Clergé, 49. — Noblesse, 24. — Tiers état, .j
4. Nicolas de Pellevé, né en t.jlS, était un des partisans les plus vifs de la Ligue: il mourut au moment de l'entrée de Henri IV à Paris.
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nous ont été conservés témoignent des passions ({iii fennenlaient dans les provinces. Les uns insistent sur la (|ualiléde Français, voulant avant (ont exclure l'Espagnol; les anti-es n'attaquent que les hérétiques et fauteurs d'hérési(^ en des termes qui écartent irrévocablement Henri de Bourbon. Quelques députés espèrent en secret ralijiu'ation, mais la plupart apportent aux Etats les passions de leurs conunettants.
Les trois ordres étaient très inégah^ment représentés : le clergé comptait parmi les prélats des hommes dévoués corps et àme à la Ligue et, parmi les simples prêtres, quelques-uns de ces fougueux prédicateurs (|ui s'etforçaient d'enllammer le peuple contre le béarnais. — A vrai dire, la noblesse figurait à peine dans l'assemblée : ses membres les plus actifs et les plus brillaiils s't-laienl rangés dci-rière Henri IV, et elle s'honorait en devinaiil la première où étaient l'avenir et le salut de la France. (JueUjues gentilshommes de second ordre, pressés par l'ambition de se tronvei- au premier l'ang, joints à d'autres animés d'une foi i-eligieuse qui inspirait leur conduite polili(|iit' ', étai(Mi( venus aux Etats avec des intentions bien dill'érentes; mais on n'y voyait aucun de ces grands noms qui rappelaient le passé de lu France.
Le tiers était composé d'éléments si div(M's. (jue les historiens ont pu de bonne foi se livrer aux plus singulières contradictions. Trois groupes le formaient : les ligueurs exaltés, les partisans de la Ligne française, et un petit nombre d'esprits polili(|ues, plus puissants par le talent (jue par le nombre.
1. Tels étaient Vitry clla Chastre, l'un gouverneur de Meaux, l'autre de l'Orléanais.
Tels étaient les partis dont nous allons voir la lutte dans le cours de la session.
La seconde séance eut lieu le 27 janvier; mais, les députés étant trop peu nombreux, on s'ajourna au A février. Pendant ce délai ai^rivèrent les députés de Bourgogne et de Champagne. Le jour où les séances furent reprises, le légat du saint-siège, Philippe de Sega, vint bénir l'assemblée. Il avait désiré qu'il lui fût permis d'assister aux délibérations, mais les États repoussèrent cette proposition et il se borna à prononcer un discours.
Le lieutenant général du royaume lit ensuite une grave communication. Dans les circonstances où se réunissait l'assemblée, l'attitude que les royalistes garderaient vis-à-vis d'elle était pour les gens sensés la plus grande préoccupation du moment. Le duc de Mayenne avait compris dès le mois de décembre qui! fallait prendre les devants; aussi avait-il adressé aux seigneurs catholiques qui entouraient le roi un manifeste destiné à expliquer la conduite de la Ligue : c'était un appel à l'opinion et une tentative de conciliation, puisque ce document contenait une invitation aux partisans de Henri de Bourbon d'assister aux États, afin d'y choisir le nouveau roi '.
Henri IV et les seigneurs qui l'entouraient transmirent séparément leurs réponses : le prince laissait entendre qu'il se faisait instruire dans la religion catholique, qu'il se préparait ainsi à aplanir l'obstacle qui le séparait de la Ligue française, et il terminait en déclarant d'avance nuls les États de Paris. Ses partisans répondirent franchement à l'appel du duc
•1. « Pour ensemblement choisir, disait le duc de Mayenne, sans passion el sans respect de Tintérèt de qui que ce soit, le remède qu'ils jugeroient devoir être le plus utile pour la conservation de l'Estat. »
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(le Mayenne par l'offre dune conférence entre les deux l>artis qui poseraient ainsi les bases d'une paix si .iidemment souhaitée.
En possession de cette proposition depuis le ;28 janvier, Mayenne avait le devoir de la communiquer aux États dès la première séance; c'est ce qu'il fit le 4 février, malgré l'opposition des plus ardents, qui voulaient la déchirer sur-le-champ. Une telle lecture ne manqua pas de soulever des orages. Le clergé se retira pour en délibérer, puis il conclut, ainsi que les ordres laïques, à la nécessité d'une nouvelle discussion, en rejetant d'une seule voix la proposition faite par les plus violents de soumettre au jugement de la Sorbonne ce document inspiré et écrit par des hérétiques.
