Nous aurions voulu parler des efforts du Parlement es
2o0 ÉTATS DE PARIS, 1614
Les députés ne purent rapporter à leurs provinces que ces trois promesses, qui ne tardèrent pas ellesmêmes à tomber dans l'oubli. Ainsi les États Généraux de 1614 n'aboutissaient à aucun résultat immédiat. S'ils devaient, comme toutes les assemblées de l'ancienne monarchie, donner des fruits dans l'avenir, les députés qui avaient pris part à ce grand débat ne rapportèrent dans les villes qui les avaient élus qu'une profonde tristesse et un abattement dont le souvenir contribua dans une certaine mesure à altérer en France pendant cent cin({uante ans le prestige des assemblées nationales.
Qui peut nier que le découragement des députés ne fût légitime? Arrivés pleins d'espérances, ils n'avaient à rapporter que des échecs à leurs commettants. A qui devait remonter la responsabilité d'une si cruelle déception? C'est là une grande question, à laquelle on voudrait pouvoir répondre d'un seul mot, mais les problèmes de l'histoire sont complexes. Bien des fautes diverses ont contribué à cet insuccès, qui ne peut être rattaché directement à aucune d'elles. Dès le début, la haine réciproque de la noblesse et du tiers aigrit les esprits : lorsque cette querelle semble calmée, un autre débat renaît entre le clergé et le dernier ordre. Au milieu de ces contestations d'amourpropre et de ces luttes de jM'ivilège, les forces du tiers état s'épuisent en efforts inutiles. Le temps s'écoulait. Quand on revenait aux cahiers, l'illusion qui donnait toujours au commencement des travaux
sayant de se faire l'exécuteur de l'œuvre tentée par les États: mais, ne pouvant traiter ici ce sujet avec l'étendue qu'il mérite, nous nous bornons à mentionner l'arrêt du 28 mars 16Kj, les remontrances des gens de justice et leur lutte vaine contre le gouvernement du jeune prince qui commençait si mal « l'année de sa majorité par tant de commandement de pouvoir absolu ». États Généraux, t. XVII. 'l^ partie, p. 141, 144.
LKS DÉPUTÉS SONT CONGÉDIES 2ol
lia ciiactèrc de joyeuse confiance était à jamais évanouie. Loin de chercher dans l'énorme amas des doléances une occasion de travailler en commun et avec une louahle rivalité au hien du royaume, un sentiment de jalousie inquiète s'efTorçait de découvrir les moyens de jouer pièce à ceux que chaque ordi'e avait en particulière aversion. Au lieu d'aimer le peuple et de servir la nation, les députés ne cessaient d'atta(|uer leurs adversaires. Au travei'S de ces démêlés, on semhlail ouldici- ahsnlunicnt que l'union des ordres avait seule fait pai- niimients la foi'ce des Étals Généraux. Emporté par l'ardeur du combat, ou uéiiligeait la véritable lutte, la seule (|u'il fût digne des dt'putés de poursuivre, celle ipii aurait mis aux mains des Htats le pouvoir chancelant que se disputaient, autour d'un roi à peine majeur, une reine sans intelligence, des conseillers sans chefs et des courtisans se détestant entre eux. A cette époque, plus aisément peut-être qu'à aucune autre, les députés, s'ils avaient eu une conception plus nette de leur pouvoir, pins de dévouement et moins de préjugés, auraient pu fonder en France cette constitution idéale ([ue Fénelon, un siècle plus tard, déclarait être la vieille forme de notre gouvernement national. Qui oserait nier que la révolution accomplie au commencement du dix-sej)tiènie siècle n'eût pas conté moins de douleurs à la France que celle de 1781)?