrites par tous les historiens, des tournois, des banquets magnifiques avaient signalé cette grande entrevue. Déjà la cathédrale était parée, la couronne, le sceptre étaient prêts, lorsque l'empereur, effrayé un peu tard de cette royauté nouvelle, monte brusquement en bateau pendant la nuit, et s'enfuit secrètement, laissant
(1) Voy. le texte dans le Continuateur de Don Plancher, IV, preuT. p. 305 et 1.
(2) Mandement du duc de Bourgogpie, à la date du 10 décembre 1473. Chambre des con^tes de Bourgogne y à la Préfecture du Doubs. — Etats provineiatkt^ B. 289, Archives de la Côte-d'Or. — Archives d'Auxonne, Cette session est mentionnée dans le Recès du ié novembre i47ô sur la recherche des feux, cité par M. Girault dans un mémoire adressé à l'académie de Besançon.
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le duc Stupéfait et furieux. Charles quitta Trêves pour se rendre, par le Luxembourg, la Lorraine et le Montbéliard, dans les deux Boui^ognes où il allait, avec la même magnificence, faire sa première entrée.
Mais le luxe royal qu'il venait de déployer avait augmenté la ruine de ses finances, et il ne lui restait presque rien en face des nouvelles dépenses qui se préparaient. Pendant son séjour à Trêves, il avait eu, il est vrai, la précaution d'envoyer par avance son président et les membres de son conseil, pour assembler à Dijon, le 8 novembre, les Etats des deux Bourgognes, et leur demander un large et important subside. Il n'était pas moins que de 600,000 fr., à payer par sixième, en six années. Quelle que fut l'éloquence de ses commissaires, c'était une nouveauté des plus hardies que ce vote anticipé, encore inconnu dans les délibérations des Etats, qui le considérèrent non sans raison comme une manière déguisée de se débarrasser, pendant six ans, de leur importun contrôle. D'un autre côté, comment, au jour même où la fidèle Bourgogne était pour la première fois visitée par son prince né dans sa capitale, commencer par l'injure d'un refus?
Cette considération l'emporta, et, malgré leur vive répugnance, les Etats rassemblés à Dijon votèrent les 600,000 fr. demandés aux deux provinces (1). C'était beaucoup, quoique le paiement s'en fit en six ans, mais pour le prince obéré c était trop peu. Il lui fallait de l'argent sans aucun retard, et ce subside était lent à percevoir. La nécessité le conduisit à un parti fatal. Avant d'arriver en Boui^ogne, et dans le cours même de son voyage, il déclara par ordonnance que
(i) De ces fSaits les historiens n ont connu que le vote des 600,000 fr. quoique rassemblée des deux Bourgognes ait eu lieu à D^on, ils en . placent le siège à Polîgny, où les députés du Comté seulement auraient été reunis. Ils poussent Terreur jusqu'à faire préaider l'assemblée par Jean de Cbalon, alors retiré à la cour de France. (Voy. Duvkrnoy. Ko'.essur Gollut.)
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les 100,000 fr. seraient levés par imposition sur le sel, denrées et marchandises, en ayant égard aux autres gabelles et impositions déjà jetées sur ces matières (1).
Un peu moins d'un mois après, cette mesure arbitraire était encore aggravée, et il fut par lui advisé, disent les textes contemporains, que pour plus grande décharge de ses sujets, il seroit levé trente-detcx sols par charge de sel pendant six ans, même sttr les gens d'église et les rentiers (2) .
Ainsi, fidèle à son plan d'absolutisme, ou plutôt pressé par l'impérieuse détresse de ses finances, le duc s'aliénait le cœur de ses sujets, frappant à la fois le riche rentier des salines, l'église, le pauvre cultivateur dans la denrée la plus nécessaire à ses besoins, et cela au moment où la prudence lui conseillait le plus de s'entourer de l'affection de ses peuples. Ces nouvelles irritantes se répandaient de toutes parts, et la fermentation était grande dans les esprits. Voilà dans quelles circonstances il allait faire sa première entrée dans les deux Bourgognes.
Sessiœis des Etats des deux Bourgognes en janvier i474 à Dijon, et en février de la même année à Dole (3).
Faute d'avoir connu ces faits, les derniers historiens de Charles le Téméraire n'ont pas manqué de dépeindre l'ardent enthousiasme avec lequel raccueillirent les Bourguignons du duché à son arrivée dans leur capitale, c II fut c reçu par les habitants, dit M. Kirk, avec toutes les déc monstrations d'un chaleureux empressement. C'était € peut-être le seul endroit de ses domaines où il fut l'obc jet d'une sympathique admiration (4). >
(1) Chambre des Comptes^ S. 1146, aux areh. de la Préf. du Doubs.
(2) Ibid. — Gollut parle de ces gabelles d une manière inintelligible. Il n*a évidemment pas connu les titres originaux. {Mémoires t anc. édit. p. 844.)
(3) Compte de Jean Vurry^ 1474.
(4) Hùt. de Charles k Téméraire, III, p. 169.
