‹ Histoire des états généraux et des libertés publiques en Franche-ComtéChapitre 25 sur 36 · AU TEMPS DE GH ARLES-QUINT · texte numérisé non relu

AU TEMPS DE GH ARLES-QUINT

Je trouve, en quinze ans , sous le règne de ce prince , douze sessions d'Etats, dont deux irrégulières. Nos historiens (1) n'en ont connu que quatre, les seules qu'ils considèrent comme prouvées. De plus^ pour celles même qu'ils ont connues, ils n'ont pu en déterminer le sujet. La raison en est simple, ils n'ont pas cherché aux véritables sources.

Ces sessions multipliées, et les riches subsides qui y furent votés avec le plus généreux empressement , montrent la croissante prosnérité du pays sous ce prince si cher à ses sujets (2).

esté conduits et amenez de plusieurs pays et distribuez en nostredit Comté, et encore 8*7 amènent et distribuent journellement, nos subjects y manans et habitans s'en sont trouvez et retrouvent endommagez et appauvris yar les grandes et quasi inestimables sommes de deniers qui ont esté tirez et chaque jour se tirent, pour ledit drap, ho-s de nostredit Comté, et, à ce^te occasion les villes et lieux propres à y faire lesdits draps délaissez des maistres drapiers et ouvriers expérimentés à la conduite et façon desdits draps. »

L'Empereur considère que Tusage « des draps de aoye est maintenant si commun, ainsi que celui des passements et broderies, que simples gens populaires, se veulent, quant audit portement, comparer aux gens d'autorité, pouvoir et noblesse, tellement qu'à Thabit il seroit difficile de discerner Tun de l'autre. >

Pour remédier à la pauvreté qui en résulte, l'Empereur, sur li réquisition des Etats, ordonne qu'au comté on ne s'habille que de drapa de laine faits au pays, prohibe la vente des draps étrangers, et réserve, pour obvier aux pompes excessives régnons, les draps de soye, passements et broderies aux gentilshommes et à ses offîciers. (Ordonn. Delesmes, p. 137-138).

(1) MM. Bechbt, Richard, Duvbrnot, kto.

(2) « Le poure peuple est doulx et obéyssant à tout ce qu'on leur « vouldroit ordonner de la part de Sa Majesté. » {Lettre de d'Andelot à Renaud, 23 mat 1548, Dans les mantisc, Chifletsw les Etats, f. 99.)

Conséquence des annoblissements sous les règnes db Charles-Quint et de ses successeurs. — Changement

du personnel dans l'ordre de la noblesse aux ETATS.

Un auteur franc-comtois du dernier siècle (1) fait sur ce sujet des réflexions fort judicieuses :

^ Il ne faut pa; être étonné de voir tant de nouveaux nobles dans les dernières assemblées des Etats. Autant nos premiers princes étaient difficiles à accorder des lettres de noblesse, autant les derniers furent faciles sur ce point. L'Empereur Maximilien et l'Archiduc Philippe ne les accordaient qu'avec discrétion. Charles-Quint, qui mettait parmi ses plaisirs la distribution des lettres de noblesse, les répandit avec profusion. Philippe II fut son fidèle imitateur en ce point; et les Archiducs Albert et Isabelle, qui lui succédèrent dans la souveraineté de cette province, ne firent jamais des mécontents à ce sujet ; on vit dès lors les banquiers, négociants, marchands, bourgeois, et même les artisans riches obtenir des lettres de noblesse, et acheter ensuite des fiefs et seigneuries de nos grandes maisons qui avaient besoin d'argent, soit pour s'acquitter des dettes que leurs services à la guerre avaient occasionnées, soit pour se mettre en armes de nouveau. C'est ce qui donna entrée aux Etats à ces nouveaux nobles, propriétaires de fiefs qu'ils venaient d'acquérir, et dont les lettres de noblesse n'étaient pas même encore vérifiées au Parlement et en la Chambre des comptes, parce que, ayant acquis des fiefs, ils faisaient les devoirs de foi et hommage entre les mains du gouverneur , si les fiefs étaient mouvans du prince, sinon entre celles de leur seigneur suzerain. ï>

(1) Dana les manuscrits de M. Varia d'Ainvelle, iQ-4o intitulé : Docum. pour'JHutoiré de la Franche-Comté.

sous GHARLES-QUnfT. 287

Session de i53i (1).

Empereur d'AUeinagne depuis douze ans, et, pendant un lempSy maître de François I^^ prisonnier de guerre, Charles-Quint, servi par d'excellents généraux, n'avait jamais été trahi par la fortune. Le traité de Boulogne et celui de Cambray avaient mis le comble à sa puissance.

Il venait de nommer gouvernante des Pays-Bas et du comté de Bourgogne, sa sœur Marie, reine de Hongrie. On a dit de cette princesse qu'elle avait une sorte de culte pour l'Empereur, son frère, et l'appelait son lout après Dieu dans le monde (2). Elle en avait la vigueur et la hauteur de caractère. Pénétrante, résolue, altière, infatigable, propre à l'administration et même à la guerre, pleine de ressources dans les difficultés, portant dans les périls une pensée ferme et un mâle courage^ ne se laissant ni surprendre ni abattre par les événements, elle mit, pendant un quart de siècle, le secours de sa grande habileté au service de son frère (3).

Mais, de quelque éclat que fût entouré le nouveau et puissant souverain, succédant à l'archiduchesse Marguerite, la Franche-Comté n'était pas sans inquiétude. Au gouvernement heureux et paisible de cette bonne princesse amie de la paix, succédait celui d'un prince de trente ans, rival valeureux et presque toujours armé de François V^ (4).

(1) Recès de 1531^ dans les recès de db Trotis, t. 1, p. 4 et 5.

(2) M. MiGNET, Abdic, de Charles-QuirU, p. 101.

(3) Ibid,

(4) Précisément à cette époque , l'ambassadeur Yenitieii Gaspard CaDtarini traçait le portrait suiyant de Charles-Quint : « L'Empereur au 24 février dernier (1530), a accompli sa trentième année. S'il n'est pas d'une très-forte complexion, sa santé est bonne. Il a le corps parfaitement proportionné : une seule chose lui gâte la figure, c'est le menton. 11 est prudent, réservé, et s'occupe avec la plus grande soUi-

Comment se maintiendrait la neutralité avec la France? Que deviendrait la ligue héréditaire avec la Suisse ? La province n'était séparée de la frontière française que par la Saône. Dole, la capitale du pays, à deux lieues seulement de cette frontière, n'avait, pour se défendre, que ses vieilles murailles, celles du temps de Louis XI ; Gray, au bord de la même rivière, était encore moins fortifié. A qui recourir en cas d'invasion ? et comment pourvoir à la défense de ce pays isolé, dont la noblesse même ne pouvait protéger la faiblesse, parce qu'elle servait au loin dans les armées de l'Empereur ?

