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MARIE ET MAXIMILIEN

■ARIE ET lAXIIILIER

Session des Etats. Février 1477. — Dole (1).

La mort de Charles le Téméraire, et les terribles malheurs de la maison de Bourgogne firent éclater dans le Duché, le Comté et les Pays-Bas des sentiments très-différents. Le Duché se donna immédiatement et définitivement au roi ; les Etats du Comté, sauf un moment de défaillance et de surprise, s'attachèrent avec un dévouement absolu à la cause de Marie de Bourgogne. Ceux des Pays-Bas usèrent sans scrupule de l'occasion de s'afiranchir du joug, et d'affaiblir leur princesse dont ils usurpèrent le pouvoir, et qu'ils contraignirent d'obéir à leurs ordres.

On remarquera que l'un des motifs qui, dans le Duché, agirent le plus puissamment sur les esprits en faveur de Louis XI, fut précisément la considération des taxes illégales perscvéramment maintenues par le duc Charles, et que les Etats se hâtèrent d'abolir (2). Cette violation prolongée des libertés publiques fut fatale à sa fille, dans un temps où toute la puissance, sous une princesse mineure et orpheline, semblait avoir passé aux Etats.

Pour le Comté de Bourgogne, on peut dire avec vérité que, au milieu de malheurs sans nombre, aucune époque de leur histoire n'offre plus de grandeur que celle qui suivit la mort du duc Charles. C'est là que se distingue l'un

(1) Voy. le texte du recès ci-après.

(2) Le 22 janvier 1477, les Etats du Duché abolissent les impôts et gabelles extraordinaires du duc Charles. (Trésor des Chartres, liasse 1 , cote 28. Archiv9s de la C6te^d:0r,)

des grands traits du caractère franc-comtois, la fidélité qui se sacrifie, le dévouement généreux et magnanime qui ne connaît que le devoir et affronte tous les dangers. Ils avaient résisté avec constance aux entreprises arbitraires du père, ils embrassèrent avec héroïsme la cause de sa fille malheureuse et abandonnée. C'est ainsi qu'ils devinrent Tâme de la résistance acharnée contre la France. Sans doute c'était la lutte inégale d'une nation faible et épuisée contre les forces d'un grand roi. Mais l'énergie suppléa à tout; U Mut, malgré d'effroyables ruines, plus de trois ans pour les vaincre ; il fallut plus : Louis XI ne parvint à les écraser qu'à l'aide de la trahison, plus redoutable que ses armées (1).

Sur cette grande époque de l'histoire des Etats, les archives de la ville de Besançon renferment des documents de haute importance, qui n'ont été connus ni de M. de Barante ni des autres historiens, soit étrangers, soit du pays. Ces documents, nous les avons publiés dans un autre mémoire (2), et nous les rappellerons brièvement dans le cours de ce récit.

Pour gagner les Etats du duché de Bourgogne, le roi leur avait donné l'assurance que les droits et les libertés dont ils jouissaient au jour de la mort de Philippe le Bon leur seraient immédiatement rendus. Assemblés à Dijon, les Etats acceptèrent cette assurance, et, en se donnant au roi, se hâtèrent par leurs lettres d'annoncer cette grande nouvelle aux baillis de toute la province.

Pendant ce temps les trois ordres du Comté étaient réunis à Dole. Les émissaires envoyés par le roi se présentèrent devant eux, annonçant, au nom de leur maître, les plus bien-

(1) Comlnes est bien injuste envers les sujets du duc Charles, quand il dit sans distinction que, » après sa mort, il n^y eut jamais honmie, « qui bien leur vousit, de quelques gens qu'ils se soient aidés. Et a ff semblé à leurs œuvres qu'ils eussent le sens aussi troublé comme f leur maître, i (Livre V, c. IX.)

(2) Dans les Mémoires de F Académie de 0eianf#n, 1873.

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veillantes dispositions. La princesse, unique héritière du duc défunt, était la parente et la filleule du roi. Il ne voulait, en introduisant ses troupes dans le comté de Bourgogne, que protéger la province menacée par les invasions des Ailemands, des Suisses et des Lorrains. D'ailleurs le Dauphin allait épouser la princesse, et les négociations pour cette grande alliance étaient déjà fort avancées.

Ce langage perfide était appuyé par le prince d'Orange, Jean de Chalon, que le roi avait gagné à sa cause, en lui promettant le gouvernement des deux Bourgognes et la possession assurée de la riche succession de Chalon, que, depuis nombre d'années, lui disputait Hugues de Chalon, son oncle.

n était facile d'apercevoir tout ce que déguisaient de fourberie et d'astuce les propositions du roi, moyen évident de s'emparer de l'héritage de Marie. De longs débats s'engagèrent dans l'assemblée, et l'un des seigneurs, se levant, dit avec un noble courage que ce prétendu protecteur n'était qu'un ennemi, qu'il l'avait assez montré pendant toute la vie du duc Charles ; que le prince d'Orange, retiré deux fois à la cour de France, ne pouvait inspirer aucune confiance ; que l'on avait rien à craindre des Suisses, qui, loin de poursuivre leurs victoires, laissaient depuis six mois le comté de Bourgogne en paix ; que les Allemands le ménageraient plus encore à cause du mariage projeté de Maximilien, fils de l'empereur, avec la jeune souveraine ; que les Lorrains étaient trop faibles pour être redoutables ; qu'enfin, dût-on hésiter, il n'y avait qu'un parti à prendre, celui de consulter la princesse et d'attendre sa réponse.

Ces paroles d'un homme de cœur, dont l'histoire n'a malheureusement pas conservé le nom ( je suppose que c'était Claude de Vaudrey), émut profondément l'assemblée, autant qu'elles irritèrent les commissaires du roi. Ils ne voulurent pas qu'on délibérât davantage, déclarant qu'ils n'avaient nul pouvoir pour accorder un pareil délai, et

qu'ils s'étonnaient de tant de lenteurs, quand déjà les troupes du roi occupaient, tout autour de Dole, une partie du territoire bourguignon.

Le fait n'était que trop certain. Pour achever de vaincre les hésitations de l'assemblée, le prince d'Orange fit entrer des hommes armés dans la chambre de la noblesse, et, moitié par promesses, moitié par menaces, acheva d'ébranler les esprits et d'abattre toute résistance. Les commissaires du roi assuraient, d'ailleurs, qu'une fois la négociation terminée, les villes entièrement libres ne recevraient aucune garnison française.

Ainsi fut conclu le traité du 18 février 1477, que l'on va lire, et dont les traditions du pays ont toujours attribué la responsabilité à la violente pression, comme aux égoïstes calculs du prince d'Orange.