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Qu'il y a loin de ce tableau à la réalité, et que ce récit prouve bien à quel point Thistoire de nos Etats est encore ignorée 1 Le duc n'entra point à Dijon au milieu de la joie universelle, mais au sein d*une population mécontente et irritée. Sans doute enivré de sa grandeur^ encore rempli de ses projets de royauté, il ne remarqua pas tout ce que soulevaient de réprobation dans l'âme de ses sujets ses dernières ordonnances et la violence faite à leurs libertés. Les chroniqueurs du temps, eux-mêmes, n'ont vu que Texteneur, ils se sont bornés à décrire l'immense concours des peuples, les splendeurs de son cortège, les richesses de ses parures et de ses vêtements étincelant de l'éclat de l'or et des pierreries, l'imposant spectacle de ses chevaliers et de sa puissante armée.
Le reste, c'est-à-dire le mécontentement général, la fermentation profonde des esprits, a été laissé dans le silence soit par respect ou par crainte, et l'histoire l'ignore encore aujourd'hui.
Les Etats du duché se tinrent dans une des salles splendidement ornée de son hôtel (1), aujourd'hui nommé palais des Etats, t II fit appeler, dit une relation contempoc raine (2), messeigneurs les prélats, nobles, maieurs, € échevins et aultres députés, et par la bouche du seigneur € chancelier furent faites de merveilleuses et belles remons-
(1) Je la trouve décrite ainsi que celle des banquets, dans Tun des comptes du trésorier Vurry. i Le 25 janvier 1473 (1474 n. s.), le duc estant à Dijon y tint Etats. Pour cela ses maistres d'hostel firent en la grande saUe neuve un buffet de vingtr-huit pieds de haut, y ayant une barrière tout autour, lequel estoit chargé de vaisselle d'argent doré, d*or et d'or émaiUé orné de pierreries. La table estoit de quarante pieds .de large, élevé de quatre degrés. La table du duc estoit élevée de six marches ayant un poêle dessus. — En la vieille salle, Ton dressa un petit théâtre ayant quatre degrés, sur lequel estoit la chaise du duc, sous un dais pour donner audience. • (Comptes de Vurry, analysé par Peincedé, tome XXII, p. 828).
(2) Dans les preuves du tome IV de D. Plancher, p. cggzxzi.
c trances. Quand iceluy monseigneur le chancelier eut € cessé de parler, monseigneur le duc parla à tous les dits € Etats moult prudemment et éloquemment, et n'oublia de € parler du royaume de Bourgongne que ceulx de France c ont lontemps usurpé et d'iceulx fait duché, ce que tous € les sujets doivent avoir à regret, et dit qu'il avait en soi « des choses qu'il n'appartenoit de savoir. A St-Benigne, € le 26 janvier, le duc vint à cheval en habit royal, ayant € sur son chef un merveilleusement riche chapeau d'or, € orné en valeur quasi inestimable de perles et de pier- € reries. >
Cette richesse éblouissait les yeux, mais ne calmait guère les esprits. Beaucoup de propos se tenaient en secret et en particulier. On savait d'ailleurs tout ce que cette magnificence cachait de détresse et d'embarras, le duc étant obligé d'emprunter de toutes mains (1), faisant par ses agents appel à toutes les bourses, non-seulement dans les villes, mais même dans les villages (2).
La question des gabelles remuant si profondément l'opinion dans les deux Bourgognes, les Etats comprirent, quelque fût le respect dû au prince à sa première arrivée, qu'on ne pouvait en rester là, qu'il fallait agir, la circonstance étant aussi périlleuse que décisive. Les membres les plus influents se décidèrent à partir pour Dole, où le prince allait se rendre, et à concerter ensemble le plan de la résistance.
(1) Â cette époque, d après les comptes de Vurry, trésorier général de Bourgogne, le chapitre de Beaune prête au duc 300 fr., réyéque de Chalon, 500 ; celui d*Autun, 1,000. YuiTy se fait avancer 300 fr. par le receveur du baillage d'Autun pour les prêter au duc. Prêts à la même époque par les villes de Beaune, de Chalon, d^Auzonne, de Pontalier-sur-Saône. Autres emprunts dans le bailliage d*Aval et dans celui d*Amont. (Peincedé, Analyse nu. des comptes de Vurry^ année i474, p. 326 et s. aux Arehiv. de la Cùte^dOr.)
(2) Tels que Perrigny sur l'Ognon et Massilley. (i6td. p. 334.)
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Le duc quitta Dijon et, passant la Saône, arriva à Dole le 21 février; les seigneurs, les nobles, les prélats, les chefs des communautés religieuses, les députés de bonnes villes y étaient rassemblés (2). Dans cette capitale du comté de Bourgogne il déploya la même magnificence qu'à Dijon ; on vit se reproduire les mêmes scènes officielles, le long et splendide défilé de son cortège égal à celui des rois.
Nous n'avons pas malheureusement le recès de cette session, qui serait d'un si curieux intérêt. Cependant il parait que les questions irritantes ne se traitèrent pas sous les yeux du prince, et on dut convenir que les protestations de l'archevêque et des villes n'arriveraient que plus tard.
