‹ Histoire des États-Généraux (volume 2)Chapitre 194 sur 226 · IMPRIMERIE ET LIBRAIRIE · texte numérisé non relu

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De toutes ces doléances, il ne faut retenir ni les répressions puériles contre les faiseurs d'almanachs, ni les peines terribles qui frappaient les auteurs de libelles, mais l'établissement régulier d'une censure qui devait traverser le xvii'= et le xviii'^ siècle et qui, pendant deux cents ans, constitua à elle seule toute la législation en cette matière.

Progrès des idées de charité au commencement du xvu«" siècle, p. 412. — Compte rendu annuel, p. 413. — Réforme des abus, p. 413. — .Mendiants valides et invalides, p. 413. — Règlement des pauvres, p. 414. — Projet renvoyé aux notables, p. 414. — Devoir de charité, p. 41o. — Travaux publics, p. 41o.

De 1614 à 1629, les questions soulevées par les députés au sujet de la misère sont en apparence les mêmes qu'au xvi'' siècle; si Ton examine le fond des pensées, toute une transformation est en voie de s'accomplir. Les sociétés traversent tantôt des heures d'égoïsme, tantôt des périodes où elles ont le sentiment de leurs maux, où elles cherchent à les adoucir, où elles sont très occupées du malheur de leurs semblables. C'est vers 1620 que cette inspiration de charité se manifeste. En 1614, les députés ne se préoccupent encore que des améliorations matérielles à apporter au service hospitalier.

Le désordre de l'administration n'avait pu être entièrement corrigé, et chaque ordre en rejetait la responsabilité sur ses rivaux. Le clergé se plaignait des « commissaires royaux établis pour la réformation des hôpitaux » qui, sous prétexte de remédier aux abus, passent des baux onéreux et dilapident les revenus; il réclamait l'abolition de l'ordonnance de Blois (art. 65) et la remise aux évêques de l'administration des hôpitaux (C. -41, 42). La noblesse, après avoir demandé l'abolition de l'ordonnance,

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6>xposnit tout un système : pour les fondations non laïques, les communautés en auront la garde, le compte rendu annuel sera fait devant les officiers des lieux, en présence de deux gentilshommes (N. 37) ; pour les fondations laïciues. le seigneur patron et collateur y pourvoira comme il l'entendra; le compte rendu aura lieu devant la justice et le seigneur (N. 38).

Le tiers état se portait le défenseur de l'ordonnance de Blois : il tenait à l'exclusion des ecclésiastiques, des gentilshommes et officiers publics au profit des bourgeois, marchands ou laboureurs, seuls capables de « gouverner les revenus des maladrerics » ; il voulait que les habitants des villes pussent élire librement les administrateurs des hôpitaux (T. 83, 84, 85). Le compte rendu annuel devait être fait devant les juges royaux et devant les maires (T. 84). Pour rétablir l'ordre, les titres de propriété des hôpitaux devaient être recherchés (T. 92) ', L'ordonnance de 1629 réalisa ces vœux (art. 41).

Pour accroître les revenus des hôpitaux, le tiers réclamait l'abolition des pensions assignées par le grand aumônier sur les maladreries (T. 86) et le renvoi des hôpitaux, des religieux et des religieuses qui s'y étaient réfugiés pendant les troubles et qui y avaient prolongé induement leur séjour en usurpant la place des malades (T. 94).

Le tiers état s'inquiète du nombre croissant des pauvres; il les distingue avec grande raison en deux classes : les invalides, qu'il renferme dans les hôpitaux et maladreries, « sans vaguer », et les valides, qu'il contraint « à se retirer au lieu de leur naissance pour s'employer au travail et gagner leur vie, sous

\. Projet d'ordoDnance de 1618, art. 38, o9.

peine de punition corporelle » (T. 87. î)oj. Afin de subvenir aux dépenses des hôpitaux et des pauvres, tout bénéficier dont le revenu dépassait 600 livres aurait dû en verser le quart (T. 89), et toutes les aumônes des évèchés et des abbayes devaient être remises aux administrateurs des hospices (T. 88). Enfin, dans les trois mois, toute ville devait avoir établi un ordre et règlement sur les pauvres (T. ÎK)j. Le projet lie 1618 prescrivait aux villes de prendre pour modèle l'organisation adoptée à Paris pour la clôture, l'entretien et la nourriture des pauvres (art. 60). En 1629, r(jrdonnance désigna non seulement Paris, mais Lyon ', à limitation des villes (art. 42).