Traité du i8 février f 477 pour la remise du comté de Bourgogne entre les mains du Roi (1).

c Les gens des trois Estats de Boorgoingne, assemblés en la € ville de Dole, sur ce que Révérend Père en Dieu, monsei* c gneur Févesque d'Alby, nobles et puissans seigneurs George € de la Trémouille, comte de Ligney, seigneur de Craon, et Chartc les d'Amboise, comte de Brienne, comte de Chaumont, lieute- « nant du roy, tous commis de par luy en ceste partie, avoient « quis et demandé^ que la dite comté de Bourgongne fût mise € en la main et obéyssance du roy, duquel pays vouloit prenc dre la charge pour le bien de luy et de très haute et très € noble princesse, mademoiselle Marie de Bourgongne, sa pro- € chaisne parente et filoelle, le droit de laquelle il vouloit gar- « der, et mesmement en faveur et contemplacion du mariage € pourparlé et indubitablement espéré de très hault et excellent « prince monseigneur Charles, daulphin de Viennois, et de

(i) On trouve ce traité dans Molinet, p. 56 — Moetjean, T, p. 644 — DuMONT, III, p. 525.

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c mademoiselle de Bourgoingne, comme ils disoient ; après € plusieurs remonstrances faictes aux dicts seigneurs par les c dicts Estats, tant du droit et héritage de ma dicte demoiselle, c de la nature et condition de la dicte Comté, comme d'avoir € temps de délai suffisant pour envoyer vers ma dicte demoi-

< selle, afin de scavoir son bon plaisir, a esté dict et desclaré : € que différer ne povoient l'exsécution dont ils avoient charge f et ordonnance, disant qu'ils se dannoient merveille de la Ion- € gue contradiction et résistance faicte par le dict pays, veu la c très grande armée et puissance de gens d'armes que le roy c avait présentement au dict pays^ à la quelle puissance le dict c pays ne povoit résister, veu aussy que plusieurs ennemys de c la dicte Comté journellement se parfourçoient d'y entreprenc dre, par quoi estoit besoin d'y pourveoir à main forte ; ce que c le roy à bonne et honneste intention désiroit faire et non à c aultre fin : dont les dicts seigneurs d'Alby, de Craon et de € Chaumont se disoient bien informés, et ainsi l'afGrmoient en c leurs honneurs et conscience, offrant de la part du roy ap- € paisier tous les ennemys du dict pays, quelque ils soient, et c que iceluy pays soit entretenu en tous et singuliers ses privi- € lèges, franchises et libertés, sans ce qu'il fust jamais travaillé € d'aulcunes effouages, gabellesy emprunts^ ne aultres quelc conques prestations ou charges extraordinaires; et de tout ce « que dict est promettoient iceulx seigneurs de livrer lettres € patentes du roy, en bonne forme et ample, aux dicts Estats, € pour les dictes causes et aultres plusieurs, mesmement afin ^ de conserver la dicte Comté, soulager le povre peuple, et, « eschiver effusion de sang humain avec aultres innumérables € maux, inconvéniens et esclandres apparans, iceulx Estats, « sous le très noble plaisir du roy et de ma dicte demoiselle, € pour autant qu'en eux est, et que faire le peuvent, sauf leurs € honneurs et feaultés en tout et partout, ont consenti et conf sentent que le dit pays soit tenu sous la main et protection € du roy et de ma dicte demoiselle, moyennant toutefois qu'ils

< facent par voie finale asseurer les dicts pays de tous les enne- € mys d'iceluy quels qu'ils soyent, et incontinent que aultres € des dicts ennemys qui y sont entrés vuident, sans piller ne en-

< dommager aulcunement. Et au regard des gens de guerre qui

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y sont du roy^ ils se départiront dès à présent, et point n'y retorneront pour tenir garnison ne aultrement, sinon qu'il fust nécessité à la deffense du dict pays, et par Tadvis des dicts commis du roy et des notables des trois Estats ; auquel cas, les dicts gens de guerre sont tenus de payer raisonnablement leur despence, sans faire quelconques pilleries, oppression ou violence. Au surplus est entendu que les offices et officiers du dict pays demeureront tous en leurs estats, entièrement aux anciens gaiges, droicts et proufits, comme du vivant de très noble mesmoire Philippe de Bourgoingne, que Dieu absoilve ! Aussi, seront entretenues les pensions de tous les pensionnaires, tant présens comme absens. En oultre les sels de toutes les saulneries de Salins auront leurs plains cours, et tels qu*ils avoient au temps de monseigneur le duc Philippe ; lequel pays demo^rera deschargé à tousjours mais, tant pour le tems passé que pour le tems advenir, de tous affouaiges, gabelles, aides, subsides, emprunts et autres prestations et charges extraordinaires quelconques, sans ce que jamais les manans du pays, habitans et ayans domicile au dict pays y soient aulcunement abstraints et contraincts, sans ce aussi que aulcune chose de nouvel soit entreprise sur leurs terres, seigneuries, juridictions ou chevances, ne qu'ils soient tirés hors du dict pour quelconque cause que ce soit, en suivant les privilèges, franchises, libertés et anciennes coustumes du dict pays. Et se, à Toccasion des guerres ou divisions passées, aulcunes terres, seigneuries ou héritaiges des dicts manans et habitans et ayant domicile au dict pays, tant présens que absens, avoient esté empeschées ou données, ceulx du dict pays qui les souloient tenir, y retorneront de plain droict, et recouvreront leurs possessions et ce qu'ils trouveront en nature de choses, sans difficulté quelconque, nonobstant les donations, confiscations ou commises qui en pourroient estre faictes par le roy ou aullres quels qu'ils soyent. Toutes lesquels choses ont esté commentées par les dicts Estats sous les moyens et considérations que dessus, et tout sans préjudice des droits de toutes les parties. Et supplient humblement iceuh Estats qu'il plaise au poy conserver ma dicte demoiselle en tous ses droicts, haulteurs et prééminences. En tesmoing

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c de ce, les dicts Estats ont faict sceller ces présentes du scel c du parlement du dict Duché, armoyé aux armes de la dicte c Comté... le dix-huitième jour de febvrier Tau mil quatre cent c soixante-seize (v. s.). »

f477. Session permanente des Etats à Besançon (1).

