‹ Histoire des États-Généraux (volume 2)Chapitre 111 sur 226 · DISCOURS DE RICHELIEU · texte numérisé non relu

DISCOURS DE RICHELIEU

simple et élevé , d'une clarté vraiment éloquente. Faite pour plaire à tous, cette harangue ne heurtait aucune des susceptihilités si promptes à s'alarmer des groupes et des compagnies qui l'écoutaient.

Rattachant « tous les maux du royaume aux excessives dépenses et aux dons immenses qui se distribuent sans règle et sans mesure », il attaqua la vénalité de la justice, la multiplicité des offices, et l'inégalité de l'impùt, ((ui permettait aux plus riches de se soustraire aux contributions publiijues en actjuérant des charges. Puis, après avoir tracé à grands traits les souffrances de l'État et montré que la réduction des dépenses était le seul remède, il en vint à parler de l'intluence des évêques sur le gouvernement de la France . L'action des prélats, pleins de l'esprit de justice et résolus à faire le bien, hii semblait indispensable à la conduite des afî'aires. II passait en revue nos annales et rappelait tous les grands ministres qui avaient appartenu à l'Eglise. Si januiis un discours a été prononcé par un orateur avee le dessein arrêté d'arriver au pouvoir et d'obtenir, au delà du succès oratoire, le triomphe de ses vues personnelles, c'est sans contredit celui qui sortait de la bouche de l'évêque de Luçon le ;23 février 1615, quelques mois avant de devenir le conseiller et l'inspirateur de Marie de Médicis et neuf ans avant d'occuper le ministère.

Tout occupé qu'il fût de l'avenir, Richelieu ne sacrifia pas à l'amour immodéré du pouvoir la charge qui lui avait été confiée par les députés-' du clergé. C'est à la reine mère elle-même, qu'il avait tant d'intérêt à flatter, que Richelieu demanda la satisfaction due aux États. Ce passage donnera idée du style et de la vigueur de tout le discours. « Nous croyons, madame, dit l'évêque de Luçon, que vous n'oublierez rien pour faire que cette assemblée, mise eu pied par

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vos conseils, réussisse à notre avantage; les maux qui nous pressent vous y convient, votre affection envers nous vous y porte, votre honneur et celui du roi (qui vous est si cher) le requièrent, et l'intérêt de vos consciences vous y oblige tous deux.

« C'est, Sire, ce qui fait que plus hardiment nous lonjurons Votre Majesté de ne nous p(jint licencier (["auprès d'elle, que nous ne remportions à nos provinces de quoi contenter leur attente, et les consoler en leurs misères.

« Mais, que fais-je? je demande ce qui nous est très assuré, puisque par plusieurs fois vous nous l'avez promis, et que vos paroles sont, ainsi qu'elles doivent être, inviolables et sacrées comme votre personne.

« Vous l'avez promis; et (jui phis est, vous nous permettez à cette fin de députer quelques-uns des nôtres, pour assister ceux qui dès demain, sans perdre de temps, travailleront de votre i^art à la réponse de nos cahiers '.... »

A côté de cette harangue, qui mérite de demeurer célèbre, autant comme modèle d'éloquence politique qu'au point de vue du caractère de celui qui la prononça, les quelques paroles du baron de Senecey valent à peine une mention. La révocation des pensions, que la petite noblesse avait obtenue malgré les efforts des grands seigneurs qui vivaient à la cour, et Tabolition de la vénalité des offices, firent tous les frais de ce compliment banal.

Le discours de Miron fut tout autrement long et intéressant. Ses complaisances pour la cour ne lui avaient pas fait oublier ses devoirs envers le tiers état.

1. Voir ce discours à la fin des Mémoires de Richelieu. Edition Petitot.

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