Registre du tiers état, ihuL, p. 201 et
86 ÉTATS bK LA LIGUE
tées aux trois ordres, contre-balaneeraient leur influence. Sur l'opposition des Etats, il semblait avoir abandonné ce projet, quand, le 27 mai, il fit annoncer sa résolution de former une chambre composée de magistrats et d'officiers royaux. Les États nommèrent aussitôt une commission pour étudier cette question, et ne tardèrent pas à repousser formellement la proposition de Mayenne. En vain l'exemple des Etats de I008 était-il invoqué, les députés rép(jndaient que chacun devait demeurer dans son rôle : aux Etats appartenait la requête, au roi la décision, au parlement l'enregistrement. Tels étaient les pouvoirs qu'il fallait se garder de confondre. Mayenne tenait peu à la présence des magistrats, mais il avu'ait voulu voir les grands officiers prendre part à l'élection royale : leur absence le troublait, et il sut mauvais gré aux Etats d'une exclusion que l'unanimité des ordres s'accordait à réclamer.
Enfin, le 28 mai, les États reçurent communication des demandes de Philippe II. Le roi d'Espagne sollicitait la couronne de France pour sa fille Isabelle. L'infante était fille de la fille aînée de Henri II : à ce titre, son père soutenait, en mettant de côté la loi salique, qu'elle était légitime héritière du trône. Si sa fille était élue, mais à ce prix seulement, le fils de Charles-Quint offrait à la Ligue ses armées et ses trésors.
En entendant ces ouvertures, Mole, qui assistait à la lecture comme délégué du Parlement, déclara qu'il ne pourrait se trouver le lendemain à laudience qui devait être donnée à l'ambassadeur sans prendre la parole pour protester contre les prétentions espagnoles. Le procureur général manquerait aux devoirs de sa charge s'il ne « s'opposoit pas à une proposition si notoirement répugnante et contraire aux lois
PROPOSITIONS l)i;S ESPAGNOLS H7
(In royaume ' ». Vax vain M. di- Lyon répondit ;i .Mole ([lie « ce soroil trop scandaleux et que les Estats ne le pourroient permettre », le vertueux magistrat insista si vivement qu'il entraîna les membres du Parlement. Mole ajouta « que sa vie et ses moyens estoient à son service, mais qu'il estolt vray François et qu'il mourroit François, et perdroit la vie et les biens devant ([ue jamais estre autre ' ». Le Maistre et du Vair ' le soutinrent énergiquement. Le président de IIac(pu'ville termina le débat en déclarant qu'il valait mieux ne pas venii' au Louvre, et tous les magistrats se retirèrent pour aller porter au l\irlement les éclats de leur pati'iotiquc indignation.
Le lendemain 29, le duc de Féria développa devant l'assemblée générale les propositions annoncées la veille. Don Inigo de Mendoza s'etï'orga de démontrer que la loi salique n'était point une loi fondamentale *. Cet étrange langage aurait di'i révolter l'esprit national ; malbeiireusement dans le sein des Ktats les pas-
l. Registre du cleri^'c. Doc. inéil., p. 483.
■2. Vie de Mariliac par le Beau. .Ms. de la bibi. Sle-(ienevièvc, cités dans les Procês-verhau.r dex États' de lo!)!]. (Documents inédits, p. 4S3.) Pendant cjuc ces tiraillements avaient lien dans le sein (les États, du Vair publiait un de ces ardents pamphlets ([ui agirent si vivement sur Tesprit public. Ou y lisait ce passage, où respirait une éloquente indignation : » Le roi d'Espagne! Si on nous eust proposé cela autrefois, lorsque nous avions quel(|u'amour de notre pays, et l'alTection que nous devons au nom François. le cœur nous oust aussitosf, bondy; ol comme la nature, sans aultre avertissement, ablioire ce qui lui est contraire et mortel, nous eussions, sans en vouloir discourir davantage, à ce seul mol d'Espagnol, rejeté une telle proposition, et vomy dessus notre colère. >» — Exhortation à la paix adressée à ceux de la Liijue.