Dès les premiers temps de son séjour à Dole, le duc tint à proclamer la création et l'ouverture de son Parlement des deux Bourgognes. Il l'avait composé d'un président, de deux chevaliers d'honneur et de douze conseillers. Pour lui donner une autorité plus grande et plus honorée, il y avait marqué sa place et celle de son chancelier, en qualité de membres de la cour souveraine. Elle devait servir pour les deux Bourgognes, et siéger en des temps différents. Pour le comté les sessions auraient lieu en février, mars, avril et mai ; et pour les ressorts de Beaune et de St-Laurent, en octobre, novembre et décembre. Parmi les conseillers nommés sur cette première liste, je remarque Guy de Rochefort, destiné, ainsi que Guillaume de Rochefort, son frère, à jouer un si grand rôle en France où tous deux devinrent chanceliers. Le duc, pour montrer que sa qualité de chef de ses parlements n'était pas un Tain nom, voulut y prendre place et présider une audience solennelle.
(1) € M. le chancelier a mandé aux prélats, nobles et bonnes villes du Comté de se trouver à Dole le 19 février, où le duc fera sa première entrée. > (Con^te de Jean Vurry, Arch, Côte-^Or.)
On avait vu pendant la tenue des Etats arriver à Dijon Guillaume de Rochefort, chargé d'une mission en Italie. Déjà investi d'une grande renommée de jurisconsulte, il y était envoyé par le duc pour négocier avec les princes de ce pays une alliance offensive. Cette négociation délicate fût tellement difficile qu'elle ne se termina qu'au bout d'un an de séjour. Mais elle réussit pleinement. En conséquence, des renforts de troupes italiennes arrivèrent au duc, et furent suivies de Frédéric, prince de Tarente, jeune encore, et arrivant avec l'espoir d'épouser Marie de Bourgogne, fille du duc, dont la main était convoitée par tous les princes de l'Europe.
Un pareil succès de l'ambassadeur bourguignon demandait une éclatante récompense ; il fut alors nommé président du Luxembourg, dont Claude de Neuchâtel) seigneur du Fay, ami bien cher au duc, était déjà le gouverneur (1). Comme le nom de Guillaume de Rochefort reparaîtra plusieurs fois dans ce récit, je dois, dès ce moment, faire connaître ce célèbre franc-comtois. Né à quelques lieues de Dole, il portait le nom du château domanial d'où dépendait le , modeste fief de ses pères. Il avait, par son frère Guy, un lien d'affinité particulier avec la ville de Dole. Guy, en effet, avait épousé une Doloise, Catherine Vurry, choisie dans l'une des plus anciennes familles de la ville (2). Guillaume était dès longtemps, comme jurisconsulte, le conseil de la haute aristocratie. Cependant il maniait également la parole et l'épée. Actif, éloquent, cœur droit, caractère élevé et noble, il était entouré de l'estime gêné-
(1) Voyez les nombreuses lettres que lui écrivait le duc, lai faisant, oomme à un ami, la confidence de ses pensées ou le récit de ses batailles. (Mémoires pour servir à l'hist. de Bourgogne^ p. 355 et s.)
(2) Guillaume de Rochefort semblait lui-même se considérer oomme membre de cette famille. En 1486, il demande la dignité de Doyen du chapitre de Besançon pour Masy Vurry qu'il appelle son frère, ([>e/t6eration du chapitre, 26juUUt i486,)
sous CHARLES LE TÉMÉRAIRE. 149
raie. Il avait paru sur le champ de bataille de Montlhéry, dans Tarmée du duc de Charolois. Nous le trouverons plus lard à côté de lui sur celui de Morat, même à la bataille de Nancy où le Duc fut tué. L'avenir nous fera également connaître l'influence considérable et encore ignorée qu'il aura un jour, après d'effroyables malheurs, sur les destinées de Dole et de la Franche-Comté.
Cependant le duc avait résolu de connaître plus complètement le comté de Bourgogne et d'y laisser un long souvenir de sa présence. Dans ce but, après avoir visité Dole, il en parcourut successivement les principales villes, Salins, Arbois, St-Claude, où il fit un pèlerinage, Quingey, Besançon, Vesoul, même de simples bourgades de son domaine. Poussant cette excursion jusqu'aux pieds des Vosges, il visita Lure et Luxeuil, situés dans cette région, et dont les abbés, princes d'empire, y étaient, depuis bien des siècles, investis de la souveraineté temporelle. Il dit aux habitants de Jonvelle un mot heureux qui n'a pas encore été recueilli. Cette bourgade avait, en 1470, courageusement résisté à Jean de Chalon, fils du prince d'Orange, et subi toutes les horreurs d'une ville prise d'assaut. « Enfants, leur dit le duc, il ne fallait pas ainsi vous faire € égorger, j'avois bon nloyen de vous ravoir > (!)• A Lure et à Luxeuil, son attitude fut toute opposée, il en traita avec un superbe dédain les souverainetés abbatiales ; tranchant du maître, il soumit ces villes à ses gabelles, et délivra dans chacune un criminel. A Lure, prenant un ton plus altier encore, il dit très-haut que l'office d'un abbé était de prier, non de se mêler des choses temporelles qui ne le regardaient pas.