C'est sous l'impression de ' ces incertitudes et de ces craintes que les Etats s'assemblèrent dans les premiers mois de l'année 1531. Toutes ces questions furent posées, débattues, puis soumises à l'Empereur, à qui une députalion fut envoyée dans les Pays-Bas. Deux des membres de cette députation appartenaient à la cour souveraine de Dole. Charles-Quint les reçut avec une grâce courtoise et affectueuse, trouva justes toutes leurs demandes et leur déclara qu'ils auraient pleine satisfaction, qu'il chargeait le maréchal de Bourgogne d'étudier l'état des fortifications des villes, de lui en rendre compte, qu'il voulait que Dole fût entouré de nouveaux remparts auxquels tout d'abord il consacrerait, par an, 2,000 francs des revenus de son domaine (1).

citade de ses affaires, à ce point qa*il écrit actuellement de sa main à rimpératrice en Espagne, et à son frère en Allemagne, des lettres très-longues... Il n'est adonné à aucun plaisir. Il va quelquefois à la chasse, surtout aux sangliers : mais, à Bologne, il est rarement sorti de son palais, et seulement pour assister à la messe en quelque église. Il est religieux plus que jamais. Il parle et discourt beaucoup plus qu'il ne Élisait en Espagne. Il m*est arrivé de néj^ocier avec lui pendant deux heures de suite ; ce que, en Espagne, il ne faisait pas. 11 n*est plus aussi absolu dans ses opinions que sa nature le portait à Tètie. » (Relationt des Ambassad, vénitiens, dans M. Gnchard, Préface, p. 36 et s.) (1) Plnsieurs auteurs ont dit 200,000 fr., et de Troyes a, le premier,

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Pour montrer mieux que, dans le gouvernement de la Bourgogne, il n'agirait qu'avec le concours et selon le vœu des habitants, il remit aux députés divers projets d'ordonnances préparés pour cette province, mais qu'il ne devait publier qu'après les avoir soumises à l'examen du pays ; et il nomma plusieurs hauts personnages de Franche-Comté pour faire et lui envoyer ce travail.

Comme témoignage de ses sentiments tout franc-comtois, il fit Claude de la Baume, issu de Tune des grandes familles du pays, chevalier de la Toison d'or, plaça comme gouverneur à la tête de la province, René de Nassau, neveu et héritier de Philibert de Chalon (1), maintint tous les dignitaires dans leurs emplois, et plus que jamais admit dans sa haute faveur et la direction des affaires de Tempire Nicolas Perrenot, dont le mérite éprouvé et le crédit tout puissant allait grandissant chaque jour.

Session du iS août i5S4. — Dole (2).

Cette session est remarquable par le chiffre du don gratuit, qui ne fut pas- moindre de 80,000 francs, somme que le taux excessif des récompenses porta à 103,000 francs.

Les commissaires de l'Empereur devant l'Assemblée furent le jeune gouverneur, René de Nassau, qui devait, dix ans plus tard, succomber si jeune devant Saint-Dizier, le Pré-

commis cette errear de transcription, dans le texte du rec^ de 1591* L'original, qui est aux Archives des Etats, porte 2,000 fr.

(1) 11 était déjà gouverneur de la province, le 20 octobre 1533. (Titre à cette date dans les Archives de la maison de Chalon, E, iS4i).

(2) Papiers des Etats, L. 146, C, 272. — La lettre de convocation, signée de TEmpereur, est du 12 juillet 1534.

390 ÉTATS GôÉiurx

sident Bagues Hannier, el le maréchal Claude de la Baume.

Marmier, devant les Etals de 1538, faisait connaitre ou rappelait, en ces termes, l'usage de ces 80,000 fr. « Cette « somme, disait-il, n'a été employée que pour les affaires c du pays, tant à la poursuite de Tabstinence de guerre, € paiement des gens de pied tenus à diverses fois pour la € garde des villes et raunicions d*icelles. »

Parmi les membres présents aux Etats de 1534 , je remarque Jean de La Palud, comte de Varax et seiseigneur de Villersexel, qui mourut de la lèpre en 1543; Pierre de la Baume, évéque de Genève et abbé de Saint- Claude, plus tard archevêque de Besançon et cardinal ; Adrien de Vaudrey, seigneur de Courlaou, chevalier d'honneur au Parlement ; Laurent de Rancey, abbé d*Acey, etc.

Don Coudret,dans sa dissertation couronnée sur les Etats du Comté, nous a conservé le tableau des récompenses accordées dans cette session. Elles le furent au jeune gouverneur de la Franche-Comté, à son pèie Henri de Nassau, au Président Marmicr, à Fiançois Bonvalot, abbé de Saint- Vincent, beau-frère renommé du Chancelier Perrenot de Granvelle, et dès lors ambassadeur en France.

L'emploi du don gratuit, tel que nous venons de le signaler , indique les préoccupations inquiètes du pays qui s'arme pour sa défense : c'est effectivement cette année que Ulric de Vurtemberg, dans le but de reconquérir son duché, vendit à réachat son Comté de Montbéliard à François I®"", qui y mit garnison, et y fit, pendant plusieurs années , flotter les bannières de France , et à Tamiral Chabot, seigneur français, ses terres de Granges, Cler\-al et Passavant. Ces ventes qui livraient à une puissance ennemie l'une de nos frontières et trois forteresses à l'intérieur du pays, alarmaient autant les Franc-comtois que TEmpereur. Charles-Quint s'en exprimait en termes amers.

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« Il ne cessera, disait-il en parlant du duc Ulric, qu'il ne € nous ayt, nous et nostre frère, mis à bas. L'on a veu en € tout et pour tout sa mauvaise volonté (1). d

Session du i5 ami i535. — Dole (2).

Dès la fin de 1534, Charles-Quint, impatient d'obtenir de nouveaux subsides, délibérait sur le temps opportun pour convoquer les Etals (3).

Ils se réunirent à Dole le 15 août. Le don gratuit fut de 80,000 francs, et de 25,560 pour les affaires intérieures du pays : sommes importantes, qui prouvent à la fois le dévouement à l'Empereur, et la prospérité croissante de la province.

C'est le 17 août, surlendemain de cette Assemblée, que ce prince, débarqué sur la côte diAfrique à la tête d'une puissante armée, attaquait Barberousse, cet intrépide corsaire devenu maître de Tunis et d'Alger, et préludait par la prise du fort de la Goulette à la conquête prochaine de Tunis ; puis, peu après, chassait Barberousse et rentrait couvert de gloire en Europe. Ce fut l'époque la plus brillante de son règne, toujours jusque-là couronné par la victoire.

Son premier ministre, Nicolas Perrenot, dès longtemps initié aux grandes affaires, était à côté de l'Empereur dans toutes ses campagnes, dont chacune semblait accroître sa

(1) Voy. dans les Papiers dEtai du Cardinal de GranvelUf II, 156, la lettre de Cliarles-Quint, 12 août 1534.

(2) Papiers des Etats, L 146. p. 71 et s. » et L, 147.

