‹ Histoire des États-Généraux (volume 2)Chapitre 32 sur 226 · IV · texte numérisé non relu

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puta le président Le Maislre. Etienne Bernard et du Laurens ^ Le duc de Mayenne envoya en son nom l'amiral de Villars *, le comte de Belin *, le président Jeannin et Yilleroy *. La majorité de ces commissaires représentait l'union des convictions catholiques et françaises, qui formaient alors la véritable opinion de la France. Ils n'étaient pas encore déterminés à se rallier à un roi hérétique, mais on sentait que la plupart étaient prêts à se jeter dans les bras de Henri lY s'il abjurait le protestantisme. Le duc de Mayenne comptait cependant parmi ces députés quelques hommes dévoués, mais le duc de Féria dans ses rapports au roi d'Espagne est forcé de convenir qu'il ne peut se fier à aucun d'eux ^.

De leur côté, les royalistes choisirent leurs commissaires : l'archevêque de Bourges '', Schomberg '' et Ihistorien de Thou * étaient les trois membres les plus considérables de cette ambassade, qui se dirigea vers Paris et s'arrêta à Suresnes. où devait s'ouvrir,

\. Avocat général au iiarlement de Provence et député aux Étals.

2. André de Brancas. amiral de Villar;;, lieutenant général de Normandie, ardent ligueur opposé à toute conciliation. Il devait après l'abjuration soutenir contre Henri IV le siège de Rouen.

:i. François d'Averton, comte de Belin, gouverneur de Paris, favorable à la conciliation, ennemi du parti espagnol.

4. Nicolas de Neufville, seigneur de Yilleroy, né en 1.j42, mort en 1617. Partisan des Guise, puis membre du tiers parti, il appartenait dans le conseil du duc de Mayenne au groupe le |ilus modéré.

5. Voyez sur l'opinion de tous les députés les notes envoyées à Philippe II par l'ambassadeur d'Espagne, l'rocés-verbaux des États dp I59S, p. 100.

ti. Renaud de Beaune. Voir notre III" volume, p. 384, n. 1.

7. Gaspard de Schomberg commandait les troupes allemandes au service de Henri IV; il mourut en 1609. "^

8. Jacques-Auguste de Thou, né en l.j.o3, mort eu 1617. Auteur de VH/stoirf iinivpvsi'llp, de Thou était membre du Parlement.

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lo 20 avril, la conférence vers laquelle tous les regards se tournaient.

Pendant que ces préparatifs s'achevaient avec une activité qui révélait l'impatience générale, les partisans de Philippe II, battus dans les Ktats, commençaient à s'alarmer sérieusement des progrès de roi)inion publique. Ils recoururent aux prédicateurs qui leur étaient tout dévoués : ceux-ci tonnèrent du haut des chaires contre la Conférence, et les Seize, se mettant ;\ l'unisson de leur langage, firent afiiclier une protestati(ni contre tout ce qui se ferait à Suresnes, réi)étant ([ue les Ktats devaient nommer sans tarder un l'oi catholique agréé du pape et du roi d'Espagne. Atin de se rendre populaii-es dans le sein d'une bourgeoisie qui les méprisait, les Seize parlaient hautement des libertés publi({ues, dont ils se disaient les champions; ils promettaient que, sous la monarchie nouvelle, les Étals seraient convo(jués tous les cinq ans, et que leur autorité serait prépoiulérante. ?si le peuple, ni les Etats ne se laissaient prendre à ces paroles mensongères.