Tels sont les enivrements de la puissance. Jules Chifllet raconte que, quelques mois auparavant, rempli de ses pro-
(1) Ces fûts sont tirés d*aiie enquête sur les confins de la Lorraine et da comté. {Archives de la cour d* appel de Besançon,)
jets de royauté, il avait destiné Bruges à être le séjour de sa puissance nouvelle, et qu'il avait donné charge à l'un de ses valets de chambre, Hippolyte Balland, de Lons-le- Saunier, c qui se mesloit d'architecture, i» de lui tracer le plan d'un palais qui devait remplacer sa maison de Bruges. L'historien ajoute : <i Balland employa dix-sept mois à ce € travail, et en fît un livre, qui se garde à présent en la € bibliothèque des manuscrits de l'Escurial, où j'ai appris € ce que j'en escris. i>
Cependant, si le respect avait, en présence du prince, fermé à Dole la bouche des Etats, la fermentation des esprits contre les gabelles se faisait jour dans les protestations des villes, qui arrivaient chaque jour aux officiers du duc (1). L'archevêque, Charles de Neufchâtel, blessé dans les intérêts de son église, déclarait ouvertement qu'il ne paraîtrait plus aux assemblées des Etatb, dont il était dispensé comme prince d'empire (2). Le duc comprit qu'il était temps d'éviter une commotion plus forte, qu'un impôt si odieux ne pouvait être maintenu dans toute sa rigueur ; aussi par lettres datées de Luxeuil, le 28 mars 1474, il écrivit aux membres de son conseil d'aviser à la situation, et de rassembler les Etats à Dole.
(1) n y a dans les Archiver de la ville de Dijon^ un dossier de ces protestations des villes.
(2) Je lis dans un très vieil inventaire de Tarchevêché de Besançon cette courte analyse : 100,000 fr. accordés pour six ans au duc Charles par les Etats, résistance à iceluy et remonstrance de Mons^^ de Besançon — Et dans un autre article : Instrument sans date par lequel r archevêque de Besançon soutient que, comme prince d'empire, il n*est pas tenu d'assister aux Etats de Bourgongne.
sous CHARLES LE TÉMÉRAIRE. 151
Session du 29 avnl i474 (1).
Les commissaires nommés par le duc pour discuter devant les Etats cette grave question des gabelles, étaient Jean Jouard, président des parlements de Bourgogne, deux conseillers chambellans, Jean de Dinteville, seigneur d'Echanez, Henri de Chissey, et le maître des comptes, ' Jean de la Grange. Leur rôle était fort difficile. Ils comparurent le 29 avril à Dole, où étaient convoqués, avec l'archevêque de Besançon, les députés du Duché et les bonnes villes du comté de Bourgogne. Dans les deux provinces, la volonté de résister à l'oppression était égale. La discussion fut vive, animée, violente ; les commissaires virent promptement qu'ils ne vaincraient pas des esprits si décidés, et déclarèrent en termes modérés et bienveillants qu'ils en référeraient au prince» mais que la requête des Etats serait bien plus sûrement écoutée s'ils augmentaient un peu le subside des 100,000 francs annuels. L'Assemblée ne voulut rien entendre, déclarant que ce subside était déjà une dure innovation. Leur dernier mot fut aussi net que résolu : accorder davantage est chose insuppartc^le, voire impossible (2).
Devant cette énergique résistance des deux Bourgognes, le duc se rendit, et, faisant violence à son caractère, déclara par lettres datées de Luxeuil le 15 juin 1474, que les gabelles étaient abolies.
Peut-être eût-il tenu parole sans les besoins impérieux et l'anarchie de ses finances. Mais immédiatement après
(1) Le vendredi après Misericordia (29 avril 1474), les députés du Duché, Tarchevéque de Besançon, les bonnes villes du Comté, sont mandés à Dole pour délibérer sur le fait des gabelles. {Archives de la Côte^'Or, Compte de Jean Vurry, analyse de Peincedé, p. 348 et 410 et s.)
(2) Archives municipales de Dijon,
commença, pour sa ruine, le fatal siège de Neuss, que Comines appelle la grande folie de son règne. Il y épuisa soldats, argent et renommée, en luttant onze mois contre toutes les forces réunies de TAllemagne. Comment, dans de si grands besoins, diminuer ses ressources, ou s'exposer au refus des Etats en les assemblant? Les abus continuèrent donc, et je trouve invariablement dans les comptes de ses receveurs à cette époque ce mot si odieux à ses sujets : les gabelles ont cours en Bourgogne.
Session du 9 décembre 1474 (1).
Les événements se précipitaient. Tandis que le duc, arrêté sous les murs de Neuss, voyait chaque jour s'amoindrir ses forces et dépérir sa belle armée, Louis XI veillait pour sa ruine. Il avait eu l'art de réunir contre lui, dans une confédération générale, les villes d'Alsace, Bâle, Strasbourg, Colmar, Schlestadt, le comté de Ferrette, celui de Montbéliard et les ligues de la haute Allemagne. Montbéliard était occupé par les confédérés. Le sang d'Hagenbach avait scellé cette redoutable alliance, et les dévastations exercées en Alsace par Etienne de Hagenbach, son frère, pour venger sa mort, n'avaient fait que resserrer les liens qui unissaient tous ses ennemis du duc de Bourgogne.
