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CHAPITRE IL Caractère dn pays et nature de sa constitution

La constitution de notre Bourgogne n'était pas écrite, et c'est ce qui explique Terreur de ceux qui en ont nié Texistence. Les libertés de la nation se composaient de vieux usages, pratiqués de siècle en siècle, transmis de père en fils au milieu du respect des générations, et tellement enracinés dans les mœurs, qu'aux yeux de nos ancêtres leur origine mystérieuse se perdait dans la nuit de la plus haute antiquité (2).

A la différence de nos constitutions modernes, si mobiles et si changeantes, ces usages ne changeaient pas ; à la moindre atteinte qu'ils croyaient y apercevoir, une émotion électrique éclatait d'un bout à l'autre du pays, le pouvoir était énergiquement averti d'avoir à faire justice ; et pendant trèslongtemps il ne le refusa jamais. Ces franchises séculaires étaient leur honneur, leur patrimoine, leur sécurité; et pour les défendre, ils eussent donné mille fois leur vie (3).

Nos pères étaient fiers de leur pays, de son nom, de ses libertés, de la beauté de ses plaines charmantes et fertiles, des grands aspects de ses hauteurs alpestres qui ont fait appeler cette région une seconde Suisse. Ils se distinguaient

(1) Detroti, IV, p. 333.

(^) CTest Taffirmation d*an reoès de nos villes en 1672. (Dstbotb. Reeès,tom. IV, p. 401.)

(3) € La conservation des franchises et privilèges leur est anssi chère qne la vie. » (Recès de 1601, Dbtboye, 11,466. — Jules Ghiflet, Memoires, 1, 333.)

par des qualités éminentes, la religion, la bravoure à l'épreuve, la fidélité inébranlable (1). Leurs corps étaient robustes (2), leur nature belliqueuse et fortement trempée. Eloignés de leur souverain et réduits souvent à leurs seules forces, ils avaient appris à ne compter que sur eux-mêmes. Nos ducs avaient voulu que la nation fût toujours armée (3). € Gens de gaillarde fierté, dit Gollut, et de furieuse résoc lution (4). » Aussi leurs mœurs avaient quelque chose de rude, que Jules Chiflet appelle même farouche (5). Deux fois contre la France ils se sont fait exterminer sans reculer et sans se rendre ; race d'hommes dont Monglat a dit : e: On n'en est maître qu'en tuant jusqu'au dernier. i^

Notre vieil historien a dépeint avec une grande vérité la nation et le pays : c Notre Bourgongne, dit-il, est admira- € blement fomie de difficultés propres à sa défense, elle a c ses places très-fortes et bien munies, elle est entrecoupée c et comme retranchée de rivières et forests, armée de roc chers et montagnes, asseurée de destroits ou marescages, c fomie très-populeusement d'hommes bons à la guerre, € opiniastres au combat, résolus à la mort, et qui, por cy € devant tousjours ontfaict profession et preuve que, pour € leur religion, pour le service de leurs princes, et pour la c deOense de leur pays, femmes, enfants, biens et tombeaux c de leurs pères, ils ne craignent pas de combattre, et, en 1^ combattant, de mourir (6). »

(i) € Leur loyauté en laqueUe ils ne sont par aultre nation surpassés. » (Eiatâ de 1574, Detroyb, 1, 111.) — « Nation si orgueilleuse pour sa fidélité. » {Mém. de J. Ghiiplet, I, 253.)

(2) QoLLUT, dans ses Mémoires, pag. 93 derancienne édit., en cite d*étonnants exemples.

(3) GiRABDOT DB BBA.UCHEMIN, Guem de dix ans^ p. 12 et 27.

(4) MémoirUf anc. édit., p. 125.

(5) • Le naturel est assez farouche par deçà. » {Mém. de J. Chivlbt, 1,399.)

(6) Mémoires de Gollut, anc. édit., p. 83.

Résolus sur les champs de bataille, ils ne le furent pas moins dans leurs assemblées. Les temps de Louis XI montrèrent ce qu'ils avaient acquis de résolution et de vigueur sous nos ducs, comme l'attitude de la Bourgogne aux Etats de Tours fît voir l'étonnante hardiesse de ses tendances politiques. Sous la monarchie d'Espagne, ils furent plus indépendants encore, et, à la vue de cette nation se gouvernant par elle-même (4), le président de Thomassin, parlant au nom du roi, pouvait dire, en pleine assemblée des Etats, sans étonner personne, que c'était une forme de républiquey ayant nom monarchie^ préférable à toutes les autres (2).

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