3. Guillaume du Vair, né en lo"J6, conseiller au Parlenient, mort en 1621. Voyez plus bas, p. !)3, note 1.
4. Cette thèse avait été souvent développée par les prédicateurs. Voyez les Prédicateurs de la Lif/ue, p. 161.
88 KTATS DE LA LIGUK
si.ons et les intérêts étaient en ce mument d'aceord pour étouffer toute opposition. Les plus zélés étaient sincèrement favorables aux Espagnols. Mayenne, qui ne les aimait pas, voulait les ménager pour qu'ils l'aidassent à combattre les royalistes. Les politiques craignaient de se brouiller trop tôt avec l'ambassadeur. Enfin un gi'oupe considérable de députés enclins a la paix et qui avait suivi avec sympathie la Conférence de Suresnes se sentait ébranlé par les sollicitations de Mayenne et par TefTet d'une communication qui démentait les promesses de Henri IV. Le lieutenant général avait fait passer sous les yeux des États des pièces dont la date avait été habilement altérée, et qui étaient destinées à faire croire aux députés que le roi encourageait les ministres protestants en leur donnant le plus clair de ses revenus.
La défiance rejetait les députés dans les bras de Mayenne, dont ils étaient disposés à suivre tous les mouvements. Peu favorables aux prétentions étrangères, ils étaient prêts, dans leur irrésolution, à écouter le chef de la Ligue, pourvu qu'il voulût bien ne pas porter atteinte à leur autorité. Aussi, vers le commencement de juin, s'établit-il entre Mayenne et les Etats une sorte d'entente, l'assemblée se résignant à ne rien décider directement, mais à agir par voie de" requête, et le lieutenant général promettant de ne rien faire sans elle. Le premier acte sorti de cet accord fut la réponse aux royalistes qui avaient solennellement notifié la promesse d'abjuration de Henri IV. « Pour la conversion du roi de Navarre, (lisaient les Etats, les royaux auront à se pourvoir par devers Sa Sainteté, à qui appartient de l'absoudre et de le remettre au sein de l'Église. Quand la conversion sera approuvée par le saint-pére, les ligueurs auront à se C(msulter pour les sûretés nécessaires à
INDÉCISION DKS DKPUTÉS H9
prendre |)our conserv(M' la religion calh(>ii(ine dans le royaume. Les ligueurs ne ))ourr(int Irailer de la trêve avec les royaux que quand ils connaîtront leurs intentions sur les di'ux points ]>ré(;édenls '. »
Mayenne comptait bien enqiècher le pape d'accorder cette absolution, et profiter du long délai que lui laisseraient les négociations avec Rome pour achever rélection. SCir des États, se croyant débarrassé pour quelque temps des royalistes, Mayenne, confiant en sa fortune, mit tous ses soins à faire avorter les tentatives de Philippe II. Sous son inspiration, les députés déclarèrent aux Espagnols (piils ne pourraient répondre aux propositicuis de leur maître, avant de savoir si son intention était de marier l'infante Isabelle à un prince tVancais. A cette réponse, l'ambassadeur reconnut que la majorité des députés lui était devenue contraire. Depuis longtemps déjà, les plus f(uiguenx liguenrs le menaçaient d'abandonner les intérêts du Moi Calholifpie, s'ils ne reccvaieni pas une subvention ininit'diate, et de son côté le duc de Féria avait reçu l'ordre de ne les payer (pi'aprés l'élection faite : de là naissait un mécontentement qui allait sans cesse croissant, et dont la séanc(> du 12 juin nous fournit plus d'une preuve.
C'était le jour où les Espagnols devaient rr]»oudrc à la sommation qui leur avait été faite la veille : les États tini-ent une séance générale dans la(iuelle les ambassadeurs furent reçus. Don Taxis était chargé de prendre la parole; voici le commencement de son discours : « Messieurs, nous attendions de vous tout autre response que celle que vous avez baillée hier : si la première proposition que nous vous avons faictc
1. HcKislrc du liers, p. 23;3 et H'.il. Poii'son, Ilisloiri' de Henri /!', t. 1, p. il7.
ne VOUS plaisoil, il fust esté à propoz, ce nous semble, qu'il vous eust pieu de nous en faire une autre. A quoy sert de nous faire des demandes sur une femme, si n'en voulez point, et estes si fort attachez à vostre loy salique que n'en voulez démordre aucunement? Ce sont des pertes de temps très dangereuses. Il se faut haster à faire un roy catholique; le danger de la religion n'en presse que par trop, et croyez que le prince de Béai-n. par sa feintise, vous en ostera le moyen si vous tardez beaucoup.