Dans son infortune et son abandon, Marie de Bourgogne voyait qu'il ne restait qu'un pouvoir debout, celui des Etats. C'est à eux et à eux seuls que, pour s'approprier l'héritage delà jeune orpheline, Louis XI s'était adressé. Elle-même, depuis Gand, écrivait au président de Bourgogne, quinze jours après la mort de son père, en lui communiquant ses sentiments secrets : c Recommandez-moi aux prélats, no- « blés et villes de par de là, auxquels je prie qu'ils con- € servent tousjours en leur courage la foi de Bourgongne, « quand mesme ores ils seroient contraincts de autrement c en parler. i^

Cette foi, en effet, malgré la surprise du 19 février, vivait encore dans les cœurs. Aux cris de Vive Bourgogjie ! Vive Marie I Dole et les autres villes, sauf Gray et Salins, se soulevèrent, et la noblesse suivit ce mouvement. Il fut surtout dirigé par le prince d'Orange, détrompé des promesses fallacieuses de Louis XI et nommé gouverneur du Comté par Marie. Claude de Toulongeon, seigneur de la Bastie, vieux chevalier, âgé de cinquante-six ans, devint son lieutenantgénéral. Le conseil de défense du pays se composa de ces deux seigneurs, de Guillaume de Rochefort, dont le noble cœur avait oublié l'ingratitude de Charles le Téméraire, de Simon de Cléron, écuyer, de Léonard des Potots, conseiller maître des requêtes, dont l'influence était prépondérante à Besançon, et de quelques membres moins connus.

(1) Yoy. la curieuse enquête de 1477, dans les Archives de Besançon. J'en ai extrait les textes les plus curieux dans le mémoire cité plus haut.

Sans tarder d'un seul jour, Jean de Chalon assembla les Etats à Besançon, ville centrale, la plus forte du pays, dont les habitants, Bourguignons de cœur, avaient offert au duc Charles, dans ses plus grands malheurs, l'abri hospitalier de leurs murs (1). Les Etats, le gouverneur, le conseil de défense, animes du même élan et constitués en permanence, s'assemblaient, soit à l'Hôtel-de- Ville, soit au palais de l'archevêque, chaleureusement dévoué à la cause de Bourgogne (2).

L'acte le plus habile de la politique des Etals fut de procurer au pays l'appui des Suisses, qui étaient si peu de temps auparavant leurs plus tembles adversaires. Pour les payer, la princesse Marie permit d'engager ses domaines jusqu'à concurrence de 4-0,000 livres de rente; villes, particuliers, membres des Etats, tous, animés du même cœur, s'associèrent à ces sacrifices (3), et les Suisses allemands répandus soit dans nos villes, soit sur les points menacés de la frontière de Saône, devinrent les soldats les plus redoutés et les plus nécessaires de l'armée de Bourgogne.

Dès le mois de mars Mil, le Comté était libre d'ennemis (4), et le sire de Craon, capitaine-général du roi, était réduit à former une nouvelle armée, sans pouvoir prendre Dole ou Vesoul, sans oser attaquer Besançon, obligé même, dans la nuit du l*^^ octobre, de fuir honteusement des murs de Dole qu*il assiégeait, devant une sortie des bourgeois victorieux.

Louis XI, indigné de ces revers, disait qu'il ferait de Besançon une chencvière, après y avoir passé la charrue, que c'était dans cette ville ennemie que se formaient contre lui les foudres et les lempêles (5).

Les Etats qui s'y rassemblèrent dans tout le cours de

(1, 2 et 3) Enquête citée.

(4) Lettre du sire de Traisignies, 30 mars 1477.

(5) Enquête de 1177, Archives de Besançon.

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Tannée 4477, eurent, comme on le voit, une grande part à celte ardente et vigoureuse résistance. « Pendant ces « guerres, dit Simon de Cléron, Tun des membres du « conseil de défense, les Etats et seigneurs se sont tenus c et retraits ordinairement à Besançon, en laquelle cité ils « ont faict leurs emprinses.... Je le sais, parce quej'estois c présent aux dites assemblées, comme l'un des députez c esluz du bailliage de Dole ; et, pour les 2,000 florins du a Rhin empruntés de la ville et employés au paiement c des Allemands, je me suis engagé comme les autres, i»

1478. Sessiœis de juillet à Poligny {\) et de septembre à

Besançon (2).

L'année 1477, si glorieuse pour le Comté, venait de finir. Maximilien, fils de l'empereur Frédéric, avait, au mois d'août, épousé Marie de Bourgogne; les États, secondés par Jean de Ghalon, étaient remplis d'espoir, et Ton eût dit que la Franche-Comté, touchant à la fin de cette crise suprême, avait cessé de lutter pour sa propre existence. L'accord le plus patriotique régnait entre tous les défenseurs du pays comme dans l'assemblée des Etats; armements, ambassades, subsides, soldes des Suisses allemands, correspondance avec le Duché, tout ressortait à cet énergique centre d'action.

Le Comté n'était plus réduit à ses seules forces. Un même élan enflammait les deux Bourgognes, désormais confédérées pour la cause de la fille de Charles le Téméraire ; et Ton n'attendait que le jour où un soulèvement général, éclatant à la fois des deux côtés de la Saône, et réunissant les Bourguignons dans un effort commun, les affranchirait définitivement de la domination du roi. Le 19 avril 1478,

(1) Lettre des députés des Etats aux habitants d'Ausonne, 20 juillet 1478, dans les Mém, de Chevalier sur Poligny^ I, 458.

(2) Dilib. du ckapilre métrop. de Be<anço», à cette date.

Jean de Ghalon, dans une lettre adressée i Nicolas de Prasty signalait cette union étroite des deux provinces (1) :

c Trés-chier et espécial ami, je me recommande à vous. Il plaist à Dieu par sa bonté adresser les affaires de ce pays, auquel avez à vivre et à mourir. Ceux de la Duché, pour l'affection qu'ils rums portent, sont contents d'estre associez avec n4ms et avoir commune fortune en ceste guerre ; qu'est un des plus grands biens que nous puisse arriver. Je les ay assurez du bon et honneste vouloir qu'ont tous les nobles de par deçà, et me suis faict fort que chascun tirera devers eux pour les secourir. Au regard de moy, j'aurois plus chier que la mort y commettre négligence, permettant vous prier, très-chier et espécial amy, que, incontinent ceste (lettre) veue, sans plus attendre, vous tirez à Verdun, et tout ce que avez de gens, jour et nuict, et illec treuverez qui vous recueillera de part moy. Pour

Dieu, ne veuillez faillir à ce besoing Escript à Au-

thume (S) le xix jour d'avril anno Lxxvm.

c Jehan de Ghalon. >

Ce grand fait historique de la confédération des deux Bourgognes, dont les membres se donnaient le nom de frères (S), n'a pas été connu des historiens. Philippe de Gomines ne l'a que vaguement entrevu, et M. de Barante l'a complètement ignoré. Dans cette association commune dirigée avec tant d'énergie, on remarque au premier rang le gouverneur Jean de Ghalon, Glaude de Toulongeon, seigneur de la Bastie, homme de guerre fort renommé, son lieutenant-général. Chrétien de Digoine, seigneur de Thiange,

(1) Ce curieux document de Tépoque se trouve dans les Manuscriti de Julee Ghifijbt, II, 336, à la bibliothèque de Besançm.