(3) Ibid.. p, 73. Je remarque que, par ordre des Etats de 1535, un courrier est expédié à TEmpereur pour l'avertir des émotions et assemblées d'armes, au voisinage de la provinu, afin ^entendre sur ce son bon vouloir, (L. 147.)

299 ÉTATS GÉniRAUX

faveur. La Franche-Comté n'avait jamais eu protecteur plus puissant. 11 disait lui-même c qu*il veillait sans cesse sur € la province, ayant un soin continuel de sa seurté et pré- « servation, plus que de sa propre vie (1). » Aussi, elle n'implora jamais en vain son crédit. Loin de rougir de sa modeste origine dans une petite ville du pays, il ne signait que le nom de Nicolas Perrenot. Pour lui-même et pour sa postérité, il fit de la Franche-Comté le centre de sa fortune, y acquit toutes ses seigneuries, dont le nombre fit tant suspecter la source de ses richesses, et bâtit, à Besançon, un palais magnifique, qui y perpétue encore sa mémoire. Dans ses actes publics, il aimait à unir aux titres de ses grandes charges dans l'Empire celui de Pardessus de Salins, de juge ou de co-gouverneur à Besançon, qui semblaient le rattacher plus étroitement à sa province natale. Il se souvenait que son élévation avait commencé au Parlement de Dole, où il était simple conseiller ; et, devenu garde des sceaux, il ne terminait ses lettres à ses anciens collègues que par ces mots affectueux et modestes : Vostre bon confrère.

Les Etats de 1535, voulant honorer Téminent ministre, lui votèrent, comme hommage du pays, une somme de 4,000 francs.

Dans un titre de cette année, antérieur de quelques mois à la campagne d'Afrique, l'Empereur, récompensant dans l'un des nombreux enfants du Chancelier les services de leur père, rappelle que ce dernier l'a servi en plusieurs et importantes ambassades, qu'encore c alors, comme précédemment, il réside près de sa personne, qu'il a entendu et vaqué continuellement aux phis grands et secrets affaires d!Etaty tenant le principal soing et maniance d'iceulx^ nous ayant, ajoute l'Empereur, suivi dans nos voyages par

(1) Voy. tm mémoire de Nicolas Perrenot, en i5iS, dans les Recés de J. Ckiflet, t. I, p. 192.

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terre et par mer^ tant en Italie, au couronnement impérial, en Allemagne^ à Vemprinse contre le Turc^ es Pays-Bas et au retour en nos royaume d'Espagne (1). :»

Le nom du modeste bourgeois d'Ornans était connu dans tous les Etats de Charles-Quint, qui l'appelait son premier conseiller (2). On savait qu'il était le confident intime de l'Empereur qui, non-seulement dans les plus hautes questions de son empire, mais dans toutes affaires petites ou grandes, ne faisait jamais rien sans conférer plus ou moins longtemps avec lui (3).

Nous possédons au musée de Besançon un portrait original du garde des sceaux, qu'on attribue au Titien. Il doit être d'une parfaite ressemblance. C'est un homme vigoureux, son front est chauve, sa barbe blanche ; sa figure commune est celle du bourgeois montagnard avec ses yeux intelligents et l'expression d'une bonhomie qui n'exclut pas la finesse. C'est bien le courtisan habile qui , pesant de tout le poids de son grand sens sur les résolutions de son maître, semble bien moins les inspirer que les admirer et les suivre.

Session du mois de juin i536. — Dole (4).

Enflé du prodigieux jsuccés de ses armes, l'Empereur méditait une campagne décisive contre la France, qu'il

(1) Nouvelle Chambre des Comptes, t. 2, /^ 40, atix Archives du Doubs.

(2) E. ehiamaio da Cesare suo primo consigliero, (Relation de TambaB-» sadeur Ténitien Bernardo Navigero » à son retour de l'ambassade à la cour de Charles-Quint, en juillet 1546, série 1, vol. i, p. 345).

(3) Col quale consigliandopor ciascuna cosa, o piccola o grandef che siat si résolve corne gli pare. (Ibid., p. 341, 342 ). — Nelle cose di stato e in ogni alira particolarità si serve del consiglio solo delsignore di Granve/o. (Marino Gavalli, ibid., série 1, vol. U. p. 210).

(4) Papiers des Etats, L i46, p. 79 et s.

allait attaquer par le midi. L'entreprise était dangereuse^ et combattue par les généraux, dont l'un, pour l'en détourner, se jeta à ses pieds. Mais sa volonté fut inflexible. On sait qu'il ne changeait jamais dans un dessein une fois arrêté.

La campagne commença le 25 juillet, jour où TEmperear entra en Provence. Il en pressentit les conséquences pour le comté de Bourgogne, trop voisin de la France pour ne pas en redouter les attaques. Pour y pourvoir de bonne heure, Charles-Quint assembla les Etats à Dole, dès le mois de juin. Ils votèrent 30,000 fr. destinés aux mesures de défense et aux fortifications du pays.

L'Empereur assiégea Arles et Marseille, mais sans succès. Son armée fut arrêtée dans sa marche par le prudent Montmorency ; la famine et la maladie la décimèrent. Sa retraite forcée se transforma en une véritable déroute. « Depuis Aix à Fréjus, où l'Empereur avait premièrement c logé son camp, dit Martin du Bellay, témoin oculaire des c événements, tous les chemins estoient jonchez de morts € et de malades, de harnois, lances, piques, arquebuses € et autres armes, et de chevaux abandonnés qui ne pou- € voient se soubstenir. Là eussiez vu des hommes et des € chevaux tous amassez en un tas les uns parmy les autres, c et tant de costé que de travers les mourans pesle-raesle ^ parmy les morts... et quiconque a veu ceste désolation € ne la peut estimer moindre que celle que disait Joseph « dans la désolation de Jérusalem... je dis ce que j'ay € veu (1). -p

Dans ce désastre épouvantable, une invasion était singulièrement à craindre ; et comme elle eût oiïert les plus grands dangers, les Franc-comtois recoururent, sans tarder d'un jour, à la médiation des Suisses. Elle obtint un plein succès. Le Roi, ayant refusé par prudence de pour-

(1) Mém, de Guiliauiib db Bellay, /. VIIL

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suivre l'Empereur dans sa retraite, se dirigea lentement du théâtre de la guerre sur Paris. « Arrivèrent sur le chemin « devers le Roy, dit le même historien, les ambassadeurs ^ des Ligues de Suisses (1), et à la requête et aux des- « pens des Estats de la comté de Bourgongne, pour le sup- « plier qu'il fût content de n'innover ou entreprendre rien « sur ladite Comte. Ce que le Roy leur accorda pour un € an, voulant bien pour ceste part gratifier à Messieurs « des Ligues, combien que par plusieurs il en fut dissuadé, € lesquels estoient d'avis d'y envoyer les bandes du comte € Guillaume pour les hyverner, et, cependant, y faire for- € tifier quelque place, et la tenir par cy-après en sub- € jection (2). t^

Session de juin i538. — Dole (S).