On conçoit aisément les irrésolutions des États : dès le début de leur session, se trouvait posée la question la plus grave (|u'ils fussent chargés de traiter. De la réponse ([u'ils allaient faire aux ouvertures des royalistes dépendait en réalité l'élection du roi. Pour demeurer conséquents avec eux-mêmes, ils devaient la rejeter sans examen; mais que dirait la nation? que penserait-elle d'une assemblée réunie en un temps de troubles pour calmer les esprits et repoussant par une décision absolue les premières propositions de paix? L'autorité des États recevrait un coup fatal qu'une conduite prudente devait à tout prix écarter. .Mayenne redoutait les Espagnols et n'aimait guère Henri IV. Placé entre les deux factions, il cherchait à ne décourager aucune de leurs espérances, afin de prolonger l'interrègne au profit de son pouvoir personnel. Il était très politique et très ambitieux, tout en comprenant que, s'il pouvait à un moment donné faire un roi, il était incapable d'occuper luimême le trône. A cette époque, il s'alarmait surtout
des hésitations des États, qui ne se déridaient pas à repousser les avances de Henri lY. D'un jour à l'autre, les événements pouvaient se précipiter. Il fallait prévenir les Espagnols. Aussi prit-il le parti de quitter subitement Paris, au moment où l'assemblée avait le plus grand besoin d"un guide, pour courir au-devant de l'ambassade que Philippe II, avec sa vigilance ordinaire, envoyait aux États Généraux (8 février).
Laissés à eux-mêmes, les États ne tardèrent pas à s'occuper de la réponse qui devait être faite à la lettre des royalistes. Les députés continuaient à arriver. Ceux de Normandie, après de longs détours et le plus périlleux voyage, étaient parvenus à pénétrer dans Paris, et les bureaux s'étaient constitués le 8 février. Pendant tous ces délais, les idées pacifiques avaient fait leur chemin : les Espagnols n'étaient pas plus sympathiques à la majorité de l'assemblée qu'à la France elle-même. En vain le légat, les partisans de l'Espagne et les plus passionnés ligueurs s'efTorcèrentils de remuer Paris : les masses demeuraient immobiles, et ni les intrigues, ni l'argent n'empêchaient le progrès des modérés. Le légat lui-même subissait cette influence; d'abord plus dévoué à Philippe II qu'au saint-siège, il finit par se montrer moins vif. Enfin, le 25 février, après les plus longs débats, les trois ordres décidèrent séparément qu'ils consentaient à la conférence demandée par les amis de Henri IV.
La noblesse avait été, dès le début, favorable aux négociations avec le parti royal. Le tiers état s'était laissé vaincre par l'influence du président Le Maistre ' et d'Etienne Bernard, dont nous avons vu le beau rù\e cinq ans auparavant à Blois, et que Dijon avait nommé
1. Jean Le Maistre, l'un des quatre présidents au Parlement et député de Paris.
AMBASSADE KSPAGNOLK /'J
pour la seconde fois son député aux États. Le clergé, tout en essayant « de faire une responce sans respouce », fut force de suivre le mouvement et de se joindre aux ordres laïques : il déclara seulement qu'il mettait pour condition à sa flémarche l'assentiment du légat.
La réponse aurait dû être expédiée sur-le-champ, mais les difficullés d'une rédaction délicate en retardèrent indéfiniment l'envoi. D'Lspinac pour le clergé. Le Maistre pour le tiers, Jeannin pour- le duc d(^ Mayenne, préparèrent des projets qui furent soumis aux États. On délibéra longuement sur la forme des trois lettres, puis, quand le style eut été minutieusement examin(' et corrigé, ou accepta la rédaction de Jeannin. Il y avait plus de quarante jours que les députés avaient reçu la proposition de conférence. Vu trompette, équipé aux frais de la ville de l'ai'is, porta la lettre à Chartres le 1) mars.
Le même jour entrait dans Paris, (pie^pies heures après le départ de l'envoyé des États, le duc de Féria, ambassadeur d'Kspagne. C'est à Soissons qu'il avait rencontré Mayenne : il avait appris du lieutenant général de la Ligue les efforts des royalistes et l'ébranlement des Etats. 11 avait aussitôt hâté son voyage, et il avait pu atteindre, dans la s(»irée du î) mars. Ut porte Saint-Antoine, (juil avait franchie aux flambeaux.