(2) Village peu éloigné de Dole.

(3) Lettre d^à dtée. Chrvalibb. Mém. iur PoUgH^f 1, 1468.

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Simon de Quingey, enfeimé plus tard par Louis XI dans une cage de fer, Simon de Cléron, les seigneurs de Gevrey et de Gôtebrune, presque tous franc-comtois. Les ambassades étaient plus particulièrement réservées à l'archevêque de Besançon et à Guillaume de Rochefort, président du Luxembourg que, cette année même, le prince d'Orange présenta avec instance pour la place vacante de chancelier (4), et auquel fut préféré Jean Garondelet, de Dole ; son nom est demeuré célèbre dans notre histoire.

Les habitants d'Àuxonne, dont le pont sur la Saône forme le passage entre les deux Bourgognes, ville très-forte par sa position comme par ses murailles, comptait parmi les membres les plus actifs de la \ig\it. Jean de Chalon entretenait une correspondance suivie avec eux.

Le 19 juillet, il leur faisait connaître par la lettre suivante, datée de Salins, les sacrifices nouveaux que s'imposait la Franche-Gomté pour la solde des Allemands prêts à être dirigés sur le Duché, où déjà Seurre, Semur, Verdun, Beaune s'étaient soulevés, et demandaient un pressant secours :

c M. de Thianges m'a relaté le bon vouloir qu'avez tousc jours au bien de mademoiselle nostre souveraine prin-

t cesse Je trouve atissi par deçà les bonnes villes et le

€ pays entièrement au dit service pour y tout abandonner ;

< et, poiu* la nécessité telle que vous savez, se sont mis à € payer les apparens, par mois, pour solde d'un Alle-

< mand quatre florins, les moyens deux et Idd^aidans un, € qui semble qui viendra à une bonne somme, sur la- € quelle avons déjà faict paiement à certaines compaignies € d'Allemands qu'avons envoyé et envoyons demain contre

c Louans et le ressort de St-Laurent Et se part demain

€ Mons. de la Bastie, mon cousin, pour tout le jour, et

(1) HnuBtn.

« aller taire paiement à Bradolf de 2,000 Allemands qu'il

« amène par deçà; et aussi avons envoyé argent à Besan-

« çon à Guillaume d'Espenoy pour faire paiement à la

c compagnie de ceux qu'amène

€ Jean de Chalon. »

C'est pour voter ce sacrifice extraordinaire, réparti selon les fortunes, et accepté avec tant de générosité par nos Bourguignons, que les Etats de Franche-Comté s'étaient, au mois de juillet, assemblés à Poligny (1). Mais déjà il était trop tard; la confédération, faute de secours arrivés à temps, était vaincue dans le Duché ; les villes soulevées avaient été obligées de se rendre, et Beaune, après un long siège, d'ouvrir ses portes. Ce n'est pas le dévouement qui manqua aux Etats, ni l'activité à Jean de Chalon. On a vu par la première de ses lettres, combien il avait hâte d'agir aussi promptement que possible ; mais il y eut des circonstances supérieures que nous ne connaissons pas, et Comines en parle bien à son aise quand il dit : « Ceux qui reperdirent € ces places estoient gens assez, combien que promptement € ne se vinrent remettre dans les dites places qui s' estoient <L ainsy rebellées et révoltées pour eux ; mais donnèrent € temps au gouverneur (d'Amboise) de faire son amas, ce « que faire ne dévoient, car ils savoient assez de son es- « tat (^)veu Vmnour que le pays leur portoit (3). > Ce dernier mot fait voir que l'échec de cette grande entreprise, en abattant lÉconfédération, dut causer le même désespoir dans les deuiTBourgognes.

La trêve d'un an (11 juillet 1478), par laquelle le roi s'engageait à restituer ce qu'il possédait dans notre pro-

(1) Chevalier. Mêm, sur Poligny, pr. I, 458.

(2) C*est-à-dire connaissant assez ses forces et la situation de son année.

(3) Comines. MémoireSy liv. VI, ch. 5.

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vince, sembla devoir rendre quelque repos à ce pays épuisé. Elle ne fit qu'en hâter la perte. Cette trêve servit à toutes les manœuvres sourdes ou publiques du roi. A l'aide des pensions accordées à chaque canton et à leurs chefs, de k

surenchère par laquelle il couvrit la somme de 140,000 fr. promise aux Suisses par les Bourguignons, il obtint que tous les Allemands quitteraient l'armée de Bourgogne, et que 6,000 d'entr'eux paieraient sous les drapeaux de la France. Ainsi, dit Comines, la dernière force des Bourguignons fol rompue (1). Dans cette extrémité, plutôt que de tomber dans les mains du roi, ils proposèrent aux Suisses de se laisser conquérir par eux (2). Ce projet désespéré, que fit échouer l'argent de Louis XI, fut peut-être l'objet de la session des Etats qui s'assembla à Besançon au mois de septembre 1478 (3), et sur laquelle nous n'avons jusqu'à présent aucun détail.

Session du H février i479 (4).

Malgré tant de généreux efforts, prolongés depuis deux ans, la conquête du Comté de Bourgogne ne pouvait être longtemps retardée. La trêve, qui durait encore, avait été employée par Louis XI à préparer en silence celte guerre cruelle et mortelle, que ses généraux devaient porter jusqu'au cœur du pays. De sombres pressentiments pesaient sur la Franche-Comté ; il courait des bruits vagues et sinistres, précurseurs de mauvais jours.

(1) c Après que ces traités furent faits, et que tons les Allemands qui tt estoient en Bourgongne furent retirés au service et gages du Roy, la c puissance des Bourguignons fut de tous points rompue. » (Ibid. ch. 4.)

(2) C'est ce que rapporte Huouss de Pibrrb, chanoine de Neufchâtel, historien contemporain. (Annales ou chroniq. des chanoines^ 1839, p. 41.)

(3) Délib. du chapitre de Besançon déjà citée.

(4) Voy. ci-aprës le texte même du Recà? des I']tats.