Le long et important recès de cette assemblée nous a été conservé dans les Mémoires de Jules Ghiflet sur les Etats ; et la Société d'Émulation du Jura l'a fait imprimer dans les siens (i).

Tout d'abord, on y remarque une nouvelle consécration de ce grand principe que le don gratuit, voté par le pays, doit être uniquement employé à son service.

Beaucoup de passions s'agitèrent publiquement dans cette assemblée. Le bailli de Dole, chargé de l'honneur de représenter devant les Etats René de Nassau, héritier de Philibert de Ghalon, et gouverneur de la Franche-Gomté, y eut un vif démêlé avec Claude de la Baume, évéque de

(1) L. 146, p, 79. Parmi les sujets de récompenseï je Tois 300 fr. accordés aux ambassadeurs suisses pour voyages rers le roi de France.

(2) G. DE Bellay, liv. VUI.

(3; Jules Chiplet. Recès des Etats, t. /er, p, i63. (4) Dana les Mémoires de 1873.

Genève et abbé de Saint-Claude, qui oublia le soin de sa dignité, au point de le traiter de bête. Les de Rye, emportés par leur animosité contre le Parlement et contre son chef Hugues Marmier, l'accusèrent, sous les yeux des Etats, de ne vouloir la révision des ordonnances soumises à leur examen par l'Empereur que dans un intérêt personnel, et pour aider le Président dans un procès qu'il avait contre eux. L'intègre magistrat, revêtu depuis dix-huit ans de cette haute dignité, leur répondit facilement, en renonçant par avance au bénéfice qu'il pourrait tirer de cette révision- Dans la même année, l'archevêque Antoine de Vergy et le violent abbé de Saint-Claude avaient signalé Marmier à l'Empereur comme prêtant la main contre l'Eglise à toutes les intrigues de Simon Gauthier, seigneur d'Àncier, son beau - frère , dès longtemps le chef des Huguenots à Besançon (1).

Pour achever de déconsidérer le chef de la magistrature, on faisait courir le bruit que Marmier était un homme vénal, trafiquant de son pouvoir, recevant, comme prix de ses arrêts, des bijoux, des colliers et d'autres objets précieux, et dont l'avidité laissait la balance de la justice pencher selon les dons des plaideurs.

Marmier sentit vivement l'atteinte portée à son honneur par ces bruits outrageants, il en connaissait les auteurs, et profita de l'Assemblée des Etals pour y répondre. II défia ses ennemis de prouver une seule de leurs accusations, offrant publiquement, soit de vive voix, soit par un acte écrit déposé sur la table des Etals, de restituer le double ou le triple de ce qu'il aurait injustement reçu.

On ne voit pas que personne ait répondu à ce défi, quoique l'Empereur eût donné Tordre de laisser le champ libre aux accusateurs (2). Mais, si ses adversaires se

(i) CourhouKmf Histoire du Parlement.

{2) Ce fait est rappelé en termes exprès dans le recès des Etals de ran 1598. Db Trotxs. Reeè$, U l. p. 286.

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turent, ils se réservèrent de porter en plus haut lieu le débat. La cour de l'Empereur en retenlit, et en 1545, une suspension frappa le Président. Je raconterai ailleurs les détails de celle affaire peu connue (1). Seulement je dois dire, dès ce moment, que la surprise et Terreur dont Marmier fut la victime durèrent peu, et que le président de Dole justifié rentra dans ses fonctions, sans avoir perdu Testime de l'Empereur ni celle du pays.

C'est sur ce canevas défiguré et travesti que Lampinet a, dans son histoire manuscrite du Parlement de Dole, brodé, sous l'année 1516, le récit de la prétendue retraite de Galinara et écrit un second roman sur la disgrâce de Marmier, qu'il fait courir en Afrique sur les pas de l'Empereur et mourir de fatigue dans ce voyage aussi drama tique qu'imaginaire.

Session du 30 mai i539. — Dole (2).

On se tromperait beaucoup si l'on se représentait, pendant le règne de Charles-Quint, la Franche-Comté vivant, en quelque sorte, sous l'égide d'une neutralité durable et paisible. Il n'en est rien. Durant ce règne si troublé par les conlinuelles rivalités de l'Empereur et de François I®'', cette tranquillité était bien précaire. Sans cesse les comptes particuliers des Etats, ou les récompenses qu'ils décernent, rappellent les démarches qu'il faut renouveler près des Suisses ou à la cour de France pour obtenir le maintien de celte paix si fragile.

Tel est le tableau que présentent les Etats de 1539, où le don gratuit accordé à l'Empereur fut de 50,000 fr. Malgré l'entrevue d'Àigues-Mortes et la trêve de dix ans entre

(1) Dans le lll* yolame de Y Essai sur VHisioirt de la Franehe^ConUé. Ç3) Papiers des Etats, lii5,^L iÂ6, p. 89 et s,— L lÂl .

S98 iTATS GÉNÉRAUX

les deux souverains, on voit qu'il règne dans le pays une vive inquiétude (1). L'artillerie est préparée comme dans la crainte d'une guerre prochaine ; des députations firéquentes à la cour de France, en Suisse ou près de l'Empereur laissent apercevoir la crainte continuelle d'une invasion et d'une rupture (2).

Je remarque dans la liste des récompenses que 1,000 francs sont accordés au Président Marmier dans cette session de 1539. Cet hommage du pays est une réponse significative aux accusations de la précédente session.

Session du S5 cumt i542. — Dole (3).

Ce que nous savons de cette assemblée, c'est que 80,000 francs y furent votés en don gratuit, à l'Empereur, et 25,000

(1) Je trouTe dans le tableau des récompenses une somme «Uonée à Jean de Boisset, sieur de Largilla, pour ayoir été fiiire rarrièr»-ban et dresser les compagnons élus ; d'autres, à Lojsd'Areete!, seigneur de Parcey, pour TOjage tant à Gênes vers l'Empereur qu*en Sato^tb^ à Jean Tirol, licencié is droits, pour Toyages vers les seigneom des lîg^ies à Lucerne, en cour de France à Moulins pour abstinence de gaem {voir doe. cUés^ iupra note i.)? " <^ sieur de Longry, député» pov peines et yacation d'avoir esté en poste deyers S. M., où il demeoz» en* Tiron six mois.

(2) Papiin des Etais, l US, — L iiô. p. 99 et s. ^ DéUbér. du thapUre de Besançon, iô août iôiS,

(3) 1542. RAooMPSNSiB : iSOOf. donnés au Président Marmier. €00 f. à Jean de Saint-Mauris, docteur es droits , conseiller €EUU, 900 /. à Mons* de Monfort, 400 f. à l'écuyer Etienne Grospain, 50 f, à AmopkU, fimageur, pour plutieurs pourtraits envoyés à l'Empereur touchant la forfi/icoltofi du pays; ^ à Jd. d^AuUngny iOO f, pour ses services durant le temps ou il a eu la charge des fortifications de Dole, ^ ÎOO f. à Jehan Tirol pour voyages tant vers le maréchal de Bourgs* que vers M. de Ligne, ambassadeur de Sa Majesté, — 760 f. à /'tn^ëmatre, cqntaine des fortifications pour solde du paiement de 2,000 f, à luy accordés pour ses peines Savoir prias le chastel de Traves et autres services.