L'influence de l'Espagne dans la politique française avait pris depuis quchpies années une trop grande importance pour que la présence de ce personnage put passer inaperçue. Les États résolurent aussitôt d'envoyer une dépufation au duc de Féria « pour lui faire la révérence par forme de courtoisie et honestetc seulement ». Cette députation fut reçue le 14 mars, et l'Espagnol promit de faire connaître, en se rendant
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dans le sein de l'assemblée, les intentions de son maître.
Quinze jours s"écoulèrent avant que le duc de Féria mît à exécution sa promesse. Des difficultés de toutes sortes avaient retardé cette démarche. Gomment recevoir l'ambassadeur d'Espagne? quel rang lui donner? en (juelle langue lui répondre? Toutes ces questions avaient servi de texte aux plus longs débats. Enfin il fut reçu le 2 avril, avec le même cérémonial que pour la séance d'ouverture. Il présenta ses lettres de créance et fit un discours plein de morgue dans lequel il énumérait avec hauteur tous les services rendus à la France par ses maîtres : il en prenait occasion de donner aux États des conseils sur leur conduite, et sur la nécessité de choisir pour roi un bon catholique. A part ce langage dédaigneux et protecteur, aucune alhision directe n'était faite aux prétentions de Philippe II. Le cardinal de Pellevé répondit en montrant à son tour les services rendus par la France à l'Espagne, puis, changeant de ton, il termina sa harangue par un éloge démesuré de Philippe II, qui trahissait les sympathies de l'orateur. La séance se termina sans que les projets du Roi Catholique se fussent laissé voir. Ses partisans préféraient agir dans l'ombre et dissimuler leur plan.
Les événements allaient bientôt forcer les Espagnols à se découvrir. Pendant que le duc de Féria prononçait sa harangue, les députés apprenaient qu'une nouvelle communication des royalistes était arrivée. A peine l'ambassadeur d'Espagne s'était-il retiré, qu'on fit sortir de la salle tous ceux qui étaient étrangers aux États. Les assistants pensaient que les députés voulaient délibérer sur le discours de l'ambassadeur. Il n'en était rien : la majorité décida que ce sujet
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serait ajourne, cl (|iii' les lettres de Chartres seraient lues séance tenante. Cette résolution blessante pour l'envoyé espagnol montre combien était modifié le sentiment des États. La sympathie avec laquelle turent accueillies les réponses nous en ofTre une nouvelle preuve. D'après la lettre des royalistes, il ne restait plus qu'à nommer des commissaires et h rédiger les instructions (|ui leui- sei-aient remises. Loin dhésiter au moment traccomplii" une telle démarche, les députés ne cherchèrent que les moyens de rendre leur réponse plus gracieuse, ollrant aux commissaires royalistes des saufs-conduits du duc de Mayenne et allant jusqu'à supprimer le titre iXEtais Généraiix, pour ne pas éveiller les susceptibilités des princes et seigneurs, (pii avaient parlé seulement des « personnages assemblés à Paris ».
Tout allait donc pnur le mieux et iiitiniineiit plus vile qut» ne l'auraient voulu les chefs de la Ligue. Dès le milieu d'avril, les instructions étaient prêtes : conçues dans les termes les plus larges, elles ne faisaient .lucune allusion au roi de Navarre', et laissaient toute latitude aux députés qui seraient chargés de représenter les Ltats. — Ceux-ci furent choisis le 20 avril, l'resque partout les modérés remportèrent. Boucher échoua dans le clergé contre l'abbé de Saint-Vincent de Laon, adjoint à l'archevêque de Lyon et à l'évêque d'Avi'anches. La noblesse nomma trois membres aussi conciliants qu'elle l'était elle-n)éme. Le tiers état dé-
\. Le clergé voulut insérer dans les inslruclions une défense ■• de parler d'aucune cbose concernant l'élaljlissenient du roy de Navarre, ny la reconnaissance et obéissance par lui prétendue ». La noblesse et le tiers repoussèrent cette proposition. La négociation se trouvait ainsi étendue : le clergé comprit la faute qu'il venait de commettre et demanda le secret èur cet incident iUeg. du tiers état; ihid.-. p. lOG et \(:i^'''.