« Or, pour tousjours y apporter de nostre part ce que nous pouvons, nous venons à vous proposer à ceste heure un autre moyen en rien contredisant à voz lois que appelez fondamentales. Eslisez, s"il vous plaist. pour roi l'archidue Ernest, premier frère de l'empereur; le Roy Catholi(]ue l'aydera et assistera tout ainsy et par les mesmes moyens qu'il a offerts pour l'infante. Ce que l'on promettra pour luy sera inviolablement gardé, comme si ce feust pour elle; et enfin qu'en puissiez demourer tant plus asseurez, il se contentera de la marier avec luy. C'est le gage des plus chers qu'il a ce monde, et en quoy il entend de faire pour vous tout ce qu'il peut de plus K »
L'orateur insista sur les qualités personnelles de larchidue Ernest, sur son influence en Allemagne, lit briller les chances qu'il avait de succéder à l'empire, énuméra les forces militaires qu'il pouvait amener à sa suite en France, et termina par ces paroles : <( Bref, messieurs, nous ne voyons ni ne seaurions comprendre quel autre prince de par le monde vous peust tomber plus à propos que l'archiduc; vous priant d'y vouloir penser, d'en résoudre et nous en faire response sans aucuns délais. »
1. Discours du sieur de Taxis. Registre du tiers état, j». 2'.r2.
UKNRl lY OFFRK UNK TRÈVK 9l
Ce discours eut le nK'nie insiicers (|ue la prcinirre haraugue du duc de Féria. J^a rudesse des propositions espagnoles, en l)lessant les députés, les rejetait toujours vers l'opinion eoniraire. Cette fois, les États témoignèrent de leur impatience en décidant qu'ils s'occuperaient sur-le-champ, et toute affaire cessante, des nouvelles propositions que les royaux avaient fait parvenir.
Nullement décourage |)ar la réponse des Ktats, j Heni'i IV continuait h otlVir um> trêve, allant ainsi j au-devant du vo-u le plus ardent que conciU la I France. La paix était universellement désirée : à I part <( quelques agitateurs de carrefours, et les déj clamations de prédicateurs fanatiques ' », la masse . do la po])ulafion ne formait pas d'autre souhait. En I faisaut hi'iller aux yeux des bourgeois fatigués cette 1 espérance, le Béarnais frappait un coup décisif. Les États ne pouvaient résister au sentiment public. Paris attendait avec anxiété l'issue de la délibération des députés, ([uand le légat, voyant que la Ligue allait être délinitivement vaincue, se détermina à jeter dans le débat le poids de son autorité. 11 écrivit au cardinal de Pellevé une dépêche dans laquelle « il cxhortoit, prioit et adjuroit les Kstats de s'abstenir de conférer avec les députés du parti contraire, et de ne permettre en aucune manière qu'il fust parlé ou fait mention en leur assend)lée de l'hérétique roy de Navarre ». Si Vow ne tenait compte de cet avertissement, il ajoutait « (ju'il se retiroit incontinent de ceste ville et de tout le royaulme où Ion traitcroit avec rhéréti(jue de paix ou de trêve ». Cette déclaration, lue dans le sein du clergé, em-
i. Vivien, États de lo9-'i. Compte rendu de l'.Vcadémie des scieuces morales, \8ol.)
porta sa décision. — La noblesse, qui en eut con^. naissance an momenl où elle venait de voter la trêve, eut le courage de ne point revenir sur une opinion qu'elle croyait favorable au salut de la France. — Le tiers fut ébranlé et prit le parti de rejeter sur le duc de Mayenne la responsabilité qu'il ne voulait point encourir. Celui-ci refusa de prendre une détermination et C(jntraignit la cbauibre du tiers à délibérer de nouveau. Les députés, obligés de se décider, admirent purement et simplement la suspension d'armes. Ainsi deux ordres se prononçaient pour la trêve. — Mayenne, circonvenu par le légat, essaya en vain de retarder l'exécution de la délibération des Etats, mais les députés n'entendaient pas être joués : la noblesse déclara qu'elle était résolu de ne se plus assembler, ni d'examiner aucune proposition que « le fait de la tresve ne fust exécuté, affin de ne rendre les décrets des estats inutiles et invalides ». (Reg. de la noblesse, i6id., p. 632.) Deux jours après, on apprit dans Paris que le gouverneur, muni de la délibération des deux ordres, avait obtenu que la suspension d'armes fût prolongée.
