Procès-verbal du tiers, 20 janvier
218 KTATS DK l'AUIS, 1014
Le lendemain, Miron voulut rendre compte de laudience royale, mais les cris couvrirent sa voix : de toutes parts on demandait que l'opposition fût reçue. Ayant enfin obtenu le silence, il parla de sa réception au Ijouvre, et fit ressortir habilement les paroles gracieuses du roi ; puis l'assemblée, étant un peu calmée, délibéra sur une transaction proposée. Il s'agissait d'inscrire dans le cahier, à l'endroit même où devait être le premier article, ces mots : « Le premier article, extrait du procès-verbal de la chambre du tiers, a été présenté au roi par le commandement de Sa Majesté, qui a promis d'y faire favorable réponse, et en est d'abondant très humblement suppliée. >»
Cette mention fut votée par la chambre du tiers état. Ainsi se terminaient les conflits entre la royauté et les députés. Nous voyons là le plus triste aveu de l'impuissance des Etats Généraux. Cet échec fut vivement ressenti par la masse du pays, qui était en communauté absolue d'idées avec le tiers état. Les principes qu'il défendait étaient tellement populaires dans les villes que des milliers débouches redirent ce quatrain composé pour la circonstance :
0 noblesse, o clergé, le» aîués de la France, Puisque l'honneur du roi si mal vous maintenez, Puisque le tiers état en ce point vous devance, 11 faut que vos cadets deviennent vos aînés *.
Dès cette époque, la lutte contre les deux premiers ordres répondait mieux au sentiment populaire que la lutte contre les abus de la royauté. La foule y trouvait la satisfaction de rancunes accumulées pendant des siècles : aussi le tiers état, en se développant, cher-
1. Mss. de la bibliothèque nationale. Collection Fontanieu, page 187.