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pour les récompenses destinées à reconnaître les services rendus au pays.

Les comptes de la sesMon nous donnent la liste de ces récompenses, où je remarque une somme attribuée au dessinateur, où, comme l'on disait alors à Pimageur qui, sur la demande de Charles-Quint, avait tracé les pourtraits des fortifications de nos villes. Un article plus curieux est relatif à un don de 2,000 francs accordés à Vingéniaire, capitaine des fortifications j pour la peine d'avoir pris le château de TraveSy situé non loin de Vesoul.

Quel est cet ingéniairCy et pourquoi le siège de ce château franc-comtois par une armée du pays ? C'est ce dont aucun de nos historiens n'a parlé, quoique nous ayons toutes les preuves de cette expédition exécutée sur un ordre exprès de l'Empereur.

Un fils dénaturé, François de Clermont, avait pour mère Anne de Toulonjon, de la grande famille de ce nom qui, au siècle précédent, avait donné plusieurs maréchaux à la Bourgogne. Le pays conservait le souvenir de Claude de Toulonjon, son dernier défenseur dans les guerres de Louis XI. Elle possédait, par succession de ses aïeux, le château de Traves et les terres de Velle et de Vellexon. Son fils aîné, François de Clermont, s'en empara violemment, en chassa les officiers de sa mère, et poussa l'insolence et l'ingratitude (ce sont les expressions de cette mère indignée) jusqu'à lui refuser de la recevoir et même de l'y laisser rentrer. Cette femme, sans asile, fut obligée de se retirer à Dole dans la modeste maison d'un notaire^ pendant que son fils prenait audacieusement le titre de seigneur de Traves. Après d'inutiles supplications, obligée de recourir à la justice, elle s'adressa au Parlement de Dole qui, par arrêt, ordonna que ses terres lui seraient restituées.

Mais François de Clermont, sommé d'en sortir, s'y maintint de force, tenant^ dit sa mère, gens d'armes et incogneus en grand nombre , sans vouloir obéyr ni à justice ni à moy.

Voyant cette rébellion ouverte, le Parlement en référa à FEmpereur, tandis que, par testament du 15 février 1540 (n. s.), Anne de Toulonjon déshéritait ce fils ingrat, et léguait ses châteaux et ses terres à Claude de Clermont, son second fils, en lui transmettant également son nom et ses armes (1).

Deux années s'écoulèrent sans aucune soumission de la part du spoliateur^ qui, follement décidé à soutenir un siège en règle, augmentait le nombre de ses troupes. Après une si longue patience et d'inutiles pourparlers (2) le moment était venu de le punir, et l'Empereur ordonna l'attaque du château de Traves. C'est Claude de La Baume, maréchal de Bourgogne, qui devait diriger en personne l'expédition. Mais, déjà atteint de la maladie mortelle^ à laquelle il succomba deux mois après, le maréchal nomma, pour le remplacer, Claude de Monlfort, premier chevalier d'honneur au Parlement, qui refusa^ sans qu'on sache pour quel motif, la charge qui lui était offerte. C'est alors que fut nommé pour chef l'ingéniaire^ capitaine des fortificationSj dont parlent les comptes de nos Etats, et qui n'est autre que Jean de la Chaux, bailly d'Aval (3), si connu

(1) Nous ayons retrouTé cet acle, important par les détails curieux qu'il renferme et que nous lui avons empruntés, dans la collectîoB des registres du Parlement, intitulés Procureur, tom. 30 tu fine.

(2) € Quant au seigneur de Traves, nous avons entendu le rapport du seigneur de Granvelle, de ce que il passa en Bourgogne sur cesituj afiaire, tant avec nostre mareschal de Bourgogne et vous par ensemble et particulièrement aussy avec ledit de Traves, et avons fisùt Toir les informations que vous nous avez envoyées, et nous desplaiaent la mauvaise vie, conduite et termes que tient ledit seigneur de Traves el son obstination, et entendons y donner remesde. » {Lettre de Ckarle»' QuitU au Parlement 20 avril 15 ii, dans le premier volume de* lettres du roi au ParlemeiU, p. 85 v^.

(3) Le l*!* août 1541, le mareschal avait nommé M. de la Chaux 9i qui est de retour, ne pouvant choisir personnage plus suffisant , et owiqr

sous CHARLES-QUINT. SOI

alors par Taffection presque intime de l'Empereur, dont il était premier sommelier de corps.

Chose singulière , la campagne s'ouvrit en hiver, et la rébellion fut jugée assez forte pour qu'on conduisit presque une armée sous les murs du château de Traves (1). Il fut emporté d'assaut. Ordre fut donné et exécuté de le démolir. Ce que l'Empereur appela une bonne osuvre^ voulant qu'une révolte aussi grave reçût un châtiment éclatant (2). François de Clermont ne s'y était point renfermé, et ne fut pas fait prisonnier. 11 renouvela même, dans les mois suivants, sa folle entreprise par quelques tentatives armées, mais elles furent sans succès. Il sortit enfin du pays, et n'y reparut plus.

Il restait sous le poids de la réprobation générale, et c'est pour avoir vaincu cet ennemi public que Jean de la Chaux reçut des Etats le don de 3,000 fr. que nous avons mentionné.

€ parce que telle charge s'adresse coustumièrement à Vung des baillys. > (Lettre du Mareschal au Parlement, datée de ce jour, — On voit par un mémoire du garde des sceaux, daté de Vienne en 1543,qae La Chaux fient d'inspecter toutes les fortifications du bailliage d*Ayal. Il était donc bien le capitaine (fetf/br/i/fca/toiu,conmie l'appellent les comptes des Etato.

(1) 19 janvier 1542 (n. s.), ordre est donné aux baillis de Monjnstin, de S.-HippoI}'te et autres de lever des soldats, compagnons et gens leurs enseignes et de faire sonner les tambourins. Les gens du Val de Morteau furent dirigés sur Dole.

Le rendez-vcus général était fixé sous les murs de Gray.

Le seigneur de Traves était arrivé au comté de Bourgogne avec grand nombre de gens, tant à cheval que d*infanterie. (Communie, de M, Duvemoy). — La ville de Dole prit des mesures de sûreté comme en temps de guerre, fit fermer la porte de Mont-Roland, et placer TartiUerie sur les remparts. {Délib. de Dole, i8 janvier i543, n. s.)

(2) Lettre de l'Empereur au Parlement de Dole, 14 mars 1542, n. s., dans le premier volume des Lettres du Roi au Parlement, p. 65.

802 iTATS GÉNÉRAUX

Session du 28 mai i544. — Dde {i).

Le chifire de 1 30^000 francs voté par les Etats dans cette session, Tun des plus considérables de ce règne, s'explique par les circonstances redoutables où se trouvait alors le pays.