Quelque intéressante que fût pour les Français cette négociation, elle n'était pour les Espagnols qu'un incident secondaire dont ils supportaient impatiemment la longueur : blessés de voir la réponse aux royalistes et les questions qu'elle entraînait passer avant les déclarations de don Taxis, le duc de Féria envoyait aux États émissaires sur émissaires pour presser leur délibération. Que pouvait-on répondre? La pensée de choisir l'archiduc révoltait les Français et même quelques-uns des hommes dévoués à la politique espagnole. Mayenne comprit que la seule attitude qui convint aux États était de maintenir fermement leur volonté et de mettre le roi d'Espagne en demeure
IIKLIBKRATION DKS KÏAÏS 93
II' clioisii' un |ii'iiice fraiirais [xaii' rinranlc. Dans la séance du iO juin, les trois chambres lurent saisies d'un projet dans ce sens. Le clergé l'admit sans réserve. La noblesse repoussa l'archiduc en évitant de se prononcer plus nettement. Dans le sein du tiers, il se lit une scission : en face de la nîajorilé favoral)le au ()rojet de Mayenne, du Vair, Thielement et (piel([ues autres tirent entendre les plus vives protestations : s'élevant au nom de l'indépendance de la patrie et de la loi fondamenlale d(^ la monarchie contre une telle propusition, du Vaii-, le plus éloquent et le plus courageux des membres du parti modéré, voyant l'inutilité de ses eflbrts, déclara ([uo les députés de l'Ile-de-France n'avaient pas de pouvoirs sul'lisants, somma le préviM des marchands d'assenddcr les bourgeois, et sortit de la salle avec toute la dcputation de l'Ile-de-France, et quelques membi-es des Ktals entraînés par sa |)ar()le élo-
j que n te '.
I Malgré celte manifestation, le vole du 20 juin,
i conlirmé Icsj(turs suivants, semblait donner le trône à l'infante. D'un autre côté, la difticulté n'était point
I résolue. puis(|u"il restait encore à désigner son époux. Tous les partis sentaient qu'ils approchaient du moment où une décision suprême allait être inévitable. Mayenne rêvait de faire élire son fils; les agents de Philippe II, de réserver au roi d'Espagne le choix d'un époux. Tous les candidats luttaient d'adresse, et les Espagnols répandaient l'argent à pleines mains pour achever l'œuvre de corruption. Les députés, égarés au milieu des intrigues, séduits par les promesses, compromis par leur avidité, étaient étouffés
1. Xotice hislo)it/ue .^ur G, du ]'air, par Cli. Sapey, avocal générai. Paris, 1858.
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entre les manreuvres contraires. Dans cette confiision, qui pensait au salut de la France?
Au moment où il était permis de croire tout perdu, il y avait un iiToupe d'honnêtes gens, citoyens obscurs et vertueux, qui triivaillaient en silence à sauver la patrie. On se souvient de Tindignation qu'avait éprouvée le procureur général Mole en entendant les premières ouvertures de l'ambassadeur espagnol : on vient de voir comment du Vair s'était retiré des États lorsque le tiers allait accepter Tinfante. Ces révoltes des âmes vraiment françaises avaient depuis un mois comme centre et pour ainsi dire comme confident le parlement de Paris. C'est là que se réchauffait, au contact de l'indépendance parlementaire, ce vieil esprit national, qui avait pour mobile l'horreur de l'étranger, et pour drapeau le respect de nos lois fondamentales. Mole et du Vaii- n'étaient que les organes d'un sentiment qui bouillonnait dans les cœurs. Les nouvelles qui arrivaient du Louvre excitaient chaque jour plus cruellement leur indignation. Quand ils apprirent le vote du 20 juin, ils résolurent de ne pas rester plus longtemps muets et de montrer à la France que le patriotisme n'était pas encore complètement éteint.