Le courage ne défaillait pas, mais tout annonçait de grands malheurs. Il était plus que jamais nécessaire de s'armer, de s'entendre, d'aviser aux mesures les plus urgentes. C'est dans ces circonstances que les trois Etats du domté, assemblés à Besançon, arrêtèrent et scellèrent de leur serment les résolutions suivantes, dont le texte encore inconnu nous a paru digne d'être publié :

c Les gens des Estats du comté de Boui^ongne, vicomte d'Auc xonne et ressort de St-Laurent,

« Savoir faisons que, à l'assemblée précédente^ tenue en ceste c cité de Besançon pour le bien et exaltation de nos souverains c seigneur et dame, afin de rebouter l'ennemi et deffendre le € pays de perdition, a esté^ sous le très noble plaisir d'iceulx nos c seigneur et dame^ délibéré et conclud par serment, d'un unic forme accord, vouloir et consentement^ ce que s'ensuit :

c C'est à savoir que messeigneurs les nobles et ceulx des c bonnes villes du dit pays demeureront joints et unis en bon c amour et toute cordisdité les uns avec les aultres, et se trouc veront ensemble es lieux convenables^ toutes les fois que mes-

< tier sera, pour la deffense du dit pays, habillés et équippés, c chascun selon sa possibilité. Et pour ce dès maintenant est orc donné à tous ceulx qui se trouveront prests pour se retirer aux c lieux qui leur seront signifiés, quant le cas et office le requiert^ c et aussi qu'ils ne marchent pas par le pays sans porter basions c et glaives convenables, mais soient bien équippés et embasc tonnés^ chascun selon son estât, en allant et venant par le dit c pays, pour estre plus facilement obvié aux entreprinses et c mauvaises œuvres de ceulx qui veulent dommaiger le dit pays,

< et ne sera souffert à personnes estrangères incogneuz porter c armes et glaives par le dit pays, et réservé ceulx qui auront c adveu d'aulcungs notables d'iceluy pays.

c Et au regard des estrangiers qui, sans cognoissance, seront c trouvés au dit pays, supposé qu'ils ne portent armes ne glaives,

< l'on ordonne à tous officiers et subjects qu'ils les arrestent et c interrogent duement, mesmeroent ceulx des bonnes villes^ c fortes maisons et passaiges, afin de arrester plusieurs.

c L'on est bien adverty, au surplus, pour recevoir le serment

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c des absents, Ton commel à ce faire, au bailliage d'Amont noble c et paissant seigneur messire Jehan de Neufchatel, seigneur de < Montaigu et de Rigney, et pour le vicomte d*Auxonue et resc sort de St-Laurent, noble et puissant seigneur messire Géc rard de Longvy seigneur de Gevrey , et pour le bailliage d'A?aI f noble et puissant seigneur messire Loys de Vienne, seigneur c de Ruffey, pour le bailliage de Dole noble et puissant seic gneur messire Hugues de Thoisy, seigneur de Himeure, bailc ly d^Auxois ; auxquels seigneurs les dits Estats ont donné et c donnent toute puissance de faire crier, publier, exécuter et c entretenir la présente délibération et conclusion, assavoir c chascung d'iceulx es mettes du bailliage et quartier auquel c il est nommé.

c Donné à Besançon le xi jour de febvrier mccgcxxvui. Signé : € Baussot. Par ordonnance de Hess, des Estats, scellé, etc. (1). >

Les inquiétudes, qui respirent dans chaque article de ce recès, n'étaient que trop fondées. Louis XI mit à profit les trois mois qui suivirent pour s'assurer l'appui des ligues d'Allemagne, et chercher par ses émissaires des complices parmi les grands seigneurs de la Franche-Comté. Au mois de mars 1479, l'archevêque de Besançon, Charles de Neufchâtel, jusque-là si dévoué à son pays, s'obligea par un traité secret à seconder la conquête. Hugues de Chalon, le plus puissant des seigneurs de Bourgogne, qui, dans sa prison, avait longtemps lutté avec héroïsme contre son amour pour Louise de Savoye, nièce du roi, succomba à ce fatal amour et à l'offre de sa main (2). D'autres seigneurs (3) se livrèrent également (4). La Franche-Comté était donc perdue

(i) Manuicrits du P. Dunand. Volume intitulô : Pièces pour l histoire du Comté, III, 240-241, à la Bibliothèque de Besançon,

(2) Yoy. pour les détails, mes Mémoires sur ce sujet dans le Recueil de lAcad. de Besançon, 1842 et 1874.

(3) Tels que Pouriier de Frolois. Traité avec Louis XI dans VHisU des sires de Salins^ tom. Il, pr. p. 91.

(4) • Les gens qui eetoient es places se tournèrent par intelb'gence. • (CoMiNXB, liv. VI, ch. 4.)

avant rentrée de l'armée française. Le roi corrompit des capitaines de nos places (1). C'est dans ce temps que les Suisses, gagnés à prix d'or par le roi, abandonnèrent nos drapeaux (2), et fournirent 6,000 hommes au roi (8). Ce sont là des secrets que Comines s'est bien gardé de nous apprendre. Voilà dans quelles circonstances, en temps de trêve, d'Amboise, déjà sûr de la victoire, passa la Saône, et commença la campagne de conquête que l'infidèle historien nous raconte avec autant de brièveté que de réticence (4),

(1, 2 et 3) € Les gons qai estoient es places se toumàieat p«r mtdligence. » (Goioms, liv. YI, ch. 4.)

(4) Qui reconnaîtrait Tombre de vérité dans ce récit de la prise de Dole ? c Monseigneur de Ghaumont (d'Amboise), assiégea Dole... et fut € prise d*assaut. On dit qu'aulcungs Allemands de ces nouveaux réa duits cuidèrent entrer pour la deffendre ; mais en leur compagnie se tt mirent tant de francs-archers, sans entendre la ma/tee, mais seulement € pour gagner, que quand ils furent dedans tout se prit à piUer et la c ville fut bruslée et destruite, t

A ce récit, contraire à celui de tous les historiens, il fimt opposer une requête inédite, Tune des pièces les plus curieuses des archives de Dole, adressée à Tarchiduchesse Marguerite. Elle est postérieure d*à peu près trente ans à la prise de la ville.

Les Dolois y exposent c qu'ils ont soubstenu deux siégw contre Tefforcée puissance des François, qui estant^ encore plus de êix umainea dedans les tresves, mirent le second siège ; et, après que les supplians eurent soubstenu plusieurs gros et rudes assaulx, par moyens indirects, fisiulseté et sous ombre de traicté, furent trahis par ceux qui avoient juré les secourir et deffendre, dont la dite ville fut prinse, arse et destruite entièrement, la pluspart des habitans lors y estant mors, les autres prins.

