LIBERTÉ RELIGIEUSE
(te trois cciil vingt. Cette proportion siillil ii iii(li(|uer (|uels étaient au eonimenecment du règne <le Hcni'i IV les droits des })rotestants français.
Dans rexécutioii, le roi sut eneore aplanii' l<'s ol)stacles que ces mesures auraient pu rencontrer. C'est ainsi que, trois mois après avoir signé l'cdit qui prohibait l'exercice du nouveau culte à Paris et à dix lieues à la ronde, il ménageait secrètement aux protestants le moyen d'organiser le prêche au faubourg Saint- Cernuiin. (Juidcpies mois plus lard, il leur appliquait l'article de la trêve qui avait autorisé le culte protestant « là où seroit la personne du roi de Navarre », et, grâce à cette interprétation, tout au moins imprévue, il faisait rentrer les ministres à la cour (octobre J5î)i). 11 en fut de menu,' en Provence et à Rouen, où les édits de proscription ne l'uri-nt jamais a|»pliqiiés '.
Malgré cette tolérance, les huguenots méditaient de troubler de nouveau le royaume. Henri IV ne leur laissa pas le temps de mùrii- leur projet de fédération ; Fédit de Saint-Germain (novembre 1594), en atfermissant leurs droits, enleva tout prétexte à la lutte. L'ambition remuante des chefs protestants ne l'entendait pas ainsi, lis surent si bien cntlammer les esprits qu'on put croire eu 151)8 qu'une Ligue protestante allait se former en France, pour y jeter le désordre et ramener les maux qu'un gouvernement sensé s'efTorçait de guérir. Deux politiques s'ouvraient devant Henri : la répression rigoureuse ou la modération ; il choisit cette dernière voie.
Ce fut redit de Nantes (avril 1598j qui désarma définitivement les protestants. Les grandes concessions qu il contenait. li]»éralemeiit interprétées par le
1. Registres secrets du parlement de Rouen cités par M. Floquel, Histoire du parlement de Norniuadie, t. IV, p. 74.
liHi KTATS HT NOTABLKS, Ii;ii-I(j26
|iriuic ({ui les avait accordées, sont la |)liis imoiilcslaljlr preuve du génie de Henri IV, (|ui sut ar-suier ])ai- une telle hardiesse la paix du royaume.
Jj'exercice du nouveau culte dans toutes les villes, deux temples au lieu d'un dans chaque hailliage, une allocation annuelle destinée au traitement des ministres et à l'entretien des collèges, légalité des droits civils, la protection des intérêts par la création dans chaque parlement d'une chambre mixte dite de VEd'd, la possession de plus de deux cents villes occupées par les garnisons protestantes, enfin l'autorisation de tenir des assemblées synodales et même politiques, telles furent les dispositions du célèbre édit de Nantes.
Envisagé au point de vue de la tolérance religieuse, il mérite de prendre place parmi les plus considérables événements de notre histoire. Il réalise , après quarante ans de guerre civile, les généreuses tentatives de l'Hospital'. Les concessions politiques et mili-
1. Nous ne pouvons mieux faire que de rapporter ici ce passage du livre de M. Ch. Mercier de Lacombe. (]ui résume parfaitement le rôle de Henri IV : » La liberté de conscience a été occasionnée, mais non produite, par la réforme. Klle n'est l'œuvre ni du protestantisme ni de l'Église. Elle est sortie d'une conception politique accommodée elle-même aux droits et aux besoins nouveaux, et conforme à cet esprit chrétien qui, sous toutes les révolutions, suit sou cours et son triompiie. El cette conception, c"est un roi catholique, c'est Henri IV qui. le premier, l'a introduite dans les lois. Henri IV a fondé la liberté de conscience, non pas seulement, ainsi qu'on l'enseigne d'ordinaire, par les garanties qu'il accorda aux calviniste^ et par sa lutte contre la maison d'Autriche, mais encore par les efforts qu'il ne cessa d'opposer, partout où dominaient les réformés, dans le Béarn et à Nimes comme en Angleterre ou en Hollande, à leur intolérance. Allié des protestants et fils dévoué du saintsiège, ménageant, en dépit de tentatives contraires, la réconciliation du pape et de Venise et alfranchissant du joug espagnol les Provinces-Unies, recommandant aux catholiques persécutés la patience et à leurs maîtres la douceur, il devenait en dépit de l'Espagne le prolecteur de la foi catholique !et se
LIBKRTÉ RELIGIEUSE 383
lairos qu il faisait aux protestants ne [)eiivenl au (•(»iitraire se justifier que parla nécessité d'une paeitication immédiate : la sagesse de Henri IV parvint seule à écarter les dangers d'une organisation que Richelieu s'empressa de déli'uire, parce qu'elle entretenait les germes d'une guerre civile toujours prête à éclater.
Ainsi, dans cette grande mesure, il y a deux parts à faire : celle qui était destinée à triompher; celle qui devait périr.
Quoi qu'il en soil, la paix religieuse était assurée; à partir de 1598, nous n'avons plus à nous occuper des protestants français. Voyons maintenant l'impression produite par l'édit de Nantes sur le clergé et sur les catholiques.
II ne faut pas le dissimuler : l'étonnement fut grand en présence « de ces extraordinaires concessions faites à l'hérésie. Même après l'expérience de tant de sang répandu, bien peu d'esprits en étaient venus ;i c(jniprendre l'accord possible de la foi catholique et de ce principe de la tolérance religieuse qui faisait son entrée dans le droit public des nations modernes '. » À en croire les récits contemporains, il semble que la surprise l'ait emporté sur tout autre sentiment dans la masse du clergé et de la nation.
Les évêques se réunirent à Paris quelques jours après la publication de l'édit. L'assemblée du clergé ne fit entendre aucune protestation publique -, mais elle résolut de mettre à profit le délai d'enregistrement au Parlement pour s'efforcer d'obtenir une réduction des concessions. Tout au moins la religion
faisait, avec les protestanls, le défenseur de l'indépendance des peuples. » {Henri H' et sa politique, p. 232.)