‹ Histoire des États-Généraux (volume 2)Chapitre 99 sur 226 · Procès-verbal du clergé, 16 janvier · texte numérisé non relu

Procès-verbal du clergé, 16 janvier

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Pendant que ce langage causait une vive satisfaction au clergé, dont les intérêts et l'amour-propre étaient également flattés, et ({ue les prélats envoyaient de tous côtés des députations pour remercier ceux qui avaient contribué à leur succès, le tiers état, naguère si confiant, commençait à s'alarmer : sans savoir exactement ce qui avait été décidé, il se détermina à ne point sortir d'une prudente réserve et à se maintenir sur la défensive. Cependant la reine ayant demandé communication de l'article, les députés du tiers résolurent d'obtempérer à ce désir en arrêtant qu'au fragment du cahier l'on donnerait pdur titre : « Extrait des registres de la chambre du tiers état ».

Le 19, le roi fit mander le président Miroii (,'t les douze présidents de bureaux. La reine, après les remerciements dont elle avait toujours soin daccabler les membres des États, leur déclara que l'article premier était évoqué, et cpi" « il n'étoit plus besoin de l'insérer au cahier », qu'on en déciderait d'ailleurs au contentement des députés. Elle ajouta <( qu'elle désiroit réponse de la compagnie dès le mêinf jour * ».

11 n'y avait plus de doute, l'article du tiers était supprinîé, la pensée des députés étouffée dans son germe. La chambre ne s'y trompa point, et son premier acte fut de remettre froidement au lendemain la réponse que la reine s'était montrée si empressée d'obtenir.

Cet ajournement, loin de calmer l'irritalion, l'aigrit encore davantage : quand le président, ouvrant la délibération, parla de la volonté royale, il fut violemment interrompu par des murmures et des cris,

1. En réalité, il n'y avait pas lieu à réponse; mais l'usage était de répondre à toutes les commuaicalions royales, quelle qu'en fût la nature.

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parce qu'il prenait « pour volonté du roi la violence qui lui étoit faite par les poursuites des ecclésiastiques ». Gomme dans toutes les précédentes discussions, deux courants se manifestèrent dans l'assemblée : les uns, pénétrés de la dij^nité des Etats, voyaient dans ce coup d'autorité une atteinte à leur pouvoir; les autres répétaient que l'article n'était point supprimé, que le roi en avait simplement hàtc la remise et que le devoir des députés était de presser la réalisation d'un vœu si important. L'ardeur des convictions était telle, qu'on eut toutes les peines du monde à clore la discussion et à réunir les députés dans leurs bureaux. Quand la séance générale fut reprise, les présidents firent successivement connaître l'opinion de leurs gouvernements. L'Ile-de-France, la Bourgogne avaient voté le maintien de l'article, mais la Normandie, la Guyenne, la Bretagne, la Champagne, s'étaient soumises à l'ordre de la reine. Les partisans de l'article comprirent alors qu'ils allaient être battus et protestèrent contre la forme adoptée pour recueillir les opinions.

Le vote par bailliage ou par tête eût seul exprimé exactement l'opinion de l'assemblée. Quoique comptant un nombre de députés absolument différent, tous les gouvernements avaient une égale influence sur la décision. Or les uns comprenaient quarante bailliages, comme la Bourgogne; les autres, comme la Provence, ne comptaient que quatre députés. Gomment ces provinces pouvaient-elles peser du même poids sur le résultat du vote? Les grandes provinces, prévoyant qu'elles allaient être dominées par les petites, interrompirent bruyamment la séance en protestant contre l'injustice de ce système. Le président Miron parvint à grand'peine à rétablir l'ordre, et à faire achever le vote, qui donna la majorité aux gou-

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vernemcnts délerniinés à obéir au roi, en lui faisant toutefois des remontrances ^

Les députés qui avaient protesté ne se tinrent pas poui' Italtus : quand ils virent qu'ils forma ient la majorilé réelle de l'assendjlée, ils n'hésitèrent pas à proclamer que la minorité l'emportait contre toute raison, et ils demandèrent acte de leur opposition. Le tumulte croissait à tout instant. Pendant que cent vingt à cent quarante députés (le procès-verbal donne ce (iiitl're) se pressaient autour du greffier pour faire inscrire leur déclaration, le président du tiers s'échappait avec quelques députés, afin de porter au Louvre la décision que son habileté venait d'enlever contre le gré lia tiers état. Lorsqu'on s'aperçut du départ du président, qui n'avait pas même attendu que l'assemblée lui eût donné la mission d'aller trouver le roi, on fît courir après lui pour lui dire (|u'il serait désavoué, « mais il ne laissa de i)oui'suivre son chemin * ».

L'assemblée était au coudjle du mécontentement, mais si les propositions étaient ardentes, il faut remar- (|uer que i)resque jamais le parti violent ne l'emportait. C'est ce qui arriva encore une fois dans la soirée du :20 janvier. On voulait désavouer le président, en nommer un autre, maintenir l'article, puis, « quand la chaleur fut passée » (P.-V.), on réfléchit que, la démarche auprès du roi étant accomplie, il était bien difficile d'agir en un autre sens, et rpiil valait mieux trouver un expédient.

1. L"lle-de-France, la Bourgogne, la Picardie et TOrlêanais votèreut le maintien de l'article. La Normandie, la Guyenne, la Bretagne, la Cliampagne, le Daupliiné et la Provence résolurent d'obéir au roi. Le Lyonnais et le Languedoc se divisèrent par moitié et ne comptèrent pas. Sur les moyens employés par la cour pour pratiquer les Etats, voir le Journal inédit d'Arnaidd d'Andilly, p. 3"J.

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