Le 24 octobre, les Suisses envoyèrent déclarer la guerre au duc. On put dès-lors tout craindre pour la Franche- Comté, exposée aux premiers coups de ce violent orage (2).
(1) Je ne connais cette session que pour les Archives de la Célerd'Or. Analyse de Peincedé, II, p. 3072:
(2) 10 juillet, lettre du duc Charles ordonnant que Partillerie soit conduite de ses pays de Bourgogne à l'entour de Montbéliard, pour faire la guerre, réduire ses sujets rebelles de Ferrette. et résister aux entreprises de leurs alliés, savoir, ceux de Strasbourg, Bâle, Schlestad, Colmar, sous les ordres de son cousin, le seigneur de Neufcâhtel , qu'il nomme lieutenant-général pour cette expédition. {Ibid. p. 3342.)
sous CHARLES LE TÉMÉRAIRE. 15S
Aussi les Etats se hâtèrent-ils d'envoyer des députés en Suisse pour prévenir l'invasion. Elle était résolue et s'exécuta au mois de novembre. Héricourt fut attaqué. En vain, Henri de Neufchâtel, seigneur du lieu, arriva à la tête des troupes bourguignonnes rassemblées à la hâte. Cette armée fut mise en déroute; Héricourt, obligé d'ouvrir ses portes, reçut une garnison ennemie. De là, le flot des assaillants se répandit aux environs, occupa les châteaux de Mandeure et de Franquemont, et envahit la Franche-Montagne. Le château de Maiche, que les documents appellent le ,lieu le plus insigne de ces contrées frontières, fut assiégé et obligé de se rendre ; les confédérés se partagèrent le butin enlevé aux montagnards, puis cédèrent pour 10,000 florins c« pays à l'évêque de Bâle. Un capitaine y fut installé en son nom, homme dur, qui, pendant un an, commanda en maître aux hommes de la Franche-Montagne, les traitant sans miséricorde ni merci, faisant des excursions lointaines et jusqu'aux environs de Clerval, emmenant comme une proie les bestiaux des campagnes, quelquefois les hommes, et tenant ouverte à toutes les attaques cette frontière désolée des montagnes du Doubs.
C'est au milieu de ces invasions des confédérés alsaciens et suisses, que les Etats s'assemblèrent à Dole le 9 décembre. Ils concertèrent les mesures de défense, supplièrent le prince de ne pas se tenir plus longtemps éloigné de ses états, d'y envoyer des troupes, d'abolir définitivement les gabelles. Cette dernière prière, aussi obstinée qu'inutile, prouve combien les libertés du pays occupaient les Etals au milieu des calamités du présent et des menaces non moins terribles de l'avenir.*
154 trkTS GÉNÉRAUX
Sessions de janvier et février 1475. — Dole (1).
Ces calamités expliquent sans peine les quatre sessions des Etats, dont trois se tinrent à Dole dans Tannée 1475, plus désastreuse que la précédente. Les comptes du trésorier général de Bourgogne nous font connaître les deux premières. On y voit comment dans le temps où le duc était occupé au siège de Neuss, les Etats s'assemblèrent à Dole aux mois de janvier et février 1475; ces comptes expliquent qu'il courait alors les biniits les plus alarmants, qu'on annonçait l'entrée prochaine de 20 à 30,000 combattants Suisses, prêts à envahir le Comté de Bourgogne ; que, pour prévenir, s'il était possible, un tel malheur, ces assemblées réunies en présence du maréchal de Bourgogne et d'Henri de Neufchàtel, lieutenant-général , délibérèrent d'envoyer avec une forte somme d'argent, deux députés franc-comtois, Simon de Cléron et Guillaume de Colombier, qui se mirent immédiatement en route ; que ces députés traitèrent avec les principaux chefs (2) à qui ils firent des reconnaissances écrites, notamment à l'astrologue de Berne, dont l'autorité était grande dans les conseils de la nation (3). Mais une influence plus puissante encore y dominait, c'était celle de Louis XI (4). L'orage n'était donc pas conjuré, et ce ne fut qu'une trêve passagère.
(1) Compté de Jean Vurry, 1475. Archives de la Côie-d'Or,
(2) Voyez les traités dans le Corps diplom. de Damont, tom. III, l^^ partie, p. 466 et 520.
(3) Mémoires pour servir à r histoire de Bourgogne, p. 263.
(4) Dès le 13 septembre 1474, ses officiers écrivaient de Reims aux habitants de Montbéliard, que le roi sait que le duc Charles, insoumis et rebelle, les menace eux confédérés de la France et les poursuit par la guerre. Le roi a donc envoyé le sire de Craon avec une grande armée sur les frontières de Champagne pour enti*er au besoin en Bourgogne. Mais le roi et les seigneurs des ligues aideront ceux de Montbéliard : il les engage à se bien défendre à l'exemple de Judas Machabée. (CommmUcation jm M. Duvernot.)
sous CHARLES LE TÉMÉRAIRE. 155
Session du 29 avril 1475. — Dole (1).