€ Et encore iceulx François non eontens de ce, et pour du tout abolir et adnihiler la dite ville, pour eux venger des grandes hontes et pertes qu'ils avoient eus devant la dite ville, tant pour le premier siège que aultrement, démonstrant leur fureur et raige oultrée, laissèrent dedaaa la ville bien dix-huit mille francs-archers pour la mettre du tout à saquement, afin que ne fust jamab mesmoire d'icelle ville.

ff Et y demeurèrent les dits francs-archers bien trois semaines durant à mectre les feuz de maisons en maisons et à abattre tout le circuit des murailles de ladite ville pour la laisser du tout ohampeiiret

sous HABIB Bt MAXIMILIEN. 181

prit par trahison et brûla Dole avec an sang-froid atroce, fit capituler Besançon, et acheva par la soumission de nos montagnes, dernier boulevard de la résistance, Tœuvre que lui avait confiée Louis XI.

Cette conquête sanglante et disputée des montagnes du Doubs et du Jura, conquête qu'aucun historien n'a racontée, cette campagne de destruction conduite, au printemps de l'année 1480, par d'Amboise en personne au milieu de ruines sans nombre, j'espère un jour la faire connaître à l'aide de documents authentiques et contemporains ; et on se demandera, en les comparant au récit de Gomines, ce qu'il faut penser de l'étrange silence d'un historien, qui affirme avoir été alors en Bourgogne à la tête des pensionnaires du Roi (1).

Session du S4 août 1480. — Salins (S).

C'en était fait : le pays de Franche-Comté était vaincu, sa capitale trahie et brûlée. Besançon, si longtemps siège des Etats, avait reçu une garnison d'Allemands à la solde du roi. c Un peu demeura le pays en paix, dit Comines, c sous le gouvernement du seigneur de Chaumont. » Ce qui signifie qu'il subit, sans une plus longue résistance, toutes les rigueurs de la conquête I Nos campagnes étaient parcourues et rançonnées par les troupes françaises qui s'y livraient librement à tous les excès, les villes et les châ-

(détruinrent) les grandes et grosses esduses de vos molins, qa'est une (partie) de la fortificatioii de la ville à cause de Teauve qui doit aUer le long des murailles, t

(i) J'ai recueilli de nombreux détails sur la guerre des montagnes en 1480 ; ils seront publiés dans lé troisième volume de mon Euai sur rhitiaire de la Franehe-^onUi. Gomines la peint lestement par cette ligne insignifiante : • Une restait plus rien à prendre en Bourgogne que ff trois ou quatre ehâteaux-rochers comme Jou,.. » (Môm. liv.VI. ch. IV.)

(2) Voy . ei-«prè8 le texte du recàs.

482 ÉTàTS GÉNÉRAUX

teaux occupés par des capitaines, qui, selon les ordres du roi, en démolissaient les murailles, afin que le Comté demeurât à jamais assujéti et que le nom de Bourgogne fût entièrement éteint.

D'après les mêmes ordres, les Etats furent, le 34 août, rassemblés à Salins, par le président et gens du conseil français (1). Les évêques de Maillesais et d'Albi les présidèrent, et reçurent avec bonté Thumble requête de la ' Franche-Comté. Cette pièce, que j'ai retrouvée aux archives nationales, présente le douloureux tableau d'un pays accablé, gémissant de l'excès de ses maux, et, dans la servitude où il est réduit, demandant à son oppresseur de lui rendre par grâce ses anciennes libertés.

Requête des États du comté aux lieutenants du Roi.

A Hesseigneurs les Evesques de Haillezais et d'Àlbi, lieutenants du Roy, nostre Sire.

S'ensuivent les cas et articles snr lesquels les députés des gens des trois Estats du Comté de Bourgongne et ressort de St-Laureat, en toute humilité} suplient que ordre soit mise et provision faicte.

Premièrement sur Fentretenement de la Justice, qu'est cause de faire régner les princes, et leurs seigneuries et leurs sujets vivre en paix, qu'il plaise au Roy, nostre Sire, ordonner son Parlement de son comté de Bourgogne pour le tenir en sa ville de Salins, qui est la place propre et la plus convenable au temps présent, et que les présidents, assistans et officiers dudit Parlement soient stipendiez par le Roy.

Ilem et pour ce que ledit Comté est et a esté seigneurie d'ancienneté séparé du Duché, et auquel Comté ont accoustumé avoir Parlement souverain, et que en iceluy Comté l'on use d'autres coustumes et stilles que en iceluy Duché, qu'il plaise au Roy

(1) Ce sont ces officiers qui y convoquent le chapitre de Besançon en annonçant que les Etata du Duché seront réunis à Dijon le 18 août. (De/t6. du chap. métrop. 16 août 1480.)

sous MARIE ET MAXIiaLIEN. 183

commetre et députer gens notables, gens d*église, nobles, chevaliers, conseillers, lieutenants, advocats et procureurs pour assister audit Parlement, et greffier ou son commis qui soit résident audit Salins, pour relever devers luy tous appeaux et autres mandemens sans excéder le prix d^iceux, selon la forme des ordonnances dudit Parlement.

liem^ que les présidons et assistans dudit Parlement, pour l'abréviation et bien de justice, ayent toute puissance, comme ils ont accoustumé d'avoir d'ancienneté, et qu'ils puissent faire pour abréger justice, touttes ordonnances et statuts pour relever les subjects de foule et de dépenses.

Item, que doresnavant les subjects du Roy en son dit Comté de Bourgongne ne soient tirez, par évocation ne autrement, à Dijon ne ailleurs hors dudit Comté, ains soient appeliez par devant les baillifs ordonnés d'iceluy, chacun en son ressort, et par devant commissaires députez en iceluy; pour instruire les causes d'appel.

Et semblablement que les advocats, procureurs et seigneurs ësdits bailliaiges, sans faveur ne dissimulation aucune, fassent leur debvoir de poursuivie les causes et de faire faire les informations des crimes, qui seront faict soit par les gens des garnisons ou autres de quelque estât qu'ils soient.

Item, qu'il soit ordonné aux capitaines aians charge des mortes payes de souffrir, punir et corriger ceux de Jours compagnies qui seront trouvés faisant insultes, crimes ou délits. Et que, pour ce faire, baillent faveur et aide auxdits baillifs, advocats et procureurs, affin qu'ils soient plus retardez de faire leurs dits maux et insultes.

Item et sur ce que, tant par mortalité que autrement, ledit Comté est si fort diminué de gens et si fort apauvry au moien dédites guerres que les terres demeurent incultes et en désert par faute de labeurs; et néanlmoins, sans avoir regard à ce, les capitaines et leurs lieutenants des villes et places dudit pays, estant es maisons appartenant au Roy, contraignent les pauvres laboureurs d'aller faire guet et garde es dites places, combien qu'ils ne soient habiles de ce faire ; ains le font lesdits capitaines pour avoir argent, par composition ou autrement, desdits pauvres laboureurs. Plaise, ce considérez, les en faire tenir quittes et exemps.

