IV
avaient donné lieu à tant de désordres devinrent un élément d'économie du jour où un vigilant contrôle sut les proportionner aux recettes. Ces réformes, entrevues à différentes époques par les États, marquaient déjà un réel progrès.
Toutefois il ne suffisait pas de s'attaquer aux gens de finance; les gouverneurs de provinces, imbus des souvenirs et des ambitions de la noblesse, s'étaient imaginé de mettre à profit leur autorité pour imposer aux habitants de nouvelles taxes. Ce retour aux traditions féodales épuisait le peuple et le mettait hors d'état d'acquitter l'impôt royal.
Sully défendit de lever aucun impôt nouveau sans lettres patentes du roi et mit obstacle aux levées commencées. Il reproduisait ainsi la défense édictée en 1439 *. Contre les seigneurs émancipés par la guerre civile il fallait que Henri IV usât des mêmes armes que Charles VII pour reconstituer l'unité royale. Ses efforts rencontrèrent un vif mécontentement : il n'y eut ni assemblée de seigneurs, ni Praguerie, mais Sully fut obligé de menacer de son épée le duc d'Épernon, et la fermeté du roi déclarant à son ministre qu'il « lui serviroit de second » parvint seule à rendre impossible la résistance de la noblesse.
Tant de mesures utiles devaient augmenter la richesse publique et, avec elle, le produit des impôts : tel est en effet l'inévitable résultat des réformes financières lorsqu'elles sont bien conduites : elles diminuent les charges du peuple, facilitent la perception, assurent intégralement les rentrées, et, avec le temps, l'impôt semble allégé tout en rapportant en réalité beaucoup plus. Sully eut l'art de produire ce merveilleux résultat. Toute l'histoire du régne en