D'après les lettres rassurantes écrites de Suisse par les envoyés des Etats^ le pays avait repris quelque sécurité ; et une nouvelle assemblée, réunie à Dole au mois d'avril, délibérait de nouveau sur la brûlante question des gabelles, quand un incident inattendu vint porter brusquement le trouble dans la délibération. Le bruit se répandit comme l'éclat d'un coup de foudre, que, profitant des premiers jours du printemps, et de l'absence du duc Charles, toujours sous les murs de Neuss, les Suisses allemands, nouveaux alliés de Louis XI, recommençaient leurs irruptions dans les montagnes du Doubs. Ils s'étaient emparés de Pontarlier et dévastaient tous les environs. A cette nouvelle, et sans perdre un moment, les députés se séparèrent, la noblesse monta à cheval, et le maréchal, quittant avec elle l'assemblée, marcha en toute hâte vers notre frontière envahie. Pontarlier fut immédiatement assiégé ; mais les Suisses se défendirent avec vigueur. A l'assaut des murs, Louis de Chalon, le plus puissant seigneur du pays, et l'ami dévoué du prince, fut précipité dans le fossé. Les assiégeants redoublèrent d'ardeur, et Pontarlier fut repris d'assaut (2). Obligés de fuir, les Suisses y mirent le feu ainsi qu'au château ; puis, sans quitter ces plaines élevées de nos montagnes, se réunirent sous les murs du bourg muré de la Rivière. L'armée de Bourgogne les poursuivit, et leur infligea une sanglante défaite (3). Il ne leur resta qu'à fuir, perdant beaucoup de monde à tra-
(1) Compte de Jean Vurry, 1475. Mêmes archives.
(2) Mémoires pow servir à l'histoire de Bourgogne. II* partie, p. 271. DuMOD, III, 372, — Droz, //m/, de Pontarlier^ p. 153, — et M. de Basants ont ignoré cette reprise, que les historiens Suisses ont dissimulée.
(3) Yoy. sur cette défaite la lettre du duc Giailes, du 10 mai 1475. (Mémoires pour servir à l'histoire de Bourgogne, p. 360. — Gollut. Mém. p. 1291, nouY. édit.)
vers les gorges et les défilés. Leurs historiens ont cru qu'il était de l'honneur de la nation de laisser dans le silence ces sanglantes journées. Mais elles ne peuvent plus se dissimuler aujourd'hui, à vue des documents contemporains. Ces documents nous fournissent également la preuve de la désolation où ils laissèrent nos montagnes. Non-seulement Pontarlier, son château et les villages voisins, mais, le long du Doubs, le val du Sauget tout entier, l'abbaye de Montbenoit brûlée, à moitié détruite, puis longtemps inhabitée, présentaient au loin l'image de la dévastation et de la mort. Dans leur déroute, le château de Joux, et sous ses murs, l'étroit et dangereux défilé, où quelques hommes peuvent accabler une armée entière, furent fatales aux Suisses allemands. Cette forteresse conservait encore au xvi« siècle le renom d'avoir vu écraser à ses pieds nombre de leurs bataillons (1). Les monuments contemporains sont d'accord pour raconter les admirables services que ce poste de guerre rendit, à cette grande époque, au Comté de Bourgogne. Ils le peignent comme l'invincible et dernier rempart de ces contrées, toujours debout au milieu des ruines fumantes qui l'entourent (2).
(1) Ad hanc arcem, dit Gilbert Cousin (flesaription du Comté de Bour^ gogne^ écrite en 1551) ^ nuUtœ Helvetiorwn copiœ et avorum etnostrâ memoriâ eontritœ sunt,
(2) En 1477, Marie de Bourgogne, dans Tinstitution de Catherin Bouchât comme capitaine de Joux, rappelle ces mémorables sonvenira : Ce nastre chastel est à une petite lieue des AUemaignes, et situé si bien et di~ ligament que, durant les guerres et divisions^ qui ont esté entre feu très chier seigneur nostre père et les AUemanSt aulcun inconvénient n'est ad" venu au dit chastel... Tous les aultres chasteaux et maisons fortes estant sur les limites d^Allemaigne ont esté par les dits Allemans prinses, hruslées et destruites^ et les aulcunes tenues par eux, dont ils ont fait et porté de grands maux à icelle nostre Comté de Bourgongne. [Chambre des Comptes^ i, 72, à la Préfecture du Doubs) .
sous GHARLES LE TÉMÉRAIRE. 157
Session du mois de juin 1475 (1).
L'existence et l'objet de cette session ne nous sont connus que par le résumé des lettres de convocation, que je trouve dans les comptes de Vurry, trésorier général du duché de Bourgogne (2).
On y voit qu'elles sont envoyées aux villes du Comté, aux nobles de Chàtelguyon, de Montaigu, d'Oiselet, de Beaujeu, etc., à l'abbé de Corneu et autres gens d'église, afin de besoigner avec les trois Etats pour V abolition des gabeUes.
Après tant de plaintes de ses sujets le duc, sous l'empire de ses besoins pressants, ne pouvait se décider à abandonner ce genre de subsides le plus immédiat et le plus productif. Ses promesses, renouvelées sans cesse, étaient toujours éludées ; mais les Etats maintenaient le droit du pays par leurs persévérantes protestations.
