CONSEILS DU ROI
s'en inquiétait vivcnKMit. Lordre sous toulos ses formes était une de ses aspirations les plus vives,
JMeins du souvenir des intrigues ourdies en d'autres temps avec les puissances étrangères dont les ambassadeurs résidant en France représentaient moins la politique que les passions envieuses ou les visées secrètes, les notables accueillirent avec entbousiasme la proposition de dér<'ndre à tout sujet du roi de comniinii([uer avei" les ambassadeurs. Laissés libres de clioisir une sanction, ils réclamèrent pour toute infracti(tn la peine réservée aux criminels de lese-majesté.
La sécurité des mers ne les toucbait pas moins et ils voulaient que, grâce à des mesures de protection, le commerce pût entrer dans une période de développement (jui leur semblait .ndispensable à la prospérité publi(pic. Les corsaires français, en se multipliant, attii-aieut sur nos navires de commerce les plus cruelles représailles; reprendre la politique de Henri IV, assurer la i)olice des c('»tes, escorter au besoin dans les eaux de la France les navires soi-tant de nos ports, nouer enfin des relations commerciales (jue garantiraient des traités établissant une véritable réciprocité, voilà les avis (juf duiuirrcnt sur ces divers jtoints les notables.
Il nous reste à examiner la plus grave et la plus nouvelle des propositions soumises à l'assemblée pendant If mois de décembre KilT. 11 s'agissait d'organiser les conseils du roi. (tétait certes une œuvre digne de tenter ceux aux(pH:>ls elle était offerte. De toutes les institutions de la nuuiarchie. le conseil était sans contredit la moins lixe dans sa composition, la plus variable dans sa compétence, la plus soumise aux caprices du prince, et cependant celle de toutes dont l'influence eût été la plus efficace si elle avait obéi à des règles et suivi une tradition.
2G4 ASSFiMBLKE DI.S NOTABLES, JCilT
Autour de Louis XIII so groupaient pour le « maniement (les affaires secrètes de l'État » les « ministres qui avoient eu cette charge sous le roi son père » ; c'était à eux seuls qu'appartenait le privilège de conseiller le roi. Fallait-il maintenir ce système ou bien donner une part considérable dans les affaires publiques aux « princes et aux grands du royaume », en organisant un conseil qui serait devenu avec le temps une chambre des seigneurs? Sous une forme détournée, celte proposition contenait la question du gouvernement aristocratique et de la monarchie absolue. L'assemblée des notables craignait de voir attribuer une influence directe aux princes dont les intrigues agitaient si fréquemment le royaume; sous la régence, la France n'avait cessé de sentir les dangers dont le pouvoir était menacé par ces esprits remuants qui se mettaient en révolte pour conquérir une charge, soulevaient une province pour une querelle de cour, et se faisaient achet(!r sur le plus clair des revenus publics une soumission qu'ils étaient toujours prêts à désavouer.
Les ministres qui entouraient Louis XIII en 1G17 nétaient pas plus disposés que les notables à établir un grand conseil des princes. Il est aisé de découvrir, dans le texte même, leur véritable pensée : après avoir parlé du désir du roi, les rédacteurs de la proposition ajoutent « que plusieurs difficultés s'y sont jusqu'à présent rencontrées ». Le grand nombre des princes qui prétendaient siéger, la nécessité de garder le secret, la longueur des délibérations, et le règlement presque impossible des préséances, tels étaient les motifs plus ou moins sérieux qui étaient allégués; puis aussitôt après ces objections on lisait : « Pour ce que Sa Majesté désire qu'il soit rendu auxdits seigneurs, princes, ducs, pairs et officiers de la
CONSKILS DU ROI 205
couronno, au iïouvernemont Ao' l'État ot maniement de SOS alTairos, le plus de part, d'honneur et de respect que faire se pourra, elle veut qu'il soit avisé par l'assemblée, s'il se peut trouver quelqu'autre moyen plus propre, plus sûr et plus commode que celui qui est observé de présent [tnur la conduite des affaires secrètes, et par le(|uel on puisse sans intéresser l'Etat et préjudicier au service de Sa Majesté, satisfaire aux désirs des particuliers. »
L'assemblée, après avoir remercié le roi qui la consultait sur une des affaires les plus importantes de son Etat, crut « ne lui i)ouv<,ir donner un meilleur avis que de continuer l'ordrt du manienuMit de ses affaires secrètes eu la Inrme suivie jusqu'à pi'ésent, et par l'avis ot eonseil do nn'iues personnes ([ui y sont employées * ».
A côté de cette grave question que malheureusement les troubles du royaume et l'attitude des princes devaient faire trancher c(»ntre eux, se place une proposition relative à ce qui était alors apj)elé le conseil d'Etat et des linances et le conseil privé de Sa Majesté -.
La composition de ces conseils était la première et la plus importante question à traiter. Dans les temps où le royaume était agité, les princes avaient toujours cherché à envahir le conseil; la minorité de Louis XIII avait vu se produire autour de la régente les mêmes désordres. Afin de satisfaire toutes les ambitions, la proposition faite aux notables consistait a diviser les conseillers en trois séries qui siégeraient chacune pendant (|uatre mois. L'assemblée ne jugeait pas le remède sulfisant; elle entendait que le nombre des