La conférence de Suresnes s'miviit au jour iii(li(|ué, et son premier acte fut de stipuler un armistice pour les environs de la capitale. Cette nouvelle fut accueillie dans Paris avec des transports de joie, comme l'avant-coureur d'une paix ardemment souhaitée. Après de longs préliminaires, la discussion s'ouvrit entre Renaud de Beaune, archevêque de Bourges, et rarclievéque de Lyon, d'Espinac, qui tenait pour Mayenne. Tous deux avaient été désignés par leurs collègues pour soutenir l'effort des débats : l'un s'appuya sur les traditions du royaume et le principe inviolable de l'hérédité monarchique ; l'autre, sur la foi catholique et la nécessité de donner à la nation un chef qui professât cette doctrine. C'est dans ces

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termes que la discussion se prolongea pendant la première partie du mois de mai. Enfin, le 17, une dernière réunion eut lieu : au début de la séance, Tarchevêque de Bourges annonça la prochaine conversion de Henri IV. Cette nouvelle souleva au premier abord l'incrédulité des plus ardents, mais elle se répandit bien vite parmi les politiques et les partisans de la Ligue française. D'Espinac repoussa cette terrible déclaration, en annonçant que les ligueurs ne poseraient les armes que si le pape confirmait par son absolution l'abjuration du prince hérétique. Mayenne se croyait sûr de Clément VIII et sabritait avec confiance derrière cette réserve. — L'archevêque de Bourges répliqua que le pape, dominé par les Espagnols, ne jouissait pas d'une pleine liberté; que les prélats de France seraient les meilleurs juges de la sincérité de la conversion. Il ajouta enfin que, en présence des dangers qui menaçaient le royaume, Henri IV offrait par sa bouche une trêve de trois mois. — D'Espinac était confondu : il s'efforça de contester la sincérité de ces offres, mais on l'arrêta en lui remettant les propositions écrites, et en lui demandant formellement de donner au nom de la Ligue une réponse au roi.

Ainsi la Conférence, qui n'avait paru à Mayenne (|u'un moyen de temporiser sans rien résoudre, l'acculait à une situation sans issue. Pris entre la hardiesse habile de Henri IV et la froide ténacité de Philippe II, essayant de les jouer tous deux sans y parvenir, le chef de la Ligue n'avait plus qu'une chance de salut : c'était de presser l'élection avant que la nouvelle de l'abjuration eût jeté le désarroi parmi ses partisans. Privés de chef depuis le départ de Mayenne, les États l'avaient rappelé à Paris pour retrouver le point d'appui qui leur manquait. Il y

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était arrivé le 0 mai, après avoir tenté toutes sortes do démarches pendant sa malencontreuse absence de deux mois. Les asrents de Philippe II l'attendaient aussi impatiemment que les Ktats. Ils comprenaient tous le danger de la Conférence de Suresnes et ils avaient hAte de répondre par des actes aux inquiétudes qui leur venaient de ce côté.

Au déhut des pourparlers, l'archevéïiue de Bourges avait laissé entendre (juc la conversion se préparait. Le 13 mai, il informa les délégués des États qu'il ne (( les payoit plus en espérance, mais en asseurance, (jUC le roy étoit catholique et ([u'il envoyoit ([uérir et assembler tous les prélats, évèques et docteurs catholiques de son party, non pour l'instruire, mais leur monstrer et témoigner sa saincle conversion ». Il ne se borua pas à des promesses verbales : des propositions habilement rédigées furent remises aux députés, (|ui les ju-ireut « comme en cachette », les rapportèrent à Paris et les lurent le lî) mai à l'assemblée : il offrait une trêve de deux ou trois mois jiour laisser le peuple faire la moisson en paix, emploierait ce temps à se faire instruire et annoneait sa conversion '.

Pendant ({ue les royalistes prenaient les devants, les députés s'étaient attardés aux détails les moins dignes de les occuper. La place à assigner au légat dans la discussion rpii allait s'ouvrir fut la cause d'interminables déhats, puis, lorsqu'il n'y avait plus un jour à perdre, on vit s'élever tout à coup une vive controverse entre Mayenne et les députés sur la composition même de l'assemblée.

Dès le mois de janvier, Mayenne avait conçu la pensée de former deux chambres nouvelles qui, ajou-

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