C'était pis encore dans les Pays-Bas, où les collisions du prince avec ses sujets, sur la question de l'impôt, arrivaient aux termes de la dernière aigreur.
A défaut des recès de nos Etats pour cette session, on pourra juger, par ce qui se passait en Flandre, de l'exaspération croissante et des menaces, altières du prince qui ne gardait plus de mesure.
On a deux de ses discours aux Etats rassemblés à Bruges, précisément à cette époque. Il y reproche aux Flamands leur ingratitude et leur lâcheté, leur abandon pendant qu'il était sous les murs de Neuss. c Pour leur défense c il n'a, leur dit-il, épargné son corps, ses armes, ni sa € chevauche... Quand ils dorment, il veille ; quand ils sont € en leurs hostels, il est en la pleuve (3) et au vent, et c quand il jueune, ils sont en leurs maisons, buvant, men-
(i et 2) Compte de Jean Vurry, précédemment cité. (3) Pluie.
c guant, eulx tenant bien à Taise. Et aussi ce qu'ils payent, c ils le donnent à eux mesmes et pour leur seurté... leurs c beaux mots ne le touchent pas... leur abandon est un c crime de lèse-majesté. Aussi quelle sera le punition? c Chascun le sceet, car ce n'est pas par privation et confîsc cation des biens, tant seulement, mais aussy de leurs c héritiers, et non par punicion capitale, mais par quarc teleure de corps (i)... Ils n'ont pas voulu estre gouverc nés comme enfans soubs père ; doresnavant ils vivront « soubs luy comme subgects soubs leur seigneur. Il demeuc rera prince tant que à Dieu plaira, malgré la barbe de c tous ceulx à qui il en desplairoit. :»
Son discours se termina pas des paroles non moins violentes : c Parlant aux nobles, il leur commanda sur leurs c testes, et soubs paine de conûsquier tout ce qu'ils tec noient de luy, et de tous leurs biens meubles et immeuc blés, et de leurs héritiers, pour estre iceulx appliqués « à son domaine ; et, parlant aux députés du troisième « estât, distde telle façon : Et vous, mangeurs de bonnes c villes, faites pareillement quant à l'obéissance de mes (L commandements, lettres et ordonnances, et qui seront « expédiez par mon chancelier, sur vos testes, et sur conc fiscation de tous vos biens, ensemble tous vos privilèges, c droits, franchises, libertés, costumes et usaiges. »
Après ces mots, c le duc, en jurant saint Georges, et c touchant sa poitrine de sa main, dist que de son costé ne « auroit faute de faire et exécuter ce qu'il leur avoit dit € comme dessus, et que des choses par lui déclarées c dessus et commandées, il ne demandoit d'eulx avoir resc ponse ; mais soy levant et prendant congié, dict : De ce, c je vous salue (2). >
(1) Ecartèlement.
(2) M. Gachard, qui a publiéi le premier, les discours de Charles le Téméraire aux Etats de Flandre, les juge, avec raison, d'une telle im-
sous CHARLES LE TÉMÉRAIRE. 159
Telle était, au mois de juillet 1475, Texaspération du duc de Bourgogne qui venait enfin de lever le siège de Neuss. Pendant ce temps notre province avait été dévastée. Au couchant, une armée française avait pénétré jusqu'aux portes de Vesoul. Son maréchal de Bourgogne était prisonnier. Les Suisses mettaient à feu et à sang les contrées qui s'étendent de Montbéliard au voisinage de Besançon. Il avait perdu à ce siège, avec la renommée de ses armes, l'occasion assurée de faire en France, de concert avec le roi d'Angleterre, son beau-frère, une campagne victorieuse et décisive, c Son armée, dit Comines (1), étoit si rompue, si mal en point, et si pauvre, qu'il ne Tosoit montrer. > On eût dit qu'il craignait de reparaître dans ses Etats. Cependant ses rêves de royauté ne l'abandonnaient pas, et, sans plus tarder, il entra en Lorraine dont l'heureuse conquête allait relier entr' elles ses provinces et compléter son futur royaume.
Session du i4 novembre i475. — Beaune (2).
Cette session, dont les archives d'Auxonne avaient conservé le recès (3), réunit dans une même assemblée les députés du comté de Bourgogne et ceux des terres voisines de la Saône. Voici quelle en fut l'occasion.
Nous venons de voir par quelle obstination fatale du prince, nos montagnes et tout le nord du comté de Bourgogne, depuis Montbéliard à Besançon, avaient été livrés à une troisième invasion des Suisses allemands.
La terreur était universelle, et une partie du subside de
portance qu'il en considère la découverte comme une véritable conquête historique. {Dœ. inéd. p. 130, 216, 249.)
(1) Mémoires, liv. IV, ch. V.
(2 et 3) Le texte du recès est transcrit dans un mémoire sur Auxonne envoyé par M. Qirault, ancien maire de cette ville, à TAcadémie de Besançon, et qui repose dans ses archives.
600,000 fr. voté en 1473, et payable en six ans) restait encore à acquitter. Mais à qui le demander, nombre de villages étant brûlés ou abandonnés et déserts ?
