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SÉANCE ROYALE, 27 OCTOBRE

Bluis. On dét.'ida que la vérification des élections contestées serait portée devant le conseil du roi *, tandis qu'aux dernières assemblées les députés avaient énergiquement revendiqué cette compétence. Malgré une décision dont le seul avantage eût été d'assurer aux députés plus de temps pour la préparation des cahiers, il est certain que les débats de préséance absorbèrent complètement l'assemblée jusqu'à l'ouverture solennelle.

La veille de la séance royale, une grande procession eut lieu à Notre-Dame, à laquelle prirent part les trois ordres, ainsi que toute la cour. Le lundi 27 octobre, le clergé, la noblesse et le tiers état se réunirent à midi au Louvre, dans la grande salle de Bourbon. Cette solennité avait attiré une foule considérable, qui se pressait dans les « loges » et dans le « parterre » comme pour avoir « le divertissement de la comédie ». La salle était envahie longtemps avant l'arrivée des députés. Ils y entrèrent eux-mêmes sans ordre ^ : il semblait que rien n'eût été réglé d'avance ; la place occupée par les conseillers d'État excita de tels murmures qu'il fallut les faire retirer. Le jeune prince ne prononça que quelques mots, laissant la parole au chancelier de Sillery ', qui fit un très long discours pour expliquer les motifs de la convocation des États. Les trois ordres remercièrent ensuite le roi *.

1. Procès-verbal du tiers, séance du 24 octobre 1614. Dans la séance du 4 novembre, cette question fut débattue de nouveau, et il fut décidé que les contestants auraient le choix entre les deux compétences.

2. Relation de FI. Rapine. Il ajoute que la plupart des députés disaient que la France étoit incapable d'ordre. — États Généraur, t. XVI, p. 99.

3. Nicolas Bruslart, marquis de Sillery, né en 1544, chancelier en 1607, mort en 1624.

4. Les assistants s'attendaient à voir Coudé demander la parole « pour se décharger devant tout le monde de la part qu'il

Ces diverses harangues ne méritent [)as d'être analysées; nous ne devons nous arrêter qu'à un seul ineident, parce qu'il est l'indice des [)etitesses qui allaient faire avorter la session.

Quand vint le tour do ]a noblesse, le baron du Pont Saint-Pierre, qui portait la parole en son nom. attaqua vivement le tiers état, disant que ses mem])res « s'en faisoient accroire, sous couleur de quelques charges », mais ((uc « le roi reconnaitroit quelle différence il y avoit entre les deux ordres ». Le tiers, déjà humilié de voir son orateur parler à genoux tandis que les autres s'exprimaient debout, le fut plus encore en entendant un membre de la noblesse faire ressortir ce contraste. C'est en relevant aigrement ces paroles blessantes que le tiers se préparait à la lutte qui fit à la f(»is l'intérêt et la stérilité des États Généraux.

Dès le début des travaux des députés, il fut aisé de voir que les rancunes prendraient le pas sur l'amour désintéressé du bien public. Le clergé proposa, avant de commencer la rédaction des cahiers de chaque ordre, de dresser des articles généraux sur les doléances communes à tous les députés. On présenterait ainsi un faisceau de remontrances qui auraient par leur réunion même une plus grande force : le conseil d'État pourrait en commencer sans retard l'examen, et les députés, sans interrompre la rédaction des cahiers particuliers, emploieraient toute leur influence pour arracher au roi des réformes ({u'ils

avait prise aux derniers troubles » (Rapine). Il avait préparc un discours dont le manuscrit ar.lographe existe encore (Archives de Condé). Il se proposait de faire une vive critique du gouvernement de la Régente, mais les dispositions des députés l'arrêtent : Condé « ne parla en raison quelconque ». (Rapine). Histoire des princes de Condé par M. le duc d'Aumale, t. 111, p. 34.

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auraient sollicitées avec l'autorité d'une opinion unanime. Autrement, disait fort bien Tévèque de Beauvais *, chargé par le clergé de soutenir cette proposition, les cahiers sont remis dans la séance de clôture : l'assemblée touche à sa fin, le pouvoir libre expire et « en même temps cesse la crainte que conçoit la cour d'offenser une assemblée quiparle et propose au nf>m de toute la France ^ ». Aucune discussion n'était plus digne des députés : ils tenaient entre leurs mains le bâton magique à l'aide duquel leurs principaux vœux eussent été couronnés de succès. Selon ce qu'ils allaient décider, le sort de la session se trouverait tixé. Ils n'avaient qu'à s'unir franchement et à marcher résolument dans la voie qui leur était ouverte, grâce à l'esprit politique du clergé, rompu à la lactique des assemblées, par les fréquentes réunions que cet ordre avait tenues depuis vingt ans. Le triomphe était certain : du C(Hé de la royauté, aucune force n'était préparée pour la résistance. Malheureusement il fallait de l'énergie et du désintéressement : ces deux qualités lirent également défaut aux membres du tiers état.

Cette proposition avait occupé deux séances dans la chambre du clergé; les cardinaux de Sourdis ^, du Perron et de la Rochefoucauld * avaient pris part à la discussion en rappelant la longue histoire des sessions stériles, et en soutenant énergiquement le système qui avait prévalu dans leur ordre.

1. Polier de Blancmesnil, fils du président de ce nom, appartenait à une vieille famille parlementaire.

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