Une assemblée générale du Parlement fut convoquée, afin de pourvoir aux affaires publiques. C'était Michel de Marillac qui en avait fait la proposition,, pondant que du Yair, Pithou et le conseiller Lefévre] avaient préparé en secret un projet d'arrêt. Ils s'étaient bien gardés de le communiquer à leurs collègues, se bornant à leur dire qu'il serait bon d'opiner rapidement « sans s'amuser à haranguer, parce qu'il falloit que la résolution fust prise avant l'heure ; autre-l ment, tout seroit gasté, et ils courroient fortune; carj M. de Mayenne ayant sçu que les chambres se de-
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voient assembler, no s'estoit pas beaueonp rendu soigneux de s'en en(iuérir, se (ianl (inà raccoustuniée, il ne se feroit (|ue des propositions, dont il pourroit eslre adverly, avant ([u'on se rassemblast pour résoudre; mais, la partie fust faicte si juste, que le eoup fust plnstot senti ([ue la parole • ».
La séanee sOuvi'it le 'IH juin, au milieu du silence et de l'inquiétude. Les premiers conseillers i-erusérenl de se prononcer : du Vair osa avani loul autre dt'velo[tper son opinion. « C'est ;\ la loi salique cpie l'on en veut! c'est eonli'e eelle-là ([ui^ l'on a veu déelamer don Inigo de Mendozc ; c'est cor.li-e c(dle-là qu'on a veu les prédicateurs se lempesler en leurs chaires! et néanmoins, c'est celle-là (pii, depuis douze cents ans, a conservé ce royaume en entii'i'. et la nu^né de masle en masle, toujours en nusme race, jusqu'aux princes soubs lesquels nous soinnu's nés; c'est cellelà qui nous a garantis de la tyrannie des Anglois, et les a extirpés des entrailles de la Krance, où les discor<les civiles les avoienl l'oiiii('s. IJrel". c"est c(dle-là (pii maintient toutes les aultiM's, <pd est l'appui de nos fortunes, la seureté de nostre ri'[)os. l'orneiuent et la grandeur de l'Kstal. »
11 termina en s'écriant : <■<. Voilà, Mes>icurs. où sont sont vos affaires. Je vois vos visages paslir et un nuirnuire plein d'estonuenient se lever parmy vous, et non sans cause, car jamais peut-estre il ne s'ouyt dire cpie si licen(;ieuseuieul. si elfrontément, im se jouast de la fortune d'un si grand et si puissant royaume; si publiquement on trati(|uast d'une telle couronne; si impudemment on mist vos vies, vos biens, vostre honneur, vostre liberté à Tenchère,
1. Coll. Diipiiy, niss DGLXI, folio 43. Condiiitc de du Vair pendaul la Lif,'iie. Ce. manuscrit est mentionné dans la notice sur du Vair par Sapey, citée plus haut.
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comme l'on i'aict ani<)iii'(!'liiiy, et en quel lieu? An cœur de la France, au conspect des loix, à la vue du sénat, afin que vous ne soyez pas seulement participants, mais coupables de toutes les calamités que l'on ourdit à la France. Réveillez-vous donc. Messieurs, et déployez aujourd'huy lauetorité des lois desquelles vous estes f;;ardiens *. »
En effet, à ces accents d'une véritable éloquence, il se produisit un réveil. Le projet de du Vair fut relu, corrigé et voté par acclamations sur les conclusions du procureur général Mole. L'élan fut tel ([ue les magistrats les |)lus zélés pour la Ligue n'osèrent élever la voix.
L'arrêt contenait deux parties : dans la première, la cour ordonnait que des remontrances fussent faites au duc de Mayenne pour empêcher que la couronne ne passât entre les mains de princesses de maison étrangère; dans la seconde, le Parlement, ne se bornant plus à avertir, déclarait « dés à présent tous traités faits ou à faire ci-aprés pour l'établissement de prince ou de princesse étrangers, nuls et de nul effet et valeur, comme faits au préjudice de la loi salique et autres lois fondamentales de ce royaume ^ ».
Le lendemain, le président le Maistre et vingt conseillers se rendirent auprès du duc de Mayenne. Le Maistre lut les remontrances qui rappelaient l'origine de la loi salique, en afiirmaient le caractère obligatoire, repoussaient toute élection de princes étrangers et concluaient en réclamant la trêve. Ce langage surprit Mayenne, mais, lorsqu'il eut entendu la lecture de l'arrêt, il se troubla complètement et se sentit blessé par ce coup imprévu : il répondit avec
1. Discours de G. du Vair rapporlé par .AI. Sapey. p. 41-4:2.
2. Registre du clergé, p. 356. Docum. inéd. L'arrêt y est Iraustrit.