L'assemblée des notables de 1626 fut saisie d'un projet très complet. Le procureur général avait été chargé de le soumettre aux notables, mais l'auteur de la requête avait à la fois un esprit très endormi et un cœur très chaud; on y sent le souffle d'un contemporain, peut-être d'un ami de l'humble prêtre que l'on appelait M. Vincent et dont l'apostolat devait bientôt remuer les âmes. Le souci de faire travailler les paresseux et de ne pas consumer les aumônes à leur profit domine tout le mémoire. « Les mendiants valides privent par leur fainéantise le public de leur labeur et ravissent le pain des vrais

I. En mars 1614, avaient paru à Lyon les Ordonnances et règlements xur le fait des pauvres. « L'Aumône générale » de Lyon était depuis longtemps fondée, quand, en 1614, le nombre croissant des mendiants attira l'attention des Recteurs. Réunis au procureur du roi, ils décidèrent que tous les pauvres errants parla ville seraient enfermés à l'hôpital, astreints à un travail, soumis à un règlement de vie. Les mesures furent prises avec un sens pratique et un sentiment élevé de la charité qui sont encore de nos jours la marque des œuvres lyonnaises. Il est tout naturel qu'en 1620 ce règlement ait été signalé aux autres villes (Plaquette, 32 pages, jullieron, 1614. Gr. Bibl. de Lyon. F, Geste. 8, 490, n" 867.)

pauvres invalides », tel est le point de départ de raiiteur, qui demande rétablissement d'un hôpital par bailliage. Autour de ce centre d'activité bienfaisante se grouperont tous ceux qu'anime l'esprit de charité, sans distinction « de conditions ni de sexe, chacun contribuant à une si bonne œuvre, qui par son soin et industrie, qui par ses facultés ». Pour favoriser cette émulation de tous vers le bien, les charges d'administrateurs des hospices deviendraient « l'unique entrée de toutes les charges publiques et honorables, lesquelles ne se brigueroient d<''sorniais par autre voye qu'en rendant preuve de sa fidélité et assiduité en la conduite et administrati(jn des dits hôpitaux » '. Voilà pour les infirmes et les malades. Les pauvres valides soulevaient bien d'autres difficultés, « tant pour leur nombre que pour leur vie effrénée »; cependant il ne faut pas les croire « incapables de toute discipline »: on ne doit pas les abandonner, mais multiplier les efforts pour faire de « tant de personnes inutiles aux autres et à euxmêmes » des personnes utiles à l'État. 11 y a bien deux cent mille mendiants valides qui corrompent la France et la ruinent. A les laisser mendier et vagabonder, ils sèmeront autour d'eux la misère et, « prêts à tous changements et nouvelletés », ils bouleverseront le royaume. L'auteur du projet propose aux notables d'entreprendre avec des mendiants valides le dessèchement des marais, le défrichement des landes, le nettoyage des rues, la construction des routes; il accumule autour d'eux les secours matériels et moraux : une hôtellerie franche dans les villes pour assurer l'hospitalité gratuite aux voya-

1. Nul ne pourrait tenir un office du roi s'il n'avait été pendant un an au moins administrateur d'hùpital.

ilfi ÉTATS ET NOTAULKS, Idl i-lfiili

geurs pauvros, dans chaque paroisse un prêtre des pauvres se consacrant à leur régénération, des procureurs des pauvres s'occupant de leurs procès; s'ils refusent enfin de travailler, ils seront mis en prison '. L'ordonnance accueillit la distinction entre les valides et les infirmes. L'article 42 enjoignit à tous mendiants de se retirer en son lieu d'origine et prescrivit de leur donner du travail. Le ministère de Richelieu vit un développement considérable de la charité publique. Si tout le projet que le Cardinal avait recommandé aux notables ne fut pas réalisé, presque tous les vœux des Ëtats reçurent successivement satisfaction.

1. Ce long mémoire plein d'idées émane d'un cœur chaud et d'une imagination ardente. Au premier rang des ressources que propose l'auteur figure un « registre d'adresse » dont il demande le monopole. Ce projet ne révèle-t-il pas clairement le nom de Renaudot, qui avait été nommé le 3 février 1618 commissaire général des pauvres et qui poursuivait sous toutes les formes l'exécution du projet de bureau d'adresse qui devait être réalisé eu 1630?

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