Itemy si aucuns desdites garnisons prennent aucuns prisonnierSy qii*ils prétendent avoir méfait contre le Roy, noslre sire, et contre le bien du pays et de ses sujets, qu'ils soient tenu de incontinent les mettre es mains desdits baillifs, advocats et procureurs, pour par eux faire leur procès^ et après en faire la punition, sans dissimulation, selon l'exigence des cas.

Itemy que doresnavant ceux desdites garnisons ne puissent partir d'icelles pour aller dehors ne en autres villes ou villages sans congié et licence de leurs capitaines, et sans porter billet dudit congié, qui sera adressé au capitaine et eschevins de la ville en laquelle ils auront à besongner ; lequel billet contiendra le nom et le nombre pour lequel ils iront èsdits lieux.

Item^ que lesdits gens de guerre, quand ils seront èsdites villes, s'entretiennent gracieusement ; Et, s'ils veulent boire ou manger, qu'ils voîsent es hostelleries, et s'i conduisent gracieusement en payant vivres, selon l'ordonnance du Roy.

Et leur soit aussi deSendu d'aller par les villages près de leurs garnisons et autre part^ pour y prendre les vivres, que les aucuns ont accoustumé prendre sans rien payer.

Aem, et pour ce que les sujets dudit Comté, et mesmement ceux de Dole et alentour, sont très fort désolez et apauvris au moyen des sièges qui ont esté celle part, plaise de les exempter et tenir quittes des menus emparemens des villes et places appartenans au Roy, où il y a garnison, et, avecque ce, des charrois et corvées que l'on fait à la construction des chasteaux^ de nouveaux édifices es duché de Bourgongne et vicomte d'Auxonne.

Iteniy soit ordonné que toutes denrées, tant blé, vin, charnage, poisson, fromage, œufs, poussins, et tous autres vivres à l'usage de l'homme, soient apportées es marchés publics, pour illecques les vendre et distribuer publiquement aux taux d'aucuns des échevins desdites villes, qui feront le serment, et sans ce que aucuns desdits gens de guerre voisent au devant desdits vivres pour les avoir à leur voulenté.

Iteniy que deffence soit faite auxdils des garnisons et autres, de non aller es vignes ne vergiers pour y prendre les fruits y estant, qui sont en petit nombre, ne despecier les arbres y estant, et ce sur grosses peines.

Iteniy et que ceux desdites garnisons, sur peine de la hart,

sous MARIE ET MAXIMILIEN. 185

s'abstiennent de menasser, reprouchier ne batre aucuns des sobgets du Roy; ains, s'ils prétendent avoir aucunes actions sur eux, les poursuivent par devant lesdite baillifs, lesquels seront tenus de leur en faire bonne justice. Et, pour obvier aux pillars et larrons, qu'un chacun soit tenu d'élai^r et essarter les bois en droit soy, à la discrétion des officiers des lieux.

Itern^ que ceux des ordonnances du Roy, en allant, venant et séjournant par le pays, soient tenus payer les dépens, sur peine d'être cassés de leurs gaiges.

ttemy que, pour obvier aux inconvéniens, qui pourroient avenir au moyen des larrons et pillars qui se trouvent occultement audit pays, un chacun en droit soy, soit tenu, à grosse peine, de les déceler et prendre, quelque part qu'ils les pourront sçavoir.

Plaise aussi à mesdits seigneurs d'entretenir ceux des seigneuries de Ghamplite, Noray, Aultray, Chaviray, Ray, Jussey et autres estant au long de la rivière de Saône au ressort du bailliage d'Amont et dudit Comté, mesmement es libertés et franchises que hontles autres dudit Comté, nonobstant certains billets envoyés aux dessus dits pour contribuer aux mains-œuvres d'Auxonne.

Itênif que doresnavantl'on puisse battre monnoye à Auxonne, à la manière accoustumée.

Semblableroent soit pourveu à la place de et y mettre

des mortes-paie, attendu mesmement que le pays k l'entour est bruslé, et aussi en temps d'hiver, pour les grandes neiges qui sont audit pays, chevaux n'y peuvent estre ny habiter.

Item^ que les marchands et toutes gens dudit Comté puissent aller et transporter toutes marchandises et denrées et par tout le Royaume, et du Royaume au Comté, franchement et sans aucune charge ne acquit, ne autres redevances quelconques, attendu que ces deux pays sont à un même prince et souz la souveraineté du Roy nostre seigneur.

Itemj que tous prélats et gens d'église demeurent en les droitures et jurisdictions et confèrent les bénéfices vacant et estans à la collation et disposition d'eux et de leurs églises, et aussi demeureront tous nobles et autres au droit de conférer les bénéfices estant à leur collation.

Itenif plaise audit seigneur de faire cesser la démolition des

places esUiDt audit eomté de Boargongne, attendu le serment de fidélité, et logis très-utile et nécessaire audit pays que les seigneurs desdites places ont fait; et semblablement donner licence aux habitans de Dole, laquelle ville est un passage et en la Traye obéissance du Roy, en laquelle ils veulent estre et sont demeurans.

Itimy que ceux ausquels sont faites donacions de biens confisqués, soient tenus de payer et supporter les debtes deues par ceux sur qui sont confisqués lesdits biens avant ladite confiscation, et dont iceux biens estoient hypotéqués, et aussi de supporter toutes autres charges comme les habitans des lieux^ tant pour les affaires des villes qu'autrement.

Item^ qu'il plaise à mess'* de bailler à ceux desdits Estats un vidimus ou transcript des deux mandemens qui furent hier publiez, et leur expédier un autre mandement de par mesdits sieurs, contenant les promesses et offres par eux faites audits Estats, pour le tout publier par lesdits bailliages, afin de plus encliner et entretenir le menu peuple souz l'obéissance du Roy nostre seigneur, et avec ce députer gens ez bailliages et seigneuries dudit Comté pour contraindre leurs juridiques et gens d*église sans nul excepter à faire le serment au Roy ; et, reçeu iceluy, que par les et scribes des lieux lesdits serments soient enregistrés.