Dès les premiers mois de cette année^ il était facile de prévoir qu'une guerre ne tarderait pas à éclater entre François I"^ et l'Empereur. Dans leur inquiétude, les Franccomtois avaient envoyé aux ligues suisses rassemblées à Baden, François Bonvalot, abbé de Luxeuil, beau-frère du garde des sceaux. Il y avait été convenu qu'on s'eiTorcerait de faire comprendre dans un traité de neutralité notre Bourgogne^ la Champagne, l'Àuxerrois et le Maçonnais.

L'Empereur le refusa nettement, car son dessein était d'entrer en France, et de marcher par la Champagne sur Paris. Après une première campagne dans le Piémont où la victoire, à Cerisoles, se déclara pour les Français, vint le tour de la Champagne. Charles-Quint l'envahit et assiégea Saint-Dizier. C'est sous les murs de celte ville que périt René de Nassau, le plus puissant seigneur du comté de Bourgogne, atteint d'un éclat de pierre. Après un long siège et de nombreux combats, la ville se rendit par l'artifice du Chancelier Perrenot qui^ comme toujours, accompagnait Charles-Quint. L'Empereur, pressé par le défaut de vivres et la difficulté d'assurer sa retraite, n'en fut pas moins réduit à abandonner sa vaste entreprise, et à signer la paix de Crépy.

Dès les premiers jours de cette guerre, la France irritée avait refusé au comté de Bourgogne la continuation de la neutralité. La province restait donc exposée, chaque jour.

(1) Papiers des Etats, L, 146, p. 98, — p. 129 ets.'-^M.iô. ^Compies dei5i2,15U,L. U1,iÂ2.

sous CHARLES-QUINT. 308

à une invasion française» et c'est pour faire face à cette éventualité formidable que les Etats s'assemblèrent à Dole le 28 mai, et volèrent le subside de 120,000 fr.

Cette somme devait être employée aux mesures de défense les plus urgentes. Ces précautions même ne rassurèrent pas l'Empereur qui ordonna une levée d'hommes de guerre, fit entrer une garnison à Dole et à Gray ; et^ comme le don gratuit ne pouvait se lever sur-le-champ, et que l'argent manquait, il fallut tout d'abord, pour payer ces soldats, recourir à la bourse du Trésorier général, Mouchet, qui fit une avance de 500 fr. (1). La paix de Crépy rendit toute mesure ultérieure inutile.

Sesmn du 9 avnl i548. — Dole (2).

Quatre années s'écoulèrent sans nouveaux subsides^ quoique remplies par les campagnes victorieuses de l'Empereur : il en préleva les frais sur les vaincus. Les Etats de Bourgogne ne furent rassemblés qu'au mois d'avril 1548. De nombreux articles d'un intérêt secondaire furent

(i) Ces faits nous sont révélés par les Comptes de& Etats, L, idô^ p. iOi et s.f p. f29 et s., où Toa trouve les détails que nous allons retracer.

Récompenses, 1500 f. attribués au Président Marmier, iOO /. à Etienne de Bamault, escuyer, seig^ d'Amanges, pour avoir conduit à Dole des compagnons de guerre destinés à assurer la sûreté du pays, — 500 f. à Claude de Mont fort pour ses services dans la fortification de Dole et revue des com-' pognons de guerre de la garnison. — 3,000 escus soleil avaient été délivrés au trésorier Mouchet tant pour voyages devers les lighespour qu'ils sollicitent la neutralité que pour publication de la ligue héréditaire.

On voit dei garnisons mises à Dole et à Gray. 500 écns avaient été prêtés par le trésorier Mouchet pour payer celle de Dole, lorsque l' Empereur estait devant Saint-Dizier,

(2) Il faut lire sur cette assemblée les Recès de Jules chifiet, t. I. p. 200 et n., et le cahier des Etais portant la lettre L, i46, p. 153.

mis en délibératioa (1), les revenus do domaine impérial étant épuisés par les guerres, les Elats^ pour rachèvement des fortifications de Dole volèrent, avec un haussement sur le sel, un subside de 80,000 francs, et le recès des résolutions de l'Assemblée fut porté à l'Empereur par le Cardinal de la Baume, Jean de la Chaux, et Philippe de Guierche, seigneur de Denévre.

Session de mars et du 7 mai 1549. — Gray (2). En cette année^ deux graves motifs semblaient se réunir

(1) M. de Courboozon a connu cette assemblée, qu^il mentionne avee quelques détails dans son Histoire manuscrile du Parlement de Dole. € En 154S, dit-il, les Etats ayant formé plusieurs demandes, elles furent renvoyées toutes au Parlement de Dole. Je Tsia rapporter très* sommairement les articles. Le premier concerne un point de jurisprudence en matière de décret ; le second, un règlement à faire des fila de famille ; le troisième, la punition des voleurs, la quatrième, les héritages de main-morte possédés par des gens francs ; la quatrième, les calenges contre les ecclésiastiques et les nobles :

Ce dernier article est ainsi conçu ;

« Item soit suppliée Sa Majesté que doresnavant les gentilshommes € ne soient calenges, si ce n'est pour cas méritant griesve punition ; € aussi combien que S. M. ayt ordonné que les ecclésiastiques ne c seront calenges, si non des cas privilégiés, toutefois journellement, « soubs couleur des ordonnances faites par la cour du Parlement « comme transgresseurs d*icelles, icelle cour de Parlement permet aux € fiscaux convenir Icsdits ecclésiastiques à calenges, jaçoit qu*ila ne c soient subjects à telz édite et ordonnances ... pai* ce travaillant gran- « dément les ecclésiastiques sans pour lesdits cas les vouloir renvoyer « devant leurs juges ordinaires, à raison de quoi par lesdits calengec ments lesdits ecclésiastiques sont diffamez et déshonorez... »

Par une apostille, l'Empereur défendit ces calenges, sorte de censure hardie et publique que les fiscaux se permettaient sans aucun ménagement.

Sur l'apostille de FEmpereur, voy. Mém. ciiéê de J, Chiflet, p. 200-201.

(2) Comptes des Etats, L liô, p. 170 et s. — L 147,

sous CHARLES-QUINT. 305

pour l'urgente convocation des Etats, le don de joyeux avènement à faire au fils unique de TEmpereur, Philippe II» appelé d'Espagne dan$ les Pays-Bas par son père, et la ratification du nouveau Cercle de Bourgogne que venait de créer TEmpereur. Nous allons expliquer par quelles circonstances singulières les représentants de la nation ne furent pas convoqués pour des sujets si importants, ou le furent deux fois de la manière la plus irrégulière.