Pour connaître ce qui en restait, il fallait un recensement général, ou ce qu'on appelait alors la cherche des feux. Ce fut l'objet de l'assemblée du 14 novembre, réunie à Beaune dans la salle du Parlement. On y nomma les commissaires chargés de parcourir, dans ce but, les bailliages d'Aval, d'Amont et de Dole. Nous avons le texte de leur travail rédigé avec les plus grands détails. C'est le navrant tableau des ruines du pays à la fin de l'année. 1475. Ces procésverbaux nomment les villages brûlés ou debout, les abbayes qui subsistent et celles qui sont inhabitées, dont les abbés ont été mis à rançon, dont les religieux sont mendiants et fugitifs. Ces grandes calamités ont surtout frappé les environs de Vesoul, de Baume, de Clerval, de Lisle, les villages du pied des Vosges, et jusqu'à ceux des bords du Dessoubre dans les montagnes du Doubs (1).
Session du 8 juillet 1476 (2).
Ce sont les derniers Etats tenus sous le règne du duc Charles. Après les journées de Granson et de Morat, vaincu, désespéré, fuyant à travers le Jura, mais incapable de plier devant la fortune, il s'obstinait à tenter encore le sort des armes. Dans ce but, le 8 juillet, il assembla les trois Etats du Comté à Salins, et les lettres de convocation ont cela de curieux qu'elles nous font connaître les noms des chevaliers et des seigneurs échappés à ces journées fatales (3). Au
(1) Noos avona donné Textradt d'une partie de ces prooèa-yerbaux dans notre Mémoire sur lahbaye de Monthenoit.
(2) Ursticiui chronic. -* Ouvier db la Marchb.
(3) Ces seigneurs sont ceux de ChéUelbelin, de Gevrey, de Châtelguyon (Hugues de Chalon), de Champdiverst d'Oûe/ay, de Somltemon, de GoatanSf de Soye, de MotUmartin, de NeufchâUlf de Atipl, de ftay, de la
sous CHARLKS LE TÉMÉU.VinE. 101
jour indiqué, les Etats se rasscinhièrent dans la jurande salie des frères mineurs ; les ambassadeurs des ducs de Milan et de Bretagne étaient présents (1). Le duc, prenant la parole, demanda comme subside le quart des revenus du pays pour lever une nouvelle armée. C'était un dernier effort. Pour sauver la haute Bourgogne, il avait franchi les monts. La fortune l'avait trahi, mais combien d'illustres capitaines avaient d'abord éprouvé le même sort et, sans se laisser abattre, avaient fini par triompher! Il comptait donc sur ses fidèles Bourguignons, les premiers de ses vassaux, et dont le dévouement, comme le courage, n'avait jamais fait défaut à leurs princes.
Un silence glacé accueillit ces paroles. Il était visible que le dernier des ducs de Bourgogne courait violemment à sa perte, en entraînant en même temps celle de ses provinces. Dans leur réponse, les Etats représentèrent l'extrémité où était réduite la Franche-Comté, et déclarèrent ne pouvoir offrir que 3,000 hommes pour la garde de la frontière.
Cette réponse exaspéra le duc, qui éclata en menaces, affirmant qu'il abandonnerait les Bourguignons à leur sort, et saurait trouver ailleurs des sujets plus fidèles.
C'est après ces paroles de colère qu'il quitta l'assemblée; quelques jours après, il se retirait au bourg de la Rivière. Sous le poids de l'égarement et du vertige, il était terrible à ses sujets, et personne n'osait lui offrir confort ni conseil.
Le jour même de la réunion des Etats, il nommait Campobasso, un traître, pour son lieutenant-général en Lorraine (2) ; peu après il faisait publier dans tous les bailliages
Basiie, de Ruffey, de Vienne^ de Toulongeon, à'Arban, Lienard Mouchety et autres. {Comptes de Jean Vurry.)
(1) Urstic. ckron.
(2) 8 juillet 1476. Lettres par lesquelles le duc Charles institue, en son absence, Gampobasso son lieutenant eu Lorraine et pays de Vaudémont pour le fait de la gueiTe. (Vidimus authentiq. des gardes du scel du tahellion^ originalt dans les Archives de Grignon. Catalogue publié en 18U.) 11
162 fiTATS GÉNÉRAUX SOUS CHARLES LE TiMÉRAIRE.
le bannissement de Guillaume de Rochefort, et donnait Tordre de démolir et de raser les châteaux et maisons fortes de ce serviteur fidèle (1). En même temps, il faisait saisir le temporel de Tévêque de Chalon et de son chapitre, en retard sur le paiement d'un secours accordé par le clergé (2), et, sous peine de la hart, ordonnait à toute la noblesse du Comté d'arriver en armes autour du bourg de la Rivière, où il rassemblait son armée.
On sait le reste. Quelques mois s'écoulèrent encore, et au milieu d'une campagne entreprise en plein hiver, le duc Charles mourait sans gloire sous les murs de Nancy, et, après la déroute de ses troupes trahies et vaincues, son corps était retrouvé dans un étang glacé.
(i) CmpU de Jean Vwrry. f 475-76. Analyn de Petncedé, tome XXII, p. 845.
(2) ib. U lomme accordée était de 4,700 fr.