Ilem^ pour ce qu'il y a plusieurs obstinés de ce comté de Bourgongne à tenir parti contraire au Roy, qui se sont retirés i Baude, Berne, Orbe, Neufchastel, et autres pays aliez au Roy, desquels lieux ils font semer et faire toutes mauvaises nouvelles par leurs femmes, parens et amis résidons audit Comté, qu'il plaise écrire à ceux desdits lieux aliez au Roy, de non soustenir ou entretenir lesdits retirez, et, en cas qu'ils ne voudroient retourner souz l'obéissance du Roy dedans le terme sur ce préfix par le Roy, qu'interdiction soit faite h leurs femmes, s'il est trouvé qu'elles soient en rien coupables touchant ce que dit est, de plus demeurer audit Gomtéi^ ains voisent demeurer hors d'iceluy, afin qu'inconvénient et esclandre n'en adviennent, comme en tel cas il est desjà aparemment venu à Arbois, et pour éviter les grans murmurations et mauvais langages que lesdites femmes, gens et amis sèment journellement par le pays.

sous MARIE ET MAXIMaUEN. 187

Itemt requièrent eonfirmation lesdits snbgets en cedit Comté de Bourgongne de leurs droits, franchises, libertés et prérogatives, et que ci-après, pour quelque cause que ce soit, ne seront ne pourront estre mis en abbonage de charges, de tailles^ subsides, gabelles^ impositions ne autres servitudes^ ains seront toujours entretenus en tels droits, libertés et franchises qu^ils estoient au temps du bon duc Philippe dernier trespassé^ et pour ce demeureront tousjours plus obéissans au Roy.

Ces articles ont esté présentés au lieu de Salins ez Estats illec tenus le XXIY^ jour d'aoust m cgcc un".

Louis XI fit-il droit aux vosux de l'assemblée des États

de 1480?

L'auteur de V Histoire des ducs de Bourgogne n'en a pas douté; il va presque jusqu'à croire aux sympathies des Franc-Comtois pour Louis XI après la conquête, c Les Etats

< des deux provinces, dit-il, avaient été assemblés par ordre c du roi, et Jean et Louis d'Amboise, évêques de Maillec sais et d'Alby, avaient été nommés lieutenants pour rec cevoir leurs griefs. Les demandes qu'ils insérèrent sur c leurs cahiers avaient été prises en grande considération ; f la plupart avaient été accordées, et pour les autres, de f bonnes promesses avaient été faites. Le voyage du roi € contribua à lui gagner encore ces deux provinces; il fit

< accueil à la noblesse et aux gens des villes (1). i

Jules Chiflet, loin de croire à cette transformation subite et si surprenante, soit dans les sentiments du roi, soit dans ceux des Bourguignons, croit que Louis XI, même en mourant ne pardonna jamais aux Franc-Comtois, comme le rapporte, dit-il, Louis Guyon en ses diverses leçons avoir été raconté en présence de François I®'' (2).

Je n'hésite pas à croire, que le sentiment de Jules Chiflet

(1) HisL de» Ducs de Bourgogney YIII, p. 111.

(2) Mém. de Jules Chiflit, II, p. 276.

188 ÉTATS GiRÉRAUX

est le seul vrai, et que M. dé Baraute a dGinné àquel^ms vagues expressions de Comines, une interprétation erronée ou beaucoup trop étendue.

Je reconnais que le roi, jaloux de se faire des créatures ou de prévenir de nouveaux soulèvements dans le comté de Bourgogne, fit le meilleur accueil aux seigneurs Bourguignons qui, pressés par la ruine absolue de leurs terres, consentirent à revenir à lui; qu'il s'appliqua surtout à gagner, par des présents ou par des faveurs, la ville impériale de Besançon (1) dont il eut voulu faire la capitale de la province. Tous nos monuments en font foi, et sur ces faits il ne peut s'élever aucun doute.

Mais, quant à la province elle-même, il la tint dans la plus haineuse défiance et la plus profonde servitude, sans lui pardonner jamais le mal qu'il lui avait fait. Besançon excepté, on ne citera pas une de nos villes à qui il ait ac^ cordé une seule faveur ; il rejeta les prières de celle de Dole qui lui était particulièrement odieuse (2). Il fut sourd aux vœux des Etats ; ce qui prouve invinciblement qu'il n'accueillit aucune de leurs demandes, c'est que, quatre mois après sa mort, les garnisons françaises et les soldats Allemands occupaient encore nos villes, auxquelles il était tou-

(i) Cependant, dans la capitulation de Besançon du 3 juiUet 1479, les habitants avaient dû 8*interdire toutes assemblées des Etats au pr^udice du roi. {Manusc, Lbgrano. Biblioth. nationale.) knasi tant que Louis XI régna en Bourgogne, les Etats ne s*assemblèrent jamais à Besançon.

(2) La ville de Dole se hasarda, quand elle sut que le roi allait en pèlerinage à St-Claude, à le supplier timidement par ses députés de lui rendre l'université, et d'exempter de tailles ceux qui viendraient habiter ses ruines. Les archives de Dole mentionnent cette demande, mais sans rien dire de la réponse qui fut évidemment un refus. Jamais Louis XI ne pardonna aux bourgeois de cette ville d'avoir si courageusement résisté à ses troupes, et chassé honteusement le sire de Craon, son lieutenant, qui les assiégeait. {Dêlibér. mufitctp. de Dole^ 10 avril 1482.) Il ne vouloit,.dtt GoUut, entendre parler de cette ville. (Jf^motrcf, anc. édit., p. 931.)

sous MARIE ET MAXIMILIEN. 189

jours interdit de relever leurs murailles ; qu'il continua, malgré le traité d'Arras, à démolir nos places et nos forteresses; que les taxes qu'il avait jetées sur le pays sans l'aveu des Etats, étaient maintenues, qu'enfin la Franche- Comté n'avait recouvré aucune des libertés concédées par Philippe le Bon et qui avaient été abolies depuis la conquête.

C'est parce que ces rigueurs envers le pays vaincu subsistaient, que les Franc-Comtois, revenus à l'espérance sous le successeur de Louis XI, demandèrent aux Etats de Tours la cessation de cet état de servitude et la restitution de leurs anciennes libertés.

C'est parce que ces rigueurs subsistaient que HaximilieB, par les émissaires qu'il envoya en Franche-Comté après la mort de Louis XI, rappelait la grande liberté dans laquelle les Bourguignons avoient vescu du temps des ducs, et, au contraire, la grande oppression, foule et violence où le roi les avoit tenus (1).

C'est parce qu'elles subsistaient, qu'en les engageant à revenir à lui, Haximilien promet aux Franc-Comtois de leur rendre leurs franchises ; ce qui prouve qu'ils ne les possédaient pas.

Il ajoute même : Les François ont en hayne la Bourgogne, et, tant qu'ils seigneureront le pays, ils le tiendront en desdaing comme gens suspects et conquis {%,

Le pèlerinage du roi à St-Claude, les sentiments qu'il y porte, ceux qu'il rencontre dans notre Bourgogne, ne sont» pas peints avec plus de vérité dans le tableau suivant, où M. de Barante se laisse entraîner par les mêmes erreurs.

c Continuant sa route à petites journées, le roi traversa € la Bourgogne ; toui allait assez bien en cette province et c dans la Comté L'année précédente, quelques jours

(i et2) Lenglet sur Comines. Pmtues^ III. 149^ 150.

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