Dès longtemps Charles-Quint avait confié à Philippe II, alors âgé de quinze ans, l'administration du royaume d'Espagne. Mais il voulait l'initier à celle des Pays-Bas, et le montrer aux peuples qu'il devait gouverner un jour, sans se douter combien le jeune prince allait leur déplaire par son caractère sauvage et hautain. Dans ce but, il l'appela près de lui à Bruxelles. L'Infant, quittant pour la première fois l'Espagne, passa en Italie sur une flotte de cinquanie-huit voiles que commandait André Doria ; environné d'une cour splendide, escorté par une garde imposante, dans tout l'éclat de la grandeur, il parcourut la Lombardie, remonta par le Tyrol en Allemagne, et de l'Allemagne se rendit dans les Pays-Bas. Ce voyage, accompli après les derniers et éclatants succès de l'Empereur, marqua jusqu'où pouvait aller l'idolâtrie envers la puissance victorieuse. Reçu partout sous des arcs de triomphe, au milieu des fêtes et des flatteries, avec des présents et des soumissions, l'infant vit accourir sur son passage les peuples et les princes (1).

Mais la Franche-Comté n'était pas sur la route que devait suivre le fils de l'Empereur. Cependant, elle pouvait difficilement rester muette au milieu de l'enthousiasme général. On pensa qu'elle devait s'y associer par un don d'honneur fait à l'infant. Dans ce but, le gouverneur, Claude de Vergy, convoqua à Gray, au mois de mars 1549, les bons person-

(1) M. MiaNKT, Abdic. de Charles^Quinl, p. SS et mv.

nages et les neuf députés à Tégalement nonunés à la dernière session, qui, d'an commun accord, et en réservant la ratification des Etats, votèrent une somme de 95,000 francs (1).

Ils délibérèrent en même temps sur un autre projet d'une toute autre importance, la création conçue par l'Empereur et par Perrenot, son premier ministre, d'une confédération des Pays-Bas et du Comté avec l'empire d'Allemagne sous le nom de Cercle de Bourgogne.

Heureux vainqueur de la ligue protestante et parvenu au faite de la grandeur, Charles-Quint avait pu croire qu^il touchait à la réalisation de sa grande pensée de monarchie universelle. L'Allemagne était asservie, il fallait rendre héréditaire dans sa famille la couronne impériale. Par la jonction de ses Etats de Flandre et de Bourgogne à l'Empire, il augmentait le nombre des suffrages dont il pouvait disposer dans les diètes, il associait la nation entière à la gloire de sa maison, et acquérait une puissance à laquelle aucune autre ne pourrait résister.

Telle fut l'origine du fameux projet du Cercle de Bourgogne, déjà conçu par Maxùnilien et dont il transmit la pensée à son petit-fils.

Dans le diplôme de 1548, publié pour son exécution, Charles-Quint rappelle d'abord les anciennes prétentions de l'Empire sur les états de la maison de Bourgogne. Il en discute la valeur, pour montrer la frivolité ou l'inutilité des motifs donnés à l'appui. Il affirme que le Comté de Bourgogne avait toujours été exempt de cette dépendance ; que, si Philippe le Bon avait assisté à quelques diètes de l'Empire, il l'avait fait librement ; que lui-même, voulant que l'Empire lui fût redevable de sa grandeur, se proposait

(1) 4 Pour yoyage des députés à régalement au dit Gray en mars 1548 (49) à la premisre assebibléb qui fut faite pour le don t (à Tinfeint). (Comptes des États, L 146, p. 172.)

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de former désormais de la Flandre et de la Franche-Comté un nouveau cercle avec droit de suffrage dans les diètes, à charge de payer une contribution égale à celle de deux électeurs, ou de trois, en cas de guerre contre le Turc. Mais l'Empereur réservait que ces états ne reconnaîtraient pas au surplus la juridiction de l'Empire, et seraient regardés comme libres. Une seconde condition , c'est que cette espèce d'association serait agréée par les provinces qu'il y comprenait (1).

L'Assemblée du mois de mars, réunie à Gray, avait donc confirmé, avec le vote des 25,000 francs, cette création nouvelle du Cercle de Bourgogne , mais en réservant la ratification des Etats. Pour les réunir, le gouverneur proposa aussitôt à l'Empereur de les convoquer en son nom (2).

Cette réserve si légitime n'était pas ce que voulaient Charles-Quint et son habile ministre, qui, tous deux en écrivirent à Vergy dans les termes les plus pressants, disant que jamais convocation n'avait été faite par les gouverneurs seuls, qu'il était urgent de prendre un parti, que déjà on s'étonnait à Bruxelles de ces dangereux retards , que la convocation des Etats n'était nullement nécessaire.

(1) Voy. DuMONT, DipL, t. IV, part, n, p. 340.

LuNiG, Sp., t. II, p. 37.

MovTJXAN. t. II. p. 244 et 686.

(2) ... Et ayant tout pesé et considéré ne puis voir qu*il soit besoing de pour cecj fiiire assemblée générale des Ëstats ; ains suffit que ladite ratification se face par les depputez d'iceulx, avec Tintervention de ceux qui se sont trouvez en la (première) assemblée, puisqu'ils ont charge des principaux de TEglise et séculiers du pays, et que tous cognoissent, comme il est notoire, que ladite ratification est pourlegrant bien d*icelluy ... (Lettre de Charles-Quint à Vergy, 13 avril 1549, dans les pap. d*Etat du Gard, de Granvelle, tom. III, p. 351 et s. — Il faut lire la suite de cette lettre très-curieuse et celle de Nicolas Perrenot, qui ne Test pas moins. (Jhid.)

qu'on s'en était passé pour des cas bien plus graves, qu'il suffisait donc de convoquer à Gray une nouvelle assemblée des bons personnages et des députés à Tégalement , qui ratifieraient purement et simplemrmt^ soit le don fait à rinfant, soit la création du nouveau Cercle (1).

La thèse de l'Empereur était insoutenable; c'était la violation flagrante des libertés du pays, à qui on imposait à perpétuité envers l'Empire de graves engagements sans le consulter. Cependant la volonté impériale l'emporta, l'assemblée se réunit une seconde fois, et, docile à ce qui lui était prescrit par un maître absolu^ prononça la double ratification qu'on lui demandait.

Ainsi fut viciée dans son origine la création du Cercle de Bourgogne. Le Parlement ne fut pas plus consulté que les Etats, le pays parut l'ignorer, et l'opinion publique ne le ratifla pas. L'Empire, qui en sentait la fragilité, ne l'invoqua jamais dans le cours du XVI^ siècle. Aussi, l'on n'en trouve aucune trace dans les Archives de nos comtes, pas plus que dans celles des Etats ou de la cour de Dole, à cette époque. Le Parlement,malgré les effroyables calamités du pays, rejeta toujours avec hauteur l'idée seule que le comté de Bourgogne dépendit en rien de l'Allemagne. Nous verrons, dans l'histoire de nos Etats au XVII^ siècle, comment, lorsque ces souvenirs furent effacés, l'Allemagne, dans le traité de Munster et après, s'efforça, sous le nom du Cercle de Bourgogne, de réveiller ses prétendus droits sur la Franche-Comté qu'elle appelait membre de l'Empire.

Je m'étonne que nos historiens se soient si peu occupés de cette grave et importante question de notre droit public.

(i) Dana sa réponse du 14 avril 1549 aux lettres reçues de Vergyaur l'assemblée récemment tenue à Oray, Perrenot combat Tidée de la oonvocation des Etats, dit que dépens plus somptueux se sont faits, par k passé, en beaucoup moindre assemblée, et s'ébahit qu'il y ait dilation dans une chose si notable et requise pour le bien général du pays, {Papiers dEtat du Cardinal de Granvelle, t. III, S54.)

sous CHARLES-QUINT. 309

Session du 4 mai i55S. — Dole {i).

Par ses triomphes sur la Ligue de Smalcade dissipée et vaincue, Charles-Quint croyait avoir ramené TAlIemagne à Tunité politique et religieuse. Mais ce rêve de la toutepuissance ne tarda pas à s'évanouir. Comme Tavait prévu, dès 1548, l'ambassadeur vénitien Laurent Canlarini (2), ces excès d'autorité avaient soulevé dans les provinces allemandes, dans les villes, parmi les protestants, bien des jalousies et des haines (2). Une coalition puissante s'était formée dans le secret, et ceux qui avaient servi le prince dans les guerres précédentes entrèrent dans cette ligue, dont le duc Maurice de Saxe devint le chef. 11 s'unit mystérieusement à Henri II, roi de France, qui devait attaquer l'Empereur par la Lorraine, tandis que lui-même prendrait la direction du mouvement en Allemagne.

(i). Voy. le Recès de 1552 dans les Mémoires manuscrits de Jules Chiflei sur les Etats, I, p. 203. Voir aussi papiers des Etats, L. 147 et 148.

(2) Ma si potria dire da alcuDÎ, che egli ha acquistato maggiore obbedienza che piima; al che nspondo, che è verocheoraè piùobbedito et tenuto che era innanzi a questa guerra ; ma è da sapere che egli ha acquistato anco maggior odio, perché ionaDzi, se le principi e le terra di Germania Don Tarnavano perché ravevano sospetto per la sua graudezza e per Tanimo suo volto a dominare, tanto meno Tamano ora, quanto più è augumentato é rimasto supeiiore.

^ambassadeur Tenitien explique ensuite les motifs de défiance et de haine des principaux princes aUemands, puis il fait connaître la cause de l'animosité des villes : « Le città sono poi di mal animo Terso Timperatore, perche sono state Tinte da lui, e, dopo moite spese sostenute nella guerra, èbisognatoloro dare denari, e moltopiù ancora perché egli ▼i tiene soldat! dentro per guardia, li quali fanno corne vogliono, e tntto il di fanno qualche ingiuria a quel cittadini ... tal que si pno credere da tutti che l'imperatore generalmente é ora piu odiato che non ei*a prima. (Rdations des amb. vénii. dans M. Gachard. PréfaUf p. 43 et s.)

C'est ainsi que Charles-Quint se vit assailli brusquement à Inspnick par une armée puissante. Il était pris au dépourvu, ses troupes ayant été licenciées après la soumission de l'Allemagne. Enfermé à Inspruck, il se voyait i la veille d'être fait prisonnier. En face de cet immense danger, quoique désarmé et malade, il conserva tout son sangfroid. Parmi les rares et dévoués serviteurs qui l'entouraient alors, je remarque tout d'abord quatre Franc-comtois, Jean de Poupet, seigneur de la Chaux, son premier sommelier de corps, Granvelle, évêque d'Arras, Simon Renard et Jean d'Andelot, gouverneur de Dole^ le même qui avait si vaillamment, et corps à corps, combattu contre le roi de France, à Pavie. Le 6 avril, entre onze heures et minuit, l'Empereur quittait Inspruck^ sans avoir d'autres confidents de sa fuite que La Chaux et l'évêque d'Arras. D marcha toute la nuit à cheval par des chemins détournés ; puis, à la nouvelle que les passages du Tyrol étaient fermés^ il fut, au milieu de dangers croissants^ obligé de revenir sur ses pas.

Ses dangers ne lui firent point oublier ceux de la Franche-Comté. Deux jours avant son départ d'Inspruck, pendant que d'Andelot, malgré sa bravoure, jugeant la situation désespérée et sans ressource, faisait, en hâte, écrire ses volontés dernières (i), l'Empereur dépêchait Renard pour le comté de Bourgogne, avec mission d'y convoquer immédiatement les Etats. Il joignit à ses instructions des lettres rassurantes destinées au gouverneur Claude de Vergy, et à François Bonvalot^ abbé de Luxeuil, oncle du Cardinal de Granvelle, homme grave et investi de toute la confiance du pays.

Sans aucun retard. Renard se mit en route et, pressant

(i) J*ai retrouvé cet acte carieaz,daté d'InspntckyA avril 1552, dans les Regist, du Parlement^ itUUuUs : Pbooueiub, année 1557, p. 4i; la date est importante.

sous CHARLES-QUINT. 311

sa marche, arriva tout d'abord à Champlitte chez le gouvemear, à qui il raconta les graves événements d'Inspruck et la trahison de Maurice de Saxe. Comme l'Empereur, le comté de Bourgogne était pris au dépourvu (1). En même temps Henri II victorieux s'emparait de la Lorraine. On parlait d'une attaque du marquis Albert de Brandebourg sur la Franche-Comté (2) par le côté de Ferrette. C'est sous le coup de ces terribles angoisses que les Etats se réunirent à Dole, le 4 mai 1552. Renard y montra ses instructions, où étaient énergiquement dépeints les troubles de la Germanie et les desseins d'ennemis aussi perfides qu'acharnés. Il n'y avait pas un moment à perdre, les 120,000 fr. demandés au nom de l'Empereur, furent immédiatement votés. L'Assemblée ordonna la levée, sous le commandement de trois colonels, de dix mille compagnons de guerre. Mandement fut donné à la noblesse de s'équiper et de s'armer pour marcher au premier signal. Des garnisons devaient occuper Dole et Gray, les deux principales villes, à la porte de la France. En même temps les Etats faisaient partir pour la Suisse des députés chargés de presser, par l'intermédiaire des cantons, le renouvellement de la neutralité, et des lettres étaient écrites à l'Empereur pour le supplier de secourir le pays, dont la perte était infaillible, si, dans cette extrémité, il se trouvait, sans secours, abandonné à lui-même.

Les Suisses répondirent à l'appel de la nation franccomtoise. Il était urgent pour eux que la France, arrêtée dans ses projets de conquête, n'étendit pas ses frontières jusqu'à la limite du Jura. Ils agirent énergiquement, et

(i et 2) «... Me souyenant de la délibération qa*il (le marquis Albert)

€ aToit , Tan 52 , de marcher contre la conté de Bonrgongne , Téant

fl le pajB despouryeu, pour y piller et rober ... et dois là se couler

€ par le paye de Ferrette ...» {Lettre de VEvéque d*ArraSf i8 teptembre

i554, dans les Pap. d'Etat du Card, de Granvelley t. IV, p. 303.)

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